24/11/2007
UNE PRINCESSE POUR NOËL, LA LAÏCITE INTERIEURE CONTRE LES CHEVALIERS DU BIEN
Emile Combes et la princesse carmélite, improbable amour vient de paraître en poche. (L’Aube poche). Courrez vite (sans, toutefois, vous casser la figure) le réclamer à votre libraire. Soit pour le lire (si ce n’est pas déjà fait ; et là vous me décevez un peu !), soit pour l’offrir à vos ami(e)s : tout le monde adore les histoires de princesse. Allez, je vous donne gratis la 4ème de couverture :
"La trame de ce passionnant roman historique est authentique : en 1903, la jeune princesse Jeanne Bibesco, prieure du carmel d’Alger, vient à Paris plaider la cause de sa congrégation auprès d’Emile Combes, président du Conseil – celui-là même qui fera voter en 1905 les lois de séparation des Églises et de l’État. Le coup de foudre est réciproque, et de leur rencontre naît un improbable amour, fort dangereux pour l’homme politique à l’éthique sans faille.
« Jean Baubérot imagine le journal apocryphe du sénateur Emile Combes, à qui échoit la tâche périlleuse d’appliquer la loi de 1901 aux congrégations religieuses. Ce roman historique précis, nuancé, parsemé d’anecdotes et de propos véridiques, est aussi un roman discrètement engagé, qui nous amène à méditer sur la place des religions dans la France contemporaine. » Astrid de Larminat, Le Figaro
« Jean Baubérot s’est amusé à croiser la grande et la petite histoire en faisant tenir à Emile Combes ce journal intime, où le peu qui ne soit pas vrai est toujours vraisemblable. » Le Monde
Jean Baubérot, président d’honneur de l’Ecole pratique des Hautes Etudes (Sorbonne), spécialiste internationalement reconnu de la laïcité, est l’auteur de nombreux ouvrages dont, aux éditions de l’Aube : L’intégrisme républicain contre la laïcité (2006)."
C'est'y pas beau!
Ensuite, voici la suite de la Note sur les « chevaliers du bien », en tenant compte de la (bonne) question posée par plusieurs internautes : que proposez-vous ? En effet, après avoir décrypté l’aspect primaire que revêt souvent l’indignation consensuelle, il ne s’agit pas de s’indigner contre l’indignation. Il s’agit plutôt de VIVRE AUTREMENT.
Comme je l’ai expliqué, ce qu’il est possible de reprocher aux chevaliers du bien c’est leur manière de dire (comme on parle de « manière de faire », d’ailleurs parler peut constituer un acte, un faire). La cause défendue par les dits chevaliers peut être bonne ou non. C’est un autre problème, à laisser de côté dans un 1er temps, à examiner dans un second temps.
Quelle est cette manière de dire ? J’en ai déjà tenté une synthèse dans mon L’intégrisme républicain... Voici, en gros, un portrait-robot indiquant comment fonctionne cette sorte de discours :
Une cause donnée se trouve valorisée au maximum. Le sujet, l’agent de la lutte, et son objectif propre, sont très fortement idéalisés. Tous les aspects complexes de la réalité, qui pourraient amener à nuancer le propos, à relativiser quelque peu la lutte menée, à tenir compte de facteurs divergents voire contradictoires, se trouvent dévalorisés. Ainsi, les positions différentes ont tendance à être ramenées à une seule, considérée comme LA position adverse et diabolisée au maximum.Lors de la « guerre froide » entre l’Est et l’Ouest, les portraits-robots des discours communistes et anticommunistes types fonctionnaient ainsi.
D’un côté quiconque avait des interrogations et des doutes aussi bien sur l’URSS que sur le parti communiste, quiconque parlait de persécutions d’opposants politiques et/ou de croyants s’avérait rapidement suspect d’être un « allié de la réaction », un « contre révolutionnaire bourgeois », un « allié du grand capital ».
Il faut se rappeler que même un « grand intellectuel » comme Sartre a marché dans cette combine. Cela le conduisait à refuser le pluralisme en déclarant : « la vérité est une, l’erreur est multiple ». Le pluralisme était donc dans l’erreur. Je pense qu’il ne faut certes pas abandonner la recherche de la « vérité », mais les chemins de cette recherche sont multiples, tâtonnants, pluriels.
Au niveau de mon domaine d’études, la laïcité, en lisant les articles de militants laïques de cette époque, on s’aperçoit une propension à dénoncer les atteintes cléricales à la laïcité, mais pas les persécutions antireligieuses des pays communistes.
Du côté de l’anticommunisme, la France a heureusement évité ce que l’on a appelé le maccarthysme[1] et qui a sévi aux Etats-Unis au début des années 1950 : Là, toute attitude un tant soit peut progressiste se trouvait accusée de complicité avec le communisme. Le maccarthysme s’en prenait aux intellectuels et artistes, mais aussi à des fonctionnaires et hommes politiques.
C’est le principe de l’engrenage : au départ : pas de liberté pour les ennemis de la liberté ; cela devient très vite : pas de liberté pour les amis de la liberté qui veulent la liberté y compris pour les ennemis de la liberté (dans les limites des lois, naturellement) et… finalement : pas de liberté pour tous ceux qui ne pensent pas comme moi.McCarthy a été heureusement arrêté dans sa nuisance, grâce notamment à des mécanismes démocratiques (la Cour suprême a joué un rôle), à la télévision de l’époque qui a montré la brutalité de ses méthodes, au fait aussi qu’il s’en est pris (dans cet engrenage) à l’armée elle-même. Mais le maccarthysme a durablement nui aux USA, puisqu’il a été une des causes de la guerre du Vietnam.
Il faut se rappeler ce double exemple des chevaliers du bien communistes et anticommunistes pour pouvoir prendre un peu de distance avec les conformismes d’aujourd’hui.Continuons le portrait robot des chevaliers du bien. Donc une cause, et une manière de défendre cette cause, une représentation de cette cause, sont absolutisées et tous ceux qui la désacralisent peu ou prou (qui estiment que d’autres facteurs son t également en jeu, qu’il faut dialectiser, articuler, etc) deviennent suspects
Le choix devient alors clair et tranché : ‘quiconque n’est pas pour moi (quiconque ne met pas au 1er rang ma Cause) est contre moi’. Les valeurs les plus hautes sont en périls. La dramatisation permet d’envisager des solutions exceptionnelles. Aucun moyen terme n’est possible : tout ce qui ressemble à un compromis est intolérable compromission. Et, on est dans la toute puissance : il suffirait de décréter la ligne juste, de la suivre pour que celle-ci se réalise sans engendrer d’effets non voulus et indésirables.
C’est, par exemple, à cette sorte d’absolutisation que la meilleure des causes, l’égalité femme-homme se trouve dévoyée car instrumentalisée pour stigmatiser des minorités, ce qui n’enlève nullement le droit à la critique. Dans notre ouvrage, Une haine oubliée, Valentine Zuber et moi, nous tentions tentait d’évaluer justement la différence entre stigmatisation et critique, car souvent des 2 côtés on joue la confusion
Parlons net : dans certaines minorités, des hommes instrumentalisent aussi le fait que la cause de l’égalité des sexes est utilisée contre leur communauté de façon stigmatisante, pour refuser de considérer qu’il existe effectivement, et notamment dans leur groupe des problème d’égalité des sexes. (c'est un peu compliqué, ma phrase, si ce n'est pas immédiatement clair, il suffit de relire, oui, oui, je vous l'assure).
Donc rompre avec la manière de dire des chevaliers du bien, n’est nullement adopter un discours inverse au leur, nullement dire « noir » sous prétexte qu’ils disent « blanc ». C’est d’abord être capable de penser (et d’exprimer) deux idées à la fois, d’articuler deux idées. Cela s’acquiert, mais pas tellement en regardant la télévision ou en lisant Elle, ou les livres à la mode, à gros tirage, car l’indignation facile engendre la notoriété facile.
On pourrait prendre pleins d’autres exemples. J’ai toujours dit et écrit que, dans la critique faite par les dits républicains sur l’enseignement d’aujourd’hui, sur les dites nouvelles pédagogies, etc, il y avait du grain à moudre, il y avait des choses qui me semblaient juste.
Ce qui est insupportable c’est la façon dont ces "républicains" idéalisent le passé, en affirmant souvent d'ailleurs des choses complètement fausses sur ce passé. Donc ils défendent le savoir en adoptant le contraire d’une démarche de savoir. Est également insupportable, la façon dont ils ne tiennent pas comptent d’un certain nombre de changements sociaux et culturels qui fait que, même si l’on peut à raison critiquer certains changements effectués, on ne peut pas faire comme s’il était possible de se passer de changement.
Et puis, quelle contradiction entre des gens qui reprochent (à juste titre) à l’école de ne pas être assez distante de la télévision, d’en être parfois un clone, mais qui, eux mêmes, jouent sur les même ressorts que la télé : l’émotionnel, l’indignation au premier degré, les affirmations massives et unilatérales, etc.
Prendre ses distances avec les chevaliers du bien, c’est prendre ses distances avec la croyance de Sartre : « la vérité est une, l’erreur est multiple ». La vérité n’est jamais une, au sens où elle n’est pas un bloc figé, immobile quelque chose que l’on pourrait cerner et s’approprier une fois pour toute, et répéter à l’infini.
Vous connaissez sans doute l’image utilisée par Husserl : le cube est un objet dont on ne peut jamais voir toute les face en même temps. On est obligé de se déplacer et, à chaque fois, on ne vois que certains aspects du cube.
Donc, il s’agit ni d’inverser des contenus, ni d’être dans le relativisme, dans l’équivalence généralisée, mais dans le savoir que, pour ne pas se planter, il faut prendre en compte le plus de facteurs possibles et que, même là, on ne prend jamais en compte tous les facteurs, on ne voit jamais toutes les face du cube. C’est une démarche de désacralisation.
Quand Pierre Nora (au début de la série d’ouvrages qu’il a dirigé sur Les lieux de mémoire) écrit : la mémoire sacralise, l’histoire laïcise, c’est exactement cela : la mémoire croit que le passé s’est déroulée selon le souvenir que l’on en a, et qu’il n’y a rien à chercher. C’est pourquoi, la démarche historienne ne commence pas par en savoir plus, elle commence par trouer du pseudo savoir. Elle commence par mettre du doute, de l’inconnu sur ce qui semble évident. Et à partir de là, on se donne les moyens les plus rigoureux possibles pour reconstruire le plus sérieusement qu’on le peut quelque chose de ce passé.
Alors vous me direz : OK, mais c’est une démarche de spécialiste. Et on ne peut être spécialiste de tout. Comment faire ?
D’abord, il faut justement renoncer à savoir tout sur tout, à croire que l’on peut savoir tout sur tout. C’est un des pièges de la démocratie ("le plus mauvais régime excepté tous les autres" : donc précieux mais à ne pas sacraliser), que de faire comme si le citoyen pouvait avoir une opinion éclairée dans tous les domaines. Et maintenant, en plus, on prétend que nous sommes « surinformés ». Foutaise ! L’information sélectionne, cache autant qu’elle montre, et ce qu’elle montre, elle le montre d’une certaine manière, avec une certaine mise en scène.
On peut très bien vivre, en sachant que sur des tas de sujets où tout le monde croit savoir, eh bien on ne sait pas. C’est d’ailleurs même plutôt fun de jeter un regard un peu distancié, un peu humoristique sur les certitudes à deux balles de ses contemporains. Bien sur, il faut se méfier alors un peu de la tour d’ivoire, de l’impression que l’on a que ces gens là sont vraiment pas très finauds, qu’ils tombent tête baissée dans les pièges les plus grossiers.
Et à certains moments, c’est aussi un peu difficile à vivre car vous êtes sommés de communier aux vérités moutonnières. Il y a des fois où il faut assumer le petit courage d’être seul. Petit, en démocratie, en tout cas car si cela peut vous fermer certaines portes, vous couper de réseaux de relations, on ne vous mettra pas en prison pour autant.
Alors justement, puisqu’on ne court pas le risque de la prison, de la torture et de la mise à mort, osons au moins donner à la démocratie ce qu’elle nous permet : une réflexion un peu personnelle, une réflexion non calibrée.
Oui, on peut très bien vivre en sachant qu’on ne sait pas tout sur tout. Quitte à ce que, faute de pouvoir avoir une réflexion personnelle, fondée en raison, issue d’une démarche de connaissance, dans certains domaines, on ratifie temporairement un savoir commun. Mais cela en sachant que son savoir est donc très relatif, de qualité moyenne, qu’il reste (au minimum) un petit doute, parce qu’on a pas vraiment eu le temps et les moyens de vérifier. C’est un savoir monoprix, c’est un savoir de supermarché. Ce n’est pas grave du tout, à condition de ne pas être complètement dupe.
Sur des tas de sujets, je connais ce qui se dit, je tente quand même de trier, mais en sachant que mes critères de trie sont relatifs, que ma connaissance donc est partielle et provisoire, que je peux modifier mon jugement, etc
Ce n’est en rien du nihilisme absolu, c’est simplement faire une petite place à la mobilité possible de son point de vue, garder une petite distance avec les évidences. Se méfier de la méthode Coué : ce n’est parce que quelque chose est répété à satiété que clea devient juste.
Ensuite, même dans les domaines où l’on n’est pas compétent, on peut, malgré tout, dans beaucoup de cas, arriver à s’orienter dans la pénombre. A avoir quelques critères de tri.
Par exemple, justement, se méfier de tous les discours style chevaliers du bien, les discours séducteurs, les discours qui confortent des croyances de groupes, les discours blocs, les indignations faciles. Apprendre à ne pas réagir au quart de tour. A estimer au départ qu’on ne sait pas, ou que l’on sait peu. Etre attentif à ceux qui sont capables de vous présenter deux idées (ou trois !) articulées sur le sujet et non une position absolutisée, une vérité bloc.
Il faut un peu tendre l’oreille car leur petite musique n’est pas débitée de manière tonitruante dans les supermarchés de la consommation des lieux communs, dans les temples où l’on communie aux espèces eucharistiques de la religion civile. Et là, la croyance en une sorte de transsubstantiation est monnaie courante. Autrement dit : on passe son temps à vouloir vous faire prendre des vessies pour des lanternes.
Un bon critère pour échapper à cela : la lectio difficilior. Je vous expliquerai la semaine prochaine de quoi il s’agit. Déjà que l’on me dit que mes notes sont trop longues, et que du coup on a du mal à les télécharger (mais je me suis amélioré, depuis…la semaine prochaine).
Enfin, puisqu’il serait illusoire de croire pouvoir avoir des idées personnelles sur tout, qu’il faut bien de toute façon, vivre en acceptant relativement des lieux communs (ce que les historiens, un siècle après, qualifient, avec une certaine condescendance d’« idées de l’époque », autrement dit : idées pipeau !), au moins qu’il y ait un domaine, où l’on ne bêle pas avec les moutons, où on n’hurle pas avec les loups.
Un domaine où l’on consacre du temps, de l’énergie, de l’intelligence, à effectuer une véritable démarche de connaissance, à acquérir un certain savoir hors des lieux communs de toutes sortes (y compris les lieux communs des contestations établies, balisées). Cela signifie accepter de se mettre en question soi même, accepterd’affronter les « faits désagréables » (citation de Max Weber, que je vous ai déjà sortie je ne sais plus quand). Bref un domaine où l’on ne soit pas une pomme calibrée.
Et ce qui est passionnant quand on emprunte ce chemin, c’est que l’on n’arrive jamais au bout. Un de mes premiers livres s’intitulait La marche et l’horizon. Il est daté et j’ai évolué depuis sur certains points. Mais la constance, c’est l’idée que l’horizon s’éloigne au fur et à mesure que l’on marche, et que c’est tant mieux, puis qu’alors on continue à marcher, pas à marche forcée étant donné qu'il n’y a pas de but final à atteindre. On marche à son rythme et si on n’atteint pas l’horizon, on découvre de nouveaux paysages. C’est chouette.
C’est un peu tout cela que je pense être la LAÏCITE INTERIEURE.
Pendant que je finis de rédiger cette Note, j’allume la radio pour écouter les nouvelles. Alain Souchon chante dans le poste :
La vie ne vaut rien, rien, rien
La vie ne vaut rien
Mais moi quand je tiens,
Dans mes mains éblouies,
Les jolis petits seins
De mon amie,
Alors moi je dis
Rien ne vaut la vie
Rien ne vaut la vie.
20:15 Publié dans CONTRE L'OBSCURANTISME | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note
17/11/2007
LES TARTUFE NIAIS DU CONSEIL CONSTITUTIONNEL
POUR UNE NOUVELLE MODIFICATION DE LA CONSTITUTION FRANCAISE.
Ainsi le Conseil Constitutionnel vient de prendre une double décision. Avec des pincettes, il accepte les tests ADN, en revanche il invalide la possibilité de statistiques dites « ethniques » (en fait cette appellation est aussi fausse que la traduction par « discrimination positive » de l’expression affirmative action), que pourraient comporter des études sur le caractère multiculturel de la société française. Cela me donne un peu envie de rejouer à ce que j’ai déjà tenté deux ou trois fois dans ce Blog : écrire une Note d’anticipation.
Un historien de 2107 indiquerait que cette décision du Conseil avait alors valeur de symbole : la conception républicaine dominante au début du XXIe siècle admet l’usage de tests génétiques en matière de contrôle social, malgré l’opposition de « larges pans de la société civile, la gauche, le centre et même une frange de la majorité », à l’inverse elle refuse une démarche de connaissance défendue par des « chercheurs soucieux de mieux comprendre les mécanismes de discrimination qui minent la société française et de mesurer l’écart qui sépare l’idéal républicain de sa réalité. »
Précisons, que les guillemets sont mis par l’historien de 2107 lui-même: il cite l’éditorial du Monde du samedi 17 novembre …2007. L’édito de Libé, lui, est plus ambiguë. « Il faudra trouver un autre moyen de rendre lisible la réalité de la discrimination française envers les minorités visibles. La tâche n’est pas impossible » écrit Laurent Joffrin. Pour les tests ADN, Libé, ayant activement lutté contre (à l’inverse des stats, cela ne divisait pas son lectorat), voit surtout que leur usage est rendu « homéopathique » par l’encadrement effectué, d’abord par la loi elle-même (sous la pression de la société civile) ensuite par le Conseil.
Mais Libé reconnaît un « symbole fort regrettable » le maintien du principe. Le symbole est encore plus « fort » si l’on met ensemble les deux décisions.
Et c’est bien au niveau du « symbole » que cela se joue. Car que signifie voter une loi, la maintenir tout en rendant son application difficile ? Cela me rappelle la loi de juin 2001 sur les dites « sectes » : certains de ses défenseurs affirmaient : « mais de toute façon, elle ne sera pas appliquée ». Sic, j’ai entendu notamment un éminent juriste dire cela dans un colloque sur les libertés organisé par une université américaine. Ce à quoi ses collègues américains ont répondu : « à supposer que ce soit le cas, réfléchissez à ce que signifie être favorable à une loi au motif qu’on ne l’appliquera pas ! »
Pour ma part, j’avais un précédent historique de sinistre mémoire à mettre dans le débat : la loi de 1825 sur le sacrilège qui condamnait à mort les profanateurs d’hostie (espèces consacrées pour la célébration eucharistique). Certains l’avaient prôné en déclarant explicitement qu’elle n’était, de toute façon, pas applicable.
Dans ces cas de figure, nous sommes donc hors du fonctionnel, hors de ce que l’on appelle la rationalité instrumentale. En revanche nous somme en plein dans le domaine, tout aussi important, de la légitimité symbolique.
Ainsi, nous ne sommes donc pas, à propos des tests ADN, dans une quelconque tentative de « maîtrise » de l’immigration. La précision n’est pas tout à fait négligeable. Au risque de choquer certains internautes, je me méfie aussi de l’angélisme dénonciateur à ce propos. Même si maîtriser l’immigration, ce n’est pas (bien sûr) la refuser. En fait, je suis d’accord avec ce qu’avait déclaré en son temps Michel Rocard et que l’on a honteusement tronqué (en ne répercutant que la 1ère partie de la phrase) : « La France ne peut accueillir toute la misère du monde mais elle doit y prendre sa part. » Autrement dit, il faut concilier (ce qui n’est pas facile) réalisme et éthique.
Les tests ADN, qui vont constituer une mesure pratiquement inapplicable, ne font partie ni du réalisme ni de l’éthique. Reste le symbole. Je serai bref puisque cela a été dénoncé pratiquement de toute part. Disons qu’entre autres symboles, c’est une manière d’indiquer aux Africains (par exemple) que seule notre conception de la famille (avec filiation directe) est valable.
Et surtout que la décision du Conseil préfère les tests ADN pour immigrés aux statistiques qui pourraient nous donner une connaissance plus exacte des discriminations. Là, personne n’est capable de dire les conséquences effective de la censure du Conseil. Mais, il est possible de faire trois constats :
D’abord, la décision témoigne d’un glissement, d’un court circuit manifeste. La censure renvoie à l’article 1 de la Constitution : La République « assure l’égalité devant la loi de tous les citoyens sans distinction d’origine, de race et de religion ». Mais, comme le fait remarquer le sociodémographe Patrick Simon (Libé, 16 novembre) une étude statistique n’est pas « la loi ». Cela n’a même rien à voir.
En fait, une fois encore (c’est pareil dans les lois dites mémorielles), c’est la spécificité de la démarche de connaissance qui est allègrement ignorée. Le Conseil Constitutionnel fait partie de ceux qui tournent le dos à l’état d’esprit des Lumières, qui valorisaient le savoir. Il est dans la confusion la plus complète. Il confond (notamment) savoir et normes. Peut-être en partie parce que dans les sciences juridiques savoir et normes ne sont pas séparés. En partie aussi, certainement, parce que l’idéologie républicaine est une idéologie d’aveugles, elle permet de cacher la réalité, de refuser de voir ce qu’il est désagréable de voir.
Car, second constat, le Conseil Constitutionnel s’aveugle depuis longtemps, par rrréépublicanisme niais, sur les discriminations.
Un petit rappel historique est nécessaire : En 1982, il y 25 ans, députés et sénateurs adoptent une modification du code électoral pour qu’aux élections municipales « les listes des candidats ne (puissent) comporter plus de 75% de personnes du même sexe » dans les villes de plus de 3500 habitants.
Censure du Conseil : les « principes de valeur constitutionnelle s’opposent à toute distinction par catégories des électeurs et des éligibles ». La règle qui, « pour l’établissement des listes soumises aux électeurs, comporte une distinction entre candidats en raison de leur sexe » est donc contraire à ces principes. Pas touche à la sacro sainte conception du citoyen abstrait, sans sexe, sans couleur de peau, mais pas sans âge (18 ans et plus) ni sans nationalité (mais tout bon citoyen abstrait qui se respecte ne peut être que français ou, à la rigueur européen, c’est bien connu), tel est le logo du Conseil.
C’est ce que l’on appelle, significativement, « la transcendance par le politique ». A part cela, on se croit laïque sous prétexte que l’on est un adepte crédule de la religion civile. Quand Bush dit « Dieu » américain, le Conseil dit de la même manière « citoyen abstrait » républicain français. C’est kif-kif.
Ce « citoyen universel abstrait » a été déboulonné par la loi constitutionnelle du 8 juillet 1999 qui modifie la Constitution par l’alinéa suivant : « la loi favorise l’égal accès des femmes et des hommes aux mandats électoraux et fonctions électives. »
Au secours : le citoyen a désormais un sexe ! Cachez ce sexe que je ne saurais voir ». Il y a des enfants en France, quand même !
Et oui, le citoyen a un sexe, il n’y a plus que les médecins qui n’ont pas de sexe (du moins pour le féminisme caviar de l’hebdo Elle et autres grenouilles de bénitier médical).
Miracle : malgré toutes les injures déversées par tombeaux ouverts sur cette modification et la loi sur la parité, en 2007, la République existe toujours. Elle est composée de citoyens sexués et, stupeur, elle n’en est pas morte.
Etrange ! Il y a-t-il un Rrrééépublicain dans la salle ? Il pourrait peut-être m’expliquer ce prodige.
Mais, pas de miracle, les discriminations politiques contre les femmes continuent : regardez la composition de l’Assemblée Nationale. Cela est logique et le Conseil constitutionnel en est, en bonne part responsable.
Cela est logique : une candidate à la députation ne sort pas, tel un lapin ou un pigeon, d’un chapeau de magicien. Il y a un parcours où les responsabilités municipales figurent en bonne place. Si, à partir de 1982, il y avait eu au moins 25% de femmes dans les conseils municipaux des villes de plus de 3500 habitants, il y aurait certainement aujourd’hui nettement plus de femmes à l’Assemblée Nationale. Donc si ce n’est pas le cas, c’est à cause du Conseil, de sa tartuferie.
Mais, s’il y avait plus de femmes, peut-être la République serait morte alors car, entre nous, le citoyen abstrait républicain, c’est quand même plutôt un mec qu’une gonzesse, non ? Il doit être couillu.
Les femmes, c’est pour l’image, Play-Boy vous le dira. Pour la République, Marianne ; pour l’Eglise catholique, la Vierge Marie. Les deux France, même combat.
Aussi machistes, historiquement, l’une que l’autre.
Croyez-vous que le Conseil, en ces temps d’inflation de la mémoire (d’une mémoire très amnésique !), se rappelle sa niaiserie de 1982 ? Non, bien sur. Ses membres n’ont rien appris et rien oublié.
Ils sont toujours aussi aveugles et sourds. Ils ont toujours la même conception un peu débile de la République.
Ce sont toujours les gardiens du Temple où gît le Citoyen Abstrait Sacralisé, totem et idole de la République dite laïque.
Et ils nous refont donc le coup, 25 ans plus tard. « Cachez cette couleur de peau que je ne saurais voir ».
Tartufe pas mort.
En effet, c’est toujours la même antienne : « Cachez ces discriminations que je ne saurais voir », hier sur le sexe, aujourd’hui sur la couleur de peau.
« Le questionnement porte sur l’ensemble des facteurs – sociaux, culturels, générationnels, géographiques, liés à l’origine ou au sexe – susceptibles d’intervenir pour favoriser ou limiter cet accès aux ressources. La couleur de peau et la religion en font partie, parmi d’autres. Il ne s’agit nullement d’«enfermer» les personnes interrogées dans des «catégories ethnoraciales», il ne s’agit nullement de recenser les personnes selon leur origine, de faire des statistiques ethniques mais plutôt d’évaluer, de mesurer la place de l’ethnicité dans la définition de soi, dans l’assignation à une différence non revendiquée et dans les trajectoires socioprofessionnelles. » (cf. Libé, 15 novembre)
Selon F. Héran (Débats, Le Monde, 15 novembre) dans le courrier de SOS-Racisme au CNIS, on trouve la condamnation du projet même de toute étude de la religion : « la prétention de pouvoir comprendre la part d’influence de la religion sur le comportement des individus est totalement inacceptable ». « Exit donc Durkheim ou Weber » indique Héran qui ajoute : « A croire que la section des sciences religieuses de l’Ecole Pratique des Hautes Etudes n’a pas été créée en 1886 par la IIIe République mais par Vichy ». Effectivement : on ne saurait être plus obscurantiste, ni antilaïque. La section des sciences religieuse a été une création laïque et républicaine, à un moment où la laïcité se souciait d’intelligence et de savoir.
Les républicano-obscurantistes n’en ont cure. D’après le site de SOS Racisme, 85386 personnes ont, au 17 novembre, signé la pétition. Combien ont réfléchi et se sont renseignés auparavant sur l’étude menée par l’Insee – Ined ? Combien ont joué les chevaliers du bien, au réflexe pavlovien : « ‘ethnique’, vous avez dit ethnique. Mais c’est affreux Monsieur Michu. Indignons nous bien vite tous ensemble. » Et dans le tas… François Hollande. Le PS est vraiment, vraiment mal barré ! Mais cela ne m’étonne malheureusement pas : chaque fois que le PS m’a demandé (seul ou avec d’autres) de parler de la laïcité, Hollande arrivait après, et…donnait les conclusions, par un discours roublard mais farci de lieux communs. La laïcité, bien sûr, il sait ce que sait, es fonction de Premier Secrétaire du Parti, il n’a pas besoin d’apprendre ni d’écouter. Seulement de se faire photographier en train de lire L’histoire de France pour les Nuls.
Comme dirait l’autre, tout cela est assez Dégueulasse.
Mais, après tout, la décision du Conseil Constitutionnel de 1982 et les injures sur la parité n’ont pas empêché la défait du camp rrrééépublicain. Je prends donc date. Tout comme il y a eu une révision de la Constitution en 1999, je propose une nouvelle révision constitutionnelle. Après tout, ce ne sera que la 23ème depuis 1958. L’Article I énonce que la France est une « République laïque » qui « respecte tout les croyances ». je propose un ajout : « La France est une République laïque. Elle respecte toutes les croyances et le savoir ».
Mais ya du boulot camarades !
PS : La semaine prochaine : la suite de la Note sur les chevaliers du bien (en tenant compte des remarques des Internautes). On n’a d’ailleurs pas vraiment quitté le sujet, non ?15:30 Publié dans CONTRE L'OBSCURANTISME | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note
10/11/2007
LES CHEVALIERS DU BIEN
Le Blog ne se fait pas pour « devoir » de suivre l’actualité. Cela m’a été parfois reproché, j’ai toujours répondu que sur pas mal de sujets, je n’avais rien d’original à dire (entendez rien d’autre que ce qu’on peut lire ou entendre ailleurs). En outre, je suis plutôt du genre « ruminant » et quand, ayant réfléchi, j’ai une idée un tant soit peu originale, cela fait des lustres, que la dite actualité a changé de sujet. « Souvent femme varie » disaient les mecs quand ils ne craignaient pas le politiquement correct. Eh bien, c’est fort vrai pour l’actualité ! Le temps de la réflexion, et hop, votre propos est déjà totalement obsolète, et vous has been.
Là, m’a fait réfléchir la concomitance de deux crises, celle de l’Arche de Zoé et celle de Ni Putes ni Soumises. C’est la nième crise, me disais-je des chevaliers du Bien. En attendant les suivantes, car les entreprises des chevaliers du Bien tournent, en général, les unes après les autres, en eau de boudin. Et c’est ainsi depuis des lustres. Ce n’est pas de l’actualité, c’est de la permanence. Mais ce n’est pas sans effets contreproductifs. Et on ne semble pas en tirer d’élémentaires leçons.
Je sais, parler des chevaliers du Bien est un sujet sensible. J’ai déjà effleuré le sujet, et la réaction de plusieurs internautes a été fort critique (cf. la Note: "les chevaliers du bien...éteignent les lumières"). Mais ce Blog n’est pas fait pour plaire, il ne cherche pas l’audimat. Plutôt des personnes qui acceptent la confrontation, le débat d’idées, voire la tentative d’analyse.
La plupart des critiques revenaient à dire : « ne désenchantez pas ». Or, précisément, si le Blog a un petit message, c’est que nous avons tous (bibi y compris) a apprendre, chaque jour, quelque soit l’âge et l’expérience, à vivre dans un monde désenchanté. A y vivre librement et, si possible, joyeusement. Pour moi, c’est un peu cela la « laïcité intérieure », dont parle Claude Nicolet à la fin de son ouvrage, L’idée républicaine.
Les chevaliers du Bien sont ceux qui combattent pour une bonne, une juste cause et, parce que la cause est bonne, ils n’ont ni doute, ni état d’âme. Persuadés de mener le bon combat et d’avoir en face d’eux les représentants du Mal, ils mettent tout en œuvre pour faire triompher leur cause, celle du Bien, de la Justice, de la Vérité.
En général, ces chevaliers du Bien sont combattus par ceux qui estiment que la cause n’est pas bonne, voire même franchement mauvaise. Il y a opposition de contenu, mais pas forcément de forme : les chevaliers du Bien peuvent être combattus par des chevaliers d’un autre Bien. Et nous sommes toujours là, dans le combat du Bien contre le Mal. Simplement, il y a deux Biens contradictoires.La télé adore cela, car quand elle met en présence deux chevaliers du Bien opposés, ou deux camps, peu importe, cela donne un beau pugilat. Et le pugilat, Coco, c’est du spectacle, c’est « sexy », c’est bon pour l’audimat. Quelquefois, l’animateur est relativement neutre. Je ne dirai pas qu’il arbitre, car l’arbitre fait respecter la loyauté du jeu et, là, ce n’est vraiment pas son problème, au dit animateur. Au contraire, plus il y a de coups bas, plus il semble content.
Le plus souvent, il existe une connivence entre un ou des chevaliers du Bien, représentant le camp du Bien télévisuel, alors que l’autre camp est, à l’évidence, considéré comme le camp du Mal. On a fait venir son (car, souvent, il est seul contre 4 ou 5), voire ses représentants (souvent par des pressions du type : « si vous ne venez pas, on dira à l’antenne que l’on vous a invité et que vous avez refusé de venir ») pour deux raisons.
D’abord pour avoir un beau pugilat, du spectacle.
Ensuite, pour que le camp du vrai Bien (le Bien télévisuel) triomphe publiquement (c'est-à-dire médiatiquement). Que le ou les chevaliers du faux Bien qui, en fait, défendent le Mal (le Mal télévisuel) soi(en)t confondus aux yeux des millions de téléspectateurs, et traînés dans la boue médiatique,. Ainsi le vrai Bien triomphe. La scène sociale est purifiée. Les blasphémateurs, les impies, les hérétiques sont symboliquement mis à mort. C’est tellement beau, un film avec de beaux corps à corps et l’happy end où le méchant est visiblement vaincu !
Grâce à la télé, on a la Saint Barthélemy à domicile, pratiquement tous les jours[1]. Et en plus, en toute bonne conscience : nous ne sommes pas comme ces méchants Américains ou Japonais : chez nous la peine de mort est abolie.
Je l’ai déjà dit : les chevaliers du Bien sont, en général, combattus par des chevaliers d’un Bien inverse. Mais quelques mauvais esprits dont je fais, hélas, parti, luttent contre les chevaliers du Bien parce que les chevaliers du Bien les insupportent. Parce qu’ils ne croient pas au « Bien », enfin pas complètement. Ils croient à un bien, à des biens relatifs[2], et quand le bien se transforme en Bien, alors (pour eux), cela devient très vite craignos.
Ces mauvais esprits pensent que « chaque médaille a son revers », ils ont toujours des questions impertinentes à poser au Bien, à ses chevaliers. Ils cherchent la petite bête, ce qui ne colle pas, les contradictions internes, les impensés, les points aveugles. Ils sont toujours dans le « c’est trop beau pour être vrai », dans le « qui fait l’ange fait la bête ». Ils sont pervers ou sociologues, parfois les deux (mais rassurez vous, il existe aussi des sociologues qui sont ou deviennent chevaliers du Bien : Bourdieu, les dernières années de sa vie en est un bon exemple).
Ce qu’il y a de socialement, et médiatiquement, insupportable chez ces mauvais esprits, c’est qu’ils prétendent ne pas penser l’inverse des chevaliers du Bien. En fait, ils chipotent : « cela est assez juste, mais là non, et ce pour telle et telle raison ». Ils veulent déconstruire, garder certains aspects, en rejeter d’autres. Ils argumentent, pire ils soulèvent les tapis et montrent la poussière qui est enfouie dessous. Ils regardent dans les coins interdits. Ils farfouillent les placards pour y sortir les cadavres enfouis ;
Que c’est déplaisant ! Et pourquoi font-ils cela ? Pourquoi ne communient-ils pas dans le grand Bien commun ? Pourquoi passent-ils leur temps à farfouiller au lieu de combattre le Mal ? Ils ont de bien mauvaises intentions, certainement. Et, si ce n’est pas le cas, ce sont des inconscients, des naïfs, ne voyant pas (ou ne voulant pas voir) le Mal qui rode, qui nous menace, qui va nous envahir. Bref, puisqu’ils ne sont pas vraiment pour le Bien, ils sont pour le mal, ils sont complices du mal.
« Naïveté ou cynisme », that is the question, comme dirait le regretté Williams. Cette question, on la trouve en page 4 de couverture d’un petit livre : La tentation obscurantiste qui dénonce, notamment, pèle mêle, des spécialistes de l’islam soupçonnés de ne pas mener le combat du Bien contre l’islamisme. L’Assemblée Nationale s’est dépêchée de donner le prix du livre politique à ce chef d’oeuvre. Il faut dire que le jury est principalement composé d’hommes (et de femmes) de média, qui ne semblent voir plus loin que le bout de leur audimat.
Plus fondamentalement, puisque nous sommes forcément (c’est cela qui est la structure même d’une société où la mise en scène médiatique est devenu le Réel) dans le combat du Bien contre le Mal, il serait strictement insupportable que les douteurs du Bien ne soient pas des complices, aveugles ou conscients peu importe, du Mal. Car, si par malheur il en était autrement, cela signifierait que le doute peut être légitime. Qu’on a raison de farfouiller, d’argumenter point par point, de trier à ses risques et périls, d’interroger. Et alors on entrerait dans le domaine du complexe. Du subtil. Du nuancé. Du partiellement raison, partiellement tort. Et tout cela c’est télévisuellement ingérable.
Non, il faut affirmer le Bien, tous ensemble. Quitte parfois, à reconnaître, mais alors tous ensemble et en même temps, que l’on s’est trompé. Ce n’est pas grave, à condition de dire aussi péremptoirement et consensuellement que l’on s’est trompé qu’auparavant on proclamait le Bien. Car, alors, on a produit un nouveau Bien, qui non seulement remplace l’ancien, mais permet de (oblige même à) le stigmatiser.
Autrement, c’est devenu télévisuellement ingérable. En effet, j’ai eu l’occasion, dernièrement, de regarder des archives de l’INA. Dans les années 1960, vous avez des entretiens d’une bonne heure où Claude Lévi-Strauss, Raymond Aron ou Michel Foucault (Sartre refusant alors tout passage à la télé) vulgarisent leur savoir sur le mode d’un cours d’université populaire. L’émission s’intitule : Lectures pour tous. Vous y entendez cette chose étonnante : du complexe simplifié : cela reste complexe, subtile, nuancé et c’est pourtant rendu audible.
En revanche, dans les années 1970, vous assistez à deux novations ‘néo-philosphiques’. Les nouveaux philosophes (qu’ils sont jeunes alors !) introduisent le pugilat (Glucksmann contre René Andrieu, le rédacteur en chef de l’Humanité), et le paraître (BHL, habillé en dandy avec son éternelle chemise blanche échancrée). La télé devient alors beaucoup plus « sexy ». Elle peut, selon la belle expression de M. Patrick Lelay, « vendre des parts de cerveau disponibles » aux annonceurs.
Parmi les mauvais esprits dont je viens de parler. Il y a des journalistes. Ces inconscients croient à la possibilité du complexe simplifié, clarifié. Vous les trouvez un peu à la télévision, de préférence sur le cable, un peu plus à la radio, un peu plus dans la presse écrite (et pas seulement nationale).
Ces dangereux personnages doivent être neutralisés. Rassurez vous, on s’y emploie. D’abord, en leur retirant le droit de titrer leurs articles. L’information est trop sérieuse pour être laissée aux journalistes. Des fois qu’ils utilisent les parts de cerveau disponibles qui leur sont confiées pour les provoquer à la réflexion, et non pour les vendre, ces naïfs inconscients ! Ce sont des commerciaux, des agents marketing qui font les titres. Eux au moins ce sont des gens sérieux, pas des mauvais esprits. Et ils savent, ces professionnels, tirer d’un article qui prétend montrer l’ambivalence des choses, le titre bien accrocheur qui les ramène à l’univocité du Bien.
Ensuite, et cela c’est encore plus fun, on peut compter sur la collaboration du lecteur lui-même. Eh oui, en chaque lecteur, se trouve un petit chevalier du Bien qui sommeille, et ne demande qu’à être réveillé, asticoté, titillé. Les gros titres, les infos « sexy », les propos bien unilatéraux, les nouvelles indignatoires (oui, j’assume ce néologismes), les propos matières à émotions consensuelles, nous en raffolons tous. Comment alimenterions nous autrement nos conversations café du commerce ?
Pour être bien ensemble, indignons nous en cœur. Evitons les propos qui fâchent, qui prennent la tête, les « c’est plus compliqué »,… C’est autour du Bien commun que se fabrique de la communion sociale. Et la communion sociale, nous avons tous besoin.
Je n’ai pas encore parlé de l’Arche de Zoé, de Ni Putes ni soumises, etc. Mais dans les ficelles du métier, il y a le suspens. C’est pourquoi, je vous laisse en plan, en espérant vous avoir donné un peu envie de connaître la suite, et donc de revenir sur le Blog dans 8 jours. Pourtant, je ne vends rien, même pas votre cervelle. Mais, contrairement à ce j'ai prétendu au début, moi aussi, je regarde l’audimat de mon Blog, qu’alliez vous imaginer ?
(à suivre).
[1] Car c’était cela le but de la Saint-Barthélemy (Saint Bar-télé my !) populaire : purifier la République, pardon le Royaume de France de la présence sacrilège d’hérétiques impunis : cf. les travaux de Janine Garrisson..
[2] Comme le disait Sartre, quand il était compagnon de route des communistes : "la Vérité est une, l’erreur est multiple : c’est pourquoi on ne saurait être pluraliste." (je cite de mémoire). Eternel argument des orthodoxies de tous poïls.
16:00 Publié dans CONTRE L'OBSCURANTISME | Lien permanent | Commentaires (5) | Envoyer cette note
08/09/2007
POUR UNE APPROCHE LAÏQUE DE LA RELIGION
Les internautes assidus du Blog ont lus, à diverses reprises, dans les Commentaires, des attaques, parfois injurieuses voire calomnieuses, parfois involontairement comiques, me visant. Elles tendaient toutes finalement à me refuser le droit de parler de « laïcité » parce que je suis protestant, ce qui confond laïcité et athéisme et implique une conception antireligieuse de la laïcité.
Je n’ai pas répondu. Mais quelques internautes ont souhaité, sans hargne, en savoir plus, voire que parle un peu de moi et quelqu’un m’a posé la question : « peut-on être rationnel et religieux ? ». je vous ai donc annoncé la semaine dernière une Note sur ce sujet.
J’ai voulu réaliser une Note sans prétention, jetant quelques idées. Le moment me paraissait opportun puis que, comme je l’ai annoncé la semaine dernière, sortent plusieurs livres d’histoire des religions où je suis impliqué :
- une Petite histoire du judaïsme, de Jean Christophe Attias et Esther Benbassa
- une Petite histoire de l’islam, de Mohammad Ali Amir-Moezzi et Pierre Lory,
Toutes deux dans la collection « Petite histoire des religions », dont je suis le directeur, chez Librio (livres de poche à 2 €, cf.www.librio.net)
Et une Histoire du protestantisme, qui est la 6ème édition refondue retravaillée d’un « Que sais-je ? » dont j’ai écrit la 1ère édition en 1987.
De plus je rédige actuellement une Petite histoire du christianisme, qui paraîtra en février 2008 (avec une Petite histoire du bouddhisme de J.-N. Robert), toujours pour Librio.
J’ai donc accablé mon ordinateur de réflexions diverses sur les rapports entre théologie et philosophie, car cela me semblait une introduction indispensable à la question. Mais je me suis pris la tête et, rapidement, j’ai été très insatisfait de ce que je tapais. Trop allusif, trop sommaire, trop ceci, trop cela. Et je n’avais pas le temps de corriger le tir.
Comme, lors d’une intervention à une Rencontre, j’avais parlé (un peu spontanément) d’une approche laïque des religions, j’ai dévié vers ce sujet. Après tout c’est une autre façon de prendre le problème. Comme je suis volontiers ruminant, être rationnel et religieux reviendra certainement un jour ou l’autre dans ce Blog. D’ailleurs, certainement, je reparlerai aussi de l’approche laïque de la religion.
La rencontre en question, organisée par la revue Passages, portait sur les problèmes euro méditerranéens. Le constat du président de séance était que la laïcité se trouvait actuellement mise à mal. J’ai donc commencé par opposer le temps historique au temps politique. Le second tend à borner son horizon à l’avenir prévisible des prochaines années. Le premier se situe à l’échelle de plusieurs décennies, d’un siècle, voire plus. Il perçoit donc un autre horizon.
Quand l’horizon du temps politique semble bouché, il faut délibérément se situer dans le temps historique. Non pour fuir la réalité présente. Mais parce qu’en agissant au niveau du temps historique, on peut créer un autre temps politique.
C’est le pari de Jaurès en 1904-1905. L’Eglise catholique est alors « monarchique » (dit-elle elle-même) dogmatique, rigide. Elle se sent menacée et elle est donc farouchement opposée à la laïcité, à la séparation des Eglises et de l’Etat. Face à cela, le Bloc des gauches mène une guerre laïque, qui ne fait qu’empirer les choses. Jaurès, qui a été (suite à l’affaire Dreyfus) partisan de cette action conflictuelle républicaine, comprend qu’absolutiser la laïcité (on parlais alors de « laïcité intégrale ») entraîne la minoration des questions sociales, alors que (pour lui) les 2 sont inséparables.
Il prône (avec Briand) alors une stratégie qui a une part d’utopie : considérer qu’une séparation libérale, où l’Eglise catholique verra qu’elle peut vivre séparée de l’Etat, permettra à terme une acclimatation du catholicisme à la laïcité. Mais cela implique de réaliser la séparation en bonne part comme si l’Eglise catholique n’était pas dangereuse, comme si elle était déjà presque acclimatée. Bien sûr, sans naïveté : en ayant des gardes fous sur les points clefs de l’ordre démocratique, mais en se montrant très accommodant sur des aspects essentiels pour le catholicisme et, finalement (une fois que l’on a fait un travail critique, déconstruisant sa propre idéologie), secondaire pour la République laïque.
Jaurès s’est situé délibérément dans le temps historique pour débloquer le temps politique, pour pouvoir faire virer le temps politique, de la guerre des deux France à la paix laïque.
Ce n’était pas de l’angélisme. Et, contrairement à ce que croient les néo-républicains actuels, la position que je défends n’est ni naïve ni angélique. Elle correspond, au contraire, à une stratégie bien précise : parler de « laïcité inclusive », c’est dire qu’il faut réussir à isoler les extrémistes religieux, et qu’il faut les rendre peu attractifs.
Cette laïcité inclusive est aussi une laïcité critique : le dit président de séance a rappelé, à juste titre, qu’au moment de la décolonisation il y a eu des courants laïques importants au Moyen-Orient. Mais ces courants laïques, ne l’étaient-ils pas que partiellement, car ils n’étaient pas toujours (loin de là), et c’est un euphémisme, des courants démocratiques. Cela a été le problème du Baas irakien qui protégeait les minorités chrétiennes mais persécutait la majorité chiite. Et c’est le problème, aujourd’hui encore, les laïques kémalistes turcs.
A partir du moment où l’on dit que la laïcité n’est pas une anti ou une contre religion, il faut en tirer les conséquences. Il faut cesser de confondre laïcité et religion civile à la Rousseau. Le philosophe l’a clairement dit : une religion civile a ses « dogmes », même s’ils ne portent pas sur l’au-delà, mais sur la manière de faire société. Il s’agit de « dogmes » dans la mesure où ce sont (plus ou moins) des croyances sociales imposées.
On n’échappe pas facilement à la religion civile dans la mesure où aucune société n’est une simple juxtaposition d’individus et que le lien social a toujours ses contraintes. La société cherche toujours à sacraliser le lien social (Durkheim l’a magnifiquement vu, mais l’a trop accepté). C’est une condition de cohérence et de stabilité.
Qu’il y ait de la religion civile dans une société démocratique n’a rien de honteux. Mais il fait partie du cahier des charges de la laïcité que la religion civile ne se transforme pas en religion religieuse, si je puis dire. En religion politique. Il faut maintenir, dans la religion civile, la tension entre les 2 termes. Autrement dit, les valeurs sur lesquelles se fonde la société doivent être des valeurs partagées et non des valeurs communes.
La nuance peut apparaître subtile, elle est importante. Les règles sont communes (style le Code de la route). On doit les appliquer telles quelles. Les valeurs partagées doivent toujours être objet de réflexivité et de débat.
Un philosophe laïque, lors d’une table ronde, a cru me réfuter en disant que la laïcité n’avait pas à changer car elle était une facette de la liberté qui avait toujours le même contenu. Je me demande franchement s’il ne s’est pas rendu compte qu’il disait une bêtise au moment même où il s’exprimait (cela arrive à des gens très bien : bibi par exemple !). En tout cas je n’ai eu aucune peine à montrer que l’on ne se représentait la liberté de la même manière il y a 100 ans et aujourd’hui.
Et aujourd’hui où l’on met en avant la notion de dignité de l’être humain, il devrait avoir un débat beaucoup plus explicite sur ce qu’implique cette valeur partagée.
De même, l’égalité femme-homme est une valeur partagée. Sa représentation doit être objet de débat. Une interprétation univoque ne doit pas être imposée comme obligatoire. Pour prendre l’exemple du débat sur la parité, on a bien vu alors 2 conceptions de l’égalité femme-homme s’affronter, entre les adversaires (néo-républicains) et les partisans de la parité. La loi sur la parité est devenue règle commune ; mais la parité ne doit pas s’imposer comme valeur commune pour autant. Personnellement j’y suis favorable ; mais j’estime aussi que les arguments des adversaires de la parité ne sont pas sans valeur et qu’il ne faut pas les oublier dans la mise en œuvre même de la parité.
Autrement dit, la laïcité se distingue de la religion civile en estimant que les valeurs fondatrices du lien social ne doivent pas être des « dogmes » et que l’instauration de règles communes ne clôt pas le débat. Débat, contestation, réinterprétation, mise en lumière de paradoxes, de contradictions, d’impensés sont nécessaires pour ne pas rigidifier la réalité sociale, aboutir à une religion sociale implicite.
Durkheim a eu raison comme sociologue en montrant le mouvement de constitution même de la société comme mouvement de sacralisation. Il a eu tort comme laïque de légitimer ce mouvement, et de ne pas indiquer qu’une désacralisation était également nécessaire. Il a d’ailleurs eu tort comme sociologue aussi, car chaque société a peu ou prou ses hérétiques, et c’est grâce à eux qu’elle peut changer. La laïcité commence peut-être quand on ne brûle plus les hérétiques !
Tel est aussi le paradoxe démocratique : des valeurs fondatrices, mais toujours soumise à la réflexivité et au débat.
Il en est de même de la laïcité. C’est pourquoi, il faut rechercher une laïcité roseau et non une laïcité chêne. Jean de la Fontaine l’avait déjà compris : le roseau affronte mieux la tempête que le chêne. Mais, dans un premier temps, le chêne impressionne et le roseau est objet de condescendance ou de mépris.
D’un point de vue laïque, non seulement la laïcité change, mais les religions changent aussi. Change également la manière de se les représenter. L’approche laïque des religion doit rompre avec tout essentialisme : ne pas considérer un islam éternel, un christianisme éternel, un bouddhisme éternel, etc.
Je tiens à insister sur le double aspect : changement de la religion ; changement de la représentation de la religion. Il y a un siècle, ou un peu plus (temps historique !), la représentation dominante de l’islam et du christianisme chez les laïques était l’inverse de ce qu’elle est aujourd’hui.
Alors, on considérait l’islam comme moins intolérant que le christianisme (les Eglises chrétiennes ‘dissidentes’ -nestoriennes ou monophysites- du Proche Orient ont accueilli l’arrivée des musulmans avec soulagement car ils étaient persécutés par l’Empire chrétien byzantin ; la présence de minorités juives et chrétiennes dans l’Empire ottoman était mise en contraste avec l’Inquisition) ; moins obscurantiste (la sobriété dogmatique de l’islam était mise en contraste avec les dogmes chrétiens et notamment catholiques) et plus laïque, moins clérical (on disait : « l’islam ignore le clergé », versus la hiérarchie catholique romaine). Celui-ci tiendrait un tel discours aujourd’hui ne serait pas socialement crédible, en France en tout cas.
Aujourd’hui, il n'existe pratiquement pas de conférence sur la laïcité dans ce pays sans que l’on vous sorte le stéréotype (enfin dans 100 ans, ou même moins, ce propos sera considéré comme tel, j’en prends le pari !) de l’islam « qui ignore la distinction du temporel et du spirituel » alors que le christianisme l’aurait intégré dés le début (« rendez à César… »). Outre que n’importe quel spécialiste de l’islam vous dit qu’on ne peut résumer ainsi les rapports du politique et du religieux qui ont d’ailleurs varié, on oublie que pendant des siècles le christianisme latin dominant était pour la suprématie du spirituel sur le temporel.
Mais ce propos traîne quand même partout et imprègne les mentalités.
Ces représentations parlent plus de ceux qui les expriment que de réalités objectives. Mettre en avant les avantages de l’islam était une manière, il y a un siècle ou plus, de mieux enfoncer l’adversaire principal : le catholicisme. Mettre aujourd’hui en contraste islam et christianisme dans leurs rapports avec le politique, est une façon de justifier une laïcité à deux vitesses, douce pour le christianisme (en tout les Eglises issues des ex « cultes reconnus », pas les protestants évangéliques ou les petites Eglises catholiques dissidentes), plus dure pour l’islam (en résumant les choses).
Ce n’est en rien une approche laïque de la religion, qui doit être une démarche de connaissance, et donc de sortie de soi. C’est prendre une distance critique avec la manière dont légitime un combat ou une situation établit en prétendant qu’elle correspond à une réalité transhistorique. Le christianisme était par essence et donc pour l’éternité intolérant, obscurantiste, clérical pour certains militants laïques de la fin du XIXe ; l’islam et par essence et éternellement ignorant de la « distinction temporel-spirituel » pour beaucoup de gens aujourd’hui, qui se croient laïques.
Entre nous, d’ailleurs, la laïcité est autre chose que la distinction temporel-spirituel (je l’explique dans mon Que sais-je ? sur Les laïcités dans le monde, et je vous y renvoie).
Un enseignement laïque sur les religion à l’école ne serait pas une pure démarche de connaissance mais aurait aussi une vocation pédagogique, me direz-vous. OK, la vulgarisation également possède ce double aspect. Et pour terminer cette Note (mais pas le sujet ; j’en suis qu’au 2ème point, et il y en avait 6 dans mon exposé), je vous livre -naturellement en exclusivité mondiale comme d’hab (petits veinards !- la version actuelle (provisoirement définitive donc) d’une partie de la préface de la Petite histoire du christianisme que je suis en train d’écrire.
Voila le (futur) chef d’œuvre :
« (…) Enfin, le troisième défi, le plus important est que, si l’histoire du christianisme intéresse des femmes et des hommes de toutes convictions, chaque être humain l’aborde avec ses convictions. L’historien doit, lui, pratiquer un « agnosticisme méthodologique ». Que signifie cette expression ? Simplement que, dans son approche, l’historien n’a pas à se soucier de savoir si le christianisme «est « vrai » ou « faux », exactement comme un médecin qui examine un accidenté de la route n’a pas à se demander s’il s’agit d’une personne qui a provoqué un accident ou qui est la victime d’un chauffard.
Cet « agnosticisme méthodologique » est la condition indispensable pour qu’une histoire, même largement vulgarisée, garde un aspect scientifique. Elle permet aussi de s’adresser à tous et de proposer à chacun de mieux comprendre l’autre.
Le pari que nous avons fait en écrivant ce livre serait gagné si cet objectif était atteint. Nous voudrions que les lecteurs chrétiens de l’ouvrage comprennent mieux, en le lisant, l’existence de l’anticléricalisme ; les lecteurs athées, ou d’autres religions, pourquoi certains de leurs contemporains sont chrétiens. De même, nous souhaitons que les lecteurs catholiques comprennent que la doctrine de la prédestination a ses raisons et les lecteurs protestants que le purgatoire ou la piété mariale ont un sens ; aux uns et aux autres, nous voudrions rappeler que le christianisme orthodoxe a continué sa vitalité après le XI° siècle. (…) »
(à suivre)
12:15 Publié dans CONTRE L'OBSCURANTISME | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note
01/02/2007
LES CHEVALIERS DU BIEN.... ETEIGNENT LES LUMIERES
D’abord voici la rencontre à laquelle vous êtes cordialement convié(e), si votre lieu d’habitation et votre emploi du temps vous permet de venir :
entre universalité et lutte
contre les discriminations.
Colloque organisé par Passages à
L’Institut Hongrois (92 rue Bonaparte, 75006 Paris)
Le Lundi 5 février 2007
De 14h30 à 18h00.
Depuis la chute du mur de Berlin, on assiste à un renouveau de la référence à un universel républicain en même temps qu’à la laïcité prise comme une exception française. L’ouvrage de Jean Baubérot, « L’intégrisme républicain contre la laïcité » (éditions de l’Aube) relance le débat historique et contemporain en mettant en cause une certaine instrumentalisation de ces références.
Doit-on y voir une raison du retard français dans la lutte contre les discriminations ? Pour y répondre, nous avons invité des personnalités exprimant différents points de vue intellectuels et politiques.
Intervenants:
§ Jean BAUBEROT, Président honoraire de l’Ecole Pratique des Hautes Etudes et titulaire de la chaire « Histoire et sociologie de la laïcité » à l’EPHE.
§ Régis DEBRAY, Professeur à l’Université Jean Moulin de Lyon
§ Chantal DELSOL, Philosophe, Universitaire
§ Jean-Paul DURAND, Doyen de la Faculté de Droit Canonique
§ Chris LAROCHE


