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01/06/2011

Officiel: Il existe des "Eglises officielles" dans la France umpétisée

Rapidement, car j'ai 2 articles sur le feu: un qui doit être fini fin avril dernier et l'autre le 20 mai dernier! Mais, chose promise chose due, j'avais indiqué que je réagirai à certains commentaires, notamment celui de misafir sur la neutralité et celui de R. Mulot sur la laïcité sans qualificatif.

D'abord, en toute immodestie, si vous voulez vraiment approfondir le débat, sur ces 2 sujets comme sur d’autres, lisez Laïcités sans frontières, que cela ne soit pas pour rien que Micheline Milot et  moi, nous nous soyons « décarcassés » pendant 3 ans.

Bien sûr, c’est 21€. Mais « faut c’qui faut » comme dirait notre sublime Président dans son français très littéraire.

Ceci dit, quelques précisions quand même.

Le commentaire de misafir sur la neutralité montre bien à quel point l’idéologie dominante dénature la laïcité, et notamment ce que la neutralité en matière de laïcité.

Car la neutralité laïque n’est en rien ce que vous croyez qu’elle est quand vous la dénoncez. Elle en est même le contraire  

 

Je vais vous citer le juriste le plus favorable à une loi contre le voile intégral. : Guy Carcassonne, prof de droit public à Paris X. Auditionné par la Mission parlementaire, il déclare :

« La laïcité n’est pas un fondement imaginable [à une loi] ; comme vous le savez ce principe s’impose à la République, en aucun cas aux citoyens. La République peut se fixer des règles procédant de la notion de neutralité, mais elle ne peut y soumettre les consciences. Sur le plan pratique, une loi d’interdiction ouvrirait une brèche : tous les signes extérieurs d’appartenance religieuse seraient prohibés, sauf à introduire des discriminations injustifiables. »(p. 554 du Rapport publié par la Documentation française, 2010)

(Admirez le « comme vous le savez » : si ce n’est pas de l’ironie, c’est bien imité !)

Or ce que réfute Carcassonne est ce qui se passe, et n’a rien à voir avec la laïcité.

 

Car, précisément, ce qui se passe est le contrairede ce qu’indique Carcassonne :

-          on impose et veut encore plus imposer, de plus en plus, des « discriminations injustifiables » à une catégorie de citoyens, et surtout de citoyennes

-          on porte atteinte à la laïcité de l’Etat, à sa neutralité arbitrale, impartiale.

 

Le n° du 31 mai du Monde, nous apprend en effet une chose ahurissante : pour un représentant de l’Etat, un Monsieur président interministériel, ex-député UMP, il existe en France actuellement des EGLISES OFFICIELLES.

Oui, vous avez bien lu ! Il existe des Eglises officielles, une voix officielle (c’est le cas de le dire !) l’affirme, et PERSONNE NE MOUFFTE, et surtout pas des de la pensée laïque unique (« sans adjectif »).

 

Explication :

La Cour d’appel vient de rejeter  une requête de la chancellerie contre 3 aumôniers de prison bénévoles des Témoins de Jéhovah. Et le président de la Miviludes Georges Fenech de déclarer au quotidien qui le cite : « On sent bien qu’à travers leurs actions, les Témoins de Jéhovah recherchent une RESPECTABILITE D’EGLISE OFFICIELLE. »

Et il ajoute que le fait que des témoins de Jéhovah emprisonnés puissent recevoir une aide spirituelle du même type que celle que reçoivent, par exemple, les catholiques emprisonnés, « serait  la porte ouverte à toutes sortes de DISSIDENCES RELIGIEUSES dans les prisons : pentecôtistes, mormons, adventistes. »

Et la journaliste du Monde de commenter froidement : « Des aumôniers pentecôtistes travaillent déjà dans les prisons ».

Constatons que le terme de « dissidences religieuses » est le terme administratif utilisé au XIXe siècle, avant 1905, quand existait le régime des « cultes reconnus » et le Concordat avec le Saint Siège.

Situation à laquelle la loi de 1905 a mis fin en indiquant dans son Article 2 :

-          que la « République ne reconnait, ne salarie ni ne subventionne aucun culte ». Le « ne reconnait » indique clairement l’abolition du régime des cultes reconnus

-          que « les services d’aumônerie » dans les lieux fermés, eux, sont destinés non pas à donner la moindre officialité aux religions, ou à revenir au système des cultes reconnus, mais « à assurer le libre exercice des cultes ».

 

M. Fenech, c’est « Monsieur Anti-Article 2 de la Loi de 1905 »

Comme il est incapable d’être partisan du libre exercice des cultes et donc de percevoir les aumôneries dans cette perspective républicaine, il est forcé de prétendre qu’il y a des Eglises officielles en France et des cultes dissidents et que les premiers ont droit à des aumôneries et pas les seconds.

 

LA LAÏCITE FENECHISEE ET UMPETISEE MARCHE SUR LA TÊTE. ELLE EST LE CONTRAIRE DE LA LOI DE 1905. ELLE EST LE CONTRAIRE DE LA NEUTRALITE.

 

Le problème, c’est que cette laïcité-là a de NOMBREUX COMPLICES, dont  certains (pas tous, heureusement) PARTISANS DE LA LAÏCITE SANS ADJECTIF.

 

Ceux-là méritent une laïcité lepénisée. S’ils continuent ils l’auront ! Le problème : ils l’imposeront à nous tous par la même occasion !

 

(La suite, demain, sur justement la dite laïcité sans adjectif et ses pièges).

 

 

31/05/2011

Le blog et ses internautes

La bêtise ambiante, neutralité et liberté, laïcité sans qualificatif, terrorisme et extrême-centre, etc.

Le blog ne parle pas souvent de lui-même. Une fois n’est pas coutume, je voudrais le faire un peu aujourd’hui, en prélude à une réponse à divers commentaires de ma dernière note.

Je voudrais, en effet, d’abord  remercier celles et ceux qui  fréquentent régulièrement ce blog et, surtout, celles et ceux qui contribuent à le faire vivre en mettant des commentaires, à la fois sur les notes et sur les commentaires eux-mêmes, développant ainsi un dialogue très intéressants entre internautes-lecteurs- lectrices.

 

Comme chacun sait, Internet peut-être le pire comme le meilleur (les révolutions arabes de ce printemps ont bien montré son rôle face à des dictatures, et ce n’est qu’un début,…).

Sur plein de sites, on trouve des commentaires haineux, de purs cris de haine. Et discutant parfois avec des personnes chargées de modérer des sites, celles-ci me racontent à quel point elles sont effarées par les propos qu’elles doivent enlever.

 

Et deux questions fusent toujours :

La première : «  quel pourcentage de commentaires dois-tu enlever ? »

Réponse 0/1000, mis à part ceux qui veulent se servir du blog au profit de sites commerciaux, voire parfois porno. Là, je dois supprimer comme un malade. Mais sinon, je n’ai rien à enlever.

Alors vient la seconde question : « mais comment est-ce possible ? »

Et, en général, l’interlocuteur ajoute : « la qualité des commentaires qui suivent tes notes est  surprenante. Même ceux qui ont été un peu limite ont été argumentés et n’ont donc rien à voir avec ce qu’il faut supprimer d’habitude ».

 

De cela soyez remerciés, de cette convivialité et qualité du débat : Merci et sachez que vous me rendez heureux.

Comme soyez remerciés de votre fidélité : entre 9000 et des poussières et 14000 et des poussières visites à chaque mois provenant de plus 3000 à plus de 5000 ordinateurs différents (13547 et 4911 en avril).

Avec une grande diversité d’âge, de professions (d’assez nombreux journalistes y trouvent quelque miel, entre autre), de pays. Et un nombre de pages consultées assez impressionnant.

Là aussi, cela étonne, pour un blog qui n’est pas du tout « in » au niveau de sa présentation, et parfois difficile à lire, avec des notes trop longues.

 

J’y trouve des raisons de continuer.

En effet, plusieurs fois, je me suis demandé si  j’arrêtais ce blog. Tout comme d’ailleurs il m’arrive, dans certains moments de doutes ou de déprime, de me dire : à quoi bon continuer à publier livres et articles sur la laïcité, alors que j’ai déjà tant écrit.

Et que ceux qui ne veulent rien entendre jouent de plus en plus aux pires sourds.

Je me dis : « Mais pourquoi, à ton âge, tu travailles encore à 11 heures du soir ? (plus chaque soir cependant, rassurez-vous).

Pourquoi ? Tu n’as plus rien à prouver. Les gens que cela intéresse peuvent lire ce que tu as déjà écrit.  Si cela se trouve, il ne te reste que quelques années. Profite de la vie et du merveilleux sourire des femmes. »

 

Et Marine le Pen se met à se réclamer de la laïcité, et l’UMP de lui emboiter le pas. Et le PS, divisé, joue largement aux abonnés absents. Et Mélenchon qui déconne de son côté.

Alors je me dis : « Impossible de profiter de la vie et du sourire des femmes en restant indifférent devant ces sommets de bêtises. »

Et je repars au travail.

 

Cela en sachant bien que c’est un assaut de franc-tireur, que c’est une petite guérilla intellectuelle. Ni plus ni moins.

Mais il faut mener cette petite guérilla.

 Et il faudra toujours que plein de gens la continuent, de mille façons, pour que la société ne devienne pas complètement étouffante, pour que le discours des satisfaits-péremptoires d’extrême centre ne règne pas sans partage.

Chaque jour, chacun doit conquérir une parcelle de liberté contre les stéréotypes qui rendent l’atmosphère irrespirable.

Personne, pas plus moi que les autres, n’est vacciné contre la bêtise ambiante.

Et il faut donc, quotidiennement, la combattre, ne serait-ce que pour sa propre santé mentale.

 

Car il faut savoir que la bêtise ambiante ne supporte pas celles et ceux qui refusent de se mettre totalement à genoux, de se coucher devant elle, de la sacraliser, de l’idolâtrer.

Cela pour une raison simple : tant que certains resteront debout, elle court toujours le risque d’être dévoilée en tant que bêtise. Et cela, elle ne peut le supporter.

Et il faut savoir aussi, qu’elle a plus d’un tour dans son sac, la dite bêtise. Et l’un d’eux consiste à s’inverser, à se transformer en contenu contraire. Et ça, c’est le piège suprême.

 

Car la bêtise ne git pas dans le contenu, mais dans la forme, dans la transformation d’une parole possible en « vérité toute faite », tellement toute faite qu’à la fin, il ne reste plus rien de vrai.

Aux orthodoxies, n’opposons pas des contre-orthodoxies.

Ayons des paroles tranchées, car on combat avec un glaive, mais ne soyons pas dupes.

La parole tranchée est notre instrument, elle ne doit pas devenir notre maître.

C’est pour cela qu’il y a de l’humour (bon et mauvais, peu importe) dans le blog.

Et c’est aussi pourquoi je suis particulièrement heureux des désaccords entre commentateurs du blog,  des débats parfois vifs qui suivent les notes.

Tant qu’ils ne connotent pas la haine, ils sont les bienvenus.

 

(à suivre demain. Quant à aujourd’hui –journée de la résolution de l’UMP sur la laïcité- vous pouvez lire :

-Mon entretien avec Lemaig Bredoux sur Mediapart : « La laïcité de l’UMP, c’est une France discriminatoire. »

-Mon article dans la rubrique « Idées » du Monde.fr : « La laïcité instrumentalisée »

 

 

 

 

10:03 Publié dans Blog | Lien permanent | Commentaires (18)

30/05/2011

Le sexisme à l'Assemblée nationale

Sous le titre « Le machisme ordinaire à l’Assemblée nationale », Le Parisien/Aujourd’hui en France (30 mai 2011) nous donne une lumineuse démonstration.

Exemples :

-          Un député UMP des Yvelines déclare à une collègue PS : « Habillée comme ça, faut pas s’étonner  de se faire violer »

-          Une députée qui, devant partir avant la fin de la séance, s’entend dire par son voisin : « avec qui vas-tu tirer un coup ? » ou « je te donne ce document si tu baises avec moi »

-          La ministre Chantale Jouanno affirme qu’elle ne peut porter une jupe  « sans entendre dans son dos des remarques salaces »

Etc, etc.

 

Et Sandrine Mazetier[1], députée PS de Paris de résumer le climat qui règne à l’Assemblée Nationale » : « une forme de paternalisme, d’infantilisation des femmes que je n’avais jamais rencontrée auparavant ».

 

A quand une « Journée de la Jupe » à devant l’Assemblée Nationale. Cela vaudrait le coup, non ?

En tout cas, bravo Messieurs : vous êtes vraiment qualifiés pour voter des lois visant des musulmanes au nom de la « dignité de la femme » et de l’égalité des sexes !

 

En avant-première mondiale le (peut-être) prochain titre du  Canard Enchainé :

Après DSK, l’affaire Tron : c’est l’UPM qui en tire une tronche !

 


(Prochaine Note: demain)

[1] Peut-être est-ce pour cela qu’elle semble avoir été parfois mal à l’aise dans la Commission sur le voil intégral (cf. le compte rendu des auditions publié par La Documentation française)

28/05/2011

L’UMP, cul béni de la violence autoroutière...et de la laïcité répressive.

Mais l’UMP témoigne aussi d’un sens certain de l’humour !

 Les députés UMP ont fait adopter, en début d’année, des dispositions assouplissant les mesures contre les violations du Code de la route.

Depuis lors, on peut récupérer plus facilement et plus vite les points qui vous sont enlevés.

 Mesures on ne peut plus efficaces. Les résultats n’ont pas tardé : environ 140 morts supplémentaires pendant les 4 premiers mois de l’année.

 

Bilan remarquable (presque autant que le nombre de meurtres de droits commun commis dans la même période) qui a fait mourir de jalousie les terroristes, lesquels n’ont pas tué, eux, une seule personne en France durant la même période.

Certains députés UMP, n’ayant  pas réussi à se faire enlever leur dernier gramme de conscience, n’en dormaient plus la nuit.

 Le matin, ils se blessaient avec leur rasoir, n’osant plus se regarder dans la glace. Ensuite, ils se trouvaient dans un malaise tel que, toute la journée, ils marchaient au radar.

 

Alors ils ont décidé d’agir, pour ne plus continuer à être, indirectement mais manifestement, responsables de la mort d’innocents. Plus de 400 morts dans l’année si on ne fait rien !

Le 31 mai prochain, Copé et Jacob proposent au parlement, au nom de l'UMP, d’adopter une résolution où il est écrit : «l’Assemblée nationale :

 

1.  Considère  que  la  sécurité sur la route  constitue  un  principe fondateur du pacte républicain et inhérent à l’identité constitutionnelle de la France ;

2. Souhaite que tous les moyens utiles soient mis en œuvre pour garantir le respect  des  principes  de  la sécurité routière contre les chauffards et assurer les  droits  et  des  devoirs  qui  en  résultent, notamment par le respect de tous les articles du  code  de  la  route, qui regroupe l’ensemble des principes et règles applicables en la matière ;

3. Estime que les automobilistes et les piétons ne peuvent pas être laissés seuls face à  des pratiques extrémistes de violence routière qui contestent les lois de la République et mettent en cause l’ordre public pour des motifs de dépassements de vitesse ;

 

4.  Affirme  solennellement que, dans la République française , nul ne peut se prévaloir  de prétextes stupides pour  s’affranchir  des  règles communes  régissant  les  relations  entre  les usagers de la voie publique ;

5.  Condamne  tous aménagements de ce principe qui, au nom d’accommodements prétendument  raisonnables,  consistent  à  transgresser  les  lois  de  la République en cédant honteusement aux puissants lobbies de l’automobile » (…)
Etc, etc. 

Bref un très large soutien à une action visant à réduire le nombre des victimes de la violence routière !

 

Excusez-moi, mais ce n’était qu’un rêve :

 Le rêve d’un pays où je me sentirai chez moi, parce que les députés de la majorité auraient le souci de l’intérêt général et  ne tiendraient pas des propos hypocrites, honteux, inqualifiables qui montrent qu’ils se moquent des meurtres autoroutiers comme de leur première chemise.

 Le rêve d’un pays où des députés de l’UMP  ne trouveraient pas normal de désobéir aux lois et, plus encore, normal de ne pas donner les moyens de désobéir en toute impunité en voulant que l’on prévienne à l’avance les chauffards des quelques endroits où la loi sera appliquée.  

En janvier 2011, ces députés ont, majoritairement, délivré le droit de tuer : ils n’ont pas supporté que le nombre de morts sur la route baisse, et ils ont voté les mesures adéquates pour le faire, de nouveau, augmenter.

 

Vous vous rappelez le curé qui souhaitait que Dieu rappelle Sarko à lui, quand notre sublime Président s’attaquait aux Roms. 

Ces députés nous pousseront-ils à bout jusqu’à espérer qu’ils soient victimes de chauffards pour savoir ce que cela signifie d’avoir 3 ou 4 membres de sa famille tués en partant en promenade.

Et savoir que si la vitesse n’est  certes pas la seule cause de la mortalité routière, elle est toujours  un facteur aggravant.

 

Et maintenant, l’UMP va faire adopter une résolution  sur la laïcité. C’est la religion et non la violence routière qui est considérée comme une menace pour la République.

Car les 5 points que j’ai donnés sont une paraphrase des 5 premiers points des 14 que compte la résolution UMP sur la laïcité.

Les lectrices du blog qui sont super-intelligentes, et même les lecteurs, qui le sont presque autant, sauront remplacer les termes qu’il faut pour passer de la motion qui aurait dû être présentée à celle qui l’est réellement..

Ils peuvent même jouer au petit jeu de celle ou celui qui saura reconstituer la motion, en vérifiant ensuite sur :

http://www.assemblee-nationale.fr/13/propositions/pion3397.asp

 

Ainsi, c’est non pas à propos de la violence routière mais au nom d’une laïcité répressive que l’on condamne très fortement  « « tous aménagements de ce principe [de laïcité] qui, au nom d’accommodements prétendument  raisonnables,  consistent  à  transgresser  les  lois  de  la
République en cédant à des revendications communautaristes
. »

 

L'UMP se réclame de la Commission Stasi de 2003 (dont on sait qu'on avait repris qu'une des 26 propositions) mais le  rapport de la dite Commission sur « l’application du principe de laïcité dans la République » écrit, lui :

 « (…) Plus généralement, notre droit a prévu des aménagementspermettant de concilier la neutralité de l’Etat avec la pratique du fait religieux ».

 Suit des exemples empruntés aux 2 lois qui sont les fondamentaux de la laïcité française, du moins dans les régions que l’UMP ne dirige pas : la loi Ferry de 1882, la loi Briand de 1905.

Et le rapport de la Commission Stasi continue  en indiquant que les exigences de neutralité « sont donc tempérées par les accommodements raisonnablespermettant à chacun d’exercer sa liberté religieuse. »

 

Les deux textes écrivent  exactement le contraire !

A croire que le rédacteur de l’UMP avait le texte de la Commission Stasi sous les yeux quand il a rédigé la résolution et qu’il s’est bien appliqué à la désavouer le plus explicitement possible !

 

Cette opposition rend lumineuses les propositions de la résolution de l’UMP.  

Au XIXe et XXe siècles, la laïcité a signifié, sur le plan concret, une tension entre fermeté et souplesse.

Fermeté pour obtenir la séparation et la neutralité de l’Etat qui n’existaient pas au départ ; l’Eglise catholique influençant l’Etat et 4 cultes étant « reconnus », c'est-à-dire semi officiels.

Souplesse parce que la séparation et la neutralité ne sont pas des fins en soi, mais des moyens adéquat pour réaliser les finalités d’un Etat démocratique : la liberté de conscience pour tous, l’égalité de tous devant les lois, quelque soient les appartenances religieuses et convictionnelles.

 

La laïcité doit à la fois combattre et pacifier.

Et historiquement, à travers tensions internes, tâtonnements, inflation idéologique et rectification du discours, c’est ce qu’elle a réussi à faire.

Elle a réussi à construire des équilibres subtils qui, bon an mal an, ont fait fonctionner la République française.

Ainsi la loi sur l’IVG en 1975a su allier la fermeté en séparant la loi civile de la morale de certaines religions en matière de mœurs, et la souplesse en prévoyant la possibilité de l’objection de conscience pour les soignants.

 

La laïcité umpétisée, en attendant d’être complètement lepénisée, n’est plus cela :

Quand on lit attentivement la résolution, ce qu’elle dit, et surtout ce qu’elle ne dit pas, on s’aperçoit qu’elle est que souplesse à l’égard du catholicisme, que fermeté à l’égard de l’islam.

Et elle masque le manque de fermeté à l’égard du catholicisme et le manque de souplesse à l’égard de l’islam par des redites.

Perspective électoraliste dans les 2 cas !

 

UNE FERMETE SANS SOUPLESSE N’EST QUE RIGIDITE.

UNE FERMETE SANS SOUPLESSE CONDUIT A LA REPRESSIONET POUSSE DES PERSONNES QUI VEULENT VIVRE TRANQUILLEMENT LEUR RELIGION DANS LA REPUBLIQUE LAÏQUE,  A ETRE EXCLUES  AU LIEU D’ETRE « INTEGREES ».

 

Un exemple :

Si les mesures préconisées par la résolution sont appliquées, les femmes qui portent un foulard seront pratiquement exclues du marché du travail.

En effet la proposition n° 7 vise à exclure les femmes portant foulard des métiers « collaborant à un service public ainsi qu’à l’ensemble des structures privées des secteurs social, médico-social ou de la petite enfance chargées d’une mission de service public ou d’intérêt général ».

Et la proposition n° 10 visant à instaurer , dans les entreprises, « une certaine neutralité en matière religieuse »  par un « encadrement des tenues et des pratiques » qui, prétend-on, seraient « susceptibles de nuire à un vivre ensemble harmonieux », pousse les entreprises à exclure en leur sein les femmes portant foulard.

 

Ces pratiques ont été considérées par la HALDE, quand elle existait en tant qu’autorité indépendante,  comme des pratiques profondément discriminatoires.

Ce sont des atteintes à l’égalité des droits.

 

Et l’UMP veut entraîner le PS dans ces pratiques discriminatoires.

Ce n’est d’ailleurs qu’un début :

 les 26 propostions adoptées début avril comportent ONZE PROJETS DE LOI à réaliser entre 2012 et 2017 pour durcir la laïcité et en faire un instrument de combat contre l’islam.

 

Mais, rassurez vous, la poursuite d’une pratique de discrimination n’empêche pas l’UMP d’avoir un sens certain de l’humour

(Ce n’est pas la première fois : rappelez-vous Brice de Clermont  : un Auvergnat, ça va ; trois Auvergnats, bonjour les dégâts !)

 

D’une part, l’on sait que le fait d’être dans le marché du travail est un facteur important d’autonomie pour les femmes.

Et voilà que les femmes qui portent foulard travaillent : Sacrée non de Zeus, elle s’émancipent toute seule, empêchant ainsi la République de les émanciper !

Quel blasphème !

 

 D’autre part, dans la dernière proposition,

 L’UMP « Forme  le  vœu  que  la France fasse valoir dans le monde, notamment à
travers  les  conventions  et organisations internationales auxquelles elle
participe,  sa  conception  d’une laïcité équilibrée et de la défense de la
liberté  religieuse
[1], afin que les peuples qui cherchent la liberté puissent s’en inspirer »

Génial comme blague, non ?

 

 

PS: La prochaine note dialoguera avec certains des commmentaires, notamment ceux qui portent sur la neutralité et les remarques de M. Mulot. 

 

[1] A noter que l’UMP préfère le terme de « liberté religieuse » à celui (employé par la loi de 1905, de « liberté de conscience ». Athées et agnostiques sentent aussi le souffre à l’UMP !

22/05/2011

Douceur totalitaire : ce que la « série DSK » nous apprend

Porter un regard critique sur la société peut consister, et cela se fait, à contester ses structures socio-économiques ou attirer l’attention sur la manière dont certains pays épuisent les ressources de la planète, au détriment d’autres, et hypothèquent l’avenir au détriment des générations futures.

Dans ces domaines, je n’ai aucune compétence particulière. En revanche, je travaille sur les représentations sociale set c’est à partir de là que je peux proposer un regard critique sur la société dans laquelle on vit.

 

(Je donne aussi l'adresse où on peut visionner la dénonciation par des féministes de l'aspect très sexiste du traitement médiatico-politique de cette affaire:

 http://videos.leparisien.fr/video/iLyROoafz-s9.html?xtor=... )

1°) La série « DSK », est non seulement une série télévisée mais, peut-on dire, une série « médiatique globale » : presse, radio, télé, internet.

Ceci dit, internet passait déjà divers épisodes, et (en 2007), la télé en avait même passé un épisode (avec le témoignage d’une jeune femme).

Mais, contrairement à ce que certains disent, internet (pour le moment du moins) n’a nullement détrôné la télé.

Il y a 10 milliards de choses sur internet et tant que la télé n’en fait pas ses choux gras, cela ne produit pas vraiment des représentations sociales.

 

Les représentations sociales dominantes, envahissantes, c’est quand la télé passe quelque chose en boucle.

Quand, elle vous dit cette chose paradoxale (et foncièrement hypocrite) :

 la justice américaine a infligé un « traitement dégradant » à DSK, d’ailleurs je vais vous le montrer, vous le remontrer, vous le montrer une 3ème, 4ème, 5ème …, 12ème  … fois, puisque c’est bien dégradant.

Ainsi, nous tous Français, nous pourrons communier dans l’indignation vertueuseenvers la justice yankee et nous réjouir que la justice c’est tellement mieux en France !

La preuve : ils ont arrêté DSK sans même qu’Obama soit au courant. Ce n’est pas chez nous que nous verrions chose pareille.

Et leurs prisons : dégueulasses, alors que les nôtres sont tellement bien que nous avons été plusieurs fois condamnés par la Cour Européenne des droits de l’homme à ce sujet.


Ça c’est la version française  de la série, mais la version américaine est différente, et celles d’autres pays encore différentes : la série « DSK », c’est comme le MC Do, à partir d’un concept unique, on intègre la tambouille locale.

 

Cette série médiatique globale est assez extraordinaire et, si j’avais le temps, cela vaudrait le coup d’enregistrer les émissions télé et radio, d’imprimer ce qui se dit sur les sites internet, de recueillir un dossier de presse le plus complet possible.

 

Faute de pouvoir faire cela, voici quelques impressions sur la façon dont elle est représentée et donc, en partie, vécue.

Car la série « DSK » nous en dit beaucoup sur ce que R. Simone appelle « le monstre doux », à partir de la domination de l’image, et sur ce que je nomme, pour ma part, la « douceur totalitaire ».

 

2°) Cette douceur totalitaire fonctionne à plein : depuis une semaine, on s’assoit sur son canapé, avec sa bière, et on a, gratis, une série télévisée, radio, presse, internet qui fait un tabac dans le monde entier (génial, pour une fois, elle n’est pas américaine, mais américano-française : Cocorico !).

Une série dont personne n’a pu télécharger l’épisode suivant sur internet, et dont aucun magazine ne vous gâche le plaisir en vous résumant le scénario du jour.

 

Comme le génial Henri Salvador nous l’avait prédit, avec sa chanson « Zorro est arrivé », le même feuilleton passe sur toutes les chaînes.

Vous pouvez zapper comme un malade, passer de « Ce soir ou jamais » à « C’est dans l’air », de la télé à la radio, d’internet à votre quotidien ou hebdo… Avec d’infinies nuances dans le script, c’est la même série, avec les mêmes acteurs, et les mêmes décors.

Mais, de toute façon, les gens ne semblent pas se lasser (du moins c’est le sentiment des producteurs de programme) de voir pour la 25ème fois la porte de la suite 2806

(28/06 : date de la déclaration de candidature à la primaire que devait faire DSK, 1ère marche vers le triomphe présidentiel : décidément l’auteur du scénario est extraordinaire)

Ou d’entendre pour la 32ème fois que la caution est d’un million de $ cash et 5 million de garantie.

Comme moi, vous avez dû lire ou entendre dans plusieurs émissions un commentaire du style :

 « génial, la réalité ressemble à une série télé » et les comparaisons avec New-York-unité spéciale, Les Experts Manhattan,...

(En fait, le couple DSK-Anne Sinclair comporte de très frappantes similitudes avec celui de The good wife, très bonne série moins connue qui est passée sur M6 et dont je vous recommande le DVD, sauf que dans la fiction c’est la femme du coupable présumé qui a le 1er rôle)

 

C’est exactement cela, cette réalité-fiction, pendant des fictions-réalité, la « douceur totalitaire » : les 2 termes (douceur et totalitaire) ont une égale importance, on peut évacuer l’un des 2. Juste remarquer que c’est la douceur, pour les 10% de gens les + riches du monde

(Mais vu ce qu’il faut avoir  pour être dans ces 10%, rassurez-vous, ou inquiétez-vous, vous en êtes).

 

3°) La société du monstre doux n’est pas sans réfléchir, mais elle ne réfléchit qu’à partir de « l’actu » et surtout de « l’actu sexy ».

Vous pouvez vous évertuer à tenter de décrypter un problème permanent comme les fausses évidences contenues dans les mots « public » et « privé », trouver des trucs que personne n’a encore dit à ce sujet, vous n’avez pratiquement aucune chance d’avoir accès aux rares tribunes de débat qui subsistent encore dans quelques organes de presse, si l’actualité ne vous offre pas un boulevard.

 

Et, quand elle vous l’offre il faut

- d’une part avoir un nom déjà connu (ce qui tend à ce que ce soit toujours les mêmes, et pas forcément les meilleurs),

- d’autre part mettre femme(s), homme(s), enfants à la consigne de la gare la plus proche, pour écrire très vite votre papier et ne pas vous laisser prendre de vitesse.

 

Ne faisons pas trop la fine bouche : toute réflexion est bonne à prendre. Mais constatons :

 

-l’aspect non seulement limité, mais encore aléatoire du passage à la visibilité sociale :

petit exemple perso, j’ai écrit une tribune pour Libé, en réponse à un aspect des 4 pages de Pena-Ruiz dans le Libé du 23-24 avril. Sa publication a été retardée par l’affaire Ben Laden, et elle a été publiée dans le n° du vendredi 13 mai.

(et dans la Note du 14 mai sur le Blog)

Chance extraordinaire : elle aurait été programmée par Libé pour le début de la semaine suivante, avec la série « DSK », omniprésente… (Et après, cela aurait été vraiment du réchauffé)

Bref, la présentation de l'actualité a sa logique.

d'ailleurs, vous vous en êtes aperçu, il ne se passe pratiquement rien dans le monde entier depuis une semaine....

 

-Le fait que « l’actu » commande la réflexion fait que celle-ci couvre principalement les réalités susceptibles de faire événement, laissant plus ou moins dans l’ombre (quand on en parle, cela ne devient pas vraiment une représentation sociale) des pans entiers, et très importants de la réalité :

la réalité tend à se réduire à l’actualité, et les gens sont formatés pour confondre actualité et réalité. Ils résistent dans les domaines où ils peuvent avoir une expérience ou une connaissance personnelles. Mais ces domaines sont limités.

Et pour le reste, comme le dit un proverbe allemand c’est : « oiseau mange ou meurt » !

 

-Les journalistes, le nez sur l’actualité, ne sont pas « armés »  conceptuellement pour analyser la réalité, même quand l’actualité leur tend la perche pour traiter un pan de la réalité.

 

Deux exemples :

Primo, on a beaucoup utilisé l’expression « affaire de mœurs » pour la série « DSK », or « l’affaire de mœurs » peut signifier 2 choses complètement différentes : celle de Bill Clinton où, là, les 2 adultes étaient consentants. Donc, même si ce n’est pas glorieux,… et l’affaire actuelle où sont en cause une agression sexuelle, une tentative de viol, ce qui est structurellement bien différent.

 

Secundo : la version française de la série « DSK » nous bassine avec la « puritaine Amérique ».

Mais aucun journaliste de mes deux n’a lu l’ouvrage fondamental de l’historien E. Leites : La passion du bonheur. Conscience puritaine et sexualité moderne (trad. fçaise Paris, 1985). Sinon, ils diraient moins de bêtises, de lieux communs stéréotypés et affligeants d’inculture.

Eh oui, ce sont les puritains qui ont inventé une sexualité conjugale épanouie. Pas les Gaulois !

Le plus drôle dans l’affaire c’est que, si les Puritains du XVIIe siècle se sont également montrés stricts en matière de mœurs, c’est que les seigneurs engrossaient à qui mieux mieux des servantes non consentantes, devenant ensuite fille-mères et rejetées par la société.

Leur « austérité » avait un sens très politique.

Naturellement, tout rapprochement de cela avec l’actualité serait le fait d’un pur hasard !

 

4°) Parler d’ « affaire de mœurs », c’est n’avoir rien compris au schmilblick.

En 50 ans la société a beaucoup évolué dans la représentation de la sexualité : elle est devenue explicitement libérale.

Je mets une nuance en écrivant « explicitement ». En effet, c’est ma génération (Nous sommes les meilleurs, c’est dit !) qui a fait ce que l’on a appelé la « révolution sexuelle »

C’était les glorieuses sixties. Et ce que nous disaient les « adultes », c’est : « Vous nous faites bien rigoler ! Si vous croyez que nous aussi, nous n’avons pas fait des vertes et des pas mûres, à votre âge ! Mais nous, nous ne l’avons pas crié sur les toits ! »

Ce à quoi nous répondions : « Justement, nous voulons libérer la parole pour pouvoir penser ce que nous tentons de vivre ».

 

D’ailleurs, il y avait quand même un changement important en ceci que, via la « pudibonde » (n’est-ce pas !) Albion, des contraceptifs arrivaient dans la France laïque où ils étaient interdits (et certains médecins enguirlandaient les jeunes filles qui commandaient des contraceptifs sans être mariées).

 

Bref, une société plus libérale en matière de mœurs a émergé.

Mais la sexualité, ce n’est pas « tout le monde, il est beau, tout le monde, il est gentil » ! C’est une force explosive, explosive de bonheur comme de dévastation.

Et la société a dû réinventer aussi des limites en la matière, et être d’autant plus exigeante à l’extérieur de ces limites qu’elle était libérale à l’intérieur.

 

Ces limites ont été de deux ordres : le refus de la pédophilie et le refus du viol, de l’acte non consenti.

Et dans la merveilleuse France laïque et républicaine, où l’égalité femme-homme est une valeur tellement fondamentale que l’on fait la chasse aux filles à foulard, le viol, en revanche n’est pas vraiment intégré, dans les représentations sociales, comme une limite à ne pas franchir.

Et quand les phénomènes de caste s'ajoutent au sexisme...

Eh oui, « lutiner les servantes », cela provoque des gloussements chez les professionnels de l'indignation au nom des "valeurs rrrépublicaines".

 C’est pourquoi, tout étonnés, nos journaleux découvrent « qu’en Amérique, on ne plaisante pas avec ces choses là » !

 

5°) La saison 1 de la série « DSK » est (espérons le du moins!) en train de finir, mais dans la banlieue où j’habite, non seulement on la commente toujours autant, en buvant un petit rouge, mais on postule les épisodes de la saison 2, qui ne sont pourtant pas encore téléchargeables sur internet.

 

Les commentaires de la saison 1, témoignent d’une très légère distance entre l’opinion des dites « élites » et celle des pseudo pôvres ploucs.

Les dites élites avaient annoncé que l’on verrait des images « insoutenables ». Ici, on a trouvé que c’était limite publicité mensongère.

Que cela était plutôt moins insoutanable que certaines arrestations répétées au faciès pour vérification d’identité. Idem pour la prison.

 

Et, pour la saison 2, l’actrice inconnue semble susciter plus de sympathie que l’acteur célèbre (si,si, si,… coupable il serait : bien sûr, je précautionneoratoire à tout va!) : on tremble déjà pour elle : les avocats vont passer tous les détails de sa vie au peigne fin.

Et si elle n’a pas été une sainte 7 jours sur 7, 24 h sur 24h, 366 jours sur 365, la terre entière va être au courant de toutes ses, petites ou grandes, turpitudes (supposées elles-aussi !).

Il y en a même un, qui a dit craindre une sorte de « second viol » par l’étalage « indécent » qui sera fait de sa vie.

Rien que des ploucs, vous dis-je !!!

 

 PS: Vous trouverez dans Métro  de demain lundi 23, les résultats d'un sondage sur "les préjugés" en France, que votre Blog favori commentera très bientôt

 

 

 

 

20/05/2011

Syrie ce 20 mai; Assises contre les Préjugés: Paris 22 mai

Pendant que DS KO occupe toute l'actualité et toutes nos conversations, la répression continue en Syrie, et ailleurs..; et les préjugés continuent de pulluler.

1) Rassemblement de solidarité avec le peuple syrien, vendredi 20 mai, à 18h30, près de l'ambassade de Syrie (métro Saint-François-Xavier), à l'appel de plusieurs associations et partis politiques.

"1000 tués, des milliers et des milliers de détenus et de disparus, des massacres et des tortures... La répression des autorités syriennes contre les manifestants de Damas, Deraa, Homs, Banyas, Alep..., atteint un consternant niveau de violence, de terreur et de cynisme.

Pour exiger du régime de Damas l'arrêt immédiat de cette répression criminelle

Pour exprimer la solidarité avec le peuple de Syrie, avec les démocrates et les progressistes de ce pays qui manifestent avec courage face aux chars, à l'armée et aux milices de Bachar Al Assad

Pour soutenir toutes celles et ceux qui agissent dans ce pays pour un État de droit, pour la démocratie et la justice sociale

Parce que le «printemps arabe», l'exigence de libertés et le respect des droits humains ne peuvent pas avoir d'exceptions..."

2) Assises contre  les préjugés, dimanche 22 mai de 1àH à 19h. ESG, 25 rue Saint-Ambroise, 75011 Paris. Info et inscription 0155075818.

je participerai le matin à la table ronde sur: Préjugés: regards de chercheurs;

et à 14 h. à la session sur L'intrumentatilisation de la laïcité.


 
PS: Une nouvelle Note, ce week-end, tentera de décrypter ce que l'on ne dit pas à propos de l'affaire DSK.

10:32 Publié dans ACTUALITE | Lien permanent | Commentaires (3)

16/05/2011

Une plaisanterie bien française...

 

Entendu en boucle, depuis hier matin, sur plusieurs chaînes de radio et de télévision:

"Aux Etats-Unis, on ne plaisante pas avec ces choses là".

1) bravo le stéréotype répété à l'infini (une fois encore!)

2) rappelons que, vraie ou fausse, ce qui est en cause est une agression sexuelle. Si on comprend bien nos journalistes talentueux et nos brillants reporters, en France, pays tellement soucieux de la dignité de la femme qu'on y interdit le port du nicab,  on plaisante volontiers avec les agressions sexuelles! C'est d'un drôle à vous faire dresser les cheveux sur la tête!

 

 

14:49 Publié dans ACTUALITE | Lien permanent | Commentaires (54)

14/05/2011

En finir avec la « laïcité ouverte »

Voici un aticle que j'ai envoyé à Libération et qui vient d'être publié dans la rubrique "rebonds" du n° du 13 mai. je le mets dans son intégralité, Libé ayant du faire (avec mon accord) une coupe, pour des raisons de mise en page.

Bonne lecture.

" Depuis plus de 20 ans, certains militants, intellectuels et groupements laïques affirment que la laïcité ne souffre pas d’être accompagnée d’un adjectif. Ils dénoncent ceux en utilisent comme des sortes de traitres à la laïcité.

Dans Libé du 23-24 avril,  Pena-Ruiz ravive ce conflit par ce titre : « la laïcité ouverte est insultante ». Il affirme, par ailleurs, que le « principe de laïcité ouverte ou positive » a été « inventé par des théoriciens au sein de la Ligue de l’Enseignement », pratiquant allègrement l’amalgame puisque c’est Sarkozy qui parle de « laïcité positive » !

Deux façons de disqualifier ceux qui n’épousent  pas sa conception de la laïcité. Je voudrais proposer une piste pour dépasser cette querelle absurde qui stérilise la gauche, au moment où  la droite dure et l’extrême droite s’emparent du thème de la laïcité pour masquer leurs propres desseins.

Querelle absurde car deux niveaux sont confondus. Celui des principes où la laïcité comme « idée régulatrice » n’a effectivement pas besoin d’adjectif. Elle se réfère à  quatre principes : la séparation de l’Etat et des religions, la neutralité arbitrale de l’Etat face aux différentes  convictions en vue d’assurer et la liberté de conscience et l’égalité des droits pour tous. Mais, suivant les époques, les pays, les domaines, ces principes sont conçus et appliqués de façon différente et toujours imparfaite.

C’est  une représentation étroite de la laïcité à ce second niveau qui s’est trouvée contestée, non les principes eux-mêmes. Ainsi Jaurès parlait de « République sociale » pour indiquer que la République réelle ne l’était pas assez. En court-circuitant les deux niveaux, on tente d’imposer une orthodoxie laïque et de réduire au silence tous ceux qui, à gauche, ne pensent pas comme vous. Toute analyse socio-historique de la représentation et de l’application de laïcité est ainsi disqualifiée. Cette attitude inquisitoriale favorise le glissement du discours dominant sur la laïcité de la gauche vers la droite.

Faut-il alors prendre à son compte l’expression de « laïcité ouverte » ? Ni la Ligue de l’enseignement, ni moi-même, qui travaille avec elle depuis 25 ans, n’avons utilisé cette expression ambiguë. Au contraire, J’ai interpellé les partisans de la « laïcité ouverte »  en leur demandant « à quoi voulez-vous ouvrir la laïcité ? » S’il s’agit « d’inventivité, de dynamisme », de répondre au défi de « sociétés pluriculturelles » : « Fort bien. » S’il s’agit « de penser que la laïcité doit être essentiellement ouverte aux religions, qu’elle se confond avec la seule liberté religieuse » : alors « résolument non. »[1]

 En effet, l’usage social de l’expression « laïcité ouverte » amalgame deux formes complètement différentes de laïcité réelle : la « laïcité de reconnaissance » d’une pleine liberté de conscience de chaque individu et de lutte contre les inégalités de droits; la « laïcité de collaboration » entre l’Etat et des autorités religieuses.[2]   

 La reconnaissance de la liberté de conscience dans des sociétés pluriculturelles induit la séparation, théorisée notamment par John Rawls, entre ce qui est « juste », et que le politique doit promouvoir, et les diverses conceptions du « bien » qui se confrontent dans la société civile. Un processus de laïcisation signifie alors l’augmentation de la liberté pour les uns, sans obliger les autres à renoncer à leur point de vue.

 Ainsi la loi de 1975 sur l’IVG  rend possible pour les femmes d’effectuer une IVG si elles ont des raisons de la souhaiter, sans l’imposer à quiconque. La loi permet en outre aux soignants qui considèrent l’avortement comme un « meurtre » de faire jouer une clause de conscience. Ainsi chaque conception du « bien » est un peu frustrée, devant faire place à l’autre, dans une recherche de justice  pour tous.  Une loi analogue pourrait être votée aujourd’hui sur l’euthanasie.

 Cette reconnaissance de la liberté de conscience fait donc accepter des ajustements : l’exception en faveur des aumôneries, au principe du non subventionnement des cultes dans l’Article 2 de la loi de 1905 en est un exemple typique. Et il en existe bien d’autres dans cette même loi.

 La « laïcité de collaboration » est très différente, puisqu’elle officialise des liens entre les autorités religieuses et l’Etat. Des éléments de cette laïcité existent en France avant l’arrivée au pouvoir de  Sarkozy, ne serait-ce que la création, en 2001, d’un « dialogue institutionnel » entre l’Etat et les autorités catholiques. En Alsace-Moselle, le Concordat et le régime des « cultes reconnus » subsiste. La « laïcité positive », exposée dans le discours du Latran, théorise et accentue cette optique de collaboration entre le religieux et le politique. Elle existe dans certains pays européens, mais n’est pas dans l’esprit de la loi de 1905. Le président suit depuis son élection cette ligne politique, tout en imposant de plus en plus aux musulmans une « laïcité autoritaire ».

 Tendanciellement, la laïcité de reconnaissance épouse les valeurs de la gauche, et la laïcité de collaboration celles de la droite. En confondant ces deux types de laïcité, que l’on prône la « laïcité ouverte » ou qu’on la dénonce comme une « insulte »,  on rend difficile, voire impossible, toute contre-attaque face à la laïcité-UMP et à la laïcité lepénisée."

  

   PS: certains m'ont demandé la date de publication dans le Blog de mon précédent article publié par Libé (+ une interview dans le Nouvel Obs qui, dans la note, est AVANT le dit article): c'est le 31 mars. 

 Re-bonne lecture!

  



[1] La laïcité expliquée à M. Sarkozy et à ceux qui écrivent ses discours, Albin Michel, 2008, p. 232-233.

[2] Avec M. Milot, dans Laïcités sans frontières (Seuil, 2011, p. 87-120), nous distinguons 6 types de laïcité dont les 2 citées ici.