23/12/2006
L'ATTRISTANTE BÊTISE D'UNE COMMISSION PARLEMENTAIRE
Le beau pays de France se distingue d’autres démocraties par l’existence d’une Mission interministérielle, rattachée au Premier Ministre, chargée de combattre les « sectes », ensuite les « dérives sectaires ». Le changement de terme a d’abord correspondu à un changement d’orientation. Après les « dérives » d’Alain Vivien, qui se prenait pour Saint-Just et faisait alliance avec les pires communistes chinois, et devant (notamment) les avis provenant du Ministère des affaires étrangères indiquant à quel point l’image de démocratie française était atteinte, et vraiment pas seulement Outre-atlantique, on semblait décider, il y a 2 ou 3 ans, à faire preuve d’un peu de raison.
Un peu de raison, qu’est-ce à dire ? Il est nécessaire d’aller un peu au fond des choses, de réfléchir à ce que signifie vivre en société. Donc, excusez-moi d’avance, prenez votre mal en patience ; je vais faire une assez longue digression.
Toute société a ses marges, c'est-à-dire comporte en son sein des personnes qui pensent et vivent de manière différente de ce qui est la pensée habituelle, normale donc normée, dépendante de normes sociales : même une société dite pluraliste est contraignante en matière de pensée : et 50, 100 ans après, on affirme souvent à propos d’une personne qui, bien que novatrice sur certains sujets, avait des préjugés sur d’autres : « il avait les idées de son temps », sur ce point, il n’était pas original mais «partageait les préjugés de son époque ».
Mais ce n’était ni le « temps » ni « l’époque » qui imposait en soi ces préjugés, cette pensée stéréotypée, c’était la société du temps qui se l’imposait à elle-même. Une société, pour pouvoir fonctionner à besoin de l’existence d’idées communes, de pensée communes, engendrant des comportements communs. Elle a besoin, pour exister de façon relativement stable d’une pensée fixe, donc plus ou moins figée, de pré-jugés (au sens strict) communs. Si tout le temps et de tout côtés s’opèrent des mises en question cela devient vite invivable. Idées fixes, routinières, stéréotypes, etc autant de schèmes sociaux nécessaires à la vie commune. Cela n’a rien de honteux et je ne suis absolument pas dans la condamnation moraliste : on bénéficie du fait de vivre en société, il ne faut pas l’oublier. Mais le prix à payer, c’est forcément que les pensées communes ne sont pas très intelligentes, c’est le moins que l’on puisse dire. En fait, soit elles sont prosaïques et neutres quant à l’intellect, soit elles abêtissent.
De même que les théoriciens du contrat social ont montré que l’être humain aliénait une partie de sa liberté pour pouvoir exister en société, de même l’être humain aliène une partie de son intelligence, de son libre examen, de sa liberté de penser pour qu’un petit dénominateur commun, une pensée rabotée et robotisée, puisse faire exister du lien social. OK, mais, merde, point trop n’en faut dans cet abandon. Et comme les gens sont différents, certains en abandonnent beaucoup (il semble, à les lire, que certains Parlementaires soient dans ce cas : ils ont fait le don admirable à la société de la plus grande partie de leur intelligence et sont devenus, par amour pour autrui sans doute, des handicapés du bulbe). D’autres veulent moins aliéner de leur personnalité, et les refus d’abandon sont plein de périls : cela peut aller jusqu’à la folie. Folie géniale d’un Antonin Arthaud, risque d'une folie plus ordinaire, apparente ou masquée de beaucoup d’autres.
En effet, il ne s’agit pas de dire que la société est bête et que plus l’individu est asocial plus il est intelligent. Non c’est beaucoup plus complexe et dialectique.
D’abord, parce qu’on a aucune garantie que c’est bien son intelligence que l’on refuse d’aliéner. Cela peut être plein d’autres choses.
Par ailleurs, le lien social est fait de bêtise ET d’intelligence sédimentée : une société dispose d’une certaine intelligence collective, rencontre d’intelligences individuelles. Elle en a besoin pour sa survie. Le lien social est un ensemble multiple. La société demande donc à nombre d’individus qui la composent d’être intelligents sur des points précis. Nous historiens, on qualifie cela de « production des élites ». Et le processus de démocratisation correspond à une société de plus en plus complexe et donc qui a besoin, pour survivre d’avoir de plus en plus de membres relativement intelligents. Mais comme l’intelligence produit des idées non-conformes, cela risque de tirer la société à hue et à dia, de la déstabiliser. D’où mille et une stratégies pour produire des individus ayant, dans la mesure du possible, une intelligence fonctionnelle, contrôlée. On parle d’esprit d’initiative, par exemple.
La société sait faire preuve aussi d’une intelligence d’anthropophage : elle trie a posteriori dans la marginalité, dans les non-conformismes d’hier ce qui, au bout du compte, lui sert. Car elle ne peut être immobile, avoir des idées définitivement figées. Elle a besoin, pour progresser ou simplement ne pas s’enliser, de se nourrir de ce qu’elle a condamné. Combien de penseurs, de novateurs, d’artistes,… ont été célébrés et magnifiés après leur mort, alors qu’on leur avait fait les pires vilaineries leur vie durant ! Et ceux que l’on célèbre ainsi après coup, n’étaient nullement des anges. Ils pouvaient même être insupportables de leur vivant. En effet, penser, créer, avoir des valeurs ou des idées différentes des idées communes est non seulement difficilement vivable pour soi-même, mais c’est très souvent encore plus insupportable pour les autres.
Bref, je ne plaide aucune cause. Je ne donne raison à personne. Je tente seulement de réfléchir sans trop céder à l’obligation d’être bête qui, aujourd’hui, n’est pas seulement le fait du matraquage des medias de masse, mais tend à être politiquement imposée. Quand des Parlementaires votent des lois qui vont contre la scientificité de la démarche historienne, je me demande de plus en plus comment faire consciencieusement mon métier, comment tenter d’être intelligent dans un tel contexte. Quand je constate la production sociale d’un (pseudo) anticonformisme stéréotypé (ce qu’est devenu Charlie Hebdo par exemple), de (pseudo) contestataires célébrés par gauche et droite réunis, j’ai une grosse colère qui monte en moi. Je la maîtrise, je la dompte, car la colère n’est pas forcément bonne conseillère. Mais je ne me couche pas devant l’abêtissement, et je réécoute Brassens dans ma tête : « Quand on est con, on est con » chantait-il. Et s’il n’a pas précisé : « Qu’on soit Parlementaire ou …. » mais on peut facilement le déduire de sa chanson.
Vous êtes toujours là ? Merci. Je reprends : donc toute société à ses marginaux, ses non-conformistes multiples; des gens un peu étranges ou très bizarres. Cela, dans tous les domaines, et pas seulement sur le plan religieux. Des gens dont certains sont insupportables. Des gens qui peuvent choquer. Ils n’ont pas forcément raison pour autant, loin s’en faut. Ils peuvent s’enfermer dans leur marginalité, dériver à tout va, dans leur rejet de balises sociales, devenir dangereux même (ce n’est pas exclu, et nous allons en reparler) etc. Mais ce que l’étude de l’histoire m’a appris c’est que la société puisait pour bouger, pour changer, dans l’ensemble des marginalités. C’est que certains de ces non-conformismes, certaines de ces marginalités se révélaient à terme très utiles socialement, c’est que la société au bout du compte se nourrit de gens qu’elle a flingué.
Chaque système social a sa bêtise propre. Et décrypter celui de la France d’aujourd’hui est finalement l’objet de ce blog car la laïcité, c’est aussi l’utopie d’un vivre-ensemble le plus intelligent possible et le combat pour ce vivre-ensemble là. Pour faire bref, la pente dominante d’aujourd’hui consiste à refuser de plus en plus des démarches de connaissance, une pensée de raison, cela alors même que l’on prétend le contraire. Je m’en expliquerai plus à fond dans des Notes prochaines, mais le seul exemple des lois qui impose une mémoire contre la démarche historienne en est déjà un exemple probant. Un autre est la non répercussion sociale en France de débats philosophique contemporains. Nous y reviendrons. Un troisième exemple est donné par la commission parlementaire sur les dites sectes qui a rendu son rapport cette semaine (« L’enfance volée. Les mineurs victimes des sectes »). Je vais maintenant vous expliquer pourquoi.
Pour cela, je reviens au début mon propos : durant le bref moment où la MIVILUDES (la Mission contre les « dérives sectaires ») avait décidé de faire preuve d’un peu de raison, elle avait aussi compris, à sa manière, que toute société a ses marges, qu’une société démocratique ne combat pas ses marges a priori, qu’elle hiérarchise et cherche à distinguer ce qui lui semble présenter un danger de ce qui est étrange, bizarre, mais finalement (grosso modo) pas plus dangereux que les comportements moyens. Pour cela, elle voulait ne pas rester englobée par le discours militant anti-secte (comme c’était le cas du temps de Vivien) et estimait pouvoir s’enrichir un peu, apprendre de discours de connaissance. Vous vous demandez pourquoi je vous raconte cela, un peu de patience, vous allez le savoir.
Dans la perspective que je viens d’indiquer donc, une série de conférences avaient été organisées et diverses institutions scientifiques (dont la mienne, l’Ecole Pratique des Hautes Etudes) avaient été mises à contribution. Quelques rencontres préalables avaient eu lieu. Au cours d’une de ces rencontres, la question des enfants était venue sur le tapis. La personne de la MIVILUDES que j’avais en face de moi m’avait affirmé que d’après l’ensemble des informations dont elle disposait, il y avait environ 150 enfants en danger pour cause de « dérives sectaires », et qu’avec le concours des services sociaux une action était entreprise pour faire face à cette situation, qui prenait place parmi beaucoup d’autres causes qui faisaient que le nombre global d’enfants en danger en France se trouvait, naturellement, beaucoup plus élevés. Selon un rapport publié ce mois ci (décembre 2006) par l'Observatoire national de l'action sociale décentralisé, il y en aurait 97000, une bonne part venant des désunions matrimoniales. Faut-il interdire le divorce pour autant?
Environ 150, aller mettons 200 enfants pour avoir un chiffre rond (sur 97000, 1/500e). Grâce aux Parlementaires de la dite Commission, on passe de 150-200 à…. 60000 à 80000 enfants. Quel admirable tour de magie. Quel dommage que ces parlementaires-magiciens soient incapables de faire, non pas l’équivalent, mais le dixième de ce tour de magie pour le remboursement de la dette ou la lutte contre la vie chère !
Un autre petit problème cependant, un magicien doit être assez habile pour que l’on ne comprenne pas que lest son truc. Or là, les parlementaires de la Commission se montrent particulièrement lamentables. Leur tour de passe passe est tellement grossier que même un mal-comprenant (il faut que je soit politiquement correct de temps à autre, non ?) peut facilement le saisir. Sont « victimes » a priori tous les enfants (les mineurs en fait) « élevés dans un contexte sectaire ». Autrement dit : la marginalité sociale elle-même est devenue suspecte, en tout cas en matière religieuse.
Mais je voudrais dire à la Commission qui si on passe d'un danger réél à un danger virtuel, même en adoptant (par hypothèse d'école) son raisonnement, ce sont alors les millions d'enfants qui vivent en France qui se trouvent en danger : Alain Bazot (Président de l'UFC-Que Choisir) nous prévient: par un article intitulé: "L'enfant roi, cible des publicitaires. Le boniment des annonceurs de l'agro-alimentaire est dangereux. Il favorise l'apparition de l'obésité." (Le Monde, 16/12/2006)Là, nous ne sommes plus dans les marges, mais au coeur même de la société.
Toute une batterie de mesures est proposée par la Commission dont le sens général consiste renforcer l’emprise d’institutions dont beaucoup d’analyses ont montré qu’elles se trouvent en crise (pour prendre un seul exemple : nos parlementaires devraient profiter de la « trêve des confiseurs » pour lire l’ouvrage de François Dubet : Le déclin de l’institution, Seuil), crise dont j’ai parlé ici à plusieurs reprises (là encore, cela ne signifie pas leur condamnation, loin s’en faut, mais qu’on ne peut plus être dans le schéma où les institutions avaient toujours raison). Cette batterie de mesures va dans le sens d’une société de surveillance généralisée de tout ce qui bouge, de tout ce qui n’est pas conforme.
Mais comment en serait-il autrement puisqu’on ne hiérarchise pas, que l’on ne compare pas et que l’on traite tout autrement les marges et le commun.
Vous me connaissez, la difficulté ne me fait pas peur. Au contraire, quand un raisonnement rencontre une difficulté, c’est là que cela devient le plus intéressant. Car, ou vous vous êtes planté, et alors il n’y a pas d’offense à changer d’avis. Ni vous ni moi ne sommes le pape. Et même le pape,… rappelez-vous dernièrement Benoit XVI, il a fait quelque peu machine arrière…
Donc la difficulté, ce sont les transfusions sanguines. C’est le seul argument sérieux face aux Témoins de Jéhovah, car pour le reste. Un mec actuel de la MIVILUDES (qui a été normalisée depuis, j’ai oublié de vous le dire. Et normalisée pour crime de recherche d’intelligence : pensez elle commençait à dialoguer avec des universitaires de l’EPHE, de l’EHESS, etc. Hou là là, gravissime…) a déclaré un jour que les enfants des Témoins sont « tristes » parce que les Témoins sont contre les fêtes organisées en classe (qui d’ailleurs, parfois, ne sont guères laîques,…). Comme s’il n’y avait pas mille et une façon d’être joyeux. Comme si on pouvait émettre un jugement aussi global, sans dire une énormité. Cela, sans parler de la tristesse des enfants de ce type quand ils se sont rendus compte que leur père aurait très bien pu être épinglé dans la chanson de Brassens citée tout à l’heure.
Bref les transfusions sanguines. C’est vrai, OK, c’est un problème. Plus ambivalent qu’il en a l’air.
D’abord parce que dans les sociétés plus intelligentes que la nôtre, qui ne foncent pas broum broum dans la répression, le refus des transfusion des Témoins a conduit a mener des recherches sur les substituts à de telles transfusions et des recherches sur les autotransfusions, recherches qui ont fait progresser la science.
Ensuite, parce que des médecins eux-mêmes ont mis un petit bémol à leur opposition depuis l’affaire du sang contaminé, affaire qui a montré (à tous ceux qui ne veulent pas le voir, mais les exemples abondent) que le danger n’est pas seulement du côté des marges et qui a fait mourir des transfusés.
Enfin, ce problème se pose bien sûr partout et donc, plutôt que se montrer autiste, la France ferait mieux de s’informer davantage sur la façon dont il est abordé ailleurs, même peut-être (mais j’en demande beaucoup) de se concerter. Je ne dis pas que l’aspect conflictuel aura forcément disparu, je dis que d’une part il pourra être réduit, de l’autre que plus on diabolise, et l’on croit résoudre le problème de façon incantatoire, plus on sert la soupe aux éléments intransigeants d‘un groupe et l’on bloque la situation.
La militance antisecte en France est actuellement le résultat de 3 tendances : des laïques plus durs que purs qui sont en fait antireligieux mais ne peuvent déblatérer contre les jésuites ou les curés et donc se défoulent sur des groupes marginaux ; des laïques qui, sur l’islam ont compris des choses, mais que leur antiaméricanisme obsessionnels et leur méconnaissance de la question font que de fait, ils se montrent guère différents des premiers sur la question ; des catholiques qui ont avalé plein de couleuvres avec l’œcuménisme et que leur religion n’était pas forcément la seule vraie, etc que eux aussi ont besoin de se défouler.
J’oubliais, il y a aussi certains protestants luthéro-réformés, qui veulent dégouliner de respectabilité œcuménique et qui, anciens « hérétiques » normalisés veulent être plus clean que les clean, inodores et sans saveur. Mais, il faut savoir aussi que, quand même, le président de la Fédération protestante ne mange pas de ce pain là et à courageusement protesté contre la bêtise de la dite Commission parlementaire (il a indiqué à la fois son « désaccord profond » avec les Témoins et le fait qu’il a été « scandalisé » par l’attitude de la commission faisant fi de la loi et de la jurisprudence concernant les Témoins. Cf. Le Monde, 28 novembre 2006)
Le plus drôle c’est qu’il a été précédé par…une ancienne présidente de UNADFI, c'est-à-dire de la « principale association antisecte », qui estime que l’on s’est engagé « dans une chasse aux sorcières » et que ce que fait la MIVILUDES, « ce n’est pas sérieux », demande que « des travaux sérieux (soient) entrepris », « qu’on prenne le temps de la réflexion et qu’on évite les amalgames » (Le Monde, 17 novembre 2006)
En toute laïcité, j’ai envie de dire « Alléluia » : les gens peuvent évoluer, devenir plus intelligents. Tout n’est pas perdu. Joyeux Noël!
PS du 2 janvier: devant le nombre de commentaires dont beaucoup, certes, contiennent des choses intéressantes, mais dont certains comportent des attaques perso qui font que blogspirit me rappelle que je suis responsable du contenu des commentaires, et n'ayant pas le tempsde trier, je me vois contraint d'enlever les différents commentaires, en priant les internautes qui ont écrit des choses intéressantes de bien vouloir m'excuser. Merci d'avance et bonne année.
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04/06/2006
LAÏCITE ET LIBERTE DE PENSER
Voici d’abord la prose de Prochoix.
" Jean Baubérot : faux défenseur de la laïcité
Jean Baubérot est le seul homme de la commission Stasi à ne pas approuver la loi contre les signes religieux à l’école publique.
Ce qui est bien logique puisqu’il milite depuis des années — sous couvert d’objectivité scientifique — pour l’assouplissement de la laïcité française vers une laïcité à l’anglo-saxonne, jugée « plus ouverte » aux religions.
Ce qui l’amène notamment à réclamer la reconnaissance de certaines sectes évangéliques comme étant de "nouveaux mouvements spirituels". Conformément au souhait du département d'Etat américain faisant la guerre à la législation anti-secte de la France.
A l'occasion du 9 décembre 2005, il a publié dans le journal Le Monde une déclaration signée par 212 universitaires de 29 pays se présentant comme un appel pour un "renouveau laïque" mais qui est en réalité l'occasion d'une très subtile redéfinition du principe de laïcité : Article 4 : "Nous définissons la laïcité comme l'harmonisation, dans diverses conjonctures sociohistoriques et géopolitiques, des trois principes indiqués : respect de la liberté de conscience et de sa pratique individuelle et collective ; autonomie du politique et de la société civile à l'égard des normes religieuses et philosophiques particulières ; non discrimination directe ou indirecte des êtres humains".
Signé : Prochoix.
1ère remarque : Damned, je suis dévoilé ! J’ai pourtant longtemps trompé mon monde, aussi bien les professeurs de « l’Ecole Pratique des Hautes Etudes en Sorbonne » (comme nous disons, pour frimer un peu) quand, fort distraits sans doute, ils m’ont élu, il y a seize ans, titulaire de la 1ère chaire sur la laïcité, j’ai aussi trompé la direction du CNRS quand elle m’a nommé, quatre ans plus tard, directeur du Groupe de Sociologie des religions et de la Laïcité, lors de sa création, j’ai enfin trompé une bonne centaine de collègues français et étrangers qui m’ont demandé depuis lors d’aller faire des cours et des conférences sur la laïcité dans leurs universités ou centres de recherches (je vous épargne la liste qui va de Vancouver et Los Angeles à Tokyo et Kyoto… et pas en traversant le Pacifique). Abuser tant de monde, de gens…qui ne se sont pas aperçus que l’ « objectivité scientifique » dont je me parais n’était qu’un leurre, il faut quand même le faire ! Avouez que Prochoix aurait pu admettre que je suis un véritable artiste dans mon genre.
Malgré cet oubli, 2ème remarque, je m’écrie très sincèrement : Merci Prochoix, grand merci. Vous affirmez être au service « des libertés individuelles » et refuser « l’essentialisme, le racisme, l’intégrisme et toute idéologie totalitaire ou anti-choix ». Ces objectifs sont tellement les miens que nous avons fait un petit brin de route ensemble[1]. J’aurais donc pu, sait-on jamais, un soir d’extrême fatigue, me laisser impressionné par telle ou telle de vos affirmations. Maintenant, je suis totalement vacciné grâce à la façon dont vous avez insinué que je suis (quoi au juste ?) : Le complice inconscient ? L’allié conscient? L’agent patenté ? Autre chose encore ? du…Département d’Etat américain. Chaque fois que vous ferez une affirmation péremptoire que je ne pourrai pas vérifier, je m’en souviendrai. Car le procédé que vous utilisez, vous ne l’avez certes pas inventé. Il est usé jusqu’à la corde, mais il marche toujours. C’est l’amalgame insidieux. En Amérique, cela a donné ceci : "X ou Y (intellectuel américain) est contre l’intervention américaine en Irak, conformément à la position de Jacques Chirac et de la France qui font la guerre à la défense du monde libre par l’Amérique ». Avec une telle manière de raisonner, Prochoix aurait pu tout aussi bien écrire : « telle ou telle personne de gauche ou d’extrême gauche a voté non au référendum européen, conformément à Le Pen… ». Le rapprochement est absurde naturellement. Et pourtant c’est ainsi que Prochoix raisonne, et des badauds applaudissent !
Ainsi, l’enjeu de ce type d’attaque dépasse, et de très loin, mon cas personnel. Et c’est pourquoi cela vaut la peine de décrypter l’ensemble de cette fiche car elle manifeste une façon de raisonner typique d’un discours absolutiste, ou pour parler comme Prochoix et les médias, d’un discours intégriste.
Troisième remarque : relisons donc ensemble cette petite fiche.
- « faux défenseur de la laïcité » :
dés le départ, les dés sont pipés : la laïcité se trouve réduite à un combat idéologique opposant les ‘bons’ (Prochoix, vrai défenseur de la laïcité) et les ‘méchants’ (dont les plus pernicieux sont, naturellement, les « faux défenseurs de la laïcité », chevaux de Troie au service de ses ennemis). Avec Prochoix, aucun espace possible pour « l’objectivité scientifique », présentée un peu plus loin comme un masque, aucun espace pour une réflexion critique sur la laïcité, une analyse rationnelle de la laïcité où l’on prendrait un peu de recul.
- « J. B. est le seul homme de la Commission Stasi à ne pas approuver la loi contre les signes religieux à l’école publique. »
Passons sur la désignation « homme » alors que la Commission était composée de personnes des 2 sexes, passons sur le fait que d’abord nous étions 3 à ne pas avoir approuvé et que 2 personnes sont revenues sur leur vote, quelle est la signification de cette phrase : Que la Commission Stasi aurait du voter unanimement,…comme un seul homme ? Qu’un point de vue « dissident » (pour parler comme ces horribles anglo-saxons) est illégitime ? Qu’on n’a pas le droit d’être minoritaire ? Que la moindre réserve face à cette loi ne peut qu’avoir des raisons peu honorables ? Le propos n’est pas clair, alors voyons la suite :
- « Ce qui est bien logique puisqu’il milite depuis des années — sous couvert d’objectivité scientifique — pour l’assouplissement de la laïcité française vers une laïcité à l’anglo-saxonne, jugée « plus ouverte » aux religions »
Là tout devient clair : manifester une réserve face à la loi sur les signes dits ostensibles, ne pas avoir été dans l’unanimisme ne peut être en aucun cas une option dans un débat pluraliste. Non, ce n’est « logique » que si l’on est un mauvais esprit qui milite de façon masquée, insidieuse (« sous couvert ») pour anglo-saxonniser notre douce France. Horreur !
A noter que le « plus ouverte » se trouve entre guillemets, comme s’il s’agissait d’une citation, ce qui est faux (j’ai indiqué la critique que je fais à la notion de « laïcité ouverte » dans une Note du 15 janvier 2005 ; consultez les Archives du Blog).
Ne quittons pas top vite ce passage : il n’a pas fini de nous édifier. Car, figurez –vous, en lisant un mauvais livre, j’ai trouvé ce passage, digne d’un demi faux défenseur de la laïcité : sur le fait d’interdire ou de ne pas interdire les signes dits ostensibles à l’école publique « on avait parfaitement le droit d’hésiter entre ces deux options. Moi-même j’ai longuement réfléchi… » Et quelques lignes plus loin : « débattre de l’opportunité ou non d’une loi était non seulement légitime mais nécessaire ».
De qui sont ces propos qui fleurent l’hérésie et vont sûrement provoquer une fiche vengeresse prochainement sur le site de Prochoix ? Question à 10000 € : quel est le nom de l’auteur (e) ?
L’auteure est…la rédac’chef de Prochoix, Caroline Fourest elle-même[2] La première citation, en son entier est « Moi-même j’ai longuement réfléchi avant d’être sûre que la réaffirmation du principe de laïcité dans sein de l’école publique mettrait un coup d’arrêt aux ambitions de certains groupes intégristes. » (ainsi, la phrase commence en parlant de réflexion, elle continue dans la pure langue de bois). Alors on comprend tout : on « avait le droit d’hésiter », on pouvait réfléchir, mais depuis que Caroline Fourest est « sûre » du bon Prochoix, le doute n’est plus permis, n’est plus admissible : il ne peut « logiquement » qu’être le fait d’un pernicieux complice des anglo-saxons que notre moderne Jeanne d’Arc va bouter hors du beau Royaume de France.
Ouf, nous avons eu chaud. Nous voilà rassurés. Que nenni : à la relecture, une nouvelle horreur apparaît. Prochoix -traître à la couronne (laïque)- emploit une expression ignominieuse : il est question, en effet,d’une « laïcité à l’anglo-saxonne ». Est-ce dieu possible : on pourrait écrire cela sans que son ordinateur explose de colère ! Cette formule n’est-elle pas blasphématoire ? Prochoix aurait-il passé à l’ennemi anglo-saxon ? Au secours. Help
Les certitudes les plus établies s’écroulent !
Ah, non : Merci : de Do Rémi une voix céleste me rassure, en relisant le texte de manière « très subtile », je remarque qu’il y a « LA laïcité française » -l’universelle- et « UNE laïcité à l’anglo-saxonne » (comme il y a une laïcité mexicaine, turque, québécoise, etc.), sottement particulariste (tellement particulariste qu’il y en a même plusieurs car la situation est loin d’être identique en Angleterre, au Pays de galle , aux Etats-Unis, etc.).
Mais rassuré, je ne le suis qu’à moitié : est-ce bien absolument sûr que pour Prochoix la France est la seule et unique détentrice de la laïcité ? Est-il bien certain qu’elle est universelle à elle toute seule ? J’espère que la suite va me donner la certitude à laquelle j’aspire.
- « Ce qui l’amène notamment à réclamer la reconnaissance de certaines sectes évangéliques comme étant de "nouveaux mouvements spirituels". Conformément au souhait du département d'Etat américain faisant la guerre à la législation anti-secte de la France. »
J’ai déjà commenté ce passage. Deux précisions complémentaires.
1) si l’on veut connaître d’un peu près le courant évangélique, on peut consulter le Blog d’un chercheur au CNRS : Sébastien Fath, auteur de plusieurs ouvrages sur la question.
2) par ailleurs, ma position n’a jamais consisté à défendre tel mouvement plutôt que tel autre, mais à réclamer la liberté pour tous et le droit commun pour ceux qui en abusent (cf. . la Note du Blog où vous trouverez mon intervention à la MIVILUDES). Là encore, c’est une tactique éprouvé : au XIXe siècle la droite réactionnaire qui accusaient les défenseurs de la liberté de la presse (là encore, ils disaient : liberté et droit commun pour les abus), insinuaient que ces défenseurs voulaient cautionner en fait tel ou tel ou tel journal qui sentait un peu le souffre.
- « A l'occasion du 9 décembre 2005, il a publié dans le journal Le Monde une déclaration signée par 212 universitaires de 29 pays se présentant comme un appel pour un "renouveau laïque" mais qui est en réalité l'occasion d'une très subtile redéfinition du principe de laïcité : Article 4 : "Nous définissons la laïcité comme l'harmonisation, dans diverses conjonctures sociohistoriques et géopolitiques, des trois principes indiqués : respect de la liberté de conscience et de sa pratique individuelle et collective ; autonomie du politique et de la société civile à l'égard des normes religieuses et philosophiques particulières ; non discrimination directe ou indirecte des êtres humains".
Enfin, cette fois tout doute est écarté : que 212 universitaires de 29 pays signent ensemble une « Déclaration universelle sur la laïcité » (naturellement Prochoix ne donne pas le titre) ne peut être qu’une hérésie d’autant plus dangereuse qu’elle est « très subtile ». Et pour bien montrer à quel point le « principe de laïcité » est en grand péril et l’ennemi anglo-saxon a fait des émules, citation est donnée de l’Article 4 (le plus horrible des 18 Articles de la Déclaration, sans nul doute).
Et là, moi qui suis, je l’avoue au confessionnal de Prochoix, totalement ignare en matière de laïcité, je demande très humblement, à genoux, que Prochoix et ses grandes prêtresses m’expliquent, me disent ce qui est le plus horrible dans l’horreur très subtilement antilaïque : La liberté de conscience ? L’autonomie du politique ? La non discrimination ? Les trois ? J’avoue que j’hésite et, tel l’âne de Buridan, n’arrive pas à me décider.
En plus, je suis vraiment nul, car avant de lire Prochoix, j’aurais eu bêtement tendance à me réjouir : à estimer positif que plus de 200 universitaires de près de 30 pays prônent la laïcité, alors que certains en font une ‘exception française’. Stupidement, j’aurais trouvé cela fort intéressant. Grand bêta que je suis : « le principe de laïcité » ne peut pas être explicité par des étrangers ! On n’a nullement à écouter ce qu’ils peuvent dire. On ne peut rien apprendre d’eux. Leurs propos ne peuvent être que la « redéfinition » pernicieuse d’un « principe » (au singulier) établi une fois pour toute de façon intangible et ad aeternam. Ainsi donc, j’ai bien la réponse à ma question : la France est universelle à elle toute seule et quand des étrangers se mêlent à parler de laïcité, ils ne peuvent le faire qu’en tant que « faux défenseurs de la laïcité ».
J’allais partir totalement rassuré et jurant désormais que je n’aurai jamais d’autre choix que ceux que me dicteraient Prochoix. Et tout à coup, j’ai été terrassé par une profonde inquiétude : Corneille avait écrit : « Nous partîmes cinq cents, mais par un prompt renfort, nous nous vîmes trois mille en arrivant au port. » Six fois plus. Eh bien, là, c’est bien pire : au début du texte Jean Baubérot est tout seul comme « faux défenseur de la laïcité », et, par un prompt renfort, quelques lignes plus loin, il est devenu 212 universitaires de 29 pays. Help ! Help ! Help ! Caroline-Jeanne : nous sommes cernés, et pas seulement par les anglo-saxons : voilà que des personnes de 29 pays se déclarent laïques…. On n’est plus chez nous ! Issons le drapeau du national-universalisme et boutons ces étranges étrangers hors de la laïcité franco-française.
PS:si le commentaire mis immédiatement après que la Note ait été rédigée (un dimanche à 23 heures: à croire que le Blog est surveillé en permanence!) émane bien de Prochoix, l'illustration de mes propos continue: ce commmentaire, outre quelques mensonge, montre en effet l'interdiction formelle de réfléchir, par exemple à l'évolution des rapports public-privé depuis un siècle. Mais foin de la réflexion, achetez plutôt des teeshirts!
[1] Il est cependant inexact de dire, comme le prétend le commentaire signalé, que j’aurais été « membre de Prochoix ». J’ai participé (comme personnalité invitée), à une de ses conférences de presse.
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17/08/2005
Bêtise versus démocratie
Merci à Odile, à Pierre et Guillaume de leurs commentaires sur le dernier « grand bêtisier de la laïcité ». Pierre et Guillaume approuvent, Odile critique : c’est donc à elle que je vais tenter de répondre. Elle n’a pas lu l’article de F. Venner et donc ne veut pas se prononcer sur la véracité de ma démonstration, pourtant précise. Elle me reproche l’expression « espèce d’imbécile » et le fait même de parler de « bêtise », ce qui lui semble contraire au « débat démocratique ».
En fait, j’ai écrit « espèce d’imbécile (que j’espère) heureuse » et l’expression « imbécile heureux » n’est pas dénuée de tendresse. Je croyais précisément avoir maîtrisé ma colère en l’utilisant et en incitant F.V. à se reprendre. En effet, j’assume pleinement le diagnostique de « bêtise » car le problème n’est nullement une divergence de contenu. J’ai des divergences avec l’ouvrage d’Henri Pena-Ruiz Dieu et Marianne et cela n’empêche pas de le mettre dans ma bibliographie. A ce niveau, le « débat démocratique » est bien sûr souhaitable et je le mène volontiers.
Mais le propos de F. Venner se situe à un tout autre niveau. Pour elle, si l’on ne partage pas sa conception de la laïcité on se situe obligatoirement dans la perspective d’une « nouvelle laïcité », « c'est-à-dire, précise-t-elle, d’une laïcité à l’anglo-saxonne » où « le lobbying exercé depuis des années par les intégristes chrétiens américains et des sectes (trouve) un terrain favorable » (sic !!). Et, après cet amalgame injurieux et calomniateur, deux personnes sont citées comme exemple de cette optique diabolique : Nicolas Sarkozy et moi-même (resic !!)
Pour justifier un propos aussi aberrant, F.V. manie allègrement d'autres amalgames, des insinuations et mensonges. Je pense que cela principalement à de la bêtise. Mais si tout cela est maîtrisé, si les mensonges sont conscients, c’est aussi grave, non ? Nous ne sommes pas dans un possible « débat démocratique » mais dans une FORME de pensée qui, soit par bêtise (mon interprétation) soit par mensonges conscients constitue une menace pour la démocratie. En effet, comment débattre dans de telles conditions (comme l'ont perçu Pierre et Guillaume). C’est cela l’important et c’est à cause de cela que je poursuis, moi, le « débat démocratique », avec Odile et d’autres lectrices ou lecteurs du blog.
J’aurais voulu reproduire l’article que j’incriminais, les droits de propriété ‘intellectuelle’ m’en empêchent. Mais, Odile, de toute façon, la vérification aurait été partielle. Certes, on peut se rendre compte, à lire l’article, qu’il contient amalgames et insinuations non démontrées. Mais il faudrait pousser plus loin pour connaître les mensonges. Je vais donc être encore plus précis, me concentrer sur le passage où F.V. me met en cause à propos d’un colloque tenu à l’UNESCO en janvier 2001. La preuve de ce que j’avance : tout simplement le compte-rendu de ce colloque international, publié par la revue Conscience et Liberté (n° 61 et 62, 2001)[1]. En 8 lignes de moins de 50 signes chacune, on trouve 5 mensonges !
- le colloque, selon elle, était « entièrement consacré à contester les lois antisectes ». Mensonge : ce colloque a traité de sujets très variés : la liberté religieuse depuis les apports du Conseil œcuméniques des Eglises et du Concile Vatican II, Christianisme et islam, la jurisprudence européenne sur la liberté de religion, etc. Pour ma part, je suis intervenu à la séance « L’Europe occidentale et les religions historiques » et donc sur un tout autre sujet (où je traitais notamment de la liberté des convictions non religieuses et de laïcité). La question des « nouvelles convictions » (aspect beaucoup plus large que les dites sectes) a été abordée par E. Poulat (EHESS) et Fr Champion (CNRS) a traité la question (qui comporte plusieurs aspects) : « sectes et démocratie »[2]. Le mensonge veut faire croire qu’il s’agissait d’un colloque militant pro-secte alors que ce colloque a effectué un diagnostic analytique d'ensemble sur la situation européenne quant aux droits de l’homme et à la liberté de religion, avec une nette prédominance d’exposés d’universitaires. A lui seul, ce mensonge déconsidère tout ce qui est dit sur moi, mais il est loin d'être le seul.
- le titre du colloque était, prétend-elle, « Convergence spirituelle et dialogue interculturel ». Mensonge qui, bien sûr, fait croire à une manipulation : un colloque « entièrement consacré à contester les lois antisectes » avec un titre qui n’a rien à voir avec le contenu du colloque !! Le titre du colloque était : « Droits de l’homme et liberté de religion : pratiques en Europe occidentale », ce qui correspond exactement aux différents sujets traités (le titre qu’elle donne est, en fait, le nom d’un programme de l’UNESCO, dans lequel le colloque était inscrit) et montre que, contrairement à ce qu’elle prétend, on est à l’opposé de la perspective : « la « liberté religieuse » enterra toutes les autres ».
- Je serai, selon elle, un des « représentants français » de l’Association internationale pour la Défense de la Liberté religieuse (AIDLR). Mensonge : le « représentant » d’une association est un salarié ou un bénévole qui travaille pour cette association et est mandaté par elle, qui agit en son nom. Ce n’est pas mon cas. Je suis un des 6 membres français de son « Comité d’honneur (avec un membre du Conseil Constitutionnel, un membre de l’Institut, 2 autres universitaires et un avocat). En apparence, cette confusion n'est pas grave, sauf qu'ainsi elle insinue que je suis sous la coupe de cette association, fort honorable au demeurant mais qu'elle vient de calomnier en insinuant, ce qui est beaucoup plus grave, qu’elle fait partie « des ONG affiliées à la droite religieuse américaine, c’est à dire à des organisations aussi puissantes que la Scientologie ». Pur mensonge, pure calomnie, mais « calomniez, calomniez, il en restera toujours quelque chose » : on insinue le doute, et on fait en quelque sorte que les victimes de vos calomnies doivent prouver leur innocence[3].
- J’aurais, d’après elle, « coorganisé pour cette ONG » le colloque dont il vient d’être question. Mensonge : le colloque était coorganisé par l’AIDLR et l’UNESCO avec la participation du Comité des droits de l'homme de l'ONU et « la participation du Groupe de sociologie des religions et de la laïcité, EPHE-CNRS ». Il s'agit donc d'un laboratoire de recherche d’un Grand Etablissement de l’enseignement supérieur et du CNRS qui avait une responsabilité scientifique. Mais, bien sûr, il ne faut surtout pas donner cette information au lecteur/lectrice pour pouvoir le (la) tromper sur la nature et le contenu du colloque. F.V. ne cite AUCUNE institution universitaire (courageuse mais pas téméraire !)
- Je serais, affirme-t-elle, « le seul « sage » à avoir voté contre le rapport Stasi ». Dernier mensonge : j’ai voté le rapport Stasi dont je suis un co-rédacteur (cf. les Notes sur la Commission Stasi) et 25 des 26 propositions qu’il contenait. Je me suis abstenu, par contre, et j’ai été le seul à le faire, sur un second vote qui concernait la proposition de loi sur les signes ostensibles[4]. Il est clair que sans ce dernier mensonge F.V. ne pourrait m’accuser d’être le « chantre » (sic) d’une "laïcité à l’anglo-saxonne" prétenduement communautariste !
Comme on le voit les mensonges s'emboitent les uns les autres pour faire croire à des abérrations, et le comble c'est que que je pense qu'il s'agit de BETISE c'est à dire que F.V. se trompe elle-même (en même temps qu'elle trompe ses lecteurs) et se met dans une situation où elle croit à ses mensonges.
En effet, ce cinquième point, la négation des 166 pages du rapport Stasi, la réduction des 26 propositions à la seule proposition de loi sur les « signes ostensibles », la confusion entre un vote contre et une abstention (même si celle-ci manifestait une opposition) me semble révélateur de la façon dont F. Venner travaille (si je puis employer cette expression !) : elle a une idée préconçue où quiconque n’est pas d’accord avec elle est forcément un suppôt de l’intégrisme et des sectes, elle sait tout à l’avance et ensuite elle illustre son a priori aberrant en prenant la réalité comme un réservoir d’exemples, susceptibles d’être tordus à volonté pour illustrer cette idée préconçue (au lieu d’étudier, d’analyser la réalité en ces multiples facettes), sans aucunement se soucier d’exactitude, de véracité des faits.Ce que j’ai appelé trop gentiment des « glissements » dans ma précédente note forment, en fait, un ensemble de mensonges permettant insinuations et calomnies.
Mais où F.V. prend-elle ses informations? Pourrait-elle, si elle avait la moindre aptitude à la recherche, les manipuler de façon aussi monstrueuese? Pour elle, il suffit d'utiliser des gros mots: "droite religieuse", "intégrisme", "secte": plus besoin de penser, plus besoin d'analyser les choses. C'est ce que j'ai appelé, dans une autre note : "penser télé". C'est même une carricature de la "pensée télé"!
Odile, comment dialoguer démocratiquement dans de telles conditions ?
Et aussi quel crédit accordé aux propos de F. Venner quand elle parle de l’islam ?
Et enfin, comment croire en la justesse d’une cause qui a besoin de tels mensonges pour être défendue ?
Or, au départ, F.V. défend de ‘bonnes’ causes : la laïcité, la démocratie, les droits des femmes. Ces causes sont salies quand elles sont prônées de telle façon.
Clemenceau dénonçait, en 1904, la bêtise, de ceux qui : "Pour éviter la congrégation, (faisaient) de la france une immense congrégation" . Remplacez "congrégation" par "intégrisme et "secte" et vous aurez la bêtise de F.V. et de tous ceux qui veulent mettre la France au garde-à-vous!
Notes:
(1) Lisez ce n° de Conscience et Liberté. Vous y apprendrez plein de choses intéressantes
[2] Je vous recommande l’ouvrage (portant le même titre) qu’elle a dirigé et qui comporte des analyses d’universitaires de nombreux pays (publié au Seuil).
[3] En 2001, le Comité d'honneur de l’AIDLR était présidée par L. Senghor. Depuis 2002, il est présidé par Mary Robinson, Haut Commissaire des Nations-unies pour les droits de l’homme. Son expert américain le plus consulté, Jérémy Gunn vient de publier un ouvrage (que je vous recommande chaudement) où il montre que la liberté religieuse aux USA n’inclut pas véritablement la liberté des athées (ce qui est l'exact contraire des accusations de F.V. contre l'AIDLR!! (Dieu en France et aux Etats-Unis,quand les mythes font la loi, Berg International, 2005). .
[4] Pourquoi une abstention et pas un vote contre ? Pour être rapide, disons que, contrairement à Mme F. Venner, je ne pense pas que la réalité se trouve divisée entre le absolument noir et le absolument blanc. Dans cette affaire complexe, j’ai jugé que les raisons pour lesquelles on voulait proposer une loi (défense de l’égalité homme-femme, de l’école, de la laïcité) étaient bonnes mais que le contenu de la loi proposé ne plaçait pas le marqueur au bon endroit (ce sont de comportements qu’il faut interdire et non le port de signes). Par ailleurs, que FV. daigne lire mon ouvrage Laîcité 1905-2005 entre passion et raison, elle pourra constater que jamais il ne question de "nouvelle laïcité", pour la bonne et simple raison que je pétends prôner une laïcité qui se situe dans la filiation de celle des pères-fondateurs (Buisson, Ferry, les auteurs de la loi de 1905,...)
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29/07/2005
DU NOUVEAU DANS LE BETISIER
Les pires tchadors...
FIAMMETA VENNER, REINE DU BETISIER
Charlie Hebdo est le successeur d’Hara-Kiri, qui, dans les années 60, s’intitulait le « journal bête et méchant ». Il s’agissait en fait de ridiculiser la bêtise ambiante. Mais sans doute Fiammeta Venner a-t-elle pris au pied de la lettre ce slogan car elle a publié, dans Charlie Hebdo, un article, méchant (ce qui n’est pas grave) et bête (ce qui l’est beaucoup plus).
Elle y dénonce comme anti-laïque, « le lobby de la liberté religieuse » (« le lobby », car bien sûr, pour elle, tous ceux qui défendent la liberté religieuse forment un vaste ensemble organisé, coordonné, ayant une action commune et défendre la liberté religieuse, n'est-ce pas , c'est contraire à la laïcité!). Cela commence par la dénonciation d’une association catholique « L’aide à l’Eglise qui souffre » qui défend un pasteur incarcéré un mois en Suède « pour s’être dit dans ses sermons indigné par la tolérance montrée par son pays vis-à-vis des homosexuels et des lesbiennes ». Sans doute la Suède, qui est un pays démocratique et respectueux de la liberté d’expression n’a pas mis ce pasteur en prison sans de très bonnes raisons et les propos étaient-ils réellement homophobes. Mais déjà je me demande si Mme Venner lit le suédois, si elle a lu les semons incriminés et si elle est vraiment apte à trancher de façon péremptoire sur cette affaire.
Mais il ne s’agit que de broutilles, d’un petit hors d’œuvre. La suite est beaucoup plus probante : Mme Venner procède par glissement, par association d'idées sans aucune, mais alors aucune rigueur. La défense du « dogme intégriste » lui fait penser aux Etats-Unis où elle dénonce pêle-mêle la scientologie, la droite religieuse américaine, G. Bush et l’ »International Religious Freedom Act » de 1998, sans dire qu’en 1998 c’était Clinton qui était au pouvoir et que c’est lui qui a insufflé la politique américaine de défense de la liberté religieuse, politique qui est soutenue par des gens qui n'ont rien à voir avec la droite religieuse. Puis, toujours par association d’idées, elle attaque une autre association qui n'a rien à voir avec la première mais sur laquelle elle met implicitement tout ce qu'elle a écrit, l’Association Internationale de Défense de la Liberté Religieuse qui serait donc vraiment néfaste puisqu'elle dénonce le fait que cette association est « tellement influente » qu’elle comprend dans son comité d’honneur Mary Robinson, Haut commissaire des Nations Unies pour les droits de l’homme.
Autrement dit Mary Robinson se fait forcément avoir ; elle ne peut pas considérer que l’AIDLR fait du bon travail, que la liberté religieuse fait partie des libertés et qu’elle vaut la peine d’être défendue, elle ne peut pas exercer son "prochoix"! Non, forcément il y a de la manipulation quelque part, d’ailleurs le président du comité est le suppôt des sectes, l’intégriste bien connu Léopold Senghor, auquel s’adjoint d'autres intégristes : André Chouraqui, Jean Roche de l’Institut et plus de 10 professeurs d’université de différents pays.
Parmi ces professeurs, F. Venner en choisit un pour déverser sa vindicte, votre serviteur : outre le fait d'être un diabolique membre du comité d'une association aussi horrible que l'AIDLR, « En 2001, dénonce-t-elle, il coorganisait pour cette ONG un colloque à l’UNESCO (« Convergence spirituelle et dialogue inter culturel ») entièrement consacré à contester les lois antisectes ». Et elle continue, toujours par glissement sur l’ »approche ouvertement pro-secte » qui serait celle de N. Sarkozy.
Passons sur le fait que le colloque s’intitulait « Droits de l’homme et liberté de religion : pratiques en Europe occidentale », encore que si elle ne connaît même pas le titre du colloque ! Passons aussi sur le fait qu'elle parle "des lois antisectes", comme si chaque pays en avait.
Je « coorganisais » donc, mais avec qui ? Des sectes abominables sans doute ! Ne le répétez pas, il s’agit et de la secte UNESCO, bien connue pour son intégrisme radical (ce fut le directeur général, M. Matsuura qui ouvrit la rencontre) et du Vice-président du Comité des droits de l’homme des Nations Unies (qui lui succéda à la tribune), autre association gangrenée jusqu’à la moelle. Naturellement, pour jeter le trouble dans l’assistance, les titres des séances étaient très manipulateurs. Ainsi pour ma part j’ai parlé au cours de la séance consacrée à « L’Europe occidentale et les religions historiques », formulation qui a fait que des esprits nettement moins subtils que celui de Mme Venner n’y ont pas vu l’emprise sectaire. D’ailleurs, comble d’hypocrisie et de fausseté, la question des "sectes" n’apparaît jamais dans mon exposé. Cela est la preuve irréfutable de ma culpabilité maniputatrice! Il y a eu , par açilleurs, deux séances sur les "pratiques nationales" où s'est notamment exprimé Margiotta Broglio, professeur à l'université de Florence et celui qui a modifié le concordat italien en 1984 pour enlever, notamment, la mention du catholicisme "religion d'Etat" (manifestement un coup du Vatican!).
Mais, victoire, il a bien été question des sectes dans ce colloque et en ont traité des gens aussi pernicieux qu’Emile Poulat, de l’EHESS, Jean-Paul Willaime, de l’EPHE et Françoise Champion du CNRS. Autres dangereux membres du "lobby".
A propos du CNRS, (dont, effectivement, non pas moi comme personne, mais le Groupe de sociologie des religions et de la laïcité comme laboratoire, coorganisait le colloque) au secours, qu’est-ce que j’apprends? F. Venner serait boursière du CNRS. Non, détrompez-moi vite, cela ne se peut. Celui-ci a été qualifié par une association anti-secte de Centre National de Recrutement des Sectes (propos rapportés par une journaliste allemande qui n'en croyait pas ses oreilles!). Sûrement notre reine du bêtisier l’ignorait et, maintenant qu’elle le sait, elle va renvoyer au dit CNRS, avec le mépris qui s’impose, le montant de sa bourse.
D’ailleurs, par quelle aberration prétend-elle être "post-doctorante", c'est-à-dire rechercher un emploi dans cette université dont tant de membres font partie du diabolique « lobby de la liberté religieuse », manipulé par les intégristes et les sectes ? Vraiment, c’est à n’y rien comprendre.
Madame, reprenez-vous: votre place n’est pas à l’université, figurez vous qu’elle est peuplée d’has been, qui ne racontent pas n’importe quoi et qui (si si cela leur arrive) vérifient ce qu’ils disent. Votre place est bien davantage dans une belle publication qui s’intitule Choc : elle est très gourmande du genre d’articles que vous rédigez. Et sachez que la presse de caniveau paye beaucoup mieux que l’université.
PS : je signale à l’honorable F.V. que j’ai collaboré à l’organisation Prochoice, il lui faut donc aussi démissionner de la direction de la revue française de cette association puisqu’il s’avère que, selon ses critères, celle-ci est infiltrée par un intégriste sectaire.
La bêtise de F. Venner prêterait à rire si elle n’était pas, malheureusement, représentative d’une pensée où il faut être ou intégriste, ou pro-secte ou manipulé pour avoir un regard critique sur les lois françaises de 2001 (sur les sectes) et de 2004 (sur les signes religieux). DU COUP AUCUN DEBAT POSSIBLE ; AUCUNE PENSEE CRITIQUE ADMISE, que dis-je AUCUNE PENSEE TOUT COURT puisque tout l'article fonctionne sur un mode d'évidence, de reprise des stéréotypes qui traînent dans beaucoup de poubelles médiatiques. Pas de libre examen, pas de prochoix !!!
Mais, espèce d’imbécile (que j'espère) heureuse, ouvre les yeux, enlève tes boules quies et regarde un peu le monde : l’attitude dominante française est critiquée par des gens qui sont depuis longtemps des défenseurs des droits de l’homme et qui ont beaucoup plus de titre de noblesse que toi dans ce combat. Cela ne signifie pas naturellement, qu’il faut être forcément d’accord avec leur critiques mais qu’il faut la prendre en considération, y réfléchir, en débattre sereinement, être capable de sérieusement argumenter, DE VERIFIER CE QUE L’ON ECRIT, au lieu de publier des crottes qui étouffent toute pensée et de dire des mensonges. Je t’assure, reprends toi, ta bêtise me rend trop triste. Et tu sais, Fiammetta, les pires tchadors sont ceux que l'on a DANS sa tête.
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19/02/2005
GRAVE DERIVE SECTAIRE
DU TRAVAIL POUR LA MIVILUD
JEAN-PIERRE BRARD MEDAILLE D’OR
DU GRAND BETISIER DE LA LAÏCITE
Le matin du dimanche 6 février 2005, Jean-Pierre Brard, député-maire apparenté communiste est intervenu dans différents lieus de cultes protestants, AU MOMENT MÊME OU SE TENAIENT LES OFFICES RELIGIEUX, sous le lamentable prétexte de vérifier le respect des normes de sécurité des bâtiments, Deux communautés protestantes haïtiennes ont dû interrompre leur culte et quitter les lieux sur le champ et deux autres ont pu poursuivre l’office religieux, notamment grâce à l’intervention de l’aumônier général des prisons de la Fédération Protestante de France qui, fort heureusement, était présent.
Depuis le maréchal de Mac-Mahon et la crise du 16 Mai sous la Troisième République c’est, à ma connaissance, la première fois en France que des cultes sont ainsi troublés par un représentant de la puissance publique. Et les Haïtiens qui ont du arrêter de prier ont déclaré que cela leur rappelait, de façon douloureuse, des brimades qu’ils avaient subi a Haïti, alors qu’ils croyaient pouvoir, en France, être à l’abri grâce aux règles de la démocratie.
L’argument de la sécurité est un argument misérable. La sécurité se vérifie, naturellement, en dehors des offices religieux. Quand j’étais président de l’EPHE, il y a eu vérification de la sécurité des locaux, cela s’est fait, bien sûr, quand les cours n’avaient pas lieu, alors même que ce genre de vérification est beaucoup plus difficile puisque des cours avaient lieu de 9h à 20h du lundi au vendredi, ainsi que le samedi matin. Rappelons que l’article 32 de la loi de séparation des Eglises et de l’Etat puni d’un emprisonnement de 6 jours à 2 mois de prison quiconque aura retardé, empêché ou interrompu l’exercice d’un culte.
Il y a là un abus de pouvoir de la part d’un député, profitant de son immunité parlementaire. Et on peut se demander si ce communiste aurait traité ainsi des bourgeois du XVIe arrondissement.
On sait comment le stalinisme interprétait la liberté religieuse. Il est désolant de constater qu’un députés de la République semble avoir gardé certains habitus qui présentent une analogie avec des schèmes idéologiques que l’on pouvait croire révolus. J’ai la plus grande estime pour Mme Marie-George Buffet, dont la déposition, devant la Commission Stasi a présenté une conception de la laïcité avec laquelle je me sens en forte affinité. J’espère qu’elle saura désavouer cet acte insoutenable.
Plus généralement, je suis inquiet devant le peu de réactions et des autres religions, des partis politiques et des milieux laïques.. Ainsi dans le dernier n° de l'hebdomadaire Réforme (17-23 février, 2005), Bernard Stasi tient des propos surprenants pour tenter de défendre M. Brard, surprenants sur la loi de 1905 qu'il ne semble pas bien connaitre et surprenants sur le protestantisme en parlant d'"Eglise protestante", alors qu'une caractéristique fondamentale du protestantisme est sa pluralité d'Eglises. Que c'est décevant!
Peut-on impunément, en 2005, porter aussi manifestement atteinte à la liberté religieuse sans susciter l'indignation? Jusqu'où ira-t-on: l'intolérance se développe et personne n'est épargné; ainsi on a fait des ennuis à quelqu'un qui souhaitait se faire refaire sa carte d'identité et qui portait, sur sa photographie, un col romain!
Nous nous trouvons là devant une dérive sectaire incontestable. Il faut que la MIVILUDES (Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires) se saisisse du dossier et nous montre que son action n’est pas unilatérale. Il en va de sa CREDIBILITE.
15:05 Publié dans Le Grand Bétisier de la Laïcité | Lien permanent | Commentaires (6) | Envoyer cette note
15/01/2005
RENTREE LAÎQUE
Après "Rentrée laïque", vous trouverez une présentation du "GRAND BETISIER" et une Note sur La laïcité à l'hôpital;
RENTREE LAÏQUE
(Jean Baubérot)
(29 août 2004)
ou la laïcité peut-elle pratiquer le grand écart sans péril ?
(l’intérêt de ce petit texte me semble double : il se réfère aux cérémonies du 60eme anniversaire de la Libération de Paris et à la façon dont elle se sont déroulées, ce que nous avons maintenant tous oublié ; il parle de la rentrée scolaire AVANT l’enlèvement des 2 journalistes en Irak et la revendication des ravisseurs, événement qui a complètement changé la donne)
il y a quelques jours le « Treize heure » de France Inter recevait le président du syndicat national des proviseurs. Celui-ci déclara la laïcité incompatible avec tout signe de reconnaissance religieuse à l’école. Mais le bandana n’est pas forcément un signe religieux ? demanda la journaliste. Non aucun bandana fut-il répondu d’un ton sans réplique. La journaliste enchaîna alors sur la commémoration de la Libération de Paris : une grande messe venait d’avoir lieu à Notre Dame, en présence de Jacques Chirac et avec un message du pape Jean-Paul II. Un autre sujet? Cette journaliste le croyait car elle ne posa aucune question au champion de la laïcité assis côté d’elle. Et ce dernier ne fit pas le moindre commentaire critique.
Va pour la grande messe : il y en eu bien une en 1944 (encore que ce concordisme me semble très douteux et d’un point de vue citoyen et du point des religions elles-mêmes : la laïcité ne serait-elle pas une double neutralité ? Celle de l’Etat à l’égard des religions et celle des religions à l’égard de l’Etat). Mais quel aveuglement devant les contradictions de cette laïcité à géométrie variable. A l’étranger, je vous l’assure, cela ne passe pas inaperçu.
Il y a un siècle, la situation était analogue mais inverse. Un rapport officiel consacré à l’Algérie critiquait le laïcisme de certains instituteurs et louait «le désir bien naturel à un peuple croyant de s’assurer que sa religion ne courrait aucun danger dans les écoles ». Les instituteurs devaient « témoigner le plus profond respect » pour « le Coran symbole de la doctrine religieuse et monument par excellence de la littérature » arabe. Une école où « la concorde s’établit facilement entre l’enseignement laïque et l’enseignement religieux » se trouvait citée en exemple. Quel était l’auteur de ce texte ? Emile Combes. Oui, celui-là même qui fit voter la loi de juillet 1904 interdisant l’enseignement à tout congréganiste. Et cette loi fut populaire : les congrégations, disait-on, menacent la République. Un siècle après les historiens vous expliqueront pourquoi la République n’était en rien menacée.
Anticipant l’exclusion, des familles musulmanes ont déjà inscrit leurs filles au Centre national d’enseignement à distance ou prévu l’arrêt de l’école pour celles qui ont 16 ans ou plus.En cette rentrée 2004 la chasse aux bandanas risque d’être ouverte car les consignes données sont rigoureuses, contrairement à ce qu’avaient cru des membres naïfs de la Commission Stasi. Une laïcité ostensible n’est-elle pas une laïcité contreproductive ?
10:30 Publié dans Le Grand Bétisier de la Laïcité | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note
08/01/2005
Dans le Bétisier...
LE GRAND BETISIER DE LA LAÏCITE
En choisissant – volontairement – un titre provocateur (« Le grand bêtisier de la laïcité »), il ne s’agit pas de polémiquer contre qui que ce soit (sinon contre la bêtise qui gît en chacun d’entre nous), ou de rejeter telle ou telle conception de la laïcité. Il s’agit de prendre des exemples d’erreurs historiques ou juridiques, d’idées reçues, de contresens, d’impensés, de contradictions, voire (malheureusement) de pratiques contraires à la liberté de religion ou simplement à la dignité humaine (cf l’exemple donné le 8.1.2005 sur l’hôpital)… comme des analyseurs à décrypter permettant de tenter d’expliquer le plus clairement possible pourquoi et en quoi il s’agit de stéréotypes, de représentations erronées, auxquelles la fameuse méthode Coué a donné une apparence de légitimité.
Parfois, d’ailleurs stéréotypes ou erreurs ou fausses pratiques laïques peuvent contenir une part de « vérité », être (comme l’enfer !) pavé de bonnes intentions. Simplement ce qui constitue une partie d’une réalité plus complexe, plus dialectique est présenté ou vécu comme la totalité du réel, le rendant formé d’un seul bloc. Tout un pan de la réalité est ainsi rejeté dans l’impensé et on n’a plus, alors, les moyens de comprendre ce qui se passe ou s’est passé réellement, ou on aboutit à des résultats inverses de l’objectif poursuivi. Bref, avec humour, on pourrait aussi intituler la rubrique : « la laïcité pour les nuls », si ce genre de titre n’était pas déjà pris par une célèbre collection.
PREMIER EXEMPLE DU BETISIER:
Dans l’ouvrage d’Isabelle Levy LA RELIGION A L’HOPITAL (Presse de la renaissance, 2004, p. 196), ouvrage qui insiste sur les règles de laïcité à observer dans ce lieu, on trouve le passage suivant qui dénonce des pratiques qui, manifestement, confondent bêtises et laïcité :
« Dans une consultation pluridisciplinaire, les rendez-vous de gynécologie sont donnés systématiquement avec des médecins de sexe masculin lorsque des patientes manifestent le désir de consulter de préférence une femme »
« Dans un hôpital de l’Ile de France, les rasages pubiens féminins sont confiés systématiquement à l’aide soignant de l’équipe de garde, les soignante lui laissant volontiers ce « plaisir » au détriment du ressenti des patientes (indépendamment de toute appartenance religieuse) vivant ce soin avec un certain malaise »
« Il n’est pas rare que l’on pénètre dans les salles d’examen des hôpitaux publics « comme dans un moulin », parfois pour demander un renseignement non urgent, rechercher un collègue, voire lancer une invitation à partager un déjeuner, etc au mépris de l’examen en cours (quels que soit l’âge et le sexe du patient à moitié dénudé) et du travail du médecin.
A propos de ce dernier point, j’ai eu effectivement un témoignage fiable d’un patient : 3 personnes étaient venues parler au médecin qui lui faisait un toucher rectal : une pour demander le nom d’une station de métro et deux pour demander s’il déjeunait à tel endroit.
« De telles situations sont inacceptables et pourtant elles perdurent » commente Isabelle Levy. J’AJOUTE QUE DE TELLES SITUATIONS SONT SIGNIFICATIVES D’UN CLERICALISME MEDICAL QUI N’EST PAS MOINS ANTILAÏQUE QUE LE CLERICALISME RELIGIEUX.
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