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15/04/2011

Français et musulman

Je vous donne ici la préface que j'ai écrite pour l'ouvrage de Jamel Khermimoun

Français et musulman. Pour en finir avec les idées reçues

Français et musulman et non pas « Français musulman » : la différence introduite par la petite conjonction « et » me semble plus importante qu’il n’y paraît. Elle a, en effet, une double signification. L’auteur de cet ouvrage, Jamel Khermimoun, est à la fois pleinement français et pleinement musulman. Deux aspects de son identité propre qui relèvent de deux sphères différentes, la sphère politique et la sphère religieuse. Et comme il existe des personnes qui sont Français et agnostiques, Français et juifs, etc il existe aussi des personnes qui sont musulmanes et indonésiennes, sénégalaises ou américaines. Tout comme il existe des catholiques qui sont irlandais ou vietnamiennes, ou des protestants anglais, ce qui n’empêche nullement d’être Français et catholique, ou protestant. Chaque être humain possède plusieurs identités et cela contribue à façonner son individualité spécifique.

Banalité qu’un tel rappel ? Oui certes. Et pourtant dans le contexte actuel, avec ses stéréotypes et ses « idées reçues », en un temps où l’intelligence finit là où commence la peur, ce rappel n’est pas inutile. D’ailleurs, sous la plume de l’auteur, l’affirmation « Français et musulman » est à la fois un constat et une revendication qu’il souhaiterait ne plus avoir à faire, qu’il cherche à dépasser.

Un constat : Jamel Khermimoun est né à Sarcelles ; il possède la nationalité française, il est donc un citoyen français comme un autre. Et comme chaque citoyen, il a son itinéraire propre. Il a effectué des études de géographie politique, culturelle et historique qui l’ont conduit à devenir, en 2006, docteur en Sciences humaines et sociales de l’Université de Paris-Sorbonne. Sa thèse a porté sur « Le département de Seine - Saint Denis : politiques urbaines du Conseil général et enjeux d’image du territoire ».

Ce thème a été élargi dans un ouvrage publié par l’Harmattan : Politiques urbaines et image du territoire, stratégies marketing et discours des acteurs en Seine – Saint-Denis. Plus généralement, les intérêts de recherche de Jamel Khermimoun portent sur l’identité de ce département, emblématique de l’aspect pluriculturel de la France d’aujourd’hui, la gouvernance et la politique urbaine, l’étude de certains quartiers, grands ensemble et l’impact de certaines innovations, comme l’implantation du Stade de France. Autant de sujets importants. Et après des études d’ordre académique, aujourd’hui il publie un essai.

On pourrait, dans un certain sens on devrait, s’arrêter là. Sauf que le titre même de l’essai Français et musulman Pour en finir avec les idées reçues montre qu’au niveau des représentations collectives dominantes la situation n’est pas aussi simple qu’elle devrait l’être. Une expression très proche de celle du titre, celle de « Français musulman » a longtemps été utilisée de façon restrictive. Quand la France était une puissance coloniale, elle a signifié une distinction, particulièrement forte en Algérie, entre des Français d’origine européenne habitant ce pays et ceux que l’on qualifiait également d’« indigènes musulmans », longtemps « sujets français », privés des droits de la citoyenneté, ensuite citoyens de seconde zone. Cette histoire pèse encore lourdement sur la France.

Le constat « Français et musulman » comporte donc forcément une part de revendication. S’il n’y a plus de déni officiel de citoyenneté, nous assistons aujourd’hui à une idéologisation et une instrumentalisation de la notion d’intégration. Cette notion d’« intégration » concerne tous les membres d’une société sans distinction d’origines ou de croyances. La nécessité pour chacun de s’intégrer est due au fait qu’une société n’est pas seulement la somme des individus qui la composent, mais aussi et surtout la qualité des relations qu’ils établissent ensemble, dans leur diversité multiforme (sociale, culturelle professionnelle, religieuse,…) et qui donne de la cohésion et de la dynamique sociales.

C’est d’abord cela l’intégration : un lien réciproque entre les individus et aussi entre la société et les individus pour bâtir ensemble un avenir commun. Cela suppose justesse et justice. La société doit favoriser l’intégration de ses divers membres. A juste titre Jamel Khermimoun insiste donc sur les réalités de la « désintégration » sociale dans « les banlieues de la République » et la perte de substance qui en résulte.

Et, par ailleurs, il existe un paradoxe qu’une des références de l’auteur, Emile Durkheim avait déjà relevé en son temps : deux menaces guettent la société : une intégration trop faible de ses divers membres, certes ; mais aussi une intégration trop poussée générant une « individuation insuffisante ». Chacun doit pouvoir posséder sa propre individualité, ne pas être uniquement une partie du « tout social ». Et donc l’intégration ne saurait être absolue et elle ne doit pas conduire à l’uniformité. Jamel Khermimoun a raison de récuser la problématique de « l’Islam est-il [ou non] soluble dans la République. » Il faut résolument adopter une autre perspective : l’individualité de chacun n’est pas « soluble » dans quoi que ce soit, y compris la République et c’est, grâce à cela, que chaque citoyen peut précisément apporter une contribution originale à la République.

C’est aussi à partir d’une telle optique que l’on peut poser le problème, tant rebattu maintenant, de la « diversité » culturelle et religieuse. Deux indications : D’abord, tout le monde est inclus dans la diversité de la France d’aujourd’hui. Il n’y a pas ceux qui seraient « issus de la diversité » et les autres (issus, eux, de je ne sais quelle normalité !). Ensuite, reconnaître l’existence, et l’importance, de la diversité signifie que l’on ne recherche ni n’exige de personne une intégration absolue à la société car une intégration intégrale serait destructrice de la personnalité de chacun et, d’autre part, serait néfaste pour la société elle-même car elle la figerait totalement.

Dans cette optique, être « Français et musulman » constitue donc un dépassement de la revendication pour devenir une qualité qui contribue à enrichir la société française. Comme le rappelle Jamel Khermimoun les « droits de l’homme [constituent] l’interface des civilisations », et à partir de là, en démocratie, un débat interprétatif peut avoir lieu sur les diverses interprétations convictionnelles des uns et des autres. De même, l’auteur nous présente diverses « questions de société » à partir de son point de vue.

Au-delà de salutaires rappels sur la distance, parfois structurelle, entre des principes affichés et le fonctionnement social réel, j’aurais, moi qui ne suis pas musulman, des accords et des différences sur certains sujets. Ainsi sur la laïcité je pense aussi qu’elle doit faire preuve de « souplesse sans déroger à ses principes » mais j’insisterais sur le fait qu’elle intéresse plus qu’« une poignée de pays ». Ce n’est pas l’objet ici de développer ces points. Je l’ai largement fait ailleurs. Le but de ma préface consiste à rappeler que le propos de Jamel Khermimoun possède une légitimité égale à d’autres points de vue, et qu’il contribue à un débat démocratique où chacun doit argumenter sans idéaliser ni diaboliser.

« Français et musulman », Jamel Khermimoun considère que les « musulmans nés en France et en Occident construisent désormais leur identité non pas à partir d’un modèle importé mais à partir d’un sentiment fort d’appartenance à la nation, qu’ils revendiquent en même temps que leur islamité. » Il veut apporter un éclairage de sa lecture des textes guidée « par l’esprit de souplesse et d’ouverture prôné par l’Islam. » Il faut écouter attentivement ce qu’il a à nous dire ; il faut savoir confronter son propre point de vue au sien, et entrer ainsi dans une démarche de dialogue qui, comme il l’écrit lui-même, pose de « réels enjeux » et soit capable « d’apaiser les esprits ».

09/04/2011

Pseudo-débat, voile intégral : la « laïcité apaisée » à la sauce UMP.

Mouloud Baubérot, journaliste à la nouvelle chaine radio-télé, France-Elysée Plus[1] a réalisé une interview exclusive très pluraliste (comme le veut son cahier des charges) avec 2 hommes qui représentent  2 sensibilités politiques très divergentes : la majorité parlementaire, d’une part, le gouvernement de l’autre. Ont répondu à nos questions, Jean-François L’éclopé, secrétaire général de l’Union pour un Mouvement Populiste, et  Claude Géant, ministre de l’InFérieur.

M. B. : M. Géant, après le pseudo-débat…

J.-F. L’Eclopé (interrompant de façon agitée) : apaisé !

M. B. : Pardon ?

J.-F. L’Eclopé : apaisé. Il faut dire « le pseudo-glorieux débat apaisé ». Vous êtes sourd ou quoi : en 3 heures30, mardi dernier, nous avons affirmé 176 fois que ce pseudo-glorieux débat était « apaisé ». C’était notre maître mot et tous les intervenants umpétistes ont rivalisé pour le sortir à toutes les sauces.

Quel complot médiatique généralisé de ne pas avoir fait la une sur cet apaisement !

 

M. B. : Rassurez-vous, M. l’éminent Secrétaire Général, nous allons réparer cette terrible erreur.

 Je disais donc, M. Géant qu’après le pseudo-débat magnifiquement apaisé, vous avez fait diverses déclarations controversées et vous publiez une seconde circulaire, après celle du Premier Ministre, sur l’application de la loi concernant le voile intégral. Pourquoi cette circulaire ?

 

Cl. Géant : Voyez-vous, on n’apaise jamais assez.

Tout en rendant hommage à l’action si amadouante de mon ami l’Eclopé, je me suis dit qu’il était nécessaire d’en « remettre une couche », et même plusieurs.

« Sans cesse sur le métier (politique), apaisez votre ouvrage » : tel est notre mot d’ordre et c’est la raison d’être d’une seconde circulaire. Il y en aura même une trente-troisième si la placidité, la rassérénassions et l’ataraxie ne sont pas totales dans le pays.

Voyez-vous, si la majorité parlementaire veut apaiser les esprits, le gouvernement lui cherche carrément à endormir les Français. C’est encore mieux, non ?

 

M. B. : Mais ne craignez-vous pas d’écorner ainsi la liberté religieuse. Le Conseil d’Etat a précisé qu’on ne pouvait pas interdire le voile intégral dans tout l’espace public, seulement dans certains lieux précis...

 

Cl. Géant : Nous l’avons déclaré cent fois et le répétons chaque jour : la loi interdit de se couvrir le visage, sans autre précision.  Il y a trop de motards dont le casque est très couvrant,… sans compter Mimie et Mickey à Disneyland,… 

Redisons- le encore, cette loi n’a rien, mais vraiment rien à voir avec la religion en général et l'islam en particulier. Je vais vous en donner une double preuve mirobolante. D’abord, nous avons consulté les responsables musulmans.

 

M. B. : Que vous ont-ils dit ?

 

Cl. Géant : Ils nous ont dit : « Nous sommes contre la loi, nous ne pouvons donc pas vous aider à rédiger la circulaire. Mais, par respect pour les institutions de la République, nous acceptons de vous recevoir. »[2]

Maintenant, si vous en êtes capable, comprenez à quel point notre politique est fabuleusement fabuleuse : à tous les coups, on gagne ! Si ces responsables avaient refusé de nous recevoir, nous aurions passé notre temps à dire qu’ils se mettaient en dehors de la République ; ils nous ont reçus, nous clamons sur tous les toits que nous avons élaboré la circulaire en dialogue avec eux. Lumineux, non ?

 

M. B. : C’est géant ! Et la seconde preuve est-elle aussi astucieuse ?

 

Cl. Géant : La seconde preuve est encore plus démente : le voile intégral, précise la circulaire, sera permis aux abords immédiats des édifices religieux.  Ainsi, c’est limpide, la religion n’a rien à y voir.

 

M. B. : Justement, ne pensez-vous pas que…

 

Cl. Géant : Mais ne comprenez-vous pas que c’est une circulaire qui combat le  communautarisme, la ghetthoïsation sociale des banlieues. Désormais, il y aura deux espaces publics dans la société civile : les espaces sans voile intégral, et les espaces avec, aux abords des édifices religieux.

Deux avantages : d’abord, il s’agit des édifices religieux en général : les femmes en nicab pourront se promener autour de tous les édifices religieux : Quel apaisement ! Quelle quiétude !

Ensuite, grâce à nous et à  l’instauration d’espaces religieux différenciés au sein de l’espace public, on pourra plus facilement convaincre l’opinion publique que le communautarisme est le premier des dangers. Bien des Français sont souvent  insouciants, plus intéressés par des vétilles comme l’emploi ou le pouvoir d’achat.

Des circuits touristiques iront de l’espace sans nicab à l’espace avec nicab.  Ce sera très cher, puisque ces femmes sont extrêmement  peu nombreuses en France. Et comme ces circuits auront une TVA à 153%, de l’argent rentrera dans le trésor public. Génial pour la béatitude, non ?

Enfin, désormais, les femmes en voile intégral ne sortiront que pour aller dans des espaces religieux. Ainsi on pourra tout le temps parler d’intégrisme, de non-intégration,...  Les obstacles à une bonne communication de notre programme d’identité nationale  seront levés.

J.-F. L’Eclopé (qui, depuis un moment, s’agite sur sa chaise, malgré le petit signe apaisant de Mouloud, lui indiquant qu’il aura son tour) :

 Bof,  mon cher Géant, votre politique d’exclusion est artisanale, particulariste ; nous à l’UMP, nous faisons beaucoup mieux en matière d’apaisement lénificateur.

En demandant que les femmes qui portent foulard ne puissent pas travailler dans les entreprises privées collaborant au service public, nous induisons une exclusion de masse car, parallèlement, nous privatisons ou sous-traitons à tout vat.  Donc pratiquement  presque toutes les grandes entreprises…

Pour un simple foulard, nous mettons ces femmes hors du marché du travail. Et le HCD, le Haut Conseil à la Désintégration, trouve que cette politique pondérée de quiétude paisible confine au Nirvâna.

 

M. B. : Mais n’est-ce pas contreproductif ? Certains disent qu’être dans le marché du travail est un facteur « d’émancipation », d’autonomie… 

 

L’éclopé : Précisément. Enfin, soyez logique : comment voulez-vous que la République émancipe ces femmes si elles s’émancipent elles-mêmes ?  Elles ne le font déjà que trop, privant ainsi notre République de son devoir émancipateur. Il y a là une véritable menace, vous en conviendrez.

 

M. B. : C'est-à-dire que…

 

L’éclopé : Comment, cher Ami musulman, auprès de qui je me suis fendu d’une si belle Lettre…

 

M. B. : Mais je ne suis pas musulman[3]

 

L’éclopé : Enfin, soyez sérieux, vous vous appelez Mouloud, c’est tout comme. Ne perturbez pas par du conflit, de la violence, la France umpétisée, ce long fleuve tranquille. Vous n’êtes qu’un agité.

 

Pendant ce temps Géant, écrit fébrilement sur le dos de son carnet de chèques. Mouloud se penche et lit : « Ne pas oublier d’annoncer que l’on va désormais servir du vin dans les cantines scolaires ». Mouloud lui demande : Vous en avez beaucoup en réserve, des annonces comme celles-là,

 

Très autosatisfait, Cl. Géant : Oh, j’en invente deux par jour pour plaire à mon Seigneur et Maître. L’Eclopé a beau dire ce qu’il veut, c’est moi le meilleur. Don Quichotte n’est qu’un nain comparé à moi-même personnellement.

 

M. B. : Nous pourrions continuer longtemps ce passionnant débat, mais l’heure tourne, alors, une dernière question : Tout cela n’a pas un petit parfum électoraliste ?

 

L’éclopé et Géant en chœur : Bien sûr que non, où allez-vous cherchez cette idée très bizarre et si peu apaisante ?

 

M. B. : Messieurs, permettez-moi d’insister : ce n’est vraiment pas en vue de la présidentielle de 2012 et de la candidature de Nicolas Sarko…

 

Géant : M’enfin je n’ai absolument aucun intérêt électoral dans cette affaire. La preuve, c’est que si le F.N. gagne, peu m’importe : l’autre a dit que j’en suis déjà « membre d’honneur ».

 

L’éclopé : Comment pouvez-vous croire une seule seconde que nous ferions passer nos intérêts avant ceux du pays ?

Il existe bien une véritable menace et notre Commandant Suprême se montre très inquiet. Il l’a déclaré lui-même solennellement  à la télévision, après les événements de Tunisie et de d’Egypte. Il craint une contagion générale des Révolutions du monde « arabo-musulman ».

C’est un danger très réel, et tous les rapports confidentiels le confirment : musulmans et non musulmans, en France, veulent plus de démocratie ; ils veulent plus de liberté, d’égalité et de fraternité, les bougres.  Il y a là un péril énorme pour nos « racines » qui, comme chacun le sait, remontent bien en deçà de 1789.

 

 

 PS: Denis, je comprends que vous ayez du mal à rire de la politique de l'UMP et du gouvernement. Mais si l'humour était une arme pour indiquer certaines choses, dégonfler les baudruches,  se moquer de "dame Bêtise" (ainsi que le chantait Brel) et dire que si le ridicule tuait, ... nous nous retrouverions, comme nos amis belges, sans gouvernement, mais pas pour les mêmes raisons.

Rassurez-vous: on va aussi en parler plus sérieusement. Mais j'ai, dés le début, annoncé la couleur: "Notes amusantes et savantes...".

 

2ème PS: Toutes mes excuses aux Internautes qui surfent sur ce Blog et vivent hors de France: ils ne comprendront peut-être pas toutes les allusions. mais ce qu'ils ont déjà compris, c'est à quel point les dirigeants français sont... disons peu ordinaires!

 

 

 

 

 



[1] Cette nouvelle chaîne remplacera  bientôt RFI et France 24 (lire le Canard Enchaîné du 6 avril)

[2] Information réelle

[3] Vous noterez  que l’Ami Mouloud dit qu’il est musulman, quand cela lui plait, et le contraire quand cela ne lui plait pas. C’est ce que les sociologues appellent le « free choice ».

19:06 Publié dans ACTUALITE | Lien permanent | Commentaires (55)

06/04/2011

Echec de J.-F. Copé : Le Concordat maintenu en Alsace-Moselle

APF. Le grand débat sur la laïcité, dirigé par Jean-François Copé vient de se terminer par un grave  échec de ce dernier, Secrétaire Général de l’UMP. Malgré son appel poignant, les umpétistes ont décidé de ne pas appliquer la loi de 1905 en Alsace-Moselle.

 

Pendant 23 heures 15 non-stop les délégués de l’UMP ont délibéré dans un bidonville de banlieue. J.-F. Copé, dans un discours fleuve de 4heures 53 minutes les a supplié d’appliquer la loi de 1905 en Alsace.

« L’Alsace est la seule région de France que nous dirigeons et la seule région de la France métropolitaine où la loi de 1905 n’est pas appliquée, si ce n’est par les musulmans et les protestants évangéliques » s’est-il écrié.

Il a rappelé qu’en ces temps de réduction des déficits publics, pasteurs, prêtres et rabbins d’Alsace-Moselle sont payés par l’Etat. »

Et il a terminé son propos par ces mots : « Cette situation insupportable doit prendre fin, sinon notre discours sur la laïcité apparaîtra pour ce qu’il est en réalité : de la poudre aux yeux. »  Cette belle péroraison a été salué par une heure quarante d’applaudissements unanimes.

 

Pourtant le vote qui s’est déroulé ensuite a vu une faible majorité -96,88%- se dégager en faveur du maintien du Concordat. Une surprenante raison a été invoquée : « On n’a plus qu’une région bien à nous, on se la garde. Donc on ne bouge surtout pas ! ». 

Une Commission mixte a tenté de trouver un compromis : le principe de la suppression du Concordat serait acté, mais son application n’entrerait en vigueur qu’en 2239. Las, un nouveau vote a donné le même résultat.

 

L’assemblée a même refusé, suprême injure faite au Secrétaire Général, de prévoir le non-remplacement d’un pasteur (prêtre, rabbin) sur deux partant à la retraite, dérogeant ainsi aux règles de la fonction publique mises en œuvre par Saint Nicolas (pourtant très populaire en Alsace).

Le « clergé concordataire doit bénéficier d’un bouclier social » s’est écrié un participant, sous le couvert de l’anonymat.

 La police recherche activement ce dangereux perturbateur gauchiste, mais, jusqu’à présent, pédale dans la choucroute.

 

Faisant contre mauvaise fortune bon cœur, J.-F. Copé nous a reçu dans son bureau orné, d’un côté, d’un masque de Zorro, cadeau de Mme sa mère, et,  de l’autre, d’une statuette de Bonaparte (authentique).

 « Cela n’est pas grave, nous a-t-il expliqué, car j’avais prévu un plan B ». Et le secrétaire général a sorti, du fond de son tiroir, en soufflant pour enlever la poussière,  26 propositions…. de la Commission Stasi.

« Nous en avons appliqué une en 7 ans, a-t-il rappelé en souriant. Il nous faut donc rester au pouvoir encore 175 ans pour pouvoir réaliser tout notre grand programme laïque. »

 

Nous lui avons demandé quelques précisions sur les propositions les plus significatives. Il nous les a énumérées bien volontiers :

« Interdiction de la coiffe alsacienne pour les usagers du service public, arrêt à la frontière de toutes les cigognes portant des signes religieux, suppression des prêches en allemand ou en dialecte, vérification qu’il n’y ait pas des figurines religieuses dans les galettes des rois et dans les kouglofs, réquisition de l’ensemble de la production viticole alsacienne afin de barrer la route au vin de messe », telles sont les mesures phares qui s’appliqueront désormais dans toute l’Alsace et « la laïciseront quoiqu’il arrive »

.

 « Non mais » ponctue M. Copé avec un coup de poing rageur sur la table, montrant ainsi qu’il ne s’en laissera pas compter par les factieux.

 

Convaincus à 108,9% mais voulant jouer les « avocats du diable » nous lui avons demandé  quel est l’intérêt de cette politique. « Mais vous ne comprenez donc rien, à-t-il, répliquer : en 2012 nous opposerons l’identitaire au social. Le social, ce gros mot, attire même le parti socialiste. Il y a là une très grave menace pour nos racines. »

Et le Secrétaire Général de prendre un exemple :

« Rendez-vous compte le PS veut limiter les salaires des dirigeants d’entreprises dont l’Etat est actionnaire à 330000 euros.  Outre le  problème humain (ils ne pourront plus aller à la cantine du CNRS, trop chère et devront se contenter tous les jours des carottes rappées du Fouquet), cela va complètement désorganiser  notre structure industrielle. »

 

Comme nous toussions discrètement,  nous avons vu les yeux de notre interlocuteur briller de colère. « Ecouter, même Le Monde, que ne nous est  certes pas favorable, tire la sonnette d’alarme .

 Dans son n° du 6 avril, il explique : cette mesure s’appliquerait au PDG de Renault, Carlos Ghosn (pour les intimes : OSS 000) qui gagne 1,23 millions d’€ (plus 8 millions de Nisan).

Vous vous rendez compte : Ghosn passerait d'un gain annuel de 9,23 millions à un gain de 8,33 millions. Impossible de joindre les deux bouts. Il démissionnerait aussi sec.

 Et comme l’indique « l’économiste Daniel Cohen » cité par le quotidien : « On risquerait de ne recruter à la tête de sociétés publiques que des seconds couteaux. » (Sic)

 

Nous frémissons à cette perspective. Nous imaginons Renault sans Carlos Ghosn, et sa double, sa triple vue pour repérer les espions en tous genres qui pullulent dans notre ex-compagnie nationale. Un troisième couteau n’y aurait vu que du feu.

Cela fait froid dans le dos !

Sans compter qu’avec cet état d’esprit, on finirait par se demander si ce n’est pas la qualité du travail collectif d’une entreprise qui fait sa réussite, alors que chacun sait bien que c’est l’espionnite de son PDG.

 

Mais, quitte à jouer l’avocat du diable, nous en rajoutons une couche : "Dans Le Figaro de ce matin, indiquons nous, il est dit qu’il règne actuellement à Renault un climat détestable : les cadres sont démoralisés, voire devenus paranoïaques."

Après nous avoir jeté un regard méprisant (qui signifie : vous n’allez quand même pas croire ce brûlot anarchiste), Copé se reprend et, suave, triomphe :

 « Quelle éclatante confirmation que ce que je viens de vous dire. A 9,23 millions d’€ d’argent de poche, Ghosn ne peut tout faire : surveiller à la fois les espions et les cadres de l’entreprise.  C’est bien la preuve qu’il faut qu’il gagne plus pour travailler plus. Et vive la laïcité » conclut l’éminent M. Copé

 

PS : Pourquoi mettre en scène Copé et non Sarko ? Votre Blog, toujours à la pointe du progrès, est déjà dans la campagne électorale de 2017 !

Le Blog reviendra sur certaines des 26 mesures (celles, notamment, qui vont contre l'intégration) et sur la circulaire concernant le port du voile intégral. L'"actu" m'oblige à travailler plus... gratuitement!

 

Retrouvez votre très fidèle et obéissant serviteur dans Respect'Mag:

 http://www.respectmag.com/2011/04/05/jean-bauberot-interv...


 

 

 

08:56 Publié dans ACTUALITE | Lien permanent | Commentaires (26)

05/04/2011

Guéant: "Il y a entre 60 et 120 millions de Français"

APF: Le Ministre de l'Intérieur vient de déclarer: "On estime qu'il y a en France, entre 60 et 120 millions de Français."

Nous lui avons demandé s'il ne pouvait pas donner une statistique un poil plus précise. Il a répondu: "Mais il s'agit déjà 'une statistique très affinée. La première fourchette donnait entre 30 et 150 millions de Français."

Questions: "Comment se fait-il que vous ne puissiez pas être plus précis?". Réponse: "Nous comptons les Français à partir de leur appartenance religieuse et comme il est absolument interdit, dans les recensements, de poser une question sur ce sujet, on aboutit forcément à des chiffres totalement fantaisistes"

Question: "Pourquoi alors indiquer de tels chiffres?" Réponse: "Le Président me demande de dire une grosse bêtise chaque jour. Si vous croyez que c'est facile... Mais je négocie avec lui le droit de ne dire que deux bêtises par semaine"

Question: "Vous prétendez  (discours du 4 avril) que les musulmans ont plus de droits que les religions déjà implantées en France en 1905, pouvez-vous donner un exemple?" Réponse: "Vous savez, qu'entre autres bêtises, j'ai proposé sur I-télé, le 24 mars, de défendre aux "usagers du services publics" de "porter des signes religieux." Eh bien, regardez les photographies des 6 représentants des principaux cultes qui ont refusé notre génial débat sur la laïcité (le Ministre nous montre la Une du Parisien du 30 mars), il y a que le musulman et le protestant qui ne portent pas de signe religieux distinctif. Comment voulez-vous que je réprime ces petits malins dans ces conditions? c'est un privilège abusif."

Question: "C'est aussi valable pour le protestant"... Le Ministre nous interrompt: "Mais pour les protestants, je peux toujours m'attaquer à la CIMADE..."

"Courage, Monsieur le Ministre" avons nous dit en le quittant "Nous penserons bien à vous en ces jours difficiles".

 PS: Pour celles et ceux qui ne sont pas au courant: Guéant a notamment déclaré (entre autres c.....) qu'il y a "entre 5 et 10 millions de musulmans en France" (lundi 4 avril à Nantes).

10:51 Publié dans ACTUALITE | Lien permanent | Commentaires (16)

02/04/2011

Mouloud Baubérot: Laïcité: Ne pas stigmatiser, même pour de bonnes raisons!

Moi, Mouloud Baubérot, à l’évidence, et comme tous les laïques authentiques, je me  réjouis profondément que, grâce à notre admirable superprésident, et au génial secrétaire général du Parti, la laïcité soit actuellement  aussi vigoureusement défendue contre les gravissimes  menaces qui pèsent sur elle.

Ce n’est pas parce qu’ils sont de droite et moi de gauche que je vais cracher dans la soupe 5 étoiles qui se prépare en cuisine pour le Grand Banquet Républicain du 5 avril. Au contraire, face au malaise et aux divergences de la gauche et du centre sur la question, je ne peux que chaleureusement applaudir.

La laïcité est un principe fondamental de la République. Comme l’a si bien déclaré notre très cher Eric Besson, la « loi de 1905 est sacrée ». Il faut donc élaborer des Chartes, des Lois, des Circulaires, des Déclarations parlementaires, des Poèmes pour les écoles,…  pour la sauvegarder et refuser impitoyablement toute atteinte sacrilège à cette loi. C’est la première raison.

Le « droit à la différence » ne doit surtout pas aboutir à la « différence de droits », ce  principe est consubstantiel à la République.  En dehors de lui il n’y a que communautarisme qui se met hors du pacte républicain. Il faut sauver la République du danger communautariste. Il y va de notre salut commun. C’est la seconde raison.

Il est donc insupportable que des gens puissent prétendre être citoyens français et ne pas respecter les règles élémentaires de la République qui viennent d’être énoncées. Je partage totalement l’impression de notre grand Ministre Claude Guéant : parfois, les Français ne se sentent plus chez eux en France. C’est une situation intolérable qui doit cesser. Troisième raison.

C’est donc à bon droit que mardi prochain l’UMP va solennellement réaffirmer les principes laïques, et nous seront tous en communion avec elle. Est-il possible, cependant, de faire respectueusement part aux participants de cette belle journée de mon léger malaise : le risque de stigmatisation n’est pas exclu.

Où, pas un seul ou deux mais les quarante-quatre Articles de la loi sacrée de de 1905 ne sont pas appliqués ? En Alsace-Moselle.

Où existe-t-il une différence de droits, précisément sur la laïcité qui relève pourtant de la définition même de la République (et pas seulement la loi de 1905, mais l’autre pilier laïque, la loi Ferry laïcisant l’école publique)?  En Alsace-Moselle.

Où des citoyens français vivent en dehors de ces lois républicaines  fondamentales ? Encore en  Alsace-Moselle bien sûr. A tel point qu’après avoir donné des sous pour la construction de ma mosquée, et avoir envoyé mes enfants à l’école laïque,  j’ai voulu admirer  les cigognes et je suis allé dans un village (charmant au demeurant) où j’ai découvert que le curé, le pasteur et le rabbin sont payés sur mes impôts et que des cours confessionnels de religion sont donnés à l’école publique. Là, je l’avoue, j’ai eu une réaction un peu primaire : je me suis dit : « Mais suis-je toujours en France ? »  

Alors, j’appelle chacun à la vigilance :

LE DEBAT SUR L’IDENTITE NATIONALE A ABOUTI A LA STIGMATISATION DES AUVERGNATS

LE DEBAT SUR LA LAÏCITE VA, LOGIQUEMENT, ABOUTIR A LA STIGMATISATION DES ALSACIENS MOSELLANS

PLUS AUCUNE PROVINCE FRANCAISE N’EST DONC A L’ABRI.

Certes, moi Mouloud, je ne risque rien, puisqu’en Alsace Moselle les musulmans sont séparés de l’Etat, n’ont pas de cours confessionnels à l’école et vivent donc conformément aux lois de la République. Mais sait-on jamais : à force de stigmatiser hier  les Auvergnats, aujourd’hui les Alsaciens Mosellans, demain les Limousins, après demains les Franciliens, etc., dans vingt, trente ans on risquerait même d’aboutir à stigmatiser l’islam.

Alors, afin que le débat sur la laïcité n’aboutisse pas à la stigmatisation, je vous propose que nous portions tous une petite cigogne sur notre veste, notre pull ou notre corsage le 5 avril prochain.

C’est la première mesure d’urgence.

Ensuite, comme il faut quand même régler les graves atteintes à la laïcité qui menacent notre si égalitaire lien social, je propose de charger le Haut Conseil à l’Intégration d’élaborer une Charte sur le « respect de la laïcité en Alsace Moselle »…. Et pas seulement dans les services publics.

L’application de cette Charte sera d’autant plus aisée que la région Alsace est la seule où l’UMP ait triomphé aux dernières élections régionales. Etant à majorité UMP, la population est donc très laïque et sera absolument ravie que l’on abolisse le « droit local » différentiel pour établir enfin les lois laïques. Pour la même raison, la collaboration du Conseil régional est entièrement acquise. Enfin, si un problème demeure, Monsieur Copé est tellement compétent en matière de laïcité, qu’il se fera un plaisir d’aller leur expliquer les choses sous les acclamations générales.

Ainsi, sans stigmatiser personne, la République ne sera plus en danger, la Laïcité sera sauvée et tout ira pour le mieux dans la meilleure des France.

Franchement, en attendant Copé qui (malheureusement) ne sera candidat qu’en 2017, ne verriez- vous pas votre ami Mouloud comme président de la République en 2012, lui qui sait si bien résoudre les problèmes et réconcilier les Français ?

Votre très humble, très dévoué serviteur (dans le civil, à moitié Limousin et à moitié Alsacien).

31/03/2011

Le débat sur la laïcite: "INTELLEC-TUEL"!

« CE DEBAT EST UN DEBAT INTELLECTUEL »

Jean-François Copé

Voilà, je suis de retour… avec plein de travail sur les bras. Je vous rédige une Note samedi 2, avant le «  débat »  de l’UMP (l’Union pour un mouvement populiste !) qui semble se réduire comme une peau de chagrin au fur et à mesure qu’il suscite moult réactions

Pour vous faire patienter, et aussi pour ne pas (trop) avoir à me répéter, voici les textes de 2 articles, publiés l’un dans le Nouvel Observateur (N° 2420 du 24 au 30 mars), l’autre dans Libération (N°9291 du 29 mars). Le contenu de ces 2 textes (où il y a quelques redites, mais : « cent fois sur le métier, remettez votre ouvrage », comme le disait Madonna à Lady G.) sera donc supposé acquis (mais, rassurez-vous, il n’y aura pas d’interro écrite !) et nous pourrons approfondir à partir de là.

1er article :

UNE LAÏCITE ETHNICISEE

En se focalisant sur l’islam et en appliquant à lui seul le terme de laïcité, on tourne le dos à l’esprit de la loi de 1905, qui était une loi de pacification

Le Nouvel Observateur.– Le mot « laïcité » est devenu une espèce de mantra. Tout le monde aujourd’hui s’en réclame, même ceux qui l’ont jadis combattue. Comment expliquer cette conversion ?

Jean Baubérot.– Quand il y a un usage inflationniste du terme laïcité, c’est toujours pour masquer autre chose. A la fin du 19e et au début du 20e siècle, c’étaient les partisans d’Emile combes qui s’en servaient pour combattre le catholicisme et pourchasser les congrégationnistes… De même aujourd’hui, ceux qui veulent renouer avec cette laïcité de combat utilisent le mot comme un terme politiquement correct pour habiller leur agressivité envers l’islam. Dans la bouche d’une Marine Le Pen, laïcité veut clairement dire : aucune visibilité de l’islam. Position qui n’est pas tenable si on respecte l’égalité entre les religions. On n’a jamais interdit aux catholiques les JMJ… La loi de 1905 a même libéralisé les processions dans l’espace public. C’est donc trahir l’esprit qui avait prédominé en 1905 et qui était un esprit de pacification. 1905, c’est la loi de Briand et de Jaurès, qui reconnait la liberté de conscience, et non la loi de Combes.

N.O. – Quel était le contexte de sa naissance ?

J. Baubérot.– On allait vers un conflit extrêmement violent entre les deux Frances. Deux visions s’opposaient alors : d’un côté, la France « fille aînée de l’Eglise », avec le baptême de Clovis et toute une conception catholico-centrée d’un héritage identitaire de la nation ; et de l’autre côté, la conception laïque, plus universaliste, qui pensait la nation comme une projection commune vers l’avenir. Ce qui me frappe aujourd’hui, c’est que dans les discours de Nicolas Sarkozy, même quand il essaie d’intégrer un relatif pluralisme et de donner un strapontin aux racines juives ou à celles des Lumières, fondamentalement, il renoue avec la conception de la France catholique du 19e siècle, en faisant comme s’il y avait une identité essentiellement héréditaire, immuable durant les siècles. Surtout, il lui enlève toute dimension conflictuelle. Quand, au Puy-en-Velay, il mentionne les racines juives à côté des racines chrétiennes, il omet de dire qu’il y a eu les pogroms du Moyen-Age, l’exclusion des juifs au 14e siècle… Autrement dit, sa vision du passé est une vision idyllique, sans conflits ni discriminations. Si bien qu’à l’écouter, on finirait par se demander pourquoi il a fallu inventer la laïcité ! C’est pourtant bien parce que l’identité de la France était éminemment conflictuelle qu’il a fallu trouver les moyens de rassembler tous les Français. A savoir la séparation des Eglises et de l’Etat ainsi que la neutralité de cet Etat. Ce que j’appellerais une « neutralité arbitrale », qui n’est pas une ignorance des religions, mais qui vise au contraire à faire respecter la liberté de conscience.

N.O. – Pensez-vous que la pratique et le discours actuels du pouvoir rompent avec cette tradition de neutralité ?

J. Baubérot.– On peut s’interroger, en effet, dans la mesure où une France laïque doit aller de pair avec une conception dynamique de l’identité, rassembleuse de la diversité des Français. Avec Nicolas Sarkozy, on est plutôt dans la « chrétienté positive », ou la « catho-laïcité ». Mais il y a une autre dérive que je constate depuis plusieurs années et qui biaise forcément le débat. En confiant en 2007 au Haut Conseil à l’intégration le soin de faire des propositions sur la laïcité, on a tout d’un coup réduit la laïcité à une condition d’intégration pour les immigrés, notamment non-européens, musulmans... On l’a ainsi ethnicisée. Si l’on voulait sincèrement restaurer la laïcité, il faudrait au contraire retrouver son sens global. L’euthanasie, par exemple, est un problème de laïcité, de même que l’était la loi Veil sur l’avortement. On touche à la question de la séparation entre la norme juridique et les normes morales de certaines religions. Mais en se focalisant sur l’islam et en appliquant à lui seul le terme de laïcité, on oublie complètement son ampleur, de sorte que les musulmans se sentent à bon droit stigmatisés.

N.O. – Plus d’un siècle après sa création, faut-il modifier la loi de 1905, comme certains le suggèrent?

J. Baubérot.– Qu’entend-on par-là ? Stricto sensu, il faudrait parler des lois de séparation, puisqu’il y a eu trois lois complémentaires, en 1907 et 1908, ainsi qu’un certain nombre d’amendements. Parfois on se demande si les politiques ont les ont lus en totalité … Le problème, c’est que leurs propos sont investis d’idéologie. Il faut en tout cas se prémunir de deux dangers : l’un qui consisterait à faire de la loi de 1905 un dogme intangible, quelque chose de « sacré », comme l’a dit Eric Besson ; l’autre qui viserait à modifier le texte pour redistiller de l’officialité religieuse dans la République. Au fond, le meilleur service à rendre à la laïcité, ce serait d’abord de la délivrer des contingences électorales !

Propos recueillis par Marie LEMONNIER

Entracte :  Je participe lundi 4 (veille du dit débat) à 18 heures, à une table ronde sur « Faire vivre la laïcité aujourd’hui » au siège du PCF, 2 place du Colonel Fabien, 75019 Paris.

2ème ARTICLE

 LA GAUCHE DOIT REFUSER LA LAÏCITE IDENTITAIRE DE SARKOZY….

Jean Baubérot

Le débat actuel sur la laïcité, impulsé par Sarkozy et Copé constitue une nouvelle version du débat sur l'identité nationale. Initiative habile, jusqu'à l'intrusion de Marin Le Pen, car les partis de gauche ont du mal à se démarquer dès que la laïcité se trouve invoquée. 

Longtemps, en effet, elle a été un marqueur essentiel de la gauche. Puis elle a semblé consensuelle. Maintenant c'est la droite et l'extrême droite qui se veulent ses meilleurs « défenseurs ». On ne peut s'en tenir à une dénonciation morale de la "laïcité lepénisée". Il faut décrypter l'usage dominant du mot "laïcité" et construire un discours de gauche cohérent, capable de contre-attaquer.

 

Qu'est-il arrivé? En mai 2003, le Rapport Baroin, « Pour une nouvelle laïcité », prenait acte de la fin du conflit des deux France et prônait déjà un déplacement vers une laïcité « culturelle et identitaire ». La laïcité devait devenir une « valeur de droite ». On sait qu'ensuite une seule des propositions de la Commission Stasi a été retenue. 

Depuis 2007, c'est le Haut Conseil à l'Intégration qui fait despropositions sur la laïcité. Cette dernière se réduit ainsi à être le passeport que de 'nouveaux Français' devraient acquérir pour revêtir l'identité française. Les questions qui concernent l'ensemble des Français sont exfiltrées de la laïcité.

 

Sarkozy radicalise la perspective: de la basilique du Latran à la cathédrale du Puy-en-Velay, que ce soit seulement l’ « héritage culturel de la chrétienté » qui soit magnifié ou qu'il soit aussi fait allusion à d’autres « racines », en fait c’est la même antienne.

Le passé de la France, vu par son président, est idyllique. Inquisition, pogroms, croisades, guerres de religion, révocation de l’Edit de Nantes, sujétion des musulmans dans l’Empire colonial : de tout cela il n’est jamais question. Ironie involontaire, Sarkozy précise qu’ « il est dangereux d’amputer sa mémoire ».  Sous la « laïcité positive » se cache la chrétienté positive !

 

A son insu peut-être, Sarkozy délivre un message subliminal : comme on vivait bien en France avant que l’islam n’en devienne la seconde religion!

Pour « conserver »  cet héritage », la laïcité qui doit s’imposer à l’islam est donc  bien plus que le respect des lois et la tolérance civile, c’est l’assimilation à une identité patrimoniale non conflictuelle imaginaire. Tâche impossible : les musulmans apparaîtront toujours en déficit de laïcité.

 

Pour « réenchanter la gauche » et reprendre l’initiative il nous faut clairement refuser cette « nouvelle laïcité culturelle et identitaire » pour, de nouveau, recentrer la laïcité sur ses fondamentaux et sur l’Etat laïque.

La laïcité a comme finalité la liberté de conscience et la non-discrimination pour raisons religieuses. Les moyens qui visent ces finalités sont la séparation des religions et de l’Etat et la neutralité arbitrale de ce dernier. La laïcité est un principe politique, non une donnée identitaire passéiste.

Elle organise un vivre ensemble qui nous projette vers un avenir commun. Elle a une toute autre ampleur que son sens actuel dominant où dès que l’on dit « laïcité » on pense, en fait, « islam » !

 

De nouvelles libertés doivent être explicitement rattachées au combat laïque, séparant la loi civile de normes religieuses et morales particulières.

Au XIXe siècle, celui-ci a notamment signifié le droit de mourir sans enterrement religieux si cela était contraire à ses convictions. Aujourd’hui, c’est, analogiquement, droit de mourir dans la dignité par la possibilité de l’euthanasie si on estime que la souffrance extrême ne fait partie de son sens de la vie.

Au XIXe siècle, le combat laïque a permis de rétablir le divorce, aujourd’hui il s’incarne dans le droit au mariage entre personnes de même sexe,… 

Ces nouvelles libertés ne contraindront personne : comme pour la loi Veil, on peut prévoir une clause de conscience.  Elles dérangeront peut-être certains, dans un premier temps du moins.

Mais la laïcité signifie aussi qu’il n’existe pas d’ordre symbolique intangible ; chaque époque doit construire sa propre vision des limites, sinon le pantalon resterait toujours interdit aux Françaises !

 

De même, il faut reprendre le combat pour l’égalité entre les différentes religions et autres convictions, à l’encontre d’une laïcité à géométrie variable, pratiquant de plus en plus le grand écart.

Quelques engagements clairs doivent être pris en cas de victoire en 2012 : retirer au Haut Conseil à l’Intégration le dossier de la laïcité car c’est implicitement discriminatoire, refonder la HALDE et relier laïcité et lutte contre les discriminations,...

Sinon le pire va bientôt venir : une situation où Marine Le Pen paraîtra plus laïque que la Ligue des droits de l’homme ! On pourra toujours s’en scandaliser. En fait, l’impuissance de la gauche en sera autant responsable que les dérives de la droite.

 


 

27/03/2011

Indications Diverses (Japon, Laicite,...)

Je ne suis pas en France actuellement, et avant de vous donner une veritable Note a mon retour, dans quelques jours (avec un titre surprise, ne le loupez pas!), voici quelques indications diverses,

-Pour les dons en faveur des centaines de milliers Japonais sinistres, le mieux consiste a passer par l'Ambassade du Japon a Paris, qui transmettra a la Croix Rouge japonaise.

Nom du bénéficiaire : Ambassade du Japon
IBAN : FR76 4124 9000 0100 0007 9624 179
Bic code ou Swift code : BOTKFRPX
Code banque : 41249 Code guichet : 00001
Numéro de compte : 00000796241
Clé Rib : 79
Nom de la banque : The Bank of Tokyo Mitsubishi UFJ, Ltd.
Nom du guichet : Paris Branch

 

autre indication: deux sites Web utiles à visiter pour envoyer les dons aux sinistrés

-       Japan Red Cross Society

http://www.jrc.or.jp/contribution/l3/Vcms3_00002069.htmlen

(en anglais) http://www.jrc.or.jp/english/relief/l4/Vcms4_00002070.html

-       Ambassade du Japon en France à Paris

http://www.fr.emb-japan.go.jp/actualite/2011/communique_s...

 

-Pour la presence de l'islam en France, ( cf. le debat entre des internautes qui surfent sur le blog) lire l'ouvrage coordonne par M. Arkoun: Histoire de l'islam en France, publie chez Albin Michel. Un seul rappel: ne pas oublier l'ambivalence du rapport de la France a l'islam pendant la colonisation. la volonte de le controler dans les colonies, mais aussi la fierte d'etre une "puissance musulmane" et une certaine admiration pour le Coran et la culture musulmane (que l'on trouve chez un anticlerical comme Combes, par exemple: je cite ses propos dans mon roman historique. Emile Combes et la princesse carmelite, L'Aube-poche). A noter que la premier mosquee construite par la Republique l'a ete a La Reunion et fut construite en 1905.

-Sur la laicite francaise: j'ai des echos attristes, que la situation devient de plus en plus "craignos" (mais, par exemple, je n'ai pas pu me procurer le numero du Nouvel Obs, avec la fameuse petition, que je connais l'ayant signee. Mais j'attends de lire l'ensemble du dossier). A defaut de vous donner une Note tout de suite, je vous renvoie au blog d'un internaute qui participe regulierement a mon Blog, Jean-Francois Launay et qui indique bien les choses, me semble-t-il:

http://deblog-notes.over-blog.com

Pour certaines questions sur la laicite: je suis content de constater que les internautes qui suivent ce blog s'informent entre eux. Effectivement, par exemple, la loi de 1905 loin de supprimer les aumoneries dans les lycees, a  prevu qu'elles puissent etre subventionnees sur fond public. Le souci de la liberte de conscience prevalait en ce temps la. D'autre part aucun article de la loi ne reduit la religion au "prive" (au sens d'intime). Elle deconnecte la religion de l'Etat ce qui est bien different.

-Pour le "nettoyage du Blog": toutes mes excuses, effectivement depuis plusieurs semaines le Blog est pris en otage par des personnes qui font de la promo pour divers sites, dont quelques uns semblent effectivement plus ou moins "porno", j'enleve autant que je peux (en mettant "bannir et supprimer", et j'esperais que cela empecherait toute nouvelle mention de ces sites dans les commentaires, mais il n'en est rien, pour le moment), mais ce n'est pas facile de toujours controler. Encore mes excuses a toutes et tous.

A tres bientot


 

18:18 Publié dans Blog | Lien permanent | Commentaires (17)

18/03/2011

Solidarité avec le Japon;

Ma dernière Note était sur le Japon. J’ai donc commencé la Note promise sur la loi de 1905. Cela ne venait pas…  Alors, j’ai commencé une autre Note : un coup de colère contre les déclarations de Guéant (Le Monde, la télé) et celles de Copé (Libé).

Puis j’ai trouvé tout cela important, certes, mais tellement dérisoirement franco-français  face à ce qui se passe à Bahreïn, en Libye et surtout au Japon…. J’ai arrêté d’écrire.

 

Passant par-là, la femme qui partage ma vie (louée soit-elle !) m’a dit alors : « Tu devrais publier des extraits de certains des mels que tu as reçus du Japon ces derniers jours ». D’après elle, ils permettent de percevoir plus directement la réalité, au jour le jour  et ce que les gens vivent, que bien des reportages journalistiques.

Je ne sais si c’est exact. Mais s’il y a, ne serait-ce qu’une petite chance… de contribuer à réduire la distance, de faire connaître et la détresse et le calme,…

Donc, après avoir hésité (ces mels étaient des nouvelles perso) et après avoir enlevé certains passages, je me suis dit : effectivement, pourquoi pas ?

J’ai daté les extraits de mels, car bien sûr, on ne peut les séparer du contexte qui a évolué jour après jour. Là aussi, il est important de conserver la mémoire de la découverte progressive de l’ampleur du désastre.

En espérant de tout cœur que cette lecture sera utile, un petit caillou pour participer à la construction du mur de la solidarité…

 

Dimanche 13 mars

(…) « Heureusement, je suis saine et sauve, et personne de ma famille n'est touché de cette catastrophe. Mais je n’arrive pas contacter avec un des amis qui habite dans le Nord-est (...) 

 Le vendredi après-midi, au bureau, 42eme étage, j’ai senti la première secousse forte, jamais sentie dans ma vie. On est habitué au tremblement de terre, mais j’ai eu peur.

Apres ça, de nombreuses secousses continuent… (J’ai senti même maintenant une secousse du niveau "habitué".).  

Le vendredi après-midi, après la forte secousse, les ascenseurs du bâtiment du bureau sont immédiatement tous arrêtés.

On a continué à travailler avec le casque en tête, parce que le centre de sécurité du bâtiment a annoncé qu’il était plus sur de rester dans le bâtiment plutôt que sortir.

De la fenêtre de notre bureau du 42eme étage, on a la vue panoramique sud-est de Tokyo. J’ai vu quelques incendies et même une forte explosion (il parait que c’est une explosion du combinat pétrolière de Chiba). Il semblait qu’on voyait un film…

Tous les métros et trains sont arrêtés à Tokyo, donc pas mal de gens, comme moi, ont passé la nuit au bureau.

 Le samedi matin, les trains avaient commencé à fonctionner donc je suis rentrée chez moi, après être descendue du 42eme étage par l’escalier.

Dans mon appartement, des livres ont été tombés de l’étagère, mais il n’avait pas d’autre dégât important.  La magnitude était annoncée au début 8.8, mais rectifié à 9.0, ce qu’on n’a pas vu depuis 400 ans au Japon, selon un spécialiste que j’ai vu à la télé (c’est vrai ??).

Dans notre pays plutôt habitué aux tsunamis, il y a des « break water » de 6 – 7 mètres, mais ils n’ont pas résisté à un tsunami de 10 mètres.

 J’espère que les dégâts des centrales nucléaires ne sont pas graves. » (…) 

 

(…) « Les spécialistes disent qu'il y a 70 pour 100 de chances qu'il y ait un autre séisme, d'une magnitude 7 au moins, dans les 3 prochains jours.

 Surtout, ce sont les centrales nucléaires qui inquiètent :

 Les infos les plus contradictoires circulent à ce  sujet depuis 3 jours, ce qui n'est jamais bon signe. (…) A bientôt (enfin, j'espère !) »

 

(…) « J'étais au 27e étage d'un immeuble très haut à Shinagawa quand le tremblement de terre a ébranlé Tokyo. La secousse etait vraiment extraordinaire!  Apres, tous les trains étant arrêtés, j'ai été obligé de  retourner à mon appartement à pied. Au bout de marche de trois heures et
demie, j'ai finalement arrivé à mon appartement sain et sauf.

Il est vrai que le dégât est incroyable aux régions nord-est, mais, il
y a peu de dommage à Tokyo.

 Maintenant, tous revient normal.

 J'ai organisé une série de séminaires avec les chercheurs étrangers hier et  aujourd'hui Nous allons bien. Ne vous inquiétez pas donc. » (…) 

 

(…) « Le tremblement de terre et le tsunami ont attaqué notamment notre région nord-est.

Selon le dernier bilan, on estime plus de 10.000 victimes. Ceci dit, la zone la plus dévastée est près de la mer. En ce qui me concerne, quand il y a eu le tremblement de terre, j'étais près de l'université, à un assez haut endroit.

Et j'ai pu rejoindre tout de suite ma famille après l'événement. C'est vrai que depuis le commencement de cette catastrophe, l'électricité, le gaz et de l'eau avaient été coupés.

Mais ce soir, après 48 heures, l'électricité et de l'eau se sont rétablies dans notre quartier.

Maintenant, je suis chez moi avec ma famille. Au niveau de la santé et des ingrédients, il n'a pas de problème.
Il y a encore des soucis qui impliquent pas mal des personnes : bilan plus détaillé, l'effet de l'accident au centre nucléaire à Fukushima, une série de tremblements qui ne cessent pas...

Mais j'espère que les choses ne s'aggravent pas et que l'on s'entraide pour surmonter cette situation difficile.

Je me sens déjà fort d'être soutenu par votre sollicitude. » (…)

 

Lundi 14

 

(…) « Notre cher ami X. qui habite dans le Nord vient de me donner ses nouvelles pour dire que lui et sa famille vont bien. Mais sa vie restera dans une condition anormale pendant certaine période...

En tout cas, nous Japonais, nous venons de découvrir notre capacité de réagir assez sagement et tranquillement en face de la crise inouïe. (….) »

 

Mardi 15

(…) « La circulation était bonne sur la route dimanche matin comme si rien n'était. 

Malgré plusieurs secousses violentes, Tokyo n'est pas détruit. (…). J'ai retrouvé mon appartement tel qu'il a été, sauf beaucoup de livres tombés par terre.    

Rassurez-vous, nous sommes sains et saufs. Parmi mes amis et mes proches, personne n'est directement affecté par la catastrophe. (… Mais) deux ports où j'ai passé une partie de mon enfance, sont rayés sur la carte par le tsunami.  

Le précédent grand séisme qui nous vient à 'esprit immédiatement, c'est celui qui a frappé la région de Kobe en 1995, coûtant 6500 vies, dont un professeur de français des plus doués, Tsutomu Nakagawa. 

Cette fois-ci, on annonçait d'abord 1000 à 1500 morts, quoique la magnitude 8.8 (réévalué à 9.0) soit nettement supérieure au séisme tragique qui a ravagé Haïti de janvier 2010. Mais de jour en jour, d'heure en heure, le nombre des morts identifiés augmente pour atteindre aujourd'hui à 2500 sans compter 170 000 disparus. 450 000 sinistrés sont rescapés en plusieurs centaines de centres de refuge.

On ne connaît pas encore l'ampleur des dégâts et pertes causés par la catastrophe que notre premier ministre Kan a qualifiée de "la plus grave crise que le Japon aie jamais connue depuis la Seconde Guerre mondiale".

Le plus inquiétant est la crise nucléaire de la centrale de Fukushima à 240 km au nord de Tokyo, qui est mise sous la haute surveillance mais dont le comportement irrégulier est mal maîtrisé. On a peur de la fuite en l'air des matières radioactives.    

A Tokyo, les cours de l'Institut français sont suspendus, toutes les manifestations à la Maison franco-japonaise sont annulées. Les coupures d'électricités sont programmées. Les services de transports en commun sont réduits. 

On dirait que l'archipel est naufragé tout en restant immobilisé.  

Ce n'est pas pour vous appeler au secours. Ce n'est qu'un état des lieux à titre provisoire. » (…)

 

(…) « Aujourd'hui, le bureau est fermé et je travaille sur mon ordinateur portable amené du bureau.

Je n’ai fait une offrande pour les sinistrés par l’internet. » (…)

 

(…) « Nous sommes toujours à Tokyo, très angoissés par les risques nucléaires. Le séisme a été très fort et long, les répliques nombreuses et certaines presque aussi fortes, mais j'étais chez moi, et nous n'avons eu qu'une lampe de chevet cassée. Nous n'envisageons pas de partir. (…)
Les survivants des zones dévastées par le tsunami, avec les sauveteurs, tentent courageusement de retrouver survivants ou victimes bloqués sous les décombres. Ils manquent de tout et se démènent pour survivre et redémarrer leur vie. » (…)

Mercredi 16

(…) « Nous faisons de notre mieux afin de résoudre tous les risques au Japon. Si je vivrai toujours, on se verra. »

(….) « Ne semez pas la panique! Le Japon n’est pas un bateau qui coule ou Tchernobyl. Le Japon est habitué à ce genre de situation et nous sommes calmes non pas à cause de notre culture mais parce que paniquer ne sert simplement à rien. » (…)

 

Jeudi 17

(…) « La situation est terrible, avec à chaque jour une nouvelle catastrophe. Le tremblement de terre lui-même, horrible, que j'ai vécu au 11ème étage d'un immeuble; un grondement, puis balancée de droite à gauche, de haut en bas, avec un mal de mer ...et cela durait, durait...j'ai tout de suite su que c'était LE grand. (…) Après être restés couchés sur le sol pendant de longues minutes dans les couloirs, la présentatrice de la télévision (c’était un talkshow au Asahi Hall Femmes@tokyo) nous a conviés à rester calme (daijobbu) et à évacuer par les escaliers; vous pouvez voir la vidéo du "jishin"; c'est impressionnant.

Ensuite tous les immeubles (de 30 étages parfois) se balançaient à chaque réplique. Notre petit groupe s'est dirigé vers le Hibiya Park. Nous y étions installés comme lors d'un piquenique, mais nous étions tous tremblants et ne sachant que faire. (…)
Finalement, tous les transports étaient arrêtés, je suis rentrée à pied dans mon quartier (environ 1 heure); certains ont mis 5 ou 6 heures.

Il y avait une foule surréaliste de gens qui marchaient dans les 2 sens, certains avec un casque sur la tête (Nomura, Ubs..). On ne perd jamais l'occasion de faire la publicité, même pendant les catastrophes!
Chez moi, cela avait beaucoup bougé, mais très peu de dégâts.
Et ensuite, les répliques, avec plongeon sous la table à chaque fois, ou port d'un casque moto avec chaussures de montagne pendant la nuit...au cas où...
Et puis, la peur du Tsunami; bien qu'à Tokyo, les possibilités soient moindres.
Et ensuite, voilà, maintenant Fukushima et la catastrophe nucléaire, maintenant appelée même apocalypse. C'est vraiment l'enfer! » (…)

 

A lire dans Réforme (n° du 17 mars), les précisions données par Jean-Noël Robert, directeur d'études à l'EPHE  et notamment auteur de l'ouvrage Petite histoire du boudhisme chez Librio:

 

Quelques extraits:

 

-"Au Japon, on manifester sa peine, sa joie ou sa colère quand cela sert à quelque chose. Mais quand il s'agit de tremblement de terre ou de tsunamis, à qui s'adresser pour protester?

 

-d'ailleurs on ne pas pas "montrer sa douleur trop bruyamment" car cela supposerait que l'on s'estime "plus malheureux que les autres"; de même avoir une joie trop ostensible si on retrouve sa famille risque "d'insulter ceux qui sont morts ou blessés"

 

-le terme japonais que l'on traduit par "résignation" signifie  "le fait de se rendre à l'évidence", de trier entre "ce qui peut être fait et ce qui ne le peut pas" 

Cela n'empêche pas la "mobilisation" et la "contestation sociale": le débat politique viendra "dans un second temps"

 

(propos recueillis par Marie Lefebvre-Billiez)

 

Les dernières infos donnent quelques lueurs espoir : le pire quant à une catastrophe nucléaire sera peut-être évité. Cependant le désastre est déjà terrible et des centaines de milliers de personnes survivent dans le froid, la faim et l’absence d’abri. Ne les oublions pas.

 

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