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28/08/2011

Pour une laïcité médiatique: méfiez-vous de la saison trois de "L'affaire DSK".

Je ne sais si je suis féministe, j’aurais trop peur, en prétendant l’être, de me faire illusion sur moi-même. Mais l’aboutissement (certes peut-être provisoire vu la plainte déposée en France) de l’affaire DSK me laisse un goût un peu amère. Car je ne suis pas du tout  sûr que ce qui s’est dit, à cette occasion, ait été énoncé assez fort pour faire partie désormais de la culture commune.

Je ne reviens pas sur les faits eux-mêmes. Je crois que tous les internautes qui surfent sur ce Blog auront compris qu’une relation sexuelle aussi rapide, entre deux personnes qui ne se connaissaient pas auparavant, et au vu de ce qui a été médicalement constaté ensuite, a vraiment fort peu de ‘chance’ d’avoir été une relation consentie.

Mais cela, nous nous en doutions depuis le début, non?

 Plus neuf, sans doute, a été ce qui a été dit lors de quelques émissions télévisées (C dans l’air, etc) sur l’état de sidération dans lequel  le viol met sa victime, et l’incapacité dans laquelle elle se trouve ensuite de présenter les faits tels qu’ils se sont passés. Cela a pu jouer dans l’affaire du Sofitel. Cela joue, de toute façon, dans beaucoup de cas.

 Je savais un certain nombre de choses sur le viol, notamment la difficulté des victimes, dans bien des cas, de pouvoir prouver l’agression qu’elles ont subie, j’avais aussi une idée de l’aspect humiliant des vérifications qui doivent être faites,… en conséquence le faible pourcentage des plaintes, et le pourcentage encore plus faible des condamnations n’est pas pour m’étonner.

 En revanche, je n’avais pas vraiment conscience (et je ne dois pas être le seul, loin de là) du trouble que le viol induit souvent dans la mémoire elle-même. Et de l’handicap supplémentaire qui en résulte pour les victimes. Celles-ci ne vont pas être crues, puisqu’elles vont varier dans leur récit, ne seront pas en mesure de donner des indications totalement cohérentes.  Deux logiques divergentes vont jouer : celle liée au  vécu des victimes et celle de l’institution judiciaire.

 Mais, rappelez-vous, l’affaire DSK, a été également l’occasion d’apprendre des choses, notamment sur le machisme parlementaire (j’ai consacré une note à ce sujet, à partir d’un enquête du Parisien-Aujourd’hui en France)

 Pour moi, comme pour beaucoup  d’autres, l’affaire DSK aura donc été l’occasion d’en savoir plus sur le crime de viol. Mais aussi d’avoir mon attention, et donc un peu de réflexion, fixée sur les spécificités de ce crime.  C’est important car si nous savons, en fait, énormément de choses, nos différents savoirs ne sont pas du même ordre. Dans la société dans laquelle nous vivons, le rapport le savoir que nous possédons a tendance à être élastique. Je veux indiquer par cette métaphore,  deux types divergents de savoirs par rapport à notre vie concrète, que  la société dominante tire au maximum pour les éloigner l’un de l’autre.

 Le premier est un rapport froid au savoir, au niveau collectif s’entend (je ne parle pas ici des militant-e-s de la cause des femmes, ou d’autres causes). Exemple de ce rapport froid : depuis longtemps, savoir que le nombre de viols réprimés est petit par rapport au nombre de viols commis, comme savoir, depuis longtemps,  que les médicaments ont des effets secondaires indésirables, etc. Que l’un et l’autre font de nombreuses victimes.

 Mais tant que vous n’êtes pas touchés, qu’un de vos proches n’en est pas victime, vous n’y accordez qu’une attention assez distraite. On ne peut vivre en se préoccupant, à chaque instant, de toutes les blessures du monde. Ce savoir-là est donc habituellement en sommeil, savoir passif logé dans un petit coin de votre cerveau. Il a peu d’incidence sur votre vie quotidienne, votre vie sociale. C’est donc aussi un savoir atrophié.

 Et puis, existe un savoir chaud,  un savoir activé pourrait-on dire. Un aspect de la réalité sociale où la communication de masse attire en boucle, de façon constante, votre attention.  Et elle le fait de telle manière que vous ne pouvez qu’en être imprégné, qu’accorder de l’importance à cette question, quelle que soit la position que vous prenez, et l’importance réelle que personnellement vous lui accordez. Ainsi depuis des années, on  nous bassine avec les femmes trop vêtues (trop, par rapport aux critères de la consommation de masse). On fait un problème obsédant de ce qui pourrait n’être qu’un aspect du pluralisme vestimentaire des sociétés modernes. On tente de vous duper.

 Mais, bien sûr, il y a des savoirs activés de façon quasi permanente qui correspondent à des questions plus importantes : les crises économiques et financières, les problèmes de réchauffement climatique, d’épuisement de l’énergie fossile, etc. Même là, il faut être très attentif à la façon dont vous présente les choses, pour ne pas être dupé.

 Parfois, il faut une affaire : DSK, le Médiator,… pour qu’un savoir froid puisse devenir un savoir activé,  passer d’un bout à l’autre de l’élastique. Nous sommes tous devenus fondamentalement des médiaspectateurs. Nous appréhendons le réel principalement à travers un médiaspectacle. C’est cela qui retient notre attention, et qui imprègne beaucoup de nos réflexions.

 Il y aurait beaucoup à dire, sur la construction médiatique de ces affaires. Pour l’affaire DSK, j’ai relevé (avec d’autres) à quel point elle ressemble à une série télé, qui, tel le Zorro de la chanson d’Henri Salvador, passerait en  même temps sur toutes les chaînes. Et je ne suis pas contre le fait que qu’on l’ait, à un certain niveau, vécu ainsi. A plusieurs reprises, j’ai tenté d’expliquer dans ce Blog que le fun, l’amusement superficiel, font aussi partie de la vie. L’important c’est que le fun ne devienne pas votre maître. Que l’amusement superficiel joue dans votre existence le rôle nécessaire du repos, sans nuire à l’indispensable travail que demande une réflexion un peu personnelle.

 Et, dans l’affaire DSK, comme dans d’autres, le problème essentiel est que l’attention que l'événement a permis sur le crime de viol  risque de n’être que temporaire (sur les femmes dites trop habillées, on s’arrange pour que cela soit d’actualité de façon quasi permanente). On peut toujours se demander alors  si le savoir ne va pas redevenir désactivé, vite fait.

 Un savoir sagement rangé dans un petit placard, pour ne pas troubler notre quiétude. La vie reprend son cours, n’est-ce pas ! Et pour qu’elle puisse reprendre son cours COMME AVANT (là est le piège),  on déplace la question. C’est ce qui est en train de se passer avec l’affaire DSK : depuis 3, 4 jours, l’attention médiatique s’est déplacée. Le problème n’est plus de savoir s’il y a eu viol et ce que cela signifie, mais de savoir quels vont être les effets du retour de DSK en France sur la campagne électorale, et notamment si ce retour va gêner les socialistes.

 La série télé, « L’affaire DSK » a eu comme saison 1 : Il est coupable ; comme saison 2 : La victime a menti. Et maintenant, la saison 3, c’est : Le retour de DSK ou DSK : le retour, comme vous voulez. Ce feuilleton va passer en différents épisodes, toute l’année 2011-2012. Profitez des rebondissements de l’action ,si vous le souhaitez, mais méfiez-vous d’un acquiescement au premier degré de ce que l’on vous fera voir.

 Je ne dis pas que cet aspect des choses (DSK comme trublion de la campagne électorale) soit négligeable (on peut compter sur Sarkozy pour tout faire pour l’exploiter au maximum). Je dis seulement que, comme des moutons de Panurge, nous sommes en train de suivre la voie que l’on nous trace : ne plus avoir la préoccupation active du viol, pour  fixer  notre attention sur les conséquences de l’affaire quant à l’échéance présidentielle. Or le second aspect ne doit surtout  pas nous faire oublier le premier. Il doit y avoir un avant et un après DSK. Tout ce que nous avons appris alors, tout ce qui a été dévoilé et se trouve habituellement masqué, doit désormais faire partie de notre mémoire. Sinon la superficialité nous gouverne.

Sinon, nous sommes sous l’emprise d’un cléricalisme médiatique. Nous ne vivons pas la laïcité dans notre vie quotidienne. Car, comme l’écrit Claude Nicolet (L’idée républicaine, p. 499 ss.), la laïcité est « à la fois une institution collective (c'est-à-dire une organisation de l’Etat…) et une ascèse individuelle, une conquête de soi sur soi-même ».  Il faut lutter « au plus intime de la conscience », contre tout ce qui incite au « renoncement à avoir une opinion à soi (…) pour se fier à une vérité toute faite ».

 C’est ce que Nicolet nomme la laïcité intérieure. Mais on pourrait parler aussi de laïcité face au cléricalisme médiatique, pour mieux montrer l'interaction de l’individuel et du social. Nicolet parle d’ascèse et de renoncement. Je serais plus dialectique : non seulement cela n’empêche pas d’avoir le droit, de temps à autre, à la superficialité (c’est pour cela aussi que je vous ai parlé de Lady Gaga !), mais sachez que dans la « conquête » d’une pensée personnelle, se niche aussi beaucoup de plaisir.

D'ailleurs, vous avez certainement l'expérience d'une telle jouissance. L'éprouver de plus en plus est tout le mal que je vous souhaite.

 

 

 

 

 

 

 

20/08/2011

Le monstre doux: La redif. de l'été!

De quoi parler cette semaine, se demande de Baubérot de votre coeur?

Ce ne sont pas les sujets qui manquent entre le pape qui s'aperçoit que la laïcité n'est pas une "exception française", malgré ce que lui avait indiqué un philosphe rrrrépublicain; Bachar qui continue à réprimer à tout va, la crise financière qui devient critique (c'est bien le moins pour une crise!), etc, etc.

Mais voilà, je suis en plein dans la rédaction d'un nouveau livre et j'ai envie de laisser le pape à son destin (s'il avait lu et suivi mon interview imaginaire,...), le despote à sa chute (du moins on espère), et les milliardaires à leurs paradis fiscaux.

J'ai trouvé mieux: faire comme le service public de radio-télé: une rediff! Oui la rediff d'une Note dont je suis assez content (toujours modeste, avec ça) parce qu'elle a été écrite avant les Révolutions arabes et que celles-ci ont montré la validité de mon "dialectisons camarade" et des "réstances multiformes" annoncée (elles ont même utilisées les nouvelles technologies!), bref, pour l'essentiel, je suis toujours d'accord avec ce que j'ai écrit il y a un an (je signalerai juste un point d'évolution au passage). Et je trouve utile de réattirer l'attention sur l'ouvrage de Simone, au moment où la camapagne électorale prend ses marques.

(comme quoi, on trouve toujours à se justifier à postériori!!!)

Sauf imprévu qui m'inspire, la prochaine Note sera consacrée à un ouvrage très important de l'anthropologue américain John Bowen, L'islam à la française, qui va paraître le 24 août aux éditions Steinkis.

En attentant, voilà la rediff:

Le monstre doux, L’Occident vire-t-il à droite ?  de Raffaele. Simone (Gallimard, 2010)

La perspective de Simone consiste à analyser les conséquences du développement d’une culture globale de masse « despotique », désormais au pouvoir dans les démocraties occidentales. Il lui applique la prévision faite par Tocqueville :

 « Si le despotisme venait à s’établir chez les nations démocratiques (…), il serait plus étendu et plus doux, et il dégraderait les hommes sans les tourmenter. »

Pour Simone, on y est : nous nous enfonçons de plus en plus dans les mailles du filet d’un « despotisme culturel moderne » où la politique, l’économie et la guerre s’effectuent à travers une « culture de masse, gouvernant les goûts, les consommations, les plaisirs, les désirs et les passe-temps, les concepts et les représentations, les passions et le mode d’imagination des gens

Le Monstre doux est un nouveau souverain absolu ne dominant plus les humains de façon sacrale, verticale, mais capable de se placer «à côté de chacun d’eux pour le régenter et le conduire » (Tocqueville). Ce souverain absolu, précise Simone, est une « entité immatérielle et invisible » constituée « par tout ce qui gouverne la culture de masse de la planète. »

Il dégrade les humains sans les faire souffrir et « ne brise pas les volontés mais les amollit, les plie et les dirige » (Tocqueville, toujours).

Actuellement en Occident, nous dit Simone, « d’énormes masses dirigées de façon [politiquement] diverse sont conduites à une consommation incessante (…), à la bonne humeur et au fun forcé (…), à la soumission parfaite plutôt qu’à la pratique de la liberté. » A part la « soumission parfaite » (j’y reviendrai), je pense que ce diagnostic est pertinent. Simone est loin d’être le seul à le faire mais, nous allons le voir, il le systématise. Surtout, au lieu de relier cela très vite (comme le font des analyses de gôche classiques) à une domination économique capitaliste, sans nier le lien, Simone explore la consistance propre de cette domination culturelle.

Il ne la traite pas en superstructure, mais en structure aussi importante que le politique et l’économique et dans une relation d’interaction avec eux.

Retenons, pour le moment une originalité : se situant dans la filiation de Tocqueville et de la philosophie politique libérale, il envisage cela comme un pouvoir absolu (donc indu), une sorte de nouveau totalitarisme. Car il ne faut pas se tromper d’époque : certes il existe des hiérarchies verticales, des dominations dues à des traditions, des institutions, des leaders charismatiques, mais ces dominations sont de plus en plus surdéterminées par une domination d’un nouveau type et que beaucoup ne veulent pas vraiment voir : le « mimétisme social ». Prolongeant et articulant ensemble des études plus spécialisées, l’analyse de Simone comporte différents paramètres

ndiquons en deux :

Le «temps libre » comme « temps captif » où il n’existe plus guère (Simone écrit « aucun ») d’espace « qui ne soit pénétré par un facteur de fun spectaculaire qui peut être représenté par une variété d’objets, typiquement par un écran. » Différents lieux (villes, sites naturels, réserves, pays même) se trouvent transformés de façon à accueillir des touristes et des « non-lieux » sont créés comme espaces de sociabilité-consommation. Il est fait violence à la nature, « au nom du fitness et du fun. »

Un autre paramètre est l’affaiblissement entre la « réalité » et la « fiction » : ainsi guerres et catastrophes peuvent être vues comme des spectacles. Elles tuent ceux qui s’y trouvent, mais « ne font pas de mal à celui qui les regarde », sauf… une transformation insidieuse de sa personne.

Dans son ouvrage sur La société du spectacle (écrit en 1967 !) Guy Debord avait déjà émit l’idée que l’ubiquité des images transforme les choses en ‘choses-à-voir’ :« La réalité surgit dans le spectacle, et le spectacle est réel (…). Dans le monde réellement renversé, le vrai est un moment du faux. »

Et Debord de conclure par une hypothèse dont on a pas finit de percevoir la pertinence : «Le spectacle est l’idéologie par excellence. » Simone actualise le propos : « la propension à se faire-voir, à se-faire-regarder (…) augmente démesurément avec le développement du paradigme de la caméra ubiquiste. » L’exacerbation du voir, la multiplication des écrans, qui de plus en plus peuvent nous accompagner partout, la « spectaculaire dilatation de la vision » et « l’inondation de technologies de la vision » induit une modification de l’éthologie et de l’écologie modernes.

 Au passage, Simone montre qu’Hannah Arendt s’est trompée quand elle a écrit que la vision « instaure une distance de sécurité entre sujet et objet. » Il se développe maintenant une « techno-vision » qui annihile tout « effort d’interprétation » et aboutit à une « herméneutique de degré zéro ».  Des événements et des faits sont produits « à la seule fin de les faire voir »  On aboutit à des « communateurs ontologiques ».

C’est dans ce contexte que la gauche occidentale « s’édulcore avant de fondre » (cf ; le sous titre « L’Occident vire à droite »). Elle a considéré la culture de masse « comme marginale » par rapport à ce qu’elle a présupposé être le « vrai pouvoir » : le pouvoir politique et le pouvoir économique. De plus en plus aujourd’hui, elle doit passer sous les fourches caudines de ce « despotisme culturel ».

 Tout cela est passionnant. Je ne peux, pour ma part, que boire du petit lait car Simone analyse magnifiquement ce que j’avait tenté de dire, malhabilement, à Claude Lefort, en 1996, et que celui-ci, tout bon philosophe qu’il était, avait, abruptement, refusé d’entendre (cf. la Note du 7 octobre sur la mort de Claude Lefort). Ce n’est pas pour rien qu’une catégorie du Blog depuis sa création s’intitule « La douceur totalitaire », c’est donc une perspective dans laquelle je m’inscris.

Pourtant j’ai trouvé aussi cet ouvrage quelque peu énervant pour une raison de forme et une autre de fond.

La raison de forme peut décourager la lecture : il faut attendre 80 pages pour que le livre prenne vraiment son envol : les 1érs chapitres sont consacrés à une évaluation du déclin de la gauche et de la montée d’une nouvelle droite.

Certes, les considérations sur l’Italie sont bienvenues : Berlusconi et l’évolution de la situation italiennes sont effectivement typiques des aspects politiques du « Monstre doux » ; Mais il y a aussi des généralisations hasardeuses et parfois carrément hors sujet.

 [ajout de 2011: c'est peut-être là que j'ai un peu changé: si je relisais l'ouvrage maintenant, je me poserai davantage la question: Simone n'a-t-il pas raison en indiquant que la gauche se renie elle-même en en cédant trop au "monstre doux"?]

La raison de fond est plus intéressante. Un livre qui vous donnerait entière satisfaction serait dangereux, tel un cobra qui vous fascine. Un léger énervement est, au contraire, productif, puisqu’on se dit : pourquoi ne suis-je pas complètement d’accord ? Comme toujours quand on construit une problématique neuve, quand on décrypte et dénonce à la fois, Simone accentue parfois le trait, se montre quelque peu unilatéral. Dialectisons, camarades, dialectisons !

Nous allons envisager 2 points : le conflit, la réalité. Simone ne parle pas du conflit, le prend-il en compte ? Il ne l’ignore pas, au niveau de la planète et a quelques pages fortes sur l’enjeu que représente la représentation du corps des femmes.

« Le corps féminin, en Occident, nous dit-il, est l’emblème des choses-à-voir » et « son exhibition continue et sans retenue constitue l’un des pivots de la modernité du Monstre doux », alors que c’est le contraire dans la « culture islamique ».

Mais, à le lire, l’Occident apparaît comme un espace où le conflit a été structurellement évacué. Le Monstre doux règnerait sans partage.

Pourquoi ? Parce que, si on suit Simone, ce Monstre doux aurait capté la réalité dans le fictionnel, qui serait, à la fois, du « fictif » et du « faux »: « Le réel se déréalise de plus en plus en une sorte de sinistre jeu vidéo généralisé, son ossature se décalcifie dans une sorte d’ostéoporose ontologique »

Il est possible de contester Simone par Simone lui-même : en effet, il nous affirme aussi (parlant de l’hypertrophie du voir) : « L’œil est un organe sectoriel » Il « permet, en isolant le contexte extérieur de la chose-vue, de faire comme ce dernier n’existait pas ». De même « l’objectif cadre, en ignorant le reste. »

 OK, mais cela signifie précisément que la caméra ubiquiste cadre, isole, hypertrophie un pan de la réalité pour la mettre en scène comme actualité, en ignorant le reste de la réalité. Ce reste disparaît du champ de vision, mais existe néanmoins, et peut même s’avérer boomerang !

 Pour dire les choses autrement : la réalité publique est effectivement phagocytée par la caméra ubiquiste, la réalité privée existe toujours, avec ses joies, ses routines, sa dureté, sa cruauté parfois.

 Vous me direz : mais non, la camera ubiquiste abolit, au contraire, la frontière public-privé. Je ne suis pas d’accord : elle peut rendre tout à coup public quelque chose qui était privé, en le transformant en « fait d’actualité » par une mise en scène, ce qui est bien différent. Il me semble qu’en fait le Monstre doux a privatisé la réalité : il n’existe plus de réalité publique car, la réalité publique, c’est « l’actualité ».

 Et l’actualité, ce n’est pas la réalité : elle doit, effectivement être fun, « sexy », spectaculaire, « simplifiée » (en fait déformée), bref obéir aux lois de la chose-à-voir, et non plus à celles du réel.

 C’est pourquoi, je m’intéresse à l’actualité, représentation collective dominante de notre société, mais je n’en crois rien. Ou du moins je m’efforce d’en croire le moins possible.

 Plus je suis agnostique par rapport à l’actualité, plus je me libère. Même si, comme l’écrit Simone : « La liberté est coûteuse »,  Et comme la culture a horreur du vide, tenter de me libérer me conduit à travailler beaucoup pour pouvoir percevoir, interpréter, décrypter, un petit pan de réalité, de cette réalité privatisée et médiatiquement invisible. Ne pas être dupe.

Le conflit n’est pas absent, il s’est dédoublé. D’un côté il s’est déréalisé dans la mise en scène qu’opère sa médiatisation. On s’exprime, on défile, on se bat, on négocie en fonction de la caméra qui filme et enregistre. Et cela fait spectacle.

Mais restent tous les aspects conflictuels de la réalité privatisée, celle que l’objectif n’a pas cadré. La réalité n’est pas abolie pour autant, car si elle n’existe pas dans l’instant médiatique, elle a des conséquences dans le temps historique.

Bien sûr, encore une fois, toute réalité est susceptible de se muter, se déréaliser en actualité : l’ipod met à la portée de beaucoup cette transsubstantiation cathodique. Mais la réalité est inépuisable, elle déborde de partout. Et puisqu’on cadre, on en laisse toujours plus que l’on en saisit.

La morale de cette histoire est à la fois pessimiste et optimiste.

 Pessimiste, car effectivement, des décideurs politiques aux simples individus, la tendance dominante est de se conduire selon l’actualité et non selon la réalité. C’est pourquoi personne ne maîtrise plus grand-chose.

Optimiste, car, aussi gourmand soit-il, le Monstre doux ne peut digérer toute la réalité et donc, comme les autres totalitarismes, on peut raisonnablement espérer qu’il se heurte, et se heurtera, à des résistances multiformes.

 

 

 

 

 

 

13/08/2011

Brêves de comptoir... laïques

Aller, c'est l'été, laissez-vous aller... C'est une  valse? Non ce sont les brêves de comptoir du Blog.

La société de la com. de masse favorise les personnes qui pêtent plus haut que leur QI.

L’ignorance partagée permet d’éviter le ridicule (cf. les idioties sur la laïcité, entre autres).

On ne dit plus des sourds, mais des mal-entendants ; on ne dit plus des aveugles mais des mal-voyants, alors pourquoi dit-on encore des « philosophes républicains » au lieu de dire des mal-comprenants ?

Sarkozy a réussi le prodige de nous faire regretter Chirac. Pitié ! J’espère que jamais  nous aurons Copé qui nous ferait regretter Sarkozy

(Brève de comptoir entre intellos) : « T’as tout faux dans ton dernier article sur Ricœur. Si t’avais écouté le discours de Sarko à l’inauguration du fond Ricœur, t’saurais que ce dernier « a fait sa thèse sur le philosophe Hursell » (authentique). J’te parie que tu ne connais même pas ce philosophe. C’est pourtant un phénomène ! »

Monsieur Pichu fait les courses du ménage (c’est un « souchien » donc, par définition quelqu’un de très émancipé, féministe, et tout et tout) et il discute, à son retour, avec Madame Michu : « Figurez-vous que j’avais trouvé un très bon boucher. Il vend de la viande hallal qui est excellente et pas chère. Mais voilà, je viens je viens d’apprendre que ce boucher est musulman ! »  

Déclaration presque pas imaginaire de François Fillon : « je suis un incompris, ma déclaration contre Eva Joly, le 14 juillet, mon attaque contre une Française d’origine norvégienne, c’était juste pour mettre de l’égalité dans la xénophobie ».

Si Ségolène Royal avait été élue, en 2007, qui aurait gardé les gosses demandait Fabius ?  Si jamais  Martine Aubry est élue en 2012,  Fabius sera-t-il la première dame ?

 Pour l’UMP une femme ne peut porter un foulard lors des sorties scolaires, alors que dans les années 1950, peu après que la laïcité ait été mise dans la Constitution,  le chanoine Kir siégeait en soutane à l’Assemblée Nationale ? Oui, mais c’était un chanoine. C’était donc déjà un hommage à Sarkozy ! (Chanoine du Latran NDLR)

Pour Rousseau, l’homme  est naturellement bon et c’est la société qui le corrompt, pour le Baubérot de votre cœur, l’être humain est virtuellement intelligent, mais la société exige de lui d’être un peu con(formiste).

Et, pour finir en beauté, cette déclaration presque pas imaginaire de Marine Le Pen : "Désormais, dans le FN recentré,  tous les être humains sont frères et  il est formellement  interdit d’être raciste envers ses frères inférieurs. »

 

 PS plus sérieux: Lutter pour le droit de mourir dans la dignité ne signifie nullement vouloir qu'un médecin tout seul puisse décider de la vie et de la mort des gens malades et très âgés. C'est précisément l'absence de loi satisfaisante qui favorise ce genre de pratique délictueuse.

 

 

 

 

 

07/08/2011

Benoît-ï-Lama XVI sépare le temporel et le spirituel

Vous êtes de plus en plus d’amoureux du Blog (on peut fantasmer !) : juillet est d’habitude un « mauvais » mois pour sa fréquentation, pour cause de plages et de bronzettes. Eh bien, les chiffres parlent, comme disent les « experts » (pas Miami) : 4034 visites en juillet 2009, 9031 en juillet 2010 et 14678 en juillet 2011.

Vous connaissez les « Interviews presque imaginaires » du Canard Enchainé. N’ayant rien à ajouter  que vous ne sachiez déjà sur les sujets graves qui font l’actualité actuellement (dramatique répression en Syrie ; enlisement en Lybie : Bravo BHL d’avoir entraîné la France dans cette galère !; capitalisme financier qui poursuit sa chute et nous entraine avec lui;…), j’ai décidé de copier honteusement le Canard, et de vous livrer l’interview imaginaire de Benoît-ï-lama XVI.

Comme le chantait autrefois la belle Françoise Hardy (eh oui, mes goûts musicaux ne se limitent pas à Lady Gaga, même si c’est elle la plus gaga-i-ssime ![1]) : « Etonnez-moi, Benoît ». Il nous a effectivement étonnés ! Jugez plutôt:

Le Monde (mardi 2 août) a interviewé le dalaï-lama  qui a décidé de « séparer les fonctions de chef politique et de dirigeant religieux tibétain » et de ne  conserver que la dernière.

 Eh bien, pour ne pas être en reste Benoît-ï-lama XVIa décidé de faire pareil. « Il est temps que je prenne ma retraite politique pour ne plus être qu’un chef spirituel » a déclaré  le saint Père à l’envoyé spécial permanent du Blog au Saint-Siège.

Mais au-delà de votre personne, vous bouleversez l’institution catholique ?

Benoît-ï-lama XVI : Je l’espère bien. Il s’agit pour moi de mettre un terme à une institution qui date du VIIIe siècle, quand Pépin-le-Bref a délivré Rome des Lombards, et a attribué au pape d’alors, Zacharie, les territoires conquis[2].

Ce fut une double erreur puisqu’à partir de ce moment non seulement le pape a cumulé des fonctions politique et religieuse, mais la France a été considérée comme « la fille aînée de l’Eglise ».

Il est temps de mettre un terme à tout cela, pour obtenir la « saine laïcité » dont parlent les discours ecclésiastiques, et cela dans l’intérêt de l’Eglise catholique elle-même.

Pourquoi ?

Benoît-ï-lama XVI : Comme l’indique mon éminent collègue le Dalaï-lama « Il est archaïque qu’un pays soit dirigé par un chef religieux. La meilleure manière de diriger un peuple est la voie de l’élection. (…) Et je pense que ma fonction, débarrée de son autorité politique, peut être plus utile sur le plan religieux. »

Mais l’Etat du  Vatican est un tout petit pays,…

Benoît-ï-lama XVI : Justement, ou  il est particulièrement ridicule de la part du chef spirituel de centaine de millions de personnes de vouloir persister à être le chef d’Etat du plus petit pays du monde, ou cela cache une autre ambition, celle de jouer la confusion du politique et du religieux, d’être dans une volonté de puissance qui n’a rien n’a voir avec la déréliction d’un crucifié.

C’est, naturellement, du second cas de figure qu’il s’agit. Cette confusion permet, entre autres, de faire pression dans un sens rétrograde à l’ONU, en s’alliant avec des pays semi-théocratiques comme l’Arabie saoudite.

Croyez-vous que si je suis considéré comme un chef d’Etat honoré, que si le nonce apostolique est le doyen des ambassadeurs dans un pays en apparence laïque comme la France, tout cela serait dû à l’étendue du territoire que je gouverne ? Soyons sérieux.

Justement, quelles vont être les conséquences en France ?

Benoît-ï-lama XVI : Eh bien, pour en rester au nonce apostolique, savez-vous qu’il assiste es-qualité au « dialogue institutionnel » mis en place depuis Lionel Jospin entre l’Eglise catholique en France et le gouvernement ?

C’est, bien sûr, une intrusion scandaleuse du représentant officiel d’un chef d’Etat étranger, qui serait vivement dénoncée s’il s’agissait de l’islam. Cela ne pouvait donc durer.

Effectivement,.. 

Benoît-ï-lama XVI (interrompant) : Vous comprenez bien que les évêques français qui constituent la délégation ne peuvent dire le fond de leur pensée, en présence du nonce. Je surveillais ainsi politiquement des libres citoyens d’un autre pays que le mien. Je n’en dormais plus la nuit.

Mais comment l’idée de séparer le politique et le religieux vous est-elle venue ?

Benoît-ï-lama XVI (inquiet) : C‘est off, vraiment off.

Oui bien sûr, je vous le promets, c’est off. [eh oui, le Blog est contaminé par la déontologie médiatique!]

Benoît-ï-lama XVI : C’est le résultat de mon entrevue avec Lady Gaga. Je l’ai reçue quand elle est venue à Rome pour la Gay Pride. C’est un sujet sur lequel je pense que l’Eglise catholique doit évoluer. J’ai estimé qu’elle pouvait être de bon conseil.

Nous avons beaucoup parlé. Elle m’a expliqué qu’elle était la marraine de Zarachy (rien que ce prénom, cela a déjà fait tilt !), le fils de sir Elton John et David Funrnish. Elle m’a dit à quel point « c’était chou » (je répète son expression) d’être la mère substitutive de ce bébé.

Cela m’a fait beaucoup réfléchir. Mais je lui ai répondu : « Il m’est absolument impossible, comme chef religieux, de cautionner le mariage homosexuel. » Elle m’a rétorqué : « Mais, Saint Père, personne ne vous le demande. Vos prises de position spirituelles ne regardent que vous. Nous souhaitons simplement que vous cessiez toute pression politique à cet égard. »

Et la Lady a continué : « Ne trouvez-vous pas que cela aboutit à d’insupportables paradoxes : la France, pays qui se veut laïque, interdit le mariage homosexuel, alors que l’Angleterre, où il existe une religion établie, l’autorise depuis 2005, date à laquelle Elton John a épousé David Funrnish, justement. »

Comment n’y avais-je pas pensé plus tôt ! La solution était, bien sûr, dans la séparation entre pouvoir temporel et autorité spirituelle.  Comme dit le prophète d’une religion sœur : « Pas de contrainte en matière de religion » et donc pas de contrainte au niveau des références morales religieuses.

Croyez-le ou pas, l’interview s’est terminée en écoutant et visionnant ensemble un clip de la célèbre chanteuse. Oh oh oh oh, oh oh oh oh…..

 PS: Pour Mathilde: Non, malheureusement, je ne passe pas pas par les Vosges cette année. Mais ce n'est peut-être que partie remise.

  

 



[1] L’interview va vous en apporter la preuve.

[2] Benoît-ï-lama XVI a trouvé cette précision dans l’excellent petit « Librio » de votre humble serviteur : Petite histoire du christianisme, le meilleur tirage -plus de 110000 exemplaires- de tous ses livres. Et en plus, il s’en vante !

 

30/07/2011

Norvège : Les médias contre la démocratie.

J’espère que beaucoup d’Internautes qui surfent sur ce blog ont lu l’entretien de Fabian Stang, maire d’Oslo, paru dans Le Monde du 28 juillet.

Significativement, cet entretien n’a fait la Une d’aucun journal télévisé, il ne me semble même pas qu’il ait été cité par l’un d’entre eux. Il n’a pas fait, non plus la Une d’aucun quotidien. Pourquoi ?

La réponse est très simple : imaginez que le maire d’Oslo ait lancé un appel à la haine, ait déclaré qu’il fallait punir toute la famille d’Ans Behring Breivik, que le sang appelait le sang, ou qu’il fallait que la Norvège vire à 180 degrés pour entreprendre la chasse aux terroristes virtuels…

Alors là, la photo de Fabian Stang aurait fait le tour du monde, ses propos auraient été repris en boucle par tous les médias. On vous en aurait abreuvé jusqu’à plus soif, personne n’aurait pu les ignorer. Tout le monde serait allé de son commentaire.

Or ce qu’a déclaré le maire conservateur d’Oslo, à l’unisson avec le Premier Ministre travailliste de Norvège, est tout le contraire d’un appel à la vengeance, ou à la radicalisation contre le terrorisme, à la construction de murailles.

Il remarque que « la colère et le ressentiment n’ont jamais émergé. Le respect des victimes l’a immédiatement emporté sur tout le reste. (…) Aucun cri de haine, aucun appel au lynchage, aucun dérapage. Les gens ont transformé la douleur en pouvoir, la colère en volonté de ne pas laisser un tueur détruire leur société. »

Et il conclut : « En regardant cette foule tranquille (…) j’ai compris que le tueur avait perdu : on le punira en réagissant avec plus de tolérance et de démocratie ».

Puisse Fabian Stang avoir raison dans le long terme et la Norvège rester une terre culturellement démocratique (ce qui n’empêche pas de se poser la question : comment mieux organiser la police, pour qu’elle puisse être plus réactive ?).

En tout cas, voilà des propos qui ouvrent un chemin d’avenir, qui indiquent quelle doit être la riposte démocratique aux atteintes qu’elle subit.

J’ai déjà, dans ce blog, cité la belle phrase de Briand réclamant à ses amis parlementaires de construire une laïcité de sang-froid, au début des débats sur la future loi de 1905, et d’ainsi contribuer à pacifier la République.

La Norvège, et le maire d’Oslo Fabian Stang en particulier, nous donne l’exemple d’une démocratie de sang-froid, d’une démocratie qui sait comment le terrorisme peut être vaincu, surtout pas en devenant son double, son frère ennemi.

Ces propos sont donc extrêmement importants pour tous les gens sensés, pour toutes celles et tous ceux qui sont attachés à la démocratie, qui souhaitent la défendre, la promouvoir.

Je ne ferai pas l’injure aux journalistes de penser que, quelques exceptions mis à part, en tant qu’êtres humains et citoyens ils ne font pas partie de ces personnes.

Et pourtant,… Pourtant, ils font exactement le contraire de cette défense et de cette promotion de la démocratie en ne mettant pas à leur juste valeur les propos de Fabian Stang, en ne nous les passant pas en boucle, en ne diffusant pas cette déclaration comme elle mériterait de l’être, en négligeant son importance et son rôle historique.

Ils ont signalé, en passant, la bonne tenue démocratique de la Norvège, mais sans la construire comme un événement médiatique, sans en faire une nouvelle capitale à diffuser à haute dose, comme ils le font chaque jour pour d’autres nouvelles qu’ils choisissent de mettre en avant.

Le propos de Fabian Stang est extrêmement rassurant: Fabian Stang est un faiseur de calme. Fabian Stang construit de la paix.

Eh bien  le propos de Fabian Stang n’est pas médiatique parce qu’il ne fait pas peur !

Le système de la communication de masse est tellement étouffant, tellement totalitaire, tellement antidémocratique qu’il n’y a pratiquement pas de place pour un Fabian Stang dans l’hôtellerie médiatique ! 

Si la démocratie tient bon, c’est malgré ce système.

Et encore une fois cela, quelle que soit la valeur personnelle des journalistes et leur opinion de citoyen. Le problème n’est pas ce qu’ils sont comme individus, le problème c’est la logique diabolique qu’ils acceptent bon gré malgré.

Ils font d’ailleurs plus que l’accepter, ils l’intériorisent.

Car je suis à peu près sûr que la plupart d’entre eux n’ont même pas soufferts de ne pas pouvoir donner aux propos de Fabian Stang leur véritable importance.

 Ils ont tellement intégrer les grossiers critères de l’information spectacle qu’ils ne se rendent même plus comptent à quel point la façon dont ils opèrent une sélection, une hiérarchisation dans l’information qu’ils diffusent,  est totalement pernicieuse

A quel point ils ont des réflexes conditionnés qui font le jeu des extrémismes qu’ils dénoncent sentencieusement  (cf. ma dernière note) et naïvement.

Alors il faut vraiment consacrer du temps et de l’énergie à se désintoxiquer  d’un tel système. A ne pas être dans la crédulité médiatique.

A se rappeler à chaque instant que la hiérarchie faite dans l’information est dangereuse pour la démocratie, et qu’elle sert, malgré toutes  les « bonnes intentions » possibles, d’instrument de haine et de peurs.

A quel point le système de communication de masse joue à nous faire peur et est incapable de nous transmettre les choses importantes.

Il faut apprendre sans cesse à  savoir trier dans ce système, puisque c’est quand même en lisant un quotidien que j’ai pu prendre connaissance des propos de Fabian Stang

 A déconstruire la hiérarchie implicitement faite chaque jour dans les « nouvelles » colportées, et à construire une autre hiérarchisation où on accorde plus d’importance à des informations de 3 lignes, ou à d’autres que l’on peut apprendre par d’autres sources quand c’est possible, qu’à ce qui fait les gros titres, qu’à ce qui passe en boucle, qu’à ce que l’on veut nous forcer à retenir.

Bref apprendre à ne pas hurler avec les loups

Apprendre à ne pas bêler avec les moutons de Panurge

A ne pas cacher notre tête dans le sable, comme les autruches

A ne pas être bêtes comme les ânes

A ne pas verser des larmes de crocodiles

 Et je présente toutes mes plus plates excuses à tous ces animaux, qui ne méritent pas d’être attaqués ainsi, au contraire des humains qui abandonnent leur humanité pour la grégarité, pour le confort de la répétition de stéréotypes plus sales que des mouchoirs usagés.

 

***

 

Allez, ce n’est pas tout ça, Bonne Vacances quand même, et que mes nécessaires élucubrations ne vous empêchent pas de danser sur les tubes délirants de Lady Gaga, la sublime.

La sublime… dans son genre d’idole complètement fabriquée par le système que je viens de tenter de décrypter.

 

Mais vive la dialectique, camarades peut-être pas syndiqués, et rappelez-vous ce que disait l’ami Sartre (lequel a dit des trucsgéniaux et des bêtises plus grosses que lui, mais c’est pour cela que c’était un humain vivant).

 

Donc Sartre disait (contre une analyse de classe unilatérale) : Flaubert un bourgeois, mais tout bourgeois n’est pas Flaubert.

 

Eh bien de même, le camarade Baubérot vous l’affirme (contre une interprétation de ses propos qui conduiraient à ne pas mordre dans la vie à pleines dents, sous prétexte que la vie est piégée) :

Lady Gaga est un produit fabriqué, mais tout produit fabriqué n’arrive pas à être Lady Gaga.

Et j’ai choisi qu’elle me plaise.

 

Ce n’est pas parce que la vie est chienne, qu’il faut refuser d’y goûter.

Tout est permis, si tout n’est pas utile.

L’important est de se faire plaisir sans « perdre son âme ».

Et « perdre son âme » serait de, sérieusement, hurler avec les loups, bêler avec… (au refrain ci dessus).

 

Bref, je vous souhaite de très belles journées et de folles nuits.

 

Cependant, même dans vos soirées débridées, ou quand vous êtes totalement épanoui(e), goûtant un bain de bonheur, lové(e) contre votre chéri(e), qui (j’en suis sûr) a un grain de peau magnifique, n’oubliez pas tout à fait que viendra des moments où il vous faudra, pour rester vraiment humain, assumer le courage d’être lucide, et donc peut-être solitaire.

 

 

PS: autre approche '(complémentaire), celle d'Henri Goldman: Norvège: qui est responsable du massacre?


 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

25/07/2011

Terrorisme, représentations sociales et monstre doux

Depuis samedi les « nouvelles » donnent en boucle des infos sur le carnage qui a eu lieu en Norvège. Quelques impressions,  non politiquement correctes,  non sur le massacre lui-même, sur lequel je ne dispose d’aucune information spécifique, mais sur la manière dont il a été rendu, surtout  à la radio et à la télévision.

Pour la télévision j’ai zappé entre chaines publiques et TF1, pour la radio, c’est essentiellement France Inter. Les journalistes de cette station sont certainement aussi intelligents et consciencieux que les autres, et il n’est pas dans mes intentions de mettre personnellement en cause tel ou tel, simplement de travailler sur les représentations, dont les conséquences sociales ne sont pas minces, bien qu’il soit difficile de les analyser.

D’abord, on s’est tout de suite demandé s’il ne s’agissait pas d’un « attentat islamiste ». Réflexe conditionné. Bien sûr, on sait qu’un terrorisme se réclamant de l’islamisme existe, mais pourquoi démarrer ainsi au quart de tour ? La majorité des victimes du terrorisme en France depuis 10, 20 ans n’a pas été victime « d’attentats islamistes ».

 Mais on effectue presque  une synonymie.

Ensuite,  on a parlé « de Norvégien de type norvégien ». Expression révélatrice de la difficulté française à dire ces choses-là. On ne veut pas faire dans « l’ethnique », et pourtant. ..  notamment pour les questions de sécurité, on n’échappe pas à ce genre de classification.

Comme le Norvégien était de « type norvégien » (la télé et la presse vont nous le montrer en boucle d’ailleurs, et c’est grand doute ce qu’il souhaitait obtenir !) et que le carnage s’avérait « islamophobe », on a quand même mis la religion dans le coup. Et, notamment dans les divers bulletins d’information de France-Inter, on nous a parlé d’un Norvégien « fondamentaliste chrétien ».  

Cela aurait pu être, naturellement. Il aurait fallu d’ailleurs préciser, dans ce cas : « fondamentaliste luthérien ». Mais… Bizarre car, en même temps, la télévision nous le montrait en tenue de franc-maçon. Les journalistes de France-Inter ne regardent pas la télé ? (et la télé elle-même d'ailleurs, tout en nous passant en boucle le tueur dans sa tenue maçonnique, n'a pas  donné la moindre précision sur la signification de cette photographie),

Et, cette appellation de « fondamentaliste chrétien » a permis un sentencieux commentaire style : ce fondamentaliste est « islamophobe »,  mais il use de la même rhétorique et des mêmes méthodes que les mouvements islamistes. Banco, c’est gagné deux fois :

-d’abord, voilà un attentat «  islamophobe », mais hop, on en remet une couche sur « l’islamisme », même s’il n’est absolument pour rien dans l’affaire ;

-ensuite, suivez mon regard, c’est : braves gens, soyez bien au centre du centre, soumis au monstre doux, ne contestant rien ni personne, tous les extrémismes sont dangereux et se ressemblent. Etc.

Ce n’est pas faux, bien sûr, mais à force de répéter à l’infini un propos aussi stéréotypé (où il n’y a pas besoin de penser) on pousse les gens à croire qu’il est mauvais d’avoir des convictions personnelles, qu’on ne doit suivre que les routes balisées. Bref, sus aux hérétiques de tous poils et vive le fait que des spécialistes pensent pour vous !

Il est d’ailleurs à remarquer que quand vous n’êtes pas extrémiste, que vous refusez d’avoir une pensée-bloc, que vous tentez d’être dialectique, nuancé, vous n’intéressez pas les médias et vous n’avez de chance d’avoir la parole.

Bref, un docte commentaire de café du commerce digne Monsieur/Madame Michou. En revanche, dans les bulletins d’info que j’ai écouté, il a été signalé une fois (et une seule) qu’il s’agissait d’un adepte de jeux vidéo, sans que cela conduise à dénoncer les jeux vidéo.  Bizarre.

Et pourquoi ne pas indiquer que l’auteur des 2 attentats, Anders Behring Brelvik, était franc-maçon ? Cela n’implique en rien, mais vraiment en rien la maçonnerie. Mais dire cela n’est pas médiatique. Voyons pourquoi .

Comme il est impensable que ces journalistes aient ignoré l’appartenance maçonne d’ Anders Behring Brelvik , il est probable qu’ils se sont dits : « si l’on indique qu’il est maçon, cela mettra en cause la maçonnerie. Pour ne pas la mettre en cause, ne mentionnons pas qu’il est maçon ».

Cela signifie qu' à leurs propres yeux, soit ils ne disent rien et cachent leur info, soit ils disent les choses de telle manière que cela induit l’amalgame, la généralisation. Cela signifie qu’ils sont incapables de trouver comment parler de l’appartenance de quelqu’un sans mettre implicitement en cause tout le groupe auquel ce quelqu’un appartient. Voila la FORME habituelle du discours médiatique dominant. Et ses effets persers sont infinis,

Autrement dit, cela ne les gêne pas de prétendre que le tueur soit « fondamentaliste chrétien », alors que cela est pourtant improbable, et donc de « mouiller » tous les dits « fondamentalistes chrétiens », même les plus tranquilles.  Mais, alors qu’ils savent qu’il est franc-maçon, ils ne vont pas le dire car, étant donné la façon dont ils pensent (si j’ose, très audacieusement, utiliser ce verbe à leur propos !), dire qu’il est UN franc-maçon serait impliquer plus ou moins l’ensemble des francs-maçons !

Très significatif de la façon dont l’info est conçue, construite, diffusée… et des stéréotypes qu’elle produit.

De tout ce que j’ai entendu, vu et lu, la meilleure info, jusqu’à plus ample informé, est ce que j’ai lu dans La Croix (25 juillet 2011) :

« Il (=A B. B.) affirme son appartenance à une loge maçonnique, la loge Saint-Jean, dont les membres doivent être chrétiens, comme c’est le cas de toute la maçonnerie des pays scandinaves (connue sous le nom de « rite suédois »). Cette maçonnerie, qui se situe dans l’héritage de l’esprit des Lumières, est à l’opposé du fondamentalisme religieux.

En réalité, on serait ici plutôt en présence d’une idéologie fortement nationaliste, marquée par une islamophobie violente et un curieux mélange de peur de l’étranger et d’ésotérisme, se réclamant d’une « identité chrétienne » mais sans connotation religieuse forte ».

Eh bien, vous savez quoi : France-Inter, comme la télé d’ailleurs,  s’avère incapable de nous donner une telle info ?

Structurellement incapable. Pourquoi ? Pour une raison très simple. Vous ne devinez pas ? Ce n’est pourtant pas sorcier : lisez à haute voix le passage cité et chronométrez.

Top chrono : 35 secondes : une éternité !

La radio et la télé, au XXIe siècle (cela n’a pas toujours été le cas) sont devenues incapables de passer 35 secondes pour nous dire l’identité d’une personne, avec quelques nuances et complexité. Il faut trouver une catégorisation qui prenne 2 secondes. Fut-ce-t-elle caricaturale, ou fausse.

Et pourquoi, faut-il trouver une catégorisation de 2 secondes ? Pour pouvoir vous la passer en boucle toute la journée. Pour pouvoir redire 100 fois la même chose, jusqu’à gaver votre « partie de cerveau disponible ». La radio et la télé sont devenues incapables de vous expliquer une bonne fois les choses, et de vous laisser réfléchir ensuite.

C’est cela le MONSTRE DOUX dont parle R. Simone (cf. le compte-rendu que le Blog en a fait le 26 novembre 2010).

Ce que j’appelle la douceur totalitaire. Le monstre doux, et face à lui… des tueurs fous.

 

 PS : Je suis d’accord avec les commentaires faits par Marc Andrault (auteur d’un très intéressant ouvrage sur Sarkozy et Dieu, de l’usage politique des monothéismes, Berg International) sur ma dernière Note concernant le Conseil d’Etat

2ème PS: autre exemple de journaliste qui diffuse une info fausse: Willy Le Devin dans Libé du 25 juillet. Il prétend que jusqu'à l'arret de la cour Européenne des droits de l'homme, le rapport parlementaire de 1995 "avait valeur de jurisprudence". Doublement faux, car:

-d'une part, ce rapport (comme tout rapport parlementaire) n'a jamais eu aucune "valeur de jurisprudence" et ne peut en avoir. Il s'agit là d'un principe essentiel: la séparation des pouvoirs qui, depuis Montesquieu, est au fondement de la démocratie?

-d'autre part, la secrétaire générale de la MIVILUDES, Amélie Cladière, a reconnu publiquement (ce que l'on savait dééjà par ailleurs), dans un colloque, que  (même administrativement) la liste établie par ce rapport était à "proscrire" (cf. Quelles régulations pour les nouveaux mouvements religieux et les dérives sectaires dans l'union européenne? N. Luca (éd.), Presses Universitaires d'Aix-Marseille, 2011, p. 64 et 177). Le seul c'est que, officiellement proscrite, la liste continue cependant de faire des ravages.

 Réponse au commentaire de Misafir : Peut-être, mais justement cela est significatif :  il suffit donc qu'un policier, dans l'urgence et sans avoir vérifié, indique une information fausse pour qu'elle soit répercutée en boucle à l'ensemble de la planète! Et le plus intéressant dans l'affaire, c'est que la "Revue de presse" de france-Inter a diffusé un extrait de La Croix sans que pour autant il soit cessé de qualifier l'auteur de la tuerie de "fondamentaliste chrétien". Divergence interne ou manque de communication à l'intérieur de la rédaction?

 

 

20/07/2011

Une victoire de la laïcité

La décision prise par le Conseil d’Etat constitue une nette victoire de la laïcité sur sa récente falsification…. La laïcité de 1905, s’entend : loi sans cesse invoquée, voire sacralisée… et méprisée par ceux-là mêmes qui  l’invoque.

J’indiquerai brièvement les décisions du Conseil d’Etat, pour celles et ceux qui ne les connaitraient pas, et je ferai un petit commentaire. Sont conformes à la loi de 1905 :

-L’octroi d’un bail emphytéotique à la fédération cultuelle des associations musulmanes de Montreuil  (Seine-Saint-Denis) pour l’édification d’une mosquée. Le vice-président du Conseil d’Etat  a rappelé (mais qui le sait ?) que 450 églises catholiques avaient bénéficié de tels baux sans que cela ne donne lieu à contentieux.

Effectivement, et beaucoup de ces baux ont été accordés pour la construction d’églises dans les nouvelles villes de la région parisienne, notamment dans les années 1930, par exemple sous le Front Populaire ! La situation de ces dernières années où la pression de l’extrême droite s’exerçait contre l’existence de tels baux en faveur des mosquées était profondément discriminatoire.

-La subvention de la ville de Lyon pour la construction d’un ascenseur dans la basilique de Fourvière a moins de précédent. Elle peut cependant se justifier par l’ambivalence des édifices religieux qui sont à la fois des lieux de culte et des lieux culturels, et, à ce titre, des lieux touristiques.

 Je renvoie, à ce sujet,  à la très intéressante étude (elle est d’ailleurs issue d’une thèse faite sous ma direction, c’est dire !) d’Anne Perrin : « Les églises catholiques comme patrimoine culturel : une situation de conflit  potentiel » (in J. Lalouette  – Ch. Sorrel dir., Les lieux de culte en France 1905-2008, Letouzey et Ané, 2008).

« Conflit potentiel » : eh oui, cette ambivalence des lieux de culte (notamment ceux qui sont propriété publique[1]) dans une situation de séparation n’est pas simple à gérer. Elle demande une accommodation mutuelle quotidienne. La laïcité doit accepter le genre d’accommodement que légitime le Conseil d’Etat. Mais inversement, c’est le cas de le dire, la religion concernée doit… renvoyer l’ascenseur et accepter les contraintes de cette dimension culturelle et touristique.

-   Un cas assez analogue est l’acquisition et la restauration d’un orgue  par la mairie de Trélazé (Maine et Loire) pour l’église communale. OK si l’orgue ne sert pas seulement à la messe, mais est bien à la disposition de toutes celles et tous ceux qui souhaitent en jouer. Cours, concerts et festivals doivent donc pouvoir avoir lieu dans l’église de Trélazé.

Je précise cela car je connais des cas où le prêtre se comporte comme si son Eglise était la propriétaire du bâtiment et empêche des manifestations musicales à l’intérieur de l’église. Or une telle attitude n’a pas lieu d’être. Mais, bon, chacun est innocent jusqu’à ce qu’il soit reconnu coupable et rien ne permet de suspecter à priori la bonne foi du prêtre dont la communauté va aussi bénéficier de l’orgue.

-Autre cas :   la participation de la communauté urbaine du Mans au financement d’un abattoir pour ovins à l’occasion de l’Aïd el-kebir.  L’argument donné est celui de la salubrité et de la santé publique. Il est raisonnable si la communauté musulmane accepte à son tour un contrôle des services vétérinaires. Et là encore, a priori, rien ne permet de suspecter un refus.

-Enfin, dernier cas soumis au Conseil : la construction par la ville de Montpellier d’une salle polyvalente, dont une partie a été utilisée comme mosquée. Là, on est un peu dans le même cas limite que pour l’ascenseur de la basilique de Fourvière.

Mais c’est une affaire d’équité : près de 90% des lieux de culte catholique sont propriété publique et affectés gratuitement au culte. Si le principe général du financement de mosquées par l’Etat serait un principe dangereux, de telles dérogations participent à l’égalité des religions et convictions ; On pourrait, par exemple, estimer qu’une partie d’une autre salle polyvalente soit affectée à l’Union rationaliste. Cela participerait au même souci d’égalité et d’aide à la liberté d’expression des convictions.

En effet, le problème fondamental est là. L’article 2 de la loi de séparation de 1905, qui met fin au régime des « cultes reconnus » qui étaient financés par l’Etat doit être respecté. Mais cet Article est souvent cité de façon tronquée. Le voici dans son intégralité :

« La République ne reconnaît, ne salarie ni ne subventionne aucun culte. En conséquence, à partir du premier janvier qui suivra la promulgation de la présente loi, seront supprimées des budgets de l’Etat, des départements et des communes, toutes dépenses relatives à l’exercice des cultes. Pourront toutefois être inscrites aux dits budgets les dépenses relatives à des services d’aumônerie et destinées à assurer le libre exercice des cultes dans les établissements publics, tels que lycées, collèges, écoles, hospices, asiles et prisons. »

Autrement dit, cet Article énonce un principe [actuellement non respectés dans certains départements métropolitains et Outre-Mer, faut-il le rappeler !] et prévoit tout de suite une dérogation.  Les Articles 12 et suivants de la loi de 1905, les lois complémentaires de 1907 et 1908 introduiront d’autres dérogations concernant les édifices du culte.

Faut-il voir là une contradiction, ou pire une « schizophrénie » ? Non car le principe vise à établir la non officialité de la religion : aucun culte ne doit être, si peu que ce soit, officiel. Les dérogations visent à faciliter  « le libre exercice des cultes » qui est garanti par l’Article 1 de la même loi. Or, le 26 juin 1905, lors des débats parlementaires, Aristide Briand a indiqué la règle d’or : si l’interprétation donnée à un Article contredit l’Article 1, alors on ne doit pas l’appliquer : « le principe de la liberté de conscience et du libre exercice du culte domine toute la loi ».

On ne saurait être plus clair. C’est pourquoi les décisions du Conseil d’Etat se situent dans l’exacte filiation des accommodations de la loi de 1905. Aux religions de ne pas tirer unilatéralement la couverture à elles et d'accepter également l'équilibre de cette loi qui assure la liberté de conscience de tous, et pas seulement des adeptes des relgions.

Ceci dit, 2 constats doivent être faits:

D'abord, comme une jeune femme me l'écrit, si la laïcité de 1905 fonctionne pour les édifices, elle devrait fonctionner encore plus.;; pour les personnes. Cette décision du Conseil d'Etat permet un salutaire rappel de la philosophie politique qui soustend la loi de 1905.  Rappel nécessaire, pas encore suffisant

Ensuite, attention à ne pas  tenter de changer de laïcité. C'est une tentatition à gauche où, pour être équitable, étant donné que la laïcité est souvent dure envers les musulmans, on voudrait la durcir toujours et partout. ca, c'est une démarche analogue à celle que je mentionnais dans ma dernière Note, à propos de l'attitude de Fillon envers Eva Joly: de même qu'à droite la xénophobie s'avère contagieuse, attention qu'à gauche la laïcité répressive ne soit pas contagieuse. 



[1] Ce n’est pas le cas de tous, mais de la plupart des églises catholiques construites avant 1905.

17/07/2011

Fillon contre Eva Joly: la xénophobie s'étend

Formidable: je peux prendre quelques jours de congés, les Internautes qui surfent sur le blog continuent de faire le job! En effet, ils n'ont pas seulement commenté la Note portant sur la décision de la Cour Européenne, mais aussi la réaction de Fillon à la proposition d'Eva Joly.

Je vais donc commenter un peu les commentaires!

D'abord sur la dernière Note, les commentaires ont dérivé rapidement de la décision de la Cour à une polémique sur les sectes en général et les Témoins de Jéhovah en particulier. Ce glissement était prévisible, il est quand même pernicieux. Je voudrais rappeler que les décisions de la justice doivent traiter tout le monde à égalité. Voudrait-on une justice d'exception à partir du moment où un groupe est qualifié de "secte"?

Et qualifié par qui? Pour les Témoins, c'est par la liste parlementaire de 1996. Mais à un récent colloque (dont j'ai recommandé les Actes), la représentante de la MIVILUDES elle-même a indiqué que cette liste avait été une erreur (Merci pour ceux, comme moi qui l'ont contestée dés le départ et se sont fait copieusement injuriés et ont vu fermer beaucoup de portes à cause de cela!) et que cette liste ne devait plus faire foi.

A bon entendeur, salut!

Ensuite, sur la déclaration de Fillon concernant Eva Joly, ce qui me semble le plus intéressant, c'est que très souvent quand les Français naturalisés sont mis en cause, on rigole en déclarant: "Naturellement, il ne s'agit pas de Français d'origine scandinave"! C'est sont les Français du Sud qui sont mis en cause.

Mais voilà, la xénophobie est contagieuse quant à ses cibles: cela commence par les Français venus de la rive sud de la Méditerranée. Cela continue par les Français venus du Nord de l'Europe. Si on y prend garde, de nouvelles cibles sont à prévoir...

Car c'est très significatif de constater que Fillon qui avait en partie réussi à passer à travers les gouttes des calmiteux débats sur l'identité nationale, sur la laïcité à la sauce Copé "droite populaire", sur le discours de Grenoble, etc... tombe à son tour dans le propos xénophobe. Comme si Eva Joly n'avait pas autant le droit à l'expression qu'une "Française de souche".

Prenons la métaphore classique de la mère-patrie. Insidieusement, cette déclaration, comme les autres propos xénophobes, signifient, sur le plan collectif, une sorte de retour du droit d'aînesse. La mère-patrie aurait des fils-filles aîné(e)s, les Français(es) de souche; et des fils-filles cadé(e)s, qui, étant Français depuis moins longtemps que les autres, auraient moins de droits !

Car on peut être ou n'être pas d'accord avec Eva Joly, mais sa proposition n'a rien de scandaleux. Il est au contraire très sain, à mon sens, de pouvoir sereinement débattre si le défilé du 14 juillet doit être un défilé militaire.

Tenez, comme ce sont les "vacances", le temps un certain farniente consensuel, pour une fois je vais faire une proposition très rad'soc: on pourrait commencer le défilé du 14 juillet par un défilé militaire et le continuer par un défilé civil. Le 14 juillet, c'est la fête à tous les Français, non?

Les désaccords sont possibles, les réactions indignées cachent autre chose: il y a de plus en plus de morts "Français" (permettez à votre humble serviteur de se soucier aussi des morts Afgans!) en Afganistan, alors même que l'on annonce officiellement que l'on va se retirer. Hurler sur les propos d'Eva Joly, n'est-ce pas une façon d'occuper le terrain et de veiller à ce qu'une question beaucoup plus troublante ne soit pas posée:

L'armée que l'on fait défiler pour le 14 juillet, elle est composée d'êtres humains, ces être humains ne les envoie-t-on pas tuer et mourir pour RIEN?  

 

 

 

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