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04/03/2011

LAÏCITE POSITIVE OU CHRETIENTE POSITIVE?

La laïcité n’est pas un pigeon !

Vous connaissez le tour classique des magiciens : faire apparaître et disparaître à volonté un pigeon. Eh bien, c’est ce que tente de faire Sarkozy avec la laïcité.

Le jeu est très simple : Vous dites « islam » et la laïcité apparait et tente de vous pigeonner. Vous dites « catholicisme » et la laïcité-pigeon disparaît au profit d’un lapin appelé « laïcité positive ». Et cette laïcité positive tend de plus en plus à l’oxymore.

 

Reprenons les événements qui, sur la question de la laïcité, font l’actualité cette semaine :

 

1) Luc Chatel qui interdit aux femmes qui portent un foulard d’accompagner les visites scolaires.

La Haute Autorité de Lutte contre les discriminations avait indiqué qu’il s’agissait d’une attitude discriminatoire.

 Résultat : Au trou la HALDE, à la poubelle. Sa disparition est prochaine. Non mais, on ne va quand même pas nous empêcher de discriminer en paix...

Le Haut Conseil à l’Intégration a d’ailleurs pris une attitude inverse de la HALDE : mais depuis quand la laïcité doit-elle être englobée par l’intégration : la laïcité concerne toutes les françaises, tous les français.

Donc déjà faire du HCI l’instance qui doit se prononcer sur le sujet, est quelque peu discriminatoire.

D’ailleurs le HCI est incompétent : dans son historique de 3 pages précédant son projet de Charte de la laïcité en 2007, j’ai relevé 9 erreurs factuelles (9 erreurs qui ne souffrent pas de discussion : comme si on écrivait que" Sarkozy vient de rencontrer le général de Gaulle")

 

Au moment où, depuis des semaines, on voit tous les jours des femmes portant foulard se battre pour la démocratie, voire mourir pour elle, tous les discours qui reliaient étroitement  foulard et intégrisme, ont montré leur inadéquation à la réalité. C’est même ce genre de stéréotypes qui a rendu  incapable de prévoir de tels soulèvements.

 

2) Le gouvernement effectue, avec notre argent, une campagne de 100000 affiches et 400000 tracts « La République se vit à visage découvert ». Comme on le sait le problème, suivant les statistiques officielles, concerne entre 500 et 2000 femmes en France (y compris l’Outre-Mer s’il s’agit de 2000 personnes).

Théoriquement, le délai de 6 mois entre le vote de la loi et son application visait à « dialoguer » avec ces femmes. 

Cinq de ces 6 mois ont passé et, manifestement, le gouvernement n’a pas su comment s’y prendre. Il faut dire qu’il ne connait pas ces femmes et qu’il ne veut pas écouter les quelques chercheurs (plutôt des chercheuses, d’ailleurs) qui ont travaillé la question.

Alors maintenant, on met en œuvre une stratégie qui serait du style : l’éléphant entrant dans le magasin de porcelaine si l’objectif était bien d’atteindre ces femmes.

Mais c’est encore un tour minable de mauvais magicien : chacun sait bien que là n’est pas le but visé.

Le message implicite est clair (et la décision de Luc Chatel a la même signification) :

s’adresser à la frange de la population qui a voté pour lui en 2007 et qui, suite au désenchantement de l’exercice sarkoziste du pouvoir, risque de voter Front National : « Voyez bonne gens, comme on vous protège bien face à l’islam ! »

 

Ainsi la manière calamiteuse dont a été mené le débat sur «l’identité nationale », son résultat contre- productif, puisqu’il a contribué à faire remonter de FN, n’a pas servi de leçon. Rebelote, avec ces mesures...

 

3) A cela s'ajoute l’annonce d’un débat à l’UMP en avril, débat que l’on habille en débat sur la laïcité. Pigeonnons, vous dis-je !

Un débat sur la laïcité et pas sur l’islam vraiment ? Je suis soulagé : on va certainement commencer par dire que si la loi de 1905 est « sacrée » (E. Besson), il faut l’appliquer immédiatement en Alsace-Moselle !

 

Comme il y a 9 chances sur 10 que le FN tire les marrons du feu de tous ces faits, je ne comprends pas bien la stratégie de Sarkozy.

Je ne suis pas le seul d'ailleurs et beaucoup d’élus ou de ministres UMP traînent les pieds. Ils le savent, cela  est d’autant moins « rentable » que cela peut révulser  la droite modérée.

En revanche, je comprends fort bien la stratégie « pousse au crime » de J.F. Copé : c’est la même que celle de Chirac face à Giscard en 1981.

Copé a tout intérêt à ce que Sarkozy soit battu en 2012. Ce sera plus facile pour lui en 2017 de gagner après 5 ans d’opposition, qu’après 22 ans de pouvoir !

 

4) Le discours du Puy-en-Velay en remet une couche sur les « racines chrétiennes de la France ».  

Certes, il y a quelques phrases également sur la présence ancienne du judaïsme et de l’islam : ne boudons pas notre plaisir  (les occasions sont si rares !!!) : c’est une inflexion par rapport au discours du Latran. Même si ce n’est que quelques phrases.[1]

Mais, outre que ce n’est pas le rôle du politique (qui doit bâtir l’avenir) d’invoquer à tout moment les « racines », le chef de l’Etat, alors même qu’il affirme qu’il « est toujours dangereux d’amputer sa mémoire », a une conception idyllique et tronquée du passé.

 Il ne connait pas les croisades, où la chrétienté allait combattre les musulmans, et, avant de partir, effectuait des pogroms contre les juifs.

Il ne connait pas non plus les guerres de religion et la Révocation de l’Edit de Nantes.

 

Autrement dit, pour lui « la chrétienté nous a laissé un magnifique héritage de civilisation » dont le bilan ne serait que positif.

On ne comprend vraiment pas alors pourquoi il a fallu inventer la laïcité, séparer les Eglises et l’Etat, enlever l’officialité étatique aux religions et leur donner la liberté.

Là il n’a pas changé par rapport au Latran.

En fait  sous l’expression de « laïcité positive » se cache sa véritable pensée : la « chrétienté positive » !

 

5) Dernier point : le projet de Sarkozy de se rendre le 1er mai, à la cérémonie de béatification de Jean-Paul II. Comme si la France était toujours « la fille ainée de l’Eglise (catholique et romaine) ».

Pourtant 1905 signifie que la France n’a pas de dimension religieuse dans son identité politique.

Car le politique n’est pas le culturel.

Et pour le culturel et le patrimoine (qu’il soit religieux ou non) : prière de ne pas supprimer les postes et diminuer les crédits, SVP !

Je suis tellement pervers que je me demande s’il n’y a pas un petit relent électoraliste dans cette volonté d’être présent lors de cette béatification.

L’Elysée vaut bien une messe.

Reste à savoir si les catholiques seront dupes !

  

 

 



[1] Aller, puisque je positive, je mentionne aussi (surtout que, sauf erreu,r les médias n’ont pas repris ce passage) l’allusion au fait que la Vierge du Puy-en-Velay est « la Vierge noire » et Sarkozy a un peu insisté sur le fait qu’elle n’était pas de la même couleur que les pèlerins qui la priaient. C’est peut-être la patte d’Henri Guaino, chargé d’aider « M. Sarkozy à penser à contre-courant » (Le Monde, 4 mars 2011)

18:09 Publié dans ACTUALITE | Lien permanent | Commentaires (21)

19/02/2011

Islam de France ou Islam en france?

Ajout du 1er mars:

 La prochaine Note aura lieu à la fin de la semaine.

Merci de votre compréhension!

 

OK, je suis pour qu’on ne rejette pas dans l’impensé les sujets qui fâchent, mais le nième débat sur l’islam et la République que le chef de l’Etat a annoncé à TF1 et que l’UMP veut entreprendre début avril est déjà mal engagé.  Au point même qu’Alain Juppé, qui n’a pas l’habitude de faire dans la surenchère gauchiste !, craint les dérapages.

 

Nous aurons certainement l’occasion d’en reparler. Pour le moment, voyons quelques fausses alternatives :

 

 Opposer un « Islam de France » et un « Islam en France » ne me semble vraiment  pas une bonne façon de poser le problème. Met-on les catholiques, les juifs et les protestants devant  la même alternative ?

 

Il existe un « catholicisme de France » avec sa Conférence des évêques, les Assemblées plénières de Lourdes, etc. Il n’en existe pas moins un  « catholicisme en France ». Ce dernier n’est pas réductible au « catholicisme de France », car le catholicisme est une réalité internationale.  Sauf erreur de ma part,  son chef spirituel est, en même temps, un chef d’Etat.

L’Ambassadeur du Vatican en France, le nonce apostolique, participe même aux entrevues officielles qui ont lieu entre la délégation catholique et le gouvernement, comme le remarquait un Ministre de l’Intérieur, s’appelant Nicolas Sarkozy en réponse à une question de Ph. Verdin sur « l’indépendance des musulmans français »[1] .

 

Et on constate, certes, une souplesse plus grande de l’épiscopat français sur certaines questions : ainsi, contrairement à ce qui se passe en Colombie ou en Pologne, par exemple, les médecins catholiques qui pratiquent des IVG ne se trouvent pas menacés d’excommunication.

Mais, sur beaucoup d’autres points, comme le mariage des prêtres, ou l’accès des femmes à la prêtrise et au diaconat,  ce sont les règles générales, les « normes canoniques » du catholicisme qui s’imposent, même si les enquêtes faites montrent qu’une majorité des catholiques français, y compris chez les catholiques pratiquants[2] ont des attentes différentes.

Qui va affirmer que l’Etat devrait imposer des femmes prêtres au nom de l’égalité homme-femme ou, comme la Révolution française l’a fait, imposer l’autorisation du mariage des prêtres au nom de la liberté individuelle ?

On peut, à titre personnel, sympathiser avec celles et ceux qui luttent pour des changements internes à l’Eglise catholique, on peut aussi être indifférent en la matière. Mais aucune force politique ou sociale ne va chercher à imposer ces changements. Il est clair que c’est l’affaire du catholicisme. Et ses évolutions comportent des zigzags.

 

Eh bien, je pense qu’il en est de même pour l’islam. D’ailleurs, il y a quelque chose que je ne comprends pas.  Le même Ministre de l’Intérieur, déjà évoqué, a largement contribué, il y a maintenant 7 ans, à organiser un « Islam de France » par la création du Conseil National du Culte Musulman, et des Conseils Régionaux du Culte Musulman.

Chacun peut avoir  son avis sur ces structures (dans mon Limousin natal une femme a dirigé, dirige peut-être toujours, le CRCM). Mais l’Etat s’est fortement engagé dans cette démarche. Il ne peut ignorer ou tenir pour négligeable ce dont il est un co-auteur. Serait-ce trop lui demander d’avoir un peu de cohérence interne ?

 

Il existe donc un Islam de France et un Islam en France, car l’islam, comme le catholicisme et bien d’autres religions, est une réalité internationale. Dès maintenant, au-delà de l’organisation spécifique qui a été mise en place, des façons spécifiques et multiples d’être musulman sont en train de se forger en France (et en Europe) et une gestion teintée de néo-colonialisme risque d’être contre-productive (sur tous ces sujets cf. entre autres l’ouvrage de Franck Frégosi : Penser l’islam dans la laïcité. Les musulmans de France et la République, Fayard, 2008).

Mais c’est à un niveau international que l’islam bouge. Que, par exemple, un féminisme musulman se développe (cf. le n° 46, 2010, de Critique internationale sur ce sujet). Et aujourd’hui on constate la soif de démocratie dans l’ensemble du monde dit « arabo-musulman ».

 

Ce thème de « l’islam de France » me rappelle un certain discours laïque traditionnel sur les femmes : elles étaient suspectes d’être sous influence cléricale. Il fallait les « éduquer » avant de leur donner le droit de vote. Et naturellement, on considérait qu’elles n’étaient jamais assez éduquées pour l’obtenir. Si bien que le premier projet donnant le droit de vote aux femmes, fut le projet de Constitution élaboré par Vichy !!!

De même, d’année en année, on a l’impression que les musulmans français ne sont jamais assez français… 

 

La seconde fausse alternative concerne la sempiternelle question : « faut-il modifier la loi de 1905 ? »

Nous  la dépasserons la semaine prochaine.

 

PS : Pour  Marco Huaco : Merci des remarques. On peut dire que la laïcité interculturelle fait partie du type : laïcité de reconnaissance. Ceci dit, l’intérêt de cette typologie consiste à sortir de la querelle des adjectifs, et de montrer que suivant les pays, les périodes et les domaines, la laïcité se concrétise de façon différente.

 

PS : Pour David Weber : d’abord je voudrais vous rassurer le Blog en est à sa 440ème Note et….je n’ai publié que 31 livres (cf. ma biblio. A la fin de Laïcités sans frontières, dont la majorité  avant d’avoir créé le Blog.

Ensuite, je n’ai pas obligation de répondre à tous les commentaires : cela dépend de mon temps disponible, de ma forme, de mon humeur, etc. Les commentaires se font aussi entre internautes, et je les laisse de manière très libérale (je crois), même quand il me semble qu’il y a des propos un peu craignos, à partir du moment où il n’y a ni insultes, ni diffamations, ni instrumentalisation du blog pour de la pub,…

Enfin, ceci votre question sur la déclaration de Sarko sur les « racines juives » était effectivement intéressante : tout ce qui indique que la France n’a pas de racines uniques est bon à prendre. Ceci dit, je regrette que l’on parle du catholicisme à Rome, du protestantisme à la Fac de théologie protestante, du judaïsme au CRIF, etc.

Je rêve d’un Président qui aurait inauguré un débat sur l’identité nationale en expliquant que les racines de la France sont plurielles, ainsi que son histoire. Et que l’histoire est une dynamique qui continue et où le rôle du politique consiste à projeter tous les français dans un avenir vivable pour tous.  

 

 

 

 

 



[1] N. Sarkozy, La République, les religions, l’espérance. Paris, Cerf, p. 93.

[2] 61% contre 36% pour le mariage des prêtres,  51% contre 44% pour l’accès des femmes à la prêtrise (respectivement 81% contre 16% et 67% contre 31% chez les catholiques pratiquants irréguliers) (Enquête CSA-La Vie : « Les attentes des français à l’égard du prochain pape », 15 avril 2005.

14/02/2011

Un tournant?

Même si tout n’est pas joué, loin de là, et si de très nombreux problèmes demeurent, ce qui s’est passé depuis deux mois,  constitue un réjouissant contraste avec  la plupart des autres événements.  Les clichés médiatiques ont volé en éclat et la « révolution » pacifique est venue là où on ne l’attendait guère.

Il y a eu d’abord la Tunisie : on a sympathisé sans trop croire que cela pouvait aboutir. Et quand ce fut victorieux, et que les Egyptiens ont pris le relais, rappelez-vous, le commentaire dominant a consisté à dire : « l’Egypte n’est pas la Tunisie et Moubarak n’est pas Ben Ali. »

 Et ce n’était pas faux, mais justement, a posteriori, cela montre bien l’ampleur de l’élan et l’importance de cette marche de l’histoire.

 

Alors, comme des espoirs un peu fous se sont réalisés, on se prend à continuer à rêver. A rêver que la Méditerranée ne soit plus une frontière séparant deux mondes, mais un lien nouveau ; à rêver que des formes originales de démocratie puissent s’inventer sur la rive sud et… continuer à faire tâche d’huile.

A rêver que les médias occidentaux continuent de nous parler d’autre chose que de « l’islamisme radical ». A rêver d’un Lula arabe, ce qui serait une chance, même si cela ne réaliserait pas le Paradis sur terre !

 

A rêver aussi que l’Occident donne une autre image de lui-même. Quand j’effectuais mon enquête sur la laïcité interculturelle au Québec, un Québécois musulman me disait, en souriant : « en Occident, on croit facilement que  les femmes voilées sont des intégristes ; dans le monde musulman on croit facilement que les Occidentales se promènent presque à poil ».

Là aussi, les stéréotypes  médiatiques ont  volé en éclat, et ce dans les médias eux-mêmes : les téléspectateurs ont vu des milliers de femmes voilées lutter pour la démocratie ; et, hier, à Rome, des milliers de femmes occidentales manifester contre la réification de leur corps. Leur féminisme n’était plus contre d’autres femmes, mais bien contre un insupportable crétinisme macho.

 

Pour une fois, les évidences trompeuses se sont brouillées. Nous avons eu droit à autre chose que l’ordinaire. Peut-être l’ordinaire va-t-il prendre sa revanche. On ne peut l’exclure. Peut-être, cependant, une brèche a-t-elle été faite. Et de l’irréversible construit.

 

 PS: Andro Denis, je n'ai pas trouvé de commentaire que vous auriez mis sur mon Blog en janvier.

 

18:54 Publié dans ACTUALITE | Lien permanent | Commentaires (14)

07/02/2011

Sacrée Médecine

J’ai déjà présenté l’ouvrage Laïcités sans frontières (Seuil), que j’ai écrit avec Micheline Milot (352 p., en 6 parties relativement autonomes : chacun peut donc se focaliser sur les parties qui l’intéresse le plus ! 21 €), dans ma Note du 23 janvier.

Voici un autre ouvrage, que j’ai rédigé cette fois avec Raphaël Liogier (prof à l’Institut d’études politiques d’Aix en Provence), et qui vient également de paraître : Sacrée médecine. Histoire et devenir d’un sanctuaire de la Raison (Entrelacs ; 196 p., 17€). Merci à Roger Mulot de m’avoir signalé le compte rendu élogieux du mensuel Alternatives Economiques. Je suis abonné et cela m’avait échappé.

 

Je vous reproduis le résumé, donné en page 4 de la couverture, et rédigé par l’éditeur :

« La médecine est-elle en danger ? L’hôpital est-il une institution en perdition ?

Nous vivons en France une crise de la médecine, plus ambivalente que celle de l’école, mais tout aussi profonde.

 

Au XIXe et XXe siècles, un transfert d’espérance s’est opéré de la religion vers la médecine, devenue un véritable sanctuaire de la Raison. Mais la médecine a progressivement perdu son statut sacré. La distance qui existait naguère entre le médecin et son patient s’est considérablement réduite.

On n’hésite plus à demander des comptes au « docteur » qui n’est plus le détenteur intouchable d’une science sacrée, grand prêtre d’un sanctuaire inviolable. On souhaite pouvoir « mourir dans la dignité » : rester jusqu’au bout un sujet autonome et responsable. On demande à l’hôpital et à ses personnels une perfection impossible : soigner, guérir, consoler, apaiser, à tout moment et à moindre coût.

 

L’institution hospitalière serait-elle plus qu’un service public ? Elle est en tout cas le reflet du prix que nous accordons à la santé. Aucune réforme de l’hôpital, aucune politique médicale ne peut réussir sans tenir compte des bouleversements des valeurs, des croyances et des modes de vie qui ont secoué nos sociétés depuis la seconde moitié du XXe siècle.

 

Plaidoyer pour une voie républicaine originale qui, sans renier l’aspiration à l’universel, se dégage d’un absolutisme scientiste séculaire, cet ouvrage remarquable tente de décrypter l’histoire et de penser le devenir d’une médecine au service de l’homme.

L’effritement des murs du temple offre peut-être l’opportunité de bâtir une nouvelle médecine à la fois plus scientifique et plus humaine, moins mystérieuse et arrogante, moins froide aussi, et pourtant tout aussi, sinon plus efficace. »

 

Et voici maintenant la Table des matières :

Introduction

Partie I : Sacralisation et désacralisation de la médecine éléments socio-historiques.

1.       La sacralisation de la médecine, face cachée de la laïcisation en France.

2.       Médecine triomphante et laïcité établie : ces extraordinaires « hommes en blanc »

3.       Le médecin et la femme : Cléricalisme médical ?

4.       Du clerc triomphant au clerc incertain

 

Partie II : La crise de la Raison médicale

5.       La médecine, reflet de la société et de ses contradictions

6.       Santé industrielle, santé postindustrielle

7.       La médecine, l’hôpital : théâtre d’illusions

8.       Pour une médecine désillusionnée, mais néanmoins républicaine

 

Conclusion : Vers une médecine de moins en moins sacrée et pourtant de plus en plus vitale.

Bibliographie.

 

30/01/2011

Réflexions un peu décousues sur les événements actuels

J'avais prévu de présenter l'autre ouvrage dont je suis le co-auteur (cette fois avec Raphaël Liogier): Sacrée médecine. Histoire et devenir d'un sanctuaire de la Raison (Entrelacs), en lien notamment avec le débat sur l'euthanasie. Mais bien sûr, les internautes qui surfent sur ce Blog, ainsi que de nombreux amis avec qui je dialogue, sont avant tout intéressés par ce qui se passe actuellement sur l'autre rive de la Méditerranée. C'est également mon cas, même si je me sens plus capable d'écouter que de d'écrire des choses originales.

Des amis, notamment parmi celles et ceux originaires de cette autre rive mais pas seulement eux, vivent ces événements avec enthousiasme. La contestation populaire de régimes autocratiques, baillonnant les libertés correspond à un espoir si longtemps caressé qu'ils ont presque l'impression de vivre une sorte de rève eveillé. Concernant la Tunisie, ils insistent sur la maturité dont font preuve la plupart de ceux qui participent activement au processus démocratique, conscients qu'ils sont de deux exigences: ne pas se faire voler la révolution, ne pas tout vouloir et accepter de compter avec le temps. La capacité d'auto-organisation semble effectivement être impressionnante. Et il semble aussi qu'en Egypte les gens commencent également à s'organiser, même la situation évolue d'heure en heure et ce que l'on peut dire à un moment peut se trouver déphasé plus tard.

Pour ma part, d'un côté je partage enthousiasme et espoir et ne voudrais pas jouer les rabats joie. De l'autre, peut-être parce que je ne suis guère en forme actuellement et que cela incite sans doute à un certain pessimisme, je replace ces évènements dans un ensemble planétaire qui m'inquiète toujours. Prenons un simple exemple: Les journaux vous parlent de l'augmentation du prix des céréales, à une autre rubrique que celle des événements en cours. Or les deux sont étroitement liés et cela n'est pas sans comporter de lourdes menaces pour l'avenir. A défaut de révolution mondiale, il faudrait au moins des réformes structurelles profondes à un niveau global pour que le libéralisme économique ne soit pas la seule logique à l'oeuvre. Malgré les effets d'annonce, nous n'en prenons pas du tout le chemin.

Dans les débats entre commentateurs du Blog, il y a la question : peut-on savoir ce que vivent les gens d'un pays en venant chez eux comme touriste? Il me semble clair que, même quand on tente de ne pas "bronzer idiot", et de s'intéresser aux problèmes des gens des pays où l'on va, cet te ouverture entre dans un ensemble qui forme une manière de vivre tellement différente que la compréhension est très difficile. On peut, au mieux, avoir une petite idée....

Là encore je prendrais un exemple qui semble appartenir à un autre sujet, mais ne me semble pas sans lien avec ce que je viens d'indiquer : chaque soir, à la télévision française, lors de la fin des informations du "20 heures", vous avez le rappel que 2 journalistes français sont retenus en otage depuis près de 400 jours en Afganistan, avec leur photographie. Je participe à cette préoccupation commune, songe aux familles et aux proches qui vivent depuis si longtemps un véritable drame. Le processus d'identification joue, au moins partiellement. Un soir, la télévision va me dire aussi qu'il y a eu, dans ce pays, tant de victimes civiles. On va parler d'erreurs de tirs des troupes de l'OTAN ou je ne sais quoi. Mais il ne s'agira pas une information quotidienne et il n'y aura pas la même émotion. Je me dis alors que, pour les gens de là-bas, cela doit être l'inverse. A chacun ses victimes. Et comment se comprendre?

Sans doute un des problèmes importants d'aujourd'hui est que la globalisation induit la multiplication de contacts entre univers hétérogènes, sans pour autant réduire la distance qui les sépare. Des réflexions bouillonnent dans ma tête, mais je ne suis pas vraiment en mesure de bien les exprimer; Que chacune/chacun des internautes approfondisse sa propre réflexion, se méfie des stéréotypes en tout genre. c'est le but de ce Blog d'inciter à la réflexion personnelle.

  

12:22 Publié dans ACTUALITE | Lien permanent | Commentaires (11)

23/01/2011

LAÏCITES SANS FRONTIERES

Comme promis (ce qui n'a pas empêché quelques uns de le réclamer), voici une présentation de notre ouvrage commun, à Micheline Milot et moi-même: Laïcités sans frontières (Le Seuil, coll: La couleur des idées, 352 pages, 21 €). Le Monde en a fait un compte rendu assez substantiel dans le n° daté du 22 janvier. ce compte-rendu donne une bonne idée du contenu de l'ouvrage.

Le seul problème (idéologiquement sensible), c'est que le titre qui a été donné par le quotidien (il faut savoir que ce ne sont pas les journalistes qui font les titres, mais un autre service, plus tourné vers le marketing): "Pour une laïcité ouverte" est, lui, décalé: nous ne nous situons pas dans une perspective qui serait pour ou contre la dite laïcité ouverte. Ne serait-ce parce que nous tentons de dégager 6 types de laïcités et 3 seuils de laïcisation. En même temps, nous insistons sur la consistance de la notion de laïcité: sa concrétisation plurielle n'empêche nullement de dégager des principes qui, ensemble, forment LA laïcité.

C'est dire que nous avons une perspective d'abord analytique et que, comme l'écrit fort bien l'auteure du compte-rendu (S. Le Bars), notre livre est "à mi chemin entre ouvrage scientifique et de vulgarisation." Donc voici

des idées forces de l’ouvrage (avec quelques citations):

La laïcité, conjonction de 4 principes, se décline au singulier et au pluriel :

 « Au pluriel, car suivant les traditions nationales et régionales, les conjonctures géo-politiques, les mutations sociales dominantes, les périodes socio-historiques, différents types de laïcité s’avèrent plus ou moins hégémoniques. La réalité empirique est infinie et mêle des ingrédients multiples. »

 

« On peut aussi conjuguer « la laïcité » au singulier car, si diverses soient leurs formes, et les situations auxquelles elles correspondent, les laïcités ont toutes en commun le fait d’articuler, de façon plus ou moins harmonieuse, quatre principes.

Deux portent sur les finalités : la garantie de la liberté de conscience, l’égalité et la non-discrimination. Deux concernent les moyens : la séparation du politique et du religieux, la neutralité de l’État à l’égard des diverses croyances. Le terme de laïcité est donc irremplaçable, (…) parce que seul il est capable de rassembler ces quatre éléments.

 

C’est pourquoi d’ailleurs la laïcité peut prendre des configurations très variées et sembler toujours se trouver en équilibre instable, voire être « menacée ». La « menace » peut provenir de différents côtés : non seulement être portée par ceux qui sont « furieusement religieux » (…), mais également par ceux qui sont « furieusement » indifférents en matière de religion, ou hostiles à la religion, même si ces « fureurs » peuvent prendre le masque de la « défense de la laïcité ».

 

Cette perspective permet de dédogmatiser la conception qu’ont certains de la laïcité : il n’existe pas de pays laïque absolu et relativement peu de pays totalement non laïques : il existe diverses formes de laïcité qui tendent à faire prévaloir tel ou tel des quatre principes sur les autres, selon les traditions nationales, la conjoncture socio-historique, le contexte géo-politique :

Aujourd’hui, plus encore qu’hier, dans des sociétés dont l’aspect pluriculturel s’est accentué, la laïcité doit réguler politiquement des personnes et des groupes dont le rapport à la sécularisation est différent, qui évoluent à leur rythme et de façon extrêmement diverse (cf. l’exemple donné dans l’ouvrage du féminisme musulman) :

une typologie à la façon d'un portrait robot propose, dans la deuxième partie, six types différents de laïcités (que l’on peut trouver entremêlés dans la réalité concrète) et, dans la cinquième partie, trois périodes typiques, qui montrent que, dans chaque période, les questions qui se posent tendent à être analogues d’un pays à l’autre, même si les solutions adoptées peuvent être différentes. Cela permet de nombreuses comparaisons internationales :

 « Notre typologie, classant les laïcités en six types différents, et notre périodisation, qui propose de voir dans les changements historiques trois seuils typiques, permettent de saisir des dominantes avec leur cohérence interne explicite et implicite, de mieux comprendre des logiques à l’œuvre ainsi que les diverses contestations de ces logiques», d’effectuer des comparaisons dans l'histoire et le présent.

Chaque cas de figure empirique de la laïcité peut dès lors prendre du relief à l’aune des évaluations et comparaisons rendues possibles par cette typologie et ces  ‘seuils’ ».

 

L’ouvrage met clairement en œuvre, aussi bien historiquement que pour l’aujourd’hui, une distinction claire entre

- un processus socio-politique de laïcisation/laïcité qui tend à inscrire dans le droit les conséquences des quatre principes mentionnés, et à organiser le « vivre-ensemble » selon ces principes (plus ou moins respectés dans la réalité) et

- un processus socio-culturel de sécularisation, prise de distance par rapport à la prétention du religieux d’imprégner les comportements culturels et/ou simple changement de condition d’existence qui éloigne la vie quotidienne de la religion, et donc est un effet de la dynamique sociale.

 

Dans ce cadre, la « sécularisation interne » ou la non sécularisation interne » des groupes religieux est leur affaire (dans l’ouvrage nous donnons l’exemple du chanoine Kir qui était député et qui, dans la France laïque venait à l’assemblée nationale, vêtu d’une soutane. Après Vatican II, la majorité des prêtres ont abandonné la soutane, mais ce n’est pas la laïcité qui est intervenue dans cette affaire).

 

Il existe aujourd’hui 2 « dangers », du côté des religions, vouloir contrer le ‘défi’ que représente la sécularisation par moins de laïcité (illusion : des pays qui ont encore des restes de religion d’Etat sont des pays où la pratique de cette religion est très faible : Royaume Uni, Danemark, Norvège, etc ; et en Iran, la confusion politique-religion est un élément de sécularisation de la jeunesse instruite) ; de l’autre, ceux qui, par peur de certaines religions, veulent imposer la sécularisation au nom de la laïcité, ce qui est également contre-productif.

 

 

« Car si la laïcité est, selon Emile Poulat, une « politique de pacification par le droit », ce qui indique bien les plans où elle s’enracine (le politique et le juridique), elle représente aussi en permanence un enjeu social. Les acteurs vont privilégier ce qui correspond à leurs intérêts propres. Et souvent deux groupes se sont affrontés ou parfois s’affrontent toujours.

 

D’une part, il y a ceux qui tentent de réduire laïcité à la seule finalité de la liberté de conscience, qu’ils tirent vers une interprétation réductrice en la comprenant avant tout comme la liberté religieuse et donc en minorant les moyens qui permettent d’assurer cette liberté pour tous

.

D’autre part, il y a ceux qui hypertrophient les moyens, la séparation et la neutralité, au risque de transformer subrepticement la finalité de la liberté de conscience pour tous en une « émancipation (plus ou moins obligatoire) à l’égard de la religion » et de confondre ainsi laïcité et sécularisation, alors que la laïcité constitue, encore plus aujourd’hui qu’hier peut-être, la gouvernance politique d’individus ayant des rapports très divers avec la sécularisation. »

 

L’ouvrage est donc, aussi, un plaidoyer pour un véritable universalisme qui, sous prétexte de référence à un « individu abstrait », n’affirme pas que les minorités n’existent pas quand il s’agit des droits, tout en imposant à ces minorités des devoirs spécifiques (exemple donné dans l’ouvrage : depuis 2007, c’est le Haut Conseil à l’Intégration qui, en France, est chargé de faire des propositions en matière de laïcité, ce qui cible la laïcité sur une partie de la population).

 

L’ouvrage parle de « laïcités sans frontières » et il se situe dans un débat international sur la laïcité, exposant diverses optiques développées par des chercheurs de différents pays, qui semblent partielles aux auteurs, soit qu’elle se focalisent sur « les moyens laïques », soient qu’elles privilégient « les finalités laïques », d’une manière qui tend à « la valorisation d’un rôle accru des religions » (troisième partie).



L’ouvrage revisite aussi la laïcité française (sixième partie), en démontant des « idées reçues », en insistant sur le fait que la laïcité française a historiquement moins aboutit à une réduction de la religion qu’à son déplacement :

« Si on assiste à un affaiblissement des marques institutionnelles de l’Eglise catholique, on assiste aussi à une incorporation des manifestations publiques de la religion, et du catholicisme en particulier dans le développement de la société civile. »

Après avoir insisté sur quelques impensés concernant la loi de 1905, et fait le point sur les débat qui ont entouré la notion de « pacte laïque », cette partie suit les débats sur la laïcité en France, jusqu’à et y compris la loi sur le port du voile intégral.

 

Bref, nous avons tenté de faire un ouvrage qui envisage la laïcité de différents points de vue (au sens presque littéral de l'expression: il y a 6 parties, et chacune déplace l'angle de vue pourrait-on dire. Chaque partie est autonome et on n'est pas obligé de lire dans l'ordre. Chaque partie peut se lire indépendamment des autres; en même temps les différentes parties se renvoient les unes aux autres)

Et c'est vraiment un ouvrage écrit à 4 mains: nous nous sommes beaucoup "interpellés" mutuellement pour pouvoir aboutir à une rédaction commune.

Je pourrais continuer longtemps à vous en parler; mais le mieux est de vous souhaiter une très bonne lecture.

 

PS: A propos de la Note sur la Tunisie; c'est vraiment dévoyer mes propos que d'y lmmire autre chose que l'affirmation que la laïcité, l'égalité femmes-hommes et la démocratie relèvent d'un combat commun. Toutes les Notes du Blog, depuis sa création, qui abordent ces sujets, se situent dans cette perspective;

 

 

 

 

 

13:21 Publié dans Livre | Lien permanent | Commentaires (22)

19/01/2011

Tunisie entre inquiétude et espoir.

Comme beaucoup d'entre vous, je suppose, je suis avec beaucoup d'attention et d'empathie les événements qui se produisent en Tunisie. Je l'ai indiqué à plusieurs reprises: le Blog n'a pas pour mission d'être un commentateur universel, et sur ce sujet je ne suis pas spécialiste. Je lis, et bien sûr, déjà avant les derniers événements, ce que ces spécialistesi peuvent dire et je vous y renvoie. Je me contenterai donc d'un fort bref commentaire.

D'abord pour souligner l'aveu d'Alain Juppé reconnaissant que la politique officielle française a sous estimé (et c'est vraiment un euphémisme!) l'absence de démocratie dans ce pays et la façon dont les habitants en ont souffert. Cela, a-t-il indiqué, parce qu'il y avait une certaine laïcité, une certaine émancipation des femmes, un certain développement  économique. Autrement dit, il est une façon de se référer à ces principes et/ou valeurs CONTRE la démocratie, alors qu'il faut relier, en un même combat, laïcité, droit des femmes, progression du niveau de vie et démocratie. Bien sûr, cela est plus facile à dire qu'à faire. Mais je trouve que dans l'aveu de Juppé, il y a une leçon forte et sur laquelle il n'a pas été assez mis l'accent.

(à ce propos, cher Monsieur Mulot, je n'ai jamais écrit d'ouvrage s'intitulant la République ou la laïcité contre la démocratie, et un tel titre ne me viendrait jamais à l'idée. Je pense que l'ouvrage auquel vous faites référence, mais dont vous semblez n'avoir qu'un souvenir très confus et, à mon avis, très inexact, est celui-ci: L'intégrisme républicain contre la laïcité, paru à l'Aube en 2006: c'est une perspective fort différente: c'est l'instrumentalisation que je critique)

Ensuite, pour dire qu'il serait utile de relire, de regarder ce que pouvaient écrire ou montrer les médias sur la Tunisie AVANT les événements, avant le départ de Ben Ali. C'est comme l'affaire du Médiator: on nous dit maintenant: "On savait depuis des années..." Mais pourquoi alors l'info ne déferle que maintenant? Bien sûr, pour la Tunisie, il y a eu l'indication, en tout cas dans une partie de la presse écrite, d'emprisonnements, de grèves de la faim. Mais le malaise subsiste, chez moi en tout cas. je trouve qu'il a de plus en plus deux sortes d"'infos": celles sur lesquelles on revient en boucle et donc qui restent en mémoire. Les infos-événement en quelque sorte; et... toutes les autres, noyées dans le flux et qui n'engendrent ni la même émotion ni la même mémoire.

Enfin, je viens d'entendre ce matin, que des Agences de notation ont baissé la note de la Tunisie, vu le risque "d'instabilité". Sans commentaire, parce qu'il y aurait trop de commentaires à faire sur ce capitalisme contre l'humain dont on a l'impression qu'il règne sans partage. A cause de cela, et aussi parce qu'il est très difficile de sortir de décennies de dictature, l'inquiétude est là, mais aussi quand même l'espoir.

PS: Je signale (et j'y reviendrai) la parution:

-le 13 janvier, de l'ouvrage que j'ai écris avec Micheline Milot aux éditions du Seuil: Laïcités sans frontières.

-le 18 janvier, de l'ouvrage que j'ai écris avec Raphaël Liogier aux éditions Entrelacs: Sacrée médecine. Histoire et devenir d'un sanctuaire de la Raison.

Bonne lecture.

10/01/2011

Ne pas tomber dans le piege

Etant actuellement au Canada, je n’ai qu’un echo certainement affaibli par rapport aux reactions qui doivent se produire en France, apres l’enlevement et la mort de deux jeunes Français au Niger. Ici, c’est la fusillade de Tueson qui fait les gros titres. Malgre la globalisation, l'actualite se construit en prenant le lieu ou l’on se trouve comme le centre du monde.

 

Une fois encore, nous sommes face a un redoutable defi. Les actes terroristes, les prises d’otages, cherchent a creuser un fosse infranchissable et a operer une contamination. Certains sondages tombent dans ce piege en demandant aux gens si la « presence musulmane » est, ou non, une « menace », comme s’il s’agissait d’un corps etranger dans la nation.

La manière même dont on a pose la question incite a avoir peur. Et le developpement de cette peur ne peut que rejouir les terroristes, eux qui font tout pour l’entretenir, pour creer un engrenage qui, esperent-ils, leur sera profitable.

 

On a plusieurs fois, ici, evoque la laïcite de « sang-froid » prônee par Briand. Elle est plus que jamais necessaire et devrait, ne serait-ce que strategiquement, regrouper tous ceux qui veulent resister a une poussee des extrêmes.

On peut debattre de tel ou tel element de la laïcite, avoir des desaccords importants, mais il est temps de se dire, entre personnes attachees a la democratie, que les dissensus ne devraient pas empecher une vigilance commune pour ne pas tomber dans le piege qui nous est tendu.

21:52 Publié dans ACTUALITE | Lien permanent | Commentaires (30)