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27/03/2011

Indications Diverses (Japon, Laicite,...)

Je ne suis pas en France actuellement, et avant de vous donner une veritable Note a mon retour, dans quelques jours (avec un titre surprise, ne le loupez pas!), voici quelques indications diverses,

-Pour les dons en faveur des centaines de milliers Japonais sinistres, le mieux consiste a passer par l'Ambassade du Japon a Paris, qui transmettra a la Croix Rouge japonaise.

Nom du bénéficiaire : Ambassade du Japon
IBAN : FR76 4124 9000 0100 0007 9624 179
Bic code ou Swift code : BOTKFRPX
Code banque : 41249 Code guichet : 00001
Numéro de compte : 00000796241
Clé Rib : 79
Nom de la banque : The Bank of Tokyo Mitsubishi UFJ, Ltd.
Nom du guichet : Paris Branch

 

autre indication: deux sites Web utiles à visiter pour envoyer les dons aux sinistrés

-       Japan Red Cross Society

http://www.jrc.or.jp/contribution/l3/Vcms3_00002069.htmlen

(en anglais) http://www.jrc.or.jp/english/relief/l4/Vcms4_00002070.html

-       Ambassade du Japon en France à Paris

http://www.fr.emb-japan.go.jp/actualite/2011/communique_s...

 

-Pour la presence de l'islam en France, ( cf. le debat entre des internautes qui surfent sur le blog) lire l'ouvrage coordonne par M. Arkoun: Histoire de l'islam en France, publie chez Albin Michel. Un seul rappel: ne pas oublier l'ambivalence du rapport de la France a l'islam pendant la colonisation. la volonte de le controler dans les colonies, mais aussi la fierte d'etre une "puissance musulmane" et une certaine admiration pour le Coran et la culture musulmane (que l'on trouve chez un anticlerical comme Combes, par exemple: je cite ses propos dans mon roman historique. Emile Combes et la princesse carmelite, L'Aube-poche). A noter que la premier mosquee construite par la Republique l'a ete a La Reunion et fut construite en 1905.

-Sur la laicite francaise: j'ai des echos attristes, que la situation devient de plus en plus "craignos" (mais, par exemple, je n'ai pas pu me procurer le numero du Nouvel Obs, avec la fameuse petition, que je connais l'ayant signee. Mais j'attends de lire l'ensemble du dossier). A defaut de vous donner une Note tout de suite, je vous renvoie au blog d'un internaute qui participe regulierement a mon Blog, Jean-Francois Launay et qui indique bien les choses, me semble-t-il:

http://deblog-notes.over-blog.com

Pour certaines questions sur la laicite: je suis content de constater que les internautes qui suivent ce blog s'informent entre eux. Effectivement, par exemple, la loi de 1905 loin de supprimer les aumoneries dans les lycees, a  prevu qu'elles puissent etre subventionnees sur fond public. Le souci de la liberte de conscience prevalait en ce temps la. D'autre part aucun article de la loi ne reduit la religion au "prive" (au sens d'intime). Elle deconnecte la religion de l'Etat ce qui est bien different.

-Pour le "nettoyage du Blog": toutes mes excuses, effectivement depuis plusieurs semaines le Blog est pris en otage par des personnes qui font de la promo pour divers sites, dont quelques uns semblent effectivement plus ou moins "porno", j'enleve autant que je peux (en mettant "bannir et supprimer", et j'esperais que cela empecherait toute nouvelle mention de ces sites dans les commentaires, mais il n'en est rien, pour le moment), mais ce n'est pas facile de toujours controler. Encore mes excuses a toutes et tous.

A tres bientot


 

18:18 Publié dans Blog | Lien permanent | Commentaires (17)

18/03/2011

Solidarité avec le Japon;

Ma dernière Note était sur le Japon. J’ai donc commencé la Note promise sur la loi de 1905. Cela ne venait pas…  Alors, j’ai commencé une autre Note : un coup de colère contre les déclarations de Guéant (Le Monde, la télé) et celles de Copé (Libé).

Puis j’ai trouvé tout cela important, certes, mais tellement dérisoirement franco-français  face à ce qui se passe à Bahreïn, en Libye et surtout au Japon…. J’ai arrêté d’écrire.

 

Passant par-là, la femme qui partage ma vie (louée soit-elle !) m’a dit alors : « Tu devrais publier des extraits de certains des mels que tu as reçus du Japon ces derniers jours ». D’après elle, ils permettent de percevoir plus directement la réalité, au jour le jour  et ce que les gens vivent, que bien des reportages journalistiques.

Je ne sais si c’est exact. Mais s’il y a, ne serait-ce qu’une petite chance… de contribuer à réduire la distance, de faire connaître et la détresse et le calme,…

Donc, après avoir hésité (ces mels étaient des nouvelles perso) et après avoir enlevé certains passages, je me suis dit : effectivement, pourquoi pas ?

J’ai daté les extraits de mels, car bien sûr, on ne peut les séparer du contexte qui a évolué jour après jour. Là aussi, il est important de conserver la mémoire de la découverte progressive de l’ampleur du désastre.

En espérant de tout cœur que cette lecture sera utile, un petit caillou pour participer à la construction du mur de la solidarité…

 

Dimanche 13 mars

(…) « Heureusement, je suis saine et sauve, et personne de ma famille n'est touché de cette catastrophe. Mais je n’arrive pas contacter avec un des amis qui habite dans le Nord-est (...) 

 Le vendredi après-midi, au bureau, 42eme étage, j’ai senti la première secousse forte, jamais sentie dans ma vie. On est habitué au tremblement de terre, mais j’ai eu peur.

Apres ça, de nombreuses secousses continuent… (J’ai senti même maintenant une secousse du niveau "habitué".).  

Le vendredi après-midi, après la forte secousse, les ascenseurs du bâtiment du bureau sont immédiatement tous arrêtés.

On a continué à travailler avec le casque en tête, parce que le centre de sécurité du bâtiment a annoncé qu’il était plus sur de rester dans le bâtiment plutôt que sortir.

De la fenêtre de notre bureau du 42eme étage, on a la vue panoramique sud-est de Tokyo. J’ai vu quelques incendies et même une forte explosion (il parait que c’est une explosion du combinat pétrolière de Chiba). Il semblait qu’on voyait un film…

Tous les métros et trains sont arrêtés à Tokyo, donc pas mal de gens, comme moi, ont passé la nuit au bureau.

 Le samedi matin, les trains avaient commencé à fonctionner donc je suis rentrée chez moi, après être descendue du 42eme étage par l’escalier.

Dans mon appartement, des livres ont été tombés de l’étagère, mais il n’avait pas d’autre dégât important.  La magnitude était annoncée au début 8.8, mais rectifié à 9.0, ce qu’on n’a pas vu depuis 400 ans au Japon, selon un spécialiste que j’ai vu à la télé (c’est vrai ??).

Dans notre pays plutôt habitué aux tsunamis, il y a des « break water » de 6 – 7 mètres, mais ils n’ont pas résisté à un tsunami de 10 mètres.

 J’espère que les dégâts des centrales nucléaires ne sont pas graves. » (…) 

 

(…) « Les spécialistes disent qu'il y a 70 pour 100 de chances qu'il y ait un autre séisme, d'une magnitude 7 au moins, dans les 3 prochains jours.

 Surtout, ce sont les centrales nucléaires qui inquiètent :

 Les infos les plus contradictoires circulent à ce  sujet depuis 3 jours, ce qui n'est jamais bon signe. (…) A bientôt (enfin, j'espère !) »

 

(…) « J'étais au 27e étage d'un immeuble très haut à Shinagawa quand le tremblement de terre a ébranlé Tokyo. La secousse etait vraiment extraordinaire!  Apres, tous les trains étant arrêtés, j'ai été obligé de  retourner à mon appartement à pied. Au bout de marche de trois heures et
demie, j'ai finalement arrivé à mon appartement sain et sauf.

Il est vrai que le dégât est incroyable aux régions nord-est, mais, il
y a peu de dommage à Tokyo.

 Maintenant, tous revient normal.

 J'ai organisé une série de séminaires avec les chercheurs étrangers hier et  aujourd'hui Nous allons bien. Ne vous inquiétez pas donc. » (…) 

 

(…) « Le tremblement de terre et le tsunami ont attaqué notamment notre région nord-est.

Selon le dernier bilan, on estime plus de 10.000 victimes. Ceci dit, la zone la plus dévastée est près de la mer. En ce qui me concerne, quand il y a eu le tremblement de terre, j'étais près de l'université, à un assez haut endroit.

Et j'ai pu rejoindre tout de suite ma famille après l'événement. C'est vrai que depuis le commencement de cette catastrophe, l'électricité, le gaz et de l'eau avaient été coupés.

Mais ce soir, après 48 heures, l'électricité et de l'eau se sont rétablies dans notre quartier.

Maintenant, je suis chez moi avec ma famille. Au niveau de la santé et des ingrédients, il n'a pas de problème.
Il y a encore des soucis qui impliquent pas mal des personnes : bilan plus détaillé, l'effet de l'accident au centre nucléaire à Fukushima, une série de tremblements qui ne cessent pas...

Mais j'espère que les choses ne s'aggravent pas et que l'on s'entraide pour surmonter cette situation difficile.

Je me sens déjà fort d'être soutenu par votre sollicitude. » (…)

 

Lundi 14

 

(…) « Notre cher ami X. qui habite dans le Nord vient de me donner ses nouvelles pour dire que lui et sa famille vont bien. Mais sa vie restera dans une condition anormale pendant certaine période...

En tout cas, nous Japonais, nous venons de découvrir notre capacité de réagir assez sagement et tranquillement en face de la crise inouïe. (….) »

 

Mardi 15

(…) « La circulation était bonne sur la route dimanche matin comme si rien n'était. 

Malgré plusieurs secousses violentes, Tokyo n'est pas détruit. (…). J'ai retrouvé mon appartement tel qu'il a été, sauf beaucoup de livres tombés par terre.    

Rassurez-vous, nous sommes sains et saufs. Parmi mes amis et mes proches, personne n'est directement affecté par la catastrophe. (… Mais) deux ports où j'ai passé une partie de mon enfance, sont rayés sur la carte par le tsunami.  

Le précédent grand séisme qui nous vient à 'esprit immédiatement, c'est celui qui a frappé la région de Kobe en 1995, coûtant 6500 vies, dont un professeur de français des plus doués, Tsutomu Nakagawa. 

Cette fois-ci, on annonçait d'abord 1000 à 1500 morts, quoique la magnitude 8.8 (réévalué à 9.0) soit nettement supérieure au séisme tragique qui a ravagé Haïti de janvier 2010. Mais de jour en jour, d'heure en heure, le nombre des morts identifiés augmente pour atteindre aujourd'hui à 2500 sans compter 170 000 disparus. 450 000 sinistrés sont rescapés en plusieurs centaines de centres de refuge.

On ne connaît pas encore l'ampleur des dégâts et pertes causés par la catastrophe que notre premier ministre Kan a qualifiée de "la plus grave crise que le Japon aie jamais connue depuis la Seconde Guerre mondiale".

Le plus inquiétant est la crise nucléaire de la centrale de Fukushima à 240 km au nord de Tokyo, qui est mise sous la haute surveillance mais dont le comportement irrégulier est mal maîtrisé. On a peur de la fuite en l'air des matières radioactives.    

A Tokyo, les cours de l'Institut français sont suspendus, toutes les manifestations à la Maison franco-japonaise sont annulées. Les coupures d'électricités sont programmées. Les services de transports en commun sont réduits. 

On dirait que l'archipel est naufragé tout en restant immobilisé.  

Ce n'est pas pour vous appeler au secours. Ce n'est qu'un état des lieux à titre provisoire. » (…)

 

(…) « Aujourd'hui, le bureau est fermé et je travaille sur mon ordinateur portable amené du bureau.

Je n’ai fait une offrande pour les sinistrés par l’internet. » (…)

 

(…) « Nous sommes toujours à Tokyo, très angoissés par les risques nucléaires. Le séisme a été très fort et long, les répliques nombreuses et certaines presque aussi fortes, mais j'étais chez moi, et nous n'avons eu qu'une lampe de chevet cassée. Nous n'envisageons pas de partir. (…)
Les survivants des zones dévastées par le tsunami, avec les sauveteurs, tentent courageusement de retrouver survivants ou victimes bloqués sous les décombres. Ils manquent de tout et se démènent pour survivre et redémarrer leur vie. » (…)

Mercredi 16

(…) « Nous faisons de notre mieux afin de résoudre tous les risques au Japon. Si je vivrai toujours, on se verra. »

(….) « Ne semez pas la panique! Le Japon n’est pas un bateau qui coule ou Tchernobyl. Le Japon est habitué à ce genre de situation et nous sommes calmes non pas à cause de notre culture mais parce que paniquer ne sert simplement à rien. » (…)

 

Jeudi 17

(…) « La situation est terrible, avec à chaque jour une nouvelle catastrophe. Le tremblement de terre lui-même, horrible, que j'ai vécu au 11ème étage d'un immeuble; un grondement, puis balancée de droite à gauche, de haut en bas, avec un mal de mer ...et cela durait, durait...j'ai tout de suite su que c'était LE grand. (…) Après être restés couchés sur le sol pendant de longues minutes dans les couloirs, la présentatrice de la télévision (c’était un talkshow au Asahi Hall Femmes@tokyo) nous a conviés à rester calme (daijobbu) et à évacuer par les escaliers; vous pouvez voir la vidéo du "jishin"; c'est impressionnant.

Ensuite tous les immeubles (de 30 étages parfois) se balançaient à chaque réplique. Notre petit groupe s'est dirigé vers le Hibiya Park. Nous y étions installés comme lors d'un piquenique, mais nous étions tous tremblants et ne sachant que faire. (…)
Finalement, tous les transports étaient arrêtés, je suis rentrée à pied dans mon quartier (environ 1 heure); certains ont mis 5 ou 6 heures.

Il y avait une foule surréaliste de gens qui marchaient dans les 2 sens, certains avec un casque sur la tête (Nomura, Ubs..). On ne perd jamais l'occasion de faire la publicité, même pendant les catastrophes!
Chez moi, cela avait beaucoup bougé, mais très peu de dégâts.
Et ensuite, les répliques, avec plongeon sous la table à chaque fois, ou port d'un casque moto avec chaussures de montagne pendant la nuit...au cas où...
Et puis, la peur du Tsunami; bien qu'à Tokyo, les possibilités soient moindres.
Et ensuite, voilà, maintenant Fukushima et la catastrophe nucléaire, maintenant appelée même apocalypse. C'est vraiment l'enfer! » (…)

 

A lire dans Réforme (n° du 17 mars), les précisions données par Jean-Noël Robert, directeur d'études à l'EPHE  et notamment auteur de l'ouvrage Petite histoire du boudhisme chez Librio:

 

Quelques extraits:

 

-"Au Japon, on manifester sa peine, sa joie ou sa colère quand cela sert à quelque chose. Mais quand il s'agit de tremblement de terre ou de tsunamis, à qui s'adresser pour protester?

 

-d'ailleurs on ne pas pas "montrer sa douleur trop bruyamment" car cela supposerait que l'on s'estime "plus malheureux que les autres"; de même avoir une joie trop ostensible si on retrouve sa famille risque "d'insulter ceux qui sont morts ou blessés"

 

-le terme japonais que l'on traduit par "résignation" signifie  "le fait de se rendre à l'évidence", de trier entre "ce qui peut être fait et ce qui ne le peut pas" 

Cela n'empêche pas la "mobilisation" et la "contestation sociale": le débat politique viendra "dans un second temps"

 

(propos recueillis par Marie Lefebvre-Billiez)

 

Les dernières infos donnent quelques lueurs espoir : le pire quant à une catastrophe nucléaire sera peut-être évité. Cependant le désastre est déjà terrible et des centaines de milliers de personnes survivent dans le froid, la faim et l’absence d’abri. Ne les oublions pas.

 

13:40 Publié dans ACTUALITE | Lien permanent | Commentaires (21)

15/03/2011

Pour le Japon et les Japonais

Vous aurez, à la fin de la semaine, la Note promise sur la loi de 1905 que l’UMP incorpore dans son fameux, et très controversé, « débat sur la laïcité » du 5 avril prochain.

(On va certainement y parler de l’application de cette loi à l’ensemble du territoire français ! Tremblez, Alsaciens-Mosellans, vous allez être stigmatisés !)

 

Malheureusement l’actualité, aujourd’hui c’est l’ensemble des catastrophes : terrible tremblement de terre, tsunami, grave menace nucléaire qui endeuille le Japon.

Les habitués du Blog savent que j’aime beaucoup ce pays où je suis allé de nombreuses fois et où j’ai rencontré beaucoup de gens merveilleux.

Certains ont bien aimé la Note sur Sympathie pour le fantôme, le roman de Michaël Ferrier, qui parle si merveilleusement de Tokyo.

C’est donc l’occasion de manifester ma solidarité avec tous mes amis japonais, et français ayant choisi d’habiter le Japon tenir quelques propos décalés par rapport à tout ce que les médias nous passent en boucle ces jours-ci.

 

La première fois que j’ai été invité au Japon, c’était en 1992 et  ce pays avait alors mauvaise presse en France, notamment. Certains se souviennent des propos d’Edith Cresson comparant les Japonais à des « fourmis ».

Sans aller jusque-là, mes amis de gauche étaient largement influencés par les clichés ambiants et certains ont été estomaqués de constater que ce pays m’avais « conquis » en quelque sorte.

Comme tout pays, le Japon possède mille visages, et je ne prétends pas les connaître tous ; j’ai seulement, au cours de mes différents séjours, entrevus des aspects bien différents des clichés.

 

Cela n’est sans doute pas étonnant. Mais j’ai également compris quelque chose de plus surprenant : on affirme que les clichés sont partiellement vrais et partiellement faux, et sans doute on a plutôt raison.

Cependant, même justifié, le tort d’un cliché c’est d’ôter le sens de ce dont il prétend rendre compte. Et c’est pour cela, d’ailleurs, que son aspect partiel et très partial, très réducteur.

 

Ainsi, validant en partie le cliché, on est frappé par le « caractère discipliné » des Japonais : le respect des files d’attente pour les bus ou tout autre situation, le fait qu’à Tokyo ou Kyoto, on vous laissera toujours descendre du métro avant d’y monter, etc. On pourrait en dire autant de « l’esprit de groupe »

Mais, outre que c’est souvent bien agréable de bénéficier de la dite « discipline », il faut tout de suite ajouter 2 compléments :

 

Le premier complément, dont les dramatiques événements actuels donnent une confirmation forte, est que sans doute la survie de chaque Japonais peut être, un jour ou l’autre, à ce prix. Même quand les éléments sont moins terrifiants qu’aujourd’hui, ils constituent une perpétuelle menace.

J.-F. Sabouret, dans un petit livre qui constitue une excellente introduction au Japon (Japon, la fabrique des futurs, CNRS éditions, 2011) écrit : « malgré tous les progrès techniques accomplis dans le secteur du bâtiment, quoi que l’on fasse, il faut reconstruire sa propriété au moins une au cours de son existence : les milliers de séismes, parfois même imperceptibles sapent inlassablement les fondations des murs ».

On ne peut qu’admirer le dynamisme d’un pays (même s’il a eu sa période noire) qui vit dans la perpétuelle confrontation avec des éléments naturels, qui n’a pratiquement pas de matières premières dans son sous-sol et qui est surpeuplé (bien 2 fois la population de la France, sur une superficie des 2/3 de « notre » pays, avec certaines zones montagneuses peu habitables).

Plus de 40 millions de personnes vivent dans le grand Tokyo. Imaginez cela. Et la panique que vous auriez eue en France, si….

Le cliché transforme discipline et esprit de groupe en stéréotypes parce qu’il les essentialise et ne les voient dans un contexte d’interrelation. Il n’y a pas qu’à propos du Japon que les clichés opèrent ce genre de transformation réductrice.

 

Le second complément, plus important encore, et qui a été la véritable découverte que j’ai faite (comme des milliers d’autres séduits par ce pays), que cette  discipline, cette insertion dans le groupe n’empêche pas l’individualité, au contraire, elle la promeut souvent.

Attention : je pas confondre individualité et individualisme. Cela même si, dans les 2 cas, cela implique que l’on sache être un individu.

Il existe un constat que peuvent faire même ceux qui ne sont jamais allés au Japon : il n’y a pas de « quartier japonais » à Paris, Chicago, etc., comme il y a des quartiers chinois par exemple. Certes, vous avez des boutiques japonaises un peu concentrées près de l’Opéra, vers la rue Saint Anne. Mais ce n’est pas là qu’habitent les Japonais qui vivent à Paris.

Vous les voyez comme touristes, bien en groupe. Mais je voudrais vous y voir, si, au milieu des parisiens pressés et indifférents, vous vous affrontiez à des inscriptions écrites dans une langue dont vous ne connaissez pas les caractères.

Dans les grandes villes japonaises, au contraire, il y a des transcriptions. Et surtout une extrême amabilité qui fait que, vous avez devant vous une foule, vous prenez n’importe qui dans cette foule et vous lui faites un peu comprendre que vous êtes un peu perdu. Il va aussitôt s’individualiser, vous aider à retrouver votre chemin, voire vous conduire au lieu où vous allez et, s’il ne peut le faire, vous confier à un autre Japonais.

C’est une expérience mille fois faite par des personnes très différentes, dont certaines ont été très étonnées.

 

L’individualité : un Japonais m’a déclaré : « nous sommes conformistes pour les choses qui nous paraissent sans grande importance, car cela permet d’avoir le maximum d’efficacité et d’accaparer le minimum de notre temps, pour nous libérer pour les choses importantes. »

Et, du moins pour la classe moyenne plutôt intellectuelle au sens large (il faut savoir qu’au Japon, l’essentiel de la population fait partie de la classe moyenne. Le « rêve égalitaire » par l’éducation existe encore au Japon, beaucoup plus qu’en France) que j’ai fréquentée, la remarque est juste.

Et j’ai rencontré beaucoup de très fortes individualités, très diverses.

Les gens sont plus critiques envers leur pays que beaucoup d’intellectuels français envers la France.

La critique, l’individualité va parfois jusqu’à la transgression : le cinéma japonais en est un  bon exemple.

L’individualité, c’est aussi la poésie ; le haïku, court poème qui rend compte d’une émotion, d’un instant fugitif, d’une scène de la vie quotidienne, d’un amour heureux ou d’amants désunis.

L’individualité, c’est également le résultat des investissements en Recherche et Développement : 3,8% du PIB contre un peu plus de 2% à la France en 2008.

Et je ne vous parle pas des soirées entre profs et étudiants, du karaoké où, même moi qui chante faux….

 

Bref, amis japonais, nous sommes de tout cœur avec vous. Nous pensons bien à vous et vous souhaitons de sortir très vite de ce cauchemar.

 

PS: Pour ceux qui ne le sauraient pas, au japon la religion et l'Etat sont séparés depuis 1946 et l'enseignement public est entièrement laïque. 

  

    

 

15:42 Publié dans ACTUALITE | Lien permanent | Commentaires (8)

09/03/2011

Laïcité et Sarkozy: ca souffit comme cela!

Une amie m'écrit:

Dans son discours de Puy-en-Velay, jeudi, Nicolas Sarkozy n'a fait qu'une allusion à l'islam et à son apport à l'identité française :
 

« Il est difficile de passer devant les antiques portes de cèdre de la cathédrale et leurs inscriptions en langue soufique sans être impressionné et ému de cette rencontre entre la langue de l'Islam et l'architecture romane ! »
 

Manque de chance, la « langue soufique » n'existe pas. Il s'agit de caractères « coufiques » nous signale une riveraine érudite. Rien à voir avec les soufis (ces mystiques musulmans) : le mot « coufique » vient de la ville de Koufa, et l'écriture coufique désigne juste une calligraphie arabe particulière, qui se caractérise par son caractère anguleux.
 
Bon, allez, ça souffit, c'est pas si grave.
(mais c'est quand très signisouficatif!!!)

PS: Cette précision provient du site: Rue 89.

09:42 Publié dans ACTUALITE | Lien permanent | Commentaires (32)

04/03/2011

LAÏCITE POSITIVE OU CHRETIENTE POSITIVE?

La laïcité n’est pas un pigeon !

Vous connaissez le tour classique des magiciens : faire apparaître et disparaître à volonté un pigeon. Eh bien, c’est ce que tente de faire Sarkozy avec la laïcité.

Le jeu est très simple : Vous dites « islam » et la laïcité apparait et tente de vous pigeonner. Vous dites « catholicisme » et la laïcité-pigeon disparaît au profit d’un lapin appelé « laïcité positive ». Et cette laïcité positive tend de plus en plus à l’oxymore.

 

Reprenons les événements qui, sur la question de la laïcité, font l’actualité cette semaine :

 

1) Luc Chatel qui interdit aux femmes qui portent un foulard d’accompagner les visites scolaires.

La Haute Autorité de Lutte contre les discriminations avait indiqué qu’il s’agissait d’une attitude discriminatoire.

 Résultat : Au trou la HALDE, à la poubelle. Sa disparition est prochaine. Non mais, on ne va quand même pas nous empêcher de discriminer en paix...

Le Haut Conseil à l’Intégration a d’ailleurs pris une attitude inverse de la HALDE : mais depuis quand la laïcité doit-elle être englobée par l’intégration : la laïcité concerne toutes les françaises, tous les français.

Donc déjà faire du HCI l’instance qui doit se prononcer sur le sujet, est quelque peu discriminatoire.

D’ailleurs le HCI est incompétent : dans son historique de 3 pages précédant son projet de Charte de la laïcité en 2007, j’ai relevé 9 erreurs factuelles (9 erreurs qui ne souffrent pas de discussion : comme si on écrivait que" Sarkozy vient de rencontrer le général de Gaulle")

 

Au moment où, depuis des semaines, on voit tous les jours des femmes portant foulard se battre pour la démocratie, voire mourir pour elle, tous les discours qui reliaient étroitement  foulard et intégrisme, ont montré leur inadéquation à la réalité. C’est même ce genre de stéréotypes qui a rendu  incapable de prévoir de tels soulèvements.

 

2) Le gouvernement effectue, avec notre argent, une campagne de 100000 affiches et 400000 tracts « La République se vit à visage découvert ». Comme on le sait le problème, suivant les statistiques officielles, concerne entre 500 et 2000 femmes en France (y compris l’Outre-Mer s’il s’agit de 2000 personnes).

Théoriquement, le délai de 6 mois entre le vote de la loi et son application visait à « dialoguer » avec ces femmes. 

Cinq de ces 6 mois ont passé et, manifestement, le gouvernement n’a pas su comment s’y prendre. Il faut dire qu’il ne connait pas ces femmes et qu’il ne veut pas écouter les quelques chercheurs (plutôt des chercheuses, d’ailleurs) qui ont travaillé la question.

Alors maintenant, on met en œuvre une stratégie qui serait du style : l’éléphant entrant dans le magasin de porcelaine si l’objectif était bien d’atteindre ces femmes.

Mais c’est encore un tour minable de mauvais magicien : chacun sait bien que là n’est pas le but visé.

Le message implicite est clair (et la décision de Luc Chatel a la même signification) :

s’adresser à la frange de la population qui a voté pour lui en 2007 et qui, suite au désenchantement de l’exercice sarkoziste du pouvoir, risque de voter Front National : « Voyez bonne gens, comme on vous protège bien face à l’islam ! »

 

Ainsi la manière calamiteuse dont a été mené le débat sur «l’identité nationale », son résultat contre- productif, puisqu’il a contribué à faire remonter de FN, n’a pas servi de leçon. Rebelote, avec ces mesures...

 

3) A cela s'ajoute l’annonce d’un débat à l’UMP en avril, débat que l’on habille en débat sur la laïcité. Pigeonnons, vous dis-je !

Un débat sur la laïcité et pas sur l’islam vraiment ? Je suis soulagé : on va certainement commencer par dire que si la loi de 1905 est « sacrée » (E. Besson), il faut l’appliquer immédiatement en Alsace-Moselle !

 

Comme il y a 9 chances sur 10 que le FN tire les marrons du feu de tous ces faits, je ne comprends pas bien la stratégie de Sarkozy.

Je ne suis pas le seul d'ailleurs et beaucoup d’élus ou de ministres UMP traînent les pieds. Ils le savent, cela  est d’autant moins « rentable » que cela peut révulser  la droite modérée.

En revanche, je comprends fort bien la stratégie « pousse au crime » de J.F. Copé : c’est la même que celle de Chirac face à Giscard en 1981.

Copé a tout intérêt à ce que Sarkozy soit battu en 2012. Ce sera plus facile pour lui en 2017 de gagner après 5 ans d’opposition, qu’après 22 ans de pouvoir !

 

4) Le discours du Puy-en-Velay en remet une couche sur les « racines chrétiennes de la France ».  

Certes, il y a quelques phrases également sur la présence ancienne du judaïsme et de l’islam : ne boudons pas notre plaisir  (les occasions sont si rares !!!) : c’est une inflexion par rapport au discours du Latran. Même si ce n’est que quelques phrases.[1]

Mais, outre que ce n’est pas le rôle du politique (qui doit bâtir l’avenir) d’invoquer à tout moment les « racines », le chef de l’Etat, alors même qu’il affirme qu’il « est toujours dangereux d’amputer sa mémoire », a une conception idyllique et tronquée du passé.

 Il ne connait pas les croisades, où la chrétienté allait combattre les musulmans, et, avant de partir, effectuait des pogroms contre les juifs.

Il ne connait pas non plus les guerres de religion et la Révocation de l’Edit de Nantes.

 

Autrement dit, pour lui « la chrétienté nous a laissé un magnifique héritage de civilisation » dont le bilan ne serait que positif.

On ne comprend vraiment pas alors pourquoi il a fallu inventer la laïcité, séparer les Eglises et l’Etat, enlever l’officialité étatique aux religions et leur donner la liberté.

Là il n’a pas changé par rapport au Latran.

En fait  sous l’expression de « laïcité positive » se cache sa véritable pensée : la « chrétienté positive » !

 

5) Dernier point : le projet de Sarkozy de se rendre le 1er mai, à la cérémonie de béatification de Jean-Paul II. Comme si la France était toujours « la fille ainée de l’Eglise (catholique et romaine) ».

Pourtant 1905 signifie que la France n’a pas de dimension religieuse dans son identité politique.

Car le politique n’est pas le culturel.

Et pour le culturel et le patrimoine (qu’il soit religieux ou non) : prière de ne pas supprimer les postes et diminuer les crédits, SVP !

Je suis tellement pervers que je me demande s’il n’y a pas un petit relent électoraliste dans cette volonté d’être présent lors de cette béatification.

L’Elysée vaut bien une messe.

Reste à savoir si les catholiques seront dupes !

  

 

 



[1] Aller, puisque je positive, je mentionne aussi (surtout que, sauf erreu,r les médias n’ont pas repris ce passage) l’allusion au fait que la Vierge du Puy-en-Velay est « la Vierge noire » et Sarkozy a un peu insisté sur le fait qu’elle n’était pas de la même couleur que les pèlerins qui la priaient. C’est peut-être la patte d’Henri Guaino, chargé d’aider « M. Sarkozy à penser à contre-courant » (Le Monde, 4 mars 2011)

18:09 Publié dans ACTUALITE | Lien permanent | Commentaires (21)

19/02/2011

Islam de France ou Islam en france?

Ajout du 1er mars:

 La prochaine Note aura lieu à la fin de la semaine.

Merci de votre compréhension!

 

OK, je suis pour qu’on ne rejette pas dans l’impensé les sujets qui fâchent, mais le nième débat sur l’islam et la République que le chef de l’Etat a annoncé à TF1 et que l’UMP veut entreprendre début avril est déjà mal engagé.  Au point même qu’Alain Juppé, qui n’a pas l’habitude de faire dans la surenchère gauchiste !, craint les dérapages.

 

Nous aurons certainement l’occasion d’en reparler. Pour le moment, voyons quelques fausses alternatives :

 

 Opposer un « Islam de France » et un « Islam en France » ne me semble vraiment  pas une bonne façon de poser le problème. Met-on les catholiques, les juifs et les protestants devant  la même alternative ?

 

Il existe un « catholicisme de France » avec sa Conférence des évêques, les Assemblées plénières de Lourdes, etc. Il n’en existe pas moins un  « catholicisme en France ». Ce dernier n’est pas réductible au « catholicisme de France », car le catholicisme est une réalité internationale.  Sauf erreur de ma part,  son chef spirituel est, en même temps, un chef d’Etat.

L’Ambassadeur du Vatican en France, le nonce apostolique, participe même aux entrevues officielles qui ont lieu entre la délégation catholique et le gouvernement, comme le remarquait un Ministre de l’Intérieur, s’appelant Nicolas Sarkozy en réponse à une question de Ph. Verdin sur « l’indépendance des musulmans français »[1] .

 

Et on constate, certes, une souplesse plus grande de l’épiscopat français sur certaines questions : ainsi, contrairement à ce qui se passe en Colombie ou en Pologne, par exemple, les médecins catholiques qui pratiquent des IVG ne se trouvent pas menacés d’excommunication.

Mais, sur beaucoup d’autres points, comme le mariage des prêtres, ou l’accès des femmes à la prêtrise et au diaconat,  ce sont les règles générales, les « normes canoniques » du catholicisme qui s’imposent, même si les enquêtes faites montrent qu’une majorité des catholiques français, y compris chez les catholiques pratiquants[2] ont des attentes différentes.

Qui va affirmer que l’Etat devrait imposer des femmes prêtres au nom de l’égalité homme-femme ou, comme la Révolution française l’a fait, imposer l’autorisation du mariage des prêtres au nom de la liberté individuelle ?

On peut, à titre personnel, sympathiser avec celles et ceux qui luttent pour des changements internes à l’Eglise catholique, on peut aussi être indifférent en la matière. Mais aucune force politique ou sociale ne va chercher à imposer ces changements. Il est clair que c’est l’affaire du catholicisme. Et ses évolutions comportent des zigzags.

 

Eh bien, je pense qu’il en est de même pour l’islam. D’ailleurs, il y a quelque chose que je ne comprends pas.  Le même Ministre de l’Intérieur, déjà évoqué, a largement contribué, il y a maintenant 7 ans, à organiser un « Islam de France » par la création du Conseil National du Culte Musulman, et des Conseils Régionaux du Culte Musulman.

Chacun peut avoir  son avis sur ces structures (dans mon Limousin natal une femme a dirigé, dirige peut-être toujours, le CRCM). Mais l’Etat s’est fortement engagé dans cette démarche. Il ne peut ignorer ou tenir pour négligeable ce dont il est un co-auteur. Serait-ce trop lui demander d’avoir un peu de cohérence interne ?

 

Il existe donc un Islam de France et un Islam en France, car l’islam, comme le catholicisme et bien d’autres religions, est une réalité internationale. Dès maintenant, au-delà de l’organisation spécifique qui a été mise en place, des façons spécifiques et multiples d’être musulman sont en train de se forger en France (et en Europe) et une gestion teintée de néo-colonialisme risque d’être contre-productive (sur tous ces sujets cf. entre autres l’ouvrage de Franck Frégosi : Penser l’islam dans la laïcité. Les musulmans de France et la République, Fayard, 2008).

Mais c’est à un niveau international que l’islam bouge. Que, par exemple, un féminisme musulman se développe (cf. le n° 46, 2010, de Critique internationale sur ce sujet). Et aujourd’hui on constate la soif de démocratie dans l’ensemble du monde dit « arabo-musulman ».

 

Ce thème de « l’islam de France » me rappelle un certain discours laïque traditionnel sur les femmes : elles étaient suspectes d’être sous influence cléricale. Il fallait les « éduquer » avant de leur donner le droit de vote. Et naturellement, on considérait qu’elles n’étaient jamais assez éduquées pour l’obtenir. Si bien que le premier projet donnant le droit de vote aux femmes, fut le projet de Constitution élaboré par Vichy !!!

De même, d’année en année, on a l’impression que les musulmans français ne sont jamais assez français… 

 

La seconde fausse alternative concerne la sempiternelle question : « faut-il modifier la loi de 1905 ? »

Nous  la dépasserons la semaine prochaine.

 

PS : Pour  Marco Huaco : Merci des remarques. On peut dire que la laïcité interculturelle fait partie du type : laïcité de reconnaissance. Ceci dit, l’intérêt de cette typologie consiste à sortir de la querelle des adjectifs, et de montrer que suivant les pays, les périodes et les domaines, la laïcité se concrétise de façon différente.

 

PS : Pour David Weber : d’abord je voudrais vous rassurer le Blog en est à sa 440ème Note et….je n’ai publié que 31 livres (cf. ma biblio. A la fin de Laïcités sans frontières, dont la majorité  avant d’avoir créé le Blog.

Ensuite, je n’ai pas obligation de répondre à tous les commentaires : cela dépend de mon temps disponible, de ma forme, de mon humeur, etc. Les commentaires se font aussi entre internautes, et je les laisse de manière très libérale (je crois), même quand il me semble qu’il y a des propos un peu craignos, à partir du moment où il n’y a ni insultes, ni diffamations, ni instrumentalisation du blog pour de la pub,…

Enfin, ceci votre question sur la déclaration de Sarko sur les « racines juives » était effectivement intéressante : tout ce qui indique que la France n’a pas de racines uniques est bon à prendre. Ceci dit, je regrette que l’on parle du catholicisme à Rome, du protestantisme à la Fac de théologie protestante, du judaïsme au CRIF, etc.

Je rêve d’un Président qui aurait inauguré un débat sur l’identité nationale en expliquant que les racines de la France sont plurielles, ainsi que son histoire. Et que l’histoire est une dynamique qui continue et où le rôle du politique consiste à projeter tous les français dans un avenir vivable pour tous.  

 

 

 

 

 



[1] N. Sarkozy, La République, les religions, l’espérance. Paris, Cerf, p. 93.

[2] 61% contre 36% pour le mariage des prêtres,  51% contre 44% pour l’accès des femmes à la prêtrise (respectivement 81% contre 16% et 67% contre 31% chez les catholiques pratiquants irréguliers) (Enquête CSA-La Vie : « Les attentes des français à l’égard du prochain pape », 15 avril 2005.

14/02/2011

Un tournant?

Même si tout n’est pas joué, loin de là, et si de très nombreux problèmes demeurent, ce qui s’est passé depuis deux mois,  constitue un réjouissant contraste avec  la plupart des autres événements.  Les clichés médiatiques ont volé en éclat et la « révolution » pacifique est venue là où on ne l’attendait guère.

Il y a eu d’abord la Tunisie : on a sympathisé sans trop croire que cela pouvait aboutir. Et quand ce fut victorieux, et que les Egyptiens ont pris le relais, rappelez-vous, le commentaire dominant a consisté à dire : « l’Egypte n’est pas la Tunisie et Moubarak n’est pas Ben Ali. »

 Et ce n’était pas faux, mais justement, a posteriori, cela montre bien l’ampleur de l’élan et l’importance de cette marche de l’histoire.

 

Alors, comme des espoirs un peu fous se sont réalisés, on se prend à continuer à rêver. A rêver que la Méditerranée ne soit plus une frontière séparant deux mondes, mais un lien nouveau ; à rêver que des formes originales de démocratie puissent s’inventer sur la rive sud et… continuer à faire tâche d’huile.

A rêver que les médias occidentaux continuent de nous parler d’autre chose que de « l’islamisme radical ». A rêver d’un Lula arabe, ce qui serait une chance, même si cela ne réaliserait pas le Paradis sur terre !

 

A rêver aussi que l’Occident donne une autre image de lui-même. Quand j’effectuais mon enquête sur la laïcité interculturelle au Québec, un Québécois musulman me disait, en souriant : « en Occident, on croit facilement que  les femmes voilées sont des intégristes ; dans le monde musulman on croit facilement que les Occidentales se promènent presque à poil ».

Là aussi, les stéréotypes  médiatiques ont  volé en éclat, et ce dans les médias eux-mêmes : les téléspectateurs ont vu des milliers de femmes voilées lutter pour la démocratie ; et, hier, à Rome, des milliers de femmes occidentales manifester contre la réification de leur corps. Leur féminisme n’était plus contre d’autres femmes, mais bien contre un insupportable crétinisme macho.

 

Pour une fois, les évidences trompeuses se sont brouillées. Nous avons eu droit à autre chose que l’ordinaire. Peut-être l’ordinaire va-t-il prendre sa revanche. On ne peut l’exclure. Peut-être, cependant, une brèche a-t-elle été faite. Et de l’irréversible construit.

 

 PS: Andro Denis, je n'ai pas trouvé de commentaire que vous auriez mis sur mon Blog en janvier.

 

18:54 Publié dans ACTUALITE | Lien permanent | Commentaires (14)

07/02/2011

Sacrée Médecine

J’ai déjà présenté l’ouvrage Laïcités sans frontières (Seuil), que j’ai écrit avec Micheline Milot (352 p., en 6 parties relativement autonomes : chacun peut donc se focaliser sur les parties qui l’intéresse le plus ! 21 €), dans ma Note du 23 janvier.

Voici un autre ouvrage, que j’ai rédigé cette fois avec Raphaël Liogier (prof à l’Institut d’études politiques d’Aix en Provence), et qui vient également de paraître : Sacrée médecine. Histoire et devenir d’un sanctuaire de la Raison (Entrelacs ; 196 p., 17€). Merci à Roger Mulot de m’avoir signalé le compte rendu élogieux du mensuel Alternatives Economiques. Je suis abonné et cela m’avait échappé.

 

Je vous reproduis le résumé, donné en page 4 de la couverture, et rédigé par l’éditeur :

« La médecine est-elle en danger ? L’hôpital est-il une institution en perdition ?

Nous vivons en France une crise de la médecine, plus ambivalente que celle de l’école, mais tout aussi profonde.

 

Au XIXe et XXe siècles, un transfert d’espérance s’est opéré de la religion vers la médecine, devenue un véritable sanctuaire de la Raison. Mais la médecine a progressivement perdu son statut sacré. La distance qui existait naguère entre le médecin et son patient s’est considérablement réduite.

On n’hésite plus à demander des comptes au « docteur » qui n’est plus le détenteur intouchable d’une science sacrée, grand prêtre d’un sanctuaire inviolable. On souhaite pouvoir « mourir dans la dignité » : rester jusqu’au bout un sujet autonome et responsable. On demande à l’hôpital et à ses personnels une perfection impossible : soigner, guérir, consoler, apaiser, à tout moment et à moindre coût.

 

L’institution hospitalière serait-elle plus qu’un service public ? Elle est en tout cas le reflet du prix que nous accordons à la santé. Aucune réforme de l’hôpital, aucune politique médicale ne peut réussir sans tenir compte des bouleversements des valeurs, des croyances et des modes de vie qui ont secoué nos sociétés depuis la seconde moitié du XXe siècle.

 

Plaidoyer pour une voie républicaine originale qui, sans renier l’aspiration à l’universel, se dégage d’un absolutisme scientiste séculaire, cet ouvrage remarquable tente de décrypter l’histoire et de penser le devenir d’une médecine au service de l’homme.

L’effritement des murs du temple offre peut-être l’opportunité de bâtir une nouvelle médecine à la fois plus scientifique et plus humaine, moins mystérieuse et arrogante, moins froide aussi, et pourtant tout aussi, sinon plus efficace. »

 

Et voici maintenant la Table des matières :

Introduction

Partie I : Sacralisation et désacralisation de la médecine éléments socio-historiques.

1.       La sacralisation de la médecine, face cachée de la laïcisation en France.

2.       Médecine triomphante et laïcité établie : ces extraordinaires « hommes en blanc »

3.       Le médecin et la femme : Cléricalisme médical ?

4.       Du clerc triomphant au clerc incertain

 

Partie II : La crise de la Raison médicale

5.       La médecine, reflet de la société et de ses contradictions

6.       Santé industrielle, santé postindustrielle

7.       La médecine, l’hôpital : théâtre d’illusions

8.       Pour une médecine désillusionnée, mais néanmoins républicaine

 

Conclusion : Vers une médecine de moins en moins sacrée et pourtant de plus en plus vitale.

Bibliographie.