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22/05/2011

Douceur totalitaire : ce que la « série DSK » nous apprend

Porter un regard critique sur la société peut consister, et cela se fait, à contester ses structures socio-économiques ou attirer l’attention sur la manière dont certains pays épuisent les ressources de la planète, au détriment d’autres, et hypothèquent l’avenir au détriment des générations futures.

Dans ces domaines, je n’ai aucune compétence particulière. En revanche, je travaille sur les représentations sociale set c’est à partir de là que je peux proposer un regard critique sur la société dans laquelle on vit.

 

(Je donne aussi l'adresse où on peut visionner la dénonciation par des féministes de l'aspect très sexiste du traitement médiatico-politique de cette affaire:

 http://videos.leparisien.fr/video/iLyROoafz-s9.html?xtor=... )

1°) La série « DSK », est non seulement une série télévisée mais, peut-on dire, une série « médiatique globale » : presse, radio, télé, internet.

Ceci dit, internet passait déjà divers épisodes, et (en 2007), la télé en avait même passé un épisode (avec le témoignage d’une jeune femme).

Mais, contrairement à ce que certains disent, internet (pour le moment du moins) n’a nullement détrôné la télé.

Il y a 10 milliards de choses sur internet et tant que la télé n’en fait pas ses choux gras, cela ne produit pas vraiment des représentations sociales.

 

Les représentations sociales dominantes, envahissantes, c’est quand la télé passe quelque chose en boucle.

Quand, elle vous dit cette chose paradoxale (et foncièrement hypocrite) :

 la justice américaine a infligé un « traitement dégradant » à DSK, d’ailleurs je vais vous le montrer, vous le remontrer, vous le montrer une 3ème, 4ème, 5ème …, 12ème  … fois, puisque c’est bien dégradant.

Ainsi, nous tous Français, nous pourrons communier dans l’indignation vertueuseenvers la justice yankee et nous réjouir que la justice c’est tellement mieux en France !

La preuve : ils ont arrêté DSK sans même qu’Obama soit au courant. Ce n’est pas chez nous que nous verrions chose pareille.

Et leurs prisons : dégueulasses, alors que les nôtres sont tellement bien que nous avons été plusieurs fois condamnés par la Cour Européenne des droits de l’homme à ce sujet.


Ça c’est la version française  de la série, mais la version américaine est différente, et celles d’autres pays encore différentes : la série « DSK », c’est comme le MC Do, à partir d’un concept unique, on intègre la tambouille locale.

 

Cette série médiatique globale est assez extraordinaire et, si j’avais le temps, cela vaudrait le coup d’enregistrer les émissions télé et radio, d’imprimer ce qui se dit sur les sites internet, de recueillir un dossier de presse le plus complet possible.

 

Faute de pouvoir faire cela, voici quelques impressions sur la façon dont elle est représentée et donc, en partie, vécue.

Car la série « DSK » nous en dit beaucoup sur ce que R. Simone appelle « le monstre doux », à partir de la domination de l’image, et sur ce que je nomme, pour ma part, la « douceur totalitaire ».

 

2°) Cette douceur totalitaire fonctionne à plein : depuis une semaine, on s’assoit sur son canapé, avec sa bière, et on a, gratis, une série télévisée, radio, presse, internet qui fait un tabac dans le monde entier (génial, pour une fois, elle n’est pas américaine, mais américano-française : Cocorico !).

Une série dont personne n’a pu télécharger l’épisode suivant sur internet, et dont aucun magazine ne vous gâche le plaisir en vous résumant le scénario du jour.

 

Comme le génial Henri Salvador nous l’avait prédit, avec sa chanson « Zorro est arrivé », le même feuilleton passe sur toutes les chaînes.

Vous pouvez zapper comme un malade, passer de « Ce soir ou jamais » à « C’est dans l’air », de la télé à la radio, d’internet à votre quotidien ou hebdo… Avec d’infinies nuances dans le script, c’est la même série, avec les mêmes acteurs, et les mêmes décors.

Mais, de toute façon, les gens ne semblent pas se lasser (du moins c’est le sentiment des producteurs de programme) de voir pour la 25ème fois la porte de la suite 2806

(28/06 : date de la déclaration de candidature à la primaire que devait faire DSK, 1ère marche vers le triomphe présidentiel : décidément l’auteur du scénario est extraordinaire)

Ou d’entendre pour la 32ème fois que la caution est d’un million de $ cash et 5 million de garantie.

Comme moi, vous avez dû lire ou entendre dans plusieurs émissions un commentaire du style :

 « génial, la réalité ressemble à une série télé » et les comparaisons avec New-York-unité spéciale, Les Experts Manhattan,...

(En fait, le couple DSK-Anne Sinclair comporte de très frappantes similitudes avec celui de The good wife, très bonne série moins connue qui est passée sur M6 et dont je vous recommande le DVD, sauf que dans la fiction c’est la femme du coupable présumé qui a le 1er rôle)

 

C’est exactement cela, cette réalité-fiction, pendant des fictions-réalité, la « douceur totalitaire » : les 2 termes (douceur et totalitaire) ont une égale importance, on peut évacuer l’un des 2. Juste remarquer que c’est la douceur, pour les 10% de gens les + riches du monde

(Mais vu ce qu’il faut avoir  pour être dans ces 10%, rassurez-vous, ou inquiétez-vous, vous en êtes).

 

3°) La société du monstre doux n’est pas sans réfléchir, mais elle ne réfléchit qu’à partir de « l’actu » et surtout de « l’actu sexy ».

Vous pouvez vous évertuer à tenter de décrypter un problème permanent comme les fausses évidences contenues dans les mots « public » et « privé », trouver des trucs que personne n’a encore dit à ce sujet, vous n’avez pratiquement aucune chance d’avoir accès aux rares tribunes de débat qui subsistent encore dans quelques organes de presse, si l’actualité ne vous offre pas un boulevard.

 

Et, quand elle vous l’offre il faut

- d’une part avoir un nom déjà connu (ce qui tend à ce que ce soit toujours les mêmes, et pas forcément les meilleurs),

- d’autre part mettre femme(s), homme(s), enfants à la consigne de la gare la plus proche, pour écrire très vite votre papier et ne pas vous laisser prendre de vitesse.

 

Ne faisons pas trop la fine bouche : toute réflexion est bonne à prendre. Mais constatons :

 

-l’aspect non seulement limité, mais encore aléatoire du passage à la visibilité sociale :

petit exemple perso, j’ai écrit une tribune pour Libé, en réponse à un aspect des 4 pages de Pena-Ruiz dans le Libé du 23-24 avril. Sa publication a été retardée par l’affaire Ben Laden, et elle a été publiée dans le n° du vendredi 13 mai.

(et dans la Note du 14 mai sur le Blog)

Chance extraordinaire : elle aurait été programmée par Libé pour le début de la semaine suivante, avec la série « DSK », omniprésente… (Et après, cela aurait été vraiment du réchauffé)

Bref, la présentation de l'actualité a sa logique.

d'ailleurs, vous vous en êtes aperçu, il ne se passe pratiquement rien dans le monde entier depuis une semaine....

 

-Le fait que « l’actu » commande la réflexion fait que celle-ci couvre principalement les réalités susceptibles de faire événement, laissant plus ou moins dans l’ombre (quand on en parle, cela ne devient pas vraiment une représentation sociale) des pans entiers, et très importants de la réalité :

la réalité tend à se réduire à l’actualité, et les gens sont formatés pour confondre actualité et réalité. Ils résistent dans les domaines où ils peuvent avoir une expérience ou une connaissance personnelles. Mais ces domaines sont limités.

Et pour le reste, comme le dit un proverbe allemand c’est : « oiseau mange ou meurt » !

 

-Les journalistes, le nez sur l’actualité, ne sont pas « armés »  conceptuellement pour analyser la réalité, même quand l’actualité leur tend la perche pour traiter un pan de la réalité.

 

Deux exemples :

Primo, on a beaucoup utilisé l’expression « affaire de mœurs » pour la série « DSK », or « l’affaire de mœurs » peut signifier 2 choses complètement différentes : celle de Bill Clinton où, là, les 2 adultes étaient consentants. Donc, même si ce n’est pas glorieux,… et l’affaire actuelle où sont en cause une agression sexuelle, une tentative de viol, ce qui est structurellement bien différent.

 

Secundo : la version française de la série « DSK » nous bassine avec la « puritaine Amérique ».

Mais aucun journaliste de mes deux n’a lu l’ouvrage fondamental de l’historien E. Leites : La passion du bonheur. Conscience puritaine et sexualité moderne (trad. fçaise Paris, 1985). Sinon, ils diraient moins de bêtises, de lieux communs stéréotypés et affligeants d’inculture.

Eh oui, ce sont les puritains qui ont inventé une sexualité conjugale épanouie. Pas les Gaulois !

Le plus drôle dans l’affaire c’est que, si les Puritains du XVIIe siècle se sont également montrés stricts en matière de mœurs, c’est que les seigneurs engrossaient à qui mieux mieux des servantes non consentantes, devenant ensuite fille-mères et rejetées par la société.

Leur « austérité » avait un sens très politique.

Naturellement, tout rapprochement de cela avec l’actualité serait le fait d’un pur hasard !

 

4°) Parler d’ « affaire de mœurs », c’est n’avoir rien compris au schmilblick.

En 50 ans la société a beaucoup évolué dans la représentation de la sexualité : elle est devenue explicitement libérale.

Je mets une nuance en écrivant « explicitement ». En effet, c’est ma génération (Nous sommes les meilleurs, c’est dit !) qui a fait ce que l’on a appelé la « révolution sexuelle »

C’était les glorieuses sixties. Et ce que nous disaient les « adultes », c’est : « Vous nous faites bien rigoler ! Si vous croyez que nous aussi, nous n’avons pas fait des vertes et des pas mûres, à votre âge ! Mais nous, nous ne l’avons pas crié sur les toits ! »

Ce à quoi nous répondions : « Justement, nous voulons libérer la parole pour pouvoir penser ce que nous tentons de vivre ».

 

D’ailleurs, il y avait quand même un changement important en ceci que, via la « pudibonde » (n’est-ce pas !) Albion, des contraceptifs arrivaient dans la France laïque où ils étaient interdits (et certains médecins enguirlandaient les jeunes filles qui commandaient des contraceptifs sans être mariées).

 

Bref, une société plus libérale en matière de mœurs a émergé.

Mais la sexualité, ce n’est pas « tout le monde, il est beau, tout le monde, il est gentil » ! C’est une force explosive, explosive de bonheur comme de dévastation.

Et la société a dû réinventer aussi des limites en la matière, et être d’autant plus exigeante à l’extérieur de ces limites qu’elle était libérale à l’intérieur.

 

Ces limites ont été de deux ordres : le refus de la pédophilie et le refus du viol, de l’acte non consenti.

Et dans la merveilleuse France laïque et républicaine, où l’égalité femme-homme est une valeur tellement fondamentale que l’on fait la chasse aux filles à foulard, le viol, en revanche n’est pas vraiment intégré, dans les représentations sociales, comme une limite à ne pas franchir.

Et quand les phénomènes de caste s'ajoutent au sexisme...

Eh oui, « lutiner les servantes », cela provoque des gloussements chez les professionnels de l'indignation au nom des "valeurs rrrépublicaines".

 C’est pourquoi, tout étonnés, nos journaleux découvrent « qu’en Amérique, on ne plaisante pas avec ces choses là » !

 

5°) La saison 1 de la série « DSK » est (espérons le du moins!) en train de finir, mais dans la banlieue où j’habite, non seulement on la commente toujours autant, en buvant un petit rouge, mais on postule les épisodes de la saison 2, qui ne sont pourtant pas encore téléchargeables sur internet.

 

Les commentaires de la saison 1, témoignent d’une très légère distance entre l’opinion des dites « élites » et celle des pseudo pôvres ploucs.

Les dites élites avaient annoncé que l’on verrait des images « insoutenables ». Ici, on a trouvé que c’était limite publicité mensongère.

Que cela était plutôt moins insoutanable que certaines arrestations répétées au faciès pour vérification d’identité. Idem pour la prison.

 

Et, pour la saison 2, l’actrice inconnue semble susciter plus de sympathie que l’acteur célèbre (si,si, si,… coupable il serait : bien sûr, je précautionneoratoire à tout va!) : on tremble déjà pour elle : les avocats vont passer tous les détails de sa vie au peigne fin.

Et si elle n’a pas été une sainte 7 jours sur 7, 24 h sur 24h, 366 jours sur 365, la terre entière va être au courant de toutes ses, petites ou grandes, turpitudes (supposées elles-aussi !).

Il y en a même un, qui a dit craindre une sorte de « second viol » par l’étalage « indécent » qui sera fait de sa vie.

Rien que des ploucs, vous dis-je !!!

 

 PS: Vous trouverez dans Métro  de demain lundi 23, les résultats d'un sondage sur "les préjugés" en France, que votre Blog favori commentera très bientôt

 

 

 

 

20/05/2011

Syrie ce 20 mai; Assises contre les Préjugés: Paris 22 mai

Pendant que DS KO occupe toute l'actualité et toutes nos conversations, la répression continue en Syrie, et ailleurs..; et les préjugés continuent de pulluler.

1) Rassemblement de solidarité avec le peuple syrien, vendredi 20 mai, à 18h30, près de l'ambassade de Syrie (métro Saint-François-Xavier), à l'appel de plusieurs associations et partis politiques.

"1000 tués, des milliers et des milliers de détenus et de disparus, des massacres et des tortures... La répression des autorités syriennes contre les manifestants de Damas, Deraa, Homs, Banyas, Alep..., atteint un consternant niveau de violence, de terreur et de cynisme.

Pour exiger du régime de Damas l'arrêt immédiat de cette répression criminelle

Pour exprimer la solidarité avec le peuple de Syrie, avec les démocrates et les progressistes de ce pays qui manifestent avec courage face aux chars, à l'armée et aux milices de Bachar Al Assad

Pour soutenir toutes celles et ceux qui agissent dans ce pays pour un État de droit, pour la démocratie et la justice sociale

Parce que le «printemps arabe», l'exigence de libertés et le respect des droits humains ne peuvent pas avoir d'exceptions..."

2) Assises contre  les préjugés, dimanche 22 mai de 1àH à 19h. ESG, 25 rue Saint-Ambroise, 75011 Paris. Info et inscription 0155075818.

je participerai le matin à la table ronde sur: Préjugés: regards de chercheurs;

et à 14 h. à la session sur L'intrumentatilisation de la laïcité.


 
PS: Une nouvelle Note, ce week-end, tentera de décrypter ce que l'on ne dit pas à propos de l'affaire DSK.

10:32 Publié dans ACTUALITE | Lien permanent | Commentaires (3)

16/05/2011

Une plaisanterie bien française...

 

Entendu en boucle, depuis hier matin, sur plusieurs chaînes de radio et de télévision:

"Aux Etats-Unis, on ne plaisante pas avec ces choses là".

1) bravo le stéréotype répété à l'infini (une fois encore!)

2) rappelons que, vraie ou fausse, ce qui est en cause est une agression sexuelle. Si on comprend bien nos journalistes talentueux et nos brillants reporters, en France, pays tellement soucieux de la dignité de la femme qu'on y interdit le port du nicab,  on plaisante volontiers avec les agressions sexuelles! C'est d'un drôle à vous faire dresser les cheveux sur la tête!

 

 

14:49 Publié dans ACTUALITE | Lien permanent | Commentaires (54)

14/05/2011

En finir avec la « laïcité ouverte »

Voici un aticle que j'ai envoyé à Libération et qui vient d'être publié dans la rubrique "rebonds" du n° du 13 mai. je le mets dans son intégralité, Libé ayant du faire (avec mon accord) une coupe, pour des raisons de mise en page.

Bonne lecture.

" Depuis plus de 20 ans, certains militants, intellectuels et groupements laïques affirment que la laïcité ne souffre pas d’être accompagnée d’un adjectif. Ils dénoncent ceux en utilisent comme des sortes de traitres à la laïcité.

Dans Libé du 23-24 avril,  Pena-Ruiz ravive ce conflit par ce titre : « la laïcité ouverte est insultante ». Il affirme, par ailleurs, que le « principe de laïcité ouverte ou positive » a été « inventé par des théoriciens au sein de la Ligue de l’Enseignement », pratiquant allègrement l’amalgame puisque c’est Sarkozy qui parle de « laïcité positive » !

Deux façons de disqualifier ceux qui n’épousent  pas sa conception de la laïcité. Je voudrais proposer une piste pour dépasser cette querelle absurde qui stérilise la gauche, au moment où  la droite dure et l’extrême droite s’emparent du thème de la laïcité pour masquer leurs propres desseins.

Querelle absurde car deux niveaux sont confondus. Celui des principes où la laïcité comme « idée régulatrice » n’a effectivement pas besoin d’adjectif. Elle se réfère à  quatre principes : la séparation de l’Etat et des religions, la neutralité arbitrale de l’Etat face aux différentes  convictions en vue d’assurer et la liberté de conscience et l’égalité des droits pour tous. Mais, suivant les époques, les pays, les domaines, ces principes sont conçus et appliqués de façon différente et toujours imparfaite.

C’est  une représentation étroite de la laïcité à ce second niveau qui s’est trouvée contestée, non les principes eux-mêmes. Ainsi Jaurès parlait de « République sociale » pour indiquer que la République réelle ne l’était pas assez. En court-circuitant les deux niveaux, on tente d’imposer une orthodoxie laïque et de réduire au silence tous ceux qui, à gauche, ne pensent pas comme vous. Toute analyse socio-historique de la représentation et de l’application de laïcité est ainsi disqualifiée. Cette attitude inquisitoriale favorise le glissement du discours dominant sur la laïcité de la gauche vers la droite.

Faut-il alors prendre à son compte l’expression de « laïcité ouverte » ? Ni la Ligue de l’enseignement, ni moi-même, qui travaille avec elle depuis 25 ans, n’avons utilisé cette expression ambiguë. Au contraire, J’ai interpellé les partisans de la « laïcité ouverte »  en leur demandant « à quoi voulez-vous ouvrir la laïcité ? » S’il s’agit « d’inventivité, de dynamisme », de répondre au défi de « sociétés pluriculturelles » : « Fort bien. » S’il s’agit « de penser que la laïcité doit être essentiellement ouverte aux religions, qu’elle se confond avec la seule liberté religieuse » : alors « résolument non. »[1]

 En effet, l’usage social de l’expression « laïcité ouverte » amalgame deux formes complètement différentes de laïcité réelle : la « laïcité de reconnaissance » d’une pleine liberté de conscience de chaque individu et de lutte contre les inégalités de droits; la « laïcité de collaboration » entre l’Etat et des autorités religieuses.[2]   

 La reconnaissance de la liberté de conscience dans des sociétés pluriculturelles induit la séparation, théorisée notamment par John Rawls, entre ce qui est « juste », et que le politique doit promouvoir, et les diverses conceptions du « bien » qui se confrontent dans la société civile. Un processus de laïcisation signifie alors l’augmentation de la liberté pour les uns, sans obliger les autres à renoncer à leur point de vue.

 Ainsi la loi de 1975 sur l’IVG  rend possible pour les femmes d’effectuer une IVG si elles ont des raisons de la souhaiter, sans l’imposer à quiconque. La loi permet en outre aux soignants qui considèrent l’avortement comme un « meurtre » de faire jouer une clause de conscience. Ainsi chaque conception du « bien » est un peu frustrée, devant faire place à l’autre, dans une recherche de justice  pour tous.  Une loi analogue pourrait être votée aujourd’hui sur l’euthanasie.

 Cette reconnaissance de la liberté de conscience fait donc accepter des ajustements : l’exception en faveur des aumôneries, au principe du non subventionnement des cultes dans l’Article 2 de la loi de 1905 en est un exemple typique. Et il en existe bien d’autres dans cette même loi.

 La « laïcité de collaboration » est très différente, puisqu’elle officialise des liens entre les autorités religieuses et l’Etat. Des éléments de cette laïcité existent en France avant l’arrivée au pouvoir de  Sarkozy, ne serait-ce que la création, en 2001, d’un « dialogue institutionnel » entre l’Etat et les autorités catholiques. En Alsace-Moselle, le Concordat et le régime des « cultes reconnus » subsiste. La « laïcité positive », exposée dans le discours du Latran, théorise et accentue cette optique de collaboration entre le religieux et le politique. Elle existe dans certains pays européens, mais n’est pas dans l’esprit de la loi de 1905. Le président suit depuis son élection cette ligne politique, tout en imposant de plus en plus aux musulmans une « laïcité autoritaire ».

 Tendanciellement, la laïcité de reconnaissance épouse les valeurs de la gauche, et la laïcité de collaboration celles de la droite. En confondant ces deux types de laïcité, que l’on prône la « laïcité ouverte » ou qu’on la dénonce comme une « insulte »,  on rend difficile, voire impossible, toute contre-attaque face à la laïcité-UMP et à la laïcité lepénisée."

  

   PS: certains m'ont demandé la date de publication dans le Blog de mon précédent article publié par Libé (+ une interview dans le Nouvel Obs qui, dans la note, est AVANT le dit article): c'est le 31 mars. 

 Re-bonne lecture!

  



[1] La laïcité expliquée à M. Sarkozy et à ceux qui écrivent ses discours, Albin Michel, 2008, p. 232-233.

[2] Avec M. Milot, dans Laïcités sans frontières (Seuil, 2011, p. 87-120), nous distinguons 6 types de laïcité dont les 2 citées ici.

 

10/05/2011

L’UMP voudrait interdire la messe en France.

SA 25ème RESOLUTION  VA RENDRE IMPOSSIBLE L’EXISTENCE D’UN CLERGE CATHOLIQUE.

« Il existe 2 infinis : l’Univers et la bêtise.

Et encore, pour l’Univers,

Je n’en suis pas vraiment sûr »

Albert Einstein.

 

Quarante-huit heures d’un insoutenable suspens (cf. les commentaires de la note du 8 mai) et Internautes bien aimés vous allez tout savoir.

Cette fois, ce n’est pas pour rire, comme la blague à propos du Concordat d’Alsace-Moselle, où il s’agissait de montrer le double discours de l’UMP.

 

Cette fois, c’est vrai de vrai. Si les journalistes avaient lu les 26 propositions de l’UMP, et les avaient prises au sérieux, ils se seraient rendu compte que, sous une formulation prudente certes, l’UMP envisage très sérieusement de prendre, à moyen terme, une mesure qui, de facto, interdira en France tout exercice d’une messe catholique canoniquement valide.

Il s’agit de la 25ème proposition.

Comme la formulation choisie est indirecte –pour ne pas avoir l’air de viser le seul culte catholique- il faut un peu la  décrypter.

Mais vous allez le voir, le décryptage est très facile à faire car, si les choses ne sont pas dites de façon totalement explicite, la conséquence de la 25ème résolution est évidente.

 

Ce n’est pas la première fois  que semblable mesure est indirectement envisagée.

En 1903, un député socialiste, Francis de Pressensé, président de la Ligue des droits de l’homme, rédige une proposition de  loi  qui inquiète beaucoup les catholiques.

Son Article 33, en effet, interdit de rattacher un diocèse à « la juridiction d’un évêque ayant son siège dans un pays étranger. »

Indirectement, mais clairement, cette formule vise le pape, évêque de Rome. Appliquée, elle aurait obligé le catholicisme français à se dissocier de la papauté et à constituer une Eglise nationale.

Pourquoi un président de la Ligue des droits de l’homme présente une telle proposition ? Son texte, pourtant, au contraire d’autres propositions antérieures, commence de façon libérale : il garantit explicitement la liberté de conscience et de culte, le droit de se référer ou non à une religion (Articles 1 à 5) avant de proclamer que « La République ne protège, ne salarie et ne subventionne aucun culte » (Article 6).

 

Mais si le texte n’est pas antireligieux et se montre libéral envers la liberté de croyance individuelle, il est anticlérical et se défie du catholicisme.

Fils d’un pasteur, le sénateur Edmond de Pressensé, qui avait, en 1874, déposé lui-même une proposition de loi de séparation, et d’une mère grande bourgeoise socialiste (qui a caché des Communards), Francis a été très attiré par le catholicisme et était sur le point de se convertir quand a éclaté l’affaire Dreyfus.

Fr de Pressensé a été ulcéré par l’attitude dominante du catholicisme lors de « l’Affaire ». Il y a de l’amoureux déçu dans sa proposition de loi.  Elle fut, en tout cas, comprise, dans les milieux catholiques, comme « une œuvre de représailles et de haine, un acte de guerre »[1]

 

De façon plus politique, elle s’inscrit dans les projets de développement d’un « catholicisme républicain », se dissociant de la structure « monarchique » de l’Eglise catholique romaine, et souhaitant profiter de la séparation pour démocratiser l’Eglise catholique.[2]

Là encore, l’Affaire Dreyfus avait convaincu nombre de laïques de cette nécessité. L’Eglise catholique, véritable « monarchie » dans la république constituait un réel « danger », une grave « menace ».

 

A noter que Briand et Jaurès sont parmi les cosignataires de la proposition de loi… Et que ces 3 compères, 2 ans plus tard, auront changé complètement d’avis et s’opposeront à tout projet de « catholicisme républicain », donnant (au contraire) à la hiérarchie catholique des gages en intégrant dans l’Article 4 une formule anglo-saxonne, protégeant  la constitution interne de chaque Eglise (donc la structure « monarchique » du catholicisme).[3]

 

Cependant, le projet de loi du président du Conseil, Emile Combes, déposé début novembre 1904, comporte diverses mesures qui vont dans le même sens que la proposition de Pressensé et auraient abouti à une séparation qui aurait moins été la séparation des Eglises et de l’Etat, qu’une séparation de l’Eglise catholique et de Rome.

 

Rien de tout cela dans la loi de 1905. Mais il est intéressant de rappeler à quel point la construction de cette loi s’effectua à travers UN CONFLIT ENTRE LAÏQUES.

Rien n’est plus « obscurantiste » donc, au regard de la science historique, que de prétendre qu’il existe « la » laïcité et pas des conceptions différentes de la laïcité, enjeu politique et social. 

Quelque que soit les options citoyennes des historiens, tous les ouvrages, à teneur scientifique, qui rapportent l’histoire de la loi le montrent, certains cependant en tentant de le cacher en remplaçant l’analyse par des jugements de valeur.

Le plus drôle est qu’alors les attaques contre les adversaires de l’ajout mis dans l’Article 4 (Buisson, Clemenceau, etc.)[4] servent à légitimer une conception actuelle de la laïcité  dont on peut se demander si elle n’est pas plus étroite que celle des laïques auxquels on donne des noms d’oiseaux 

 

Tout cela pour vous dire, que la proposition de l’UMP s’inscrit dans la recherche du « catholicisme républicain » qui fut celle de laïques qui auraient voulu une loi de séparation structurellement  différente de ce qu’elle a été.

On comprend donc que sa formulation soit prudente.

Elle n’en est pas moins très claire et son avantage sur la proposition de Pressensé, c’est qu’elle n’attaque pas le pape comme évêque de Rome, mais comme personnage ayant un double rôle, celui de chef spirituel et de chef d’Etat.

 

A ce titre elle témoigne d’une laïcité plus libérale sur le plan strictement religieux (on a bien le droit, contrairement à Pressensé 1903, d’être sous la coupe d’un évêque étranger), mais intransigeante sur le lien religion-politique, puisqu’elle envisage d’abolir le lien maintenu entre autorité spirituelle et pouvoir temporel dans l’Eglise catholique.

Cela, même si cette Eglise n’est pas nommée explicitement, personne ne peut s’y laisser prendre :

en effet, depuis que le dalaï-lama, chef spirituel d’une tendance du bouddhisme tibétain, a abandonné sa charge temporelle, l’Eglise catholique est devenue la seule où ce lien  existe pour tous « ministre du culte ». Elle se trouve donc visée au premier chef !

 

J’aurai une double réaction :

1) L’interrogation me semble légitime. Moi-même, lors d’un « Téléphone sonne » sur France Inter, répondant à une affirmation de René Rémond sur le fait que l’Eglise catholique avait « complètement intégré la séparation du temporel et du spirituel », j’ai dit : « Chiche ! Cela signifie que le pape va renoncer à être un chef d’Etat. »

Je ne sais vraiment pas pourquoi, mais Rémond a mal pris la chose et s’est quelque peu énervé.

 

2) Cependant il faut quand même bien étudier les conséquences de ce que prône l’UMP : si on aboutit à rompre le « lien de subordination » de « ministres du culte » avec le pape comme chef « d’un Etat étranger », on va complètement modifier la pratique religieuse en France.

En effet, seuls les prêtres, subordonnés à un évêque, lui-même subordonné au pape, ont le droit de célébrer l’eucharistie, indispensable pour qu’il s’agisse d’une messe

(Inversement, quand on ne veut pas donner l’eucharistie à quelqu’un, on ne fait pas une messe : ainsi, 2 fois divorcé, Sarkozy n’a eu droit qu’à des vêpres quand il est devenu chanoine du Latran)[5]

Donc si on veut réellement « éviter » ce « lien de subordination », comme l’UMP le souhaite,  cette mesure aura comme effet pratique d’interdire la messe en France.

L’article I de la loi de séparation de 1905, où la République « garantit le libre exercice des cultes » ne sera alors plus respecté. Cruel dilemme que la loi de 1905 a tranché en faveur de la liberté, malgré ce lien de subordination maintenu.

 

Lien de subordination tellement fort que les évêques français qu’ en mai 1906,  avaient adopté des statuts d’associations cultuelles « canonico-légales », ont dû refuser de former les associations cultuelles prévues par la loi, sur l’injonction du pape, chef d’Etat étranger.  La désobéissance à la loi conduisait logiquement à un « délit de messe ». Mais Briand a fait adopter en vitesse, le 2 janvier 1907, une loi mettant  l’Eglise catholique « dans l’impossibilité, même  quand elle le désirerait d’une volonté tenace, de sortir de la légalité »[6].

 

Ne faut-il pas continuer dans cette voie politiquement libérale?

L’UMP n’ouvre-t-elle pas « la boite de Pandore » en voulant modifier profondément la loi de 1905 ?

La messe sera-t-elle encore permise en France dans 10 ans ?

Empêcher les prêtres de dire la messe, à cause de leur « lien de subordination » avec le chef « d’un Etat étranger », est-ce bien raisonnable ?

Ne faut-il pas trouver un ‘accommodement raisonnable’ avec l’Eglise catholique, même si cette expression d’accommodement raisonnable écorche la bouche de certains laïques, et pas seulement à l’UMP ?

(Briand disait à ses « amis » laïques : « Il y a des curés dans l’Eglise catholique, il y a aussi des évêques, il y a même un pape. Que voulez-vous ? Ce sont des mots qui peuvent écorcher les lèvres de certains d’entre vous, mais ils correspondent à des réalités » Et il adjurait les siens de ne pas « faire une loi qui soit braquée sur l’Eglise comme un révolver ».[7] )

 

On comprend en tout cas une certaine prudence de l’UMP dans la formulation. Il n’empêche, le but à atteindre est clairement indiqué, et il signifie, à moyen terme, la mort du catholicisme en France.

 

Il est temps pour moi, de vous donner la formulation complète de cette proposition 25. Vous pouvez ainsi constater qu’elle correspond à ce que je viens d’écrire :

 

« Envisager une réflexion sur les moyens d’éviter que des ministres du culte aient un lien de subordination avec un Etat étranger » (la fin de la phrase en gras dans le texte).

 

Et comme la rigueur laïque de l’UMP n’a d’égal que son sens de l’humour (après tout, son chef donne l’exemple : « cette élection, je la sens bien » dit-il), cette proposition se trouve (avec d’autres mesures d’interdiction prévues) dans le chapitre :

« Garantir la liberté religieuse dans la République ».

On ne saurait mieux dire !

 

PS : Mon frère, Mouloud Baubérot, prétend qu’en fait ce serait l’islam et non le catholicisme qui serait visé. Mais il a trop d’imagination : J.-F. Copé et l’UMP ne sont quand même pas ignares au point de ne pas savoir que le pape est le chef d’un Etat étranger et que le l’Eglise catholique est une structure hiérarchique.

De toute façon, à supposer l’invraisemblable, c'est-à-dire que Laïcité, « pardonne leur, car ils ne savent ce qu’ils font », tout ce qui est écrit dans la Note n’en resterait pas moins valable.

 

2ème PS: dnas les remous sur les déclarations des dirigeants du foot français, derrière le racisme ordinaire (mais finalement cette insistance sur "notre histoire, notre culture": cela ne vous rappelle pas les propos de quequ'un de haut placé?), il y a quelque chose de très significatif, et trop peu relevé par les médias:

l'existence (depuis longtemps en France) de "double nationaux". Ici c'est vu comme un problème. Or, dans le monde actuel globalisé, c'est une chance.

Mais nous en repalerons.  

 

  



[1] Abbé Sevestre, cité par J. Lalouette, La séparation des Eglises et de l’Etat, Le Seuil, 2005, p. 373.

[2] J’analyse les différentes propositions de loi, ainsi que le projet d’Emile Combes (dont il va être brièvement question) dans Vers un nouveau pacte laïque, Le Seuil, 1990, p. 49-63.

[3] Cet ajout a été indispensable pour ‘réussir’ la séparation ; je le raconte depuis plus de 20 ans (cf. Vers un nouveau pacte laïque, p. 64-80 et Laïcités sans frontières –avec M. Milot, Le Seuil, 2011, p.265-279) mais beaucoup ne veulent rien entendre.

[4] Ainsi J.-P. Scot, L’Etat chez lui et l’Eglise chez elle. Comprendre la loi de 1905 (Le seuil, 2005, p. 304), écrit : « il est navrant qu’un laïque aussi rigoureux que Buisson ait cautionné de toute son autorité morale une manœuvre qui relevait de la suspicion antireligieuse et de l’intolérance anticléricale ». On ne peut pas noyer davantage le poisson, et refuser d’admettre qu’il y a eu là un vrai débat entre 2 conceptions différentes de la laïcité.

[5] Cf. La laïcité expliquée à M. Sarkozy et à ceux qui écrivent ses discours (Albin Michel, 2 008) de votre si dévoué serviteur.

[6] Cité in Laïcités sans frontières, p. 279.

[7] Cité par J.-M. Mayeur, La séparation des Eglises et de l’Etat, réédit, Les édit. Ouvrières, 2005, p. 75.

08/05/2011

Un scoop

Très bientôt, en avant première mondiale

UN SCOOP à lire sur votre Blog favori:

sans doute pour montrer que sa défense de la laïcité n'est pas un combat contre l'islam,

l'UMP a, dans ses cartons, un projet qui amènerait, de fait, l'interdiction de la messe en France.

 

14:56 Publié dans ACTUALITE | Lien permanent | Commentaires (32)

04/05/2011

B. STASI. Au Canada, le multiculturalisme se porte bien.

D'abord le Canada:

 

Les journaux ont complaisamment rapporté les propos de David Cameron et d’Angéla Merkel désavouant le multiculturalisme. Et notre glorieux Sarko Ier les a, aussi  sec, considérés comme l’enterrement définitif du multiculturalisme, considéré par l’idéologie dominante, en France, comme du « communautarisme ».

 

Or, des élections législatives ont eu lieu au Canada lundi dernier. Les conservateurs (droite et centre droit) ont gagné (167 sièges, + 23), les libéraux (centre) et le Bloc québécois (souverainiste) ont perdu (respectivement 34 sièges -  43 et 4 sièges – 45) ; le NPD ou Nouveau Parti Démocratique (centre gauche, il est affilié à l’Internationale Socialiste) est devenu l’opposition officielle (102 sièges, + 65) tandis que les Verts ont obtenu leur 1er siège.

 

Ce qui est intéressant, c’est le fait que le multiculturalisme n’a pas du tout constitué un enjeu dans la campagne électorale. Ni l’immigration, qui, rappelons-le, est de 300000 personnes par an, soit chaque année presque 1% de la population canadienne.

Et il n’y a pas les crispations et la montée de l’extrême droite qui existe dans plusieurs pays d’Europe

 

 Au contraire, selon les analystes, si le Parti conservateur, qui formait un gouvernement minoritaire et maintenant a la majorité, a gagné, c’est notamment qu’il semble avoir réussi à se débarrasser de son image de parti « White », représentant surtout la campagne et l’Ouest, pour devenir un parti également implanté dans les centres urbains et sachant s’adresser aux « communautés culturelles ». Ainsi le « grand Toronto », qui est la mégapole canadienne par excellence et où les migrants sont  fort nombreux a fait basculer l’élection à son avantage.

 

Le NPD est également un parti qui est favorable à cette politique d’immigration et qui est à l’aise dans le multiculturalisme. Et qui a beaucoup recruté dans le terreau associatif et la jeunesse.

Tout cela donne l’image d’un pays « apaisé » (le leitmotive de Copé au pseudo débat de l’UMP ; mais là ce qualificatif n’a trompé personne !)

 

Le succès du NPD est particulièrement net au Québec (58 députés), où il fait échouer 3 ministres conservateurs (qui ne pourront pas, en conséquence, rester ministres) et chuter le Bloc québécois.

Il est sans doute trop tôt pour dire si cet échec du Bloc québécois (passé de 38,4 % des voix à 23,4 %) sonne le glas du souverainisme.

Les élections québécoises de l’an prochain, qui mettront aux prise un Parti Libéral du Québec essoufflé après 3 mandats de gouvernement, le Parti Québécois (l’équivalent du Bloc au niveau de la province), Québec-solidaire, les Verts et l’Action Démocratique du Québec (parti populiste qui avait fait une percée en 2007 et s’est effondré depuis), donneront une indication précieuse.

Cependant, on peut noter que le NPD a recruté des candidats et des électeurs dans les milieux qui avaient été les éléments moteurs de l’ascension du PQ dans les années 1980.

 

En tout cas, ce qui est clair c’est qu’au Canada, sauf dans quelques milieux souverainistes québécois qui copient un peu la France, le terme de « communautarisme » est inconnu. Le multiculturalisme se situe clairement dans le cadre de la philosophie politique libérale. Il est une voie d’intégration, et considéré comme tel.

Il favorise, en effet, l’insertion des migrants dans la vie sociale et politique canadienne et le respect des cultures s’effectue dans le cadre de la Charte des droits et  liberté, qui a valeur constitutionnelle.

Il n'y a donc pas de dérogation sur les principes démocratiques, les accommodements raisonnables qui peuvent être accordés à des individus (et non à des groupe), le sont en cas de discrimination indirecte c'est à dire quand la loi, dans sa généralité, lèse une personne en situation particulière.

Cela est valable aussi bien pour une handicapé, une personne âgée, une femme enceinte, qu'un minoritaire au point de vue culturel ou religieux.

 

Naturellement, celà n'implique pas que la situation canadienne soit idylique. Les migrants mettent parfois longtemps à retrouver le poste qui correspond à leur capacité, ou même ne le retrouve jamais (au Québec le corporatisme des médecins est particulièrement net, alors même que la situation des urgences n'est pas bonne). Mais cela signifie que (à part la querelle québécoise sur les accommodements raisonable et ses suites), le plus souvent le migrant et ses descendants se sentent acceptés (certains viennent de france où ils n'ont pas supporté les discriminations) et que l'immigration est attractive. Et l'absence de courant important d'extrême droite est quand même quelque chose d'important, non?

 

 1er PS; dimanche à 17 h sur RFI: une longue interview de votre serviteur  par Pierre-Edouard Deldique (qui a lu attentivement l'ouvrage) sur le livre Laïcités sans frontières (écrit avec la sociologue canadienne Micheline Milot) cf:  http://www.rfi.fr/emission/20110508-2-jean-bauberot-historien-sociologue?quicktabs_2=0.

Ensuite:

Bernard Stasi, président de la Commission du même nom, décédé  dans la nuit de mardi à mercred à 80 ans, atteint de la maladie d'Alzeimer.

 Je ne connaissais pas Bernard Stasi, avant d’être membre de la Commission du même nom et, malgré la divergence que nous avons eue, je garde le souvenir d’un homme charmant, qui avait su créer à cette Commission, où se retrouvaient au départ, des personnes très différentes et pas forcément faciles à faire coexister (ainsi René Rémond avait des querelles homériques avec Pénal-Ruiz, à qui il parlais sur un ton absolument injustifié). un climat très convivial, trop même à mon goût, car il a aidé à la construction d’un esprit de groupe qui a été pour une part dans la quasi-unanimité de la décision principale.

Mais je ne reprocherais pas à Stasi son charisme et son intelligence, plutôt à celles et ceux qui s’y sont perdus, alors que dans ses conversations privées ils montraient qu’ils n’étaient pas persuadés du bien-fondé de la future décision, de n’avoir pas su maintenir la distance minimum. Pour ma part, je crois avoir établi avec lui une relation faite de proximité et de distance, et d’estime réciproque.

 Je rappelle que Stasi, centriste élu par un électorat de droite, avait, à plusieurs reprises, pris des positions courageuses qui avaient dissuadé certains de ses électeurs de voter pour lui, et lui avait valu de très honorables défaites électorales

Par exemple, ce fils d’immigré, devenu français à 18 ans, a écrit en 1984, un ouvrage qui reste d’actualité : L’immigration une chance pour la France, qui lui vaudra d’être battu au scrutin suivant. De même, 9 ans plus tard, il défend la loi Evin, attitude politiquement suicidaire dans la région du champagne ! Et, effectivement, il le payera électoralement.

Mais il n’en n’était pas à son coup d’essai puisque, ministre de Pompidou, il avait condamné le coup d’Etat de Pinochet au Chili et avait perdu son portefeuille pour cette raison.

Face à cet homme qui avait su faire des choix, j’ai tenté d’être loyal. Alors que 2 membres avaient rompu l’embargo que la Commission avait instauré comme règle (= qu’aucun membre ne dise sa position personnelle sur le foulard avant le rapport de la Commission), j’ai été un peu harcelé dans une émission télé par Serge July qui, en reformulant 3, 4 fois la question de manière différente, a tenté de me faire « cracher le morceau ». Je n’ai pas cédé, ce qu’il m’a dit avoir apprécié.

De même, j’ai indiqué quand approchait le moment décisif (celui où on allait aborder la proposition de loi, moment rejeté à l’extrême fin de la Commission), que je ferai des concessions en vue d’aboutir à un compromis mais, qu’au-delà d’un certain seuil, je ferai "objection de conscience". A mon avis, c’est un langage qu’il pouvait, qu’il devait comprendre et je crois qu'il l'a compris.

Mais, à ce moment-là, c’est Rémy Schwartz (dont le charisme est également indéniable) qui avait, en fait, pris les commande de la Commission.

Le mercredi soir (le rapport étant remis le jeudi matin à Chirac), Stasi et moi avons échangé une longue poignée de main, lui me tenant des propos étonnants. J’ai eu le tort de ne pas les noter immédiatement et donc je ne peux que rapporter que le souvenir (et, comme historien, je me méfie toujours des souvenirs) que j’en ai.

Selon ce souvenir, il m’a dit notamment que je resterai dans l’histoire comme celui qui, seul,  n’avait pas voté la proposition de loi. Le propos était ambivalent, car s’étant lui-même retrouvé plusieurs fois dans une position d’homme seul, il pouvait y mettre une certaine connivence. Surtout qu’en ruminant ensuite les choses je me suis rappelé que son visage était alors souriant et chaleureux.

Mais dans l’atmosphère combative de la journée (j’avais du menacer d’un communiqué à l’AFP pour qu’il soit bien signalé dans le Rapport que la proposition sur les signes ostensibles  n’avait pas été votée à l’unanimité), j’avais fait l’interprétation inverse, estimant qu'il m'avait dit, en fait : "tu as voulu te faire remarquer". Et je lui avais répondu : « j’aurais préféré que nous restions 3 jusqu’à la fin » (pusique d'abord, nous étions 3 Curiaces!). La camérawoman a tout filmé, mais rien de cela, comme de la plupart de mes interventions dans la Commission d'ailleurs, ne restera dans le téléfilm (dont une première version a été refusée in extremis, et dont la parution a été, en conséquence, retardée de 2 mois) .

Je me suis souvent demandé si  Stasi avait  vraiment assumé le rôle qu’il a joué à la tête de la Commission. Et ma réponse est: "non". Je m’attendais à ce qu’il écrive dans Le Monde, un long article pour argumenter la position de la Commission. Curieusement, ou significativement, il ne l’a pas fait, se bornant à répliquer brièvement au désaveu du pape (plus facile de défendre une certaine laïcité face à la laïcité papabélisée !). D'autre part, il ne nous a jamais caché,

-primo qu’il était très ami avec Jacques Chirac, et cela depuis la guerre d'Algérie qu'ils ont faite tous les deux.

-deuzio qu’ils se téléphonaient de temps, en temps: « le Président souhaitant être tenu au courant des progrès de la Commission » (naturellement il ne nous en a pas dit plus du contenu de ces échanges)

-et tertio qu’il espérait être nommé à la tête de l’Autorité de lutte contre les discriminations que Chirac allait créer à la suite de notre Commission, pour développer cette lutte et empêcher tout dérapage. Ce point à été très important dans le ralliement de plusieurs. Sans toutefois nommer Stasi, Chirac a tenu sa promesse et la HALDE a effectivement empêché que la loi soit abusivement étendue à d’autres secteurs que l’école publique, frustrant les laïques les plus étroits. On sait qu’aujourd’hui cet abus a lieu et, qu’après avoir été normalisée, la HALDE est dissoute. Cherchez l'erreur...

Après la Commission, Stasi n’était plus le même. Cette personnalité brillante et peine d’humour, capable d’argumenter finement avec  ses interlocuteurs, et souvent de les convaincre, mais aussi de modifier sa position s’il trouvait son miel dans ce qui lui avait été dit, s’est tout à coup transformée en un personnage crispé, continuellement sur la défensive, qui ne pouvait pas entendre parler  à la radio de « voile » sans bondir (souvenir personnel d’une fois où nous allions ensemble dans un taxi à un studio de télévision : il s’agissait en fait de l’annonce d’une course à la voile !!!)

A la télévision d'ailleurs, il ne laissait plus parler ses interlocuteurs, et leur coupait la parole de façon virulente et péremptoire, style : « Vous n’avez pas le droit de dire cela ».

J’ai dû, à plusieurs reprises, batailler avec lui, comme avec d'autres.  Ni Stasi, ni d'autres anciens membres de la Commission, très  vivement  critiqués par leurs amis d'avoir pris une position d'interdiction),  ne supportaient pas que, l’unanimité n’ayant pas été obtenue, ils ne pouvaient donner  valeur d’évidence à leur position. L'un d'entre eux a été, selon plusieurs témoignage, très mal acqueilli dans son Labo. Il a dit alors: "mais nous étions obligés de voter". Et on lui a répondu: "Que non. La preuve: Baubérot." Les uns et les autres, nous en avons pris alors plein la figure. Et, dans ce climat passionnel, les relations se sont tendues.

Lors d’une présentation de la Commission, en Allemagne, le débat fut particulièrement violent car, à mon sens, Stasi avait dit quelque chose de factuellement tout à fait faux. Enguelage publique. Puis, seconde engueulade, en privé cette fois, avec René Rémond, également présent, qui m’a très vivement reproché d’avoir désavoué Stasi « en public ».  Je lui ai alors demandé qui de nous deux avait fait une relation exacte de ce qui s’était passé. Rémond ne m’a pas répondu sur ce point, mais m’a rétorqué : « Votre position a été incompréhensible ». Je lui ai dit alors que, selon moi, c’était la sienne qui était "incompréhensible". Il avait en effet très vivement critique un éventuel "durcissement" de la laïcité, avant de tourner casque quand ce durcissement n'a atteint, de fait, que le foulard.

Je raconte cela pour donner une idée du côté passionnel des choses et du fait que, pour moi, existe un Stasi d’avant la Commission et un Stasi d’après. Pour tout dire, quand j’ai appris sa maladie, je me suis demandé –et je me le demande encore- s’il n’avait pas somatisé son malaise intellectuel et affectif d’avoir eu à prendre et ensuite à défendre publiquement  une décision face à laquelle il était peut-être lui-même déchiré  intérieurement.

De cela je n’ai, bien sûr, aucune preuve, mais des indices dont j’ai mis ici quelques-uns noir sur blanc. En tout cas la Commission Stasi a été la fin de la carrière publique de Bernard Stasi. Alors il avait 73 ans et, 6 mois auparavant, se trouvait en superforme. C'était le Stasi qui avait écrit "L'immigration, une chance pour la France" et c'est avant tout cet homme là qui restera dans mon souvenir.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

20:23 Publié dans ACTUALITE | Lien permanent | Commentaires (25)

01/05/2011

La Palestine à l’ONU !

AUJOURD’HUI OU JAMAIS

La Palestine à l’ONU !

Le Proche-Orient est à la croisée des chemins. La poursuite de la colonisation israélienne de la Palestine a conduit les négociations de paix dans l’impasse. Le désespoir risque de provoquer l’éclatement d’une troisième Intifada. A l’heure où les peuples arabes reprennent en mains leur destin, seule une reconnaissance généralisée de l’Etat de Palestine dans les frontières d’avant la guerre de 1967, avec Jérusalem-Est pour capitale, peut ouvrir une perspective nouvelle.

Or, le 24 septembre 2010, le président Barack Obama a proposé à l’Assemblée générale des Nations unies de « revenir l'année prochaine avec un accord qui amènera un nouvel Etat membre aux Nations unies, un Etat palestinien indépendant et souverain, qui vive en paix avec Israël ». Depuis, la plupart des Etats latino-américains ont reconnu cet Etat de Palestine.

 Le 21 avril, le président de la République Nicolas Sarkozy a fait part au président palestinien Mahmoud Abbas de son « soutien très clair aux efforts visant la création d’un Etat palestinien ». Et le ministre des Affaires étrangères Alain Juppé estime que la reconnaissance de l’Etat palestinien est « une hypothèse qu’il faut avoir en tête », mais qu’ « il faut le faire avec l’Union européenne ». Laquelle s’est engagée, le 13 décembre dernier, à en faire autant « le moment venu ».

Ce moment est venu. Le président Mahmoud Abbas a entamé une tournée afin d’obtenir la reconnaissance de l’Etat de Palestine. En Israël même, des personnalités pour la plupart issues du Mossad, du Shin Bet, de l’armée et du monde des affaires ont rendu publique une « Initiative de paix israélienne » en faveur de  la création d’un Etat palestinien à côté de celui d’Israël.

Cette initiative a été suivie d’une pétition dans le même sens signée par une soixantaine de personnalités dont dix-sept lauréats du Prix d’Israël, une des plus hautes distinctions en matière d’art, de sciences, de lettres, des universitaires comme Zeev Sternhell et Yirmiyahu Yovel, la fondatrice du parti Meretz Shulamit Aloni.

Les signataires rappellent la résolution 181 de l’Assemblée générale de l’ONU du 29 novembre 1947, qui stipulait « la création d’un Etat juif et d’un Etat arabe indépendants », et reprennent plusieurs phrases de la Déclaration d’indépendance d’Israël du 14 mai 1948. Et ils ajoutent : « Nous avons regardé autour de nous, constaté ce qui se passe dans les pays voisins et nous nous sommes dit qu’il est temps pour les Israéliens de faire entendre leur voix. »

Nous saluons ces démarches et exhortons la communauté internationale à prendre enfin ses responsabilités : soixante-quatre ans après l’avortement du plan de partage de la Palestine qu’elle ne s’est pas donné les moyens d’appliquer, il lui revient d’assurer un règlement définitif, juste et durable fondé sur le droit international.

La France et l’Union européenne doivent prendre l’initiative en reconnaissant sans attendre l’Etat palestinien dans les frontières d’avant la guerre de 1967 avec Jérusalem-Est pour capitale et en appelant l’ONU à en faire de même sans délai.

Mais nous ne pouvons nous en remettre aux seules autorités nationales et internationales. Notre responsabilité de citoyens est aussi de mobiliser l’opinion pour qu’elle pèse dans ce sens. C’est pourquoi nous invitons les personnalités et les intellectuels de toutes origines, tendances et sensibilités  à se joindre à cet appel. Pour que la paix l’emporte sur la guerre. Pour empêcher de nouvelles tragédies. Pour assurer l’avenir des deux peuples vivant sur cette même terre.

 

Premiers signataires :

Jean Christophe Attias, directeur d'études à l'EPHE (Sorbonne)

Bertrand Badie, professeur à Sciences Po

Jean Baubérot, professeur émérite à l’EPHE (Sorbonne)

Esther Benbassa, directrice d'études à l'EPHE (Sorbonne)

Monique Chemillier-Gendreau, professeure émérite (Université Paris VII-Diderot)

Jean Daniel, éditorialiste, écrivain

François Gèze, éditeur

Gisèle Halimi, avocate, ancienne députée, ambassadrice de l'Unesco

Stéphane Hessel, ambassadeur de France

Daniel Lindenberg, professeur émérite (Université Paris VIII-Saint-Denis)

Roger Martelli, historien

Edgar Morin, sociologue

Pierre Nora, historien

Ernest Pignon-Ernest, artiste plasticien

Joël Roman, philosophe

François Salvaing, écrivain

Dominique Vidal, historien et journaliste

Déja plus de 1200 personnes ont signé.

Rejoignez les signataires.

http://www.petitions24.net/letat_palestinien_cest_maintenant.