14/09/2009

Le Grand Orient et les femmes (suite et fin)

Chers Amis,

J’ai reçu tellement de réactions intéressantes à ma dernière Note sur le GOF et les femmes que je continue, quitte à ce que la fin des Notes sur « Vivre libre » soit encore retardée.

De toute façon, vous allez le constater, cela pose, autrement, la question de la liberté/libération.

Ne serait-ce que parce que plusieurs personnes m’ont dit (en substance) : «ta note est très bien. Mais tu devrais faire plus attention le GOF est puissant. C’est très risqué de t’en prendre à lui. »

Même si c’était le cas (normalement les gens du GOF doivent, selon leur propre conception de la démocratie, accepter la critique, non ?), qu’importe.

La liberté a un prix et ce n’est ni la 1ère fois, ni la dernière, que je m’en acquitterai.

Je vais donc aggraver mon cas. Car l’actualité versatile a déjà oublié cet événement, qui pose cependant plusieurs questions de fond.

 

Si beaucoup d’internautes m’ont dit s’être « délectés », « régalés », etc…quelqu’un a trouvé que je virai trop « au style Canard Enchaîné ».

Sauf que, justement, dans le dit Canard, il n’y a pas un mot sur ce refus des Francs-maçons du GOF d’initier les femmes.

Autrement dit, le slogan de mon blog pourrait être :  « Le Blog où vous trouverez ce qui n’est pas dans Le Canard Enchaîné », ou quelque chose d’approchant. La formulation peut être améliorée…

Et puis, j’annonce la couleur : « Notes amusantes et savantes… »

 

Le Blog avait commencé par être plutôt savant, et la savanterie, ou même une savantissime savantitude (clin d’œil à Ségolène) y revient de temps à autre.

Depuis que la Samaritaine a disparu, c’est dans le Blog que l’on trouve tout (et le reste).

Mais un Blog n’est pas un article dans une revue scientifique à Comité de lecture.

Et tenter de vivre libre, c’est peut-être justement d’avoir plusieurs facettes, de regarder la réalité de plusieurs manières, avec plusieurs formes de pensée.

 

Bon, tentons, maintenant, après avoir remercié toutes celles et ceux qui ont fait des éloges (et je n’y suis pas indifférent , étant très vaniteux!), de dialoguer avec celles et ceux qui ont fait des remarques.

Cela complètera la Note précédente, car c’est vrai que l’humour, c’est bien, mais c’est une sorte de coup de gueule, qui n’est pas exhaustif, loin de là.

Je reprends donc les divers arguments qui m’ont été présentés, en les résumant sans (j’espère) les déformer :

 

1ère Remarque : « les hommes ont bien le droit de se retrouver entre eux, de temps à autre. Cela n’est pas choquant en soi ».

OK. J’avoue que ce genre de regroupement unisexe, personnellement je n’en vois pas l’intérêt.

Je comprends facilement que des femmes ait éprouvé (éprouvent encore dans certains pays, groupes, situations) le besoin de parler entre elles de la domination masculine et quelles sont les meilleures manières de s’en libérer.

 

Mais, d’une part, les hommes n’ont pas, globalement, à se libérer d’une domination des femmes, même si, telle femme peut dominer tel ou tel homme (domination sociale d’un côté, domination individuelle de l’autre, ce n’est pas la même chose)

D’autre part quand le GOF a été créé, au XVIIIe, ce n’est certes pas pour cette raison que la maçonnerie a été réservée aux hommes.

 

Cela est d’abord du à la façon dont, justement, les femmes étaient marginalisées et considérées comme des mineures, des être humains non libres.

Les francs-maçons «  doivent être hommes de bien et loyaux, nés libres et d'âge mûr et discrets, ni serfs ni femmes ni hommes immoraux et scandaleux, mais de bonne réputation. »

Retenez bien cela : la franc-maçonnerie a, historiquement, été réservée aux homme à partir d’une conception de la femme comme n’étant PAS NEE LIBRE.

 

 Ensuite, et la fin de la phrase le montre, la mixité aurait immédiatement provoqué les plus folles rumeurs (débauches, etc : il y a eu ce genre d’accusations, même avec un GOF exclusivement masculin).

Donc la seconde raison de réserver l’initiation maçonnique aux homme : l’idée que MIXITE = IMMORALITE.

Dés ce moment là d’ailleurs, les femmes de l’aristocratie purent participer à certaines activités : l’appartenance à une haute classe sociale compensait en partie « l’infériorité » due au fait d’être femme.

On n’en n’est plus là naturellement.

Et le recours à l’histoire, à la tradition, voire aux textes fondateurs, est analogue à l’argument : les femmes ne peuvent pas être prêtres, car Jésus n’avait que des disciples hommes.

 

Remarque 1 bis : « pour discuter de problèmes de « masculinité » être entre hommes n’est pas inutile, et on ne discute pas assez de la masculinité »

Je suis tout à fait d’accord sur la 2ème partie de la remarque.

Les hommes ont cru qu’ils étaient à la fois le masculin et le genre humain ; qu’ils représentaient la normalité.

Donc ils ne se sont guère posé l a question de l’identité masculine dans une humanité qui comporte deux genres.

OK, mais là encore le faire entre hommes uniquement me semble très appauvrissant. Attention à la substantialisation identitaire. Ce qui est intéressant c’est l’aspect relationnel de l’identité.

Toutes les questions posées par le mouvement queer vont contre cette substantialisation.

 

Mais, bon, je suis tolérant, et admet tout à fait que puisse exister des choses dont, non seulement, je ne vois pas l’intérêt, mais qui me choquent. Seulement je ferai, à mon tour remarquer

1) que se retrouver entre mecs de façon informelle, de temps à autre, et avoir, dans la longue durée une organisation unisexe, ce n’est pas du tout la même chose. Ah non, pas du tout.

2) que le GOF ne s’est pas particulièrement fait remarquer par une réflexion poussée sur la « masculinité », mais en revanche, il débat et prend parti sur la plupart des sujets de société, où on ne voit pas en quoi ce peut être intéressant de discuter « entre hommes ».

3) que les gens qui mettent en avant ce genre d’arguments le considèrent eux-mêmes comme très insuffisant puisqu’ils l’accompagnent de 2 autres (indiqués ci après) :

 

Remarque 2 : « il existe des loges féminines et « même » (délicieux même !) une obédience mixte : Le Droit humain. »

Yes, I know.

Mais c’est par transgression, et pour protester (déjà) contre le machisme de ces Messieurs, qu’avec Maria  Deraismes (une grande et belle figure trop méconnue), le processus de création du Droit Humain s’est enclenché dans les années 1880.

L’idée au départ était de rendre mixte toute la franc-maçonnerie.

Récupérer, plus d’un siècle plus tard, ceux que l’on a mis dehors, prendre argument de leur existence pour continuer à ne pas changer, cela ne me semble pas d’un progressisme échevelé, non ?

Et le fait est que certaines femmes veulent adhérer au GOF. Pour plusieurs raisons, et notamment parce que ce qu’il dit et ce qu’il fait est ce qui a le plus d’impact.

 

Mais même si je désapprouve, même si comme individu je ne comprends pas (comme sociologue, je cherche à tout comprendre, mais c’est une autre histoire), je peux arriver à admettre, à tolérer.

Encore une fois : la tolérance ne se mesure pas à l’anecdotique mais à ce qui vous choque.

 

Remarque 3 : « que voulez-vous, il y a toujours une distance entre ce que l’on dit et ce que l’on fait ! »

Là, on en arrive au cœur du problème.

Et le terme de « distance » est totalement inapproprié. Le GOF n’est pas dans une « distance », dans un « écart » entre l’idéal et le réel : il est dans un double discours permanent.

Cela, même l’ancien Grand Maître l’a, d’ailleurs, fait remarquer.

D’un côté, il se veut le meilleur défenseur de la laïcité, un farouche partisan des « valeurs républicaines »…. Pour les autres.

De l’autre, il invoque, pour ce qui le concerne, la « tradition ».

Une tradition qui, quand elle a été créée signifiait (il faut le redire) que les femmes n’étaient pas considérées comme des individus libres et que la mixité était synonyme d’immoralité.

Pour ce qui le concerne, il est toujours, implicitement mais structurellement, lié à ces 2 croyances, qui sont le contraire de la laïcité et des dites valeurs républicaines d’aujourd’hui.

 

Le pseudo argument de la « distance » déborde de beaucoup le cas du GIOF nous est seriné par tous les rrrépublicains, quand on les pousse un tantinet dans leurs retranchements.

Même Dominique Schnapper l’utilise, et précisément pour excuser et fortement minimiser le fait qu’en France les femmes aient voté un siècle après les hommes.

Alors que cette différence d'un siècle est liée au fait même que l'être humain femme n'était pas considérée comme un individu abstrait. Seul l'homme (blanc) était perçu ainsi.

 

Et après cela, nos rrrépublicains chéris affirment, sur toutes les chaînes de télé et de radio, complaisantes et complices, non seulement que l’égalité homme-femme mais que la mixité  constituent les valeurs centrales de la laïcité.

Ils s’indignent en choeur de ce qu’il existerait des minorités religieuses ou culturelles qui ne respecteraient pas scrupuleusement cette laïcité-mixité.

Ils ont ainsi des tas de sujets où nos rrrépublicains ne se privent pas de traiter de traître à la laïcité tous ceux qui n’en ont pas la même conception qu’eux.

Et sous le prétexte que « la laïcité républicaine » (sic) ne saurait tolérer le moindre adjectif, ils font passer leur conception de la laïcité (souvent entachée de beaucoup d’ignorance) pour LA laïcité.

 

Les gogos s’y laissent prendre car la société dominante marche à fond dans la combine :

lors de la Commission Stasi une femme membre de cette Commission, avait proposé qu’une loi rende illégal, en France, les associations non mixtes.

Elle prétendait qu’elle en connaît une (naturellement musulmane !) exclusivement réservée aux hommes.

Je n’ai d’abord rien dit, pour observer ce qui allait se passer. Eh bien l’idée a paru raisonnable à beaucoup. Il a fallu faire remarquer qu’alors la Commission Stasi allait proposer d’interdire le GOF.

Qu’est-il arrivé : on est immédiatement passé à l’ordre du jour.

Ce qui devait être interdit, au nom de la laïcité, une minute avant était, miracle !, devenu chose la plus normale qui soit dans la RRRRépublique.

 

Tous les gens qui prônent la tolérance ajoutent : oui mais, attention, il y a de l’intolérable ». Eh bien, mon INTOLERABLE à moi-même personnellement, il est là.

Il est dans le système triangulaire qui fonctionne très bien dans notre douce France :

 

Il est chez ceux qui fonctionnent ainsi :

-         1.No body étant perfect, j’ai bien le droit de ne pas faire ce que je dis. D’ailleurs, je suis laïque par essence, par définition.

-         2.Cela n’empêche en aucune façon d’être un chevalier du bien (enfin le bien validé par l’audimat !) ; ceux qui disent autre chose que moi doivent aller rôtir en enfer : ce sont des antilaïques, au mieux d’horribles hérétiques

-         3.D’ailleurs, ma légitimité sociale reste intacte ; je suis et reste un grand défenseur de la laïcité socialement reconnu, es qualité et tout et tout

 

Je connais beaucoup de maçons, même parmi ceux qui ont peut-être voté pour le maintien d’un GOF unisexe, ou qui sont membres d’autres loges unisexes qui ne sont pas dans le 2 et dans le 3.

Parce qu’ils ne se croient pas laïque par essence, parce qu’ils ne court-circuitent pas le débat par du terrorisme intellectuel.

Je l’ai indiqué d’ailleurs dans ma Note précédente, ce qui à faire à un internaute que j’avais « réussi le tour de force d’une charge nuancée » !

Avec ceux là, OK, j’ai un sérieux désaccord : ce n’est pas grave. Au contraire, presque : pas de pensée unique, pas de clonage intellectuel.

J’ai d’ailleurs dédié cette Note précédente à un maçon qui était pour le maintien du GOF exclusivement masculin, mais qui n’était certes pas dans une orthodoxie laïque et ne craignait pas le débat.

 

Mais les ORTHODOXES DE LA LAÏCITE , ceux qui font exactement le contraire de ce qu’ils disent et surtout qu’ils veulent imposer aux autres.

Ceux qui, en plus, ne sont pas socialement ridicules, et puent la bonne conscience, ceux là sont des gens extrêmement dangereux.

Plus menaçants pour la laïcité que les « intégristes » religieux puisqu’ils l’emprisonnent..

Et si la laïcité française à mauvaise réputation, est internationalement peu attractive, ils en ont une large part de responsabilité.

***

Appendice : Remarque 4. un sociologue qui connaît bien la maçonnerie m’a fait remarquer qu’il y avait peut-être une raison « valable » à la décision du GOF : son caractère initiatique.

Il existe 2 grands types de ritualisation initiatique : les féminines et les masculines.

Et donc, poursuit mon ami, on peut invoquer une raison « anthropologique ». Cependant, ajoute-t-il, « la plupart des loges affiliées au GO ont des réunions qui ressemblent plus à des réunions de club politique qu’à des réunion de société initiatique ».

Cette remarque m’a beaucoup intéressée. Elle induit plusieurs commentaires :

 

-          on peut constater qu’au départ, la maçonnerie n’a pas prévue une double initiation divergente, féminine et masculine.

-          d’ailleurs, exception confirmant la règle, au XVIIIe, une femme a été initiée comme un homme : elle avait réussi à surprendre les « secrets » des maçons (en faisant un trou dans le mur !). Ces derniers, aimablement, lui ont donné le choix : l’initiation ou la mort. Devinez ce qu’elle a choisi, cette coquine !

-          dans la décision prise il y a quelques jours de ne pas initier les « dames » au GOF, la « raison anthropologique » n’a pas été invoquée

-          l’invoquer poserait le très intéressant problème : existe-t-il des invariants anthropologiques ? Si oui, lesquels ?

 

On sait que le grand combat de Benoît XVI et de l’encadrement épiscopal du catholicisme consiste précisément à affirmer haut et fort qu’il y a des invariants anthropologiques et qu’il ne faut pas les transgresser.

     Ce n’est pas parce que l’Eglise catholique le dit que c’est forcément faux. Mais, ce n’est pas forcément vrai non plus.

     Il s’agit d’un débat essentiel (dont le blog pourra reparler).

On y retrouve l’ambivalence dont parlait les Notes : « Vivre libre» entre ordonnancement du monde et ordre établi.

Mais je ne poursuis pas cette piste, aujourd’hui. Je dirai seulement ceci :

Pour que le GOF ne soit pas dans une hypocrisie structurelle, dans un double discours constant, il devrait s’obliger à dire qu’il a la même position de principe que l’Eglise catholique, … avec des conséquences internes analogues. Ou alors, il doit vite se reprendre et changer.

Sinon, en tant qu’organisation en tout cas, il n’a plus de crédibilité laïque.

***

PS : Muriel, ce que vous demandez, dans votre commentaire de la Note du 6 septembre, relève typiquement de l’accommodement raisonnable, tel qu’il est compris dans la laïcité québécoise

Je vous renvoie à mon ouvrage : Une laïcité interculturelle, Le Québec avenir de la France ? (L’Aube, 2008).

 

2ème PS de dernière minute : Rodet, il me semble avoir une entourloupe dans votre commentaire car si l’info donnée par la presse était complètement fausse, le GOF aurait protesté, et il a les moyens de se faire entendre.

Ce qui m’intéresse, ce n’est pas ce qu’il n’y a pas d’écrit dans les statuts, c’est la réalité du fonctionnement.

Oui on non, il y a-til eu refus à56% d'initier les femmes?

Oui ou non, l'ex grand maître, J.-M. Quillardet a-t-il déclaré: "On apparaît en contradiction avec nos propres principes de laïcité, d'égalité, d'universalité" (Le Monde, 6-7/9/09)

 

 

06/09/2009

Le Grand Orient : OUI aux Loges-piscines exclusivement réservées aux Hommes.

Après leur très brillante interprétation de Tartuffe, les Frères jouent à la COMEDIE FRANCAISE, deux nouvelles pièces en alternance : La paille et la poutre  (d’un certain J-C) et Heureusement que le ridicule ne tue plus (d’après Labiche)

 

(Note à la mémoire de mon ami Bruno Etienne)

 

Oui, c’est inhabituel, du jamais vu dans le Blog : 2 Notes en 2 jours, et deux « Grands bêtisiers de la laïcité » en 8 jours

Mais je reviens d’un séjour sur Mars et, là, surprise, j’ai eu la parfaite illustration de ce que j’indiquais dans ma Note d’hier : « Vivre libre II ; L’anticléricalisme nécessaire. »

 

La planète Mars se divise en 2 parties : Lutèce d’un côté, Province de l’autre.

Il existe des loges-piscines de Francs-charpentiers regroupées sous le nom de Grand Orient  dans les deux régions. Et certaines m’ont invité à débattre de la laïcité.

Il existe chez nos amis francs-charpentiers du GO 2 sortes de réunions :

-         les fermées réservées aux seuls membres, aux gens normaux, à des hommes;

-         les ouvertes, plus laxistes (un peu comme la « laïcité ouverte », si vous voyez ce que je veux dire) où d’autres humains (moi par exemple, et même quelques femmes) peuvent venir.

Naturellement, les réunions avec Bibi étaient des réunions ouvertes.

Et à chaque fois, il y avait 2 intervenants : un Franc du collier et moi.

 

En Province, j’ai parlé notamment dans la ville de Festival, invité par une loge-piscine intitulée « La Cane de Jeanne ». Ce fut un débat super-intéressant dans une atmosphère extrêmement conviviale, avec des remarques et questions fort pertinentes

Bref, tout se passait très bien, quand … cherchez la femme : l’une d’entre elles demanda : « Pourquoi je ne peux pas adhérer à votre loge-piscine ? »

Le big chef expliqua que les Francs-charpentiers avaient des loges-piscines réservées aux femmes, où celles ci pouvaient s’ébattre librement entre elles. Il existait même, en cherchant bien, quelques loges-piscines mixtes. C’est dire la largesse extrême de la fraternité charpentière !

Mais, allez savoir pourquoi, les femmes ne sont jamais contentes, et celle-là, dépitée, cita Brassens : « C’est vous que je préfère ».

 

Dans la conversation plus perso qui suivit, mes sympathiques Francs-charpentiers m’expliquèrent que cette femme avait raison ; qu’il était stupide de perpétuer une tradition qui faisait sens au XVIIIe siècle, mais plus du tout maintenant.

Ils me rassurèrent en m’indiquant que les choses étaient train de changer et que très prochainement l’usage exclusif de leurs loges-piscines aux hommes serait aboli.

 

Quelques temps après, c’est à Lutèce que la loge-piscine « Le Cadet de mes soucis » m’invita. Là, le débat fut plus sportif.

Ma conception de la laïcité fut jugée accommodante, donc mollassonne, flasque, voire avachie.

 Il fallait tenir ferme, comme le chène face au roseau, les valeuuuurrrrs  rrrrrrépublicaines, dont la laïcité-mixité était le plus beau fleuron.

Je compris mieux pourquoi, il était plus qu’impératif pour eux de changer le règlement de leurs loges-piscines.

 

Je dois dire de plus qu’un débat sportif n’est pas pour me déplaire. Par ailleurs, j’aime beaucoup la façon dont les francs-charpentiers débattent :

aucune manifestation en pour ou contre, aucun applaudissement ni murmure. Bref, on tente de brider toute réaction sommaire, émotive ; de privilégier la raison rationnelle

Cela change des « débats » télévisés.

Cela rejoint ma propre conception de la rationalité et du débat démocratique.

 

Cependant à Lutèce, quelque chose m’a gêné aux entournures : toutes les interventions provenant de la salle avaient abondé dans le sens de mon contradicteur franc du collier. En soi, rien de répréhensible,

… sauf qu’à la fin de la séance, pas mal de francs-charpentiers sont venus chaleureusement me remercier de mon intervention. Tellement chaleureusement, et parfois avec des commentaires très élogieux, que cela dépassait les nécessités de la politesse. Comme si j’avais parlé pour eux, par procuration.

Diable, pourquoi ne s’étaient-ils pas exprimés en séance ? La parole franc-charpentière serait-elle moins libre que je ne l’avais cru ?

Il y aurait-il implicitement une orthodoxie laïque ?  Du moins au Cadet Rousselle lutécien.

Car cela contrastait complètement avec la liberté de ton qui avait régné à Festival où des avis divergents s’étaient exprimés dans la réunion elle-même.

 

En tout cas, j’attendais confiant le résultat de la consultation sur la mixité des loges-piscines. Nul doute que, massivement…

Et le résultat vient de tomber : un score à faire rêver Nicolas Sarkozy lui-même : 56%.

Oui, mais 56% contre la mixité !

La proposition (il faut dire extraordinairement révolutionnaire !) : laisser chaque loge-piscine être mixte ou pas, selon son franc désir, ne fut pas retenue.

 

Merdre, on veut rester entre mecs dans nos loges-piscines ont voté ces Messieurs. C’est pour’ pas avoir d’emmerderesses dans nos pattes qu’on a choisi le G.O. On s’rait plus chez nous sinon !

Même certains ont dit au journal Le Monde (6-7 septembre) : vous savez, les gonzesses, on leur donne la main, elles vous bouffent tout le bras : « Si nous initions des dames[1], rien ne dit qu’elles ne postuleront pas au conseil de l’ordre et deviennent, pourquoi pas, grande maîtresse ! ».

C’est vrai çà, les femmes ne savent plus rester à leur place et donc « l’identité » (également invoquée auprès du Monde) du G.O. ne s’en relèverait pas.

 

Il y a même un frère qui m’a demandé, très inquiet, s’il était vraiment vrai qu’en France le Parlement acceptait des « députés dames ».

Honteux, j’ai du me résoudre à lui répondre (comme en Bretagne) : « dame, oui. ». « Quand même moins du seuil fatal de 5%? » a-t-il interrogé, franchement apeuré cette fois, mais gardant espoir.

Il y en a 17% ai-je confessé très piteusement.

17% !!!. « M’alors, les valeurs républicaines sont foutues ! » Là, il est tombé dans un coma profond qui depuis pèse d’autant plus sur ma conscience qu’un médecin femme a ignoblement profité de cet état comateux pour tenter de le soigner.

J’aurais du lui annoncer cette très triste nouvelle avec beaucoup plus de ménagement.

Et surtout le rassurer en lui indiquant que la France est quand même dans la queue de peloton en la matière. Non mais, les valeurs républicaines sont toujours fièrement debout !

 

Un autre m’a dit : « Tout fout l’camp sur votre planète. Il paraît que, dans un pays d’Orient, un [vrai] fou voulait avoir 3 femmes ministres dans son gouvernement. Trois femmes, vous vous rendez compte ! Des gens un peu moins déraisonnables ont réussi à en larguer deux. Mais il en est quand même resté une. Quel laxisme ! Heureusement, nous ne sommes pas l’Orient, nous sommes le Grand Orient. »

 

 

Un troisième franc-charpentier est intervenu : « En plus, en 2008, il y a eu l’initiation sauvage de 6 femmes[2] au sein de 5 loges-piscines, tout comme il y a des ordinations sauvages de femmes prêtres. On va-t-on bon Dieu ! Chez nous, cela devient exactement comme chez les cathos»

Et comme, timidement, je faisais remarquer que de très mauvais esprits, limite  blasphémateurs, allaient justement dire, que leur critique de la religion… je fus interrompu de façon péremptoire : « Rien n’a voir avec cet obscurantisme moyenâgeux.  Nous sommes les Lumières,  nous n’avons que trois siècles de retard. »

 

Je bats ma coulpe : j’ai eu quelques instants de doute. Mais, finalement, je fus complètement  rassuré.

Pour deux péremptoires raisons :

-         d’abord, Le Monde indique les réactions recueillies auprès des francs-charpentiers: ceux-ci récusent tout « sexisme », le Grand Maître rejette, d’un revers de manche, toute accusation « d’attitude rétrograde ». Ouf, des idiots comme moi auraient pu s’y laisser prendre.

-         Ensuite non seulement mes amis du GO ne sont pas sexistes, mais ils n’ont aucune féminophobie. De cela je peux en témoigner : dans le repas qui a suivi ma prestation à Lutèce, il y avait plein de femmes : aux cuisines, pour servir les plats, pour débarrasser les tables.  C'est dire!

Je n’aurai donc aucune raison d’éclater de rire (ou de me mettre en colère) quand l’un d’entre eux prétendra me donner une leçon de laïcité !



[1] Des "dames" ! Donc parler d"'emmerderesses" et de "gonzesses" relève, bien sûr, du fameux "droit à la carricature". Les francs-charpentiers ne disent même pas les greluches, les meufs, les nénettes, les mémés, les rombières, les tombeuses, les nymphos, les bobonnes, les mégères non apprivoisées,... Non ils usent d’un terme hyper galant, voire désuet. Ils ont le respect et tout et tout. Ils sont trop choux ces francs-charpentiers !

[2] Et Richard Antony de chanter : « Dis moi, fille sauvage… ». Oui, je sais, la référence date, mais dés années 1970, pas du XVIIIe siècle 

30/08/2009

Philippe Val, médaille d’or du Grand Bêtisier de la laïcité.

Vous toutes/tous qui avez pleuré à chaudes larmes parce que la France n’a pas obtenu de médaille d’or aux Championnats du monde à Berlin, séchez vos larmes. Désormais, un Français a obtenu celle du Grand Bêtisier de la Laïcité.

Je m’étais un peu relâché et le Blog n’avait plus décerné cette médaille depuis plusieurs années, malgré les nombreuses occasions qui s’étaient présentées.

En cette fin de vacances, j’ai décidé de pallier à cette fâcheuse erreur et j’ai convoqué sous l’Arc de Triomphe, un Grand Jury, pluraliste, paritaire, et tout et tout, composé de Moi-même personnellement, de E. J.. Rotbébau, de Naej Torébuab et de Jehan Beleros.

Un jury magnifique.

Mes vieux potes et mes vieilles potesses qui surfent sur ce blog (ainsi que l’étudiante de Paris IV qui fait son master sur l’équipe du Semeur) savent, qu’en souvenir de ma jeunesse folle, j’y aurais volontiers associé Calvin Augineau[1]. Malheureusement, il a déjà quitté cette vallée de larmes

 

Bref, après délibération, ce jury a élu, par bulletins ultra secrets(d'Etat), à l’unanimité plus une voix, Monsieur Philippe Val.

M. Ph. Val, ex-directeur de Charlie-Hebdo (pas celui de la Grande époque, l’autre, la pâle imitation…) a été nommé, via Carla et consort, directeur de France-Inter. Comme planait l’ombre du Seigneur Sarko Ier lui-même dans cette nomination, tout un chacun craignait le pire.

Or, nous apprend Le Monde (29/08/2009) « A France-Inter, l’arrivée de Philippe Val n’a pas été suivie du ‘coup de balai’ redouté. »

Reste notamment Stéphane Guillon, qui se complait dans des plaisanteries pipi-caca-boudin (et il n’est plus étudiant, lui !), qui s’est notamment moqué à l’antenne du physique de Martine Aubry

(signe de l’hyperpuissance de ce genre de mec, de la mollesse du féminisme en France[2] et du déclin des politiques : pratiquement pas de protestation et Martine Aubry a du prétendre que cela l’avait fait rire !).

Donc nous subirons toujours Guillon for ever. Tant mieux pour lui !

Mais Ph. Val a quand même pris une « toute première décision » : il a « renvoyé Frédéric Pommier, le titulaire de la revue de pesse de 8h30, qui aurait eu un penchant à trop citer Siné Hebdo, l’hebdomadaire concurrent [et dissident] de Charlie-Hebdo ».

Un crime qui mériterait assurément la prison, voire la torture, mais comme nous ne sommes pas (encore ?) en Iran, cela a été juste un simple renvoi.

Un renvoi dans dans une relative indifférence (sauf quand même l'intersyndicale de Radio-France et quelques articles mais rien qui passe en boucle et suscite un mouvement d'indignation, or cela aurait naturellement été le cas si une mesure semblable avait frappé Guillon. Il faut dire que les plaisanteries de Ph. Pommier n’étaient pas dégueu, mais un tantinet subtiles, elles).

 

Petit rappel pour celles et ceux qui auraient vécu ces dernières années au fin fond de la Sibérie : Ph. Val s’est voulu le champion du monde, médaille d’or toutes catégories de la liberté d’expression, au moment des caricatures dites de Mahomet.

Bravo, Philippe Val, ça c’est du GRAND ECART. Le French cancan, à côté, c’est TOTALEMENT du flan !

La liberté d’expression, c’est excellent  vis-à-vis des musulmans. Pour le reste, c’est selon son bon plaisir...

Quel ART du DOUBLE JEU, Quelle MAESTRIA dans le DOUBLE DISCOURS! On en reste pantois, et très admiratif.

 

Ph. Pommier faisait très bien son travail. Grâce à sa revue de presse, on savait quel canard acheter, en plus des habituels. Et quand on lisait l’article au complet, on constatait qu’il en avait dit l’essentiel, malgré sa forte contrainte de temps.

Bref Ph. Pommier faisait ce que l’on appelle, en journalisme, du « travail propre ».

Un grand Merci Monsieur Pommier. Et bravo pour votre probité professionnelle.

 

Ph. Pommier a commis une faute professionnelle : il n’a pas pratiqué l’autocensure. Il a commis le blasphème suprême en citant Siné-Hebdo.

D’où l’œuvre de salubrité publique de M. Val, qui méritait bien sa médaille d’or au beau pays des droits de l’homme.

Avec en plus, une certaine dose de mépris comme cerise sur le gâteau.

 

PS : la suite de : Vivre libre n’est pas une mince affaire (Note du 24 août) dans quelques jours.

2ème PS: oui, je sais, je date un peu: Le Monde rappelait une mesure datant d'avant les vacances. Mais que voulez-vous, alors mon illustre jury était occupé ailleurs et ensuite, le temps de le convoquer et de demander au soldat inconnu l'autorisation de tenir une réunion tout près de lui....

 



[1] Pour les autres (qui excuseront, j’espère, ces quelques lignes incongrues pour eux), Le Semeur (qui était l’organe des étudiants protestants) avait, les années précédant « Mai 68 », mis en émoi le protestantisme français en publiant des articles jugés très contestataires et en proposant un abonnement à pris réduit aux « couples tentant l’union libre » (c’était avant Mai 68, vous dis-je, donc faisait hurler à l'époque). Mon pote, Daniel Joubert, signait ses articles Calvin Augineau, et mon propre pseudo était d’aussi mauvais goût (Luther Interruptus).

Pourtant, ayant relu dernièrement certains des articles publiés, suite à une demande d’étudiante en master, j’y ai trouvé une critique globale de la société  et des pouvoirs (politiques et religieux) dont bien des éléments restent, plus de quarante ans plus tard, toujours valides. Cela joint à une défense du pluralisme qui n'était pas très dans le ton de l'époque.

[2] Au Québec, par exemple, des propos aussi sexistes ne seraient jamais ainsi passés comme une lettre à la poste (d’autrefois !)

06/08/2008

LES FAUX CULS DE LA LIBERTE D'EXPRESSION ET LA TURQUIE

Oui, je sais maintenant, l’actualité c’est la Chine, les Jeux Olympiques avec leur double aspect politique et sportif. La tentative, avortée pile poil, d’interdire le parti Justice et Développement par un coup d’Etat judiciaire, est devenue une vieille histoire. Et un blog se doit d’être réactif, son intérêt est de pouvoir suivre l’actu. pas à pas.

Eh bien non, ma conception d’un blog est qu’il est un lieu de liberté. Il est possible de réagir au quart de tour à un événement imprévu, mais qui prend sens dans un ensemble qui fait que l’analyse est déjà prête. Il est possible aussi de ruminer un événement, d’en parler alors que cela ne semble plus de saison, parce que l’on a à dire quelque chose qui ne semble pas avoir été dit.

Sur le Chine et le Tibet, pour le moment en tout cas, je n’ai à dire que vous ne pouvez pas lire ailleurs. Seulement vous recommander, si vous êtes alors quelque part entre Poitiers et Limoges, Angoulême et Guéret (ou, où que vous soyez, si l’envie vous prend) de venir assister, le samedi 23 août à 16 heures à la Conférence que donnera Raphaël Liogier sur Chine et Tibet: histoire, politique, spiritualité

à Villefavard (Haute-Vienne, canton de Magnac Laval, à 10 Km de la N20) et, pourquoi pas, rester le lendemain pour le concert avec l'ensemble de cuivres de Paris (tout renseignement complémentaire sur ces questions: 0555766992).

Directeur de l’Observatoire du religieux et prof à Sciences-Po Aix, Liogier est un spécialiste de ces questions. Je crois avoir déjà recommandé son ouvrage  A la rencontre du Dalaï-lama (Flammarion), qui fait suite à d’autres, notamment Etre bouddhiste en France aujourd’hui (Hachette Pluriel). Il donnera des clefs historiques, culturelles, religieuses et politiques permettant de comprendre l’antagonisme entre la Chine et le Tibet et chacun de ces 2 pays.

Par ailleurs, Villefavard est un des rares villages de France a posséder une salle de conférences et de concert qui peut contenir plus de monde que le nombre d’habitants de la commune : 300 places contre 180 habitants !

Et, avec son acoustique merveilleuse, son architecture originale (c’est une ancienne ferme modèle, transformée pour son nouvel usage), son exposition (cet été sur l’architecture), son jardin japonais, et le cadre bucolique du village, elle vaut le déplacement.

Venez, vous ne serez pas déçus.

 

Mais, pour le moment, petit retour sur la Turquie. Le parti AKP a été condamné par la Cour Constitutionnelle  à reverser à l’Etat 12,9 millions d’€. Il a évité l’interdiction (de peu, 6 juges sur 11 l’ont prononcée ; il fallait 7 voix). Le quotidien Le Monde (1er août 2008) nous a appris les griefs contre l’AKP accusée « d’activités anti laïques » (pourquoi ne l’a-t-il pas fait avant ?).

 

Je cite :

« L’acte d’accusation, plutôt disparate, était une longue liste d’extraits de discours ou de faits rapportés par la presse turque, plus ou moins vérifiés selon l’AKP. Chaque déclaration , favorable à la libéralisation du voile, une majorité des cas, est dûment répertoriée. »

Le Monde cite des exemples. Je les reproduis tous, pour qu’on ne m’accuse pas d’avoir trié et mis les plus anodin. Il y en a 5.

Le premier : une des fondatrices du parti a répondu « peut-être » à la question : « les fonctionnaires doivent elle être autorisées à porter le foulard ? »

Pire qu’un blasphème n’est-ce pas ? Pire, certainement, puisque normalement les laïques sont contre les lois antiblasphèmes !

Un autre cadre aurait dit : « on empêche les gens qui veulent avoir une apparence pieuse de participer à la vie active ». Un troisième : « un psychiatre serait capable de leur expliquer convenablement que le régime n’est pas en danger parce qu’on se voile. » Un quatrième : « demander à une femme d’ôter son voile équivaut à lui demander d’enlever sa culotte. » Enfin, la der des der : « Certains ont pris le voile qui se trouve sur la tête de nos jeunes filles pour se le mettre sur les yeux »

(Là, je suis dévoilé comme un dangereux antilaïque car il m’est arrivé d’écrire des choses équivalente sur les gens qui ont un tchador dans la tête)

Je trouve cela extrêmement significatif. Rappelez-vous, lors des caricatures contre Mahomet ou des citations tronquées de Rodinson par Redeker, pour pouvoir insulter l’islam, comment les chevaliers héroïques de la liberté d’expression sont montés sur leurs blancs chevaux pour la défendre avec vaillance. Ils n’ont pas hésité à prendre des risques inouïs, comme celui de publier les dites caricatures

Le Monde nous apprend, à ce sujet, que le n° de Charlie Hebdo qui les a reproduites s’est vendu à 500000 exemplaires et a rapporté, en une semaine, au directeur de la publication, également actionnaire, plus d’argent que vous et moi en gagneront en plusieurs années de travail.

Cela ne signifie nullement que ce directeur ne soit pas « sincère », mais les sociologues vous diront que, par le plus grand des hasards naturellement, on est souvent sincère dans un sens qui va en faveur de ses propres intérêts ! Le non conscient sociologique, cela existe.

Bref, pour les caricatures comme pour Redeker, que ce soit Charlie, France-Soir, le mari d’Ariel (BHL, pour les incultes du show biz), d’autres intellos de mes deux, la LICRA (dont le responsable s’était fendu d’un ouvrage intitulé Contre l’obscurantisme), tous ces modernes Zola n’avaient pas de mots trop forts, de paroles trop enflammées, pour défendre la liberté d’expression outragée.

Peu importe, selon eux, ce que Redeker avait pu écrire, peu importe le contenu des caricatures, la liberté d’expression, nous ont-ils rappelé, est un principe absolu, qui ne se divise pas, avec lequel on ne transige pas et que l'on défend, même pour des paroles qui expriment le contraire de sa propre opinion, etc, etc.

Magnifique posture. Belles envolées. Ah comme cela faisait chaud au cœur d’appartenir à un Occident aussi lumineux, aussi ferme sur les « valeurs universelles ». Avec des défenseurs aussi sublimes, la liberté d’expression avait devant elle des lendemains qui chantent. Et même des lendemains enchantés.

Certes, il y avait bien eu une minuscule fausse note : dans une tribune du Monde, un pseudo spécialiste de la laïcité, un ignoble traître à toutes nos belles valeurs, un sans foi ni loi républicaines, bref un moins que rien, avait rappelé que, dans l’adage attribué à Voltaire, celui-ci commençait par prévenir qu’il n’était pas d’accord avec les idées dont, ensuite, il défendait le droit à l’expression.

Et qu’ayant refusé d’émettre semblable réserve, les signataires du manifeste en faveur de Redeker n’étaient peut-être pas aussi voltairien qu’ils ne le prétendaient.

Mais qu’importe une goutte d’eau pernicieuse dans le bleu azur de l’Océan.

Tout allait donc pour le mieux dans le meilleur des mondes possibles.

Et tout à coup patratra  Où sont ils aujourd’hui nos preux chevaliers ? Nos princes de la liberté d’expression ? On les a, certes, entendus dénoncer les limitations par la Chine de l’accès à Internet. Mais, sur la Turquie, silence absolu dans les rangs.

Des laïques ont voulu interdire un parti politique qui, à 2 reprises, a gagné démocratiquement des élections. Ces laïques ont raté de peu cette interdiction, mais ils ont réussi à faire condamner l’AKP par la Cour Constitutionnelle.

Imaginez 2 secondes que l’inverse se produise: un parti au pouvoir menacé d’interdiction et fortement limité dans sa liberté d’expression, parce que certains de ses cadres auraient tenus des propos considérés  trop critiques envers l’islam, ce serait à qui crierait le plus fort !

L’AKP a été condamné, a failli être interdit à cause des propos que j’ai rapportés. Propos avec lesquels on peut être en désaccord, ce n’est pas le problème. Le problème est que les pénaliser est une atteinte manifeste, incontestable à la liberté d’expression.

En condamnant effectivement le parti à une lourde amende (même si elle n’a pas été jusqu’à l’interdire), la Cour a donné un signal ; continuez à tenir de tels propos, et nous vous interdirons. Censure préventive.

.C’est vraiment le moment de reprendre l’adage voltairien : « Je ne suis pas d’accord avec ce que vous dites, mais je dépendrai votre droit de le dire. »

Les merveilleux défenseurs de la liberté d’expression sont à la plage, sans doute. Ayant coupé tout contact avec l’information, ils ne savent pas l’ignominie subie par leur belle dame, et combien elle se trouve maculée par leur propre camp.

Sinon, vous pensez bien que leur réaction aurait été immédiate et, à la mesure de l’événement, terrible, grandiose. France Soir, Charlie Hebdo auraient immédiatement reproduit les propos incriminés en se déclarant solidaires. Certes, cela n’aurait sans doute pas induit une vente de 500000 exemplaires pour l’hebdomadaire.

Mais, précisément, quelle belle occasion de démontrer que la défense de la liberté d’expression n’a rien, mais vraiment rien à voir, avec une opération commerciale!

La liberté d’expression ne se divise pas, ce sont eux-mêmes qui le proclament haut et fort.

C’est une cause sacrée !Or, pas un seul de ces charlatans de la liberté d’expression n’a protesté. Non, pas un seul.

 

Et le pire, c’est que non seulement ils sont ignobles, ces médaillés olympiques du double jeu, du double discours, ces souilleurs de la liberté d’expression dont ils se servent au lieu de la servir, mais en plus ils s’avèrent d’une bêtise extrême.

Car je suis persuadé qu’ils ne se sont même pas rendus compte que hier, sois disant d’une sensibilité extrême à la liberté d’expression, ils s’en foutent plus que royalement aujourd’hui. Au contraire, ils approuvent, par leur silence, la censure contenue dans la condamnation. Peut-être même certains auraient trouvé l’interdiction justifiée. En tout cas aucun n’a protesté face à son éventualité.

Leur bêtise crasse, leur cerveau vide de pensée et pleins de stéréotypes leur permet de n’avoir absolument aucune mauvaise conscience. Et bientôt vous allez les retrouver, encore et toujours, fiers d’eux mêmes et de leur belle âme, chevaliers blancs de la liberté d’expression, dés il s’agira d’un contenu qui leur plait.

Et une fois de plus les gogos, les gogols de l’intellect applaudiront, ravis. Et tout ce petit monde communiera dans le « refus de l’obscurantisme ».

Pour un sociologue, c’est absolument  fascinant. Pour un citoyen, c’est à pleurer de honte.

Attention, la bêtise crasse, est une maladie très contagieuse. Le stéréotype social est un virus qui traîne dans toutes les poubelles. Il peut détruire l’intelligence de façon quasiment irréversible. Il a déjà atteint de nombreuses personnes sans qu’elles ne présentent le moindre symptôme apparent. La contagion peut se faire par la bouche, les oreilles, les yeux, les mains…. Bref, tout ce qui permet de communiquer.

En revanche, on peut se prémunir de ce très dangereux virus par un remède de cheval (légitime puisque sa survie comme être véritablement humain est en jeu). Oui, il est possible de se prémunir EN CRACHANT SON MEPRIS.

PS : Cela fait plusieurs semaines que je souhaite présenter l’ouvrage Les filles voilées parlent (La Fabrique), d’autant plus qu’en France et à l’étranger (encore avant-hier lors d’une Université d’été d'une Université de Madrid) on me pose des questions sur les suites de la loi de 2004.

Mais l’actualité (Conseil d’Etat versus femme en burka ; Turquie) a fait différer cette présentation. Et, comme en août, il est un peu difficile de ce procurer les livres qui ne sont pas de purs produits de consommation, je ferai une Note sur cet ouvrage à la rentrée.

Prochaine Note (sauf imprévu) : Espérance de vivre contre espérance de vie.

 

RAPPEL : les 2 prochains numéros du Nouvel Observateur  comprendront un supplément gratuit de 96 pages : 7-13 août : l’islam de M. Amir Moezzi et P. Lory et 14-20 août : le christianisme de J. Baubérot.

23/12/2006

L'ATTRISTANTE BÊTISE D'UNE COMMISSION PARLEMENTAIRE

Le beau pays de France se distingue d’autres démocraties par l’existence d’une Mission interministérielle, rattachée au Premier Ministre, chargée de combattre les « sectes », ensuite les « dérives sectaires ». Le changement de terme a d’abord correspondu à un changement d’orientation. Après les « dérives » d’Alain Vivien, qui se prenait pour Saint-Just et faisait alliance avec les pires communistes chinois, et devant (notamment) les avis provenant du Ministère des affaires étrangères indiquant à quel point l’image de démocratie française était atteinte, et vraiment pas seulement Outre-atlantique, on semblait décider, il y a 2 ou 3 ans, à faire preuve d’un peu de raison.

 

Un peu de raison, qu’est-ce à dire ? Il est nécessaire d’aller un peu au fond des choses, de réfléchir à ce que signifie vivre en société. Donc, excusez-moi d’avance, prenez votre mal en patience ; je vais faire une assez longue digression.

Toute société a ses marges, c'est-à-dire comporte en son sein des personnes qui pensent et vivent de manière différente de ce qui est la pensée habituelle, normale donc normée, dépendante de normes sociales : même une société dite pluraliste est contraignante  en matière de pensée : et 50, 100 ans après, on affirme souvent à propos d’une personne qui, bien que novatrice sur certains sujets, avait des préjugés sur d’autres : « il avait les idées de son temps », sur ce point, il n’était pas original mais «partageait les préjugés de son époque ». 

Mais ce n’était ni le « temps » ni « l’époque » qui imposait en soi ces préjugés, cette pensée stéréotypée, c’était la société du temps qui se l’imposait à elle-même. Une société, pour pouvoir fonctionner à besoin de l’existence d’idées communes, de pensée communes, engendrant des comportements communs. Elle a besoin, pour exister de façon relativement stable d’une pensée fixe, donc plus ou moins figée, de pré-jugés (au sens strict) communs. Si tout  le temps et de tout côtés s’opèrent des mises en question cela devient vite invivable. Idées fixes,  routinières, stéréotypes, etc autant de schèmes sociaux nécessaires à la vie commune. Cela n’a rien de honteux et je ne suis absolument pas dans la condamnation moraliste : on bénéficie du fait de vivre en société, il ne faut pas l’oublier. Mais le prix à payer, c’est forcément que les pensées communes ne sont pas très intelligentes, c’est le moins que l’on puisse dire. En fait, soit elles sont prosaïques et neutres  quant à l’intellect, soit elles abêtissent.

 

De même que les théoriciens du contrat social ont montré que l’être humain aliénait une partie de sa liberté pour pouvoir exister en société, de même l’être humain aliène une partie de son intelligence, de son libre examen, de sa liberté de penser pour qu’un petit dénominateur commun, une pensée rabotée et robotisée, puisse faire exister du lien social. OK, mais, merde, point trop n’en faut dans cet abandon. Et comme les gens sont différents, certains en abandonnent beaucoup (il semble, à les lire, que certains Parlementaires soient dans ce cas : ils ont fait le don admirable à la société de la plus grande partie de leur intelligence et sont devenus, par amour pour autrui sans doute, des handicapés du bulbe). D’autres veulent moins aliéner de leur personnalité, et les refus d’abandon sont plein de périls : cela peut aller jusqu’à la folie. Folie géniale d’un Antonin Arthaud,  risque d'une folie plus ordinaire, apparente ou masquée de beaucoup d’autres.

En effet, il ne s’agit pas de dire que la société est bête et que plus  l’individu est asocial plus il est intelligent. Non c’est beaucoup plus complexe et dialectique.

 

D’abord, parce qu’on a aucune garantie que c’est bien son intelligence que l’on refuse d’aliéner. Cela peut être plein d’autres choses.

Par ailleurs, le lien social est fait de bêtise ET d’intelligence sédimentée : une société dispose d’une certaine intelligence collective, rencontre d’intelligences individuelles. Elle en a besoin pour sa survie. Le lien social est un ensemble multiple. La société demande donc à nombre  d’individus qui la composent d’être intelligents sur des points précis. Nous historiens, on qualifie cela de « production des élites ». Et le processus de démocratisation correspond à une société de plus en plus complexe et donc qui a besoin, pour survivre d’avoir de plus en plus de membres relativement intelligents. Mais comme l’intelligence produit des idées non-conformes, cela risque de tirer la société à hue et à dia, de la déstabiliser. D’où mille et une stratégies pour produire des individus ayant, dans la mesure du possible, une intelligence fonctionnelle, contrôlée. On parle d’esprit d’initiative, par exemple. 

La société sait faire preuve aussi d’une intelligence d’anthropophage : elle trie a posteriori dans la marginalité, dans les non-conformismes d’hier ce qui, au bout du compte, lui sert. Car elle ne peut être immobile, avoir des idées définitivement figées. Elle a besoin, pour progresser ou simplement ne pas s’enliser, de se nourrir de ce qu’elle a condamné. Combien de penseurs, de novateurs, d’artistes,… ont été célébrés et magnifiés après leur mort, alors qu’on leur avait fait les pires vilaineries leur vie durant ! Et ceux que l’on célèbre ainsi après coup, n’étaient nullement des anges. Ils pouvaient même être insupportables de leur vivant. En effet, penser, créer, avoir des valeurs ou des idées différentes des idées communes est non seulement difficilement vivable pour soi-même, mais c’est très souvent encore plus insupportable pour les autres.

 

Bref, je ne plaide aucune cause. Je ne donne raison à personne. Je tente seulement de réfléchir sans trop céder à l’obligation d’être bête qui, aujourd’hui, n’est pas seulement le fait du matraquage des medias de masse, mais tend à être politiquement imposée. Quand des Parlementaires votent des lois qui vont contre la scientificité de la démarche historienne, je me demande de plus en plus comment faire consciencieusement mon métier, comment tenter d’être intelligent dans un tel contexte. Quand je constate la production sociale d’un (pseudo) anticonformisme stéréotypé (ce qu’est devenu Charlie Hebdo par exemple), de (pseudo) contestataires célébrés par gauche et droite réunis, j’ai une grosse colère qui monte en moi. Je la maîtrise, je la dompte, car la colère n’est pas forcément bonne conseillère. Mais je ne me couche pas devant l’abêtissement, et je réécoute Brassens dans ma tête : « Quand on est con, on est con » chantait-il. Et s’il n’a pas précisé : « Qu’on soit Parlementaire  ou …. » mais on peut facilement le déduire de sa chanson.

 

Vous êtes toujours là ? Merci. Je reprends : donc toute société à ses marginaux, ses non-conformistes multiples; des gens un peu étranges ou très bizarres. Cela, dans tous les domaines, et pas seulement sur le plan religieux. Des gens dont certains sont insupportables. Des gens qui peuvent choquer. Ils n’ont pas forcément raison pour autant, loin s’en faut. Ils peuvent s’enfermer dans leur marginalité, dériver à tout va, dans leur rejet de balises sociales, devenir dangereux même (ce n’est pas exclu, et nous allons en reparler) etc. Mais ce que l’étude de l’histoire m’a appris c’est que la société puisait pour bouger, pour changer, dans l’ensemble des marginalités. C’est que certains de ces non-conformismes, certaines de ces marginalités se révélaient à terme très utiles socialement, c’est que la société au bout du compte se nourrit de gens qu’elle a flingué.

 

Chaque système social a sa bêtise propre. Et décrypter celui de la France d’aujourd’hui est finalement l’objet de ce blog car la laïcité, c’est aussi l’utopie d’un vivre-ensemble le plus intelligent possible et le combat pour ce vivre-ensemble là. Pour faire bref, la pente dominante d’aujourd’hui consiste à refuser de plus en plus des démarches de connaissance, une pensée de raison, cela alors même que l’on prétend le contraire. Je m’en expliquerai plus à fond dans des Notes prochaines, mais le seul exemple des lois qui impose une mémoire contre la démarche historienne en est déjà un exemple probant. Un autre est la non répercussion sociale en France de débats philosophique contemporains. Nous y reviendrons. Un troisième exemple est donné par la commission parlementaire sur les dites sectes qui a rendu son rapport cette semaine (« L’enfance volée. Les mineurs victimes des sectes »). Je vais maintenant vous expliquer pourquoi.

 

Pour cela, je reviens au début mon propos : durant le bref moment où la MIVILUDES (la Mission contre les « dérives sectaires ») avait décidé de faire preuve d’un peu de raison, elle avait aussi compris, à sa manière, que toute société a ses marges, qu’une société démocratique ne combat pas ses marges a priori, qu’elle hiérarchise et cherche à distinguer ce qui lui semble présenter un danger de ce qui est étrange, bizarre, mais finalement (grosso modo) pas plus dangereux que les comportements moyens. Pour cela, elle  voulait ne pas rester englobée par le discours militant anti-secte (comme c’était le cas du temps de Vivien) et estimait pouvoir s’enrichir un peu, apprendre de discours de connaissance. Vous vous demandez pourquoi je vous raconte cela, un peu de patience, vous allez le savoir.

 

Dans la perspective que je viens d’indiquer donc, une série de conférences avaient été organisées et diverses institutions scientifiques (dont la mienne, l’Ecole Pratique des Hautes Etudes) avaient été mises à contribution. Quelques rencontres préalables avaient eu lieu. Au cours d’une de ces rencontres, la question des enfants était venue sur le tapis. La personne de la MIVILUDES que j’avais en face de moi m’avait affirmé que d’après l’ensemble des informations dont elle disposait, il y avait environ 150 enfants en danger pour cause de « dérives sectaires », et qu’avec le concours des services sociaux une action était entreprise pour faire face à cette situation, qui prenait place parmi beaucoup d’autres causes qui faisaient que le nombre global d’enfants en danger en France se trouvait, naturellement, beaucoup plus élevés. Selon un rapport publié ce mois ci (décembre 2006) par l'Observatoire national de l'action sociale décentralisé, il y en aurait 97000, une bonne part venant des désunions matrimoniales. Faut-il interdire le divorce pour autant? 

 

Environ 150, aller mettons 200 enfants pour avoir un chiffre rond (sur 97000, 1/500e). Grâce aux Parlementaires de la dite Commission, on passe de 150-200 à…. 60000 à 80000 enfants. Quel admirable tour de magie. Quel dommage que ces parlementaires-magiciens soient incapables de faire, non pas l’équivalent, mais le dixième de ce tour de magie pour le remboursement de la dette ou la lutte contre la vie chère !

Un autre petit problème cependant, un magicien doit être assez habile pour que l’on ne comprenne pas que lest son truc. Or là, les parlementaires de la Commission se montrent particulièrement lamentables. Leur tour de passe passe est tellement grossier que même un mal-comprenant  (il faut que je soit politiquement correct de temps à autre, non ?) peut facilement le saisir. Sont « victimes » a priori tous les enfants (les mineurs en fait) « élevés dans un contexte sectaire ».  Autrement dit : la marginalité sociale elle-même est devenue suspecte, en tout cas en matière religieuse.

 

Mais je voudrais dire à la Commission qui si on passe d'un danger réél à un danger virtuel, même en adoptant (par hypothèse d'école) son raisonnement, ce sont  alors les millions d'enfants qui vivent en France qui se trouvent en danger : Alain Bazot (Président de l'UFC-Que Choisir) nous prévient: par un article intitulé: "L'enfant roi, cible des publicitaires. Le boniment des annonceurs de l'agro-alimentaire est dangereux. Il favorise l'apparition de l'obésité."  (Le Monde, 16/12/2006)Là, nous ne sommes plus dans les marges, mais au coeur même de la société.

 

 Toute une batterie de mesures est proposée par la Commission dont le sens général consiste renforcer l’emprise d’institutions dont beaucoup d’analyses ont montré qu’elles se trouvent en crise (pour prendre un seul exemple : nos parlementaires devraient profiter de la « trêve des confiseurs » pour lire l’ouvrage de François Dubet : Le déclin de l’institution, Seuil), crise dont j’ai parlé ici à plusieurs reprises (là encore, cela ne signifie pas leur condamnation, loin s’en faut, mais qu’on ne peut plus être dans le schéma où les institutions avaient toujours raison). Cette batterie de mesures va dans le sens d’une société de surveillance généralisée de tout ce qui bouge, de tout ce qui n’est pas conforme.

Mais comment en serait-il autrement puisqu’on ne hiérarchise pas, que l’on ne compare pas et que l’on traite tout autrement les marges et le commun.

 

Vous me connaissez, la difficulté ne me fait pas peur. Au contraire, quand un raisonnement rencontre une difficulté, c’est là que cela devient le plus intéressant. Car, ou vous vous êtes planté, et alors il n’y a pas d’offense à changer d’avis. Ni vous ni moi ne sommes le pape. Et même le pape,… rappelez-vous dernièrement Benoit XVI, il a fait quelque peu machine arrière…

Donc la difficulté, ce sont les transfusions sanguines. C’est le seul argument sérieux face aux Témoins de Jéhovah, car pour le reste. Un mec actuel de la MIVILUDES (qui a été normalisée depuis, j’ai oublié de vous le dire. Et normalisée pour crime de recherche d’intelligence : pensez elle commençait à dialoguer avec des universitaires de l’EPHE, de l’EHESS, etc. Hou là là, gravissime…) a déclaré un jour que les enfants des Témoins sont « tristes » parce que les Témoins sont contre les fêtes organisées en classe (qui d’ailleurs, parfois, ne sont guères laîques,…). Comme s’il n’y avait pas mille et une façon d’être joyeux. Comme si on pouvait émettre un jugement aussi global, sans dire une énormité. Cela,  sans parler de la tristesse des enfants de ce type quand ils se sont rendus compte que leur père aurait très bien pu être épinglé dans la chanson de Brassens citée tout à l’heure.

 

Bref les transfusions sanguines. C’est vrai, OK, c’est un problème. Plus ambivalent qu’il en a l’air.

D’abord parce que dans les sociétés plus intelligentes que la nôtre, qui ne foncent pas broum broum dans la répression, le refus des transfusion des Témoins a conduit a mener des recherches sur les substituts à de telles transfusions et des recherches sur les autotransfusions, recherches qui ont fait progresser  la science.

Ensuite, parce que des médecins eux-mêmes ont mis un petit bémol à leur opposition depuis l’affaire du sang contaminé, affaire qui a montré (à tous ceux qui ne veulent pas le voir, mais les exemples abondent) que le danger n’est pas seulement du côté des marges et qui a fait mourir des transfusés.

Enfin, ce problème se pose bien sûr partout et donc, plutôt que se montrer autiste, la France ferait mieux de s’informer davantage sur la façon dont il est abordé ailleurs, même peut-être (mais j’en demande beaucoup) de se concerter. Je ne dis pas que l’aspect conflictuel aura forcément disparu, je dis que d’une part il pourra être réduit, de l’autre que plus on diabolise, et l’on croit résoudre le problème de façon incantatoire, plus on sert la soupe aux éléments intransigeants d‘un groupe et l’on bloque la situation.

 

La militance antisecte en France est actuellement le résultat de 3 tendances : des laïques plus durs que purs qui sont en fait antireligieux mais ne peuvent déblatérer contre les jésuites ou les curés et donc se défoulent sur des groupes marginaux ; des laïques qui, sur l’islam ont compris des choses, mais que leur antiaméricanisme obsessionnels et leur méconnaissance de la question font que de fait, ils se montrent guère différents des premiers sur la question ; des catholiques qui ont avalé plein de couleuvres avec l’œcuménisme et que leur religion n’était pas forcément la seule vraie, etc que eux aussi ont besoin de se défouler.

J’oubliais, il y a aussi certains protestants luthéro-réformés, qui veulent dégouliner de respectabilité œcuménique et qui, anciens « hérétiques » normalisés veulent être plus clean que les clean, inodores et sans saveur. Mais, il faut savoir aussi que, quand même, le président de la Fédération protestante ne mange pas de ce pain là et à courageusement protesté contre la bêtise de la dite Commission parlementaire (il a indiqué à la fois son « désaccord profond » avec les Témoins et le fait qu’il a été « scandalisé » par l’attitude de la commission faisant fi de la loi et de la jurisprudence concernant les Témoins. Cf. Le Monde, 28 novembre 2006)

 

Le plus drôle c’est qu’il a été précédé par…une ancienne présidente de UNADFI, c'est-à-dire de la « principale association antisecte », qui estime que l’on s’est engagé « dans une chasse aux sorcières » et que ce que fait la MIVILUDES, « ce n’est pas sérieux », demande que « des travaux sérieux (soient) entrepris », « qu’on prenne le temps de la réflexion et qu’on évite les amalgames » (Le Monde, 17 novembre 2006)

En toute laïcité, j’ai envie de dire « Alléluia » : les gens peuvent évoluer, devenir plus intelligents. Tout n’est pas perdu. Joyeux  Noël!

PS du 2 janvier: devant le nombre de commentaires dont beaucoup, certes, contiennent des choses intéressantes, mais dont certains comportent des attaques perso qui font que blogspirit me rappelle que je suis responsable du contenu des commentaires, et n'ayant pas le tempsde trier, je me vois contraint d'enlever les différents commentaires, en priant les internautes qui ont écrit des choses intéressantes de bien vouloir m'excuser. Merci d'avance et bonne année.

04/06/2006

LAÏCITE ET LIBERTE DE PENSER

La revue Prochoix a publié la  fiche qui suit, de façon courageusement anonyme. Elle a été également mise parmi les commentaires de la Note « Parité et diversité », au lieu de discuter de cette Note. Mais comme un commentaire peut passer inaperçu de certains internautes consultant le Blog, je me fais un plaisir de la reproduire à la place qu’elle mérite. Je la fais suivre de quelques remarques, allant de la moins importante à la plus importante.

 

Voici d’abord la prose de Prochoix.

" Jean Baubérot : faux défenseur de la laïcité
Jean Baubérot est le seul homme de la commission Stasi à ne pas approuver la loi contre les signes religieux à l’école publique.
Ce qui est bien logique puisqu’il milite depuis des années — sous couvert d’objectivité scientifique — pour l’assouplissement de la laïcité française vers une laïcité à l’anglo-saxonne, jugée « plus ouverte » aux religions.
Ce qui l’amène notamment à réclamer la reconnaissance de certaines sectes évangéliques comme étant de "nouveaux mouvements spirituels". Conformément au souhait du département d'Etat américain faisant la guerre à la législation anti-secte de la France.
A l'occasion du 9 décembre 2005, il a publié dans le journal Le Monde une déclaration signée par 212 universitaires de 29 pays se présentant comme un appel pour un "renouveau laïque" mais qui est en réalité l'occasion d'une très subtile redéfinition du principe de laïcité : Article 4 : "Nous définissons la laïcité comme l'harmonisation, dans diverses conjonctures sociohistoriques et géopolitiques, des trois principes indiqués : respect de la liberté de conscience et de sa pratique individuelle et collective ; autonomie du politique et de la société civile à l'égard des normes religieuses et philosophiques particulières ; non discrimination directe ou indirecte des êtres humains".
Signé : Prochoix.

1ère remarque : Damned, je suis dévoilé ! J’ai pourtant longtemps trompé mon monde, aussi bien les professeurs de « l’Ecole Pratique des Hautes Etudes en Sorbonne » (comme nous disons, pour frimer un peu) quand, fort distraits sans doute, ils m’ont élu, il y a seize ans, titulaire de la 1ère chaire sur la laïcité, j’ai aussi trompé la direction du CNRS quand elle m’a nommé, quatre ans plus tard, directeur du Groupe de Sociologie des religions et de la Laïcité, lors de sa création, j’ai enfin trompé une bonne centaine de collègues français et étrangers qui m’ont demandé depuis lors d’aller faire des cours et des conférences sur la laïcité dans leurs universités ou centres de recherches (je vous épargne la liste qui va de Vancouver et Los Angeles à Tokyo et Kyoto… et pas en traversant le Pacifique). Abuser tant de monde, de gens…qui ne se sont pas aperçus que l’ « objectivité scientifique » dont je me parais n’était qu’un leurre, il faut quand même le faire !  Avouez que Prochoix aurait pu admettre que je suis un véritable artiste dans mon genre.

Malgré cet oubli, 2ème remarque, je m’écrie très sincèrement : Merci Prochoix, grand merci. Vous affirmez  être au service « des libertés individuelles » et refuser « l’essentialisme, le racisme, l’intégrisme et toute idéologie totalitaire ou anti-choix ». Ces objectifs sont tellement les miens que nous avons fait un petit brin de route ensemble[1]. J’aurais donc pu, sait-on jamais, un soir d’extrême fatigue, me laisser impressionné par telle ou telle de vos affirmations. Maintenant, je suis totalement vacciné grâce à la façon dont vous avez insinué que je suis (quoi au juste ?) : Le complice inconscient ? L’allié conscient? L’agent patenté ? Autre chose encore ? du…Département d’Etat américain. Chaque fois que vous ferez une affirmation péremptoire que je ne pourrai pas vérifier, je m’en souviendrai. Car le procédé que vous utilisez, vous ne l’avez certes pas inventé. Il est usé jusqu’à la corde, mais il marche toujours. C’est l’amalgame insidieux. En Amérique, cela a donné ceci : "X ou Y (intellectuel américain) est contre l’intervention américaine en Irak, conformément à la position de Jacques Chirac et de la France qui font la guerre à la défense du monde libre par l’Amérique ». Avec une telle manière de raisonner, Prochoix aurait pu tout aussi bien écrire : « telle ou telle personne de gauche ou d’extrême gauche a voté non au référendum européen, conformément à Le Pen… ». Le rapprochement est absurde naturellement. Et pourtant c’est ainsi que Prochoix raisonne, et des badauds applaudissent !

Ainsi, l’enjeu de ce type d’attaque dépasse, et de très loin, mon cas personnel. Et c’est pourquoi cela vaut la peine de décrypter l’ensemble de cette fiche car elle manifeste une façon de raisonner typique d’un discours absolutiste, ou pour parler comme Prochoix et les médias, d’un discours intégriste.

Troisième remarque : relisons donc ensemble cette petite fiche.

-         « faux défenseur de la laïcité » :

dés le départ, les dés sont pipés : la laïcité se trouve réduite à un combat idéologique opposant les ‘bons’ (Prochoix, vrai défenseur de la laïcité) et les ‘méchants’ (dont les plus pernicieux sont, naturellement, les « faux défenseurs de la laïcité », chevaux de Troie au service de ses ennemis). Avec Prochoix, aucun espace possible pour « l’objectivité scientifique », présentée un peu plus loin comme un masque, aucun espace pour une réflexion critique sur la laïcité, une analyse rationnelle de la laïcité où l’on prendrait un peu de recul.

-         « J. B. est le seul homme de la Commission Stasi à ne pas approuver la loi contre les signes religieux à l’école publique. »

Passons sur la désignation « homme » alors que la Commission était composée de personnes des 2 sexes, passons sur le fait que d’abord nous étions 3 à ne pas avoir approuvé et que 2 personnes sont revenues sur leur vote, quelle est la signification de cette phrase : Que la Commission Stasi aurait du voter unanimement,…comme un seul homme ? Qu’un point de vue « dissident » (pour parler comme ces horribles anglo-saxons) est illégitime ?  Qu’on n’a pas le droit d’être minoritaire ? Que la moindre réserve face à cette loi ne peut qu’avoir des raisons peu honorables ? Le propos n’est pas clair,  alors voyons la suite :

-         « Ce qui est bien logique puisqu’il milite depuis des années — sous couvert d’objectivité scientifique — pour l’assouplissement de la laïcité française vers une laïcité à l’anglo-saxonne, jugée « plus ouverte » aux religions »

Là tout devient clair : manifester une réserve face à la loi sur les signes dits ostensibles, ne pas avoir été dans l’unanimisme ne peut être en aucun cas une option dans un débat pluraliste. Non, ce n’est « logique » que si l’on est un mauvais esprit qui milite de façon masquée, insidieuse (« sous couvert ») pour anglo-saxonniser notre douce France. Horreur !

      A noter que le « plus ouverte » se trouve entre guillemets, comme s’il s’agissait d’une    citation, ce qui est faux (j’ai indiqué la critique que je fais à la notion de « laïcité ouverte » dans une Note du 15 janvier 2005 ; consultez les Archives du Blog).

Ne quittons pas top vite ce passage : il n’a pas fini de nous édifier. Car, figurez –vous, en lisant un mauvais livre, j’ai trouvé ce passage, digne d’un demi faux défenseur de la laïcité : sur le fait d’interdire ou de ne pas interdire les signes dits ostensibles à l’école publique « on avait parfaitement le droit d’hésiter entre ces deux options. Moi-même j’ai longuement réfléchi… » Et quelques lignes plus loin : « débattre de l’opportunité ou non d’une loi était non seulement légitime mais nécessaire ».

De qui sont ces propos qui fleurent l’hérésie et vont sûrement provoquer une fiche vengeresse prochainement sur le site de Prochoix ? Question à 10000 € : quel est le nom de l’auteur (e) ?

L’auteure est…la rédac’chef de Prochoix, Caroline Fourest elle-même[2] La première citation, en son entier est « Moi-même j’ai longuement réfléchi avant d’être sûre que la réaffirmation du principe de laïcité dans sein de l’école publique mettrait un coup d’arrêt aux ambitions de certains groupes intégristes. » (ainsi, la phrase commence en parlant de réflexion, elle continue dans la pure langue de bois). Alors on comprend tout : on « avait le droit d’hésiter », on pouvait réfléchir, mais depuis que Caroline Fourest est « sûre » du bon Prochoix, le doute n’est plus permis, n’est plus admissible : il ne peut « logiquement » qu’être le fait d’un pernicieux complice des anglo-saxons que notre moderne Jeanne d’Arc va bouter hors du beau Royaume de France.

Ouf, nous avons eu chaud. Nous voilà rassurés. Que nenni : à la relecture, une nouvelle horreur apparaît. Prochoix -traître à la couronne (laïque)- emploit une expression ignominieuse : il est question, en effet,d’une « laïcité à l’anglo-saxonne ». Est-ce dieu possible : on pourrait écrire cela sans que son ordinateur explose de colère ! Cette formule n’est-elle pas blasphématoire ? Prochoix aurait-il passé à l’ennemi anglo-saxon ? Au secours. Help 

Les certitudes les plus établies s’écroulent !

Ah, non : Merci : de Do Rémi une voix céleste me rassure, en relisant le texte de manière « très subtile », je remarque qu’il y a « LA laïcité française » -l’universelle- et « UNE laïcité à l’anglo-saxonne » (comme il y a une laïcité mexicaine, turque, québécoise, etc.), sottement particulariste (tellement particulariste qu’il y en a même plusieurs car la situation est loin d’être identique en Angleterre, au Pays de galle , aux Etats-Unis, etc.).

Mais rassuré, je ne le suis qu’à moitié : est-ce bien absolument sûr que pour Prochoix la France est la seule et unique détentrice de la laïcité ? Est-il bien certain qu’elle est universelle à elle toute seule ? J’espère que la suite va me donner la certitude à laquelle j’aspire.

- « Ce qui l’amène notamment à réclamer la reconnaissance de certaines sectes évangéliques comme étant de "nouveaux mouvements spirituels". Conformément au souhait du département d'Etat américain faisant la guerre à la législation anti-secte de la France. »

J’ai déjà commenté ce passage. Deux précisions complémentaires.

1) si l’on veut connaître d’un peu près le courant évangélique, on peut consulter le Blog d’un chercheur au CNRS : Sébastien Fath, auteur de plusieurs ouvrages sur la question.

2) par ailleurs, ma position n’a jamais consisté à défendre tel mouvement plutôt que tel autre, mais à réclamer la liberté pour tous et le droit commun pour ceux qui en abusent (cf. . la Note du Blog où vous trouverez mon intervention à la MIVILUDES). Là encore, c’est une tactique éprouvé : au XIXe siècle la droite réactionnaire qui accusaient les défenseurs de la liberté de la presse (là encore, ils disaient : liberté et droit commun pour les abus), insinuaient que ces défenseurs voulaient cautionner en fait tel ou tel ou tel journal qui sentait un peu le souffre.

- « A l'occasion du 9 décembre 2005, il a publié dans le journal Le Monde une déclaration signée par 212 universitaires de 29 pays se présentant comme un appel pour un "renouveau laïque" mais qui est en réalité l'occasion d'une très subtile redéfinition du principe de laïcité : Article 4 : "Nous définissons la laïcité comme l'harmonisation, dans diverses conjonctures sociohistoriques et géopolitiques, des trois principes indiqués : respect de la liberté de conscience et de sa pratique individuelle et collective ; autonomie du politique et de la société civile à l'égard des normes religieuses et philosophiques particulières ; non discrimination directe ou indirecte des êtres humains". 

Enfin, cette fois tout doute est écarté : que 212 universitaires de 29 pays signent ensemble une « Déclaration universelle sur la laïcité » (naturellement Prochoix ne donne pas le titre) ne peut être qu’une hérésie d’autant plus dangereuse qu’elle est « très subtile ». Et pour bien montrer à quel point le « principe de laïcité » est en grand péril et l’ennemi anglo-saxon a fait des émules, citation est donnée de l’Article 4 (le plus horrible des 18 Articles de la Déclaration, sans nul doute).

Et là, moi qui suis, je l’avoue au confessionnal de Prochoix, totalement ignare en matière de laïcité, je demande très humblement, à genoux, que Prochoix et ses grandes prêtresses m’expliquent, me disent ce qui est le plus horrible dans l’horreur très subtilement antilaïque : La liberté de conscience ? L’autonomie du politique ? La non discrimination ?  Les trois ? J’avoue que j’hésite et, tel l’âne de Buridan, n’arrive pas à me décider.

En plus, je suis vraiment nul, car avant de lire Prochoix, j’aurais eu bêtement tendance à me réjouir : à estimer positif que plus de 200 universitaires de près de 30 pays prônent la laïcité, alors que certains en font une ‘exception française’. Stupidement, j’aurais trouvé cela fort intéressant. Grand bêta que je suis : « le principe de laïcité » ne peut pas être explicité par des étrangers ! On n’a nullement à écouter ce qu’ils peuvent dire. On ne peut rien apprendre d’eux. Leurs propos ne peuvent être que la « redéfinition »  pernicieuse d’un « principe » (au singulier) établi une fois pour toute de façon intangible et ad aeternam. Ainsi donc, j’ai bien la réponse à ma question : la France est universelle à elle toute seule et quand des étrangers se mêlent à parler de laïcité, ils ne peuvent le faire qu’en tant que « faux défenseurs de la laïcité ».

 J’allais partir totalement rassuré et jurant désormais que je n’aurai jamais d’autre choix que ceux que me dicteraient Prochoix. Et tout à coup, j’ai été terrassé par une profonde inquiétude : Corneille avait écrit : « Nous partîmes cinq cents, mais par un prompt renfort, nous nous vîmes trois mille en arrivant au port. » Six fois plus. Eh bien, là, c’est bien pire : au début du texte Jean Baubérot est tout seul comme « faux défenseur de la laïcité », et, par un prompt renfort, quelques lignes plus loin, il est  devenu 212 universitaires de 29 pays.  Help ! Help ! Help ! Caroline-Jeanne : nous sommes cernés, et pas seulement par les anglo-saxons : voilà que des  personnes de 29 pays se déclarent laïques…. On n’est plus chez nous ! Issons le drapeau du national-universalisme et boutons ces étranges étrangers hors de la laïcité franco-française.


PS:si le commentaire mis immédiatement après que la Note ait été rédigée (un dimanche à 23 heures: à croire que le Blog est surveillé en permanence!) émane bien de Prochoix, l'illustration de mes propos continue: ce commmentaire, outre quelques mensonge, montre en effet l'interdiction formelle de réfléchir, par exemple à l'évolution des rapports public-privé depuis un siècle. Mais foin de la réflexion, achetez plutôt des teeshirts!

[1] Il est cependant inexact de dire, comme le prétend le commentaire signalé, que j’aurais été « membre de Prochoix ». J’ai participé (comme personnalité invitée), à une de ses conférences de presse.

[2] La tentation obscurantiste, Grasset, 77.

17/08/2005

Bêtise versus démocratie

LES RAISONS DE LA COLERE

Merci à Odile, à Pierre et Guillaume de leurs commentaires sur le dernier « grand bêtisier de la laïcité ». Pierre et Guillaume approuvent, Odile critique : c’est donc à elle que je vais tenter de répondre. Elle n’a pas lu l’article de F. Venner et donc ne veut pas se prononcer sur la véracité de ma démonstration, pourtant précise. Elle me reproche l’expression « espèce d’imbécile » et le fait même de parler de « bêtise », ce qui lui semble contraire au « débat démocratique ».

En fait, j’ai écrit « espèce d’imbécile (que j’espère) heureuse » et l’expression « imbécile heureux » n’est pas dénuée de tendresse. Je croyais précisément avoir maîtrisé ma colère en l’utilisant et en incitant F.V. à se reprendre. En effet, j’assume pleinement le diagnostique de « bêtise »  car le problème n’est nullement une divergence de contenu. J’ai des divergences avec  l’ouvrage d’Henri Pena-Ruiz Dieu et Marianne et cela n’empêche pas de le mettre dans ma bibliographie. A ce niveau, le « débat démocratique » est bien sûr souhaitable et je le mène volontiers.

 Mais le propos de F. Venner se situe à un tout autre niveau. Pour elle, si l’on ne partage pas sa conception de la laïcité on se situe obligatoirement dans la perspective d’une « nouvelle laïcité », « c'est-à-dire, précise-t-elle, d’une laïcité à l’anglo-saxonne » où « le lobbying exercé depuis des années par les intégristes chrétiens américains et des sectes (trouve) un terrain favorable » (sic !!).  Et, après cet amalgame injurieux et calomniateur, deux personnes sont citées comme exemple de cette optique diabolique : Nicolas Sarkozy et moi-même (resic !!)

Pour justifier un propos aussi aberrant, F.V. manie allègrement d'autres amalgames, des insinuations et mensonges. Je pense que cela principalement à de la bêtise. Mais si tout cela est maîtrisé, si les mensonges sont conscients, c’est aussi grave, non ?  Nous ne sommes pas dans un possible « débat démocratique » mais dans une FORME de pensée qui, soit par bêtise (mon interprétation) soit par mensonges conscients constitue une menace pour la démocratie. En effet, comment débattre dans de telles conditions (comme l'ont perçu Pierre et Guillaume). C’est cela l’important et c’est à cause de cela que je poursuis, moi,  le « débat démocratique », avec Odile et d’autres lectrices ou lecteurs du blog.

  

J’aurais voulu reproduire l’article que j’incriminais, les droits de propriété ‘intellectuelle’ m’en empêchent. Mais, Odile, de toute façon, la vérification aurait été partielle. Certes, on peut se rendre compte, à lire l’article, qu’il contient amalgames et insinuations non démontrées. Mais  il faudrait pousser plus loin pour connaître  les mensonges. Je vais donc être encore plus précis, me concentrer sur le passage où F.V. me met en cause à propos d’un colloque tenu à l’UNESCO en janvier 2001. La preuve de ce que j’avance : tout simplement le compte-rendu de ce colloque international, publié par la revue Conscience et Liberté (n° 61 et 62, 2001)[1]. En 8 lignes de moins de 50 signes chacune, on trouve 5 mensonges !
 

-         le colloque, selon elle, était « entièrement consacré à contester les lois antisectes ». Mensonge : ce colloque a traité de sujets très variés : la liberté religieuse depuis les apports du Conseil œcuméniques des Eglises et du Concile Vatican II, Christianisme et islam,  la jurisprudence européenne sur la liberté de religion, etc. Pour ma part, je suis intervenu à la séance « L’Europe occidentale et les religions historiques » et donc sur un tout autre sujet (où je traitais notamment de la liberté des convictions non religieuses et de laïcité). La question des « nouvelles convictions » (aspect beaucoup plus large que les dites sectes) a été abordée par E. Poulat (EHESS) et Fr Champion (CNRS) a traité la question (qui comporte plusieurs aspects) : « sectes et démocratie »[2]. Le mensonge veut faire croire qu’il s’agissait d’un colloque militant pro-secte alors que ce colloque a effectué un diagnostic analytique d'ensemble sur la situation européenne quant aux droits de l’homme et à la liberté de religion, avec une nette prédominance d’exposés d’universitaires. A lui seul, ce mensonge déconsidère tout ce qui est dit sur moi, mais il est loin d'être le seul.

-         le titre du colloque était, prétend-elle, « Convergence spirituelle et dialogue interculturel ». Mensonge qui, bien sûr, fait croire à une manipulation : un colloque « entièrement consacré à contester les lois antisectes » avec un titre qui n’a rien à voir avec le contenu du colloque !! Le titre du colloque était : « Droits de l’homme et liberté de religion : pratiques en Europe occidentale », ce qui correspond exactement aux différents sujets traités (le titre qu’elle donne est, en fait, le nom d’un programme de l’UNESCO, dans lequel le colloque était inscrit) et montre que, contrairement à ce qu’elle prétend, on est à l’opposé de la perspective : « la « liberté religieuse » enterra toutes les autres ».

-         Je serai, selon elle, un des « représentants français » de l’Association internationale pour la Défense de la Liberté religieuse (AIDLR). Mensonge : le « représentant » d’une association est un salarié ou un bénévole qui travaille pour cette association et est mandaté par elle, qui agit en son nom. Ce n’est pas mon cas. Je suis un des 6 membres français de son « Comité d’honneur (avec un membre du Conseil Constitutionnel, un membre de l’Institut, 2 autres universitaires et un avocat). En apparence, cette confusion n'est pas grave, sauf qu'ainsi elle insinue que je suis sous la coupe de cette association, fort honorable au demeurant mais qu'elle vient de  calomnier en insinuant,  ce qui est beaucoup plus grave, qu’elle fait partie « des ONG affiliées à la droite religieuse américaine, c’est à dire à des organisations aussi puissantes que la Scientologie ». Pur mensonge, pure calomnie, mais « calomniez, calomniez, il en restera toujours quelque chose » : on insinue le doute, et on fait en quelque sorte que les victimes de vos calomnies doivent prouver leur innocence[3].   

-         J’aurais, d’après elle, « coorganisé pour cette ONG » le colloque dont il vient d’être question. Mensonge : le colloque était coorganisé par l’AIDLR et l’UNESCO avec la participation du Comité des droits de l'homme de l'ONU et  « la participation du Groupe de sociologie des religions et de la laïcité, EPHE-CNRS ». Il s'agit donc d'un laboratoire de recherche d’un Grand Etablissement de l’enseignement supérieur et du CNRS qui avait une responsabilité scientifique. Mais, bien sûr, il ne faut surtout pas donner cette information au lecteur/lectrice pour pouvoir le (la) tromper sur la nature et le contenu du colloque. F.V. ne cite AUCUNE institution universitaire (courageuse mais pas téméraire !)

-         Je serais, affirme-t-elle, « le seul « sage » à avoir voté contre le rapport Stasi ». Dernier mensonge : j’ai voté le rapport Stasi  dont je suis un co-rédacteur (cf. les Notes sur la Commission Stasi) et 25 des 26 propositions qu’il contenait. Je me suis abstenu, par contre, et j’ai été le seul à le faire, sur un second vote qui concernait la proposition de loi sur les signes ostensibles[4]. Il est clair que sans ce dernier mensonge F.V. ne pourrait m’accuser d’être le « chantre » (sic) d’une "laïcité à l’anglo-saxonne" prétenduement communautariste !

Comme on le voit les mensonges s'emboitent les uns les autres pour faire croire à des abérrations, et le comble c'est que que je pense qu'il s'agit de BETISE c'est à dire que F.V. se trompe elle-même (en même temps qu'elle trompe ses lecteurs) et se met dans une situation où elle croit à ses mensonges.

En effet,  ce cinquième point, la négation des 166 pages du rapport Stasi, la réduction des 26 propositions à la seule proposition de loi sur les « signes ostensibles », la confusion entre un vote contre et une abstention (même si celle-ci manifestait une opposition) me semble révélateur de la façon dont F. Venner travaille (si je puis employer cette expression !) : elle a une idée préconçue où quiconque n’est pas d’accord avec elle est forcément un suppôt de l’intégrisme et des sectes, elle sait tout à l’avance et ensuite elle illustre son a priori aberrant en prenant la réalité comme un réservoir d’exemples, susceptibles d’être tordus à volonté pour illustrer cette idée préconçue (au lieu d’étudier, d’analyser la réalité en ces multiples facettes), sans aucunement se soucier d’exactitude, de véracité des faits.Ce que j’ai appelé  trop gentiment des « glissements » dans ma précédente note forment, en fait, un ensemble de mensonges permettant insinuations  et calomnies.

Mais où F.V. prend-elle ses informations? Pourrait-elle, si elle avait la moindre aptitude à la recherche, les manipuler de façon aussi monstrueuese? Pour elle, il suffit d'utiliser des gros mots: "droite religieuse", "intégrisme", "secte": plus besoin de penser, plus besoin d'analyser les choses. C'est ce que j'ai appelé, dans une autre note : "penser télé". C'est même une carricature de la "pensée télé"!


Odile, comment dialoguer démocratiquement dans de telles conditions ?
Et aussi quel crédit accordé aux propos de F. Venner quand elle parle de l’islam ?
Et enfin, comment croire en la justesse d’une cause qui a besoin de tels mensonges pour être défendue ?
Or, au départ, F.V. défend de ‘bonnes’ causes : la laïcité, la démocratie, les droits des femmes. Ces causes  sont salies quand elles sont prônées de telle façon.

Clemenceau dénonçait, en 1904, la bêtise,  de ceux qui : "Pour éviter la congrégation, (faisaient) de la france une immense congrégation" . Remplacez "congrégation" par  "intégrisme et  "secte" et vous aurez la bêtise de F.V. et de tous ceux qui veulent mettre la France au garde-à-vous!

           Notes: 

(1) Lisez ce n° de Conscience et Liberté. Vous y apprendrez plein de choses intéressantes

[2] Je vous recommande l’ouvrage (portant le même titre) qu’elle a dirigé et qui comporte des analyses d’universitaires de nombreux pays (publié au Seuil).

[3] En 2001, le Comité d'honneur de l’AIDLR était présidée par L. Senghor. Depuis 2002, il est présidé par Mary Robinson, Haut Commissaire des Nations-unies pour les droits de l’homme. Son expert américain le plus consulté, Jérémy Gunn vient de publier un ouvrage (que je vous recommande chaudement) où il montre que la liberté religieuse aux USA n’inclut pas véritablement la liberté des athées (ce qui est l'exact contraire des accusations de F.V. contre l'AIDLR!! (Dieu en France et aux Etats-Unis,quand les mythes font la loi, Berg International, 2005). .

[4] Pourquoi une abstention et pas un vote contre ? Pour être rapide, disons que, contrairement à Mme F. Venner, je ne pense pas que la réalité se trouve divisée entre le absolument noir et le absolument blanc. Dans cette affaire complexe, j’ai jugé que les raisons pour lesquelles on voulait proposer une loi (défense de l’égalité homme-femme, de l’école, de la laïcité) étaient bonnes mais que le contenu de la loi proposé ne plaçait pas le marqueur au bon endroit (ce sont de comportements qu’il faut interdire et non le port de signes). Par ailleurs, que FV. daigne lire mon ouvrage Laîcité 1905-2005 entre passion et raison, elle pourra constater que jamais il ne question de "nouvelle laïcité", pour la bonne et simple raison que je pétends prôner une laïcité qui se situe dans la filiation de celle des pères-fondateurs (Buisson, Ferry, les auteurs de la loi de 1905,...)

29/07/2005

DU NOUVEAU DANS LE BETISIER

Les pires tchadors...
FIAMMETA VENNER, REINE DU BETISIER

Charlie Hebdo est le successeur d’Hara-Kiri, qui, dans les années 60, s’intitulait le « journal bête et méchant ». Il s’agissait en fait de ridiculiser la bêtise ambiante. Mais sans doute Fiammeta Venner a-t-elle pris au pied de la lettre ce  slogan car elle a publié, dans Charlie Hebdo, un article, méchant (ce qui n’est pas grave) et bête (ce qui l’est beaucoup plus).

Elle y dénonce comme anti-laïque, « le lobby de la liberté religieuse » (« le lobby », car bien sûr, pour elle, tous ceux qui défendent la liberté religieuse forment un vaste ensemble organisé, coordonné, ayant une action commune et défendre la liberté religieuse, n'est-ce pas , c'est contraire à la laïcité!). Cela commence par la dénonciation d’une association catholique « L’aide à l’Eglise qui souffre » qui défend un pasteur incarcéré un mois en Suède « pour s’être dit dans ses sermons indigné par la tolérance montrée par son pays vis-à-vis des homosexuels et des lesbiennes ». Sans doute la Suède, qui est un pays démocratique et respectueux de la liberté d’expression n’a pas mis ce pasteur en prison sans de très bonnes raisons et les propos étaient-ils réellement homophobes. Mais déjà je me demande si Mme Venner lit le suédois, si elle a lu les semons incriminés et si elle est vraiment apte à trancher de façon péremptoire sur cette affaire.

Mais il ne s’agit que  de broutilles, d’un petit hors d’œuvre. La suite est beaucoup plus probante : Mme Venner procède par glissement, par association d'idées sans aucune, mais alors aucune rigueur. La défense du « dogme intégriste » lui fait penser aux Etats-Unis où elle dénonce pêle-mêle la scientologie, la droite religieuse américaine, G. Bush et l’ »International Religious Freedom Act » de 1998, sans dire qu’en 1998 c’était Clinton qui était au pouvoir et que c’est lui qui a insufflé la politique américaine de défense de la liberté religieuse, politique qui est soutenue par des gens qui n'ont rien à voir avec la droite religieuse. Puis, toujours par association d’idées, elle attaque une autre association qui n'a rien à voir avec la première mais sur laquelle elle met implicitement tout ce qu'elle a écrit, l’Association Internationale de Défense de la Liberté Religieuse  qui serait donc vraiment néfaste puisqu'elle dénonce le fait que cette association est « tellement influente » qu’elle comprend dans son comité d’honneur Mary Robinson, Haut commissaire des Nations Unies pour les droits de l’homme.

Autrement dit Mary Robinson  se fait forcément avoir ; elle ne peut pas considérer que l’AIDLR fait du bon travail, que la liberté religieuse fait partie des libertés et qu’elle vaut la peine d’être défendue, elle ne peut pas exercer son "prochoix"! Non, forcément il y a de la manipulation quelque part, d’ailleurs le président du comité est le suppôt des sectes, l’intégriste bien connu Léopold Senghor, auquel s’adjoint d'autres intégristes : André Chouraqui, Jean Roche de l’Institut et plus de 10 professeurs d’université de différents pays.

Parmi ces professeurs, F. Venner en choisit un pour déverser sa vindicte, votre serviteur :  outre le fait d'être un diabolique membre du comité d'une association aussi horrible que l'AIDLR, « En 2001, dénonce-t-elle, il coorganisait  pour cette ONG un colloque à l’UNESCO (« Convergence spirituelle et dialogue inter culturel ») entièrement consacré à contester les lois antisectes ». Et elle continue, toujours par glissement sur l’ »approche ouvertement pro-secte » qui serait celle de N. Sarkozy.

Passons sur le fait que le colloque s’intitulait « Droits de l’homme et liberté de religion : pratiques en Europe occidentale », encore que si elle ne connaît même pas le titre du colloque ! Passons aussi sur le fait qu'elle parle "des lois antisectes", comme si chaque pays en avait.

Je « coorganisais » donc, mais avec qui ? Des sectes abominables sans doute ! Ne le répétez pas, il s’agit  et de la secte UNESCO, bien connue pour son intégrisme radical (ce fut le directeur général, M. Matsuura qui ouvrit la rencontre) et du Vice-président du Comité des droits de l’homme des Nations Unies (qui lui succéda à la tribune), autre association gangrenée jusqu’à la moelle. Naturellement, pour jeter le trouble dans l’assistance, les titres des séances étaient très manipulateurs. Ainsi pour ma part j’ai parlé au cours de la séance consacrée à « L’Europe occidentale et les religions historiques », formulation qui a fait que des esprits nettement moins subtils que celui de Mme Venner n’y ont pas vu l’emprise sectaire. D’ailleurs, comble d’hypocrisie et de fausseté, la question des "sectes" n’apparaît jamais dans mon exposé. Cela est la preuve irréfutable de ma culpabilité maniputatrice! Il y a eu , par açilleurs, deux séances sur les "pratiques nationales" où s'est notamment exprimé Margiotta Broglio, professeur à l'université de Florence et celui qui a modifié le concordat italien en 1984 pour enlever, notamment, la mention du catholicisme "religion d'Etat" (manifestement un coup du Vatican!).

 Mais, victoire, il a bien été question des sectes dans ce colloque et en ont traité des gens aussi pernicieux qu’Emile Poulat, de l’EHESS, Jean-Paul Willaime, de l’EPHE et Françoise Champion du CNRS. Autres dangereux membres du "lobby".

A propos du CNRS, (dont, effectivement, non pas moi comme personne, mais le Groupe de sociologie des religions et de la laïcité comme laboratoire, coorganisait le colloque) au secours, qu’est-ce que j’apprends? F. Venner serait boursière du CNRS. Non, détrompez-moi vite, cela ne se peut. Celui-ci a été qualifié par une association anti-secte de Centre National de Recrutement des Sectes (propos rapportés par une journaliste allemande qui n'en croyait pas ses oreilles!). Sûrement notre reine du bêtisier l’ignorait et, maintenant qu’elle le sait, elle va renvoyer au dit CNRS, avec le mépris qui s’impose, le montant de sa bourse.

D’ailleurs, par quelle aberration prétend-elle être "post-doctorante", c'est-à-dire rechercher un emploi dans cette université dont tant de membres font partie du diabolique « lobby de la liberté religieuse », manipulé par les intégristes et les sectes ? Vraiment, c’est à n’y rien comprendre.

Madame, reprenez-vous: votre place n’est pas à l’université, figurez vous qu’elle est peuplée d’has been,  qui ne racontent pas n’importe quoi et qui (si si cela leur arrive) vérifient ce qu’ils disent. Votre place est bien davantage dans une belle publication qui s’intitule Choc : elle est très gourmande du genre d’articles que vous rédigez. Et sachez que la presse de caniveau paye beaucoup mieux que l’université.

PS : je signale à l’honorable F.V. que j’ai collaboré à l’organisation Prochoice, il lui faut donc aussi démissionner de la direction de la revue française de cette association puisqu’il s’avère que, selon ses critères, celle-ci est  infiltrée par un intégriste sectaire.

La bêtise de F. Venner prêterait à rire si elle n’était pas, malheureusement, représentative d’une pensée où il faut être ou intégriste, ou pro-secte ou manipulé pour avoir un regard critique sur les lois françaises de 2001 (sur les sectes) et de 2004 (sur les signes religieux). DU COUP AUCUN DEBAT POSSIBLE ; AUCUNE PENSEE CRITIQUE ADMISE, que dis-je AUCUNE PENSEE TOUT COURT puisque tout l'article fonctionne sur un mode d'évidence, de reprise des stéréotypes qui traînent dans beaucoup de poubelles médiatiques. Pas de libre examen, pas de prochoix !!!

Mais, espèce d’imbécile (que j'espère) heureuse, ouvre les yeux, enlève tes boules quies et regarde un peu le monde : l’attitude dominante française est critiquée par des gens qui sont depuis longtemps des défenseurs des droits de l’homme et qui ont beaucoup plus de titre de noblesse que toi dans ce combat. Cela ne signifie pas naturellement, qu’il faut être forcément d’accord avec leur critiques mais qu’il faut la prendre en considération, y réfléchir, en débattre sereinement, être capable de sérieusement argumenter, DE VERIFIER CE QUE L’ON ECRIT, au lieu de publier des crottes qui étouffent toute pensée et de dire des mensonges. Je t’assure, reprends toi, ta bêtise me rend trop triste. Et tu sais, Fiammetta, les pires tchadors sont ceux que l'on a DANS sa tête.

 

19/02/2005

GRAVE DERIVE SECTAIRE

DU TRAVAIL POUR LA MIVILUD
JEAN-PIERRE BRARD MEDAILLE D’OR
DU GRAND BETISIER DE LA LAÏCITE


Le matin du dimanche 6 février 2005, Jean-Pierre Brard, député-maire apparenté communiste est intervenu dans différents lieus de cultes protestants, AU MOMENT MÊME OU SE TENAIENT LES OFFICES RELIGIEUX, sous le lamentable prétexte de vérifier le respect des normes de sécurité des bâtiments, Deux communautés protestantes haïtiennes ont dû interrompre leur culte et quitter les lieux sur le champ et deux autres ont pu poursuivre l’office religieux, notamment grâce à l’intervention de l’aumônier général des prisons de la Fédération Protestante de France qui, fort heureusement, était présent.

Depuis le maréchal de Mac-Mahon et la crise du 16 Mai sous la Troisième République c’est, à ma connaissance, la première fois en France que des cultes sont ainsi troublés par un représentant de la puissance publique. Et les Haïtiens qui ont du arrêter de prier ont déclaré que cela leur rappelait, de façon douloureuse, des brimades qu’ils avaient subi a Haïti, alors qu’ils croyaient pouvoir, en France, être à l’abri grâce aux règles de la démocratie.

L’argument de la sécurité est un argument misérable. La sécurité se vérifie, naturellement, en dehors des offices religieux. Quand j’étais président de l’EPHE, il y a eu vérification de la sécurité des locaux, cela s’est fait, bien sûr, quand les cours n’avaient pas lieu, alors même que ce genre de vérification est beaucoup plus difficile puisque des cours avaient lieu de 9h à 20h du lundi au vendredi, ainsi que le samedi matin. Rappelons que l’article 32 de la loi de séparation des Eglises et de l’Etat puni d’un emprisonnement de 6 jours à 2 mois de prison quiconque aura retardé, empêché ou interrompu l’exercice d’un culte.

Il y a là un abus de pouvoir de la part d’un député, profitant de son immunité parlementaire. Et on peut se demander si ce communiste aurait traité ainsi des bourgeois du XVIe arrondissement.
On sait comment le stalinisme interprétait la liberté religieuse. Il est désolant de constater qu’un députés de la République semble avoir gardé certains habitus qui présentent une analogie avec des schèmes idéologiques que l’on pouvait croire révolus. J’ai la plus grande estime pour Mme Marie-George Buffet, dont la déposition, devant la Commission Stasi a présenté une conception de la laïcité avec laquelle je me sens en forte affinité. J’espère qu’elle saura désavouer cet acte insoutenable.

Plus généralement, je suis inquiet devant le peu de réactions et des autres religions, des partis politiques et des milieux laïques.. Ainsi dans le dernier n° de l'hebdomadaire Réforme (17-23 février, 2005), Bernard Stasi tient des propos surprenants pour tenter de défendre M. Brard, surprenants sur la loi de 1905 qu'il ne semble pas bien connaitre et surprenants sur le protestantisme en parlant d'"Eglise protestante", alors qu'une caractéristique fondamentale du protestantisme est sa pluralité d'Eglises. Que c'est décevant!

Peut-on impunément, en 2005, porter aussi manifestement atteinte à la liberté religieuse sans susciter l'indignation? Jusqu'où ira-t-on: l'intolérance se développe et personne n'est épargné; ainsi on a fait des ennuis à quelqu'un qui souhaitait se faire refaire sa carte d'identité et qui portait, sur sa photographie, un col romain!

Nous nous trouvons là devant une dérive sectaire incontestable. Il faut que la MIVILUDES (Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires) se saisisse du dossier et nous montre que son action n’est pas unilatérale. Il en va de sa CREDIBILITE.

15/01/2005

RENTREE LAÎQUE

Après "Rentrée laïque", vous trouverez une présentation du "GRAND BETISIER" et une Note sur La laïcité à l'hôpital;

RENTREE LAÏQUE
(Jean Baubérot)
(29 août 2004)
ou la laïcité peut-elle pratiquer le grand écart sans péril ?

(l’intérêt de ce petit texte me semble double : il se réfère aux cérémonies du 60eme anniversaire de la Libération de Paris et à la façon dont elle se sont déroulées, ce que nous avons maintenant tous oublié ; il parle de la rentrée scolaire AVANT l’enlèvement des 2 journalistes en Irak et la revendication des ravisseurs, événement qui a complètement changé la donne)

il y a quelques jours le « Treize heure » de France Inter recevait le président du syndicat national des proviseurs. Celui-ci déclara la laïcité incompatible avec tout signe de reconnaissance religieuse à l’école. Mais le bandana n’est pas forcément un signe religieux ? demanda la journaliste. Non aucun bandana fut-il répondu d’un ton sans réplique. La journaliste enchaîna alors sur la commémoration de la Libération de Paris : une grande messe venait d’avoir lieu à Notre Dame, en présence de Jacques Chirac et avec un message du pape Jean-Paul II. Un autre sujet? Cette journaliste le croyait car elle ne posa aucune question au champion de la laïcité assis côté d’elle. Et ce dernier ne fit pas le moindre commentaire critique.

Va pour la grande messe : il y en eu bien une en 1944 (encore que ce concordisme me semble très douteux et d’un point de vue citoyen et du point des religions elles-mêmes : la laïcité ne serait-elle pas une double neutralité ? Celle de l’Etat à l’égard des religions et celle des religions à l’égard de l’Etat). Mais quel aveuglement devant les contradictions de cette laïcité à géométrie variable. A l’étranger, je vous l’assure, cela ne passe pas inaperçu.

Il y a un siècle, la situation était analogue mais inverse. Un rapport officiel consacré à l’Algérie critiquait le laïcisme de certains instituteurs et louait «le désir bien naturel à un peuple croyant de s’assurer que sa religion ne courrait aucun danger dans les écoles ». Les instituteurs devaient « témoigner le plus profond respect » pour « le Coran symbole de la doctrine religieuse et monument par excellence de la littérature » arabe. Une école où « la concorde s’établit facilement entre l’enseignement laïque et l’enseignement religieux » se trouvait citée en exemple. Quel était l’auteur de ce texte ? Emile Combes. Oui, celui-là même qui fit voter la loi de juillet 1904 interdisant l’enseignement à tout congréganiste. Et cette loi fut populaire : les congrégations, disait-on, menacent la République. Un siècle après les historiens vous expliqueront pourquoi la République n’était en rien menacée.

Anticipant l’exclusion, des familles musulmanes ont déjà inscrit leurs filles au Centre national d’enseignement à distance ou prévu l’arrêt de l’école pour celles qui ont 16 ans ou plus.En cette rentrée 2004 la chasse aux bandanas risque d’être ouverte car les consignes données sont rigoureuses, contrairement à ce qu’avaient cru des membres naïfs de la Commission Stasi. Une laïcité ostensible n’est-elle pas une laïcité contreproductive ?

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