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04/10/2011

Ségolène Royal. Médiapart.

Comme je l'ai indiqué vendredi dernier, les Internautes peuvent désormais trouver mes Notes (gratuitement) sur Médiapart:

http://blogs.mediapart.fr/blog/jean-bauberot

Et plus précisément, pour la Note d'aujourd'hui:

http://blogs.mediapart.fr/blog/jean-bauberot/041011/les-contradictions-de-badinter-peuvent-etre-utiles-la-gauche

Mais si je joue un peu les prolongations, avec ce Blog, c'est parce que pas mal d'amis m'ont reproché de ne pas avoir dit pour qui je vais voter à la Primaire socialiste dimanche prochain. Sans surprise, pour ceux qui ont un peu suivi mon itinéraire, je vais voter  pour Ségolène Royal.

Elle est encore meilleure qu'en 2007.

J'ai d'ailleurs tenté de trouver sur le Web une liste de soutien où je pourrais signer, mais je ne l'ai pas trouvée. Trop nul!!!

Et il faut souhaiter que la Primaire soit un succès (forte participation, dépouillement incontestable, etc....

30/09/2011

Le nouveau blog. Médiapart. Elisabeth Badinter et la laïcité lepénisée.

Le blog se meurt, vive le blog ! Comme je l’ai expliqué à plusieurs reprises, ce blog a été créé fin 2004, dans la perspective de pouvoir être réactif pendant l’année 2005, moment du centenaire de la loi de séparation des Eglises et de l’Etat. Vu les échos qu’il a rencontré, il a joué les prolongations…pendant les 5 années suivantes. Et son succès ne s’est pas démenti, puisqu’il a été de plus en plus consulté. Ainsi, malgré l’été, le mois d’août 2011 a vu 5670 internautes effectuer 17756 visites (572 par jour) et consulter 46181 pages !

Mais le succès risque toujours d’engendrer la routine. Et ces derniers mois je me posais de plus en plus de questions. Une offre d’Edwy Plenel de rejoindre Médiapart est donc « tombée au bon moment », si je puis dire. Cela permet de changer de formule, d’explorer quelques nouveaux horizons, d’atteindre de nouveaux internautes (sans perdre les anciens, j’espère !), d’avoir de nouveaux interlocuteurs, voire contradicteurs (effectivement, les réactions à la première note publiée par Médiapart le prouvent très clairement).

Pourquoi Médiapart. D’abord à cause de la personnalité de son directeur, à la fois baroudeur et homme de culture. Point n’est besoin d’être toujours d’accord avec lui pour apprécier son aspect franc-tireur, et ses qualités de journaliste d’investigation. Ensuite, l’équipe réunie autour de lui, semble animée du même idéal qui se situe dans la filiation du journalisme indépendant des origines. L’open space où travaillent les divers collaborateurs de ce Site me fait un peu penser à une version moderne du journaliste-type des albums de Lucy-Luke. C’est fort sympathique.

Je n’ignore pas que le journalisme d’investigation comporte des risques, dont celui de se croire justicier n’est pas le moindre. Mais en même temps, il s’agit d’une fonction essentielle pour que la démocratie vive au quotidien. Et on frémit en pensant à tout ce qui se serait passé dans une immunité complète si … Dans ce bouillonnement nécessaire, Médiapart a pris une large part. J’ai particulièrement apprécié, tout au long de l’été, la ténacité de Médiapart sur l’affaire Takieddine. Les événements de ces derniers jours ont montré à quel point il ne fallait pas lâcher.

Mais Médiapart ne se réduit pas au journalisme d’investigation et (notamment) son « Club », où des blogs prennent place, est un large espace de réflexion où peuvent se côtoyer des spécialistes, comme le blog de mon ami Claude Lelièvre, et ceux que les médias dominants qualifient de plus en plus d’ « anonymes », désignation significative, implicitement méprisante, qui nie l’individualité, la personnalité de chacun.

J’indique d’ailleurs que, c’est important pour moi, l’accès aux Blogs est gratuit et donc les internautes qui voudront bien me suivre dans ma (relative) transhumance pourront continuer à avoir accès aux réflexions que je leur proposerai. En revanche, comme « no body is perfect », les possibilités de commentaires sont réservées aux abonnés de Médiapart.  9 euros par mois et 90 pour un an, ce n’est pas la mer à boire. Internet permet de baisser les coûts par rapport au support papier, tout en multipliant l’expression et en la rendant plus interactive.

Bref désormais, vous me retrouverez sur :

http://blogs.mediapart.fr/blog/jean-bauberot

Le premier "papier" de ce nouveau blog a été publié ce 30 septembre:

Elisabeth Badinter et la laïcité lepénisée

http://blogs.mediapart.fr/blog/jean-bauberot/300911/elisabeth-badinter-et-la-laicite-lepenisee

Et, d’une manière générale : Médiapart / Le Club / Blogs / Tribunes
http://blogs.mediapart.fr/

Pourquoi, Elisabeth Badinter et la laïcité lepénisée : parce qu’elle vient de déclarer : « En dehors de marine Le Pen, plus personne ne défend la laïcité ». Naturellement la leader frontiste s’est illico emparée de ce propos « Et pour la première fois, le nom de Badinter a été applaudi dans une réunion du FN. » (Christophe Forcari, Libération, 30 septembre). Votre Baubérot favori ne pouvait laisser passer un tel propos sans réagir !

Ce n’est donc qu’un Au revoir, puisque, dès aujourd’hui, il vous suffit d’un click…

 

18:26 Publié dans Blog | Lien permanent | Commentaires (90)

26/09/2011

Du Sénat et de la laïcité

Donc la gauche a gagné et a conquis le Sénat, ce qu’elle se désespérait de pouvoir faire un jour. Tant mieux et d’abord pour le Sénat lui-même, tant raillé et moqué comme un bastion de conservatisme.

Mais quand on y regarde de plus près, cette Chambre s’est avérée être souvent moins primaire que l’Assemblée nationale. Je ne sais s’il s’agit d’une conséquence quasi automatique du suffrage indirect (moins dépendant de l’image de l’électeur moyen, les sénateurs sont moins enclins à intérioriser les stéréotypes) ou s’il s’agit d’une conséquence plus indirecte, mais le fait est que le Sénat tombe un peu moins dans les pièges grossiers où les députés se vautrent volontiers.

De de Gaulle à Sarkozy, les sénateurs se sont montrés moins godillots que l’Assemblée Nationale. Pour avoir effectué, à plusieurs reprises, ce constat tout ce qu’il y a de plus pragmatique, J’ai eu quelques belles passes d’armes avec des personnalités politiques de gauche, prétendant que le Sénat était forcément  en manque de légitimité. De même, on m’avait reproché « d’avoir choisi le Sénat » pour présenter  la Déclaration internationale sur la Laïcité au XXIe siècle, le 9 décembre 2005. En fait, j’étais bien content que le Sénat ait accepté de me donner gratuitement une salle pendant quelques heures pour permettre à des universitaires venus de différents pays de présenter ce texte!

Que pensent ces personnalités aujourd’hui du Sénat ? Son virage à gauche, lui donne-t-il, par miracle, une légitimité républicaine, qu'il n'aurait pas eu avant? Ceci indiqué, bien sûr que le mode de scrutin du Sénat n’est pas satisfaisant. Il faudra le modifier, mais le principe d’une seconde Chambre élue d’une autre manière que la première, et à des moments différents, me semble précieux, et c’est bien que l’alternance sénatoriale soit réalisée.

Ensuite, ce virage du Sénat place les socialistes face à leur responsabilité : il ne me semble plus possible de nier qu’ils risquent d’être eux-mêmes leurs meilleurs ennemis : la victoire ou la défaite dans la mer de toutes les batailles, la présidentielle, dépend vraiment de leur propre capacité à livrer bataille sans s’autodétruire.

On va d’ailleurs tout de suite avoir une idée puisque mardi le PS doit choisir son candidat ou candidate et qu’Aubristes et Hollandais se regardent déjà en chien de faïence  et que samedi le nouveau président sera élu.

Mais si on regarde un peu plus loin, des choses se préparent également au niveau de la laïcité. La droite est à l’offensive et Marine le Pen en embuscade. Donnons quelques indications qui le montrent, mêmes si elles ne font pas la une de l’actualité.

 Guéant va publier son fameux Code de laïcité. Il en existe déjà un, donnant l’état actuel de la législation et règlementation, rédigé par la Ligue de l’enseignement. Guéant va-t-il faire du copié-collé, en ces temps où on parle beaucoup du plagiat ? (cf. notamment, le dossier de Télérama : beaucoup de plagiat dans les médias et, tendanciellement, c’est un homme connu d’un grand média parisien qui vole le travail d’une jeune journaliste provinciale. Etonnant, non ?) Va-t-il redécouvrir la lune ? Ou va-t-il en profiter pour glisser çà et là quelques durcissements répressifs ?

Affaire à suivre. Le même Guéant met actuellement en place un « conseiller laïcité » auprès des préfets départementaux et des « assemblées départementales de la liberté religieuse ».

 I have a dream : le fiasco du pseudo débat (et vraie débâcle !) de l’UMP aurait rendu un conseiller du Ministre (n’en demandons pas trop !) intelligent, et il s’agirait de régler les incidents qui peuvent se produire en amont, avant qu’ils ne deviennent des affaires médiatiques et que Marine le Pen ne se précipite comme la misère sur le pôvre monde.

Si jamais, c’était cela, je ne bouderais pas mon plaisir ! Mais pourquoi mettre ainsi d’un côté « laïcité » de l’autre « liberté religieuse » ? Rappelons la 1ère leçon d’une « laïcité pour les Nuls » : la liberté de conscience est une finalité de la laïcité, et la liberté de conscience inclut la liberté religieuse. Pourquoi aussi exclure des représentants d’association laïques de ces assemblées ?

La distinction liberté religieuse-laïcité me fait craindre qu’il s’agisse d’une entreprise néo-gallicane. Le gallicanisme qui, pendant des siècles, avant la laïcité, a constitué la politique religieuse de la France, était un mélange de protection et de contrôle de la religion. Aïe, aïe, aïe : peut-être « liberté religieuse » signifie, dans l’esprit de ces bureaucrates, « protection de la religion » et « laïcité », du coup: contrôle de la religion.

La laïcité qui imposait aux religions plus de liberté, est déjà devenue, et deviendrait plus encore, un synonyme de répression face à des manifestations religieuses. Et, de plus en plus, il suffit de prétendre qu’il s’agit de « religion » pour que les partisans de la liberté d’expression baissent les bras.

Face à cela, quelle est l’attitude de la gauche ? Quelle laïcité va-t-elle promouvoir (car il s’agit de promouvoir la laïcité plus que de la « défendre », vision rabougrie !) ? Jusqu'à présent, elle s'est montrée plus divisée qu'inventive.

La gauche va-t-elle savoir dépasser l’alternative de la laïcité répressive umpénisée, et du néo-cléricalisme à la Benoît XVI  (celui-ci a benoîtement  déclaré en Allemagne que l’être humain a une nature intangible –au XIXe siècle avec ce discours, l’Eglise catholique voulait empêcher que la loi autorise le divorce ; et il a appelé à une sainte Alliance des chrétiens contre la « sécularisation »), récupéré par certains comme une racine culturelle et identitaire.

La gauche ferait bien de se préparer : elle n’a plus beaucoup de temps pour clarifier ses idées quant à la laïcité, reprendre l’offensive. Sinon la laïcité, qu’elle croyait être son bien précieux, va être invoquée, brandie contre elle, comme l’étendard de la droite dure et de l’extrême droite.

Une laïcité déformée, falsifiée, naturellement  mais qui bénéficiera de complicités, même à gauche. Car on assiste à les pleurnichements de personnes qui s’affolent des références lepénistes à la laïcité, alors qu’ils ont ouvert un boulevard à Marine le Pen. Il ne reste vraiment plus beaucoup de temps pour être en ordre de marche. Là aussi: affaire à suivre très attentivement.

PS : je rentre de 10 jours de conférences à l’étranger avec un emploi du temps très occupé. J’ai plus d’une centaine de mèls en retard. Patience donc à mes différents correspondants. Merci d’avance.

 

15/09/2011

L’arrestation de la psychanalyste syrienne Rafah Nached

COMMUNIQUE SUR LES CONDITIONS D’ARRESTATION

DE LA PSYCHANALYSTE RAFAH TAWFIQ NACHED

Le Dr Faysal ABDALLAH, professeur d’Histoire ancienne à l'Université de Damas a publié le communiqué suivant:

Je tiens à porter à la connaissance de tous que mon épouse, le Dr Rafah Tawfiq NACHED, psychanalyste, s’est présentée au point de contrôle des bagages de l’Aéroport International de Damas, samedi 10 septembre à 1h33 du matin. Elle devait se rendre à Paris pour des raisons familiales et de santé. Elle m’a alors appelé et m’a dit : « Ils procèdent à des contrôles avec nervosité. Ils ont des listes… On m’a pris mon passeport et on est parti avec… ». La conversation s’est arrêtée là. Mais, son téléphone portable étant resté allumé, j’ai entendu du bruit et de l’agitation, ainsi que les mots : « Madame… enlevez cela », puis la communication s’est totalement interrompue.

Je me suis immédiatement rendu à l’Aéroport, où je suis arrivé aux alentours de 2h15 du matin. Je me suis dirigé vers le premier poste de contrôle des bagages et j’ai demandé à un policier de se renseigner pour savoir si une femme de 66 ans était passée par là. Le policier en civil m’a répondu qu’il allait poser la question à l’intérieur.

Il est entré, est revenu quelques instants plus tard et m’a déclaré : « Nous ne savons pas. Tu dois interroger le bureau de la Sécurité ». Je lui ai dit : « J’ai reçu un appel de ma femme, il y a peu de temps, dans lequel elle m’a dit qu’elle se trouvait au point de contrôle des bagages qui précède la pesée et l’enregistrement ». Il m’a répliqué : « Personne ne sait rien » et m’a conseillé à nouveau d’interroger la Sécurité.

Je me suis rendu en hâte vers un bureau situé dans le grand hall de l’Aéroport au-dessus duquel se trouvait un panneau « Sécurité ». Je leur ai posé la même question et on m’a répondu : « La Sécurité n’a aucune information. Si nous savions quelque chose, nous vous dirions avec exactitude ce qui s’est passé ». J’ai fait observer que ma femme était passée par là, qu’elle s’était mise en contact avec moi depuis le point de vérification des bagages pour me dire qu’ils la contrôlaient, que la conversation avait alors été coupée, et que, depuis ce moment-là, je considérais que ma femme avait disparu à l’intérieur de l’Aéroport - plus exactement au premier point de contrôle, avant la pesée des bagages.

Un fonctionnaire de la Sécurité en habit civil m’a répondu : « Nous n’avons aucune information. Si nous savions quelque chose, nous te l’aurions dit ». Je me suis étonné : « C’est étrange. Je suis un citoyen. Je vous informe que ma femme a disparu chez vous. Puis-je compter sur une aide quelconque de votre part en tant qu’autorité responsable ? » Il m’a répété à nouveau : « Nous, nous ne savons rien. Vois plutôt la Sécurité Générale. Va voir la Police et pose-lui ta question ».

Je me suis dirigé vers un bureau voisin où se trouvaient des policiers en uniforme. J’ai raconté l’affaire de la disparition de ma femme. On m’a demandé quel était son nom complet. J’ai donné une photocopie de sa carte d’identité. Un policier s’est retiré pour revenir quelques minutes plus tard et me déclarer : « Ta femme n’a pas franchi le poste de la Sécurité Générale. Cela signifie qu’elle n’est pas encore partie. Regarde du côté du premier poste de contrôle des Douanes et de la Sécurité Aérienne ».

Je lui ai fait remarquer qu’on ne me laissait pas entrer là-bas, et que « le bureau censé être celui de la Sécurité Aérienne m’avait déjà fait savoir qu’il ne savait rien à son sujet, et que s’il savait quelque chose il me le dirait ». Le policier m’a alors regardé en riant. Il m’a dit : « Nous, nous avons fait ce que nous devions faire. Ta femme n’est pas passée par chez nous. Interroge de nouveau la Sécurité ».

J’ai ainsi passé quelques heures à discuter avec les responsables des bureaux de la sécurité de l’Aéroport. Au petit matin, je me suis finalement retrouvé dans le bureau du Général Commandant en Chef de la Police de l’Aéroport. Je lui ai raconté ce qui s’était passé, que j’avais perdu ma femme dans l’Aéroport depuis 1h33 du matin, qu’elle n’avait pas franchi le premier poste de contrôle, que son nom figurait sur la liste de réservation des passagers d’Air France en direction de Paris, mais qu’Air France m’avait indiqué qu’elle ne figurait pas sur celle des passagers ayant embarqué.

Cela voulait dire qu’elle avait été arrêtée au premier point de contrôle. L’officier supérieur m’a répondu avec amabilité et m’a fait comprendre que si la Sécurité Générale n’avait pas enregistré le passage de ma femme, cela voulait dire qu’un autre service de sécurité, autrement dit la Sécurité Aérienne, était responsable de ce qui s’était passé.

J’ai tenté à de multiples reprises de retourner aux bureaux de la Sécurité Aérienne. J’ai demandé à en rencontrer l’un des officiers. Mais toutes mes démarches sont demeurées vaines. J’ai dû me contenter de la réponse des fonctionnaires des bureaux accessibles au public.

Au terme de la journée de samedi, toute entière occupée à passer des bureaux de la Sécurité à ceux de la Sécurité Aérienne et de la société Air France, je me suis résigné à admettre que le Dr Rafah NACHED, psychanalyste âgée de 66 ans, avait été arrêtée au poste de contrôle des bagages de la section départ de l’Aéroport de Damas, par des membres des Services de Renseignements (moukhabarat) de l’Armée de l’Air, et qu’il me faudrait suivre l’affaire de son arrestation le jour suivant. C’est ce que je fais maintenant.

Ma femme a passé sa première nuit dans un lieu dépendant d’un service de Sécurité dont j’ignore tout. Je signale qu’elle souffre de plusieurs problèmes de santé et qu’elle se rendait à Paris pour raisons familiales mais aussi pour des examens médicaux. Elle a été arrêtée à l’Aéroport de Damas par les moukhabarat de l’Armée de l’Air. J’entreprendrai ce jour-même les procédures légales auprès du ministère de la Justice pour obtenir une réponse des autorités sur le sort de ma femme.

 

16:03 Publié dans ACTUALITE | Lien permanent | Commentaires (32)

11/09/2011

Un troussage de domestique: le livre. Le HCI et la chasse aux femmes à foulard: le dégout et le mépris.

 1) Un troussage de domestique

Christine Delphy (coord.)
Clémentine Autain, Jenny Brown, Mona Chollet, Sophie Courval, Rokhaya Diallo, Béatrice Gamba, Michelle Guerci, Gisèle Halimi, Christelle Hamel, Natacha Henry, Sabine Lambert, Titiou Lecoq, Claire Levenson, Mademoiselle, Marie Papin, Emmanuelle Piet, Audrey Pulvar, Joan W. Scott, Sylvie Tissot, les TumulTueuses, Najate Zouggari

L'objet de ce livre n’est nullement de discuter des faits de ce qu’on a appelé l’«affaire Strauss-Kahn». Il est de rendre compte de l’effarement des féministes françaises devant les déclarations des hommes – et femmes – politiques à la nouvelle de son arrestation.
Effarement et indignation: Dominique Strauss-Kahn était présenté comme une victime et, surtout, on ne voyait que lui, comme s' il ne s’agissait pas d’une agression, vraie ou fausse peu importe ici, mais en tous les cas qui impliquait au moins deux personnes.

Ce livre consiste en une sélection de textes de féministes (journalistes, universitaires, chercheuses, étudiantes, de toutes générations) qui s’arrête, sauf exception, à la première semaine de juin. Ainsi, sauf pour l’article de Clémentine Autain et Audrey Pulvar qui clôt le livre, il n’y a pas de réaction à l’annonce de la fin des poursuites contre DSK fin juillet pas plus qu’aux propos sur sa «résurrection».
Beaucoup de femmes et d'hommes ont été choqués par l’invocation d’une soi-disant culture nationale pour justifier l’injustifiable. La confrontation politique sur le viol, sur la violence est ouverte. A moins d’un an de la présidentielle...

 184 p. / 7 euros
ISBN: 978-2-84950-328-7
Collection Nouvelles Questions Féministes

RENDEZ-VOUS avec les AUTEURES
j
eudi 15 septembre à 19 heures, au Lieu Dit
6 rue Sorbier, 75020 Paris

Vendredi 23 septembre à 19 heures,
à la librairie Violette and Co

102 rue de Charonne, 75011 Paris

2) Le HCI et la chasse aux femmes à foulard : le dégout et le mépris.

Et, pendant ce temps, la chasse aux femmes qui portent un foulard continue : dans un Avis remis au premier Ministre’ le Haut Conseil à l’Intégration (défense de rire devant ce sigle !) veut chasser les femmes qui portent un foulard du marché du travail. Cela lui paraît incompatible avec « une société profondément  sécularisée » indique-t-il. On ne peut mieux dire que l’on cherche à imposer la sécularisation  aux individus, sous couvert de laïcité.

Une telle optique a toujours eu pour résultat de pervertir la laïcité en l’éloignant de la démocratie. Le HCI, s’il se préoccupait réellement d’intégration, devrait se soucier de l’état de la société dans laquelle il est demandé aux immigrés et à leurs descendants de s’intégrer. Une société qui pratique le sexisme ordinaire.

Libération titrait  ainsi sa première page les 11 et 12 juin dernier : « Harcèlement sexuel : Pourquoi la France ferme les yeux. Inadaptée, la législation limite les plaintes des femmes victimes de violences sexuelles dans le monde du travail ». Mais cela bien sûr, ne concerne en rien le HCI et son inénarrable chargé de Mission laïcité, Alain Seksig,

La logique de leur position, qui provoque en moi mépris et dégout est, de fait, la suivante : qu’une femme immigrée soit sexuellement harcelée dans son travail ne mérite pas notre attention. L’important elle qu’elle ne porte pas de foulard ! Ils sont, bien sûr, trop bêtes pour que leur logique leur saute aux yeux, mais elle est portant la conséquence sociale de leur glorieuse action.

 

04/09/2011

DSK, le dit « lobby juif », antisémitisme et laïcité.

 Dans son n° du 31 août, le quotidien Le Monde rapporte un débat, tenu sur une station de radio « sur le ‘lobby juif’ à propos de l’affaire DSK ».  Le Conseil  supérieur de l’Audiovisuel  (CSA), et notamment le président de son  Groupe de travail sur  la déontologie des contenus audiovisuels, Rachid Arhab,  envisagent de sévir.

Une information entre 1000. Si je la retiens, j’ai parce que je constate que, chez certaines personnes de tous bords, elle a un  effet un peu analogue à celle qui se produit dans des milieux de droite quand (par exemple) Eric Zemmour déclare  à la télé que beaucoup de délits sont  commis par des blacks et des beurs.

On croit alors qu’il y a des gens qui « osent » poser les « vrais problèmes » et qui seraient victimes du « politiquement correct » des milieux officiels.

Mais il existe (pour moi) une différence : alors que fort peu d’Internautes qui surfent sur le Blog risquent de se laisser prendre à ces derniers propos, ce n’est pas tout à fait le cas, pour ce qui concerne DSK et le dit « lobby juif ».

 

Une clarification m’apparait donc nécessaire. Souvent on n’ose pas la faire, trouvant le sujet trop « délicat » pour que l’on en parle explicitement. En parler court toujours aussi le risque de sembler prendre au sérieux ce qui n’a pas à l’être. On devient suspect de dire des choses « qui vont de soi ». Cependant, c’est précisément de ce silence que nait l’idée qu’il existerait des gens « courageux » étouffés par un embargo officiel.

Donc, dans la difficulté, il faut tenter cette clarification. Une des réalités basiques, mise en lumière par la sociologie, est que les individus ne sont pas des entités isolées dans la réalité sociale, des unités qui se juxtaposeraient les uns aux autres. Il existe des réseaux de sociabilité.

 

Ces réseaux connotent le plus souvent le milieu social de l’individu. On peut même dire son « appartenance de classe », même si l’expression n’est plus usuelle (on a trop voulu lui faire englober toute la réalité, alors qu’elle en donne un aspect important mais non unique).

Ce milieu se spécifie selon l’itinéraire personnel. Souvent, là aussi, de façon classique : anciens de l’ENA, de l’Ecole normale supérieure, d’HEC par exemple. Les réseaux de  sociabilité peuvent être plus transversaux. Parfois même, ils peuvent dérouter au premier abord.

 

Dans ma jeunesse militante, j’ai rencontré Gilbert Mury, qui était un maoïste tellement intransigeant que, pour lui, même les Chinois avaient trahis la véritable Révolution. Seul le modèle albanais trouvait grâce à ses yeux. Or, alors que, pour Mury, un membre du PSU (petit parti socialiste à la gauche du PS) était déjà un « social-traître », j’ai découvert qu’il bénéficiait de solides amitiés à droite et qu’il les cultivait.

Cela me paraissait tout à fait incongru jusqu’à ce que je comprenne que ce réseau de sociabilité datait de la Résistance, pendant la seconde guerre mondiale. Gaullistes et communistes s’étaient alors parfois rencontrés et cela comptait toujours, au-delà des divergences affichées.

DSK a, incontestablement, un réseau de sociabilité socialiste, et s’il y a eu des inconditionnels, d’autres ont eu des stratégies compliquées pour se montrer solidaires,  mais pas complètement.

En général, un individu est inséré dans plusieurs réseaux de sociabilité. Naturellement, certains de ces réseaux de sociabilité peuvent se rattacher à des appartenances culturelles : réseau de sociabilité breton ou corse, par exemple.

 Ils peuvent aussi dépendre de familles de pensée areligieuses ou religieuses : réseau franc-maçon, catholique, rationaliste, protestant, etc. très logiquement, il existe aussi un réseau de sociabilité juif, qui me semble être un peu à la jonction des deux précédents. Cela peut être aussi le cas d’un réseau de sociabilité protestant d’ailleurs. Que dans l’affaire DSK on trouve un avocat qui appartient aussi à ce réseau de sociabilité est dans la logique des choses. Choses qui s’arrêtent là.

Si DSK a incontestablement profité, dans cette affaire, d’une sorte de privilège, cela est dû fait qu’il est riche et puissant, que c’était la lutte du pot de fer contre le pot de terre, je ne vois pas en quoi les choses auraient été différentes s’il avait été un WAPS ou un très riche industriel catholique ou un magnat du pétrole musulman. Ces gens auraient pu tout autant payer une caution élevée, dépenser le maximum pour obéir aux critères de liberté surveillée, avoir les avocats les plus chers et peut-être les meilleurs.

Au moment où j’écris ces lignes, Jacques Chirac va probablement plus ou moins réussir à passer entre les mailles du filet de son procès, comme il le fait depuis 20 ans : faut-il dénoncer un lobby corrézien ? Ou le fait que, malgré ce qu’il écrit, il a réussi à ne pas être un justiciable comme un autre ? D’où vient alors que l’on parle de « lobby juif », sinon que l’on dépend d’un imaginaire social qui associe « juif » et « puissant » ?

 D’où vient cet imaginaire, sinon d’un terreau antisémite ? Et cela, même si c’est à son insu, que l’on n’en est pas conscient, et que l’on s’en défende.  Si l’hypertrophie de la référence aux racines est un trompe l’œil, les sociétés n’existent pas sans une épaisseur historique qui les informe, les imprègnent. Le terreau sur lequel elles existent est sédimenté par des couches d’historicité qui comprennent  tout  ce que le passé y a laissé. Heureusement, le passé peut être dépassé, il n’est jamais totalement mort. Il peut exister des fuites, de remontées à la surface.

 Et ce passé fait, bien sûr, que parler de « lobby juif », ce n’est pas la même chose que parler de « lobby corrézien », à supposer que l’on utilise cette expression. Je connais des gens qui disent en avoir « ras le bol » de la dénonciation constante faite aujourd’hui de l’antisémitisme. Il est vrai que certains peuvent l’instrumentaliser pour empêcher toute critique de l’action du gouvernement israélien. Mais hormis ce cas de détournement indu, on ne sera jamais trop vigilant à l’égard de tout relent d’antisémitisme.

Car ce que l’on pourrait qualifier d’antisémitisme diachronique, en France, ne se limite pas aux quelques années de l’Affaire Dreyfus ou à la seule période de Vichy, ses lois antijuives et à sa persécution des juifs, qui serait à l’opposé de la République (et donc dont elle serait vierge) comme certains se l’imaginent.

Je recommande aux Internautes l’ouvrage de Ralph Schor, L’antisémitisme en France dans l’entre-deux-guerres (éditions Complexe, 2005). Ils verront que l’antisémitisme d’alors était encore pire que la xénophobie et l’islamophobie actuelles, avec des formes extrêmes et d’autres qui se voulaient un tantinet subtiles, comme Maurras qui prétendait dégager l’antisémitisme de tout préjugé raciste.

On a reparlé, il y a quelque temps, de l’antisémitisme de Céline. Il est à la mesure du personnage, comme si Céline, d’une très grande lucidité dans le décryptage de la société avait besoin de boucs émissaires, pour pouvoir déverser sur un « Autre», complètement déréalisé, l’immense agressivité produite par l’acuité de son regard. Comme s’il fallait absolument focaliser sur des gens qui n’en peuvent mais, qui sont transformés en archétype complètement imaginaire, tout le mal social que des yeux perçants ont découvert. 

 Dans ma jeunesse, quand j’ai découvert Céline, il a représenté pour moi un modèle-contre-exemple absolu. Un modèle de clairvoyance sociale qui se retournait en folie antisémite, et le pire est que, sur le moment, cette folie est apparue socialement acceptable. Vichy n’est certes pas tombé du ciel.

Et force est de constater que, même après Vichy, une sorte de normalité antisémite a continué à exister.  Deux exemples chez des auteurs, par ailleurs sympathiques. Dans un des romans policiers de Léo Malet, cet écrivain anar, sur « Les nouveaux mystères de Paris » (malheureusement je ne suis pas sûr du titre), j’avais été gêné par la façon dont un personnage était décrit. Pourtant nul propos à caractère antisémite, au contraire le célèbre détective de Malet, Nestor Burma, désavouait ceux qui en tenaient. D’où venait donc la gêne ? A la réflexion, du fait que les traits d’individualité du personnage s’effaçaient devant le fait que ce personnage était juif. Sa judéité prenait un caractère englobant. Il était moins Monsieur Untel qu’un juif. C’est une sorte d’antisémitisme indirect.

Chez Georges Simenon, dans un Maigret, Piettr-le-letton (publié en 1958), là c’est direct et terrifiant. Il s’agit de Juifs de pays de l’est qui sont décrits avec de nettes caractéristiques raciales.  Comme le dit Steven Erlander (chef du bureau de Paris du New-York Times, actuellement, Marine le Pen et d’autres « couvrent les juifs par les musulmans » dans leurs doctrines de haines.   Ne nous y laissons pas prendre et combattons toutes les doctrines de haine.

Enfin, dernier point : un peu d’empathie ne feraient pas de mal. Certains minimisent la gravité de propos antisémites, en déclarant que « ce ne sont que des mots ». Il faut se rendre compte que ces mots actualisent la douleur de la Shoa encore vive.

Avant d’étudier l’histoire de la laïcité, j’ai été spécialiste d’histoire du protestantisme. Je me suis rendu compte à quel point, la douleur de la Saint Barthélémy (1572) et la Révocation de l’Edit de Nantes (1685) étaient encore des douleurs à vif chez beaucoup de protestants français du début du XXe siècle. Le moindre propos antiprotestant ravivait la blessure et faisait plus ou moins revivre symboliquement les persécutions passées. Je peux donc imaginer ce que peut susciter un propos antisémite, parmi les membres d'un groupe qui a été victime de la Shoah, et donc, me sentir solidaire. La laïcité, c’est aussi le devoir de tout faire pour que, progressivement, la cicatrisation puisse s’opérer et que l’on puisse dire de nouveau : « heureux comme un Juif en France ». 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

28/08/2011

Pour une laïcité médiatique: méfiez-vous de la saison trois de "L'affaire DSK".

Je ne sais si je suis féministe, j’aurais trop peur, en prétendant l’être, de me faire illusion sur moi-même. Mais l’aboutissement (certes peut-être provisoire vu la plainte déposée en France) de l’affaire DSK me laisse un goût un peu amère. Car je ne suis pas du tout  sûr que ce qui s’est dit, à cette occasion, ait été énoncé assez fort pour faire partie désormais de la culture commune.

Je ne reviens pas sur les faits eux-mêmes. Je crois que tous les internautes qui surfent sur ce Blog auront compris qu’une relation sexuelle aussi rapide, entre deux personnes qui ne se connaissaient pas auparavant, et au vu de ce qui a été médicalement constaté ensuite, a vraiment fort peu de ‘chance’ d’avoir été une relation consentie.

Mais cela, nous nous en doutions depuis le début, non?

 Plus neuf, sans doute, a été ce qui a été dit lors de quelques émissions télévisées (C dans l’air, etc) sur l’état de sidération dans lequel  le viol met sa victime, et l’incapacité dans laquelle elle se trouve ensuite de présenter les faits tels qu’ils se sont passés. Cela a pu jouer dans l’affaire du Sofitel. Cela joue, de toute façon, dans beaucoup de cas.

 Je savais un certain nombre de choses sur le viol, notamment la difficulté des victimes, dans bien des cas, de pouvoir prouver l’agression qu’elles ont subie, j’avais aussi une idée de l’aspect humiliant des vérifications qui doivent être faites,… en conséquence le faible pourcentage des plaintes, et le pourcentage encore plus faible des condamnations n’est pas pour m’étonner.

 En revanche, je n’avais pas vraiment conscience (et je ne dois pas être le seul, loin de là) du trouble que le viol induit souvent dans la mémoire elle-même. Et de l’handicap supplémentaire qui en résulte pour les victimes. Celles-ci ne vont pas être crues, puisqu’elles vont varier dans leur récit, ne seront pas en mesure de donner des indications totalement cohérentes.  Deux logiques divergentes vont jouer : celle liée au  vécu des victimes et celle de l’institution judiciaire.

 Mais, rappelez-vous, l’affaire DSK, a été également l’occasion d’apprendre des choses, notamment sur le machisme parlementaire (j’ai consacré une note à ce sujet, à partir d’un enquête du Parisien-Aujourd’hui en France)

 Pour moi, comme pour beaucoup  d’autres, l’affaire DSK aura donc été l’occasion d’en savoir plus sur le crime de viol. Mais aussi d’avoir mon attention, et donc un peu de réflexion, fixée sur les spécificités de ce crime.  C’est important car si nous savons, en fait, énormément de choses, nos différents savoirs ne sont pas du même ordre. Dans la société dans laquelle nous vivons, le rapport le savoir que nous possédons a tendance à être élastique. Je veux indiquer par cette métaphore,  deux types divergents de savoirs par rapport à notre vie concrète, que  la société dominante tire au maximum pour les éloigner l’un de l’autre.

 Le premier est un rapport froid au savoir, au niveau collectif s’entend (je ne parle pas ici des militant-e-s de la cause des femmes, ou d’autres causes). Exemple de ce rapport froid : depuis longtemps, savoir que le nombre de viols réprimés est petit par rapport au nombre de viols commis, comme savoir, depuis longtemps,  que les médicaments ont des effets secondaires indésirables, etc. Que l’un et l’autre font de nombreuses victimes.

 Mais tant que vous n’êtes pas touchés, qu’un de vos proches n’en est pas victime, vous n’y accordez qu’une attention assez distraite. On ne peut vivre en se préoccupant, à chaque instant, de toutes les blessures du monde. Ce savoir-là est donc habituellement en sommeil, savoir passif logé dans un petit coin de votre cerveau. Il a peu d’incidence sur votre vie quotidienne, votre vie sociale. C’est donc aussi un savoir atrophié.

 Et puis, existe un savoir chaud,  un savoir activé pourrait-on dire. Un aspect de la réalité sociale où la communication de masse attire en boucle, de façon constante, votre attention.  Et elle le fait de telle manière que vous ne pouvez qu’en être imprégné, qu’accorder de l’importance à cette question, quelle que soit la position que vous prenez, et l’importance réelle que personnellement vous lui accordez. Ainsi depuis des années, on  nous bassine avec les femmes trop vêtues (trop, par rapport aux critères de la consommation de masse). On fait un problème obsédant de ce qui pourrait n’être qu’un aspect du pluralisme vestimentaire des sociétés modernes. On tente de vous duper.

 Mais, bien sûr, il y a des savoirs activés de façon quasi permanente qui correspondent à des questions plus importantes : les crises économiques et financières, les problèmes de réchauffement climatique, d’épuisement de l’énergie fossile, etc. Même là, il faut être très attentif à la façon dont vous présente les choses, pour ne pas être dupé.

 Parfois, il faut une affaire : DSK, le Médiator,… pour qu’un savoir froid puisse devenir un savoir activé,  passer d’un bout à l’autre de l’élastique. Nous sommes tous devenus fondamentalement des médiaspectateurs. Nous appréhendons le réel principalement à travers un médiaspectacle. C’est cela qui retient notre attention, et qui imprègne beaucoup de nos réflexions.

 Il y aurait beaucoup à dire, sur la construction médiatique de ces affaires. Pour l’affaire DSK, j’ai relevé (avec d’autres) à quel point elle ressemble à une série télé, qui, tel le Zorro de la chanson d’Henri Salvador, passerait en  même temps sur toutes les chaînes. Et je ne suis pas contre le fait que qu’on l’ait, à un certain niveau, vécu ainsi. A plusieurs reprises, j’ai tenté d’expliquer dans ce Blog que le fun, l’amusement superficiel, font aussi partie de la vie. L’important c’est que le fun ne devienne pas votre maître. Que l’amusement superficiel joue dans votre existence le rôle nécessaire du repos, sans nuire à l’indispensable travail que demande une réflexion un peu personnelle.

 Et, dans l’affaire DSK, comme dans d’autres, le problème essentiel est que l’attention que l'événement a permis sur le crime de viol  risque de n’être que temporaire (sur les femmes dites trop habillées, on s’arrange pour que cela soit d’actualité de façon quasi permanente). On peut toujours se demander alors  si le savoir ne va pas redevenir désactivé, vite fait.

 Un savoir sagement rangé dans un petit placard, pour ne pas troubler notre quiétude. La vie reprend son cours, n’est-ce pas ! Et pour qu’elle puisse reprendre son cours COMME AVANT (là est le piège),  on déplace la question. C’est ce qui est en train de se passer avec l’affaire DSK : depuis 3, 4 jours, l’attention médiatique s’est déplacée. Le problème n’est plus de savoir s’il y a eu viol et ce que cela signifie, mais de savoir quels vont être les effets du retour de DSK en France sur la campagne électorale, et notamment si ce retour va gêner les socialistes.

 La série télé, « L’affaire DSK » a eu comme saison 1 : Il est coupable ; comme saison 2 : La victime a menti. Et maintenant, la saison 3, c’est : Le retour de DSK ou DSK : le retour, comme vous voulez. Ce feuilleton va passer en différents épisodes, toute l’année 2011-2012. Profitez des rebondissements de l’action ,si vous le souhaitez, mais méfiez-vous d’un acquiescement au premier degré de ce que l’on vous fera voir.

 Je ne dis pas que cet aspect des choses (DSK comme trublion de la campagne électorale) soit négligeable (on peut compter sur Sarkozy pour tout faire pour l’exploiter au maximum). Je dis seulement que, comme des moutons de Panurge, nous sommes en train de suivre la voie que l’on nous trace : ne plus avoir la préoccupation active du viol, pour  fixer  notre attention sur les conséquences de l’affaire quant à l’échéance présidentielle. Or le second aspect ne doit surtout  pas nous faire oublier le premier. Il doit y avoir un avant et un après DSK. Tout ce que nous avons appris alors, tout ce qui a été dévoilé et se trouve habituellement masqué, doit désormais faire partie de notre mémoire. Sinon la superficialité nous gouverne.

Sinon, nous sommes sous l’emprise d’un cléricalisme médiatique. Nous ne vivons pas la laïcité dans notre vie quotidienne. Car, comme l’écrit Claude Nicolet (L’idée républicaine, p. 499 ss.), la laïcité est « à la fois une institution collective (c'est-à-dire une organisation de l’Etat…) et une ascèse individuelle, une conquête de soi sur soi-même ».  Il faut lutter « au plus intime de la conscience », contre tout ce qui incite au « renoncement à avoir une opinion à soi (…) pour se fier à une vérité toute faite ».

 C’est ce que Nicolet nomme la laïcité intérieure. Mais on pourrait parler aussi de laïcité face au cléricalisme médiatique, pour mieux montrer l'interaction de l’individuel et du social. Nicolet parle d’ascèse et de renoncement. Je serais plus dialectique : non seulement cela n’empêche pas d’avoir le droit, de temps à autre, à la superficialité (c’est pour cela aussi que je vous ai parlé de Lady Gaga !), mais sachez que dans la « conquête » d’une pensée personnelle, se niche aussi beaucoup de plaisir.

D'ailleurs, vous avez certainement l'expérience d'une telle jouissance. L'éprouver de plus en plus est tout le mal que je vous souhaite.

 

 

 

 

 

 

 

20/08/2011

Le monstre doux: La redif. de l'été!

De quoi parler cette semaine, se demande de Baubérot de votre coeur?

Ce ne sont pas les sujets qui manquent entre le pape qui s'aperçoit que la laïcité n'est pas une "exception française", malgré ce que lui avait indiqué un philosphe rrrrépublicain; Bachar qui continue à réprimer à tout va, la crise financière qui devient critique (c'est bien le moins pour une crise!), etc, etc.

Mais voilà, je suis en plein dans la rédaction d'un nouveau livre et j'ai envie de laisser le pape à son destin (s'il avait lu et suivi mon interview imaginaire,...), le despote à sa chute (du moins on espère), et les milliardaires à leurs paradis fiscaux.

J'ai trouvé mieux: faire comme le service public de radio-télé: une rediff! Oui la rediff d'une Note dont je suis assez content (toujours modeste, avec ça) parce qu'elle a été écrite avant les Révolutions arabes et que celles-ci ont montré la validité de mon "dialectisons camarade" et des "réstances multiformes" annoncée (elles ont même utilisées les nouvelles technologies!), bref, pour l'essentiel, je suis toujours d'accord avec ce que j'ai écrit il y a un an (je signalerai juste un point d'évolution au passage). Et je trouve utile de réattirer l'attention sur l'ouvrage de Simone, au moment où la camapagne électorale prend ses marques.

(comme quoi, on trouve toujours à se justifier à postériori!!!)

Sauf imprévu qui m'inspire, la prochaine Note sera consacrée à un ouvrage très important de l'anthropologue américain John Bowen, L'islam à la française, qui va paraître le 24 août aux éditions Steinkis.

En attentant, voilà la rediff:

Le monstre doux, L’Occident vire-t-il à droite ?  de Raffaele. Simone (Gallimard, 2010)

La perspective de Simone consiste à analyser les conséquences du développement d’une culture globale de masse « despotique », désormais au pouvoir dans les démocraties occidentales. Il lui applique la prévision faite par Tocqueville :

 « Si le despotisme venait à s’établir chez les nations démocratiques (…), il serait plus étendu et plus doux, et il dégraderait les hommes sans les tourmenter. »

Pour Simone, on y est : nous nous enfonçons de plus en plus dans les mailles du filet d’un « despotisme culturel moderne » où la politique, l’économie et la guerre s’effectuent à travers une « culture de masse, gouvernant les goûts, les consommations, les plaisirs, les désirs et les passe-temps, les concepts et les représentations, les passions et le mode d’imagination des gens

Le Monstre doux est un nouveau souverain absolu ne dominant plus les humains de façon sacrale, verticale, mais capable de se placer «à côté de chacun d’eux pour le régenter et le conduire » (Tocqueville). Ce souverain absolu, précise Simone, est une « entité immatérielle et invisible » constituée « par tout ce qui gouverne la culture de masse de la planète. »

Il dégrade les humains sans les faire souffrir et « ne brise pas les volontés mais les amollit, les plie et les dirige » (Tocqueville, toujours).

Actuellement en Occident, nous dit Simone, « d’énormes masses dirigées de façon [politiquement] diverse sont conduites à une consommation incessante (…), à la bonne humeur et au fun forcé (…), à la soumission parfaite plutôt qu’à la pratique de la liberté. » A part la « soumission parfaite » (j’y reviendrai), je pense que ce diagnostic est pertinent. Simone est loin d’être le seul à le faire mais, nous allons le voir, il le systématise. Surtout, au lieu de relier cela très vite (comme le font des analyses de gôche classiques) à une domination économique capitaliste, sans nier le lien, Simone explore la consistance propre de cette domination culturelle.

Il ne la traite pas en superstructure, mais en structure aussi importante que le politique et l’économique et dans une relation d’interaction avec eux.

Retenons, pour le moment une originalité : se situant dans la filiation de Tocqueville et de la philosophie politique libérale, il envisage cela comme un pouvoir absolu (donc indu), une sorte de nouveau totalitarisme. Car il ne faut pas se tromper d’époque : certes il existe des hiérarchies verticales, des dominations dues à des traditions, des institutions, des leaders charismatiques, mais ces dominations sont de plus en plus surdéterminées par une domination d’un nouveau type et que beaucoup ne veulent pas vraiment voir : le « mimétisme social ». Prolongeant et articulant ensemble des études plus spécialisées, l’analyse de Simone comporte différents paramètres

ndiquons en deux :

Le «temps libre » comme « temps captif » où il n’existe plus guère (Simone écrit « aucun ») d’espace « qui ne soit pénétré par un facteur de fun spectaculaire qui peut être représenté par une variété d’objets, typiquement par un écran. » Différents lieux (villes, sites naturels, réserves, pays même) se trouvent transformés de façon à accueillir des touristes et des « non-lieux » sont créés comme espaces de sociabilité-consommation. Il est fait violence à la nature, « au nom du fitness et du fun. »

Un autre paramètre est l’affaiblissement entre la « réalité » et la « fiction » : ainsi guerres et catastrophes peuvent être vues comme des spectacles. Elles tuent ceux qui s’y trouvent, mais « ne font pas de mal à celui qui les regarde », sauf… une transformation insidieuse de sa personne.

Dans son ouvrage sur La société du spectacle (écrit en 1967 !) Guy Debord avait déjà émit l’idée que l’ubiquité des images transforme les choses en ‘choses-à-voir’ :« La réalité surgit dans le spectacle, et le spectacle est réel (…). Dans le monde réellement renversé, le vrai est un moment du faux. »

Et Debord de conclure par une hypothèse dont on a pas finit de percevoir la pertinence : «Le spectacle est l’idéologie par excellence. » Simone actualise le propos : « la propension à se faire-voir, à se-faire-regarder (…) augmente démesurément avec le développement du paradigme de la caméra ubiquiste. » L’exacerbation du voir, la multiplication des écrans, qui de plus en plus peuvent nous accompagner partout, la « spectaculaire dilatation de la vision » et « l’inondation de technologies de la vision » induit une modification de l’éthologie et de l’écologie modernes.

 Au passage, Simone montre qu’Hannah Arendt s’est trompée quand elle a écrit que la vision « instaure une distance de sécurité entre sujet et objet. » Il se développe maintenant une « techno-vision » qui annihile tout « effort d’interprétation » et aboutit à une « herméneutique de degré zéro ».  Des événements et des faits sont produits « à la seule fin de les faire voir »  On aboutit à des « communateurs ontologiques ».

C’est dans ce contexte que la gauche occidentale « s’édulcore avant de fondre » (cf ; le sous titre « L’Occident vire à droite »). Elle a considéré la culture de masse « comme marginale » par rapport à ce qu’elle a présupposé être le « vrai pouvoir » : le pouvoir politique et le pouvoir économique. De plus en plus aujourd’hui, elle doit passer sous les fourches caudines de ce « despotisme culturel ».

 Tout cela est passionnant. Je ne peux, pour ma part, que boire du petit lait car Simone analyse magnifiquement ce que j’avait tenté de dire, malhabilement, à Claude Lefort, en 1996, et que celui-ci, tout bon philosophe qu’il était, avait, abruptement, refusé d’entendre (cf. la Note du 7 octobre sur la mort de Claude Lefort). Ce n’est pas pour rien qu’une catégorie du Blog depuis sa création s’intitule « La douceur totalitaire », c’est donc une perspective dans laquelle je m’inscris.

Pourtant j’ai trouvé aussi cet ouvrage quelque peu énervant pour une raison de forme et une autre de fond.

La raison de forme peut décourager la lecture : il faut attendre 80 pages pour que le livre prenne vraiment son envol : les 1érs chapitres sont consacrés à une évaluation du déclin de la gauche et de la montée d’une nouvelle droite.

Certes, les considérations sur l’Italie sont bienvenues : Berlusconi et l’évolution de la situation italiennes sont effectivement typiques des aspects politiques du « Monstre doux » ; Mais il y a aussi des généralisations hasardeuses et parfois carrément hors sujet.

 [ajout de 2011: c'est peut-être là que j'ai un peu changé: si je relisais l'ouvrage maintenant, je me poserai davantage la question: Simone n'a-t-il pas raison en indiquant que la gauche se renie elle-même en en cédant trop au "monstre doux"?]

La raison de fond est plus intéressante. Un livre qui vous donnerait entière satisfaction serait dangereux, tel un cobra qui vous fascine. Un léger énervement est, au contraire, productif, puisqu’on se dit : pourquoi ne suis-je pas complètement d’accord ? Comme toujours quand on construit une problématique neuve, quand on décrypte et dénonce à la fois, Simone accentue parfois le trait, se montre quelque peu unilatéral. Dialectisons, camarades, dialectisons !

Nous allons envisager 2 points : le conflit, la réalité. Simone ne parle pas du conflit, le prend-il en compte ? Il ne l’ignore pas, au niveau de la planète et a quelques pages fortes sur l’enjeu que représente la représentation du corps des femmes.

« Le corps féminin, en Occident, nous dit-il, est l’emblème des choses-à-voir » et « son exhibition continue et sans retenue constitue l’un des pivots de la modernité du Monstre doux », alors que c’est le contraire dans la « culture islamique ».

Mais, à le lire, l’Occident apparaît comme un espace où le conflit a été structurellement évacué. Le Monstre doux règnerait sans partage.

Pourquoi ? Parce que, si on suit Simone, ce Monstre doux aurait capté la réalité dans le fictionnel, qui serait, à la fois, du « fictif » et du « faux »: « Le réel se déréalise de plus en plus en une sorte de sinistre jeu vidéo généralisé, son ossature se décalcifie dans une sorte d’ostéoporose ontologique »

Il est possible de contester Simone par Simone lui-même : en effet, il nous affirme aussi (parlant de l’hypertrophie du voir) : « L’œil est un organe sectoriel » Il « permet, en isolant le contexte extérieur de la chose-vue, de faire comme ce dernier n’existait pas ». De même « l’objectif cadre, en ignorant le reste. »

 OK, mais cela signifie précisément que la caméra ubiquiste cadre, isole, hypertrophie un pan de la réalité pour la mettre en scène comme actualité, en ignorant le reste de la réalité. Ce reste disparaît du champ de vision, mais existe néanmoins, et peut même s’avérer boomerang !

 Pour dire les choses autrement : la réalité publique est effectivement phagocytée par la caméra ubiquiste, la réalité privée existe toujours, avec ses joies, ses routines, sa dureté, sa cruauté parfois.

 Vous me direz : mais non, la camera ubiquiste abolit, au contraire, la frontière public-privé. Je ne suis pas d’accord : elle peut rendre tout à coup public quelque chose qui était privé, en le transformant en « fait d’actualité » par une mise en scène, ce qui est bien différent. Il me semble qu’en fait le Monstre doux a privatisé la réalité : il n’existe plus de réalité publique car, la réalité publique, c’est « l’actualité ».

 Et l’actualité, ce n’est pas la réalité : elle doit, effectivement être fun, « sexy », spectaculaire, « simplifiée » (en fait déformée), bref obéir aux lois de la chose-à-voir, et non plus à celles du réel.

 C’est pourquoi, je m’intéresse à l’actualité, représentation collective dominante de notre société, mais je n’en crois rien. Ou du moins je m’efforce d’en croire le moins possible.

 Plus je suis agnostique par rapport à l’actualité, plus je me libère. Même si, comme l’écrit Simone : « La liberté est coûteuse »,  Et comme la culture a horreur du vide, tenter de me libérer me conduit à travailler beaucoup pour pouvoir percevoir, interpréter, décrypter, un petit pan de réalité, de cette réalité privatisée et médiatiquement invisible. Ne pas être dupe.

Le conflit n’est pas absent, il s’est dédoublé. D’un côté il s’est déréalisé dans la mise en scène qu’opère sa médiatisation. On s’exprime, on défile, on se bat, on négocie en fonction de la caméra qui filme et enregistre. Et cela fait spectacle.

Mais restent tous les aspects conflictuels de la réalité privatisée, celle que l’objectif n’a pas cadré. La réalité n’est pas abolie pour autant, car si elle n’existe pas dans l’instant médiatique, elle a des conséquences dans le temps historique.

Bien sûr, encore une fois, toute réalité est susceptible de se muter, se déréaliser en actualité : l’ipod met à la portée de beaucoup cette transsubstantiation cathodique. Mais la réalité est inépuisable, elle déborde de partout. Et puisqu’on cadre, on en laisse toujours plus que l’on en saisit.

La morale de cette histoire est à la fois pessimiste et optimiste.

 Pessimiste, car effectivement, des décideurs politiques aux simples individus, la tendance dominante est de se conduire selon l’actualité et non selon la réalité. C’est pourquoi personne ne maîtrise plus grand-chose.

Optimiste, car, aussi gourmand soit-il, le Monstre doux ne peut digérer toute la réalité et donc, comme les autres totalitarismes, on peut raisonnablement espérer qu’il se heurte, et se heurtera, à des résistances multiformes.