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23/08/2010

L’Eglise catholique, la laïcité et le débat sur les Roms

Par la voix d’un prêtre de Lille, et par une déclaration de Benoît XVI, notamment, l’Eglise catholique intervient dans le débat actuel sur les Roms.

Avant de continuer la série de Notes sur les dits « souchiens », commencée par la Note du 19 août, voici 3 remarques, en profitant de l’actualité, pour examiner la place des interventions d’autorités « religieuses » en laïcité.

 

Premier point : l’Eglise catholique, comme d’autres religions ou familles de pensée a tout à fait le droit d’intervenir en tant que composante de la société civile, mais pas comme instance surplombant la société civile.

Cette distinction est fondamentale. Avant 1905, les « cultes reconnus », et l’Eglise catholique au premier chef  étaient des institutions liées à l’Etat. Dans cette situation, leur parole n’était pas libre. Un évêque, par exemple, pouvait être poursuivi selon la procédure « pour abus » si ses propos déplaisaient au gouvernement.

La loi de 1905 a mis globalement la religion dans le droit commun, et a (entre autres) levé les obstacles à la liberté d’expression des autorités religieuses.

Celles-ci peuvent donc s’exprimer à égalité avec d’autres composantes de la société. Le poids moral de leur parole est livré au libre jugement de chacun.

C’est donc comme organisme de la société civile qu’une religion s’exprime. Précision importante : aucune religion ne peut dire : telle est ma position, donc la société doit suivre cette voie, le gouvernement doit faire telle loi pour obéir à mes propos, etc

La religion ne surplombe pas la société laïque, elle en fait partie. Ses « propositions de sens » sont soumises au débat démocratique.

 

Second point : les propos des autorités religieuses sont-ils « audibles » ?

Les enquêtes réalisée depuis 20 ans (notamment les enquêtes européennes sur les valeurs), montrent que les déclarations des autorités religieuses, en France comme dans d’autres pays européens, sont (en règle générale) mieux reçues quand il s’agit de problèmes sociaux (au sens large) que de questions de mœurs.

Les déclarations contre le racisme, les discriminations, l’accueil de l’étranger, les conditions décentes de vie ou de travail sont, en général, bien acceptées.

Celles sur la sexualité, l’avortement, l’homosexualité, l’euthanasie, etc sont moins bien reçues.

Cela confirme mon premier point de 2 manières :

-d’abord, les gens ne récusent pas le principe même de telles déclarations, ils ne confinent pas la religion dans la « sphère privée », ou un « purement religieux » qui ne devrait rien dire sur les « problèmes de société ».

Ils se déterminent suivant le contenu des déclarations.

-ensuite, les déclarations sur les mœurs sont toujours virtuellement considérées comme susceptibles de vouloir régenter la vie des gens, et cela contribue à faire qu’elles soient moins bien acceptées ;

Ceci dit, je ne reprocherai pas à telle ou telle Eglise d’indiquer ses positions sur ces questions : même quand je ne suis pas d’accord avec leur contenu, j’estime que c’est son droit et je ne réclame pas la liberté que pour ceux qui pensent comme moi.

En revanche, je regrette que l’Etat français, qui se veut laïque, tienne beaucoup compte de positions, notamment des autorités catholiques, et qui sont minoritaires dans le pays, notamment sur les questions de l’euthanasie et du mariage entre personnes de même sexe.

 

Troisième point : comme pour toute autre composante de la société civile, les positions prises sont triées selon des critères médiatiques.

J’ai parlé de propositions livrées au débat démocratique. J’aimerais qu’il en soit ainsi, mais cela ne fonctionne pas réellement de cette manière : le système médiatique trie, entre les nombreuses propositions de sens, selon des critères non rationnels.

Un prêtre (ou un responsable associatif) prend position contre les expulsions de Roms, cela peut faire quelques lignes dans le journal local, sans plus.

Mais le prêtre de Lille renvoyant sa médaille et déclarant qu’il a prié pour que Sarkozy ait une crise cardiaque, et la télévision en a parlé pendant au moins 2 jours.

Il a réalisé un « coup » (pour la ‘bonne cause’, mais ce n’est pas le problème que je veux poser ici) et ce coup était nécessaire pour se faire entendre.

Autrement dit : l’incongru, le spectaculaire, l’inflation du geste ou du propos, compte plus que la valeur intrinsèque de l’argumentation.

On peut le déplorer, on doit constater qu’il en est ainsi, et que cela fonctionne de façon générale.

L’exemple du prêtre de Lille n’en est qu’une nouvelle illustration parmi tant d’autres.

Notre société fonctionne selon l’émotionnel et l’inflation, pas selon le rationnel.

Et ça, c’est un véritable problème pour le débat démocratique.

 

 PS: pour celles et ceux qui viendront à 'Université d'été du PS, à la Rochelle, je participerai à la Table ronde organisée par les Jeunes Socialistes:

 

 

Mon quartier, c’est la République

Vendredi 27 août 2010 – 16:00

La République place en son cœur le principe d’égalité, sans distinction. Mais quand les gouvernants divisent les citoyens entre eux, selon leur quartier, leur religion, leur origine, quand la République ne tient pas ses promesses, le ressentiment devient parfois violent. Comment faire pour que, dans tous les quartiers dans tous les territoires, pour chaque habitant, vivre en France, en République ait de nouveau un sens ? Comment représenter mieux la France dans sa diversité au sein de tous les pouvoirs ? Quel projet collectif construire ensemble ?

InvitésClaude Dilain, maire de Clichy-sous-Bois • Claude Bartolone, président du Conseil général de Seine-Saint-Denis • Jean Bauberot, historien et sociologue spécialiste des religions et fondateur de la sociologie de la laïcité • Réda Didi, responsable de « graine de France » • L’association « Agir pour réussir »

20/08/2010

Médaille

Le professeur Ngo Bau Chau "Français d'origine vietnamienne" selon les médias, a obtenu une médaille Field en mathématique. mais, crenieunieu, aucun média ne précise si ce Monsieur est bien Français depuis plus de 10 ans.

Dans le cas contraire, il faudra illico réexpédier la médaille dans son pays d'origine.

 

 

17:32 Publié dans ACTUALITE | Lien permanent | Commentaires (2)

19/08/2010

Les dits "souchiens" et la France aux mille visages

Sarkozy a de la suite dans les idées : il  a été un admirateur de Bush junior, du temps où celui-ci était président, et il est en train de faire en sorte que son quinquennat soit aussi calamiteux pour le France que celui de son homologue l’a été pour les USA !

Mais point n’est besoin, pour le Blog, de s’appesantir sur le sujet, beaucoup de medias, nombre de personnalités politiques, même à droite le signalent.

C’est qu’en plus d’être éthiquement très dangereux, son positionnement est assez suicidaire politiquement pour son camp : l’électorat centriste est dérouté, voire dégoutté, et comme, par rapport au discours inflationniste les résultats obtenus seront forcément « décevants », le Front National jubile.

C’est d’ailleurs, ce qu’il y a de moins compréhensible dans cette affaire : ne pas avoir compris que la manière dont le débat sur l’identité nationale a été conduit et le ‘bon’ score du FN aux régionales étaient liés.

Ou alors, il faut, pour en être réduit à de telles extrémités, que le péril dans la demeure soit encore plus grave qu’on ne le suppose, et qu’aussi bien la campagne électorale de Balladur de 1995 que celle de 2007 cachent des secrets encore plus lourds que ceux révélés par Médiapart et quelques autres.

 

Mais plus encore que les événements actuels, c’est leur sous-sol qui m’intéresse. Car des Pays-Bas à l’Italie, pour s’en tenir à l’Europe occidental, sourde cette inquiétude de ceux que Gigi 3 appelle les « Souchiens ».

Empiriquement, les dits souchiens n’existent pas, mais symboliquement ils sont en train de se construire comme catégorie socio-culturelle dans nombre de pays.

Et je pense qu’il faut dépasser la réaction morale, qui rend leurs propos détestables, pour les écouter, les comprendre, et pouvoir leur parler, même si ce n’est vraiment pas facile.

Il faut aussi dépasser cette réaction morale pour ne pas laisser une catégorie de la population au bord de la route, l’abandonnant aux sirènes fallacieuses de toutes sortes.

 

Cette écoute est un peu moins difficile d’une part quand on est sociologue, et donc habitué à retenir ses jugements de valeur dans l’exercice de son métier, ensuite quand il s’agit de personnes d’un autre pays, et donc que l’on est moins directement impliqué, même si les problèmes sont très semblables.

C’est pourquoi je souhaiterais que les personnes qui seraient étonnées, scandalisées ou intéressées par mes propos, lisent le chapitre que j’ai consacré, dans mon ouvrage Une laïcité interculturelle. Le Québec avenir de la France (L’Aube, 2008), aux habitants d’Hérouville.

(« Hérouville : discours « anti », identité rebelle », c’est pages 57-78 du dit livre ; en 20 pages on peut aussi davantage décrypter les choses).

Hérouville, avec son refus des « accommodements raisonnables », est l’exemple type de « souchiens ».

Mais on retrouve une mentalité analogue ailleurs.

 

Pour nous en tenir à la France, celle-ci a vécu, en un demi siècle un changement considérable. Les manuels scolaires de géographie de la fin des années 1950 la décrivent encore comme le second empire colonial du monde, après le Royaume Uni. Et les mappemondes mettent en violet tous les territoires « français ».

D’autre part, dés l’école primaire, on enseignait que les « blancs » habitent en Europe, les « jaunes » en Asie, les « noirs » en Afrique… noire, etc

(entre parenthèse les dits manuels qualifient de « blancs » tous les habitants de l’Afrique du Nord, les subdivisant ensuite entre « Européens » et « musulmans »)

 

Cinquante ans après, ces deux certitudes se sont effondrées : la France est devenue un pays de 550000 Km2 et une nation qui n’est plus que « blanche » et doit consentir à des « abandon de souveraineté », dans le cadre d’une Union européenne aux contours flous et au fonctionnement peu démocratique, pour pouvoir continuer à exister dans un « monde globalisé ».

Monde où les nouvelles puissances s’appellent Brésil, Chine, Inde, etc

 

Croire que des mutations aussi importantes, dans un laps de temps historiquement aussi court, peuvent s’accomplir sans un profond désarroi d’une partie de la population serait faire preuve de naïveté.

Le raidissement actuel face à la « diversité » (mot, nous allons en reparler bientôt dont l’usage est très ambiguë) me fait penser à la panique qui a saisi les bons Républicains à la fin du XIXe siècle et au début du XXe, quand les femmes ont commencé à investir quelques lieux d’autorité, sinon de pouvoir.

C’est pourquoi je vous propose, pour la rentrée une série de Notes sur le dit problème des dits « souchiens ».

 

PS : Parmi les commentaires de la Note du 11 août, celui signé « Belles de Jour » me demande, mi sérieusement mi avec humour, de préciser « la manière dont (je) considère les femmes ». Patience, ce sera fait !

 

 

           

11/08/2010

Face à la xénophobie et à la politique du pilori : liberté, égalité, fraternité

Tout d’abord, puisque c’est l’été, une petite plaisanterie :

Savez-vous pourquoi les blagues sur les blondes sont toujours très courtes ?

Pour que les hommes puissent s’en souvenir.

 

Bon, cette nuit j’ai fait un horrible cauchemar :

J’ai rêvé que Jean-Marie le Pen était devenu président de la République.

Heureusement, je me suis réveillé.

J’étais tout content. J’ai allumé la radio, et j’ai constaté que ce n

’était guère mieux…

 

Donc je vous recommande la pétition de mon ami Gilbert Meynier

 

Signez l’appel en ligne !

Les plus hautes autorités de l’Etat ont fait le choix de jeter à la vindicte publique des catégories entières de population :

Gens du voyage accusés comme les étrangers d’être des fauteurs de troubles, Français d’origine étrangère sur lesquels pèserait la menace d’être déchus de leur nationalité, parents d’enfants délinquants, etc. Voici que le président de la République accrédite aussi les vieux mensonges d’une immigration coûteuse et assimilée à la délinquance, et offre ainsi à la stigmatisation des millions de personnes en raison de leur origine ou de leur situation sociale.

Ce qui est à l’œuvre dans cette démarche ne s’inscrit pas dans le débat légitime, dans une démocratie, sur la manière d’assurer la sûreté républicaine.

Le nécessaire respect de l’ordre public n’a pas à être utilisé pour créer des distinctions entre les habitants de ce pays et désigner des boucs émissaires. Ni pour instituer des peines de prison automatiques, contraires aux principes fondamentaux du droit pénal, à l’indépendance de la justice et à l’individualisation des peines.

La Constitution de la France, République laïque, démocratique et sociale, assure « l’égalité devant la loi de tous les citoyens sans distinction d’origine, de race ou de religion ».

Nul, pas plus les élus de la nation que quiconque, n’a le droit de fouler au pied la Constitution et les principes les plus fondamentaux de la République.

Notre conscience nous interdit de nous taire et de laisser faire ce qui conduit à mettre en péril la paix civile.

Nous appelons à une manifestation le samedi 4 septembre 2010, place de la République à Paris, à 14h00, et partout en France, afin de fêter le 140e anniversaire d’une République que nous voulons plus que jamais, libre, égale et fraternelle.

Pour signer c'est  ici

PS: Cela ne doit pas vous faire oublier la pétition que j'ai lancée en juin (Cf. les Notes des 11, 14 et 18 juin, que vous trouverez en cliquant dans "Archives" sur le mois de juin): "La france que nous aimons, vous la quittez....". Signez et faites signer. Surtout qu'il la quitte de plus en plus, et que la rentrée va être xxxxxxx [censuré!]

 

19:00 Publié dans ACTUALITE | Lien permanent | Commentaires (7)

03/08/2010

Michael Ferrier (bis) et la France aux mille visages

D’abord, merci aux Internautes, toujours fidèles au Blog : presque 10500 visites en juin (10459), et en juillet, mois de « vacances » où la fréquentation est traditionnellement basse, un peu plus de 9000 (9031 exactement).

 

La présentation du roman de Michael Ferrier, Sympathie pour le fantôme, a suscité des critiques de 2 ordres différents.

 

Avec Gigi 3, cela risque fort d’être le dialogue de sourds. Mais, allons y quand même.

Voici des extraits de ce qu’elle écrit[1] :

«(…) les "trois histoires" déterminantes pour l'identité nationale ne mettent en scène que des héros de "couleur". Je veux bien croire qu'ils ont contribué en tant que "marges" selon votre expression. Mais un tel livre n'intéressera que les gens qui s'y reconnaîtront, pas les "souchiens" qui ont d'autres ancêtres et qui trouvent qu'en ce moment, on les oublie trop souvent et qu'on ne vise qu'à les enterrer définitivement.

Ce roman est communautariste, il peut être bien écrit, mais ce qu'il dit aux "souchiens" est : vous êtes racistes si vous ne reconnaissez pas que nous avons joué un rôle égal à celui de vos aïeux. » (…)

 Césaire «  évoquait pour la Guadeloupe et les Antilles en général "un génocide par substitution" à propos de "l'invasion des blancs" sur la terre ancestrale. Alors, ce qui est racisme pour les blancs, ne le serait pas pour les adorateurs de Césaire ? Faut nous expliquer ça. »

 

D’abord, il faut apprendre à lire, Gigi 3. J’ai écris : « trois récits s’entremêlent dans le roman. Trois récits décalés : la France construite par ce que l’on croit être ses marges. » Donc il est clair que je ne prends nullement à mon compte (et Ferrier non plus d’ailleurs), l’expression de « marge ».

Il n’y a de « marges » que parce qu’il y a des gens qui marginalisent, et qui se croient au centre.

Et précisément, le roman de Ferrier intéressera tous ceux/celles qui pensent autrement qu’en termes de « centre » et de « marges ».

Ce ne sont pas parce qu’ils sont « de couleur » que Ferrier s’intéresse à ces trois héros, mais parce qu’étant « de couleur », leurs apports à l’histoire de France ont été « rejetés », « dédaignés », « ignorés ».

Ce qui l’intéresse, ce sont « ceux qu’on a enlevés de l’Histoire ou qu’on a pas laissés entrer ». Les « oubliés du destin, les morts pour rien ».

C’est l’exact contraire du « communautarisme », puisque cela vise à englober tout le monde. « Communautarisme » qui est précisément votre logique, en séparant les gens en « souchiens » (expression vraiment étrange) et autres.

Autrement dit, ce serait la naissance qui cliverait les gens : 1789 et l’abolition des privilèges dus à la naissance, il faudrait peut-être s’en souvenir.

Césaire parlait d’une domination, justement de ce qui a privé certains de reconnaissance. C’est un cas de figure tout à fait différent.

 

Et d’ailleurs, Ferrier vous répond dans le roman lui-même : le dit Jean-Christophe reproche au personnage principal :

« Vous croyez à une France multiculturelle coupée de ses racines, c’est ça ? »

Et le dit personnage de répondre :

« Mais non. Je suis à l’écoute de quelque chose de plus lointain. Ce sont, comment dire ? Des essais de littérature parallèle. Petits portraits, situations vécues… (…) Tout un peuple de brassage, de montage… Cela donne des être uniques, forcément. Dérangeants. »

 

En 1985, le Figaro Magazine, se situant tout à fait dans les mêmes eaux de vous, prédisait que la France serait « musulmane » dans trente ans… c'est-à-dire en 2015 !

Rendez-vous dans 5 ans, pour constater qu’on a attisé des haines.

Alors qu’ « il y a tellement de façons d’être Français ».

 

Mais plus profondément, ce que vous pourriez retirer de Ferrier, Gigi 3, c’est que les 3 héros mis en scène, et beaucoup d’autres bien sûr (il s’agit d’un roman, pas d’un manuel !), contribuent, par ce qu’ils ont faits, à enrichir votre vie actuelle.

La peinture, la poésie, le goût de la vanille !

Si vous ne comprenez pas cela, Gigi3, je vous plains.

 

 

 

Un autre commentaire provient de ‘Diane chasseresse’ :

 

 

« (…)  je ne sais pas si ce que vous avez écrit est fidèle au livre, mais je note que dans 2 des 3 histoires racontées, les personnages -2 hommes- sont actifs tandis que dans la troisième histoire le personnage -comme par hasard il s’agit d’une femme !- est simplement

« l’inspiratrice » d’un homme en l’occurrence Baudelaire.

Curieuse conception de l’égalité homme-femme !

Mon malaise est renforcé quand vous écrivez que l’auteur aime la ville de Tokyo, « comme on aime une femme ». Là encore le point de vue est masculin.

D’ailleurs ce n’est pas la première fois que vous parlez très favorablement du Japon. C’est votre goût du paradoxe car vous vous voulez non conformiste et le Japon est un pays où règne l’esprit de groupe. Mais l’art du paradoxe suffit-il à faire une pensée ? Je ne le crois pas. »

 

J’espère avoir été fidèle au roman. Si Michaël Ferrier veut intervenir, il le fera. Mais je voudrais déjà répondre.

D’abord pour Jeanne Duval, la « belle d’abandon », je pense qu’il y a maldonne. Ferrier célèbre, au contraire une femme libre, et il n’y a pas tellement de différence entre elle « inspiratrice » de Baudelaire, et Ambroise Vollard qui n’est pas peintre, mais permet à des peintres de donner leur mesure.

Vous avez entendu parler de Jeanne Duval ? Pas moi avant Ferrier. Et mon édition des Fleurs du mal commence par une présentation de la vie de Charles Baudelaire où il n’en est nullement question.

Jeanne accumule les handicaps dans la société du milieu du XIXe, de la croyance en des« races supérieures », en des « classes cultivées » et en… un sexe  supérieur.

Le XIXe siècle est un des pires siècles pour les femmes. Les voies de libération sont peu nombreuses.

Claude Langlois a montré qu’être religieuse permettait de sortir du carcan dans lequel de Code napoléonien confinait les femmes.

 

Jeanne Duval a choisi une voie plus « scandaleuse »,  moins « légitime », que Ferrier magnifie. Je ne pense pas qu’on puisse lui en faire grief.

De même, quand on pense que « l’individu abstrait » est un mirage où l’on tente de marginaliser, le dominer, voire de refuser l’autre en donnant valeur universelle à sa particularité, alors on assume cette particularité.

Quand on est un homme, on peut avoir un « point de vue masculin ». L’important est de le vivre comme tel, en le sachant particulier. En donnant autant de légitimité au point de vue de l’autre.

Avoir des rapports sexués entre individus fait partie des charmes de la vie. Ce qui serait ‘craignos’, en revanche serait d’englober les autres dans une de leur caractéristique, quelle qu’elle soit.

Mais que serait la littérature, les romans, si les rapports entre les humains étaient abstraits,  exempts de sensualités, de désirs ?

Et la vie elle-même n’aurait-elle pas beaucoup moins de charme.

 

 

Enfin, le Japon. Effectivement depuis longtemps, je subis des critiques analogues à celles que vous me faites.

Mais je tiens bon, car « l’esprit de groupe », ce n’est qu’une vue très partielle du Japon, des Japonais.

Une vue qu’il faut transpercer pour découvrir, non pas la « vraie » réalité, mais une autre réalité.

Et de cela aussi, Ferrier parle de façon magnifique.

Alors je vais lui laisser le dernier mot :

Tokyo « Ville sans cesse et depuis des siècles quadrillée, fichée, policée, et depuis des siècles rebelle à toute base de données, à tout moteur de recherche, à toute mise à l’index. Ville peuplée de salarymen au costume monotone et pourtant irréductible aux conformismes du vêtement et de la pensée. (…)

Ville traversée de toutes part de lignes, de couloirs, de ponts, de réseaux, de voitures et de vélos,de véhicules, de trains, et qui connaît finalement un monde de transport privilégié l’errance, et un mode de vie : le questionnement.

Ville où des millions d’histoires, des millions de voix dans l’air, sous terre, au large s’interpellent. Chacun, avec le mode de vie qui lui appartient ou qu’il est en train d’inventer.

Ville fantôme, tout en apparitions, en disparitions, en rencontres diasporiques… »

 

 PS: Sur les déclarations de Sarko: cf. la tribune d'Esther Benbassa  sur "Rue 89" et intitulée : "Inventer des « sous-Français », jeu dangereux de Sarkozy" ?



[1] Texte complet dans les commentaires de la précédente Note.

27/07/2010

Michaël Ferrier: un autre regard sur l’identité nationale et l’intégration

A PROPOS DE SYMPATHIE POUR LE FANTOME

Roman publié chez Gallimard.

 

Je ne sais plus dans quelle Note de ce Blog, j’avais indiqué qu’il ne fallait pas fuir le débat sur l’identité nationale, mais en présenter une toute autre vision que celle d’Eric Besson.

Mes vœux viennent d’être comblés à 200% par un roman que je vous recommande chaleureusement d’emporter dans votre bagage de « vacances » :

Sympathie pour le fantôme de Michaël Ferrier, qui vient de paraître chez Gallimard.

Les vacances, c’est du temps de cerveau disponible… pour autre chose que coca cola !

 

A sa manière, celle d’un écrivain à la prose jubilatoire, Michaël Ferrier intervient dans le débat sur l’identité nationale, et en subvertit la forme et le fond.

 

La forme car l’ouvrage est d’abord un savoureux roman, à l’écriture élégante et alerte,

«  un regard diamanté » sur les gens et les choses, pour reprendre une citation de Baudelaire faite par Ferrier lui-même.

Ce roman raconte les aventures d’un professeur français à Tokyo. Est-ce l’auteur lui-même, professeur de littérature l’Université Chûô à Tokyo ?

Certainement oui, puisque le 'héros' s’appelle aussi Michaël. Sûrement non pourtant, car le travail d’écriture éloigne de toute confession et c’est bien un personnage de roman que nous suivons, pas à pas, à la rencontre d’autres personnages :  

 

En premier lieu, la rayonnante, la charmeuse Yuko, responsable d’une émission de télévision Tokyo Time Table, dont le moindre petit geste -celui de sa main qui dégage « ses cheveux légèrement emmêlés sur sa nuque »- suscite un tendre et joyeux désir

Mais aussi la baudruche professorale, Nezumi (où chaque universitaire possédant quelque notoriété pourra grimacer en contemplant son image),

Jean-Christophe, dit « Le Gorille », le communicant type, assassin de tout sens, de toute saveur, de toute vie,

Un envoyé de l’Ambassade de France, qui « a tout du coléoptère. Sérieux jusqu’à la racine du concombre »

Et d’autres plus sympathiques comme le patron, manchot et virtuose de dextérité, d’un bar de Kabuki-cho, le quartier des plaisirs de Tokyo.

 

Tokyo, « ville de l’aube toujours naissante, sans cesse renouvelée », « structure métabolique », « espace qui ne commence nulle part et ne finit jamais », Tokyo qui n’est pas le moindre des personnages de l’histoire, au contraire.

Tokyo dont, d’ouvrage en ouvrage, Ferrier raconte les palpitations diurnes et nocturnes en amoureux lucide.

Une ville, c’est comme une femme, quand on l’aime vraiment, même ses défauts ont du charme. Elle peut-être pour lui tout autant la « ville la plus laide» en ses abords et « la plus poétique du monde » par ses affinités « avec le rêve et plus encore avec le rébus ».

 

Nous nous délectons à goûter la sensualité qui se dégage de cette œuvre, sensualité affichée quand il s’agit de nourriture (la dégustation d’une prune par exemple), sensualité douce et tendre (à part une plaisanterie rabelaisienne quant à l’émoi d’un professeur aux étudiantes trop charmantes) pour célébrer la vie à « l’ombre des jeunes filles en short ».

 

Je ne résiste pas à vous citer un passage célébrant le plaisir de l’attente :

 « Nous le savions, nous attendions le soir. Nous savions bien que cela allait arriver. Toutes les histoires d’amour commencent ainsi, à la nuit, comme s’il fallait attendre qu’enfin le jour se taise, qu’il emporte avec lui les bruits, les bavardages et que revienne doucement le règne des caresses. Pour qu’enfin, au loin, dans une aube renversée, le murmure du matin puisse renaître, et que tout puisse recommencer. »

 

Je pourrais continuer longtemps cette si agréable promenade, mais je vous sens impatient et en train de vous dire : Quel rapport au débat français  sur l’identité nationale ? Quel rapport à l’intégration ?

 

L’identité nationale : Trois histoires s’emboîtent dans l’histoire de ce roman à tiroirs. Le prof. français  ayant critiqué  l’aspect convenu d’une émission de télévision Miroirs de la France est chargé par Yuko la magnifique, d’écrire trois textes  qu’elle mettra en images.

Trois textes qui présenteraient « l’Histoire de France sous un jour nouveau, original »

 

Alors trois récits s’entremêlent dans le roman. Trois récits décalés : la France construite par ce que l’on croit être ses marges. Trois récit pour « dérégler la mémoire nationale ».

Et même pas les « grandes figures » des dites marges « Toussaint ! Schoelcher… Césaire ! » Non  quelques uns des « rejetés », « dédaignés », « ignorés » ; « ceux qu’on a enlevés de l’Histoire ou qu’on a pas laissés entrer ». Les « oubliés du destin, les morts pour rien ».

« Ceux qui n’ont pas laissé de noms, et leur corps nulle part aujourd’hui… J’ai de la sympathie pour ces fantômes»[1] écrit l'auteur.

 

D’abord, l’histoire d’Ambroise Vollard, marchand d’art, né à la Réunion, qui va exposer Manet, Gauguin, Van Gogh, Cézanne, Picasso, Matisse. Souvent pour la première fois : « il conçoit les expositions comme des inaugurations, des épiphanies ».

C’est un découvreur, un révélateur, pas un saint (« Au Vollard ! Au Vollard ! » criait Forain qui l’adorait par ailleurs). Il n’a pas reçu d’éducation artistique mais possède « le flair, le sens du beau et celui du risque, le goût. »

« Qu’aurait été l’histoire de la France moderne sans ce géant créole aux yeux doux et aux mains de boxeur ? »

 

Ensuite, l’histoire de Jeanne Duval, la « belle d’abandon », « noyée dans le sommeil de France, perdue dans la nuit du temps. Mémoire dormante, parole de nuit, eau profonde.»

Jeanne Duval représente « tout ce que la bonne société de l’époque [le milieu du XIXe siècle] refuse : une femme belle, de couleur, et qui sait ce qu’est l’amour. »

Jeanne vilipendée, traitée de « sournoise, menteuse, débauchée, dépensière, alcoolique, ignorante et stupide… »

Jeanne qui fut pourtant, « pendant des années, la grande inspiratrice du plus ensorcelant poète français du XIXe siècle », Charles Baudelaire.

« Leurs enlacements sont « comme des cascades », « orageux et secrets, fourmillants et profonds » (…) quand vers elle ses désirs partent en caravane, il écrit quelques-uns des plus extraordinaires poèmes du siècle… »

 

Enfin, l’histoire d’Edmond Albius, « le marieur des fleurs ». Un esclave, un de ces esclaves « pratiquement inconnus aujourd’hui dans l’histoire de France » et qui sont pourtant « un certain nombre à l’avoir changée en profondeur, à l’avoir façonnée avec courage, avec souffrance, avec intelligence. »

De père inconnu, de mère morte en couche, « ce petit négrillon » est donné par son propriétaire à Ferreol Bellier Beaumont, homme passionné par la botanique et les orchidées.

Edmond le « va-nu-pied » (« comme tous les autres esclaves, sous peine de trente coups de fouet, il n’a pas le droit de porter des chaussures »), à douze ans, découvre « la fécondation artificielle de la vanille ».

Je vous laisse le plaisir de découvrir comment s’effectue cette découverte, par un « geste enfantin », un geste « qui réclame toute la dextérité de l’enfance ».

Et la suite : comment l’affranchissement de l’esclavage en 1848 fut souvent, pour les anciens esclaves, un marché de dupes.

 

Et pendant que le prof. écrit les histoires d’une France oubliée, se prépare, puis se déroule LE grand colloque sur l’identité de la France. Je ne vous en dirai pas plus. Il ne faut pas en dire trop quand on présente une œuvre.

 

Voilà donc une réponse magnifique au débat calamiteux, parce que biaisé dés le départ, sur l’identité nationale.

Et Ferrier impulse du mouvement pour aller plus loin : si nous n’avons pas su être offensifs dans ce débat, c’est que nous n’arrivons pas à déconstruire la notion d’intégration.

Implicitement et sans jamais devenir un roman à thèse, Sympathie pour un fantôme, pulvérise doublement la manière dont la question de l’intégration est posée.

 

D’abord, la demande récurrente faite à ceux qui viennent d’ailleurs de s’intégrer à une nation homogène, comme si la nation n’était pas plurielle. Ferrié  ne se limite pas à la France, mais montre que, contrairement à la légende, « le Japon est cerné par les mélanges, les sang-mêlé. »

Le monde entier « doit apprendre qu’il est le monde, né du mélange, croissant, multipliant, au gré des courants et des continents, le même monde partout, c'est-à-dire divers infiniment… »

Et Yuko n’est jamais aussi éblouissante que lorsqu’elle « écoute un poème de Baudelaire interprété en reggae par des musiciens québécois. »

 

Ensuite, et là, c’est plus subtil mais pourtant c’est ainsi, du début à la fin, que je lis ce roman,  il faut s’intégrer pour dé-s-intégrer, c'est à dire pour créer, inventer.

Quand on ne met jamais son esprit critique dans la poche, quand on ne joue pas la télé contre l’université pédante ou l’université contre la télé superficielle, mais que, sans illusion aucune, on perçoit

que «la télévision et l’université se rejoignent, hagardes, béates, dans l’immensité vide de leurs savoirs réciproques… »

 (cela quand on est prof et que l'on 'passe à la télé' comme on dit , mais d'autres situations on peut trouver des facticités analogues) 

 

 

Alors on doit choisir.

- Le refus de s’intégrer, l’utopie de la contre-société, celle des moines, de Savonarole, de Lénine, des femmes en burqa°. L’utopie de ceux et celles qui croient pouvoir atteindre un monde pur.

L’utopie mortifère des purificateurs en tous genres : un autre monde, dans ce monde ci est possible, on va le construire et balayer tous les méchants, tous les gêneurs.

 

- Ou le renoncement cynique : il n’y a pas d’autre monde, alors soyons une copie qu’on forme. Ce sont les bêtes et méchants qui prospèrent,  acceptons nous aussi d’être formaté, tentons de  tirer profit au maximum des cartes qui se trouvent dans notre jeu.

L’idéologie mortifère de l’intégration complète, sacralisée.

 

Pas d’autre issue que cette alternative? Si, peut-être. « On est jamais tout à fait guéri de l’étrange manie d’espérer ».

Et cette étrange manie parcourt le roman

Même « vampirisées à la mesure de leur charme », Kimiko et Kate, deux éphémères héroines du livre, n’en restent pas moins ravissantes et rieuses.

Même quand « tout est réglé comme sur des roulettes », même quand « l’écran de contrôle » contrôle effectivement,  la télévision n’arrive pas tout à fait à tuer l’art : « le poème [lu] travaille par en dessous très vite, très loin… attention, il pourrait atteindre quelqu’un… ça arrive parfois. »

Et Tokyo, « ville de contraintes et d’ordre », «suscite en permanence de nouvelles façons d’être libre et de penser. »

 

Accepter l’intégration sans lui donner le dernier mot.

Tout est plus ou moins truqué sans doute, mais « quelque chose arrive par en dessous et de très très loin (…) Quelque chose qui troue la perception, saute  à pieds joints par-dessus le système. »

 

Il y a du Marivaux chez Ferrier. Rappelez-vous, Les fausses confidences ; la description terriblement lucide des rapports étroits entre sexe et argent. Un amour socialement impossible. Araminte et Dorante ne peuvent légitimement s’aimer.

Les choses devraient en rester là. Partout les situations sont piégées, les blocages règnent en maître.

Pourtant le valet Dubois n’en prend pas son parti. Artifices, duplicités, subterfuges constituent autant de manœuvres complexes et intelligentes pour prendre les obstacles à revers et construire, pour nos amoureux, une relation un peu authentique.

Sauf à s’illusionner ou à renoncer, il faut tenter de se montrer plus retors que la réalité établie. Trouver les artifices efficaces, les failles où s’engouffrer.

Ni refuser ni renoncer, mais transpercer. Et, comme Vollard, se montrer « stratège ».

 

 

 

 

 

 



[1] Ah dites vous, voilà la raison de ce titre un peu mystérieux. Détrompez-vous : il en existe deux autres que je vous laisse découvrir.

° Eh oui, je l'ai dit et répété à plusieurs reprises: je suis à la fois contre une loi et contre le port de la "burqa". mais pas parce que "la République se vit à visage découvert" et autres fadaises assez stupides. Pour la raison que j'indique là et qui me semble beaucoup plus fondamentale

20/07/2010

L’islam doit-il peu ou prou bénéficier d’une reconnaissance officielle ?

J’ai reçu dernièrement ce mel à propos de ma Note du 28 juin :

« La laïcité doublement bafouée ».

 

« J'ai oublié tout à l'heure de te parler d'un texte de ton blog - l'inauguration d'une mosquée par Fillon. Tu es meilleur connaisseur que moi de la loi et de la tradition laïque, et je ne conteste rien de ce que tu dis à ce sujet, ni des arguments d'actualité que tu avances.

 

Néanmoins, l'argument du "depuis 1905, on n'a jamais..., on ne doit pas" n'est pas de ceux que tu mets en avant d'habitude. Personnellement, dans un premier temps, j'ai trouvé négative la démarche de Fillon. J'ai un peu changé d'avis en entendant les condamnations habituelles des républicains purs et durs; d'autre part, politiquement, on peut évaluer s'il avait à perdre ou à gagner...

Par rapport à "la France anti-mosquées", assez nombreuse, il n'était pas gagnant. Voir aussi le récent "apéro pinard - saucisson" (ou quelque chose de ce genre-là), où l'horreur des mosquées qui se déversent dans les rues a été beaucoup évoquée.

Bref, si j'osais, je dirais que c'était un geste politique d'accommodement raisonnable - pour combler la faiblesse concrète et juridique des lieux de culte musulman. Mais l'accommodement raisonnable ne concerne peut-être en aucune façon le symbolique, et ne peut être "accommodé à titre personnel" par quiconque? 

 

L'inauguration d'un lieu de culte est certes symboliquement importante, mais sauf erreur, en province, n'est-ce pas devenu la règle, s'il s'en inaugure un, que le député, le maire, le sénateur et peut-être même le préfet apparaissent?

Bref, n'est-ce pas un de ces arrangements silencieux que le XX° siècle a permis? Est-ce plus ou moins grave que le fait de reconnaître dans les cultes  des "fondations" où l'on peu faire des dons qu'on peut signaler sur la feuille d'impôts?

 

Finalement, où est la ligne de partage non négociable de la laïcité française? Les subventions directes et des privilèges de la République (collation des grades universitaires par exemple)?

 J'ai parfois l'impression que la faiblesse des religions - et bien sûr en premier lieu du catholicisme - réoriente d'elle-même la situation politico-religieuse..., à la fois les laïcisations et les non laïcisations. C'est comme si tout un terrain se déplaçait et recomposait les lignes de partage reçues...

 Mais bien sûr, c'est juste un avis. »

 

Cette interrogation est pertinente. Cependant, je garde ma position, en tentant de mieux l’expliquer :

 

Les pouvoirs publics ne doivent pas être indifférents en matière de liberté de religion : « La république assure la liberté de conscience et garantit le libre exercice des cultes. »…Ainsi commence la loi de séparation des Eglises et de l’Etat.

Donc si j’étais sûr qu’il s’agit de solenniser l’intérêt de la République pour « le libre exercice des cultes », le fait qu’elle doit en être le garant, OK à une condition :

Qu’à ce moment là, Fillon aille aussi voir la Fédération nationale de la Libre Pensée, pour solenniser l’intérêt de la République à assurer la liberté de conscience.

 

Mais ce n’est pas de cela qu’il s’est agi. Plutôt de rendre un peu officiel un islam considéré comme convenable, au même moment où le même Fillon dépose, contre l’avis du Conseil d’Etat et de nombreux juriste, un projet de loi interdisant le port du voile intégral dans l’espace public.

Comprenez moi bien, je  me sens beaucoup plus en affinité avec des musulmans qui sont engagés dans un travail de réinterprétation des textes (qui a d’ailleurs sa légitimité en islam),  par rapport à certaines tradition, qu’avec des formes plus radicales de l’islam.

Le désir exacerbé de pureté des femmes qui portent le voile intégral, comme le même désir de la part de ceux pour qui un aliment n’est jamais assez casher, tout cela me semble conduire à des impasses.

Mais on ne libère pas les gens malgré eux.

Et si l’Etat  doit veiller à ce que les religions respectent la laïcité, il n’a pas à leur imposer de normes de comportements.

Or, la laïcité est « doublement menacée », selon ce que j’avais écrit fin juin, aussi bien quand on change la notion d’ordre public (cf. l’inquiétant exposé des motifs) pour interdire une pratique religieuse radicale qui ne menace pas autrui, que quand (par compensation) on se situe dans l’ambiguïté (soutien à la liberté de culte ou caution politique d’un certain islam).

 

L’islam n’a besoin ni d’être officialisée, ni d’être stigmatisé. Il a besoin de liberté. La liberté sera le meilleur cadre pour que le débat interprétatif, actuellement court-circuité par l’attitude et de l’Etat français, et des pays dont sont issus (parfois depuis plusieurs générations) certains musulmans français, puisse avoir lieu tranquillement.

Enfin, bien sûr, ce n’est pas la seule condition. Il faudrait que cesse l’occupation de la Palestine, qu’il y ait une détente au Moyen-Orient, etc.

La France ne possède pas toutes les clefs. Mais elle doit tout faire, pour ce qui la concerne, pour créer un climat propice au libre débat. Et d’abord réellement considérer les musulmans français, comme des adultes libres et responsables.

Et invoquer plus sobrement les « valeurs de la République », en tentant de réduire l’écart entre le discours et la pratique. Or actuellement, on est dans l’inflation verbale sur les dites valeurs, et dans leur mépris pratique.

 

Voila, en gros, ma position. J’espère que cela clarifie les choses..

 

 

PS : la France n’est pas la seule à croire que « l’habit fait le moine ». L’Iran la bat de plusieurs longueur. Voici ce que m’envoie un autre ami :

« Je te fais suivre l'article sur les coupes de cheveux homologués par le ministre iranien de la culture.
L'article parle du festival de la Pudeur et du voile organisé fin juillet en Iran. »’

http://www.google.com/hostednews/afp/article/ALeqM5jOTF_EdBJ0jgN1WAnd-x2YGuwWqA

14/07/2010

FÊTE NAT.

Aujourd'hui, belle fête nationale... pour nous rappeler qu'un 14 juillet, la France a délivré le monde du fanatisme et de la superstition, de l'erreur et de l'obscurantisme. Bref de tous les maux pervers où il croupissait. C'est beau! Le seul petit problème c'est que la France a été tellement généreuse dans sa distribution des lumières, qu'elle s'est un peu oubliée elle-même. Ou alors elle a perdu sa part en route. Je ne sais, toujours est-il que, vu la popularité actuelle de Chirac, j'ai fait le pire cauchemar de ma vie, j'ai rêvé que quelques années avaient passé ... et que Sarko, retraité, faisait 80% de popularité. Ouille.

A part cela, si vous avez du temps, regardez sur le site de la chaine Parlementaire LCP: Voici le lien Internet avec la vidéo :

http://www.lcpan.fr/Burqa-la-fin-du-consensus-04762.html

l'émission d'hier, 13 juillet "Ca vous regarde", où j'ai été confronté notamment au rapporteur de la loi sur le voile intégral.

Hormis la LCP, et France 24, ce sont beaucoup plus des medias étrangers, du Brésil aux USA, de la Turquie au Japon qui m'ont sollicité et qui ont fait un écho important au vote de cette loi. En France même, les medias ont fait relativement peu de commentaires, comme s'ils étaient dans un certain embarras. En revanche, la télé japonaise NHK, m'a posé de très bonnes questions. Et l'interrogation générale c'était: "Mais comment "la france des droits de l'homme" peut-elle adopter une telle loi et contrevenir aux recommandations du Consei d'Etat?" 

et pour justifier que la France s'est effectivement un peu oubliée quand elle a si généreusement donné toutes ses "valeurs universelles" au monde entier:La France condamnée par le conseil de l’Europe

(à propos des Roms). Le 30 juin dernier : Le comité des Ministres du Conseil de l’Europe a conclu à l’unanimité que la France viole l’article 31§1 et 31§2 de l’article E combiné avec l’article 31 de la Charte sociale européenne révisée.

Nombre insuffisant d’aires d’accueil,

Mauvaises conditions de vie sur ces aires,

Accès insuffisant au logement des gens du voyage sédentarisés, 

Procédure d’expulsion qui peut être mise en œuvre la nuit ou en hiver,

Discriminations liées à la loi du 3 janvier 1969 notamment concernant le droit de vote,

Manque de moyens mis en œuvre pour lutter contre l’exclusion sociale,

Difficultés d’accès au logement des Roms migrants en situation régulière.

A noter : Sur le point des procédures d’expulsions cette décision est en contradiction avec le Conseil Constitutionnel qui, le 9 juillet a jugé les articles 9 et 9-1 de la loi Besson conformes 

 

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