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10/05/2011

L’UMP voudrait interdire la messe en France.

SA 25ème RESOLUTION  VA RENDRE IMPOSSIBLE L’EXISTENCE D’UN CLERGE CATHOLIQUE.

« Il existe 2 infinis : l’Univers et la bêtise.

Et encore, pour l’Univers,

Je n’en suis pas vraiment sûr »

Albert Einstein.

 

Quarante-huit heures d’un insoutenable suspens (cf. les commentaires de la note du 8 mai) et Internautes bien aimés vous allez tout savoir.

Cette fois, ce n’est pas pour rire, comme la blague à propos du Concordat d’Alsace-Moselle, où il s’agissait de montrer le double discours de l’UMP.

 

Cette fois, c’est vrai de vrai. Si les journalistes avaient lu les 26 propositions de l’UMP, et les avaient prises au sérieux, ils se seraient rendu compte que, sous une formulation prudente certes, l’UMP envisage très sérieusement de prendre, à moyen terme, une mesure qui, de facto, interdira en France tout exercice d’une messe catholique canoniquement valide.

Il s’agit de la 25ème proposition.

Comme la formulation choisie est indirecte –pour ne pas avoir l’air de viser le seul culte catholique- il faut un peu la  décrypter.

Mais vous allez le voir, le décryptage est très facile à faire car, si les choses ne sont pas dites de façon totalement explicite, la conséquence de la 25ème résolution est évidente.

 

Ce n’est pas la première fois  que semblable mesure est indirectement envisagée.

En 1903, un député socialiste, Francis de Pressensé, président de la Ligue des droits de l’homme, rédige une proposition de  loi  qui inquiète beaucoup les catholiques.

Son Article 33, en effet, interdit de rattacher un diocèse à « la juridiction d’un évêque ayant son siège dans un pays étranger. »

Indirectement, mais clairement, cette formule vise le pape, évêque de Rome. Appliquée, elle aurait obligé le catholicisme français à se dissocier de la papauté et à constituer une Eglise nationale.

Pourquoi un président de la Ligue des droits de l’homme présente une telle proposition ? Son texte, pourtant, au contraire d’autres propositions antérieures, commence de façon libérale : il garantit explicitement la liberté de conscience et de culte, le droit de se référer ou non à une religion (Articles 1 à 5) avant de proclamer que « La République ne protège, ne salarie et ne subventionne aucun culte » (Article 6).

 

Mais si le texte n’est pas antireligieux et se montre libéral envers la liberté de croyance individuelle, il est anticlérical et se défie du catholicisme.

Fils d’un pasteur, le sénateur Edmond de Pressensé, qui avait, en 1874, déposé lui-même une proposition de loi de séparation, et d’une mère grande bourgeoise socialiste (qui a caché des Communards), Francis a été très attiré par le catholicisme et était sur le point de se convertir quand a éclaté l’affaire Dreyfus.

Fr de Pressensé a été ulcéré par l’attitude dominante du catholicisme lors de « l’Affaire ». Il y a de l’amoureux déçu dans sa proposition de loi.  Elle fut, en tout cas, comprise, dans les milieux catholiques, comme « une œuvre de représailles et de haine, un acte de guerre »[1]

 

De façon plus politique, elle s’inscrit dans les projets de développement d’un « catholicisme républicain », se dissociant de la structure « monarchique » de l’Eglise catholique romaine, et souhaitant profiter de la séparation pour démocratiser l’Eglise catholique.[2]

Là encore, l’Affaire Dreyfus avait convaincu nombre de laïques de cette nécessité. L’Eglise catholique, véritable « monarchie » dans la république constituait un réel « danger », une grave « menace ».

 

A noter que Briand et Jaurès sont parmi les cosignataires de la proposition de loi… Et que ces 3 compères, 2 ans plus tard, auront changé complètement d’avis et s’opposeront à tout projet de « catholicisme républicain », donnant (au contraire) à la hiérarchie catholique des gages en intégrant dans l’Article 4 une formule anglo-saxonne, protégeant  la constitution interne de chaque Eglise (donc la structure « monarchique » du catholicisme).[3]

 

Cependant, le projet de loi du président du Conseil, Emile Combes, déposé début novembre 1904, comporte diverses mesures qui vont dans le même sens que la proposition de Pressensé et auraient abouti à une séparation qui aurait moins été la séparation des Eglises et de l’Etat, qu’une séparation de l’Eglise catholique et de Rome.

 

Rien de tout cela dans la loi de 1905. Mais il est intéressant de rappeler à quel point la construction de cette loi s’effectua à travers UN CONFLIT ENTRE LAÏQUES.

Rien n’est plus « obscurantiste » donc, au regard de la science historique, que de prétendre qu’il existe « la » laïcité et pas des conceptions différentes de la laïcité, enjeu politique et social. 

Quelque que soit les options citoyennes des historiens, tous les ouvrages, à teneur scientifique, qui rapportent l’histoire de la loi le montrent, certains cependant en tentant de le cacher en remplaçant l’analyse par des jugements de valeur.

Le plus drôle est qu’alors les attaques contre les adversaires de l’ajout mis dans l’Article 4 (Buisson, Clemenceau, etc.)[4] servent à légitimer une conception actuelle de la laïcité  dont on peut se demander si elle n’est pas plus étroite que celle des laïques auxquels on donne des noms d’oiseaux 

 

Tout cela pour vous dire, que la proposition de l’UMP s’inscrit dans la recherche du « catholicisme républicain » qui fut celle de laïques qui auraient voulu une loi de séparation structurellement  différente de ce qu’elle a été.

On comprend donc que sa formulation soit prudente.

Elle n’en est pas moins très claire et son avantage sur la proposition de Pressensé, c’est qu’elle n’attaque pas le pape comme évêque de Rome, mais comme personnage ayant un double rôle, celui de chef spirituel et de chef d’Etat.

 

A ce titre elle témoigne d’une laïcité plus libérale sur le plan strictement religieux (on a bien le droit, contrairement à Pressensé 1903, d’être sous la coupe d’un évêque étranger), mais intransigeante sur le lien religion-politique, puisqu’elle envisage d’abolir le lien maintenu entre autorité spirituelle et pouvoir temporel dans l’Eglise catholique.

Cela, même si cette Eglise n’est pas nommée explicitement, personne ne peut s’y laisser prendre :

en effet, depuis que le dalaï-lama, chef spirituel d’une tendance du bouddhisme tibétain, a abandonné sa charge temporelle, l’Eglise catholique est devenue la seule où ce lien  existe pour tous « ministre du culte ». Elle se trouve donc visée au premier chef !

 

J’aurai une double réaction :

1) L’interrogation me semble légitime. Moi-même, lors d’un « Téléphone sonne » sur France Inter, répondant à une affirmation de René Rémond sur le fait que l’Eglise catholique avait « complètement intégré la séparation du temporel et du spirituel », j’ai dit : « Chiche ! Cela signifie que le pape va renoncer à être un chef d’Etat. »

Je ne sais vraiment pas pourquoi, mais Rémond a mal pris la chose et s’est quelque peu énervé.

 

2) Cependant il faut quand même bien étudier les conséquences de ce que prône l’UMP : si on aboutit à rompre le « lien de subordination » de « ministres du culte » avec le pape comme chef « d’un Etat étranger », on va complètement modifier la pratique religieuse en France.

En effet, seuls les prêtres, subordonnés à un évêque, lui-même subordonné au pape, ont le droit de célébrer l’eucharistie, indispensable pour qu’il s’agisse d’une messe

(Inversement, quand on ne veut pas donner l’eucharistie à quelqu’un, on ne fait pas une messe : ainsi, 2 fois divorcé, Sarkozy n’a eu droit qu’à des vêpres quand il est devenu chanoine du Latran)[5]

Donc si on veut réellement « éviter » ce « lien de subordination », comme l’UMP le souhaite,  cette mesure aura comme effet pratique d’interdire la messe en France.

L’article I de la loi de séparation de 1905, où la République « garantit le libre exercice des cultes » ne sera alors plus respecté. Cruel dilemme que la loi de 1905 a tranché en faveur de la liberté, malgré ce lien de subordination maintenu.

 

Lien de subordination tellement fort que les évêques français qu’ en mai 1906,  avaient adopté des statuts d’associations cultuelles « canonico-légales », ont dû refuser de former les associations cultuelles prévues par la loi, sur l’injonction du pape, chef d’Etat étranger.  La désobéissance à la loi conduisait logiquement à un « délit de messe ». Mais Briand a fait adopter en vitesse, le 2 janvier 1907, une loi mettant  l’Eglise catholique « dans l’impossibilité, même  quand elle le désirerait d’une volonté tenace, de sortir de la légalité »[6].

 

Ne faut-il pas continuer dans cette voie politiquement libérale?

L’UMP n’ouvre-t-elle pas « la boite de Pandore » en voulant modifier profondément la loi de 1905 ?

La messe sera-t-elle encore permise en France dans 10 ans ?

Empêcher les prêtres de dire la messe, à cause de leur « lien de subordination » avec le chef « d’un Etat étranger », est-ce bien raisonnable ?

Ne faut-il pas trouver un ‘accommodement raisonnable’ avec l’Eglise catholique, même si cette expression d’accommodement raisonnable écorche la bouche de certains laïques, et pas seulement à l’UMP ?

(Briand disait à ses « amis » laïques : « Il y a des curés dans l’Eglise catholique, il y a aussi des évêques, il y a même un pape. Que voulez-vous ? Ce sont des mots qui peuvent écorcher les lèvres de certains d’entre vous, mais ils correspondent à des réalités » Et il adjurait les siens de ne pas « faire une loi qui soit braquée sur l’Eglise comme un révolver ».[7] )

 

On comprend en tout cas une certaine prudence de l’UMP dans la formulation. Il n’empêche, le but à atteindre est clairement indiqué, et il signifie, à moyen terme, la mort du catholicisme en France.

 

Il est temps pour moi, de vous donner la formulation complète de cette proposition 25. Vous pouvez ainsi constater qu’elle correspond à ce que je viens d’écrire :

 

« Envisager une réflexion sur les moyens d’éviter que des ministres du culte aient un lien de subordination avec un Etat étranger » (la fin de la phrase en gras dans le texte).

 

Et comme la rigueur laïque de l’UMP n’a d’égal que son sens de l’humour (après tout, son chef donne l’exemple : « cette élection, je la sens bien » dit-il), cette proposition se trouve (avec d’autres mesures d’interdiction prévues) dans le chapitre :

« Garantir la liberté religieuse dans la République ».

On ne saurait mieux dire !

 

PS : Mon frère, Mouloud Baubérot, prétend qu’en fait ce serait l’islam et non le catholicisme qui serait visé. Mais il a trop d’imagination : J.-F. Copé et l’UMP ne sont quand même pas ignares au point de ne pas savoir que le pape est le chef d’un Etat étranger et que le l’Eglise catholique est une structure hiérarchique.

De toute façon, à supposer l’invraisemblable, c'est-à-dire que Laïcité, « pardonne leur, car ils ne savent ce qu’ils font », tout ce qui est écrit dans la Note n’en resterait pas moins valable.

 

2ème PS: dnas les remous sur les déclarations des dirigeants du foot français, derrière le racisme ordinaire (mais finalement cette insistance sur "notre histoire, notre culture": cela ne vous rappelle pas les propos de quequ'un de haut placé?), il y a quelque chose de très significatif, et trop peu relevé par les médias:

l'existence (depuis longtemps en France) de "double nationaux". Ici c'est vu comme un problème. Or, dans le monde actuel globalisé, c'est une chance.

Mais nous en repalerons.  

 

  



[1] Abbé Sevestre, cité par J. Lalouette, La séparation des Eglises et de l’Etat, Le Seuil, 2005, p. 373.

[2] J’analyse les différentes propositions de loi, ainsi que le projet d’Emile Combes (dont il va être brièvement question) dans Vers un nouveau pacte laïque, Le Seuil, 1990, p. 49-63.

[3] Cet ajout a été indispensable pour ‘réussir’ la séparation ; je le raconte depuis plus de 20 ans (cf. Vers un nouveau pacte laïque, p. 64-80 et Laïcités sans frontières –avec M. Milot, Le Seuil, 2011, p.265-279) mais beaucoup ne veulent rien entendre.

[4] Ainsi J.-P. Scot, L’Etat chez lui et l’Eglise chez elle. Comprendre la loi de 1905 (Le seuil, 2005, p. 304), écrit : « il est navrant qu’un laïque aussi rigoureux que Buisson ait cautionné de toute son autorité morale une manœuvre qui relevait de la suspicion antireligieuse et de l’intolérance anticléricale ». On ne peut pas noyer davantage le poisson, et refuser d’admettre qu’il y a eu là un vrai débat entre 2 conceptions différentes de la laïcité.

[5] Cf. La laïcité expliquée à M. Sarkozy et à ceux qui écrivent ses discours (Albin Michel, 2 008) de votre si dévoué serviteur.

[6] Cité in Laïcités sans frontières, p. 279.

[7] Cité par J.-M. Mayeur, La séparation des Eglises et de l’Etat, réédit, Les édit. Ouvrières, 2005, p. 75.

08/05/2011

Un scoop

Très bientôt, en avant première mondiale

UN SCOOP à lire sur votre Blog favori:

sans doute pour montrer que sa défense de la laïcité n'est pas un combat contre l'islam,

l'UMP a, dans ses cartons, un projet qui amènerait, de fait, l'interdiction de la messe en France.

 

14:56 Publié dans ACTUALITE | Lien permanent | Commentaires (32)

04/05/2011

B. STASI. Au Canada, le multiculturalisme se porte bien.

D'abord le Canada:

 

Les journaux ont complaisamment rapporté les propos de David Cameron et d’Angéla Merkel désavouant le multiculturalisme. Et notre glorieux Sarko Ier les a, aussi  sec, considérés comme l’enterrement définitif du multiculturalisme, considéré par l’idéologie dominante, en France, comme du « communautarisme ».

 

Or, des élections législatives ont eu lieu au Canada lundi dernier. Les conservateurs (droite et centre droit) ont gagné (167 sièges, + 23), les libéraux (centre) et le Bloc québécois (souverainiste) ont perdu (respectivement 34 sièges -  43 et 4 sièges – 45) ; le NPD ou Nouveau Parti Démocratique (centre gauche, il est affilié à l’Internationale Socialiste) est devenu l’opposition officielle (102 sièges, + 65) tandis que les Verts ont obtenu leur 1er siège.

 

Ce qui est intéressant, c’est le fait que le multiculturalisme n’a pas du tout constitué un enjeu dans la campagne électorale. Ni l’immigration, qui, rappelons-le, est de 300000 personnes par an, soit chaque année presque 1% de la population canadienne.

Et il n’y a pas les crispations et la montée de l’extrême droite qui existe dans plusieurs pays d’Europe

 

 Au contraire, selon les analystes, si le Parti conservateur, qui formait un gouvernement minoritaire et maintenant a la majorité, a gagné, c’est notamment qu’il semble avoir réussi à se débarrasser de son image de parti « White », représentant surtout la campagne et l’Ouest, pour devenir un parti également implanté dans les centres urbains et sachant s’adresser aux « communautés culturelles ». Ainsi le « grand Toronto », qui est la mégapole canadienne par excellence et où les migrants sont  fort nombreux a fait basculer l’élection à son avantage.

 

Le NPD est également un parti qui est favorable à cette politique d’immigration et qui est à l’aise dans le multiculturalisme. Et qui a beaucoup recruté dans le terreau associatif et la jeunesse.

Tout cela donne l’image d’un pays « apaisé » (le leitmotive de Copé au pseudo débat de l’UMP ; mais là ce qualificatif n’a trompé personne !)

 

Le succès du NPD est particulièrement net au Québec (58 députés), où il fait échouer 3 ministres conservateurs (qui ne pourront pas, en conséquence, rester ministres) et chuter le Bloc québécois.

Il est sans doute trop tôt pour dire si cet échec du Bloc québécois (passé de 38,4 % des voix à 23,4 %) sonne le glas du souverainisme.

Les élections québécoises de l’an prochain, qui mettront aux prise un Parti Libéral du Québec essoufflé après 3 mandats de gouvernement, le Parti Québécois (l’équivalent du Bloc au niveau de la province), Québec-solidaire, les Verts et l’Action Démocratique du Québec (parti populiste qui avait fait une percée en 2007 et s’est effondré depuis), donneront une indication précieuse.

Cependant, on peut noter que le NPD a recruté des candidats et des électeurs dans les milieux qui avaient été les éléments moteurs de l’ascension du PQ dans les années 1980.

 

En tout cas, ce qui est clair c’est qu’au Canada, sauf dans quelques milieux souverainistes québécois qui copient un peu la France, le terme de « communautarisme » est inconnu. Le multiculturalisme se situe clairement dans le cadre de la philosophie politique libérale. Il est une voie d’intégration, et considéré comme tel.

Il favorise, en effet, l’insertion des migrants dans la vie sociale et politique canadienne et le respect des cultures s’effectue dans le cadre de la Charte des droits et  liberté, qui a valeur constitutionnelle.

Il n'y a donc pas de dérogation sur les principes démocratiques, les accommodements raisonnables qui peuvent être accordés à des individus (et non à des groupe), le sont en cas de discrimination indirecte c'est à dire quand la loi, dans sa généralité, lèse une personne en situation particulière.

Cela est valable aussi bien pour une handicapé, une personne âgée, une femme enceinte, qu'un minoritaire au point de vue culturel ou religieux.

 

Naturellement, celà n'implique pas que la situation canadienne soit idylique. Les migrants mettent parfois longtemps à retrouver le poste qui correspond à leur capacité, ou même ne le retrouve jamais (au Québec le corporatisme des médecins est particulièrement net, alors même que la situation des urgences n'est pas bonne). Mais cela signifie que (à part la querelle québécoise sur les accommodements raisonable et ses suites), le plus souvent le migrant et ses descendants se sentent acceptés (certains viennent de france où ils n'ont pas supporté les discriminations) et que l'immigration est attractive. Et l'absence de courant important d'extrême droite est quand même quelque chose d'important, non?

 

 1er PS; dimanche à 17 h sur RFI: une longue interview de votre serviteur  par Pierre-Edouard Deldique (qui a lu attentivement l'ouvrage) sur le livre Laïcités sans frontières (écrit avec la sociologue canadienne Micheline Milot) cf:  http://www.rfi.fr/emission/20110508-2-jean-bauberot-historien-sociologue?quicktabs_2=0.

Ensuite:

Bernard Stasi, président de la Commission du même nom, décédé  dans la nuit de mardi à mercred à 80 ans, atteint de la maladie d'Alzeimer.

 Je ne connaissais pas Bernard Stasi, avant d’être membre de la Commission du même nom et, malgré la divergence que nous avons eue, je garde le souvenir d’un homme charmant, qui avait su créer à cette Commission, où se retrouvaient au départ, des personnes très différentes et pas forcément faciles à faire coexister (ainsi René Rémond avait des querelles homériques avec Pénal-Ruiz, à qui il parlais sur un ton absolument injustifié). un climat très convivial, trop même à mon goût, car il a aidé à la construction d’un esprit de groupe qui a été pour une part dans la quasi-unanimité de la décision principale.

Mais je ne reprocherais pas à Stasi son charisme et son intelligence, plutôt à celles et ceux qui s’y sont perdus, alors que dans ses conversations privées ils montraient qu’ils n’étaient pas persuadés du bien-fondé de la future décision, de n’avoir pas su maintenir la distance minimum. Pour ma part, je crois avoir établi avec lui une relation faite de proximité et de distance, et d’estime réciproque.

 Je rappelle que Stasi, centriste élu par un électorat de droite, avait, à plusieurs reprises, pris des positions courageuses qui avaient dissuadé certains de ses électeurs de voter pour lui, et lui avait valu de très honorables défaites électorales

Par exemple, ce fils d’immigré, devenu français à 18 ans, a écrit en 1984, un ouvrage qui reste d’actualité : L’immigration une chance pour la France, qui lui vaudra d’être battu au scrutin suivant. De même, 9 ans plus tard, il défend la loi Evin, attitude politiquement suicidaire dans la région du champagne ! Et, effectivement, il le payera électoralement.

Mais il n’en n’était pas à son coup d’essai puisque, ministre de Pompidou, il avait condamné le coup d’Etat de Pinochet au Chili et avait perdu son portefeuille pour cette raison.

Face à cet homme qui avait su faire des choix, j’ai tenté d’être loyal. Alors que 2 membres avaient rompu l’embargo que la Commission avait instauré comme règle (= qu’aucun membre ne dise sa position personnelle sur le foulard avant le rapport de la Commission), j’ai été un peu harcelé dans une émission télé par Serge July qui, en reformulant 3, 4 fois la question de manière différente, a tenté de me faire « cracher le morceau ». Je n’ai pas cédé, ce qu’il m’a dit avoir apprécié.

De même, j’ai indiqué quand approchait le moment décisif (celui où on allait aborder la proposition de loi, moment rejeté à l’extrême fin de la Commission), que je ferai des concessions en vue d’aboutir à un compromis mais, qu’au-delà d’un certain seuil, je ferai "objection de conscience". A mon avis, c’est un langage qu’il pouvait, qu’il devait comprendre et je crois qu'il l'a compris.

Mais, à ce moment-là, c’est Rémy Schwartz (dont le charisme est également indéniable) qui avait, en fait, pris les commande de la Commission.

Le mercredi soir (le rapport étant remis le jeudi matin à Chirac), Stasi et moi avons échangé une longue poignée de main, lui me tenant des propos étonnants. J’ai eu le tort de ne pas les noter immédiatement et donc je ne peux que rapporter que le souvenir (et, comme historien, je me méfie toujours des souvenirs) que j’en ai.

Selon ce souvenir, il m’a dit notamment que je resterai dans l’histoire comme celui qui, seul,  n’avait pas voté la proposition de loi. Le propos était ambivalent, car s’étant lui-même retrouvé plusieurs fois dans une position d’homme seul, il pouvait y mettre une certaine connivence. Surtout qu’en ruminant ensuite les choses je me suis rappelé que son visage était alors souriant et chaleureux.

Mais dans l’atmosphère combative de la journée (j’avais du menacer d’un communiqué à l’AFP pour qu’il soit bien signalé dans le Rapport que la proposition sur les signes ostensibles  n’avait pas été votée à l’unanimité), j’avais fait l’interprétation inverse, estimant qu'il m'avait dit, en fait : "tu as voulu te faire remarquer". Et je lui avais répondu : « j’aurais préféré que nous restions 3 jusqu’à la fin » (pusique d'abord, nous étions 3 Curiaces!). La camérawoman a tout filmé, mais rien de cela, comme de la plupart de mes interventions dans la Commission d'ailleurs, ne restera dans le téléfilm (dont une première version a été refusée in extremis, et dont la parution a été, en conséquence, retardée de 2 mois) .

Je me suis souvent demandé si  Stasi avait  vraiment assumé le rôle qu’il a joué à la tête de la Commission. Et ma réponse est: "non". Je m’attendais à ce qu’il écrive dans Le Monde, un long article pour argumenter la position de la Commission. Curieusement, ou significativement, il ne l’a pas fait, se bornant à répliquer brièvement au désaveu du pape (plus facile de défendre une certaine laïcité face à la laïcité papabélisée !). D'autre part, il ne nous a jamais caché,

-primo qu’il était très ami avec Jacques Chirac, et cela depuis la guerre d'Algérie qu'ils ont faite tous les deux.

-deuzio qu’ils se téléphonaient de temps, en temps: « le Président souhaitant être tenu au courant des progrès de la Commission » (naturellement il ne nous en a pas dit plus du contenu de ces échanges)

-et tertio qu’il espérait être nommé à la tête de l’Autorité de lutte contre les discriminations que Chirac allait créer à la suite de notre Commission, pour développer cette lutte et empêcher tout dérapage. Ce point à été très important dans le ralliement de plusieurs. Sans toutefois nommer Stasi, Chirac a tenu sa promesse et la HALDE a effectivement empêché que la loi soit abusivement étendue à d’autres secteurs que l’école publique, frustrant les laïques les plus étroits. On sait qu’aujourd’hui cet abus a lieu et, qu’après avoir été normalisée, la HALDE est dissoute. Cherchez l'erreur...

Après la Commission, Stasi n’était plus le même. Cette personnalité brillante et peine d’humour, capable d’argumenter finement avec  ses interlocuteurs, et souvent de les convaincre, mais aussi de modifier sa position s’il trouvait son miel dans ce qui lui avait été dit, s’est tout à coup transformée en un personnage crispé, continuellement sur la défensive, qui ne pouvait pas entendre parler  à la radio de « voile » sans bondir (souvenir personnel d’une fois où nous allions ensemble dans un taxi à un studio de télévision : il s’agissait en fait de l’annonce d’une course à la voile !!!)

A la télévision d'ailleurs, il ne laissait plus parler ses interlocuteurs, et leur coupait la parole de façon virulente et péremptoire, style : « Vous n’avez pas le droit de dire cela ».

J’ai dû, à plusieurs reprises, batailler avec lui, comme avec d'autres.  Ni Stasi, ni d'autres anciens membres de la Commission, très  vivement  critiqués par leurs amis d'avoir pris une position d'interdiction),  ne supportaient pas que, l’unanimité n’ayant pas été obtenue, ils ne pouvaient donner  valeur d’évidence à leur position. L'un d'entre eux a été, selon plusieurs témoignage, très mal acqueilli dans son Labo. Il a dit alors: "mais nous étions obligés de voter". Et on lui a répondu: "Que non. La preuve: Baubérot." Les uns et les autres, nous en avons pris alors plein la figure. Et, dans ce climat passionnel, les relations se sont tendues.

Lors d’une présentation de la Commission, en Allemagne, le débat fut particulièrement violent car, à mon sens, Stasi avait dit quelque chose de factuellement tout à fait faux. Enguelage publique. Puis, seconde engueulade, en privé cette fois, avec René Rémond, également présent, qui m’a très vivement reproché d’avoir désavoué Stasi « en public ».  Je lui ai alors demandé qui de nous deux avait fait une relation exacte de ce qui s’était passé. Rémond ne m’a pas répondu sur ce point, mais m’a rétorqué : « Votre position a été incompréhensible ». Je lui ai dit alors que, selon moi, c’était la sienne qui était "incompréhensible". Il avait en effet très vivement critique un éventuel "durcissement" de la laïcité, avant de tourner casque quand ce durcissement n'a atteint, de fait, que le foulard.

Je raconte cela pour donner une idée du côté passionnel des choses et du fait que, pour moi, existe un Stasi d’avant la Commission et un Stasi d’après. Pour tout dire, quand j’ai appris sa maladie, je me suis demandé –et je me le demande encore- s’il n’avait pas somatisé son malaise intellectuel et affectif d’avoir eu à prendre et ensuite à défendre publiquement  une décision face à laquelle il était peut-être lui-même déchiré  intérieurement.

De cela je n’ai, bien sûr, aucune preuve, mais des indices dont j’ai mis ici quelques-uns noir sur blanc. En tout cas la Commission Stasi a été la fin de la carrière publique de Bernard Stasi. Alors il avait 73 ans et, 6 mois auparavant, se trouvait en superforme. C'était le Stasi qui avait écrit "L'immigration, une chance pour la France" et c'est avant tout cet homme là qui restera dans mon souvenir.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

20:23 Publié dans ACTUALITE | Lien permanent | Commentaires (25)

01/05/2011

La Palestine à l’ONU !

AUJOURD’HUI OU JAMAIS

La Palestine à l’ONU !

Le Proche-Orient est à la croisée des chemins. La poursuite de la colonisation israélienne de la Palestine a conduit les négociations de paix dans l’impasse. Le désespoir risque de provoquer l’éclatement d’une troisième Intifada. A l’heure où les peuples arabes reprennent en mains leur destin, seule une reconnaissance généralisée de l’Etat de Palestine dans les frontières d’avant la guerre de 1967, avec Jérusalem-Est pour capitale, peut ouvrir une perspective nouvelle.

Or, le 24 septembre 2010, le président Barack Obama a proposé à l’Assemblée générale des Nations unies de « revenir l'année prochaine avec un accord qui amènera un nouvel Etat membre aux Nations unies, un Etat palestinien indépendant et souverain, qui vive en paix avec Israël ». Depuis, la plupart des Etats latino-américains ont reconnu cet Etat de Palestine.

 Le 21 avril, le président de la République Nicolas Sarkozy a fait part au président palestinien Mahmoud Abbas de son « soutien très clair aux efforts visant la création d’un Etat palestinien ». Et le ministre des Affaires étrangères Alain Juppé estime que la reconnaissance de l’Etat palestinien est « une hypothèse qu’il faut avoir en tête », mais qu’ « il faut le faire avec l’Union européenne ». Laquelle s’est engagée, le 13 décembre dernier, à en faire autant « le moment venu ».

Ce moment est venu. Le président Mahmoud Abbas a entamé une tournée afin d’obtenir la reconnaissance de l’Etat de Palestine. En Israël même, des personnalités pour la plupart issues du Mossad, du Shin Bet, de l’armée et du monde des affaires ont rendu publique une « Initiative de paix israélienne » en faveur de  la création d’un Etat palestinien à côté de celui d’Israël.

Cette initiative a été suivie d’une pétition dans le même sens signée par une soixantaine de personnalités dont dix-sept lauréats du Prix d’Israël, une des plus hautes distinctions en matière d’art, de sciences, de lettres, des universitaires comme Zeev Sternhell et Yirmiyahu Yovel, la fondatrice du parti Meretz Shulamit Aloni.

Les signataires rappellent la résolution 181 de l’Assemblée générale de l’ONU du 29 novembre 1947, qui stipulait « la création d’un Etat juif et d’un Etat arabe indépendants », et reprennent plusieurs phrases de la Déclaration d’indépendance d’Israël du 14 mai 1948. Et ils ajoutent : « Nous avons regardé autour de nous, constaté ce qui se passe dans les pays voisins et nous nous sommes dit qu’il est temps pour les Israéliens de faire entendre leur voix. »

Nous saluons ces démarches et exhortons la communauté internationale à prendre enfin ses responsabilités : soixante-quatre ans après l’avortement du plan de partage de la Palestine qu’elle ne s’est pas donné les moyens d’appliquer, il lui revient d’assurer un règlement définitif, juste et durable fondé sur le droit international.

La France et l’Union européenne doivent prendre l’initiative en reconnaissant sans attendre l’Etat palestinien dans les frontières d’avant la guerre de 1967 avec Jérusalem-Est pour capitale et en appelant l’ONU à en faire de même sans délai.

Mais nous ne pouvons nous en remettre aux seules autorités nationales et internationales. Notre responsabilité de citoyens est aussi de mobiliser l’opinion pour qu’elle pèse dans ce sens. C’est pourquoi nous invitons les personnalités et les intellectuels de toutes origines, tendances et sensibilités  à se joindre à cet appel. Pour que la paix l’emporte sur la guerre. Pour empêcher de nouvelles tragédies. Pour assurer l’avenir des deux peuples vivant sur cette même terre.

 

Premiers signataires :

Jean Christophe Attias, directeur d'études à l'EPHE (Sorbonne)

Bertrand Badie, professeur à Sciences Po

Jean Baubérot, professeur émérite à l’EPHE (Sorbonne)

Esther Benbassa, directrice d'études à l'EPHE (Sorbonne)

Monique Chemillier-Gendreau, professeure émérite (Université Paris VII-Diderot)

Jean Daniel, éditorialiste, écrivain

François Gèze, éditeur

Gisèle Halimi, avocate, ancienne députée, ambassadrice de l'Unesco

Stéphane Hessel, ambassadeur de France

Daniel Lindenberg, professeur émérite (Université Paris VIII-Saint-Denis)

Roger Martelli, historien

Edgar Morin, sociologue

Pierre Nora, historien

Ernest Pignon-Ernest, artiste plasticien

Joël Roman, philosophe

François Salvaing, écrivain

Dominique Vidal, historien et journaliste

Déja plus de 1200 personnes ont signé.

Rejoignez les signataires.

http://www.petitions24.net/letat_palestinien_cest_maintenant.

28/04/2011

Refus du racisme et de la xénophobie

Appel pour un 1er mai de refus du racisme et de la xénophobie

 


 

RASSEMBLEMENT le 1er mai 2011, de 11h à 12h Pont du Caroussel. Paris 75001

 

Le 1er mai 1995, Brahim Bouarram, 29 ans, profitait d'une journée ensoleillée. Il ne savait pas que des mains criminelles allaient le précipiter dans la Seine et mettre fin à ses jours. Les auteurs venaient de quitter le défilé du Front national.

Seize ans plus tard, les discours de stigmatisation, de discrimination et de rejet de l'autre ont fait tâche d'huile. Le Président de la République lui-même a osé montrer du doigt les Rroms en les accusant de délits qu'ils n'avaient pas commis, demander que les Français naturalisés aient moins de droits que les Français de naissance, valider l'équivalence lepéniste entre immigration et insécurité.

De loi Hortefeux en loi Besson, de traque des sans papiers en refoulement de demandeurs d'asile, de « débat » sur l'identité nationale en « débat » sur l'Islam et la laïcité, les gouvernants actuels ont pris la terrible responsabilité d'encourager la montée de l'intolérance et de la haine. A quelques mois d'échéances décisives, c'est le vivre ensemble démocratique qui est désormais menacé.

Nous, citoyens et organisations fidèles aux valeurs de liberté, d'égalité et de fraternité, ne supportons plus que la République soit ainsi défigurée, la laïcité instrumentalisée au service de la stigmatisation de millions de nos concitoyens, la xénophobie banalisée dans les propos de ministres et de députés qui prétendent parler en notre nom à tous.

Il est temps de dire notre refus de cette dérive dangereuse, de faire barrage à la lepénisation des esprits et des politiques. Oui, il faut barrer la route à l'extrême droite, barrer la route aux idées de haine qui ont tué Brahim Bouarram.

C?est pourquoi toutes les organisations qui, depuis le 4 septembre 2010, se sont réunies « contre la politique du pilori et contre la xénophobie » appellent à un rassemblement le 1er mai 2011, à Paris à 11h au pont du Carrousel et dans le plus grand nombre possible de villes de France :

* Pour rendre hommage à la mémoire de Brahim Bouarram et à toutes les victimes des crimes racistes

*Pour dénoncer les discours et les lois xénophobes qui mettent en danger les étrangers et discriminent les citoyens selon leurs origines ou leurs croyances

* Pour appeler à en finir avec tout ce qui, depuis des années, défigure la République.

Premiers signataires : l'ACORT, AC, ACTIT, AMF, ATF, ATMF, ARAC, l'ARDHIS, ASDHOM, AFASPA, ATTAC France, CCFD, Autremonde, CIMADE, CEDETIM-IPAM, CGT éduc'action, le collectif l'égalité d'abord, CRAN, CRID,Droit Au Logement, Droit solidarité, Emaus international, FASTI, la fondation Copernic, Fédération Générale des PEP, La Ferc-CGT, France terre d'asile, FSU, FTCR, GISTI, L'Inter-LGBT, LDH, MJS, Marche européenne, Mouvement de la paix, MRAP, RESF, le SNESUP-FSU, SNJ-CGT, SOS Racisme, SUD éducation, Syndicat des avocats de France, Syndicat de la magistrature, Terre solidaire, Union syndicale solidaire, USP, MPEF, UJFP

Partis politiques : Gauche unitaire, PCF, République et socialisme, la FASE, le parti socialiste, la gauche cactus, FG.PEP, Les alternatifs, le parti de gauche, le PCOF, MAN, EELV, La Voie Démocratique



 
 
 
 

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20/04/2011

Du crucifix et de l'urine

Quelques propos politiquement peu corrects :

Point n’est besoin, pour le Blog, de développer le fait qu’effectuer des menaces de mort, molester les gardiens d’un musée et détruire un tableau (2 en fait, mais il n’y en a qu’un dont on parle) est non seulement moralement condamnable mais constitue un délit passible de poursuites judiciaires.

Notre bien aimé ministre de la Culture l’a déjà dit, ainsi que les différents médias.

Le blog voudraitdonc dépasser ces réactions (qu’il partage) pour tenter de faire quelques remarques non lues ou entendues ailleurs.

Des propos un peu froids dans cette atmosphère d’indignation et de contre-indignation générale.

Que voulez-vous le Blog n’a pas une gueule d’atmosphère !

 

Premier point : cette affaire illustre une fois de plus la pluralité des conceptions du bien, qui est explicite dans les sociétés modernes. Relisons un peu John Rawls à ce sujet.  Mais je suis moins sûr que lui que cette pluralité soit vraiment nouvelle.

En fait, ce qui est (relativement)  nouveau, à une échelle historique s’entend, c’est que l’Etat démocratique et laïque accepte cette pluralité, cherche à ne s’identifier à aucune de ces conceptions, mais vise à exercer une neutralité arbitrale.

A ce sujet, la France n’est pas plus (ni moins) laïque que d’autres pays : cette œuvre est ancienne et avait  déjà été exposée ailleurs…. Avec parfois de virulentes polémiques comme en Australie.

 

Second point : Je viens de parler de « neutralité arbitrale » et, effectivement, ceux qui sont profondément choqués par cette œuvre et estiment qu’elle dépasse la liberté d’expression et de création  disposent de droits. On peut (c’est mon cas et j’indiquerai pourquoi) ne pas être du tout d’accord avec eux, mais respecter leurs droits.

Ils peuvent donner leur position dans divers lieux de l’espace public (sermons dans des édifices religieux, articles de journaux, sur Internet, interview dans des médias,…), faire des pétitions (ils ont d’ailleurs fait tout cela), porter plainte (je ne sais s’ils l’ont fait) pour demander à la justice si juridiquement il s’est effectivement produit un tel dépassement.

Ils peuvent même, s’ils sont déboutés,  porter l’affaire devant la Cour européenne des droits de l’homme.

 

Bref, ils ne sont pas dépourvus de droits, ils ne sont pas « persécutés », comme certains le prétendent.

Ils sont simplement (comme lors de beaucoup d’autres situations) dans une contradiction typique de la société de communication de masse, et que leur violence et leur vandalisme n’a fait qu’exacerber : « Immersion Piss Christ » est une œuvre qui a 30 ans. Même exposée à Avignon, peu de gens en avaient entendu parler, et connaissaient le nom de son auteur, André Serano.

Maintenant et l’œuvre et l’artiste ont acquis une célébrité certaine !

 

Troisième point : l’indignation face aux réactions indignées est peut-être, chez certains, plus faux-cul qu’il ne le semble. Pour ce qui me concerne, je poserai la même question que celle que j’avais posée sur mon blog lors de l’affaire dite « des caricatures de Mahomet » :

Celles et ceux qui défendent cette œuvre avec passion sont-ils prêts à accepter  l’exposition d’une œuvre représentant une photo de Pasteur plongée dans un verre d’urine, ou une photo de Jaurès ou de de Gaulle ? (on pourrait continuer indéfiniment la liste : Zidane, Belmondo, Stéphane Guyon, Nolwenn –oh non, pitié, pas Nolwenn quand même !).

Bref si on trouverait cela insupportable pour Jaurès et de Gaulle, au nom de quoi trouve-t-on cela tout à fait normal pour Mahomet ou Jésus ?

 

Quatrième point : à ma connaissance, les médias n’ont pas indiqué si André Sérano a donné le moindre sens à son œuvre et n’ont pas cherché à en décrypter un.

Au XVIe siècle, des protestants réformés français sortaient des « vases sacrés »de certaines églises. Ils remplissaient le « saint ciboire » de « saintes hosties ». Et ils urinaient dedans aussi sec. Cela signifiait que, pour eux, ces objets n’étaient que « superstitions » et «idolâtrie ». Là, qu’a voulu dire l’artiste ?

Le climat du XVIe siècle était celui des guerres de religion et je ne suis pas contre le fait qu’on ait trouvé depuis des manières… disons plus subtiles d’exprimer son point de vue.

Mais l’œcuménisme (en religion, en politique, en tout,…) ayant versé souvent dans l’excès inverse, en croyant que dire un désaccord serait de l’intolérance, je me fais un Malin plaisir à rappeler ce fait, sous le fallacieux prétexte de poser la question :

Qu’a voulu dire l’artiste ?

 

Cinquième point : à propos de crucifix, il y a une photographie vue dans un journal quand j’étais jeune et dont le souvenir m’est resté. Il s’agissait du cardinal Spellman, archevêque de New-York qui, brandissant un crucifix, bénissait des bombardiers partant pour la guerre du Vietnam.

Le drôle était vicaire apostomachin de l’armée américaine et violemment anticommuniste. Déjà l’axe du Bien contre l’axe du Mal.

I’m desolated, mais cette photo m’avait profondément choqué. Cela me choque toujours. Et infiniment plus que celle d’Avignon.

Et les gens qui estiment que « l’honneur du Christ » est atteint feraient bien d’être un peu moins amnésique.

Ceci écrit, après avoir dû dire, pendant des décennies, qu’on ne fait pas de « la bonne littérature avec de bonnes intentions », il faudrait peut-être ajouter aujourd’hui que la provocation ne fait pas forcément une belle œuvre.

 

Sixième point : d’où ma question : à part mettre une photo de crucifix dans un verre de son urine, et photographier le tout, qu’est- ce que Serano a produit comme œuvre ?

Qui est-il ? Excusez mon ignorance, mais….

Là encore, on me permettra un souvenir perso.

C’était quelques années après la fameuse fatwa de l’imam Khomeiny. Salman Rushdie, qui était obligé de se cacher, vint à Paris. Les  invités étaient triés sur le volet et j’avais la chance d’en être. Plus excité que mille puces le Baubérot !

Alors, on passe dans plein de trucs et machins pour vérifier que personne ne porte d’arme (bien pire qu’un aéroport) et  on arrive dans une salle où le grand homme est déjà là.

Parmi l’auditoire, il y avait des gens qui étaient venus de l’autre rive de la Méditerranée, où (au péril de leur vie, eux aussi) ils avaient défendu Rushdie. Cela ne voulait pas dire qu’ils étaient totalement d’accord… et, dans la discussion, certains ont émis, gentiment, quelques critiques.

 

Comment ils se sont faits ramassés les gars. Rushdie a balayé leur argumentation avec une condescendance, pire un mépris, digne d’un aristocrate, d’un grand bourgeois ne supportant pas la moindre contradiction.

Et moi, je sentais dans ma tête, le héros de la liberté d’expression en train de faire pschitt,  comme une poupée gonflable qu’on aurait transpercée par une aiguille

(J’espère que vous admirez l’audace de la comparaison. Vous ais-je déjà dit que l’on pense à moi à l’Académie ? Oui, hélas, je me répète).

Bref, Rushdie est toujours pour moi un bon écrivain, mais il m’a administré la preuve, une fois de plus !, qu’avoir un quelconque modèle, signifie prendre le risque de se faire cocufié.

Maintenant, certains aiment cela et en redemandent. OK, mais je ne suis pas membre de leur confrérie.

 

 Septième et dernier point : je m’obstine : j’aimerais savoir ce que Serano a voulu dire : si c’est des Spellman et consort qu’il attaque, il peut peut-être le préciser un chouia, non ?

S’il s’agit du Christ lui-même : la photo qu’il trempe dans son urine est la représentation d’un homme en croix, mourant abandonné, dans la déréliction la plus totale.  Il y a même une notion théologique pour désigner cela : la kénose.

Alors, vous savez, du reniement de Pierre aux actuels Spellman, il en a vu bien d’autres.

 

PS : j’ai écrit cette Note, sans avoir accès à Internet (ah le Limousin profond dans la France profonde) donc avant de pouvoir lire les commentaires sur cette affaire à la fin des commentaires sur ma Note précédente (mais, pour tout vous dire, je me doutais un peu qu’il y en avait !).

Donc, vous avez d’amples compléments à ma Note qui sont déjà écrits. Profitez-en.

 

 

  

 

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15/04/2011

Français et musulman

Je vous donne ici la préface que j'ai écrite pour l'ouvrage de Jamel Khermimoun

Français et musulman. Pour en finir avec les idées reçues

Français et musulman et non pas « Français musulman » : la différence introduite par la petite conjonction « et » me semble plus importante qu’il n’y paraît. Elle a, en effet, une double signification. L’auteur de cet ouvrage, Jamel Khermimoun, est à la fois pleinement français et pleinement musulman. Deux aspects de son identité propre qui relèvent de deux sphères différentes, la sphère politique et la sphère religieuse. Et comme il existe des personnes qui sont Français et agnostiques, Français et juifs, etc il existe aussi des personnes qui sont musulmanes et indonésiennes, sénégalaises ou américaines. Tout comme il existe des catholiques qui sont irlandais ou vietnamiennes, ou des protestants anglais, ce qui n’empêche nullement d’être Français et catholique, ou protestant. Chaque être humain possède plusieurs identités et cela contribue à façonner son individualité spécifique.

Banalité qu’un tel rappel ? Oui certes. Et pourtant dans le contexte actuel, avec ses stéréotypes et ses « idées reçues », en un temps où l’intelligence finit là où commence la peur, ce rappel n’est pas inutile. D’ailleurs, sous la plume de l’auteur, l’affirmation « Français et musulman » est à la fois un constat et une revendication qu’il souhaiterait ne plus avoir à faire, qu’il cherche à dépasser.

Un constat : Jamel Khermimoun est né à Sarcelles ; il possède la nationalité française, il est donc un citoyen français comme un autre. Et comme chaque citoyen, il a son itinéraire propre. Il a effectué des études de géographie politique, culturelle et historique qui l’ont conduit à devenir, en 2006, docteur en Sciences humaines et sociales de l’Université de Paris-Sorbonne. Sa thèse a porté sur « Le département de Seine - Saint Denis : politiques urbaines du Conseil général et enjeux d’image du territoire ».

Ce thème a été élargi dans un ouvrage publié par l’Harmattan : Politiques urbaines et image du territoire, stratégies marketing et discours des acteurs en Seine – Saint-Denis. Plus généralement, les intérêts de recherche de Jamel Khermimoun portent sur l’identité de ce département, emblématique de l’aspect pluriculturel de la France d’aujourd’hui, la gouvernance et la politique urbaine, l’étude de certains quartiers, grands ensemble et l’impact de certaines innovations, comme l’implantation du Stade de France. Autant de sujets importants. Et après des études d’ordre académique, aujourd’hui il publie un essai.

On pourrait, dans un certain sens on devrait, s’arrêter là. Sauf que le titre même de l’essai Français et musulman Pour en finir avec les idées reçues montre qu’au niveau des représentations collectives dominantes la situation n’est pas aussi simple qu’elle devrait l’être. Une expression très proche de celle du titre, celle de « Français musulman » a longtemps été utilisée de façon restrictive. Quand la France était une puissance coloniale, elle a signifié une distinction, particulièrement forte en Algérie, entre des Français d’origine européenne habitant ce pays et ceux que l’on qualifiait également d’« indigènes musulmans », longtemps « sujets français », privés des droits de la citoyenneté, ensuite citoyens de seconde zone. Cette histoire pèse encore lourdement sur la France.

Le constat « Français et musulman » comporte donc forcément une part de revendication. S’il n’y a plus de déni officiel de citoyenneté, nous assistons aujourd’hui à une idéologisation et une instrumentalisation de la notion d’intégration. Cette notion d’« intégration » concerne tous les membres d’une société sans distinction d’origines ou de croyances. La nécessité pour chacun de s’intégrer est due au fait qu’une société n’est pas seulement la somme des individus qui la composent, mais aussi et surtout la qualité des relations qu’ils établissent ensemble, dans leur diversité multiforme (sociale, culturelle professionnelle, religieuse,…) et qui donne de la cohésion et de la dynamique sociales.

C’est d’abord cela l’intégration : un lien réciproque entre les individus et aussi entre la société et les individus pour bâtir ensemble un avenir commun. Cela suppose justesse et justice. La société doit favoriser l’intégration de ses divers membres. A juste titre Jamel Khermimoun insiste donc sur les réalités de la « désintégration » sociale dans « les banlieues de la République » et la perte de substance qui en résulte.

Et, par ailleurs, il existe un paradoxe qu’une des références de l’auteur, Emile Durkheim avait déjà relevé en son temps : deux menaces guettent la société : une intégration trop faible de ses divers membres, certes ; mais aussi une intégration trop poussée générant une « individuation insuffisante ». Chacun doit pouvoir posséder sa propre individualité, ne pas être uniquement une partie du « tout social ». Et donc l’intégration ne saurait être absolue et elle ne doit pas conduire à l’uniformité. Jamel Khermimoun a raison de récuser la problématique de « l’Islam est-il [ou non] soluble dans la République. » Il faut résolument adopter une autre perspective : l’individualité de chacun n’est pas « soluble » dans quoi que ce soit, y compris la République et c’est, grâce à cela, que chaque citoyen peut précisément apporter une contribution originale à la République.

C’est aussi à partir d’une telle optique que l’on peut poser le problème, tant rebattu maintenant, de la « diversité » culturelle et religieuse. Deux indications : D’abord, tout le monde est inclus dans la diversité de la France d’aujourd’hui. Il n’y a pas ceux qui seraient « issus de la diversité » et les autres (issus, eux, de je ne sais quelle normalité !). Ensuite, reconnaître l’existence, et l’importance, de la diversité signifie que l’on ne recherche ni n’exige de personne une intégration absolue à la société car une intégration intégrale serait destructrice de la personnalité de chacun et, d’autre part, serait néfaste pour la société elle-même car elle la figerait totalement.

Dans cette optique, être « Français et musulman » constitue donc un dépassement de la revendication pour devenir une qualité qui contribue à enrichir la société française. Comme le rappelle Jamel Khermimoun les « droits de l’homme [constituent] l’interface des civilisations », et à partir de là, en démocratie, un débat interprétatif peut avoir lieu sur les diverses interprétations convictionnelles des uns et des autres. De même, l’auteur nous présente diverses « questions de société » à partir de son point de vue.

Au-delà de salutaires rappels sur la distance, parfois structurelle, entre des principes affichés et le fonctionnement social réel, j’aurais, moi qui ne suis pas musulman, des accords et des différences sur certains sujets. Ainsi sur la laïcité je pense aussi qu’elle doit faire preuve de « souplesse sans déroger à ses principes » mais j’insisterais sur le fait qu’elle intéresse plus qu’« une poignée de pays ». Ce n’est pas l’objet ici de développer ces points. Je l’ai largement fait ailleurs. Le but de ma préface consiste à rappeler que le propos de Jamel Khermimoun possède une légitimité égale à d’autres points de vue, et qu’il contribue à un débat démocratique où chacun doit argumenter sans idéaliser ni diaboliser.

« Français et musulman », Jamel Khermimoun considère que les « musulmans nés en France et en Occident construisent désormais leur identité non pas à partir d’un modèle importé mais à partir d’un sentiment fort d’appartenance à la nation, qu’ils revendiquent en même temps que leur islamité. » Il veut apporter un éclairage de sa lecture des textes guidée « par l’esprit de souplesse et d’ouverture prôné par l’Islam. » Il faut écouter attentivement ce qu’il a à nous dire ; il faut savoir confronter son propre point de vue au sien, et entrer ainsi dans une démarche de dialogue qui, comme il l’écrit lui-même, pose de « réels enjeux » et soit capable « d’apaiser les esprits ».

09/04/2011

Pseudo-débat, voile intégral : la « laïcité apaisée » à la sauce UMP.

Mouloud Baubérot, journaliste à la nouvelle chaine radio-télé, France-Elysée Plus[1] a réalisé une interview exclusive très pluraliste (comme le veut son cahier des charges) avec 2 hommes qui représentent  2 sensibilités politiques très divergentes : la majorité parlementaire, d’une part, le gouvernement de l’autre. Ont répondu à nos questions, Jean-François L’éclopé, secrétaire général de l’Union pour un Mouvement Populiste, et  Claude Géant, ministre de l’InFérieur.

M. B. : M. Géant, après le pseudo-débat…

J.-F. L’Eclopé (interrompant de façon agitée) : apaisé !

M. B. : Pardon ?

J.-F. L’Eclopé : apaisé. Il faut dire « le pseudo-glorieux débat apaisé ». Vous êtes sourd ou quoi : en 3 heures30, mardi dernier, nous avons affirmé 176 fois que ce pseudo-glorieux débat était « apaisé ». C’était notre maître mot et tous les intervenants umpétistes ont rivalisé pour le sortir à toutes les sauces.

Quel complot médiatique généralisé de ne pas avoir fait la une sur cet apaisement !

 

M. B. : Rassurez-vous, M. l’éminent Secrétaire Général, nous allons réparer cette terrible erreur.

 Je disais donc, M. Géant qu’après le pseudo-débat magnifiquement apaisé, vous avez fait diverses déclarations controversées et vous publiez une seconde circulaire, après celle du Premier Ministre, sur l’application de la loi concernant le voile intégral. Pourquoi cette circulaire ?

 

Cl. Géant : Voyez-vous, on n’apaise jamais assez.

Tout en rendant hommage à l’action si amadouante de mon ami l’Eclopé, je me suis dit qu’il était nécessaire d’en « remettre une couche », et même plusieurs.

« Sans cesse sur le métier (politique), apaisez votre ouvrage » : tel est notre mot d’ordre et c’est la raison d’être d’une seconde circulaire. Il y en aura même une trente-troisième si la placidité, la rassérénassions et l’ataraxie ne sont pas totales dans le pays.

Voyez-vous, si la majorité parlementaire veut apaiser les esprits, le gouvernement lui cherche carrément à endormir les Français. C’est encore mieux, non ?

 

M. B. : Mais ne craignez-vous pas d’écorner ainsi la liberté religieuse. Le Conseil d’Etat a précisé qu’on ne pouvait pas interdire le voile intégral dans tout l’espace public, seulement dans certains lieux précis...

 

Cl. Géant : Nous l’avons déclaré cent fois et le répétons chaque jour : la loi interdit de se couvrir le visage, sans autre précision.  Il y a trop de motards dont le casque est très couvrant,… sans compter Mimie et Mickey à Disneyland,… 

Redisons- le encore, cette loi n’a rien, mais vraiment rien à voir avec la religion en général et l'islam en particulier. Je vais vous en donner une double preuve mirobolante. D’abord, nous avons consulté les responsables musulmans.

 

M. B. : Que vous ont-ils dit ?

 

Cl. Géant : Ils nous ont dit : « Nous sommes contre la loi, nous ne pouvons donc pas vous aider à rédiger la circulaire. Mais, par respect pour les institutions de la République, nous acceptons de vous recevoir. »[2]

Maintenant, si vous en êtes capable, comprenez à quel point notre politique est fabuleusement fabuleuse : à tous les coups, on gagne ! Si ces responsables avaient refusé de nous recevoir, nous aurions passé notre temps à dire qu’ils se mettaient en dehors de la République ; ils nous ont reçus, nous clamons sur tous les toits que nous avons élaboré la circulaire en dialogue avec eux. Lumineux, non ?

 

M. B. : C’est géant ! Et la seconde preuve est-elle aussi astucieuse ?

 

Cl. Géant : La seconde preuve est encore plus démente : le voile intégral, précise la circulaire, sera permis aux abords immédiats des édifices religieux.  Ainsi, c’est limpide, la religion n’a rien à y voir.

 

M. B. : Justement, ne pensez-vous pas que…

 

Cl. Géant : Mais ne comprenez-vous pas que c’est une circulaire qui combat le  communautarisme, la ghetthoïsation sociale des banlieues. Désormais, il y aura deux espaces publics dans la société civile : les espaces sans voile intégral, et les espaces avec, aux abords des édifices religieux.

Deux avantages : d’abord, il s’agit des édifices religieux en général : les femmes en nicab pourront se promener autour de tous les édifices religieux : Quel apaisement ! Quelle quiétude !

Ensuite, grâce à nous et à  l’instauration d’espaces religieux différenciés au sein de l’espace public, on pourra plus facilement convaincre l’opinion publique que le communautarisme est le premier des dangers. Bien des Français sont souvent  insouciants, plus intéressés par des vétilles comme l’emploi ou le pouvoir d’achat.

Des circuits touristiques iront de l’espace sans nicab à l’espace avec nicab.  Ce sera très cher, puisque ces femmes sont extrêmement  peu nombreuses en France. Et comme ces circuits auront une TVA à 153%, de l’argent rentrera dans le trésor public. Génial pour la béatitude, non ?

Enfin, désormais, les femmes en voile intégral ne sortiront que pour aller dans des espaces religieux. Ainsi on pourra tout le temps parler d’intégrisme, de non-intégration,...  Les obstacles à une bonne communication de notre programme d’identité nationale  seront levés.

J.-F. L’Eclopé (qui, depuis un moment, s’agite sur sa chaise, malgré le petit signe apaisant de Mouloud, lui indiquant qu’il aura son tour) :

 Bof,  mon cher Géant, votre politique d’exclusion est artisanale, particulariste ; nous à l’UMP, nous faisons beaucoup mieux en matière d’apaisement lénificateur.

En demandant que les femmes qui portent foulard ne puissent pas travailler dans les entreprises privées collaborant au service public, nous induisons une exclusion de masse car, parallèlement, nous privatisons ou sous-traitons à tout vat.  Donc pratiquement  presque toutes les grandes entreprises…

Pour un simple foulard, nous mettons ces femmes hors du marché du travail. Et le HCD, le Haut Conseil à la Désintégration, trouve que cette politique pondérée de quiétude paisible confine au Nirvâna.

 

M. B. : Mais n’est-ce pas contreproductif ? Certains disent qu’être dans le marché du travail est un facteur « d’émancipation », d’autonomie… 

 

L’éclopé : Précisément. Enfin, soyez logique : comment voulez-vous que la République émancipe ces femmes si elles s’émancipent elles-mêmes ?  Elles ne le font déjà que trop, privant ainsi notre République de son devoir émancipateur. Il y a là une véritable menace, vous en conviendrez.

 

M. B. : C'est-à-dire que…

 

L’éclopé : Comment, cher Ami musulman, auprès de qui je me suis fendu d’une si belle Lettre…

 

M. B. : Mais je ne suis pas musulman[3]

 

L’éclopé : Enfin, soyez sérieux, vous vous appelez Mouloud, c’est tout comme. Ne perturbez pas par du conflit, de la violence, la France umpétisée, ce long fleuve tranquille. Vous n’êtes qu’un agité.

 

Pendant ce temps Géant, écrit fébrilement sur le dos de son carnet de chèques. Mouloud se penche et lit : « Ne pas oublier d’annoncer que l’on va désormais servir du vin dans les cantines scolaires ». Mouloud lui demande : Vous en avez beaucoup en réserve, des annonces comme celles-là,

 

Très autosatisfait, Cl. Géant : Oh, j’en invente deux par jour pour plaire à mon Seigneur et Maître. L’Eclopé a beau dire ce qu’il veut, c’est moi le meilleur. Don Quichotte n’est qu’un nain comparé à moi-même personnellement.

 

M. B. : Nous pourrions continuer longtemps ce passionnant débat, mais l’heure tourne, alors, une dernière question : Tout cela n’a pas un petit parfum électoraliste ?

 

L’éclopé et Géant en chœur : Bien sûr que non, où allez-vous cherchez cette idée très bizarre et si peu apaisante ?

 

M. B. : Messieurs, permettez-moi d’insister : ce n’est vraiment pas en vue de la présidentielle de 2012 et de la candidature de Nicolas Sarko…

 

Géant : M’enfin je n’ai absolument aucun intérêt électoral dans cette affaire. La preuve, c’est que si le F.N. gagne, peu m’importe : l’autre a dit que j’en suis déjà « membre d’honneur ».

 

L’éclopé : Comment pouvez-vous croire une seule seconde que nous ferions passer nos intérêts avant ceux du pays ?

Il existe bien une véritable menace et notre Commandant Suprême se montre très inquiet. Il l’a déclaré lui-même solennellement  à la télévision, après les événements de Tunisie et de d’Egypte. Il craint une contagion générale des Révolutions du monde « arabo-musulman ».

C’est un danger très réel, et tous les rapports confidentiels le confirment : musulmans et non musulmans, en France, veulent plus de démocratie ; ils veulent plus de liberté, d’égalité et de fraternité, les bougres.  Il y a là un péril énorme pour nos « racines » qui, comme chacun le sait, remontent bien en deçà de 1789.

 

 

 PS: Denis, je comprends que vous ayez du mal à rire de la politique de l'UMP et du gouvernement. Mais si l'humour était une arme pour indiquer certaines choses, dégonfler les baudruches,  se moquer de "dame Bêtise" (ainsi que le chantait Brel) et dire que si le ridicule tuait, ... nous nous retrouverions, comme nos amis belges, sans gouvernement, mais pas pour les mêmes raisons.

Rassurez-vous: on va aussi en parler plus sérieusement. Mais j'ai, dés le début, annoncé la couleur: "Notes amusantes et savantes...".

 

2ème PS: Toutes mes excuses aux Internautes qui surfent sur ce Blog et vivent hors de France: ils ne comprendront peut-être pas toutes les allusions. mais ce qu'ils ont déjà compris, c'est à quel point les dirigeants français sont... disons peu ordinaires!

 

 

 

 

 



[1] Cette nouvelle chaîne remplacera  bientôt RFI et France 24 (lire le Canard Enchaîné du 6 avril)

[2] Information réelle

[3] Vous noterez  que l’Ami Mouloud dit qu’il est musulman, quand cela lui plait, et le contraire quand cela ne lui plait pas. C’est ce que les sociologues appellent le « free choice ».

19:06 Publié dans ACTUALITE | Lien permanent | Commentaires (55)