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11/06/2010

Pétition: les 100 premiers signataires

Je ne vais certes pas me plaindre, mais je suis un peu débordé par le  succès de la pétition

Vous la retrouverez ci après (avec une note, demandée par plusieurs) et la liste des 100 premiers signataires (si vous avez signé et que votre nom ne figure pas, pas de panique: vous allez être dans dans la liste suivante car il y a déjà, en fait, plus de 100 signatures, mais je me suis arrété à ce chiffre rond pour la première liste)

Continuez à diffuser cette pétition, à la signer et à la faire signer. Merci pour les suggestions, les remarques, les critiques, j'engrange le tout et on en reparle très bientôt.

LA FRANCE QUE NOUS AIMONS, VOUS LA QUITTEZ

 

Citoyens, responsables associatifs, journalistes, universitaires, élus locaux, députés, sénateurs, étudiants, syndicalistes, médecins, artistes, libraires, retraités, etc, tous se lèvent pour dire :

 

La France que nous aimons, c’est celle de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1789 affirmant : « les hommes naissent et demeurent libres et égaux en droits.» (Article 1er)

 

La France que nous aimons, c’est celle d’Olympe de Gouges, qui a complété cette Déclaration en l’écrivant au féminin : « La femme naît libre et demeure égale à l’homme en droits. » (Article 1er de la Déclaration des Droits de la femme et de la citoyenne, 1791)

 

La France que nous aimons, c’est celle de la loi de séparation des Eglises et de l’Etat (1905), qui instaure la laïcité en supprimant les « cultes reconnus » (Article 2), et en proclamant : « La République assure la liberté de conscience. Elle garantit le libre exercice des cultes » (Article 1er).

 

Cette France là, nous sommes ses « citoyens sans distinction d’origine, de race ou de religion » (Article 1er de la Constitution).

 

 

Cette France que nous aimons, vous la quittez, hier par le calamiteux débat sur l’identité nationale, aujourd’hui par trois mesures dont la cohérence profonde ne nous échappe pas :

 

- La suppression de la HALDE (Haute autorité de lutte contre les discriminations et pour l’égalité) qui, depuis cinq ans, a largement démontré son utilité et a acquis une notoriété dans la population française - et au niveau international - grâce à son expertise rigoureuse, à ses actions auprès des tribunaux, des entreprises, des administrations et à ses prises de position  juridiquement fondées et souvent courageuses. Son indépendance, son autorité, son efficacité, son identification auprès des victimes  se trouvent gravement menacées par son absorption dans un  organisme généraliste de Défense des droits, où « qui trop embrasse, mal étreint », et dont l’autonomie à l’égard du pouvoir n’est nullement assurée.

 

- Un projet de loi contreproductif d’interdiction du voile intégral dans l’espace public, élaboré au mépris des avis de juristes de toutes tendances, de l’opposition du Conseil d’Etat et contre les conclusions de la Mission d’Information Parlementaire elle-même. Ce projet de loi, insidieusement, change complètement la notion d’ordre public et constitue, à ce titre, un acte « attentatoire aux libertés individuelles et démocratiques » comme l’indique le  représentant de la Fédération nationale de la Libre pensée (auditionné par la Mission d’Information Parlementaire sur le Voile intégral, 16 septembre 2009). Il poursuit : « Cela s’inscrirait dans la logique actuelle tendant à restreindre toujours plus la liberté de comportement, la population se trouvant davantage surveillée, contrôlée, fichée. »

 

- Un changement du mode de désignation des élus des collectivités territoriales qui, au mépris de l’Article 1er de la Constitution  (« la loi favorise l’égal accès des femmes et des hommes aux mandats électoraux et fonctions électives »),  va produire une régression sans précédent de la parité femme-homme dans les Assemblées de ces collectivités. Cette future loi montre très clairement votre hypocrisie et le peu de cas que vous faites de « l’égalité entre les hommes et les femmes », en contraste flagrant avec ce que vous affirmez par ailleurs[1].

 

Citoyennes et citoyens de convictions très diverses, nous vous retournons  votre formule stigmatisante (« la France on l’aime ou on la quitte ») en vous affirmant : la France que nous aimons, vous la quittez. Cette France là, nous comptons bien la défendre pour pouvoir continuer à l’aimer et à ne pas nous retrouver mentalement étrangers dans notre propre pays.

 

***

 

 

Prière d’envoyer vos remarques, critiques, suggestions et votre adhésion à cette pétition à : declarationlaicite@hotmail.fr

En indiquant vos nom et prénom, et aussi, si possible, votre appartenance (voire responsabilité) associative et/ou votre profession, ainsi que toute précision que vous jugeriez utile (localité, etc. En revanche l’appartenance politique précise n’est pas souhaitable étant donné l’état d’esprit « société civile » de la pétition). C’est sympa de mettre au moins une précision (ne serait que votre lieu d’habitation)

 

Prière de diffuser largement la pétition par tous les moyens en votre disposition.

MERCI.

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100 Premiers Signataires :

 

Tamouz Al-Douri, Etudiant

Fatima Ali, Etudiante, Rennes

Daniel Adam, Philosophe, militant LDH

Alain Ansiani, Sénateur de la Gironde

Jean-Claude Aparicio, Militant des droits de l’homme, Istres

Florence Arnoux, Directeur d’hôpital

Jean Baubérot, Professeur émérite EPHE, responsable associatif

Jean-Christophe Béjannin, Antony

Corantin Benïssa

Tarek Ben-Hiba, président de la FTCR

Mohamed Ben Said, Médecin hospitalier, Eure et Loire

Mohamed Bhar, artiste, musicien

Gaël Biard, Etudiant, LDH Nantes, Citoyen du Monde

Jean-Louis Bianco, Député et Président du Conseil général des Alpes de Haute Provence , Ancien Ministre

Elisa Blanc, production et coordination scientifique ICI

Alima Boumédienne Thiery, Sénbatrice

Didier Bourg, Journaliste, président de la Fraternité musulmane contre l’antisémitisme

Karima Bounoua, Professeur d’Université, Association Mémoire de la Méditerranée

Naïma Bouteldja, journaliste et chercheuse

Anna Bozzo, Professeur d’Université

Nicolas Cadène, Responsable politique

Giordana Charuty, Directrice d’Etudes EPHE

Marguerite Cognet, Maître de Conférences, Université Paris Diderot

Collectif France Multiculturelle

Jean-Luc Combalizier, Profession indépendante, Bessages (30)

Nicole Constantin Levante, Psychologue, citoyenne laïque

Michelle Colmart Drouault, auteure, ancien travailleur social

Marie-Françoise Courel, Directeur d’Etudes à l’EPHE

Mathilde Courel, enseignante-chercheure

Evelyne Crison, enseignante, Correze

Jean-Paul Cruse, Journaliste indépendant

Michel David, réseau de compétence I+C

André Delcroix, Attac Roubaix-Tourcoing

Michèle Duchange, Massy

Jean-Pierre Duchange, Massy

Laurent Elghozi, Médecin hospitalier, Membre du Comité consultatif de la Halde

M’jid El Guerrab

Cherif Ferjani, Universitaire, Lyon

Sandra Fancello, Chargée de recherche au CNRS, CEMAf

Catherine Fieschi, Docteur en Sciences politique, British Council

Nathalie Flautre, enseignante, Archicourt (62)

Laurent Fourchard, Institut d’Etudes Politiques, Bordeaux

Bernard Frimat, Sénateur du Nord, Vice Présdident du Sénat

Lise Gagne-Iattoni, retraitée, Montréal

François Gèze, éditeur

Denis Gril, Professeur à l’Université de Provence, IREMAM

Jacques Gutwirth, Directeur de recherches émérite CNRS

Tessa Hammond, étudiante, membre LDH

Anne de Hauteclocque, Cadre, responsable associative

Gilles Holder, Anthropologue, CNRS

Rachid Id Yassine, Sociologue, Perpignan

Fouad Imarraine, Centre Malcolm X

Thierry Jobard, Libraire

Yves Jouffe, Sociologue, Santiago

Khalid Kheddouch, Ajdoint au Maire, Mairie de Graulhet (Haute Garonne)

Hélène Kozar, institutrice, membre de la LDH, Rouffignac Saint Cernin

Renée Koch-Piettre, Maître de Conférences à l’EPHE

Gilles Kuntz, Conseiller à la Métro, conseiller municipal Grenoble

Régis Ladous, Professeur à l’Université Lyon III

Olivier Le Cour Grandmaison, universitaire

Michel Levante, Economiste, citoyen laïque

Yacine Leffad, Navigant professionnel

Martine Lelièvre, Saint Rabier (24)

Vincent Lelièvre, Professeur d’histoire, vice-président LDH de Périgueux

Anne-Claire Le Vaillant, Architecte PDLG

Daniel Lindenberg

Raphael Liogier, Professeur de sociologie à Science-Pô, Aix en Provence, Directeur de l'Observatoire du religieux

Hélène Lipietz, avocate en droit public

Jacques Lobjoit, Délégué Régional Aquitaine de la LDH

Nazim Mekbel, citoyen français

Akli Mellouli, Maire Adjoint Bonneuil, 94

Guy Michelat, , Directeur de Recherches CNRS.

Bruno Michon, Doctorant

Marie Miran, Maître de Conférences EHESS

Paul Oriol

Marco Antonio Palomino, avocat, Péruvien et ami de la France

Geneviève Pétaudon, COPAF, professeure d’histoire retraitée

George Pau-Langevin, députée de Paris

Denis Pelletier, Directeur d’Etudes à l’EPHE

Alix Philippon, ATER, Sciences-Pô, Aix

Ali Rahni, Educateur, membre du CMF

Yann Richard, Professeur à la Sorbonne nouvelle

Claude Rina Bsilio, Conseiller Municipal Saint Jean de la Ruelle

Joël Roman, Philosophe

Gilles Rouet, Professeur des Universités, Reims

Marie-Hélène Roumet, LDH section de Nantes

Nicole Savy, Membre Comité Central LDH

Claude Scemama, Chargée de mission Logement, Lyo

Marine Schaefer, Etudiante, Lyonn

Catherine Teule, Universitaire

Nadia Touhami, Québécoise et Française de coeur

Daniel Tollet, Ingénieur de recherches, Paris IV-Sorbonne

André Tréglia-Leadouze, Responsable associatif

Jean-Louis Triaud, Professeur émérite Université de Provence

Marie-Christine Vergiat, Députée européenne

Christophe Valia-Kollery, EPHE.

Anne-Martie Vierge, Retraitée Renault

Catherine Vivarelli, Doctorante à l’Université de Strasbourg

Georges Voix, retraité, membre LDH, Roubaix

Michel Zasadzinki, Nancy

 

 

 

 

 

 

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[1] L'élection, comme plusieurs médias l’ont expliqué, se faisait jusqu'alors à la proportionnelle avec des listes où figuraient, obligatoirement, alternativement des hommes et des femmes. Là, ce sera le scrutin uninominal, ce qui jusqu'à présent a toujours été très défavorable aux femmes, certains partis préférant payer une amende plutôt que d'appliquer la loi sur la parité.



09/06/2010

Pétition: La France qu'on aime, vous la quittez.

JEUDI 10 A 14H14:

déja 65 signatures provenant de personnes très diverses, avec des accords enthousiastes, des remarques intéressantes, et même certains qui ne signent pas ont envoyé des critques, ce qui est tout à fait dans l'esprit de la pétition.

Je vais tenter de faire une synthèse et de vous mettre au courant d'ici le week-end. En attendant, juste une précision (à la demande de plusieurs) sur le troisième point: le mode d'élection des conseillers territoriaux (c'est important):

 

L'élection, comme plusieurs médias l’ont expliqué, se faisait jusqu'alors à la proportionnelle avec des listes où figuraient, obligatoirement, alternativement des hommes et des femmes. Là, ce sera le scrutin uninominal, ce qui jusqu'à présent a toujours été très défavorable aux femmes, certains partis préférant payer une amende  plutôt que d'appliquer la loi sur la parité.

 

Les personnes qui signent sont prièes de mettre leur nom et prénom, ainsi que si possible une caractéristique de leur choix (engagement associatif, profession, lieu d'habitation, etc).

 

Retour à ma Note d'hier mercredi 9:

Cela m’est venu tout d’un coup, hier soir tard, alors que je m’apprêtais à rédiger une nouvelle Note : une petite voix intérieure (la conscience ?) m’a dit : « imbécile heureux, ce n’est pas une Note qu’il faut écrire, c’est une pétition ».

Oui, je le sais fort bien : ce n’est pas du tout ainsi que l’on procède pour lancer une pétition.

On contacte d’abord des « personnalités » en vue, on soupèse soigneusement les termes pour obtenir leur accord, on passe beaucoup de temps à modifier le texte initial et,…

 …une fois les signatures de ces gens célèbres engrangées, on lance publiquement l’affaire et propose au menu peuple, aux « anonymes » pour parler comme certains, de se joindre à la première liste.

Ou alors, c’est une organisation, avec ses réseaux, ses adhérents, sa force de frappe qui lance la pétition, assurée dés le départ d’obtenir un écho.

Mais que voulez-vous faire, quand une voix intérieure se fait impérieuse, vous poursuit de ses assiduités ?

Alors, j’ai écrit mon texte, je l’ai laissé reposer la nuit et, maintenant, je vous le soumets

 

Car, peut-être, à l’heure de l’Internet, des Blogs, d’une plus grande attention de certains médias aux initiatives de « citoyens ordinaires », de la multiplication (heureuse) de ces initiatives,  peut-on lancer une pétition de cette manière un peu folle.

Tout seul au départ, sans appui d’aucune sorte, parce que, peut-être, sa propre rage est partagée…

 

Et si une pétition, c’était comme une bouteille à la mer, un appel, désespéré et plein d’espoir, à toutes et tous, la demande à chacun de faire un geste -mettre sa signature- pour ne pas assister passivement à la capture de la France par ceux qui la défigurent.

Et si une pétition c’était se poser la question : suis-je seul à être révolté ? Il me semble que non, confirmez le moi vite et agissons ensemble…

 

Si on procédait en sens inverse de l’habitude : d’abord les citoyennes et citoyens dit anonymes, mais actifs dans leurs lieux de vie, leur métier, leurs associations, et dont la présence façonne la France jour après jour, et, ensuite, dés quelles le souhaitent, des dites personnalités, qui sont aussi des citoyens.

S’il s’agissait simplement de se lever et de dire : Assez. On en en a beaucoup supporté depuis trois ans, mais maintenant le verre déborde grave !

 

Je n’accepte pas la façon dont ce pays, mon pays, est traité par ceux qui en sont temporairement responsables. Je n’accepte pas l’invocation de ses valeurs par des discours trompeurs. Je n’accepte pas la poudre aux yeux.

Je sens monter en moi de la colère. Je crois ne pas être le seul dans ce cas. Alors, je lance une pétition à la mer, en espérant de nombreux marins, voire des capitaines, pour la reprendre à leur compte.

 

A vous de jouer, maintenant. Si elle vous plait à, au moins 51%, alors n’hésitez pas : faites vos remarques, vos suggestions, signez et diffusez largement, recueillez les signatures, formez une chaîne d’amitié et de colère avec moi.

 

Voici le texte de la pétition :

 

LA FRANCE QUE NOUS AIMONS, VOUS LA QUITTEZ

 

La France que nous aimons, c’est celle de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1789 affirmant : « les hommes naissent et demeurent libres et égaux en droits.» (Article 1er)

 

La France que nous aimons, c’est celle d’Olympe de Gouges, qui a complété cette Déclaration en l’écrivant au féminin : « La femme naît libre et demeure égale à l’homme en droits. » (Article 1er de la Déclaration des Droits de la femme et de la citoyenne, 1791)

 

La France que nous aimons, c’est celle de la loi de séparation des Eglises et de l’Etat (1905), qui instaure la laïcité en supprimant les « cultes reconnus » (Article 2), et en proclamant : « La République assure la liberté de conscience. Elle garantit le libre exercice des cultes » (Article 1er).

 

Cette France là, nous sommes ses « citoyens sans distinction d’origine, de race ou de religion » (Article 1er de la Constitution).

 

Cette France que nous aimons, vous la quittez, hier par le calamiteux débat sur l’identité nationale, aujourd’hui par trois mesures dont la cohérence profonde ne nous échappe pas :

 

- La suppression de la HALDE (Haute autorité de lutte contre les discriminations et pour l’égalité) qui, depuis cinq ans, a largement démontré son utilité et a acquis une notoriété dans la population française - et au niveau international - grâce à son expertise rigoureuse, à ses actions auprès des tribunaux, des entreprises, des administrations et à ses prises de position  juridiquement fondées et souvent courageuses. Son indépendance, son autorité, son efficacité, son identification auprès des victimes  se trouvent gravement menacées par son absorption dans un  organisme généraliste de Défense des droits, où « qui trop embrasse, mal étreint », et dont l’autonomie à l’égard du pouvoir n’est nullement assurée.

 

- Un projet de loi contreproductif d’interdiction du voile intégral dans l’espace public, élaboré au mépris des avis de juristes de toutes tendances, de l’opposition du Conseil d’Etat et contre les conclusions de la Mission d’Information Parlementaire elle-même. Ce projet de loi, insidieusement, change complètement la notion d’ordre public et constitue, à ce titre, un acte « attentatoire aux libertés individuelles et démocratiques » comme l’indique le  représentant de la Fédération nationale de la Libre pensée (auditionné par la Mission d’Information Parlementaire sur le Voile intégral, 16 septembre 2009). Il poursuit : « Cela s’inscrirait dans la logique actuelle tendant à restreindre toujours plus la liberté de comportement, la population se trouvant davantage surveillée, contrôlée, fichée. »

 

- Un changement du mode de désignation des élus des collectivités territoriales qui, au mépris de l’Article 1er de la Constitution  (« la loi favorise l’égal accès des femmes et des hommes aux mandats électoraux et fonctions électives »),  va produire une régression sans précédent de la parité femme-homme dans les Assemblées de ces collectivités. Cette future loi montre très clairement votre hypocrisie et le peu de cas que vous faites de « l’égalité entre les hommes et les femmes », en contraste flagrant avec ce que vous affirmez par ailleurs.

 

Citoyennes et citoyens de convictions très diverses, nous vous retournons  votre formule stigmatisante (« la France on l’aime ou on la quitte ») en vous affirmant : la France que nous aimons, vous la quittez. Cette France là, nous comptons bien la défendre pour pouvoir continuer à l’aimer et à ne pas nous retrouver mentalement étranger dans notre propre pays.

 

J’ai tenté d’écrire un texte qui soit assez percutant, et en même temps capable d’être signé par un large éventail de personnes de toutes opinions, consistant mais pas trop long, se référant aux principes et concret. Ais-je réussi ?

 

Prière d’envoyer vos remarques, critiques, suggestions et votre adhésion à cette pétition à : declarationlaicite@hotmail.fr

(Ou dans la rubrique Commentaires du Blog)

En indiquant vos nom et prénom, et aussi, si possible, votre appartenance (voire responsabilité) associative et/ou votre profession et toute autre précision que vous jugeriez utile.

 

Prière de diffuser largement la pétition par tous les moyens en votre disposition.

MERCI.

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07/06/2010

Contre la suppression de la HALDE

Suppression annoncée de la Haute Autorité de lutte contre les discriminations et pour l’égalité

 

Vers un recul inacceptable des garanties pour les victimes de discriminations

 

La Commission des lois du Sénat a adopté le  mercredi 19 mai 2010, une série d'amendements modifiant le texte élaboré par le Gouvernement sur les projets de loi relatifs au Défenseur des droits. L’adoption de ce texte en l’état les 3 et 4 juin prochains conduirait inexorablement à la disparition de la HALDE comme Autorité administrative indépendante et, surtout, à une régression de la protection des victimes de discriminations.

 

Depuis 2005,  la France a su se doter d'un organisme  spécialisé, collégial et indépendant dans la lutte contre les discriminations, la HALDE, qui a largement démontré son utilité et a acquis une notoriété dans la population – mais aussi au niveau international - grâce à son expertise incontestée, à ses actions auprès des tribunaux comme auprès des entreprises ou des administrations et à ses prises de position toujours juridiquement fondées et souvent courageuses.

 

Le projet de création d'un Défenseur des droits aux compétences élargies, englobant la lutte contre les discriminations et la promotion de l'égalité, fait craindre la disparition de son indépendance pourtant essentielle et la diminution de son autorité, gage de son efficacité.

 

Surtout, cette absorption entraînerait une perte de repère pour les victimes qui savent pouvoir obtenir aujourd’hui auprès de la HALDE, organisme connu et respecté, l'accompagnement dont elles ont besoin dans la lutte inégale qui les opposent à ceux qui les discriminent dans l'accès à un logement, à un emploi, à la santé ou dans leur vie professionnelle.

 

La lutte contre les discriminations et la promotion de l’égalité, pour lesquelles il reste beaucoup à faire, doivent relever d’une autorité spécialisée et bien identifiée  En diluer les attributions spécifiques dans un ensemble aux contours encore imprécis et aux pouvoirs réduits reviendrait à en diminuer considérablement le dynamisme et l'efficacité, reconnus et appréciés par le monde associatif et syndical et nuirait à la cohérence et à la force que nécessite la lutte contre les discriminations dans notre pays.

 

Nous voulons croire que telle n'est pas la volonté des pouvoirs publics ni du Parlement auxquels nous adressons ce message d’alerte et de vigilance, assurés qu'il sera entendu afin d'éviter toute régression de la protection des libertés et tout recul démocratique

 

Comme l’a rappelé la CNCDH, le Défenseur des droits devrait au contraire s’inscrire dans l’architecture institutionnelle comme un garant de l’indépendance des diverses autorités indépendantes œuvrant dans le champ des droits de l’homme et d’une meilleure interaction et complémentarité entre elles en assurant un dialogue permanent et des rencontres régulières. Il devrait être, en tant que primus inter pares, le moteur de la synergie créée par cet ensemble d’autorités spécialisées œuvrant chacune dans son domaine de compétence avec sa logique propre à la défense des droits .

 

Les Membres du Comité consultatif de la HALDE:

 

Docteur Laurent EL GHOZI

Président de la FNASAT-Gens du Voyage,

 

Arnaud de BROCA

Secrétaire général de la FNATH, association des accidentés de la vie

 

Catherine TEULE

Membre du Comité central de la LDH

Vice-présidente de l’Association européenne de défense des droits de l’Homme

 

Régis de GOUTTES

Magistrat

Marie-Thérèse LANQUETIN

Chercheur Université Paris Ouest Nanterre

 

Jacqueline  LAUFER

Professeur émérite à HEC

Marie-Line BRUGIDOU

Syndicat CFE-CGC

 

Catherine TRIPON

Porte Parole de l’AUTRE CERCLE

 Samuel THOMAS

Vice président de SOS Racisme

Président de la Fédération nationale des Maisons des Pôtes.

Membre du Comité consultatif de la HALDE

 

Nathalie FERRE

Enseignante chercheuse Université Paris XIII

 

Anne DEBET

Professeur de droit à l’Université Paris XII Créteil

 

Carole  DA SILVA

Fondatrice de l’AFIP

Khalid HAMDANI

Directeur de l’Institut Ethique Diversité

 

Soumia MALINBAUM

Présidente de l’Association Française des Managers de la Diversité

Michel MINE

Professeur de droit du travail au CNAM

Sabrina GOLDMAN

Déléguée exécutive de la LICRA

Mohammed OUSSEDIK

Secrétaire confédéral de la CGT

Mouloud AOUNIT

Co-Président du MRAP

 

 

04/06/2010

Téléfilm Voile intégral. Histoire de la laïcité en France, 5ème édit. revue.

Le Téléfilm « Ce que le voile dévoile » de Négar ZOKA, qui est une enquête très originale dans la forme et bien documentée au niveau du fond sur le « voile intégral », sera diffusé  sur LCP –La Chaîne Parlementaire (visible par la TNT) :

 

Dimanche 6 Juin 2010 à 21h

Samedi 12 Juin à minuit

Mardi 22 Juin 2010 à 19h30

 

(avec des rediffusions supplémentaires pour ceux qui reçoivent LCP par câble ou ADSL)

 

Nous reparlerons plus tard d’un autre film, d’Agnés de Féo, « Sous la burqa » qui existe déjà sous une forme qui dure environ 1 heure et va encore être complété par l’auteure.

 

Et tant que j’y suis, je vous signale la parution (il y a déjà 3 semaines), de la 5ème édition, (refondue, j’ai fait des modifs pour suivre les avancées de la recherche, et j’ai notamment beaucoup modifié le dernier chapitre sur la laïcité sous la Ve République) de mon « Que sais-je ? » (PUF, 9 €, c’est presque donné !)

Histoire de la laïcité en France.

 Qu'on se le dise!

10:24 Publié dans Livre | Lien permanent | Commentaires (1)

01/06/2010

Israël: une politique désespérante: la réaction d'Esther Benbassa

Rentrant de Tokyo, je suis frappé de stupeur par l'acte commis par Israël contre le bateau qui tentait de briser le blocus de Gaza, cette "prison à ciel ouvert", pour un million et demi de personnes.

Je publie ci après la réaction et l'analyse d'Esther Benbassa, dont j'ai indiqué, à différentes reprises, dans ce Blog les activités courageuses et lucides dans la lutte contre les discriminations.

Nous, juifs de la diaspora, disons non à l'égarement d'Israël

Par Esther Benbassa | Historienne, dir. d'études à l'EPHE... | 01/06/2010 | 11H44

L'historienne Esther Benbassa, auteur en 2006 d'« Etre juif après Gaza », réagit ici à l'assaut meurtrier donné, lundi au large de Gaza, par un commando israélien sur une flottille humanitaire pro-palestinienne. Celle qui a signé « l'Appel à la raison » du collectif J-Call condamne « le pas de plus d'Israël vers le pire ».

Les commandos de la marine israélienne ont donné l'assaut lundi contre six bâtiments de la « flottille humanitaire pour Gaza » à bord de laquelle se trouvait des militants pro-palestiniens et du matériel de construction et de santé. Cette flottille naviguait dans les eaux internationales. On compte des dizaines de blessés et entre dix et dix-neuf morts selon un bilan provisoire.

Même si cette flottille avait peu de chances d'atteindre son objectif, à supposer même qu'elle ait provoqué les commandos israéliens et qu'elle ait, comme le suggèrerait une source officielle israélienne, manifesté une « violente résistance physique », Israël s'est attaqué à un symbole, à un symbole « humanitaire ».

Son image, déjà dramatiquement entamée par l'offensive contre Gaza en décembre 2008 et janvier 2009, ne pourra que se détériorer davantage, et comme il est d'usage, suivra une hostilité accrue des opinions publiques à son endroit.

D'autant plus que le symbole visé est celui de l'aide apportée à des civils palestiniens étouffés par le blocus israélo-égyptien, décimés par l'offensive contre Gaza, réduits à la misère et vivant au milieu des ruines. Ce sont ceux-là même qui convoyaient cette aide qui ont perdu leur vie en raison de leur engagement humanitaire.

Quelle qu'ait pu être leur éventuelle « résistance » à des militaires israéliens les attaquant hors des eaux territoriales d'Israël, aucune rhétorique ne saura fournir des arguments pour justifier cette barbarie, ni bien sûr aucune propagande pro-israélienne.

Ni la menace terroriste ni le fantôme régulièrement invoqué du méchant Iran travaillant à l'élimination d'Israël ne pourront justifier l'arrogance de ce dernier, qui tire honteusement parti de l'immunité que lui confère la Shoah.

Du Struma à l'Exodus, Israël perd de vue son histoire

Israël a oublié ce passé même qu'il rappelle pourtant sans cesse au monde pour couvrir ses propres méfaits. Rappelons-nous ces bateaux remplis de juifs fuyant l'Europe meurtrière qui tentaient d'accoster ici ou là pour échapper au massacre, et qui étaient refusés, repoussés ou torpillés comme le Struma en Mer Noire en 1942.

Même si ce qui s'est passé ce 31 mai à l'aube avec la « flottille humanitaire pour Gaza » n'a pas de points communs avec ces précédents tragiques, l'image du bateau, cible de violences, à l'approche des côtes israélo-palestiniennes, l'image, elle, est prégnante.

Qui ne se souvient encore de l'Exodus, qui transportait en 1947 des juifs émigrant clandestinement d'Europe vers la Palestine, à l'époque sous mandat britannique ? Un grand nombre d'entre eux étaient des réfugiés ayant survécu à l'Holocauste. La marine britannique s'empare du navire, et la Grande-Bretagne décide de renvoyer ses passagers en France et finalement jusqu'en Allemagne. Cet épisode, témoignage de la dureté de la répression britannique, donnera un coup de pouce à la création de l'État d'Israël.

Il est à espérer que ce qui s'est passé ce 31 mai précipitera les pourparlers israélo-palestiniens et la fondation d'un État palestinien. Mais quand bien même cette issue se confirmait (ce dont on peut tout de même douter dans l'immédiat), l'histoire d'Israël aura été une fois de plus terriblement entachée.

À qui oublie son histoire, il n'est pas d'avenir possible. Les Israéliens ont oublié leur histoire et poussent les diasporas juives à faire de même au nom de l'amour inconditionnel qu'Israël exige d'elles.

Le raid est un signal d'alarme pour l'Europe et les Etats-Unis

La « flottille humanitaire pour Gaza », hélas dans le sang, est un signal d'alarme non seulement pour Israël mais aussi pour l'Europe et les États-Unis. Le premier cédant aux démons d'une droite intransigeante. Les seconds, dans leur légèreté et leur tolérance excessive, se révélant incapables de mettre le premier au pied du mur. Cette fois, le moment est venu.

Au premier anniversaire de l'offensive contre Gaza, c'est à peine si les médias ont évoqué le souvenir de cette catastrophe. Le rapport de Richard Goldstone, accusant Israël et le Hamas de crimes de guerre, a été enterré. Et comme pour récompenser Israël (mais de quoi ? ), on lui a ouvert les portes de l'OCDE.

Un Etat palestinien dans les plus brefs délais, par l'intervention directe et autoritaire de l'Europe et des États-Unis, voilà ce qu'il faut désormais.

Et ce non seulement pour que les Palestiniens sortent de leur cauchemar, mais pour éviter aussi à Israël de poursuivre une politique suicidaire qui risque de le mener à court terme vers la disparition.

La Turquie, victime collatérale de la politique suicidaire d'Israël

N'oublions pas que le syndrome de Massada est inhérent à Israël. Dans l'Antiquité, à Massada, des Judéens assiégés préférèrent se suicider plutôt que de négocier avec l'ennemi d'alors, les Romains.

Après l'affaire de la flottille rouge du 31 mai 2010, Israël, s'il n'en est pas empêché par des tiers, pourrait bien se refermer davantage sur lui-même, essuyant de manière autiste les retombées internationales, et continuant de rationaliser à ses propres yeux et dans sa propre prison jusqu'aux actions les plus inhumaines.

Songe-t-on seulement aux juifs de la diaspora qui pâtiront eux aussi des retombées de cette affaire ? Le ressentiment contre Israël se confondra un peu plus avec un antisémitisme de moins en moins rampant.

À ce propos, a-t-on suffisamment relevé que la plupart des victimes sont turques ? La Turquie, dans les années 1930, est aussi le pays qui a accueilli nombre d'intellectuels juifs allemands persécutés, qui, pendant les années noires, a autorisé le passage de militants sionistes fuyant l'Europe pour la Palestine, et qui a été longtemps le seul Etat musulman à reconnaître Israël. Osons espérer que nulles « représailles » ne viendront toucher, désormais, les 20 000 juifs qui y vivent encore.

Le J-Call saura-t-il condamner l'égarement d'Israël ?

Ce 31 mai est une épreuve test pour le collectif « J-Call », ce mouvement né d'un « Appel à la raison » lancé il y a peu par des juifs européens qui, bien qu'attachés à Israël, entendent exercer leur droit de libre critique de la politique de ses gouvernants. J-Call saura-t-il se démarquer clairement et courageusement des positions radicales d'institutions juives comme le Conseil représentatif des instituions juives de France (CRIF), attachées à Israël de façon nombriliste et prêtes à tout admettre de lui, y compris le pire ?

Certains d'entre nous ont signé cet appel, malgré leurs réserves. J-Call tiendra-t-il ses promesses ? Agira-t-il sans délai ? Condamnera-t-il, sans réserve, lui, ce qui est arrivé ? Exigera-t-il l'ouverture immédiate d'une enquête internationale indépendante ?

L'heure est grave pour toutes les organisations juives de la diaspora. Au nom des morts de la flottille, victimes de l'impunité israélienne, au nom de l'histoire que nous portons, nous, juifs de la diaspora et d'Israël, pour que les souffrances des Palestiniens puissent prendre fin, et qu'un Etat palestinien puisse enfin voir le jour, recouvrons notre simple humanité et disons non à l'égarement d'Israël.

Esther Benbassa a récemment publié  Etre juif après Gaza (CNRS Editions, 2009) et Dictionnaire des racismes, de l'exclusion et des discriminations  (Larousse, 2010).

 

 

 

14:48 Publié dans ACTUALITE | Lien permanent | Commentaires (6)

28/05/2010

ELOGE DU DOUTE ET D'UNE CERTAINE MANIERE DE CROIRE

Attention : Note réservée à un public averti : moins de 18 ans d’âge mental s’abstenir.

 

(Cette Note et la suite et la fin de mon dialogue avec J.-M. Schiappa, de la Libre pensée ? Cf. la Note du 20 mai)

 

Le doute peut conduire :

  

-Sur beaucoup de points, à de l’agnosticisme plus ou moins prononcé, notamment tout ce qui concerne des réalités vérifiables, mais que l’on a ni le temps ni la compétence de vérifier, et où son opinion serait dépendante du savoir ou du pseudo savoir (allez savoir !) d’autrui, donc d’une foi d’autorité.

Pour ma part, je suis douteur sur beaucoup de points qui semblent évidents, soit à mes contemporains, soit à la couche sociale des intellos, soit à mes diverses familles de pensée,...

 

-Sur d’autres points, l’agnosticisme est impossible dans la pratique, car existe la nécessité de prendre des décisions pratiques, et l’impossibilité de vérifier scientifiquement la validité des décisions prises.

Donc l’idée est d’accepter (en gros) les croyances reçues jusqu’à preuve du contraire, tout en tentant quand même de trier un peu pour  tenter de prendre les moins bêtes, et d’être prêt à changer d’avis quand une qui semble plus intelligente se présente.

L’idée, aussi, est de savoir que l’on ne sait pas,  donc de savoir que l’on est forcément dans la croyance plus ou moins stéréotypée, faute de mieux et peut-être temporairement. Bref, d’être ouvert à des idées neuves.

 

-Sur d’autres points encore, mais dans des champs forcément limités, étant donné le temps, l’énergie, la compétence, et également la solitude intellectuelle que cela demande, en vous coupant des croyances de vos contemporains (mais c’est aussi le cas de l’agnosticisme déjà décrit) d'entreprendre une démarche de connaissance.

Cette démarche vous fait prendre quelque distance avec des croyances stéréotypées, des croyances dominantes… et souvent aussi avec la bêtise ou la médiocrité ambiante.

L’essentiel est qu’il existe au moins un domaine où votre savoir ne soit pas dépendant d’autrui. Ne serait-ce que parce que cela vous apprend ce que c’est que le savoir (à quel point, "ce n’est pas de la tarte" d’acquérir un peu de savoir !).

Et donc, cela vous apprend aussi, pour tout le reste, à savoir que vous ne savez pas. Cela vous apprend le doute méthodologique, art de vivre fondamental.

 

-Mais, vivre avec le doute méthodologique chevillé au corps n’est guère facile, ni socialement tenable.

Parfois il faut accepter d’être un pratiquant (occasionnel) non croyant des stéréotypes sociaux, par compromis avec the  famous « vivre-ensemble ».

Tel qu'on l'invoque aujourd'hui ce "vivre-ensemble" est, en fait, souvent, un compromis avec le conformisme moyen de la société ambiante en général, et aussi parfois de la bêtise satisfaite de ceux qui ont le pouvoir (économique, politique, culturel, etc) en particulier.

Bref,  il est assez normal de ne pas avoir envie de se faire tout le temps jeter, de passer pour  un asocial ou un fou. Même Galilée a accepté un compromis !  

Alors, il faut vaguement reprendre à son compte quelques stéréotypes. Cela rassure autrui, et fait partie de l’éthique compassionnelle, de la nécessité d’être bienveillant envers les handicapés du bulbe.

Mais cela n’empêche pas de garder son quant à soi et d’entretenir soigneusement le doute intérieur au sein même de cette pratique sociale plus ou moins obligatoire :

un peu comme les Marranes espagnols ou les Nouveaux catholiques de la France de Louis XIV

(il s’agit des protestants qui faisaient semblant d’être catholiques, puisqu’on les obligeait à vivre selon le principe « Une foi, une loi, un roi. Et, vous savez quoi, les choses n’ont pas totalement changé depuis lors.)  

 

-Mais, attention, point trop n’en faut et la vigilance s'impose : c’est que, vous leur donnez la main, ils veulent tout le bras, les cons !

Et quand ils ont le bras, ils vous réclament tout entier, corps et âme. Ils ne se contentent pas de cette conformité occasionnelle, ils voudraient que vous leur ressembliez, les petits salauds !

Ils ne sont pas complètement rassurés tant qu’ils ne vous ont pas réduit à leur propre bêtise. Il faut que vous soyez pareil à eux, avec les mêmes œillères, les mêmes angles morts. Ils vous veulent mouton de Panurge, pour pouvoir croire qu’il n’y a pas d’autre manière de vivre que le troupeau.

Ils n’assument pas la partialité de leur être.

 C’est d’ailleurs précisément en cela qu’ils sont un peu bêtes (et méchants de surcroît) :

s’ils assumaient la partialité de leurs « idées », ils ne seraient plus dans des stéréotypes sociaux, mais s’aventureraient peu ou prou dans l’itinéraire d’une pensée personnelle.

C’est donc moins une affaire de contenu que de forme. Comme l’a très bien (presque) dit un grand philosophe contemporain : « On peut communier aux valeurs républicaines, mais pas avec n’importe qui »

 

-Alors, pour ne pas risquer l’accoutumance à la pire des drogue : la conformité sociale bête (et méchante envers tous les minoritaires, les non conformes), tout à coup, de temps à autre, une « saine » colère  vous prend : 

vous rompez la communion factice et ambiguë avec ceux qui instrumentalisent honteusement les dites valeurs, et/ou retournent leurs vestes avec une facile amnésie sur ce qu’ils ont dit et fait (qui vous déconcerte toujours !).

Attention, en effet, à ce que la gentillesse ne vous rende pas prisonnier du conformisme ambiant.

La bêtise a toujours de solides barreaux. Il y a va de votre survie, il y va de votre liberté, même si la douceur totalitaire de l’extrême centre, de l’extrême stéréotype, de l’extrême évidence satisfaite, peut être bien tentante et induire reconnaissance sociale et notoriété.

 

-Mais ces moments de lucidité créent toujours peu ou prou de la gène sociale, il sont affectivement, physiquement, socialement très coûteux, alors disposez de votre arme secrète :

vivre un peu décalé, prendre les choses au troisième degré et non au second comme tous les intellos de mes deux.

Le second degré, c’est (pour les Français, les autres trouveront des équivalents) de préférer Arte à TF1, en écoutant Arte au 1er degré, en croyant qu’on a là des « bonnes émissions » de télévision, de l’information « sérieuse », et tout le baratin que peut vous faire très sérieusement l’intello lambda (c'est 10% exact et 90% faux).

Le 3ème degré, consisqte à préférer TF1, mais pas au 1er degré bien sûr. Le 3ème degré, c’est de bien rigoler en regardant les films que Télérama prend avec des pincettes, et auquel ce magazine (à lire par ailleurs) ne met pas le moindre T, sauf quand ces films ont 30 ans, ou 40 d’âge (eh oui, vérifiez !).

L’art de vivre au 3ème degré, c’est de savoir qu’on perd moins son temps à s’intéresser aux extravagance de Lady Gaga qu’à prendre au sérieux la  prose d’Elisabeth Badinter. D’abord c’est plus fun, ensuite c’est moins nocif. Et, dans le genre, c’est plus réussi.

Entre une pseudo intello show-biz et une vraie star du show-biz, choisissez la seconde. Mais, bien sûr, sans être dupe : le troisième degré vous dis-je.

 

-Et en même temps, sachez ne pas sacraliser votre attitude : on est souvent plus intelligent à plusieurs que tout seul.

Laissez-vous contester, accepter que l’on vous rentre dans le chou, ruminez les propos de ceux qui trouvent que vous exagérez.

Et puis, triez : mettez dans la corbeille à papier tout ce qui, décidément, vous paraît refléter la pensée moyenne, et faites votre miel de tout ce qui a rééquilibré votre partialité, de tout ce qui vous permet d’être plus dialectique, d’avoir une vue plus large des choses.

Tout ce qui vous permet de récupérer les éléments que vous avez été plus ou moins obligé de laisser en plan pour vous concentrer sur les angles morts.

 

-Enfin le gâteau doit obligatoirement avoir sa cerise : cette cerise, c’est d'avoir un peu d’humour sur soi-même : que votre doute, votre non-conformité soit votre instrument mais ne devienne jamais votre maître.

Ne vous laissez pas prendre à votre propre jeu.

Ne CROYEZ ni à votre doute, ni à vos contestations. Ne les transformez pas en certitudes à quatre sous. Sachez vous distancier de vous-même, vous regarder d’ailleurs en vous trouvant parfois un peu grandiloquent ou ridicule.

 

 

Voilà,  Cher Monsieur Schiappa, l’art du doute que je tente de cultiver, pour devenir, jour après jour, effectivement un peu libre, sans me CROIRE totalement libre pour autant.

Et, peut-être, sur le plan « spirituel », religieux ou philosophique, éthique ; bref sur les réalités supra-empirique, non vérifiables au niveau d’une démarche de connaissance[1], cette liberté se trouve liée à une croyance assumée, à une « profession de foi ».

Je vous le dis, puisque c’est là-dessus que vous m’avez interrogé.

Je suis protestant de naissance et dans mon adolescence, j’ai été tenté un temps me convertir au catholicisme, attiré par le judaïsme, pour lequel j’ai toujours beaucoup de sympathie.

Un peu plus tard, j’ai été agnostique, en gros de 1967 à 1975, puis suis redevenu protestant, autrement que par ma foi reçue.

C’est dire qu’il me semble être relativement au clair sur ce que je crois, et pourquoi.

 

Ce qui est idiot, c’est que (étant toujours au Japon, of course) j’ai oublié d’emporter avec moi, votre article de La Raison, point de départ de ces 3 Notes.

J’ai le souvenir, qu’à un moment donné, il était question du « Seigneur » (=Dieu), dans le sens où (si j’ai bien compris, je regrette de ne pas avoir le texte sous les yeux et je ne voudrais pas déformer) si on a un « seigneur », on ne peut pas être libre.

Là-dessus, il y a maldonne entre nous car je suis très proche de la théologie de la croix de Luther = le Seigneur, il meurt crucifié et abandonné, renié par Pierre (le symbole de l’Eglise !).

Avouez que, comme dominateur, on a trouvé beaucoup mieux, avant et après !

 

Ma religion ne m’interdit aucun doute, aucune mise en question, et en tout cas pas d’être le plus rigoureux possible quand je suis dans une démarche de connaissance.

Bien au contraire car en fait, le seul interdit c’est, pour employer un terme théologique, « l’idolâtrie », donc le fait de me prosterner (mentalement) devant une interprétation de la  réalité, une puissance, etc.

Bref, de faire allégeance à quoi que ce soit.

C’est donc l’exigence de ne rien absolutiser, de conserver toujours un sens critique.  Je CROIS  donc qu’il s’agit d’une croyance libératrice, ou d’un ordre qui me libère.

 

J’ai fait allusion aux Nouveaux Catholiques.

Ces protestants qui faisaient en moitié semblant après la Révocation de l’Edit de Nantes.

Ce n’est certes pas une référence glorieuse.

Chez les Huguenots, on préfère se référer aux Camisards, ces castreurs de porcs qui ont parfois exercé leur art sur les curés et les soldats.

On les invoque quitte, parfois,  à les embrigader dans de mauvaises causes (comme cela vient d’être fait par un protestant à propos de la burqa), contre la liberté et pour le conformisme satisfait de la société dominante.

C'est pourquoi j'aime mieux ne pas trop invoquer les Camisards.

 

Les Nouveaux Catholiques sont une référence beaucoup moins glorieuse, en aucune manière emblématique.

Et pourtant je les aime bien (même si j’ai –aussi- de la sympathie pour les Camisards, je ne joue pas les uns contre les autres). Car ils ne faisaient semblant que jusqu’à un certain point.

Jusqu’à ce qu’on cherche à les obliger à être idolâtres. A communier selon le rite de la transsubstantiation, pour eux le comble de l’idolâtrie.

Alors là, ils crachaient l’hostie, avec dégoût.

On était obligé de les faire communier entre deux dragons, rendant visible la contradiction de la société ambiante

Et ils s’arrangeaient quand même pour ne pas avaler l’hostie, ou alors à la macher (ce qui était un sacrilège) en marmonnant une injure.

 

Eh bien oui, je fais plein de compromis, chaque jour je tiens compte de la mentalité moyenne, je passe même souvent mon temps à être tolérant, à supporter les inepties ambiantes.

J’en ai, parfois, jusque là de l'invocation des nécessités du « vivre-ensemble »,

 d’avoir sois disant les mêmes « « valeurs » » que des hypocrites, des tricheurs, des profiteurs, et surtout des ceus pour qui l’invocation des dites « valeurs » n’est qu’un prétexte à ne pas réfléchir, à paresser dans les stéréotypes, parce que penser c’est bien trop fatiguant, qu’il vaut mieux bêler à l’unisson du troupeau.

Mais quand la coupe est pleine, quand on veut que j’idolâtre la religion civile rrrrépublicaine ou les racines chrétiennes de la France, alors je dis calmement, sereinement, mais fermement : NON.  

Envoyez moi vos dragons si vous voulez, et si vous l’osez. Mais vous ne me ferez pas avaler votre pilule.

Je la crache par terre.

Grattez un peu le Nouveau Catholique, et vous ne tarderez pas à trouver l’Hérétique.

 

 

.  

 

 

  

 

 

 

 

 



[1] Cela ne signifie naturellement pas que religion, philosophie, éthique, etc ne puissent pas être un objet d’étude, au contraire. Et là, bien sûr, on doit pratiquer l’agnosticisme méthodologique. C’est ce que j’explique au début de mon Librio sur la Petite histoire du christianisme. Et, (on dit d’habitude « sans vouloir me vanter », moi je dis : « en voulant me vanter »), comparez avec la concurrence et vous verrez que, tout « croyant » que je suis, mon approche est différente de celle des culs bénis !

20/05/2010

Croyance et liberté (réponse à J.-M. Schiappa, II)

Allez, on va s’extraire un peu des débats franco-français (pas complètement, vous verrez), et reparler de la question que m’a posée J.-M. Schiappa, dans l’organe de la Libre-pensée, La Raison : « Est-il possible d’être libre et de croire en même temps ? »

C’est bien plus intéressant que les ratiocinations gouvernementalo-sarkozystes sur la dite « burqa ».

  

Bien que, dans les cours que je donne actuellement à Tokyo, il y en a eu un (forcément) sur « Les débats autour du voile intégral en France », avec beaucoup de questions, tout à fait pertinentes des étudiants (et profs) japonais.

Les intellectuels japonais suivent cela de prés et l’ex image de la « France, pays des droits de l’homme » en pâtît une nouvelle fois.

Ainsi la résolution parlementaire a été très commentée par les journaux (du coup, cela fait plus de monde à mon cours : à petites causes, grandes conséquences !), alors que la presse française s’est intéressée aux présélectionnés de la Coupe du monde de foot (et moi, pauvre de moi, absent de mon pays, qui ne connais même pas le classement final du championnat de France, et la place d’Auxerre, mon équipe favorite !) ou à l’ouverture du festival de Cannes.

 

M’enfin, ici, au niveau des tenues, c’est plus Lady Gaga que « burqa ». D’ailleurs Lady Gaga, en fait, copie honteusement les jeunes Japonaises dont j’avais déjà constaté, à Shibuya et ailleurs, en 2008, les tenues extravagantes. Et depuis cela ne fait que croître et embellir. Elles sont d’ailleurs tout à fait nice et charmantes[1], et les yeux bridés, j’adorrre absolument !

La jeunesse japonaise a bien changé depuis 1992 (mes premiers cours). Mais j’éprouve toujours envers elle un peu d’amusement et beaucoup de tendresse.

 

Bon, et la croyance dans tout ça ?

J’avais indiqué dans ma Note (du 21 avril), qui commençait à répondre à J.-M. Schiappa, que mon point de vue sur la question comportait 3 points de départ :

 

-« Etre libre » n’est pas une mince affaire, que l’on se dise « croyant » ou « non-croyant ». Etre libre, plus exactement tenter de se libérer, est une entreprise constante où il faut soigneusement veiller à ne pas baisser la garde.

 

-Les croyances ne sont pas seulement religieuses, loin s’en faut. Personnellement, je n’ai jamais rencontré quelqu’un dont je puisse penser qu’il soit hors de toute croyance.

 

-Pour ce qui me concerne, je ne suis ni englobé par mon protestantisme, ni un protestant  honteux de l’être. Je suis protestant et, en même temps, agnostique sur plein de questions où la société actuelle déborde de croyants et de croyances (on va en reparler de façon plus précise, dans cette Note et surtout la prochaine).

 

 Et, ensuite, j’avais rappelé (formation permanente assurée gratos!) les analyses classiques de Durkheim, et la façon dont il distingue, 2 types différents de croyances :

 

- Celles qui concernent des réalités supra empiriques, symboliques, transcendantes, les « convictions », religieuses, philosophiques, morales (Durkheim indique qu’elles fonctionnent de la même manière et, depuis de nombreux travaux sociologiques l’ont confirmé).

 

- Celles qui sont immanentes et concernent au premier chef des réalités empiriques, des problèmes concrets, et qui (cf. Durkheim) doivent remédier sans cesse à l’aspect « fragmentaire » et incertain des démarches scientifiques.

 

Distinction importante, mais pas si absolue que l’on ne l’imagine, car (on va le voir) même pour les réalités empiriques, le sens que l’on donne aux choses est important.

 

 

Voilà, en gros, l’endroit où j’ai envie de reprendre le propos.[2] Cela, en indiquant qu’en deçà de la croyance, la psychologie sociale, l’anthropologie, la sociologie parlent de représentations sociales.

 

Quand vous êtes tout petit, tout baby que vous soyez, on va vous apprendre que tel objet est une « table », tel autre un « livre ».

Mais si ces mots désignent des réalités empiriques tangibles, ils s’insèrent également dans un ensemble qui donne sens et même (peut-on dire, consistance) à ces objets.

Un livre, ce n’est finalement le même objet, suivant que vous savez lire ou pas, que vous comprenez ou non la langue dans laquelle il est écrit.

Longtemps, chez moi, un livre (particulièrement indigeste !) a servi d’excellent cale-pied !

 

Quand on désigne « une table », « un livre », ou d’autres objets empiriques, il existe toujours le risque de ne pas sortir du substantialisme. Cela arrive, même aux meilleurs !

Ainsi, Hannah  Arendt avait CRU récuser les termes de « religion séculière » et de « religion politique » par une métaphore : le talon de ma chaussure n’est pas un marteau parce que je peux m’en servir pour planter des clous dans le mur (donc les « religions séculières ou politiques » ne sont pas des religions)

Excuse me, part’naire, mais c’est bien l’propos d’une philosophe un tantinet substantialiste !  En fait, au moment précis où je plante des clous avec, c’est, dans la réalité empirique hic et nunc, un marteau plus qu’une chaussure. C’est une « chaussure marteau »

Quitte à redevenir uniquement une chaussure trois minutes après.

 

Dans la durée, certes, cela reste principalement une chaussure qui a joué le rôle momentané d’un marteau (ou devenir une arme dans une autre circonstance, et être une chaussure arme).

 Mais si, régulièrement, je passe mon temps à taper des clous avec la dite chaussure, à la fin, cet objet risque de ne se déformer, donc de plus être une chaussure confortable. Il pourra servir, par contre, habituellement de marteau efficace : j’aurai pris le bon coup de main pour m’en servir.

Ou, dés le départ, il peut s’agir d’une vieille chaussure hors d‘usage ou passée de mode, ou que j’ai assez vu comme chaussure, ou l’ex chaussure de ma fille qui a grandi et changé de pointure,…bref un objet dont je me sers maintenant régulièrement comme marteau.

 

Une chaussure peut donc se transformer en marteau et devenir un marteau chaussure (tout comme une politique peut se transformer en religion politique)

D’abord, tout le monde a droit à une seconde chance, même une chaussure. C’est l’idéal démocratique ! (Cet argument, c’est uniquement pour le fun, bien sûr !)

Ensuite, c’est cela même le changement social, M’dame l’éminente philosophe.

Enfin, c’est très écolo, le recyclage ! Et c’est traditionnel aussi ; car ma grand-mère (dont je crois vous avoir déjà parlé à l’occasion !), question recyclage, elle était championne.

Et si Hannah Arendt était venue dire à ma grand-mère qu’une chaussure ne pouvait pas être un marteau, cette dernière lui aurait  vertement répliqué que, naturellement, une bourgeoise, ça ne sait pas grand-chose de la vie réelle du peuple.

 

La métaphore est donc très intéressante, très riche, à l’insu de son auteure !

Et pour en finir, avant que cette métaphore ne vous rende complètement marteau (tiens, voilà un « marteau » qui n’a pourtant empiriquement rien de tel !), on peut imaginer le dialogue suivant :

-« Tiens, tu as mis là une chaussure, mais elle n’est pas du tout à sa place et il n’y en a qu’une pourquoi  donc ? »

-« Parce que ce n’est pas une chaussure, c’est un marteau. »

 

Mine de rien, avec mes propos complètement marteaux, je vous ai conduit au cœur du problème de la représentation sociale, et même de la croyance sociale [3]: nous avons des perceptions qui proviennent de l’habitude, du sens déjà là, déjà établi, du savoir sédimenté, devenu plus ou moins stéréotypé. Nos perceptions sont immédiatement INTERPRETATIVES et nous CROYONS qu’elles désignent la réalité.

Pour la brillante Hannah (mais cela arrive à tout le monde d’être dans la naïveté et le premier degré), une chaussure, c’est une chaussure, ce n’est pas un marteau. Na !

Elle CROIT tellement énoncer une évidence, qu’elle ne pousse pas sa réflexion plus loin.

Du coup, elle tient un propos de Monsieur Tout le monde et, ce jour là, dit une bêtise, puis n’en démord pas.

 

Eh bien, c’est exactement ce qui s’est passé dans le discours rrrépublicano-jacobin sur les filles à foulard.

 Sauf que, là, c’est plus vicelard et vicié encore. Au lieu de dire : « une chaussure est une chaussure », on a dit « une femme à foulard est une femme soumise ». Là, l’interprétation était pourtant, dés le départ manifeste ; et donc matière à discussion. Mais on a nié être dans l’interprétatif pour pouvoir être péremptoire.

On s’y est tenu à cette équivalence, sans en démordre, en dépit de tous les démentis empiriques et des nombreuses enquêtes sociologiques.

(sur ces dernières, cf. le remarquable article de Valérie Amiraux : « L’“affaire du foulard” en France. Épure d’un fait social ou, retour sur une affaire qui n’en est pas encore une », Sociologie et sociétés, XLI (2), 2009, 273-298)

Mais il faut dire qu’entre temps, ce fut la big big big décadence dans une certaine philosophie : la preuve on est passé d’Hannah Harenth à Elisabeth Badinter. C’est dire !

Heureusement que ma grand-mère n’est plus « de ce monde » ; elle a déjà assez vu, et entendu d’horreurs pendant la guerre, la pôvre !

 

Bref, je continue mon propos épistémologique et de haute scientificité. Ma brillantissime et très frappante démonstration ne signifie pas que représentation sociale et croyance soient kif-kif. Ce sont, en psychologie sociale notamment,  deux notions distinctes.

Dans son ouvrage Vie et mort des croyances collectives (Paris, Hemann, 2006), Gérald Bronner dit (en gros) que 2 indicateurs sont communs aux 2 notions, et 2 autres spécifiques à celle de croyance.

 

Ce qui est commun :

1) Une représentation sociale, tout comme une croyance, possède ce qu’on appelle des « pouvoirs causaux », un « profil fonctionnel ». En termes plus simples, cela signifie qu’une représentation sociale constitue un élément opératoire pour prendre des décisions, choisir une option plutôt qu’une autre.  Elle constitue une vision des choses implicitement orientée à une finalité. 

2) D’autre part, le contenu d’une représentation sociale (et d’une croyance) a tendance à être « holistique » : elle a un contenu déterminé et pourtant elle tend à ne pas seulement impliquer un seul élément de la réalité mais à contenir implicitement une vision d’ensemble.

Une représentation sociale, comme une croyance, fait sens parce qu’elle inclut implicitement d’autres représentations sociales auxquelles elle est reliée, elle implique un ensemble de représentations.

 

Ce qui est spécifique aux croyances (pour Bronner) :

1) Les croyances ont des « contenus intentionnels ». Cela signifie que les individus ont des rapports « de validation volontaire à des énoncés qui peuvent faire sens pour autrui ».

Il y aurait donc un aspect plus actif dans les croyances que dans les autres représentations sociales.

2) D’autre part, les croyances sont des « états intentionnels de second ordre ». Cela signifie que même si toutes les croyances qui sont les nôtres ne sont pas « toutes présentes consciemment à notre esprit, elles pourraient le devenir, pour peu seulement que nous le voulions. »

Il y aurait donc un aspect plus explicite dans les croyances que dans les autres représentations sociales.

 

Mais la distinction n’est peut-être pas toujours aussi claire.

D’abord, bien des croyances sont passives, reflet d’une conformité sociale. L’historien, notamment, travaille beaucoup sur les croyances passives d’une époque passée, ce qui peut le mettre en alerte sur les croyances passives de la notre.

Ensuite, le « pour peu seulement que nous le voulions » serait à commenter longuement.

Là est tout le problème. Car, précisément, NOUS NE LE VOULONS PAS : un des éléments fondamentaux de la croyance sera de mettre énergie et ténacité à faire que nos croyances ne soient pas reconnues consciemment comme telles.

Tendanciellement, pour qu’une croyance soit assumée comme telle, il faut qu’elle ne soit déconstruite et, du coup, fragile,  non dominante. Les croyances dominantes tendent à ne pas VOULOIR être des croyances, car alors, il serait possible, dans une société démocratique et pluraliste, de ne pas les partager, de les mettre en question, d’en débattre.

Je ne sais ce que Bronner met dans son « pour peu que nous le voulions », mais pour moi, il y a là, toute la question de la domination de l’être humain par l’être humain.

 

Tenez, prenons un exemple, absolument au hasard : demandez à, mettons, Elisabeth Badinter si elle estime que ses propos sur le visage (et, hier, contre la parité femme-homme, qui devait immanquablement produire le pire « communautarisme ») relèvent de la croyance.

Demandez au député moyen, français ou belge, qui aujourd’hui élève le élisabethbadintérisme en idéologie d’Etat qui doit s’imposer par la force, s’il estime être dans une croyance. Demandez, et vous ne serez pas déçu !

Ces M’sieurs-dames estiment que ce qu’ils disent est seul légitime. Et quand, vous le mettez en cause, c’est la colère ou l’arrogance, et non le débat.

 

(Vous avez remarqué que j’utilise le verbe « estimer », même si en fait je ne les estime guère. Mais je ne vais quand même pas employer le verbe « penser » !)

 

C’est pourquoi, j’aurais tendance à modifier un peu la question de Jean-Marc Schiappa  pour la poser autrement :

 

Est-il possible d’être libre et de croire passivement ?

Est-il possible d’être libre et de croire aux croyances dominantes ?

 

Cela induit une autre question :

Est-il possible d’être libre et de refuser de douter ? Et cela de toute croyance, qu’elle soit convictionnelle (religieuse, philosophique, morale, politique) ou qu’elle se rapporte à des objets ou situations empiriques.

 

(à suivre : Promis, je ne vous ferez pas attendre un mois cette fois.  Aceux et celles qui en douteraient, sachez que justement, ce sera sur doute et croyance, et (bien sûr) je veux vous donnez des raisons de « croire » en moi !!!)

 

 

 



[1] Comme vous le savez, cette distinction vient  d’Husserl, a été reprise d’une autre manière par Heidegger, avant de sombrer, sous Sartre, dans l’être et le néant

[2] Je l’avais continuée, mais repartir de la fin de ma Note nécessiterait de disposer de ma documentation habituelle, or je n’ai pas tout transporté à Tokyo !

[3] Admirez mon art de la pédagogie, c’est d’ailleurs après m’avoir lu que, dégoutté par une telle maïeutique, Socrate a bu la ciguë en déclarant : « la relève est faite ».

15/05/2010

Les 3 chantages du projet de loi sur la dite "burqa"

Chers Amis,

Je deviens un vrai politique : une vrai de vrai ! La preuve, je vous promets depuis Mathusalem  la suite de mon dialogue sur la croyance,… et je ne réalise pas cette promesse.

Mais, il faut dire que l’actu-burqa me poursuit de ses assiduités, et que moi-même je cours après le temps.

Là, c’est le gouvernement qui a reçu un deuxième avis négatif du Conseil d’Etat et qui persiste à vouloir faire sa loi.

Avec 3 chantages à la clef.

 

Premier chantage : On veut nous mettre dans la situation : ou vous êtes pour la loi, ou vous êtes pour la dite burqa.

 

Stupide : croyez-vous que ces M’sieurs-dames du Conseil d’Etat, qui sont on ne peut plus bon-chic, bon-genre, et tous les juristes auditionnés par la Mission Parlementaire, soient favorables au port de la « burqa » ?

Croyez-vous que la Libre-pensée, qui a été l’organisation la plus offensive contre la loi de toutes les organisations auditionnées par la Mission parlementaire soit favorable au port de la burqa ?

 

Le problème n’est pas la dite burqa, le problème est  la défense des libertés publiques et l’extension indue de la notion d’ordre public qui, dans un pays démocratique, doit être soigneusement limité.

Comme l’indique Le Figaro (14 mai), les « Sages » du Conseil d’Etat estiment que « la restriction des libertés au nom du « Vivre ensemble » « serait sans précédent ».

Donc, on nous abreuve de grands mots : « dignité », « égalité homme-femme », etc pour esquiver le vrai débat, celui de l’Etat de droit.

 

Il faut le dire et le redire sur tous les tons : on n’a pas besoin d’être d’accord avec ce que disent les femmes qui portent une burqa (ou un nicab) pour être contre la loi.

 

 

Second chantage : le Conseil Constitutionnel ne pourra pas nous désavouer en pleine campagne électorale.

 

Les députés socialistes présentent un contre-projet impliquant une interdiction partielle. Il n’est pas fameux, mais c’est un progrès par rapport à la position de départ de beaucoup d’entre eux.

Sauf quelques uns peut-être, très populistes, ils ne devraient pas voter la loi. .. qui passera quand même, puisque la majorité est…. Majoritaire.

Oui, mais le hic, c’est que mon petit doigt (qui est toujours très bien renseigné, il a travaillé pour le KGB, la CIA, les services secrets monégasques, et Monsieur X sur France-Inter, c’est dire) m’a dit à voix basse que les socialistes ne présenteront pas un recours devant le Conseil Constitutionnel.

Ils se contenteront d’admirer les merdouilles qui surgiront lors de l’application de la loi et de dire : « on vous l’avait bien dit ! »

Et de voir si on l’applique de la même manière aux Champs Elysées et dans le XVIIIe

 

Donc –dixit Le Figaro (décidément, j’utilise des sources très gauchistes)- « les premiers contentieux et une éventuelle question préalable de constitutionnalité » surgiront…. « juste avant les élections présidentielles ».

Or le dit Conseil, c’est 8 sur 9 personnes de droite + Charasse, nommé par Sarko, avec qui il est pote, et qui croit que la laïcité l’oblige à ne jamais entrer dans une église. Bref, un grand libéral !

Donc, le chantage implicite est : vous n’allez pas quand même pas retoquer une loi UMP, non voté par les socialos, en plein campagne électorale ! Rappelez-vous qui vous a fait roi !

 

 

Troisième chantage : la Cour européenne des droits de l’homme et la France pays des dits droits.

Alors là, c’est le chantage le plus vicelard !

 

La patate chaude va arriver, une fois toutes les juridictions internes épuisées, à Strasbourg, siège de la Cour européenne.

Et là, merveilleux chantage implicite, on va mettre la Cour devant un dilemme : ou vous acceptez une loi qui porte atteinte aux libertés publiques, ou vous désavouez la France, merveilleuse patrie éternelle des droits de l’homme et vous donnez une victoire à l’islamisme radical !

(que cela soit vrai ou faux, peu importe, cela se joue au niveau des représentations sociales, sur lesquelles je vous dirai des choses vachement intéressantes, dès que cette chienne de vie me laissera la possibilité de vous faire ma fameuse Note sur les croyances)

 

CQFD !

 

Les motifs du projet de loi sont, pour certains, ahurissants. C’est un virage complet dans la conception de l’Etat de droit.

 

- l’ordre public ne dépend plus  des 3 composantes habituelles : tranquillité, sécurité, salubrité,  mais de « comportements » (ici une façon de s’habiller et non un comportement qui soit une interaction sociale) « qui iraient indirectement à  l’encontre de règles essentielles du contrat social républicain qui fonde notre société »

Admirez le conditionnel et le « indirectement ». Et l’invocation de la République, alors que les défenseurs de la loi nous donne l’exemple des députés belges (qui, eux, ont refusé de consulter leur Conseil d’Etat : énhaurme !!!) et que, jusqu’à plus ample dislocation, la Belgique est une monarchie

(Précisons que le Sénat belge n’a pas encore voter la loi, et pour qu’il la vote, il faut que le pays ne disparaisse pas, ce qui n’est pas gagné : les parlementaires flamands et wallons se tapant sur la figure dés que la burqa n’est plus en jeu.)

 

- la burqa est interdite comme étant une « réclusion publique ». Eh oui, bien sûr, car sinon les couvents, les délicieuses carmélites, etc. On ne va pas chagriner Benoît XVI, il paraît qu’il a déjà quelques menus soucis actuellement.

 

- « nos concitoyens », prétend l’exposé des motifs, « y voient, s’agissant du voile intégral porté par des femmes, le revendication ostensible d’un refus de l’égalité  entre les hommes et les femmes ».

Génial : d’abord qu’est-ce qui permet d’affirmer cela : existe-t-il une étude un tant soit peu scientifique  qui le prouve ?

Et, même si cela était mille fois prouvé, au nom de quoi l’opinion de la majorité sur la minorité fait loi ?

Mon petit doigt m’a également dit que « nos concitoyens », au bistrot du coin, quand ils ont fini de causer sur Habermas, et de déposer leur bulletin de PMU, déclarent péremptoirement, que les députés sont « nuls de chez nul. »

 

Mon petit doigt prétend qu’en plus, au niveau de la Mission parlementaire, on en a une preuve manifeste :

Le 8 juillet, la Mission a démarré, bille en tête, sur la laïcité : on va faire une loi Stasi II, le retour. Etc. La lecture du compte rendu de séance est éloquente là-dessus.

Et puis, patatra, les grandes associations laïques ont dit : non, pas possible d’interdire le voile intégral au nom de la laïcité. Qu’importe, le rapporteur tronque son rapport, et l’affaire est faite.

Manque de pot, le chœur des juristes auditionnés dit la même chose. Et là, le rapport de force est quand même un peu différent.

Le  grand défenseur des libertés publiques, Jacques Myard, déclare que, « sous la menace », les juristes prennent la décision que veut le politique lors de l’audition de Rémy Schwartz, et celui-ci répond (en gros) : chiche (exactement : « je doute que vous puissiez menacer le Conseil constitutionnel et la Cour européenne des droits de l’homme pour obtenir une décision favorable » (c’est page 387 du Rapport : intéressant, non ?)

 

Brefs les juristes leur disent tous : non surtout pas au nom de la laïcité : vous vous plantez.

Et du coup, les membres de la Mission reculent.

Moralité : Les députés de la Mission d’information ne savaient pas ce qu’est la laïcité quand ils ont commencé leurs travaux.

Bravo, bravissimo !

Mon petit doigt conclut que les députés, vu l’image déplorable qu’ils donnent de la démocratie à « nos concitoyens », vont s’autodissoudre.

 

Mais, rassurez-vous mon petit doigt va être, lui aussi, interdit : c’est un impertinent, qui ne respecte pas les « exigences fondamentales du « vivre-ensemble » dans la société française et donc (contrevient) à l’ordre public. »

Mon petit doigt ne salue pas les députés, chapeau bas !

 

Et, enfin, mon petit doigt me souffle : que fait Badinter, Robert pour les dames ?

Là, les libertés publiques ne semblent plus l’intéresser.  Il se tait. Il regarde OSTENSIBLEMENT ailleurs.

 

 

 

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