06/05/2008

AUX NOUVEAUX SURFEURS DU BLOG

Vu la montée des visites du Blog depuis dimanche, il semble que des lecteurs du livre La laïcité expliquée à M. Sarkozy et à ceux qui écrivent ses discours (Albin Michel) rejoignent les internautes qui fréquentent habituellement ce Blog.

Ils sont peut être alors un peu déçus de trouver... une Note présentant le livre (avec humour): cela peut sembler tourner un peu en rond. Qu'ils se rassurent, avant la fin de cette semaine, promis, juré (et même plus), ils trouveront une nouvelle Note sur un autre sujet(sans doute: Paroles de femmes musulmanes).

En attendant, qu'ils se promènent un peu dans le Blog,via les Catégories et les Archives, et ils dénicheront sûrement (j'espère!), dans les 259 Notes du Blog depuis sa création, des Notes qui  les intéresseront.

Qu'on se le dise

 

09/04/2008

DE LA PROFANATION DE TOMBES MUSULMANES

Je suis débordé de travail, mais je ne veux pas abandonner celles et ceux qui me font l’amitié de venir régulièrement sur ce Blog. Et il y a toujours des choses que l’on « rumine », même si l’on pas le temps de les approfondir.

Un journaliste m’a demandé dernièrement quand j’allais continuer ma Note sur «  agnostique et croyant » : j’y pense… et je lui ai répondu : « dés que j’aurai 2 heures de libre pour me concentrer un peu ». Mais cela m’a remis dans le coup et m’a fait « carburer » en moi-même à propos de ce que j’avais dit concernant le symbolique.

Or l’actualité vient de nous fournir 2 faits qui relèvent de ce « champ symbolique » (pour employer une expression de sociologue) : la profanation de tombes musulmanes, les contestations du passage de la flamme olympique à Paris.

Bien sûr ces 2 faits sont très divergents sur le plan éthique, mais au-delà des nécessaires jugements de valeurs, ils montrent, tous les deux, l’importance du symbolique. Et les gens, en génral, se sont montrés singulièrement démunis à ce niveau.

La profanation des tombes musulmanes donne, une fois de plus (malheureusement) tort à celles (n’est-ce pas Caroline F.) et ceux qui prétendent que l’islamophobie ne correspond pas à de la réalité sociale.

J’ai entendu sur je ne sais plus quelle radio, une journaliste prétendre que ce n’était pas si grave que cela, style : les gens qui sont morts, on ne peut plus les atteindre. Outre que ce sont des vivants qui sont visés à travers les morts, de tels propos traduisent une méconnaissance profonde du symbolique.

La profanation des tombes de combattants musulmans est l’expression la plus absolue possible du refus de la présence d’une communauté musulmane en France  (pas de faux procès, j’entends ce terme de communauté nullement dans un sens d’englobement de l’individu, mais comme le regroupement libre, volontaire, en tension parfois, de gens autour d’un terme commun, que ce terme soit catholicisme, libre-pensée, judaïsme, maçonnerie, protestantisme, bouddhisme, islam,…)

Ces tombes constituent un triple symbole.

D’abord le symbole d’une légitimité acquise, il y a près d’un siècle maintenant, par le « sang » : des musulmans ont « sacrifié leur vie pour la France » comme on disait encore il y a peu. Ce vocabulaire peut paraître désuet. Mais il faut faire attention que ne plus employer, tout à coup, certaines expressions parce qu’elles apparaissent « ringardes » peut être une manière commode de rejeter dans l’impensé des réalités dérangeantes.

 

Ensuite, cela rappelle qu’un tel « sacrifice » a été vraiment très mal « récompensé » Si vous ne connaissez pas la question et que vous voulez bénéficier d’une synthèse courte mais bien faite, je vous recommande la contribution de Patrick Weill : Le statut des musulmans en Algérie coloniale : une nationalité française dénaturée, publié dans l’ouvrage dirigé par M. Arkoun : Histoire de l’islam et des musulmans en France, Albin Michel, 2006.

Pendant des décennies les « Français musulmans » auxquels beaucoup expliquent aujourd’hui que la laïcité signifierait un reflux de leur religion dans la sphère privée (c’est plus complexe : tout dépend si on appelle sphère publique ce qui est en fait la sphère institutionnelle, liée à l’Etat, aux collectivités publiques) on été publiquement et officiellement désignés par leur religion, et cela les privait de citoyenneté.

Autrement dit la France a exigé des « Français musulmans » les même devoirs qu’elle a demandé aux autres Français, y compris le « devoir suprême », sans donner les mêmes droits. Certes, il n’y a pas que des musulmans qui ont été victimes de ce déni de droits, d’autres colonisés l’on été également. Mais les dits « Français musulmans » ont été au premier rang de cette discrimination.

 

Enfin, j’ai une doctorante qui travaille sur les sépultures musulmanes. Elle insiste, avec justesse, sur le fait que « la relation à la terre, notamment face à la mort, est un révélateur de l’appartenance à cette même terre. » L’inhumation de ces soldats dans la France hexagonale en fait symboliquement des Français pour toujours.

Et actuellement, le choix d’être enterrés en France par de nombreux musulmans venus d’autres pays montre une identité française assumée.

La profanation des tombes s’est accompagnée de graffitis injurieux envers Rachida Dati. On peut penser ce que l’on veut de la politique de cette dame, ces graffitis n’ont rien à voir avec une critique. C’est le fait même que l’on puisse être musulmane et ministre qui est insupportable aux auteurs de cette profanation.

Ce qui montre, en creux, l’importance du symbole qu’incarne Rachida Dati. Encore une fois, quelque soit la politique qu’elle met en œuvre. Elle oblige beaucoup de nos concitoyens à changer leurs regards.

On s’est indigné de ces profanations. Vraiment pas longtemps, car on est passé tout de suite après à l’affaire de la flamme olympique, et la profanation des tombes semble déjà oubliée. Elle devrait pourtant donner lieu à une explication historique, à réintégrer ces « Français musulmans » dans notre histoire commune. Espérons que le prochain 11 novembre en sera l’occasion, sans qu’il ait besoin que de sinistres individus nous obligent, à leur insu, à un tel rappel.

(la suite demain, si j’ai le temps ; sinon dans 2, 3 jours)

06/04/2008

LE 2 MAI, LA LAÏCITE A LA FÊTE

Nicolas Sarkozy prend 1666666 mesures pour faire plein d’économies et, qu’en 2012, chaque Français puisse acquérir un yacht

(Après tout, Henri IV, qui était comme lui, chanoine du Latran, faisait en sorte que, chaque dimanche, les Français mangent une poule au pot).

Il fait rentrer la France dans l’Océan Atlantique.

Il gagne la guerre en Afghanistan.

Il séduit chaque matin Carla en se rasant sans la raser.

Il remporte mille autres victoires.

Bref, Sarko Ier, empereur des Français, ne craint qu’une chose et une seule :

QUE LA LAÏCITE LUI TOMBE SUR LA TETE

Et le PS, ce supplétif de J.-P. Brard,

A EXACTEMENT LA MEME CRAINTE

Or ce sera chose faite

Dans moins de 4 semaines :

Le 1er mai = Fête du travail

Le 2 mai 2008 : FÊTE DE LA LAÏCITE 

Qu’on se le dise….

(dans 2, 3 jours, une Note « classique »)

28/03/2008

LA PLURALITE CULTURELLE A L'ECOLE

En attendant, dés demain, une nouvelle Note,

voici une annonce:

PARI(S) DU VIVRE ENSEMBLE - Édition 2008

à l'initiative d'Esther Benbassa & Jean-Christophe Attias,
avec Stéphanie Laithier, Sébastien Ledoux et Vincent Vilmain

LE MERCREDI 2 AVRIL,

À LA SORBONNE

Comment écrire

et enseigner

la pluralité culturelle

à l’école ?

le mercredi 2 avril, à partir de 9h15, à la Sorbonne, amphithéâtre Liard, 17 rue de la Sorbonne, 75005 Paris (Métro Odéon ou Cluny-Sorbonne).

Cette rencontre s'achèvera par un concert

22/03/2008

DE J-P BRARD à A. ROUTIER: LE CLERICALISME DECHAINE

CHAMPAGNE POUR DOMINIQUE VOYNET, MAIRE DE MONTREUIL

HONTE A CECILE DUFLOT QUI CONFOND NEO-STALINISME ET GAUCHE

CONSEILS GENERAUX : BRAVO LA PARITE

 

AIRY ROUTIER, CLERICAL DE LA PIRE ESPECE

 

ESPRIT DE MAI, ES-TU LA ?

IL NE FAUT PAS ABANDONNER L’ANTICLERICALISME, MAIS L’ELARGIR

 

Dans une actualité où l'on ne trouve pas tellement de sujet de réjouissances, où la situation est même tellement bloquée qu’un parti peut gagner des élections sans avoir fait le moindre effort pour sortir du caca épistémologique dans lequel est embourbé, voila une nouvelle fort agréable :

La victoire de Dominique Voynet à Montreuil contre Jean-Pierre Brard « qui gère Montreuil en autocrate, dézinguant tous ceux qui présentent une menace pour son pouvoir » (Le Nouvel Observateur, 21/2/2008), qui se comporte en « potentat local » (Le Monde, 22 mars 2008) et qui est un ex soutien de l'invasion de l'Afganistan par l'Union soviétique.

La radio aujourd’hui même raconte la violence de la passation du pouvoir, et comment Brard s'avère un très mauvais perdant. Et dire que, si le PS ne l’avait pas sauvé, il ne serait plus député non plus.

Bon courage, Dominique, il va sans doute tout faire pour vous rendre la vie impossible.

 

 

J.-P. Brard a été communiste au temps où le parti était stalinien. Il joue actuellement un jeu de proximité et de distance en étant un député et, jusqu’à aujourd’hui, un maire apparenté communiste.

On pourrait penser à un réel changement. Mais les citations que nous venons de faire et tout ce que nous savons de sa pratique (cf ci après) montre qu’elle n’a pas changé. Beaucoup moins que celle de certains communistes qui sont restés membres de leur parti.

Etre apparenté communiste lui permet de cumuler deux avantages: d'une part se prétendre extérieur au PCF, un brin rénovateur, en fait, d’en être un représentant influent, qui bénéficie des accords au sommet que cette appartenance permet (pas à tous cependant. Alors pourquoi le PS le ménage-t-il autant? Pourquoi en a-t-il peur?).

Rappelons, en effet, que les socialistes, à cause de l’appareil de leur parti, ont fait alliance avec lui contre Dominique Voynet, ce qui, merde à la fin, décrédibilise beaucoup leurs critiques de Sarkozy.

Ce qui montre qu’un sérieux coup de torchon est nécessaire pour que ce parti redevienne de gauche.

 

 

Je l’écris d’autant plus volontiers que des fabusiens, et même Claude Bartolone d’après Le Monde, ont donné un coup de main à Voynet.

Les fabiusiens, ce n’est pas ma cup of tea.

Ils ont fait échoué le referendum sur l’Europe en nous promettant un plan B. Je n’ai pas vu apparaitre le moindre plan B, excepté une division néfaste pour le PS et la victoire de Sarkozy.

Ceci écrit, pas de dogmatisme. Bartolone, je l’avais apprécié quand j’étais au Cabinet de Ségolène Royal et qu’il était ministre de la ville et j’avais travaillé de façon intéressante avec son propre Cabinet. Et là,  pour une fois, je dis très sincèrement « Bravo » aux fabusiens qui ont aidé à libérer Montreuil.

 

 

Pour ce qui concerne le domaine de ce blog : la laïcité, Monsieur Brard m'apparait comme le type même du faux laïque.

Non pas qu’il soit un militant antireligieux. Pas du tout et c’est là qu’il trompe celles et ceux qui veulent bien être trompés. A l’Assemblée Nationale, il a fait adopter (par exemple) un amendement sur l’enseignement laïque du fait religieux à l’école.

Mais, on peut se poser des questions sur la manière dont il conçoit cet enseignement, car à la MIVILUDES (Mission Interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires), il a combattu les efforts qui étaient fait pour une approche plus rationnelle du phénomène des dites sectes, il a rendu la vie impossible à la sociologue qui était membre de cet organisme.

Il n’a pas supporté que l’on puisse envisager d’avoir recours à des démarches de type scientifique, universitaire, académique.

 

 

Et c’est, bien sûr, cet obscurantisme, cette impossibilité d’admettre qu’il existe une approche scientifique qui crée problème.

Une démarche scientifique qu'est-ce à dire?

Il ne s'agit pas d'une démarche infaillible, donnant des résultats sûrs à 100%, définitivement vrais, mais d'une démarche prenant ses distances avec les affects, les émotions primaires, les descriptions au 1er degré, s'appuyant sur les acquis de disciplines scientifiques et les complétant par des enquêtes vérifiées, bref dune démarche objectivante.

C'est ce refus d'une telle démarche qui montre, pour moi, qu’il s’agit d’un faux laïque.

Il n’existe pas de "richesse absolue". On ne va pas narguer un SDF, pour autant, en lui déclarant que, puisque la richesse absolue n’existe pas, il n’existe aucune différence entre un patron du CAC 40 et lui, qu'il n'a donc aucune raison de se plaindre!

Pourquoi alors, tellement d’imbéciles, même pas heureux, colportent l’idée qui traîne dans toutes les poubelles partisanes que puisque l’objectivité n’est jamais absolue, l’objectivité n’existe pas ?

 

 

J.-P. Brard aime la religion, style prêtres ouvriers. La religion progressiste. La religion qui est compagnon de route de la gauche. C’est son droit. Les religions un peu effervescentes lui sortent par les trous de nez. C’est son droit encore. Il déteste tout ce qu’il appelle « secte ». C’est son droit toujours. Je ne lui reproche absolument rien de tout cela.

Ce que je lui reproche, en revanche, c’est de se montrer incapable, quand il agit comme homme politique, de prendre la moindre distance avec lui-même, avec ses opinions et ses affects, voire ses fantasmes. C’est d’être incapable de la moindre gymnastique intellectuelle. Du coup, de déraper grave !

Et en toute logique, il s’est montré un maire fort peu démocratique.

(C’est exactement le même reproche que j’ai fait à l'encontre de Nicolas Sarkozy, lors de ces 2 discours au Latran et à Riyad : il a le droit d’avoir ses opinions et ses croyances : comme Président il doit s’adonner à la gymnastique intellectuelle pour pouvoir être un arbitre)

 

 

Bruno Rebelle, qui a moult efforts à faire pour mériter son nom,  a déclaré : « On a mal mesuré l’ampleur du rejet de la personnalité de Brard. » (Le Monde, idem) Mais il suffisait d’avoir un peu de conviction (de gauche), un brin d’éthique, un poil de sens démocratique pour le mesurer.

D'ailleurs les jeunes des cités proposaient un slogan simple à D. Voynet lors de sa campagne électorale: "Brard, y en a marre!" (Le Nouvel Obs, idem). Alors, M. le Pseudorebelle, un peu de démocratie participative,...

Car ce n’est vraiment pas glorieux, M. Rebelle, de vous être planté aussi lamentablement.

 

 

Monsieur Brard a déjà eu les honneurs du Blog.

Le 19 février 2005, il était élu, à l’unanimité de moi-même (beau score !), « Médaille d’or du Grand Bêtisier de la laïcité », pour avoir péter les plombs et interrompu des cultes de communautés protestantes haïtiennes (qui ont du quitter leur lieu de culte) sous le lamentable prétexte de vérifier les normes de sécurité.

Quand j’étais président de l’Ecole Pratique des Hautes Etudes, il y a eu une vérification des normes de sécurité de l’escalier E de la Sorbonne où nous donnons nos cours. Le responsable de la vérification a pris contact avec moi pour me dire : « Naturellement, elle aura lieu hors des heures de cours »

Or il y avait des cours du lundi matin au samedi midi. Et là, il y a juste un culte le dimanche matin. Et c’est juste à ce moment là que l’on a rien de plus pressé que de troubler une assemblée en prière !

Je ne devrais pas avoir à raconter mes aventures à l’EPHE. Je le fais car il y a des ignobles qui ont fait semblant de croire au prétexte de la nécessité des règles de sécurité.

 

 

J’avais écris dans mon Blog que c’était la 1ère fois depuis le Maréchal Mac Mahon que des cultes protestants étaient ainsi troublés par un représentant de la puissance publique. Un dirigeant du protestantisme m’a alors reproché d’avoir oublié une interruption de culte en 1943 par la gestapo !

Bien sûr, c’est un précédent historique, pas forcément une comparaison. Mais le fait d’interrompre un office religieux, condamné par l’article 32 de la loi de 1905, est un fait grave.

Et même une grave « dérive sectaire » que la MIVILUDES aurait du s’empresser de condamner si elle se montrait un minimum fidèle à son titre.

Et il est très significatif de l’état de la société française qu’aucun parti politique n’ait, à ma connaissance, condamné ce coup de force. Ah si cela avait été un islamiste, que n’aurions nous pas entendu !

Bref, à bon entendeur salut : désormais tremblez, faux culs pseudo laïques, car si vous obtenez la Médaille d’or du Grand Bêtisier de la Laïcité, il est clair que vous ne l’emporterez pas au paradis !

Morales de l’histoire :

1°La présidente des Verts, Céline Duflot a déclaré sur TF1 : « Dommage qu’elle (=Dominique Voynet) ait gagné contre un autre élu de gauche ». De gauche « un autocrate, dézinguant tous ceux qui présente une menace pour son pouvoir » ?

Madame Duflot, nous n’avons vraiment, mais vraiment pas les mêmes valeurs. Vous êtes une stal. en herbe, ou quoi ?

Vous avez en tout cas perdu une belle occasion, non pas de vous taire, mais de saluer le courage de Dominique Voynet qui a du affronter une campagne électorale extrêmement éprouvante.

Le courage politique, peut-être ne savez vous pas (encore ?) ce que c’est.

 

Mais peut-être faites vous la fine gueule parce que vous pensiez que Dominique était out et que la voila élue de façon très brillante ; c’est l’interprétation du Monde. Déjà apparatchik à votre âge, cela promet !

Vous soupçonnez aussi que certaines « voix de droite » se soient portées sur Dominique Voynet ?

Figurez vous que les gens de droite sont aussi des êtres humains. Ils ont même le droit de vote. Et même le droit de ne pas subir ad aeternam un autocrate. Etonnant, non?

Décidément, il vous faut apprendre la différence entre la pire politique politicienne et le politique.

 

Pourquoi ai-je l’air de m’acharner sur vous, alors que j’en veux autant au PS ?

Parce que si les Verts, sous votre direction aussi peu éclairée, deviennent aussi combinards, voire ripoux, que le PS en certaines occasions, alors c’est vraiment à désespérer de la gauche.

2 Seconde morale de l'histoire: Le cléricalisme n’est pas seulement religieux, il est aussi politique.

Le cléricalisme est là dés qu’un élu est incapable de faire la différence entre ses opinions, ses affects, ses fantasmes et quelque chose d’un peu objectivé, d’un peu rationnel, d’un peu de l’ordre du savoir.

Il faut porter haut et fort cette exigence de gymnastique intellectuelle (qui est beaucoup plus dynamique et va plus loin que le « devoir de réserve »).

Dans tous les domaines. Celui de la religion : c’est cela que l’on peut exiger laïquement des croyants. Non pas qu’ils soient d’un « islam modéré », ou d’un « christianisme modéré » : nous allons reprendre cet aspect la semaine prochaine, avec la suite du feuilleton: "Agnostique et croyant".

Disons tout de suite que de tels slogans (sur la nécessité d'une religion "modérée") m’apparaissent particulièrement absurdes.

Mais pour que les « croyants » ne soient pas des cléricaux qui veuillent imposer leurs croyances aux autres, pour qu’ils puissent comprendre que les autres peuvent être différents, en ont le droit, il faut qu'ils effectuent de la gymnastique intellectuelle.

L’exigence anticléricale face à la religion ne porte pas sur le contenu des croyances mais sur la manière de se comporter quand on est croyant.

 Dans le domaine politique, il faut avoir la même exigence anticléricale. Et notamment en matière de laïcité, où tellement d’élus se trouvent dans le 1er degré le plus primaire, et non presque aucun savoir sur la chose. Il faut dire que ce n'est pas du côté de la direction de leur parti politique qu'ils vont trouver de l'aide.

Un dernier mot sur le politique : 101 président de Conseils généraux viennent d’être élus…DONT 4 FEMMES. Les politiques sont très féministes face à l’islam. Conséquents avec eux même, ils font beaucoup d’efforts pour promouvoir la parité.

On comptait 3 femmes présidentes de Conseils généraux. Hourrah, nous en avons 4 désormais.

Mais attention, un féminisme aussi débridé peut s’avérer menaçant pour l’égalité des sexes elle-même. Rendez-vous compte : si l’on continue la progression des femmes présidentes à un rythme aussi échevelé, en 2149, c’est à dire dans moins d’un siècle et demi, et le temps passe si vite !, nous aurons 51 présidentes de Conseils généraux contre… seulement 50 présidents.

Notre belle Marianne y survivra-t-elle ? Il n’est nullement trop tôt pour se poser la question. Mobilisons nous, que diable : objectif : le retour à 3 présidentes de conseils généraux dans 3 ans. 2 dans six ans, une dans neuf. Et dans 12, entre hommes!

 

Enfin, dernier objectif visé par mon armoire à poison de cette semaine : Airy Routier. Vous savez ce journaleux qui a publié le fameux (ou pseudo) SMS, qu’il n’a jamais lu, mais dont une source sûre dont il ne veut pas révéler la provenance, mais dont il est sûr que…

(Moi je ne connais pas ce Routier là, mais une source extérieure absolument sûre, dont naturellement je ne peux donner la provenance, m’a révélé qu’il ne s’agissait que qu’un sinistre crétin. D’autant plus que, moi, on m’a donné l’info gratis et je ne fais pas cela pour réaliser un scoop nul  et me faire de la pub!).

Routier s’est fait remonter les bretelles par l’intelligente et belle Carla (tribune du Monde, 20 mars) et il a osé dire sur le 13 Heures de France Inter que de toute façon, elle n’avait pas à le juger. Il ne pouvait être jugé que par des journalistes, et non par « des gens extérieurs » (sic) (à la profession).

Voila là, le propos typique du clérical : circulez profanes, vulgum pecus, vous n’avez rien à dire. Vous n’avez surtout pas le droit de nous contester, nous les clercs, qui vous dominons légitimement !

Certains ont été impressionnés par l’assurance avec laquelle Routier prétend que le SMS est vrai.

Mais il ne peut pas dire autre chose, sinon il se coule complètement. Et comme la plainte a été retirée après ses excuses, il peut prétendre cela sans risque.

En tout cas, ce n’est vraiment pas propre de présenter ses excuses parce qu’on mouille dans sa culotte. Et ensuite, quand il n’y a plus de plainte, de les retirer de fait en jouant le fier à bras en toute impunité.

Nicolas, tu vois, une bonne leçon de « morale de l’instituteur » ne ferait pas de mal à un tel malotru.

Dire que son comportement est inélégant est une sacré litote !

 

Et puis, que le SMS soit vrai ou faux, on s’en fout. De toute façon, c’est vraiment dégueulasse, ce que vous avez fait, Airy Routier. Bien sûr, Carla, elle, est obligé de dire : c’est dégueu parce que c’est faux. Mais vrai ou faux, selon moi, c’est tout autant dégueu !

Vous me donnez l’envie de payer un détective privé pour aller dénicher les cadavres qui existent dans les placards bien fermés de votre vie privée, les exhiber au grand jour et, surtout, vous mettre dans la mouise par rapport à votre dulcinée actuelle, en lui révélant toutes vos turpitudes réelles ou supposées!

Vous l’auriez dix mille fois mérité, vous et tous les fouille-merde de votre espèce.

Bon, je n’ai pas de fric à dépenser pour cela, recevez alors simplement l’expression de mon plus profond mépris.

 

 

Car, de toute façon, votre information est complètement fausse au sens du Nouvel Observateur.

Il faut, précise la Charte que vous avez signée, "présenter les faits avec la plus grande rigueur et la plus grande honnêteté. Tout information doit être recoupée et vérifiée. La rumeur doit être bannie, la citation ananyme évitée et la source indiquée aussi précisément que possible."

UN TEL TRAVAIL PERMET AU JOURNALISTE DE NE PAS ETRE CLERICAL.

Nous retrouvons là, précisément, la démarche d'objectivation dont il été question au début de cette Note.

Mais vous, je vous ai soigneusement écouté, vous n'avez pas dit un mot prouvant que vous avez suivi cette démarche. Il est clair que vous avez fait tout le contraire.

Et le journaliste de France Inter s'est montré bien complaisant car il ne vous a rien demandé dans ce sens.

 

Puisqu’on commence la célébration de Mai 68, Dany le Rouge, qui savait causer, parlait alors de « crapule stalinienne » ; il faudrait utiliser aujourd’hui l'expression de « crapule cléricale ».

Car Mai 68, il faudrait moins le célébrer, et plus pratiquer son esprit dans ce qu’il avait de meilleurs

Avant de céder moi-même sans doute à cette complaisante célébration et de vous raconter (peut-être) en quoi j’ai été un acteur de Mai, je lance ce mot d’ordre : « célébrer moins pour pratiquer plus ! »

Le meilleur de l’esprit de Mai est, à mon sens, d’avoir étendu la lutte anticléricale contre tous les cléricalismes. Aujourd’hui il ne faut pas abandonner la lutte anticléricale, mais la pratiquer que le cléricalisme soit religieux, politique, médiatique, médical, enseignant, universitaire,… La liste n’est pas close.

Allez, Dominique Voynet a gagné, contre tous les sectaires qui l’ont combattue. C’est chouette, alors champagne….

 PS : Je n’ai jamais le temps de faire des Notes sur tous les sujets intéressants. Ainsi j’aurais voulu aborder la question de l’occupation chinoise au Tibet. Faute de l’avoir fait, je vous recommande l’ouvrage de Raphaël Liogier : A la rencontre du Dalaï-Lama, qui vient de praître chez Flammarion.

11/03/2008

Le PARI(S) DU VIVRE-ENSEMBLE

EN ATTENDANT UNE NOTE PLUS CLASSIQUE, en fin de semaine

Voici, pour les Internautes parisiens et franciliens:

LE PARI(S) DU VIVRE ENSEMBLE - Edition 2008

À l’occasion de la Journée internationale pour l’élimination de la discrimination raciale

L’ÉCOLE À LA RENCONTRE DE LA PLURALITÉ CULTURELLE

19 mars et 2 avril 2008

L’École, qui se voulait creuset de l’intégration, est en panne.

Comment faire aujourd’hui de la diversité à l’École, souvent présentée comme un problème, un véritable tremplin éducatif et de mobilité sociale ? Comment concilier les exigences de la mémoire et de l’Histoire, affirmations identitaires et intégration républicaine ? Quelles expériences concrètes ont-elles déjà été menées avec succès, en France et à l’étranger ? Comment parents, éducateurs, chercheurs, éditeurs, membres de la société civile peuvent-ils conjuguer leurs efforts pour mettre en œuvre une pratique pédagogique de la pluralité culturelle équilibrée et épanouissante pour tous les élèves ?

Ce sont là les questions auxquelles tentera de répondre cette deuxième édition du Pari(s) du Vivre-Ensemble, initiée par Esther Benbassa et Jean-Christophe Attias, directeurs d’études à l’Ecole Pratique des Hautes Etudes et lauréats 2006 du Prix Françoise Seligmann contre le racisme, et organisée par un groupe d’enseignants du secondaire et de jeunes chercheurs, Stéphanie Laithier, Sébastien Ledoux et Vincent Vilmain, avec la collaboration de Laurence De Cock, Sophie Ernst et Renaud Farella.

Les deux journées programmées donneront la parole à une cinquantaine de personnalités et acteurs de terrain issus de tous les horizons et allieront, comme c’était déjà le cas en 2006, débat citoyen et offre culturelle (film, exposition, concert) :

- Le 19 mars, à 17h30, à l’UNESCO, salle XI, 7 place de Fontenoy, 75007 Paris (Métro Ségur, Cambronne ou Ecole militaire): L’École et l’immigration.

- Le 2 avril, à 9h15, à la Sorbonne, amphithéâtre Liard, 17 rue de la Sorbonne, 75005 Paris (Métro Odéon ou Cluny-Sorbonne): Comment écrire et enseigner la pluralité culturelle à l’école ? Grande journée de débats, suivie d’un concert.

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Entrée libre et gratuite sur les deux journées

Programme complet sur www.parisduvivreensemble.org

Organisé avec le soutien de Ville de Paris, Région Île-de-France, UNESCO, Cité nationale de l’histoire de l’immigration, Ligue de l’enseignement, Historiens et géographes, Fondation Seligmann, Après-Demain, Services culturels de l’Ambassade des Etats-Unis, EPHE, Centre Alberto Benveniste, IRIS,

et en partenariat avec Libération, France Culture, France Ô, Le Monde de l’Éducation, Rue89, Respect, Beur FM, Bondy Blog.

07/03/2008

PLUS QUE DEUX MOIS....

DANS DEUX MOIS, L'EVENEMENT DE L'ANNEE...

ET MEME DU QUINQUENAT:

L'EVENEMENT QUI VA COMPLETEMENT CHANGER

LA VISION SARKOZYENNE

DE LA LAÏCITE ET DES RELIGIONS.

QU'ON SE LE DISE.

16/02/2008

LA RECTIFICATION DE SARKOZY AU CRIF, C'EST PIPEAU

   Bon, comme l’écrit Le Monde, on n’a pas élu un président, mais un sujet de conversation ! Au dîner du CRIF, il a voulu rectifier le tir, il a voulu soigner le mal par le mal, en lançant une autre énorme bêtise : faire porter à des enfants de 10-12 ans le fardeau de la Shoah. Et Hollande, en train de lire, comme d’hab’, L’Histoire de France pour les Nuls, a approuvé !

   Sur ce sujet, heureusement, beaucoup de gens ont réagi très vite, et ont dit des choses très justes, ce qui me dispense de long propos.

   J’indiquerai simplement mon espoir que les absurdités auxquelles conduisent l’invocation du « devoir de mémoire » entraînent une réflexion sur cette expression elle-même. Elle n’a jamais été intellectuellement travaillée par ceux qui la prônent. Elle permet de dire tout et n’importe quoi. Elle est le cache-sexe de redoutables amnésies.

   Bref s’il existe un « devoir » en matière de passé, c’est d’abord un devoir d’histoire. Un devoir de reconstituer ce passé le plus scientifiquement possible, et sans tricherie. C’est ensuite, d’affronter son passé récent, celui que l’on veut oublier. Pour la France, ce serait de se confronter enfin, à la guerre d’Algérie. C’est, enfin, de construire un avenir qui, autant que faire ce peut tienne compte des erreurs, des fautes du passé pour ne pas infliger, dans un siècle, un autre pseudo devoir de mémoires, par rapport à nos conneries d’aujourd’hui !

 

   Revenons aux propos sur la laïcité, le sujet de ce blog. Au CRIF, le président a d’abord utilisé  la stratégie qui consiste à prétendre ne pas avoir dit ce que l’on a dit. D’après lui, il aurait dit « tout simplement que l’expérience religieuse reste une question importante pour l’humanité ». Si cela avait été son seul propos, seuls quelques dinosaures auraient protesté, bien sûr.

   Puis, il a tenté de rectifier le tir sans véritablement y parvenir.

   En effet, Sarkozy met toujours en scène deux personnages, celui qui enseigne une morale laïque et celui qui enseigne une morale religieuse.

   A Latran, il a effectué la dépréciation du premier et  l’exaltation de l’autre. Peut-être inspiratrice du propos,  Madame Mignon (la dir’cab’), a reconnu, a posteriori, qu’il était « limite »[1] (j’ajouterai : comportait un petit air de revanche du curé sur l’instituteur). Au CRIF, le président a voulu mettre sur le même plan les deux morales : « Quand il est difficile de discerner le bien et le mal, a-t-il précisé, il est bon de s’inspirer de l’une comme de l’autre. »

   Or cette association étroite est précisément celle qui se trouvait réalisée avant 1882, et l’instauration de la morale laïque, quand le cours de morale religieuse faisait partie du programme de l’école publique.

   A l’époque, tous les enseignements se trouvaient imprégnés par une tonalité morale. Les exemples de grammaire, les dictées, même parfois les problèmes de mathématique.

L’instituteur était donc déjà maître de morale. Mais son enseignement avait besoin du complément d’une morale (à prétention) « transcendante ». Et celle là, c’était « le curé » qui la donnait,  à quelques endroits aussi le « pasteur ». Je reprends les mots du discours du Latran.

   C’est d’ailleurs vraiment drôle : alors que partout ailleurs, le discours chanoinesque confond complètement christianisme et catholicisme, là, le « pasteur » est mentionné, comme si la source était un livre d’histoire décrivant l’école publique avant sa laïcisation.

   Donc il fallait « adosser » alors la morale à une morale transcendante. Cela, pour des raisons proches de celles énoncées au Latran : si on ne met pas une « transcendance » au bout du système, il reste quelque chose d’inachevé, une non réponse à « l’aspiration profonde des femmes et des hommes à une dimension qui les dépassent », à quelque chose qui « comble l’aspiration à l’infini ». Il faut « expliquer ce qui se passe avant la vie et ce qui se passe après la mort » pour boucler la boucle, que le système moral proposé soit bien fermé, clôt sur lui-même.

   Président moderne, Sarko Ier utilise des mots, qui connotent l’existentiel, et même une angoisse existentielle, qui est peut être sienne, blottie derrière son côté ‘super actif’.

   Il vaut la peine de citer assez longuement ses propos : « fonder une famille, contribuer à la recherche scientifique, enseigner, se battre pour des idées, en particulier si ce sont celles de la dignité humaine, diriger un pays, cela peut donner du sens à une vie. Ce sont ces petites et ces grandes espérances « qui, au jour le jour, nous maintiennent en chemin » pour reprendre les termes même de l’encyclique du Saint Père. Mais elles ne répondent pas pour autant aux questions fondamentales de l’être humain sur le sens de la vie et sur le mystère de la mort. Elles ne savent pas expliquer ce qui se passe avant la vie et ce qui se passe après la mort. »

 

   Au XIXe siècle on racontait cela de façon plus moraliste, on s’aventurait davantage dans l’au-delà. Ce qui se passait après la mort, je l’ai trouvé raconté dans un cahier d’écolier de l’année 1878-1879, juste avant la laïcisation de l’école publique donc.

   Une âme « parfaitement pure », est-il écrit dans ce cahier, peut aller goûter des félicités paradisiaques. Une âme encore « souillée de quelques fautes », la voilà au purgatoire (mais, rassurez-vous elle finira, elle aussi, au paradis). Une âme surprise « en état de péché mortel » et c’est l’enfer assuré, avec des supplices proportionnels au mal qu’elle a pu commettre : elle souffrira d’« autant de tourments et d’angoisses qu’elle a trouvé de délices dans son iniquité. »

   Bigre ! Et il n’est pas impossible que certains « tourments », comme des brûlures des doigts de pied par d’hideux diablotins, ou des morsures sadiques de belles diablesses, soient réservés aux deux fois divorcés.

Mais je taquine mon Président bien aimé, en truquant un peu les cartes. Car, ce même cahier spiritualise les croyances populaires en précisant que le ciel et l’enfer ne sont pas « deux endroits », mais « deux situations de l’âme » ; le ciel indique « la communion de l’âme avec Dieu », l’enfer «les souffrances et les remords de la séparation avec Dieu ». Quant au purgatoire, il a disparu dans le cours du raisonnement.

    Tout cela peut faire sourire, mais avait un sens.

   Un penseur spiritualiste de l’époque, Henri Marion, l’expose en affirmant : « Notre raison exige que l’accomplissement du devoir trouve sa récompense, que la violation de la loi morale soit châtiée. » Or, « cela n’est pas de ce monde » : « l’insuffisance manifeste des châtiments et récompenses de la vie présente est, au contraire, choquante ». Il faut donc que, « dans une vie ultérieure et par la volonté toute puissante d’un juge infaillible, chacun de nous obtienne enfin le sort qu’il mérite. »

Raisonnement redoutable car, partant de la raison, Marion reconnaît qu’il mène aux « croyances dogmatiques ». C’est pourquoi certains pédagogues républicains tel Gabriel Compayré, atténuent la chose. Ce dernier estime que «face aux injustices de la vie présente, il faut en appeler « à l’espoir d’une autre vie ».[2]. Tiens, nous retrouvons « l’espérance » qui est au cœur du propos présidentiel au Latran.

   Tout cela fleure bon nos « racines chrétiennes » : il s’agit de la perspective séculaire de ce que l’on appelait, en théologie, la ‘théodicée’, à la fois justification de Dieu (l’après vie comme réponse au triomphe apparent du mal sur la terre) et justification par Dieu (fondement ultime d’un ordre moral juste).

   Mais précisément, Jules Ferry a demandé de larguer de telles amarres, a voulu couper le cordon ombilical avec ces fameuses « racines », sans les nier pour autant. Cela au profit, non de l’athéisme, mais d’un agnosticisme arbitral, laissant chaque acteur jouer ses propres options métaphysiques.

A tort ou à raison (peu importe) il projette cette coupure dans la pensée de Bouddha : « Dans le bouddhisme, il n’y a pas de peines ni de récompenses. C’est une moralité qui se tient debout toute seule. »[3]. La morale laïque va donc progressivement devenir une morale trouée, structurellement trouée. C’est comme le gruyère, cela fait partie de son être propre.

   Le postulat, qui est au cœur de l’option démocratique, c’est que l’être humain doit être libre et responsable. Il doit opérer lui-même la clôture, la boucle du cercle. Trouver son propre chemin. Il doit faire profession personnelle de foi ou d’athéisme. Si l’Etat, si l’institution école ferme le système moral à sa place, alors on se situe dans un engrenage au bout duquel le risque de totalitarisme n’est pas absent.

***

   Et c’est cela, la véritable séparation, Roger Williams (un pasteur baptiste, le premier qui a réalisé durablement la séparation des Eglises et de l’Etat sur un territoire : c’était le Rhodes Island, futur Etat fédéré américain, au milieu du XVIIe siècle) utilisait une métaphore : celle d’un vaisseau où des voyageurs qui prendront des directions différentes, quand ils arriveront au port, sont embarqués ensemble et doivent accomplir des tâches communes, vivre en bonne intelligence pendant le temps de la traversée.

   Il me faudrait pouvoir raconter cela au moyen d’un petit croquis à trois dimensions. A l’école publique du XIXe siècle, où deux dimensions suffisent et où l’instituteur et le curé (quelquefois le pasteur) se serrent les coudes (le curé bénéficiant, cependant, d’un piédestal), succède l’école publique laïcisée où les trois dimensions s’avèrent nécessaires.

   En effet, et c’est là que l’affaire se corse, le trou de la morale laïque, l’espace que l’instituteur laisse vide, n’est pas rempli sur le même plan. Il faut un autre plan, à distance du précédent.

 

Et là, dans cet autre plan, nous rencontrons tous les personnages qui sont, de façon heureuse cette fois, introduits dans le discours de Riyad : « juif, catholique, protestant, musulman, athée, franc-maçon ou rationaliste ». La liste déborde bien la religion cette fois. Et c’est obligatoire.

   Un plan le public, un plan le privé. Non que par ‘privé’, il faille entendre quelque chose qui n’aurait pas le droit de sortir de la maison. Non, privé cela signifie socialement facultatif, volontaire, libre. Cela veut dire : livré au choix personnel.

***

 

   Toute cette affaire renvoie au problème de la religion civile, concept façonné par Jean-Marie Bigard (qui était au Latran), non par Jean-Jacques Rousseau. Et, significativement, un des « dogmes » de la religion civile rousseauiste est « la vie à venir, le bonheur des justes et le châtiment des méchants ».

   Que dit ce cher Jean-Jacques à la fin du Contrat social ?[4] Que la religion est nécessaire au bon fonctionnement d’une société, à la morale publique, à la paix civile, tout en réfutant le christianisme comme religion d’Etat. Pour Rousseau, et c’est cela la religion civile, « il importe à l’Etat que chaque Citoyen ait une religion qui lui fasse aimer ses devoirs », et il précise : « les devoirs que [chacun] est tenu de remplir envers autrui. »

   Nous ne sommes pas très loin des déclarations chanoinesques : « un homme qui croit, c’est un homme qui espère. Et l’intérêt de la République, c’est qu’il y ait beaucoup d’hommes et de femmes qui espèrent. La désaffection progressive des paroisses rurales, le désert spirituel des banlieues, la disparition des patronages, la pénurie de prêtres, n’ont pas rendu les Français plus heureux. C’est une évidence. » Et, tout de suite après, cet ajout « s’il existe incontestablement une morale humaine indépendante de la morale religieuse, la République a intérêt à ce qu’il existe aussi une réflexion morale inspirée de convictions religieuses. »

   Et ensuite, une citation laudative des propos pontificaux : « Il paraît évident que l’homme a besoin d’une espérance qui va au-delà. Il paraît évident que seul peut lui suffire quelque chose d’infini, quelque chose qui sera toujours ce qu’il ne peut jamais atteindre » puis« Comme l’écrivait Joseph Ratzinger [= le futur Benoît XVI] dans son ouvrage sur l‘Europe, « le principe qui a cours maintenant est que la capacité de l’homme soit la mesure de son action. Ce que l’on sait faire, on peut également le faire ». A terme, le danger est que le critère de l’éthique ne soit plus d’essayer de faire ce que l’on doit faire, mais de faire ce que l’on peut faire. »

   Certes, le président-chanoine ne va pas jusqu’à chasser de la République les hommes qui espèrent peu et les ménagères désespérées[5] , alors que Jean-Jacques, lui, proposait, carrément, de « bannir de l’Etat quiconque ne croit pas [aux dogmes de la religion civile], non comme impie, mais comme insociable. »

   Mais il établit un continuum entre l’intérêt de la République, donc la ‘sociabilité’, et la croyance. Il fait de l’homme « qui croit (…et) qui espère » en une transcendance, un citoyen plus intéressant pour la République qu’un autre. Etant protestant, je suis inclus dans ceux qui croient et espèrent. Pourtant, si les douteurs sont des citoyens de seconde zone, je refuse ce qui devient un privilège indu.

 

    A Riyad, entraîné par Maître Guaino, son conseiller spécial, le président est allé encore plus loin. Après avoir décrété que « Musulmans, Juifs et Chrétiens (…) C’est bien le même besoin de croire et d’espérer qui leur fait tourner leurs regards et leurs mains vers le Ciel pour implorer la miséricorde de Dieu, le Dieu de la Bible, des Evangiles et du Coran. », il a conclu : « Dieu transcendant qui est dans la pensée et le cœur de chaque homme ».

   Non seulement personne ne l’a élu pour trancher entre un Dieu exclusif d’une religion et un Dieu syncrétique des religions du Livre, mais ce Dieu est bien transformé en un Dieu de religion civile, qui doit se trouver « dans la pensée et le cœur » de chaque citoyen normalement constitué.

   Comment concilier cela avec l’existence d’athées ou de personnes totalement indifférentes en matière de religion, aussi citoyens que les autres dans une République laïque ? (je rougis de honte d’avoir à le rappeler !).

   Le discours du Latran répond : « Même celui qui affirme ne pas croire ne peut soutenir en même temps qu’il ne s’interroge pas sur l’essentiel. Le fait spirituel, c’est la tendance naturelle de tous les hommes à rechercher une transcendance. Le fait religieux, c’est la réponse des religions à cette aspiration fondamentale. »

Notre président Lucky Luke, tire plus vite que son ombre : trois idées en trois phrases. On ne lui en demande pas tant. Mais il faudrait mettre un peu d’ordre dans ces idées là.

   Mentionner que celui qui n’a pas d’appartenance religieuse (comme on dit) s’interroge à sa manière sur l’essentiel, fort bien. Mais pourquoi le dire de façon aussi dépréciative ? Comme si cette personne ne le faisait que malgré lui, en dépit de son non croire religieux ? Et d’un.

   La définition du fait spirituel, je veux bien (quoique le « naturel » me gène). Mais à la condition de comprendre la transcendance de façon beaucoup plus large que l’approche guaino-restrictive. Il faut intégrer ce que les amis que Sarko compte dans le show biz’ appellent la ‘transcendance intériorisée’ ou la ‘transcendance horizontale’, et… ‘le dépassement de l’opposition immanence – transcendance’. La star’Ac est finie. Nicos a donc du temps pour affranchir notre président bien aimé là-dessus.

   Enfin le « fait religieux » comme réponse à l’ « aspiration fondamentale du fait spirituel », peut-être mais à condition de préciser que ce n’est pas la seule et unique réponse. Et c’est parce que cela est loupé (déjà dans La République, les religions, l’espérance) que se trouve emprunté le chemin de la religion civile, qu’elle soit catho-laïque, oecuménico-laïque ou syncrético-laïque, peu importe.

 

   Il faut donc vite faire marche arrière pour pouvoir laïquement redémarrer. La morale publique, dans une démocratie laïque, met à égalité «celui croit au ciel et celui qui n’y croit pas ». Tiens, c’est un poème écrit à propos de la Résistance. Décidément la mémoire de Sarkozy lui joue de sacrés tours !

Moralité : la rectification du CRIF, c’est pipeau !

 

PS: la fréquentation du Blog continue de croître, quand les sondages sur la popularité de notre sublime président continuent de baisser. Je viens de recevoir un SMS, malheureusement non signé, et indiquant: "Dommage que tu sois déjà marié. Cela m'aurait bien plus de devenir la Première dame du Blog" Mes oeuvres complètes à celle ou celui qui trouvera l'auteure.


[1] Propos rapporté par H. Tincq, Le Monde, 15 février 2008.

[2] Les extraits du cahier et le propos des philosophes-pédagogues proviennent de mon ouvrage : La Morale laïque contre l’ordre moral, Le Seuil, 1997

[3] Cité par J. Chevallier, La séparation de l’Eglise et de l’Ecole, Paris, Fayard, 1981, 438.

[4] Chapitre VIII, « De la religion civile » (à des pages différentes selon les éditions du Contrat social !)

[5] Fine et subtile allusion aux Desperate Housewives, célèbre série télévisée américaine. Je me ferai un plaisir de vous offrir les cd, si jamais il vous en manquait.

02/02/2008

UNE LAÏCITE MEDIATISEE. MONOD, VERDIN, GUAINO, FOUREST,...

C’est le moment de dresser un petit bilan de cette seconde quinzaine de janvier où la laïcité s’est, de nouveau, retrouvée sous les projecteurs médiatiques. Cela ne lui était pas arrivée depuis 2005 et le centenaire de la loi de séparation (eh oui, cette fois, cela démarre sérieux. Vous n’aurez droit à un zeste de Carla qu’à la fin !).

Et encore, en 2005, faute d’un événement (un grand discours de Chirac ou Villepin, des propositions neuves du PS, une cérémonie d’ampleur nationale,….), des médias n’avaient parfois fait que le minimum syndical.

La laïcité avait été, ensuite, particulièrement absente lors de la campagne pour la présidence de la République. On pouvait penser que les débats avant et autour de la loi de 2004 sur les signes zostensibles avaient créé l’overdose.

 

Eh bien nous avons eu droit à ‘Laïcité II, le Retour’ comme dirait Rambo. Mais ce qui est significatif, c’est que ce retour de flamme ne s’est pas passé après le discours du Latran, le 20 décembre. Pour ma part je n’ai eu aucun coup de téléphone de journaliste français ou étranger, alors que j’en reçois périodiquement, dés que cela bouge en matière de laïcité.

Là, silence radio. Les articles de la presse ont été courts, quand ils ont été critiques ; plus longs, ils se montraient plutôt élogieux (ce fut une tendance minoritaire, mais qui a existé).

Les médias se sont déchaînés après le discours de Riyad. Là cela a été l’explosion. Les coups de fils et mels n’arrêtaient plus, et il était impossible de répondre à toute la demande. Même en se disant : « Bon, c’est temporaire. Cela vaut le coup de prendre du retard dans son travail normal et d’y consacrer du temps. C’est en effet l’occasion d’expliquer, de vulgariser certaines choses. »

Bref il s’est produit l’effet boule de neige : un média commence et tous les autres suivent, renchérissent. J’ai vaguement le souvenir d’un certain Panurge et de ses moutons….

C’est donc après Riyad que le discours du Latran a fait événement. Que les médias en ont véritablement parlé, ou parlé de façon plus critique. Comme si le fait de démolir un discours, prononcé dans le pays musulman par excellence, et abordant l’islam, constituait le sésame permettant aussi de critiquer un discours prononcé auparavant à Rome, et concernant catholicisme.

Cherchez l’erreur !

Or à lire finement les propos tenus, si on excepte le début du discours de Riyad, qui est de la même veine que celui du Latran, le reste est moins mauvais.

Je ne vais pas faire une longue exégèse. Mais globalement j’indiquerai ceci : le discours du Latran est uniquement positif à l’égard du christianisme en général et du catholicisme en particulier. Cela, même quand il s’agit de la société de chrétienté, de l’union étroite du religieux et du politique, etc. Silence complet est fait sur ce qu’a donné l’Etat chrétien et le cléricalisme.

Du coup, il n’est pas étonnant que quand la laïcité est abordée, Sarkozy ne puisse pas en parler de façon positive. On ne peut absolument pas comprendre, à l’entendre, pourquoi il a été nécessaire de construire la laïcité, et de réduire le pouvoir politique et social de l’Eglise catholique. Cela apparaît comme une cruauté gratuite, alors que ce fut nécessaire pour établir la liberté de conscience.

Amnésie significative en ce temps où on nous bassine du « devoir de mémoire » !

Du coup aussi, il n’est pas étonnant que le Président en appelle à « l’avènement d’une laïcité positive », comme si, jusqu’à présent, la laïcité était négative, était la négation du passé chrétien-catholique de la France, alors qu’églises et cathédrales sont entretenues sur fond public (pour ne prendre qu’un exemple).

 

Le discours de Riyad comporte, de façon explicite ou plus implicite, des propos critiques. Bien sûr ils sont exprimés en langage très diplomatique. Mais faut pas rêver et, pour Latran, personne ne demandait à Sarkozy d’attaquer bille en tête chrétienté ou cléricalisme. Simplement de la jouer un peu plus dialectique

Les critiques, à Riyad, sont donc exprimées par de fines nuances et loin de moi l’idée que c’est pour cette raison que les journalistes ne les ont pas remarquées ! Vous avez déjà vu un journaliste chaussé de gros sabots. Moi, jamais, main sur le cœur !

 

 

Voici quelques exemples que les Saoudiens, qui savent décrypter, ont du recevoir 5 sur 5 : Sarkozy donne une liste de personnes à respecter dans leur « convictions ». Il aurait pu commencer par les musulmans ou les chrétiens. Non il commence par les juifs. C’est naturellement fait exprès et c’est un message. Il inclus dans la liste « athées, francs-maçons, rationalistes ». Autre message.

Il rappelle à ce pays qui se veut comme l’équivalent d’une grande mosquée que « toute civilisation est le produit d’un métissage ». Il ose dire aussi que les changements effectués en Arabie Saoudite ne s’effectuent que « lentement ».

Certes, tout cela est enrobé de compliments. Mais comme c’est la loi du genre, les critiques, même très feutrées ont plus de signification que les compliments convenus et prévisibles.

Dans mon article dans les Inrockuptibles, j’ai noté les discours. Latran a eu droit a un 3/20, Riyad à un 5/20. C’est presque le double. Et comme je suis l’Objectivité Même !

Que Sarkozy ait exprimé des convictions qui sont les siennes (et en même temps tenté de reconquérir un électorat conservateur, un peu dérouté), me parait plausible. Cet homme, au mode de vie « matérialiste » est fasciné par la virtuosité religieuse.

Rappelez-vous, l’erreur de com’ commise entre son élection et sa prise de fonction. Il avait fait annoncer qu’il se retirerait quelques jours pour méditer sur sa future tâche, dans un monastère. Je crois qu’il en avait vraiment l’intention. Et son ami Bolloré lui ayant offert d’aller méditer sur son yacht de milliardaire, il n’a pas pu résister (1)![1]

Accordons lui donc le crédit d’une certaine sincérité. Alors, le meilleur commentaire sur ses discours a été publié par Le Monde (et, un autre jour, le plus mauvais, nous allons en reparler). Le meilleur : c’est une tribune de Jean-Claude Monod (29 janvier 2008). Il a imaginé que les Français élisent président un athée convaincu et que celui-ci imite la pratique inaugurée par Sarkozy : donner es fonction son opinion personnelle.

Cela donnerait ceci (pure traduction en langue athée des propos sarkosyiens) : « Dieu n’est rien d’autre qu’une illusion sous laquelle l’homme s’humilie » ; « la République a besoin d’athées militants qui ne se laissent pas duper par des espérances illusoires et travaillent à l’amélioration réelle, ici-bas, des conditions d’existence » ; la République a besoin d’une « morale débarrassée des fausses transcendances et résolument humaine », la « vocation de prêtre, qui consacre sa vie à un être fantomatique, est de moindre valeur que la vocation d’instituteur. » Etc.

Les croyants seraient alors très choqués. Ils crieraient à l’athéisme d’Etat. Il est même probable que vous auriez des manifestations dans les rues des grandes villes. Bref, la paix civile se trouverait menacée. Eh bien, là ce n’est pas mieux.

Voilà ma réponse à celles et ceux qui se sont étonnés d’une « prise de position tranchée » (mel d’un ami)

« C’est votre dernier mot » me dit Foucault (pas l’auteur des Mots et des choses, le vrai !)

« Oui, Jean-Pierre ».

Je pense, en effet, l’argument imparable. C’est la meilleure réponse à faire à tous ceux qui disent qu’il est vieux jeu, « archaïque », de refuser au président le droit d’exposer ces convictions. C’est l’argument cho