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30/01/2011

Réflexions un peu décousues sur les événements actuels

J'avais prévu de présenter l'autre ouvrage dont je suis le co-auteur (cette fois avec Raphaël Liogier): Sacrée médecine. Histoire et devenir d'un sanctuaire de la Raison (Entrelacs), en lien notamment avec le débat sur l'euthanasie. Mais bien sûr, les internautes qui surfent sur ce Blog, ainsi que de nombreux amis avec qui je dialogue, sont avant tout intéressés par ce qui se passe actuellement sur l'autre rive de la Méditerranée. C'est également mon cas, même si je me sens plus capable d'écouter que de d'écrire des choses originales.

Des amis, notamment parmi celles et ceux originaires de cette autre rive mais pas seulement eux, vivent ces événements avec enthousiasme. La contestation populaire de régimes autocratiques, baillonnant les libertés correspond à un espoir si longtemps caressé qu'ils ont presque l'impression de vivre une sorte de rève eveillé. Concernant la Tunisie, ils insistent sur la maturité dont font preuve la plupart de ceux qui participent activement au processus démocratique, conscients qu'ils sont de deux exigences: ne pas se faire voler la révolution, ne pas tout vouloir et accepter de compter avec le temps. La capacité d'auto-organisation semble effectivement être impressionnante. Et il semble aussi qu'en Egypte les gens commencent également à s'organiser, même la situation évolue d'heure en heure et ce que l'on peut dire à un moment peut se trouver déphasé plus tard.

Pour ma part, d'un côté je partage enthousiasme et espoir et ne voudrais pas jouer les rabats joie. De l'autre, peut-être parce que je ne suis guère en forme actuellement et que cela incite sans doute à un certain pessimisme, je replace ces évènements dans un ensemble planétaire qui m'inquiète toujours. Prenons un simple exemple: Les journaux vous parlent de l'augmentation du prix des céréales, à une autre rubrique que celle des événements en cours. Or les deux sont étroitement liés et cela n'est pas sans comporter de lourdes menaces pour l'avenir. A défaut de révolution mondiale, il faudrait au moins des réformes structurelles profondes à un niveau global pour que le libéralisme économique ne soit pas la seule logique à l'oeuvre. Malgré les effets d'annonce, nous n'en prenons pas du tout le chemin.

Dans les débats entre commentateurs du Blog, il y a la question : peut-on savoir ce que vivent les gens d'un pays en venant chez eux comme touriste? Il me semble clair que, même quand on tente de ne pas "bronzer idiot", et de s'intéresser aux problèmes des gens des pays où l'on va, cet te ouverture entre dans un ensemble qui forme une manière de vivre tellement différente que la compréhension est très difficile. On peut, au mieux, avoir une petite idée....

Là encore je prendrais un exemple qui semble appartenir à un autre sujet, mais ne me semble pas sans lien avec ce que je viens d'indiquer : chaque soir, à la télévision française, lors de la fin des informations du "20 heures", vous avez le rappel que 2 journalistes français sont retenus en otage depuis près de 400 jours en Afganistan, avec leur photographie. Je participe à cette préoccupation commune, songe aux familles et aux proches qui vivent depuis si longtemps un véritable drame. Le processus d'identification joue, au moins partiellement. Un soir, la télévision va me dire aussi qu'il y a eu, dans ce pays, tant de victimes civiles. On va parler d'erreurs de tirs des troupes de l'OTAN ou je ne sais quoi. Mais il ne s'agira pas une information quotidienne et il n'y aura pas la même émotion. Je me dis alors que, pour les gens de là-bas, cela doit être l'inverse. A chacun ses victimes. Et comment se comprendre?

Sans doute un des problèmes importants d'aujourd'hui est que la globalisation induit la multiplication de contacts entre univers hétérogènes, sans pour autant réduire la distance qui les sépare. Des réflexions bouillonnent dans ma tête, mais je ne suis pas vraiment en mesure de bien les exprimer; Que chacune/chacun des internautes approfondisse sa propre réflexion, se méfie des stéréotypes en tout genre. c'est le but de ce Blog d'inciter à la réflexion personnelle.

  

12:22 Publié dans ACTUALITE | Lien permanent | Commentaires (11)

23/01/2011

LAÏCITES SANS FRONTIERES

Comme promis (ce qui n'a pas empêché quelques uns de le réclamer), voici une présentation de notre ouvrage commun, à Micheline Milot et moi-même: Laïcités sans frontières (Le Seuil, coll: La couleur des idées, 352 pages, 21 €). Le Monde en a fait un compte rendu assez substantiel dans le n° daté du 22 janvier. ce compte-rendu donne une bonne idée du contenu de l'ouvrage.

Le seul problème (idéologiquement sensible), c'est que le titre qui a été donné par le quotidien (il faut savoir que ce ne sont pas les journalistes qui font les titres, mais un autre service, plus tourné vers le marketing): "Pour une laïcité ouverte" est, lui, décalé: nous ne nous situons pas dans une perspective qui serait pour ou contre la dite laïcité ouverte. Ne serait-ce parce que nous tentons de dégager 6 types de laïcités et 3 seuils de laïcisation. En même temps, nous insistons sur la consistance de la notion de laïcité: sa concrétisation plurielle n'empêche nullement de dégager des principes qui, ensemble, forment LA laïcité.

C'est dire que nous avons une perspective d'abord analytique et que, comme l'écrit fort bien l'auteure du compte-rendu (S. Le Bars), notre livre est "à mi chemin entre ouvrage scientifique et de vulgarisation." Donc voici

des idées forces de l’ouvrage (avec quelques citations):

La laïcité, conjonction de 4 principes, se décline au singulier et au pluriel :

 « Au pluriel, car suivant les traditions nationales et régionales, les conjonctures géo-politiques, les mutations sociales dominantes, les périodes socio-historiques, différents types de laïcité s’avèrent plus ou moins hégémoniques. La réalité empirique est infinie et mêle des ingrédients multiples. »

 

« On peut aussi conjuguer « la laïcité » au singulier car, si diverses soient leurs formes, et les situations auxquelles elles correspondent, les laïcités ont toutes en commun le fait d’articuler, de façon plus ou moins harmonieuse, quatre principes.

Deux portent sur les finalités : la garantie de la liberté de conscience, l’égalité et la non-discrimination. Deux concernent les moyens : la séparation du politique et du religieux, la neutralité de l’État à l’égard des diverses croyances. Le terme de laïcité est donc irremplaçable, (…) parce que seul il est capable de rassembler ces quatre éléments.

 

C’est pourquoi d’ailleurs la laïcité peut prendre des configurations très variées et sembler toujours se trouver en équilibre instable, voire être « menacée ». La « menace » peut provenir de différents côtés : non seulement être portée par ceux qui sont « furieusement religieux » (…), mais également par ceux qui sont « furieusement » indifférents en matière de religion, ou hostiles à la religion, même si ces « fureurs » peuvent prendre le masque de la « défense de la laïcité ».

 

Cette perspective permet de dédogmatiser la conception qu’ont certains de la laïcité : il n’existe pas de pays laïque absolu et relativement peu de pays totalement non laïques : il existe diverses formes de laïcité qui tendent à faire prévaloir tel ou tel des quatre principes sur les autres, selon les traditions nationales, la conjoncture socio-historique, le contexte géo-politique :

Aujourd’hui, plus encore qu’hier, dans des sociétés dont l’aspect pluriculturel s’est accentué, la laïcité doit réguler politiquement des personnes et des groupes dont le rapport à la sécularisation est différent, qui évoluent à leur rythme et de façon extrêmement diverse (cf. l’exemple donné dans l’ouvrage du féminisme musulman) :

une typologie à la façon d'un portrait robot propose, dans la deuxième partie, six types différents de laïcités (que l’on peut trouver entremêlés dans la réalité concrète) et, dans la cinquième partie, trois périodes typiques, qui montrent que, dans chaque période, les questions qui se posent tendent à être analogues d’un pays à l’autre, même si les solutions adoptées peuvent être différentes. Cela permet de nombreuses comparaisons internationales :

 « Notre typologie, classant les laïcités en six types différents, et notre périodisation, qui propose de voir dans les changements historiques trois seuils typiques, permettent de saisir des dominantes avec leur cohérence interne explicite et implicite, de mieux comprendre des logiques à l’œuvre ainsi que les diverses contestations de ces logiques», d’effectuer des comparaisons dans l'histoire et le présent.

Chaque cas de figure empirique de la laïcité peut dès lors prendre du relief à l’aune des évaluations et comparaisons rendues possibles par cette typologie et ces  ‘seuils’ ».

 

L’ouvrage met clairement en œuvre, aussi bien historiquement que pour l’aujourd’hui, une distinction claire entre

- un processus socio-politique de laïcisation/laïcité qui tend à inscrire dans le droit les conséquences des quatre principes mentionnés, et à organiser le « vivre-ensemble » selon ces principes (plus ou moins respectés dans la réalité) et

- un processus socio-culturel de sécularisation, prise de distance par rapport à la prétention du religieux d’imprégner les comportements culturels et/ou simple changement de condition d’existence qui éloigne la vie quotidienne de la religion, et donc est un effet de la dynamique sociale.

 

Dans ce cadre, la « sécularisation interne » ou la non sécularisation interne » des groupes religieux est leur affaire (dans l’ouvrage nous donnons l’exemple du chanoine Kir qui était député et qui, dans la France laïque venait à l’assemblée nationale, vêtu d’une soutane. Après Vatican II, la majorité des prêtres ont abandonné la soutane, mais ce n’est pas la laïcité qui est intervenue dans cette affaire).

 

Il existe aujourd’hui 2 « dangers », du côté des religions, vouloir contrer le ‘défi’ que représente la sécularisation par moins de laïcité (illusion : des pays qui ont encore des restes de religion d’Etat sont des pays où la pratique de cette religion est très faible : Royaume Uni, Danemark, Norvège, etc ; et en Iran, la confusion politique-religion est un élément de sécularisation de la jeunesse instruite) ; de l’autre, ceux qui, par peur de certaines religions, veulent imposer la sécularisation au nom de la laïcité, ce qui est également contre-productif.

 

 

« Car si la laïcité est, selon Emile Poulat, une « politique de pacification par le droit », ce qui indique bien les plans où elle s’enracine (le politique et le juridique), elle représente aussi en permanence un enjeu social. Les acteurs vont privilégier ce qui correspond à leurs intérêts propres. Et souvent deux groupes se sont affrontés ou parfois s’affrontent toujours.

 

D’une part, il y a ceux qui tentent de réduire laïcité à la seule finalité de la liberté de conscience, qu’ils tirent vers une interprétation réductrice en la comprenant avant tout comme la liberté religieuse et donc en minorant les moyens qui permettent d’assurer cette liberté pour tous

.

D’autre part, il y a ceux qui hypertrophient les moyens, la séparation et la neutralité, au risque de transformer subrepticement la finalité de la liberté de conscience pour tous en une « émancipation (plus ou moins obligatoire) à l’égard de la religion » et de confondre ainsi laïcité et sécularisation, alors que la laïcité constitue, encore plus aujourd’hui qu’hier peut-être, la gouvernance politique d’individus ayant des rapports très divers avec la sécularisation. »

 

L’ouvrage est donc, aussi, un plaidoyer pour un véritable universalisme qui, sous prétexte de référence à un « individu abstrait », n’affirme pas que les minorités n’existent pas quand il s’agit des droits, tout en imposant à ces minorités des devoirs spécifiques (exemple donné dans l’ouvrage : depuis 2007, c’est le Haut Conseil à l’Intégration qui, en France, est chargé de faire des propositions en matière de laïcité, ce qui cible la laïcité sur une partie de la population).

 

L’ouvrage parle de « laïcités sans frontières » et il se situe dans un débat international sur la laïcité, exposant diverses optiques développées par des chercheurs de différents pays, qui semblent partielles aux auteurs, soit qu’elle se focalisent sur « les moyens laïques », soient qu’elles privilégient « les finalités laïques », d’une manière qui tend à « la valorisation d’un rôle accru des religions » (troisième partie).



L’ouvrage revisite aussi la laïcité française (sixième partie), en démontant des « idées reçues », en insistant sur le fait que la laïcité française a historiquement moins aboutit à une réduction de la religion qu’à son déplacement :

« Si on assiste à un affaiblissement des marques institutionnelles de l’Eglise catholique, on assiste aussi à une incorporation des manifestations publiques de la religion, et du catholicisme en particulier dans le développement de la société civile. »

Après avoir insisté sur quelques impensés concernant la loi de 1905, et fait le point sur les débat qui ont entouré la notion de « pacte laïque », cette partie suit les débats sur la laïcité en France, jusqu’à et y compris la loi sur le port du voile intégral.

 

Bref, nous avons tenté de faire un ouvrage qui envisage la laïcité de différents points de vue (au sens presque littéral de l'expression: il y a 6 parties, et chacune déplace l'angle de vue pourrait-on dire. Chaque partie est autonome et on n'est pas obligé de lire dans l'ordre. Chaque partie peut se lire indépendamment des autres; en même temps les différentes parties se renvoient les unes aux autres)

Et c'est vraiment un ouvrage écrit à 4 mains: nous nous sommes beaucoup "interpellés" mutuellement pour pouvoir aboutir à une rédaction commune.

Je pourrais continuer longtemps à vous en parler; mais le mieux est de vous souhaiter une très bonne lecture.

 

PS: A propos de la Note sur la Tunisie; c'est vraiment dévoyer mes propos que d'y lmmire autre chose que l'affirmation que la laïcité, l'égalité femmes-hommes et la démocratie relèvent d'un combat commun. Toutes les Notes du Blog, depuis sa création, qui abordent ces sujets, se situent dans cette perspective;

 

 

 

 

 

13:21 Publié dans Livre | Lien permanent | Commentaires (22)

19/01/2011

Tunisie entre inquiétude et espoir.

Comme beaucoup d'entre vous, je suppose, je suis avec beaucoup d'attention et d'empathie les événements qui se produisent en Tunisie. Je l'ai indiqué à plusieurs reprises: le Blog n'a pas pour mission d'être un commentateur universel, et sur ce sujet je ne suis pas spécialiste. Je lis, et bien sûr, déjà avant les derniers événements, ce que ces spécialistesi peuvent dire et je vous y renvoie. Je me contenterai donc d'un fort bref commentaire.

D'abord pour souligner l'aveu d'Alain Juppé reconnaissant que la politique officielle française a sous estimé (et c'est vraiment un euphémisme!) l'absence de démocratie dans ce pays et la façon dont les habitants en ont souffert. Cela, a-t-il indiqué, parce qu'il y avait une certaine laïcité, une certaine émancipation des femmes, un certain développement  économique. Autrement dit, il est une façon de se référer à ces principes et/ou valeurs CONTRE la démocratie, alors qu'il faut relier, en un même combat, laïcité, droit des femmes, progression du niveau de vie et démocratie. Bien sûr, cela est plus facile à dire qu'à faire. Mais je trouve que dans l'aveu de Juppé, il y a une leçon forte et sur laquelle il n'a pas été assez mis l'accent.

(à ce propos, cher Monsieur Mulot, je n'ai jamais écrit d'ouvrage s'intitulant la République ou la laïcité contre la démocratie, et un tel titre ne me viendrait jamais à l'idée. Je pense que l'ouvrage auquel vous faites référence, mais dont vous semblez n'avoir qu'un souvenir très confus et, à mon avis, très inexact, est celui-ci: L'intégrisme républicain contre la laïcité, paru à l'Aube en 2006: c'est une perspective fort différente: c'est l'instrumentalisation que je critique)

Ensuite, pour dire qu'il serait utile de relire, de regarder ce que pouvaient écrire ou montrer les médias sur la Tunisie AVANT les événements, avant le départ de Ben Ali. C'est comme l'affaire du Médiator: on nous dit maintenant: "On savait depuis des années..." Mais pourquoi alors l'info ne déferle que maintenant? Bien sûr, pour la Tunisie, il y a eu l'indication, en tout cas dans une partie de la presse écrite, d'emprisonnements, de grèves de la faim. Mais le malaise subsiste, chez moi en tout cas. je trouve qu'il a de plus en plus deux sortes d"'infos": celles sur lesquelles on revient en boucle et donc qui restent en mémoire. Les infos-événement en quelque sorte; et... toutes les autres, noyées dans le flux et qui n'engendrent ni la même émotion ni la même mémoire.

Enfin, je viens d'entendre ce matin, que des Agences de notation ont baissé la note de la Tunisie, vu le risque "d'instabilité". Sans commentaire, parce qu'il y aurait trop de commentaires à faire sur ce capitalisme contre l'humain dont on a l'impression qu'il règne sans partage. A cause de cela, et aussi parce qu'il est très difficile de sortir de décennies de dictature, l'inquiétude est là, mais aussi quand même l'espoir.

PS: Je signale (et j'y reviendrai) la parution:

-le 13 janvier, de l'ouvrage que j'ai écris avec Micheline Milot aux éditions du Seuil: Laïcités sans frontières.

-le 18 janvier, de l'ouvrage que j'ai écris avec Raphaël Liogier aux éditions Entrelacs: Sacrée médecine. Histoire et devenir d'un sanctuaire de la Raison.

Bonne lecture.

10/01/2011

Ne pas tomber dans le piege

Etant actuellement au Canada, je n’ai qu’un echo certainement affaibli par rapport aux reactions qui doivent se produire en France, apres l’enlevement et la mort de deux jeunes Français au Niger. Ici, c’est la fusillade de Tueson qui fait les gros titres. Malgre la globalisation, l'actualite se construit en prenant le lieu ou l’on se trouve comme le centre du monde.

 

Une fois encore, nous sommes face a un redoutable defi. Les actes terroristes, les prises d’otages, cherchent a creuser un fosse infranchissable et a operer une contamination. Certains sondages tombent dans ce piege en demandant aux gens si la « presence musulmane » est, ou non, une « menace », comme s’il s’agissait d’un corps etranger dans la nation.

La manière même dont on a pose la question incite a avoir peur. Et le developpement de cette peur ne peut que rejouir les terroristes, eux qui font tout pour l’entretenir, pour creer un engrenage qui, esperent-ils, leur sera profitable.

 

On a plusieurs fois, ici, evoque la laïcite de « sang-froid » prônee par Briand. Elle est plus que jamais necessaire et devrait, ne serait-ce que strategiquement, regrouper tous ceux qui veulent resister a une poussee des extrêmes.

On peut debattre de tel ou tel element de la laïcite, avoir des desaccords importants, mais il est temps de se dire, entre personnes attachees a la democratie, que les dissensus ne devraient pas empecher une vigilance commune pour ne pas tomber dans le piege qui nous est tendu.

21:52 Publié dans ACTUALITE | Lien permanent | Commentaires (30)

02/01/2011

Varia. Engrenage.

D'abord quelques éléments en ce début d'année, en lisant vos commentaires de la dernière Note de 2010. 

Grand merci à Mathilde pour ses "Impensés". Ils contribuent à ce "regard critique sur la société" que tente de faire ce Blog.

Merci aussi à Roger Mulot de nous rappeler que l'identité personnelle est la "synthèse d'un grand nombre de particularismes" et qu'en plus cela est "instable". J'ajouterai que, dans cette perspective, chacun découvre qu'à certains niveaux il fait partie de la majorité, et à d'autres il est minoritaire. Seulement le regard d'autrui fige souvent l'individu dans une seule de ses dimensions, l'englobe par cette dimension. Le regard, souvent, communautarise...

Et non Gigi III, ce n'est pas la "dernière nouveauté" que d'indiquer que l'intégration est l'affaire de tous. Si vous ne sélectionniez pas ce qui vous dérange, vous auriez appris dans cette Note, que c'est ainsi que Durkheim... à la fin du XIXe siècle (comme nouveauté, on fait mieux!) à développer une perspective sociologique de l'intégration. L'intégration se fait à une société qui est en mouvement, qui a à la fois un passé et un devenir que l'on va construire ensemble, et non les uns contre les autres. L'emploi du terme "intégration" a été appauvri ces dernières décennies.

Les fêtes ont été malheureusement assombries par des attentats contre des chrétiens, et notamment le massacre qui a eu à Alexandrie. A ce sujet, il me semble important de contribuer à la diffusion du Communiqué du Centre Malcom X, dont je partage entièrement les préoccupations et l'affliction. Le voici:

"C'est avec désolation et consternation que le CMX (Centre Malcolm X) apprend comme l'ensemble du monde, l'attentat ayant eu lieu  à la sortie de l'Église à Alexandrie (Egypte)  dans la nuit 1er janvier 2011. Des croyants chrétiens sortant d'une messe de minuit moment fort pour les chrétiens, sont victimes d'un attenta à al voiture piégée. Un acte condamnable sans équivoque. Contraire à l'esprit de l'islam et à toutes les philosophies humanistes.

Notre affliction est d'autant plus grande que la région du moyen Orient est le théâtre attentats permanents ciblant de plus en plus les fidèles croyants à la sortie de leurs églises ou de leurs mosquées. Une région du monde où le terrorisme vient au détriment des habitants, nuire au vivre ensemble millénaire, et renforcer l'occupation des pays comme l'Irak et l'Afghanistan et le développement des troubles au Pakistan. Nous n'oublierons pas ce qui se joue aussi sur le continent africain comme au Nigeria ou en Asie comme en Inde.

Il est désespérant d'assister impuissant au démantèlement de cette région du monde berceau des civilisations et des religions. Ces violences qui n'épargnent personne exceptés celles et ceux pour qui la violence et le terrorisme sont un business comme un autre.

Toute notre pensée va aux victimes de ces barbaries en début de cette nouvelle année 2011."

 

C'est contre cet engrenage que le Blog s'engage également. 

 

 

15:56 Publié dans ACTUALITE | Lien permanent | Commentaires (46)

30/12/2010

Meilleure Année !

 

L’année 2010 n’aura pas été géniale, c’est le moins que l’on puisse dire ! Et donc il faut se souhaiter mutuellement pour 2011, une MEILLEURE ANNEE.

Une année où le débat retrouve un sens de l’équilibre.

Une année où la question de la laïcité est abordée dans sa généralité. Et s’inverse la tendance du glissement de la laïcité vers la droite dure et l’extrême droite.

Une année où on n’assiste plus à une idéologisation et une instrumentalisation  de la notion d’intégration. Cette notion d’« intégration » concerne tous les membres d’une société sans distinction d’origines ou de croyances.

         La nécessité pour chacun de s’intégrer est due au fait qu’une société n’est pas seulement la somme des individus qui la composent, mais aussi et surtout la qualité des relations qu’ils établissent ensemble, dans leur diversité multiforme (sociale, culturelle professionnelle, religieuse,…) et qui donne de la cohésion et de la dynamique sociales.

        C’est d’abord cela l’intégration : un lien réciproque entre les individus et aussi entre la société et les individus pour bâtir ensemble un avenir commun. Cela suppose justesse et justice. La société doit favoriser l’intégration de ses divers membres, comme ceux-ci tenir compte des nécessités de la vie en société, et de ce qui fait cette société dans sa singularité.

Il existe un paradoxe qu’il me semble avoir déjà indiqué, à partir d’Emile Durkheim : deux menaces guettent la société : une intégration trop faible de ses divers membres, certes ; mais aussi une intégration trop poussée générant ce que le sociologue appelle une « individuation insuffisante ».

Chacun doit pouvoir posséder sa propre individualité, ne pas être uniquement une partie du « tout social ». Et  donc l’intégration ne saurait être absolue et elle ne doit pas conduire à l’uniformité.  L’individualité de chacun n’est pas « soluble » dans quoi que ce soit, y compris la République et c’est, grâce à cela, que chaque citoyen peut précisément apporter une contribution originale à la République.

 C’est aussi à partir d’une telle optique que l’on peut poser le problème, tant rebattu maintenant, de la « diversité » culturelle et religieuse. Deux indications :

D’abord, tout le monde , tous les Français sont inclus dans la diversité de la France d’aujourd’hui. Il n’y a pas ceux qui seraient « issus de la diversité » et les autres (issus, eux, de je ne sais quelle normalité!).

Ensuite, reconnaître l’existence, et l’importance, de la diversité signifie que l’on ne recherche ni n’exige de personne une intégration absolue à la société car une intégration intégrale serait destructrice de la personnalité de chacun et, d’autre part, serait néfaste pour la société elle-même car elle la figerait totalement.

La citoyenneté a deux face : civisme et individualité. Au milieu des bruits et des fureurs, est-on encore capable de la comprendre ?

 

PS: je viens d'apprendre le décès de Claude Nicolet, analyste de "l'idée républicaine" en France, dont j'avais discuté les thèses notamment dans mon ouvrage Laïcité 1905-2005, entre passion et raison. J'espère avoir le temps de reparler bientôt de quelques aspects de son oeuvre, d'une permanente actualité.

 

 

10:35 Publié dans EDITORIAL | Lien permanent | Commentaires (5)

20/12/2010

Laïcité, mode d'emploi

Une mini Note pour raison de mal de dos.

Mais je voulais signaler à celles et ceux qui n’ont pas fini leurs courses, pour les cadeaux de Noël et/ou de fêtes de fin d’année, l’ouvrage de DOUNIA BOUZAR :

Laïcité mode d’emploi. Cadre légal et solutions pratiques : 42 études de cas paru chez Eyrolles (et que vous trouverez dans les FNAC à la rubrique « Management »)

Je ne suis pas toujours d’accord avec l’approche de Dounia Bouzar. Par exemple, elle envisage le cas où « des maris refusent que des gynécologues accouchent leurs épouses » (situation 26) sans rien dire du cas où des femmes, dans d’autres situations thérapeutiques, souhaitent être examinées par des médecins femmes. Or, d’après mes propres enquêtes, ce cas existe bel et bien, même si on tente de le passer sous silence. Je recommande cependant  chaudement son livre car elle a fait un travail que personne, à ma connaissance, n’a fait avant elle de façon aussi complète : examiner comment la laïcité à la française se concrétise dans les services publics (au sens large) et dans les entreprises.

Pour chaque cas envisagé, elle donne l’état de la législation, au sens le plus large du terme (non seulement la loi mais  des avis et notes du Conseil d’Etat, Circulaires, Directives, articles du Code du travail, Décisions judiciaires, Délibérations de la HALDE,….) puis ses propres perspectives (Problématique, Eléments clés du débat, Que faire ?). Donc on dispose d’une information claire et sérieuse sur le cadre juridique (nul n’est censé ignorer la loi !), qui donne plus de possibilités d’accommodements que certains ne le disent. Ensuite on peut réfléchir aux accords et aux désaccords que l’on peut avoir avec ce qu’elle propose. Il lui arrive d’ailleurs de proposer 2 solutions possibles.

Un livre extrêmement utile donc à la fois par son côté informatif et par sa contribution à un débat qui devrait avoir lieu de façon posée et loin du tapage médiatique.

 D’autre part, à celles et ceux qui veulent être vraiment en avance sur tout le monde, je propose quelque chose d’absolument inédit : fêter Noël 2011 dés le mois de janvier, en offrant à tous vos amis, deux ouvrages dont nous reparlerons

-Laïcités sans frontières de J. Baubérot et M. Milot, Le Seuil. En librairie le 13 janvier

-Sacrée médecine. Histoire et devenir d’un sanctuaire de la Raison de J. Baubérot et R. Liogier, Entrelacs. En librairie le 18 janvier.

Qu’on se le dise !

19:51 Publié dans Livre | Lien permanent | Commentaires (24)

14/12/2010

La laïcité lepénisée

A force de dire qu’il suffit de prononcer le terme « laïcité » pour que tout soit dit, à force de refuser que, comme la république ou la démocratie, la représentation de la laïcité représente un enjeu social, la machine à décerveler a fait son œuvre.

La laïcité était un marqueur d’une identité de gauche, elle a glissé de plus en plus vers la droite dure, avec en prime quelques nostalgiques du stalinisme ou d’ex-gauchistes en déroute. Maintenant, Marine Le Pen peut s’autoproclamer championne toutes catégories de la laïcité, puisqu’on a faussé son sens.

Depuis des années, je tente de dénoncer cette dérive. La réponse est souvent de me prêter des positions que je n’ai pas pour pouvoir mieux ne pas entendre ce que je cherche à dire.

Mais, maintenant, l’heure est peut-être, pour toutes et tous, à prendre conscience de ce qui menace réellement la laïcité : son emploi fallacieux pour sortir du cadre démocratique.

 Il est grand temps de remettre les compteurs à zéro, et de cesser d’interdire, à coup d’oukases, un libre débat sur ce qu’est la laïcité, comment elle se concrétise et s’actualise. Ce libre débat, sans excommunication, serait la meilleure réponse à ce développement de la capture de la laïcité.

La loi de 1905 a été le fruit d’un mûrissement de 3 ans, où diverses conceptions de la laïcité, de tel ou tel de ses éléments, se sont confrontés. Son élaboration, sa maturation montre qu’il est stupide, et démocratiquement dangereux, de croire qu’il suffit (pour parodier de Gaulle) « de crier ‘laïcité’, ‘laïcité’ en sautant comme des cabris », pour être un promoteur de la laïcité.

On n’est plus à la vaine querelle : adjectif ou pas adjectif.

On est dans une situation où il faut réaffirmer le lien entre laïcité et démocratie.

Et si on est d’accord que ce lien est fondamental, alors il faut ne plus surfer sur des affaires médiatiquement construites, il faut être dans une délibération de fond.

Il faut ne pas céder à la peur de l’autre car l’intelligence s’arrête là où la peur commence.

 Dans ce débat, j’indique à nouveau ce qui est pour moi le fond de l’affaire : depuis 20 ans, une certaine interprétation implicite de la laïcité se prétend être « la » laïcité. Et cette interprétation rompt avec la laïcité telle qu’elle s’est construite de 1882 à 1946, en passant par 1905.

Au lieu de concerner au premier chef l’Etat, on prétend que la laïcité concerne avant tout l’individu, ou du moins certains individus. Résultat : l’Etat laïque fait du surplace, voire recule… et on  se sert du mot « laïcité » pour stigmatiser une partie de la population de notre pays.

Certes la laïcité implique pour chacun le respect de l’autre, et le respect d’un ordre public démocratique qui permet la coexistence de tous. Mais c’est avant tout un attribut de l’Etat : indépendant à l’égard des religions et des convictions particulières, séparé d’elles, l’Etat peut ainsi être un arbitre impartial.

 Quand on vous dit « laïcité », ne prenez pas ce mot comme un terme magique ; demandez de quoi il est question.

Plus que jamais, relisez La Fontaine : le chêne est impressionnant, mais il entraîne vers des catastrophes. Le roseau semble trop fragile. Il résiste aux bourrasques.

 

 

  

20:04 Publié dans ACTUALITE | Lien permanent | Commentaires (28)