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10/07/2009

OU VA LA COMMISSION sur le VOILE INTEGRAL?

Extrait d’un article de Stéphanie Le Bars (Le Monde, 10 juillet)

 

« La mission sur la burqa dit s'orienter vers un état des lieux plutôt que vers une loi »


 Les 32 députés composant la mission sur le voile intégral ont tenu leur première séance de travail mercredi 8juillet, sous la présidence du communiste André Gerin


Il ne faudra plus leur parler de burqa ou de niqab, mais de "voile intégral". Dans les prochains mois, il ne faudra pas non plus leur parler de loi d'interdiction."Le problème n'est pas de décider a priori s'il faut légiférer ou pas. L'objectif est de réaliser un état des lieux sur le port du voile intégral", a précisé André Gerin, député communiste et président de la mission d'information, en ouvrant, mercredi 8juillet, la première séance de travail de ce groupe de 32 députés, qui remettra ses "préconisations en janvier2010". »

 

A priori, ce serait plutôt une bonne nouvelle. Sauf que… « Chat échaudé craint l’eau froide », comme aimait à le dire ma grand-mère, une paysanne à forte personnalité, qui faisait de la sociologie comme M. Jourdain de la prose.

 

J’ai entendu des propos identiques à l’automne 2003 au sujet d’une loi sur l’interdiction des signes religieux à l’école, quand j’étais à la Commission Stasi.

On nous disait que les parlementaires eux-mêmes estimaient la chose compliquée, etc.

 

Et si on lit bien la citation de Guérin, on s’aperçoit vite qu’il ne pouvait pas dire autre chose : « Le problème n’est pas de décider A PRIORI s’il faut légiférer ou pas. »

Il ne va pas effectivement annoncer, au début de la 1ère réunion de la Commission, qu’il va avoir une loi !

Cet « a priori » laisse intact la possibilité d’annoncer qu’a posteriori….

Et on peut nous refaire le coup des propos du style : au départ, on était plutôt contre, mais on a été convaincu par les auditions…où l’on choisit qui on veut et dont on tire les conclusions que l’on veut.

 

La dite « burqa » ou le « voile intégral » (CETTE EXPRESSION EST EFFECTIVEMENT MEILLEURE QUE BURQA : elle correspond mieux à la réalité empirique observée où il ne s’agit pas, stricto sensu, de « burqa ».

 C’est donc bien que la Commission l’utilise. Mais, attention quand même, ce terme risque de mettre une continuité entre le foulard et qui, de toute façon, pour les gens sera considéré comme une « burqa ») est une conséquence, et non une cause.

Il faudrait que la Commission, une fois n’est pas coutume, prenne le problème par le bon bout.

Et donc l’état des lieux, c’est sur ‘République et diversité’ qu’il faut le mener.

 

11:22 Publié dans ACTUALITE | Lien permanent | Commentaires (4)

07/07/2009

LA REPUBLIQUE, TENSION entre l'UNIVERSEL et le PARTICULIER

(Suite de la Lettre à Martine Aubry)

 

Chère Martine,

Donc, je vous disais vendredi dernier (Note du 3 juillet) que le but réel d’une Commission devrait porter sur « République et diversité » et non se focaliser sur la dite « burqa ».

Dans cette optique, l’ouvrage de Mona Ozouf, Composition française  retour sur une enfance bretonne (Gallimard), comporte un trésor que son sous-titre ne laisse pas deviner :

Je reprends le compte-rendu du livre, commencé par la Note du 15 juin.

Dans sa seconde partie, il livre trois pistes très importantes (et même plus) sur République et diversité.

Mona Ozouf est, en effet, une grande dame de la discipline historique, qui a derrière elle des décennies de travaux savants, dont elle nous livre, en quelques dizaines de pages, une synthèse lumineuse par sa clarté, dans cette seconde partie.

Seuls ceux qui, comme elle, on effectué un énorme travail dit « de première main » (c'est-à-dire, pour les historiens à partir d’archives, et pas seulement d’autres ouvrages) peuvent faire une aussi bonne synthèse vulgarisée.

 

M. Ozouf a « entamé (ses) recherches (…) par l’école républicaine » et explique que « choisir ce sujet était pour une part la dette du bon élève. Pour une autre le salut à une entreprise d’égalité. »

Ensuite, elle a travaillé sur la Révolution française, objet de sa part de la « même admiration ».

« Ils me paraissaient fascinants, écrit-elle, ces hommes qui se mettent en marche avec des ambitions immenses, et se lancent (…) dans des entreprises inouïes ».

Elle retrouvait en eux, « le credo de (son) école primaire, la foi immédiatement professée, dans l’universalité des hommes. »

 

Bref, ce sont ses convictions très républicaines qui l’ont poussée à étudier la République. Et en même temps, la recherche nécessite de ne pas coller à ses convictions, de quitter le 1er degré.

Ce qu’elle nous a dit sur les « trois lots de croyances (…) désaccordées » qui ont marqué son enfance : « la foi chrétienne de (ses) ancêtres, la foi bretonne de la maison, la foi de l’école dans la raison républicaine » a sans doute aidé à cette distanciation, nécessaire à une démarche d’objectivation. scientifique.

 

En tout cas, elle se posait des questions, elle était attentive à un paradoxe concernant la Révolution française: les Cahiers de doléances sont « tout bourdonnants » de revendications locales, les députés « élus par corps et représentation des métiers ».

Et pourtant, par une « étrange conversion », ces députés se mettent «  parler et à délibérer au nom de la nation toute entière ».

C’est « ’énigme d’une représentation qui (…) s’affranchit d’un coup de la représentativité au nom de la passion pour l’universel. » : « conversion inouïe » qui aboutit à « cette formule magique : Une et indivisible ».

« Conversion », le mot est lâché : les députés ont eu la foi du converti !

 

I COMMENT L’UNIVERSEL dit REPUBLICAIN (QUI N’EST QUE JACOBIN) EXACERBE LES PARTICULARISMES :

 

A partir du paradoxe qui vient d’être énoncé, Mona Ozouf a, des années durant, scruté de multiples archives pour comprendre ce qui s’est passé lors de cette période révolutionnaire.

Je ne peux donner tous les résultats qu’elle expose clairement : lisez le livre.

J’indiquerai simplement qu’un engrenage s’instaure, lors de la Révolution (et ses conséquences perdurent jusqu’à aujourd’hui) dans « la réduction vigoureuse du multiple à l’un ».

Réduction de l’universel à la France, équivalence faite entre l’Etat et la Nation, et enfin concentration de l’universel sur Paris.

 

Et là, s’instaure une coupure au sein même des révolutionnaires, de ceux qui avaient participé au processus qui induisait les deux 1ères réductions.

Les archives montrent que la province, ceux que l’on appelle les Girondins veulent simplement protéger l’Assemblée Nationale contre la « surenchère » et la pression indue des foules de la capitale.

Il n’existe « pas l’ombre d’une tentation séparatiste, et même pas d’affirmation de la singularité régionale. »

 

Mais les Montagnards transforment « le conflit entre la province et Paris en une lutte de la particularité contre l’unité. »

Pour Robespierre : « Ce n’est point une cité de six cent mille citoyens » qui est accusée mais « l’espèce humaine, (…) l’ascendant invincible de la raison universelle. »

Le glissement est net.

La Montagne absolutise sa position au nom de l’universel. Entre nous, cela ne vous rappelle-t-il pas des faits très récents ?

Cette confusion entre la particularité parisienne et l’universel va, en fait, M. Ozouf le montre clairement, aboutir à ce qui était dénoncé (à tort) au départ : une insurrection plus ou moins sécessionniste.

On a produit ce que l’on dénonçait. Là encore, des comparaisons avec le présent s’imposent.

 

Ainsi on produit de la division par hantise de la division. On fabrique de la fragmentation en considérant que « toute appartenance » comme « une prison ».

Ainsi « l’Etre Un fabrique de la scission, la passion d’unir ne se comprend pas sans son versant d’exclusion »

Et les députés de la Montagne n’apportent pas de réponse vivable à l’interrogation anxieuse, trouvée par Mona, dans des archives : «Jusqu’à quel point nous convient-il de cesser d’être béarnais pour devenir français ? »

L’historienne montre « l’infinie variété des cas de rébellion à l’organisation de la vie révolutionnée » effectués par les Français dans leur vie quotidienne.

Les mille et une manières de « la résistance des hommes à la rêverie de l’homogène »

 

Le résultat, est donc le « lien paradoxal » de « l’œuvre révolutionnaire » avec ce qu’elle prétend combattre :

« en pourchassant les particularismes, elle les révèle ; en simplifiant brutalement l’espace français, elle le complique à l’infini ; en combattant la différence régionale au nom de la raison, elle invente le régionalisme. »

Car « c’est l’ambition de transparence qui multiplie les zones d’ombre, c’est la pureté révolutionnaire qui fait les impurs. »

Cela ne s’applique pas qu’aux radicalismes religieux

 

Mona Ozouf conclut « qu’il y a plusieurs manières de définir la république. » :

 

- Celle où l’on croit que « l’égalité des êtres (provient) de leur similitude : des être semblables ne peuvent que concourir identiquement au bien collectif. » L’unité est, là, « autoritaire et étatiste, imposée d’en haut et identique pour tous. »

 

- Celle qui « se méfie des rituels qui fabriquent une fausse unité émotionnelle », qui accorde de l’importance « à toutes les médiations destinées à enrichir la délibération entre les citoyens » ; celle où l’unité est « une résultante qui se fabrique de bas en haut », où l’opinion publique s’enracine « dans la liberté des sujets. »

Son patient et long travail d’archives lui a fait comprendre « que les résistances à une république jacobine étaient apparues à l’intérieur même du projet républicain. »

 

II QUE LA REPUBLIQUE LAÏQUE N’A PAS ETE A DOMINANTE JACOBINE :

 

Ce fait est connu des historiens professionnels, mais soigneusement caché au grand public, même cultivé : l’établissement de la laïcité, en France, s’est effectué par le refus du jacobinisme, en choisissant la seconde conception de la République.

Et aussi… par l’admiration de l’Angleterre !

 

Mona Ozouf se focalise sur 2 aspects qu’elle a étudié de première main : Jules Ferry et les dits « hussards noirs de la République » (= les instituteurs et institutrices de l’école laïque).

Elle estime que se construit là, un « nouveau républicanisme ».

 

Jules Ferry récuse à la fois « Robespierre et Bonaparte ». Ce sont, pour lui, « les deux héros négatifs de l’histoire de France », ceux qui ont éteint « la possibilité de cette république autre ». Et Ferry admire « les libertés locales anglo-saxonnes ».

L’idéal de Ferry « est qu’il puisse enfin exister en France, face à l’Etat, le contrepoids d’une société autonome, riche, comme en Angleterre. »

La « cascade des lois libérales » prises dans les années 1880 (presse, « la plus libérale du siècle », réunion, et l’élection du maire démocratisant la vie locale) ont pour but de favoriser « ces aiguillons de la sociabilité que sont, en Angleterre, le club, le journal, l’association. »

Bref, il faut « tenter de faire vivre (…) un système de discussion et de réunions libres absent du paysage français. »

 

La liberté peut conduire à la « scission ». Mais Ferry « n’est jamais prêt à la sacrifier à l’unité des esprits.» Il tente « acrobatiquement » de « construire l’ordre durable d’une République unifiée sur une liberté qu’il tient pour principielle. »

Pour Ferry : « les hommes doivent être laissés libres d’errer, car la liberté, fût-elle payée par l’erreur, est plus désirable que le bien »

 

Et se sont, en fait, les différents fondateurs de cette « République transactionnelle » (Gambetta) qui se situent, de façon majoritaire, dans cette optique. M. Ozouf montre que la loi sur les syndicats de 1884 « contredit les principes du pur républicanisme »

Elle constitue une « rupture décisive » en reconnaissant « l’existence entre l’Etat et l’individu, d’intérêts collectifs qui surplombent les intérêts individuels. »

 

Sans doute parce qu’elle ne veut parler que de ce qu’elle a étudié de 1ère main, Mona Ozouf ne consacre qu’un paragraphe à la loi de 1905. C’est un peu dommage, car cela aurait renforcé sa démonstration.

En effet, « la solution conciliante de Briand et Jaurès » qui rompait avec « la politique de Combes, la plus républicaine au sens strict » va tout à fait dans le sens que ce qu’elle indique.

L’article 4 del laoi de 1905, objet d’un vif conflit interne entre républicains, et enjeu majeur possède 2 caractéristiques :

-         il a été trouvé dans la législation anglo-saxonne (américaine et écossaise)

-         il applique à la religion cette prise en compte d’intérêts collectifs que la loi de 1884 reconnaissait aux syndicats.

C’est pourquoi, d’ailleurs « aux libres penseurs radicaux qui souhaitaient ignorer les communautés de fidèles, ces groupements intermédiaires », Briand et Jaurès, qui avaient, eux,  une culture syndicaliste, ont opposé « toute une diversité vivante impossible à ignorer. »[1]

J’ai été frappé de constater l’impossibilité du Parti socialiste, en 2005, a comprendre l’héritage fabuleux dont il disposait à propos de 1905.

Son incapacité à s’approprier le sens de l’action de Briand et Jaurès en 1905, et s’en servir pour les problèmes d’aujourd’hui.

C’est le genre d’erreur à ne pas perpétuer, Martine.

 

Mona Ozouf n’évacue pas le problème où la III république est restée marquée par un certain jacobinisme : celui de « la violence faite aux langues régionales. Elle en parle, aussi bien à propos de Ferry qu’à propos des « hussards noirs ».

Elle montre « le soupçon, hérité de la Révolution, que ces parlers locaux, poches d’archaïsme, sont une arme aux mains des prêtres »

Et la « certitude » des hussards noirs « qu’ils s’appuyaient sur les humbles calculs des familles, sûres que le français était un passeport pour la ville, l’emploi, une vie moins dure . »

 

Mais elle monte que cet aspect, si important soit-il, ne doit pas être l’arbre qui cache la forêt.

Les hussards noirs, de façon dominante, « n’avaient pas la folie de croire que (l’enfant) peut apprendre dans une indifférence superbe à ses attaches et à ses intérêts propres. »

Institutrices et instituteurs tentaient de faire parvenir l’enfant « sans secousses du proche au lointain, du vécu au pensé, de l’esprit de clocher à l’orgueil de la patrie. »

Pour eux, « l’unité française restait le but ultime, mais une unité bien tempérée puisqu’elle s’obtenait non par la disparition mais  par la composition des diversités. »

 

III AUJOURD’HUI DOIT-ON CONFONDRE REPUBLIQUE ET JACOBINISME ?

 

Analysant des événements récents, Mona Ozouf conclut que « la République n’a jamais tout à fait intériorisé les lois libérales qu’elle a elle-même fait voter »

(il suffit d’ailleurs de constater l’usage réducteur au seul niveau socio-économique, et, en conséquence, extrêmement péjoratif, qui est fait actuellement en France du terme de « libéral »)

Elle continue en affirmant : « Les « républicains » continuent de méconnaître la profonde transformation du modèle légué par la Révolution française et d’associer le républicanisme à sa forme autoritaire. »

La « République absolue »a historiquement fait faillite. Le « jacobinisme n’est voué à se réaliser qu’au prix de la terreur. »

La « République absolue » a aussi engendré (comme Jules Ferry l’avait compris) le Bonapartisme. Pourtant, « son impérieuse image a scellé pour longtemps le destin des particularités ».

 

Aujourd’hui encore « les Français peinent toujours à reconnaître la tension entre l’universel et le particulier, présente pourtant dés l’origine et au cœur du républicanisme. »

Ils n’ont toujours pas compris « le lien qui unit l’abstraction et l’inhumanité. »

Du coup l’historienne fait un « constat de défaite » du jacobinisme, qui s’accompagne d’une « victoire dans l’ordre de la mémoire et des symboles », d’un « imaginaire du jacobinisme » qui perdure et porte en lui d’autres défaites.

Il existe un « surmoi jacobin » profond, dont la France n’arrive pas à se défaire.

On croit fortement (La Révellière-Lépeaux le constatait déjà en son temps) qu’une « République une et indivisible (même si le « une » a été enlevé des Constitutions de la IV et Ve République, il subsiste tel quel dans l’imaginaire) est la condition sans laquelle il ne saurait y avoir jamais de liberté. »

« Axiome faux » et « calqué sur celui de l’Eglise romaine. », du moins du temps de la chrétienté.

 

Du coup, la France incarne « un local très particulier, affublé des oripeaux de l’universel » et « en tout Jacobin sommeille un communautariste qui s’ignore », enfermé qu’il est dans « son bloc de certitudes. »

Or ces « communautaristes qui s’ignorent » prospèrent idéologiquement en brandissant, « l’épouvantail du « communautarisme », un  mot capable de déchaîner les passions, et qui offre l’avantage d’être facile à stigmatiser. »

« Les journaux, rappelle-t-elle, sont pleins de ces stigmatisations hâtives » où de pseudo penseurs mêlent « l’amalgame », la « condescendance » et « paradoxalement la peur » : « Qui la croirait aussi fragile, cette nation si constamment, si délibérément, une et indivisible ? C’est pourtant elle dont on annonce pour bientôt la balkanisation. »

 

Au lieu des propos incantatoires de ceux qu’elle appelle « les intégristes républicains d’aujourd’hui », il faudrait entreprendre une démarche de connaissance : « explorer les raisons qui poussent les hommes à rechercher la protection et l’abri du groupe. »

Elle en donne 2 :

-         « L’insertion communautaire est parfois tout ce qui reste d’humain dans les vies démunies »

-         « L’individu invité à s’affranchir triomphalement de ses appartenances y est souvent ramené sans douceur par le regard d’autrui, renvoyé à sa communauté, sa race ou sa couleur. »

Elle fait, en outre, « observer que des intégrations réussies ont pu s’opérer avec le concours des groupes particuliers » et donne l’exemple des « associations de Bretons ou d’Auvergnats de Paris. »

On pourrait ajouter l’Eglise catholique et le Parti Communistes, du temps où ces organisations étaient à la fois hostiles à la République (laïque pour l’une, capitaliste pour l’autre) et puissantes

 

Et retrouvant, après ces décennies de recherche, les interrogations de son enfance « entre l’école et la maison », Mona Ozouf nous demande : « faut-il penser qu’entre l’obligation d’appartenance et la revendication d’indépendance nulle négociation ne peut s’ouvrir ? Qu’entre les attaches et la liberté il y a une invincible incompatibilité ? »

En fait, dit-elle, « chacun de nous abrite en lui l’une et l’autre de ces exigences. »

Alors que « le discours intégriste des universalistes repose sur l’illusion d’une liberté sans attache », « l’individualité » libre, « la signature de l’individu sur sa vie » provient de la « pluralité de ces attaches ».

Dans une société démocratique moderne, « aucune appartenance n’est exclusive, aucune n’est suffisante à assurer une identité. »

 

Le « foisonnement même » des appartenances les dé-essentialise et « ménage pour chacun d’entre nous la possibilité d’une déprise ; car cette part non choisie de l’existence, nous pouvons la cultiver, l’approfondir, la chérir ; mais nous pouvons aussi nous en déprendre, la refuser l’oublier. »

Et Mona Ozouf de conclure que la « narration (par chacun de sa propre histoire) est libératrice. »

« Cette histoire, nous disent les communautaristes, est faite de notre appartenance à la communauté. A quoi les universalistes répondent qu’elle n’a rien à voir avec l’appartenance. »

Et Mona d’affirmer crânement : « Je ne crois ni les uns ni les autres. Ni les universalistes, parce que la vie est tissée d’appartenances. Ni les communautaristes parce qu’elle ne s’y résume pas. »

 

Quel souffle, né d’un laborieux et rigoureux travail. Je ne vous avais pas menti en vous annonçant (Note du 15 juin) « une belle leçon de République ».

Cela valait la peine de s’y attarder un peu, non ?

Surtout que, Chère Martine, vous avez annoncé au quotidien Le Monde, que les socialistes allaient proposer un POST-MATERIALISME.

Alors là, c’est un rude travail que vous entreprenez. Dans quelques jours, en conclusion de cette missive, je vous en parlerai un peu.

 

 



[1] Cf ; mon ouvrage : L’intégrisme républicain contre la laïcité (éd. de l’Aube, 2006). Je suis frappé de constater qu’alors que M. Ozouf n’a probablement pas lu cet ouvrage, elle aboutit, in fine, en parlant d’aujourd’hui, à utiliser l’expression d’« intégrisme républicain » (cf. ci après)

03/07/2009

COMMISSION "BURQA", REPUBLIQUE et DIVERSITE.

(DEUXIEME LETTRE à MARTINE AUBRY)

 

Chère Martine,

Rappelez-vous, j’avais commencé à vous écrire sur ce Blog, le 15 juin dernier, pour vous indiquer l’intérêt du livre de Mona Ozouf : Composition française, dans la perspective d’une « refondation » intellectuelle de la gauche.

Le 15 JUIN, c’était il y a moins de trois semaines, c’était il y a un siècle. Alors on ne parlait nullement de la dite « burqa ».

En moins de 20 jours, elle est devenue LE problème national: Sarko a ajouté un passage dans son discours versaillais et une Commission parlementaire est déjà en place.

Elle va se réunir le 8 juillet.

 

La crise est très profonde (« structurelle » pour faire savant), le chômage explose, 60% des Français ne partiront pas en vacances, une enquête du CNRS prouve que les contrôles d’identité s’effectuent au faciès, ce qui est un racisme d’Etat et provoque des révoltés, des extrémistes (avec des bandes qui se justifient de cela et en rajoutent). Bref, les banlieues sont de nouveau au bord de l’embrasement, etc, etc.

Mais c'est la façon dont s’habille quelques milliers de femmes (on dit : 5000, mais je ne sais d’où sort ce chiffre tout rond) qui capte l’énergie, le débat national. certes, cette façon pose problème mais...

C’est fou, non ? 

Sauf à penser que la dite burqa est la goutte qui fait déborder le vase, pour certains élus confrontés à de multiples problèmes.

Sauf à penser également, qu’il y a là un coup politique qui vise la gauche. On ne parle pas de cet aspect, qui me semble pourtant une composante du problème

Nous allons reparler de ces 2 aspects.

 

Car ce qui me frappe dans cette affaire, c’est son caractère paradoxal.

A priori, l’affaire est très simple, la cause est même entendue :

La burqa, à part quelques dizaines de milliers de salafistes (sur 60 millions d’habitants), tout le monde est contre. A première vue, l’interdire ne devrait donc pas faire problème.

Et une fois de plus (plus encore que pour les signes dits ostensibles), on s’offrirait, à peu de frais, de la communion sociale

Pourtant, depuis 15 jours, dans les nombreux coups de téléphone que je reçois des journalistes (et ce sont surtout des journalistes femmes qui m’appellent), je ressens comme une inquiétude.

Comme si l’affaire apparaissait trop simple pour être honnête.

Comme si envisager de réglementer la façon dont on s’habille dans la rue, c’était craignos, cela menaçait à terme les libertés publiques.

Comme si, envisager une seconde loi qui, sur le plan symbolique, va (qu’on le veuille ou non, et même si empiriquement la dite « burqa » est rejetée par 90% des musulmans) viser l’islam provoquait un malaise.

Bref, pour une fois, j’ai trouvé que non seulement les médias ne mettent pas de l’huile sur le feu, mais que nombre de journalistes estiment que le problème est beaucoup plus complexe qu’il en à l’air.

 

De toute façon : « Aléa jacta est », comme disait Obelix.

La Commission existe, et elle comprend 11 députés socialistes (sur 32, soit plus d’1/3), qui vont donc jouer un rôle important. Une minorité de blocage s’ils s’entendent.

En fait, à mon humble avis, un rôle décisif à la fois pour l’avenir de votre parti, et aussi pour l’avenir de ce pays.

 

Rôle décisif pour un PS qui est dans les cordes. J’ai écouté ce matin Cécile Duflot (d’Europe Ecologie) sur France Inter.

Le moins que l’on puisse dire c’est qu’elle a le vent en poupe : elle est convaincue qu’elle est portée par une sorte de nouveau sens de l’histoire, et qu’elle et ses amis vont transformer l’essai l’an prochain au 1er tour des régionales.

C’est une possibilité car, d’ici là, on va continuer à parler de tous les problèmes où sa mouvance apparaît plus crédible que votre parti : l’environnement, le réchauffement climatique, la biodiversité, etc.

Et je rencontre actuellement pas mal d’amis qui votaient PS, qui ont voté Europe –écolo aux européennes, et semblent bien décidés à faire de même au 1er tour des régionales.

Y compris quelques uns qui ont la carte du PS. Ah les secrets de l’isoloir !

Et si ce scénario se réalise, alors en 2012, peut-être de nouveau, le PS ne sera pas présent au 2ème tour.

Mais cette fois cela n’engendra aucune culpabilité, car ce ne sera pas un extrême droite, mais un écolo qui lui ravira la place.

C'est inquiétant, pour vous, non?

 

En attendant, la Commission sert aussi d’autres intérêts. Ceux de la droite et ceux des extrêmes communistes.

C’est un aspect dont curieusement on ne parle pas, alors que l’on ferait bien d’investiger un peu de ce côté.

On a juste signalé les liens entre André Guérin, le député du PC à l’origine du processus: il est très ami avecEric Raoult, député UMP et partisan  d'une ligne "sécuritaire".

La Commission est construite de telle manière qu’elle taille des croupières au PS, à la gauche. L’UMP (Rault au poste essentiel de rapporteur, et une majorité –forcément- de députés UMP) et, pour la présider, Guérin un ultra PC (hostile à la direction de son parti).

UMP et PC (quasi dissident) s’en partagent donc la direction, comme au beau temps où l’on voulait qu’entre les gaullistes et les communistes, ce soit le désert politique.

La hâte de Sarko de prendre le problème à son compte, « m’interpelle quelque part» (en utilisant cette expression, je m’amuse un peu : nous sommes en juillet, non)

Il y aurait derrière une manœuvre de pseudo ouverture très tordue que cela ne m’étonnerait guère.

 

J’ai également été frappé de constater que le discours de Fadéla Amara (dans l’émission, très regardé par la classe moyenne, Mots croisés sur Fr2) était bien passé auprès de téléspectateurs, pourtant plutôt intelligents par ailleurs (ça, c’est pour m’amuser à lancer une vanne aux dits téléspectateurs qui m’en ont parlé !).

En reprenant le thème éculé du « complot »,[1] en privilégiant la militance sur l’analyse, Fadéla arrive à faire oublier l’absence totale de résultat de son action ministérielle.

Après plus de 2 ans de pouvoir de F. Amara, la situation des banlieues est tout autant calamiteuse. Mais personne ne s’interroge sur ce triste bilan.

Cela s’appelle se refaire, à très bon compte, une virginité !

 

En tout cas, quelle que soient les arrières pensées, la situation est objectivement telle que, vraiment, camarades (et pseudos camarades) du PS, vous êtes fort mal embarqués dans cette satanée galère.

 

Vous avez cependant une carte (mais attention, c’est la seule !) à jouer : prendre votre faiblesse comme un levier.

Martine, et les autres, vous devez montrer extrêmement inventifs. Vous êtes en telle perte de vitesse, que vous n’avez plus rien à perdre en changeant de cap, et beaucoup en revanche en attendant que cela se passe.

 

Sans vouloir vous faire de peine, moi, honnêtement, la débâcle du PS, je m’en remettrai sans problème!  Et je suppose qu’il en sera de même de la plupart des internautes qui surfent sur ce blog.

Cela même parmi vos membres. Vous savez les militants à vie, c’est fini (tiens, il faudra que l’on parle une fois du processus socio-historique qui a abouti à la privatisation de la décision)

Pour ce qui me concerne, je n’ai jamais été encarté, bien qu’à plusieurs reprises certains dirigeants du Parti m’ait dit qu’ils aimeraient bien avoir « plus de non membres » tels que moi.

Mais j’ai entretenu un long compagnonnage, et cela fait tant d’années que, gratis pro Jaurès, avec beaucoup d’autres, je tente de vous souffler quelques idées…

Surtout, je me dis que le PS, avec la Commission « burqa », a une chance, paradoxale mais historique d’apparaître comme un parti en train de se rénover, de surprendre les Français, de jouer un rôle d’éclaireur, d’être utile au pays.

 

Et c’est cela qui m’importe : comment sortir, « ce cher et vieux pays » (pour paraphraser de Gaulle) des ornières dans lesquelles il s’enfonce ?

Comment transformer une Commission, créée à la hâte, sans véritable réflexion préalable, en instrument qui fasse avancer la réflexion, le débat démocratique ?

C’est là que, miraculeusement pour vous, les intérêts du PS et ceux de la France, se trouvent liés.

 

L’idée c’est, dés le départ, d’avoir des exigences très fortes.

De partir de l’hypothèse que si les choses se sont tellement enflées en moins de 3 semaines, c’est que la « burqa » est un symptôme d’un problème beaucoup plus général.

A partir de là, d’exiger d’élargir substantiellement  le champ d’intérêt de la Commission. D’affirmer que la question fondamentale est celle des rapports entre République et diversité.

De la consistance et des limites (mais, attention, on ne peut tracer les limites que si, d’abord, on a construit de la consistance) des changements dans une France qui, il y a 50 ans, était encore le second Empire colonial du monde, et qui, aujourd’hui, devient une nation pluriculturelle.

Double changement considérable. Il est logique que cela ne s’effectue pas sans tâtonnements ni tensions.

Mais gare aux instrumentalisations politiciennes de ces problèmes.

 

République et diversité. Depuis des années, on tourne autour du pot sur ce sujet.

Martine, vous étiez ministre de Lionel. Vous savez donc qu’autant il s’est engagé dans le problème de l’inégalité politique homme-femme, autant il a foiré sur le thème de la diversité.

Résultat, c’est Chirac qui a créé la HALDE, c’est Sarko qui a pu se prévaloir de ministres « issus de la diversité »

(En fait le terme de « diversité » devrait englober tout le monde, mais c’est ainsi que l’on cause)

 

Coup de bol inespéré (pour vous) si vous savez le prendre en marche, le train repasse avec la création de cette Commission. Vous avez 11 représentants, les Verts 1 (après les législatives de 2012, la rapport de force risque de vous être beaucoup moins favorable).

C’est donc à vous de jouer, tout de suite.

Car, contrairement au film, le train ne sifflera pas trois fois !

 

Certes, sur la diversité, vous n’êtes intellectuellement pas prêts. Tant pis, vous allez réfléchir, en ayant votre cerveau poussé aux fesses (si je puis me permettre une métaphore osée!) par l’urgence.

Vous allez prendre l’affaire très au sérieux, car c’est votre dernière chance.

Le dernier moment où vous pouvez prouver que vous êtes encore utiles à la nation.

Vous avez encore des intellos qui acceptent de dialoguer avec vous. S’il ne se passe rien, dans un an, ce sont les Verts et leurs alliés qui feront des thing-tank.

 

Coup de bol pour moi aussi, je retombe sur mes pieds, c'est-à-dire sur l’ouvrage, la belle leçon de République qui, au départ, avait motivé ma première missive, celle du 15 juin.

(retenez bien la date, elle remplace l’Appel du 18 juin, et désormais, dans les livres d’histoire, les écoliers blacks-blancs-beurs apprendront que la fameuse Lettre que, ce jour là, le chevalier blanc, Jehan Beléros, a envoyé à la chef d’un parti qui…n’était pas au mieux de sa forme, a marqué le début du commencement des prémices du Renouveau)

Donc, ce qui avait motivé ma missive : l’ouvrage de Mona Ozouf, comporte trois pistes super importantes (et même plus) sur République et diversité.

Vous voulez savoir lesquelles? Suspens!

Promis, je ne vous laisse pas tomber : je vous livre cela au plus tard, mardi 7, avant la 1ère réunion de la Commission.

En attendant, vous pouvez lire (ou relire) des Notes d’avril et mai de ce blog (et aussi sur celui de Laurent Bloch : http://laurent.bloch.1.free.fr/spip.php?article125) sur l’ouvrage de Tom Shepard : 1962, Comment l’indépendance algérienne a transformé la France.

1962 : une date clef dans la relation République – diversité.

A très très bientôt donc….

 

 

PS (c'est le cas de l'écrire!): un grand Merci à Aziz Djaout pour ces 2 commmentaires à ma Note sur 26 juin.

Vous avez eu raison de vous référer au Sénégal, même si (comme vous le notez dans votre second commentaire, le cas est complexe).

Quand même, globalement, il existe une laïcité sénégalaise et les islamistes sont contenus.

Connaissez vous les écrits d'un grand philosophe sénégalais: Souleymane Bachir Diagne?

Je recommande à tous les internautes ses ouvrages, et notamment, son livre: Comment philosopher en islam (Panama, 2008)

 

 



[1] Thème que l’on nous sort régulièrement, y compris dans votre propre parti, depuis de nombreuses années. Mais, bordel, s’il y a complot, qu’on le montre et que l’on prenne des mesures contre les dits comploteurs, non contre des femmes.

Pour un spécialiste comme O. Roy, en tout cas (Métro, 2 juillet), la « burqa » correspondrait plus à la branche anti-sociétale du salafisme, celle qui veut vivre en contre société (il compare avec les carmélites), qu’à sa branche politique.

15:33 Publié dans ACTUALITE | Lien permanent | Commentaires (5)

30/06/2009

LE "DERAPAGE" D'ELISABETH BADINTER

 

D’ici 3, 4 jours, je vous donnerai la fin de la Note sur l’ouvrage de Mona Ozouf : Composition française. Sa seconde partie s’avère de grande actualité au moment où se met en place une Commission parlementaire sur la dite burka.

Mona Ozouf, je le rappelle, donne une remarquable synthèse (dans cette 2ème partie) de ses travaux sur le républicanisme.

Et la Commission ferait bien de réfléchir de façon critique (au sens de la critique historique) sur le républicanisme français, avant de foncer dans un fondamentalisme républicain.

 

Mais tout de suite, je voudrais PROTESTER vigoureusement devant des propos inacceptables que j’ai entendus hier soir à l’émission Mots croisés de France 2.

Vive le débat démocratique, et il est normal que des opinions très différentes sur la dite burka s’expriment. Là n’est absolument pas le problème.

 

Mais, par deux fois, Elisabeth Badinter a déclaré que les femmes qui portent la burka n’ont « plus rien d’humain ». Si ce propos déniant l’appartenance à l’humanité à des femmes n’est pas raciste, j’aimerais que l’on m’explique ce que c’est que le racisme.

.D’ailleurs Dominique Voynet, qui est partisan d’une loi, l’a relevé  et l’a heureusement contesté. Mais l’animateur aurait du le faire.

E. Badinter m’a rappelé Georges Frèche traitant les harkis de « sous hommes ».

Ce genre de propos est nauséabond.

 

Quel mépris de grande bourgeoise, figée dans ses glaciales certitudes, que de prétendre que des humains ne le sont plus, à cause de la manière dont il s’habille, quels que soient les problèmes que posent cette manière.

Quel déclin intellectuel d’en arriver à de tels propos.

Je trouve cela indigne de « notre République », dont on se gargarise.

Il fallait que le dise. C’est fait.

 

Petit rappel: E. Badinter avait déclaré a propos de la loi sur la parité (avant qu'elle soit votée): "Laissons entrer le particularisme dans la définition du citoyen et nous vivrons une sinistre cohabitation de ghettos différents. Je ne veux pas du communautarisme". Depuis près de10 ans, nous vivons donc dans cette sinistre cohabitation, dont la meilleure preuve est que le taux de femmes à l'Assemblée Nationale est passée de 10% à un peu plus de 16%. Sinistre, en effet....

26/06/2009

IRAN, COMMISSION sur la BURQA

J’ai hâte de vous résumer (et de commenter) la seconde partie de l’ouvrage de Mona Ozouf (Note du 15 juin), mais l’actualité, et notamment la caution par N. Sarkozy de l’instauration d’une Commission parlementaire sur la burqa, m’oblige à retarder cette Note (et à compléter celle du 19, qui portait déjà sur la burqa).

Espérons que ce sera la prochaine Note.

D’abord un petit mot sur l’Iran. N’étant pas spécialiste de ce pays, je n’ai guère à ajouter aux très nombreuses analyses de la presse. Juste 2 choses :

 

D’abord, ce qui est arrivé confirme les analyses de Y. Courbage et E. Todd[1] sur l’existence d’un processus de sécularisation dans les pays de culture musulmane. Et sur l’islamisme politique radical comme raidissement crispé face à ce processus.

Ce processus est et sera différent de celui de l’Occident. Et, en même temps analogue. La sécularisation n’est pas la disparition de la religion, mais son individualisation, pour dire les choses très rapidement.

La délaïcisation, elle, est à l’œuvre en Iran depuis 1979, mais elle a d’autant plus pu avoir lieu qu’auparavant, la laïcisation avait été autoritaire, voire totalitaire[2]. Cependant, maintenant les masques sont tombés.

Combien de temps les Iraniens mettront-ils pour ariver se libérer ? Nul ne le sait. En 1984, personne ne pouvait prévoir que le Mur de Berlin tomberait 5 ans plus tard.

Espérons donc, malgré une situation internationale bloquée, notamment avec le gouvernement israélien très à droite. La recherche d’un compromis, entreprise par Obama, va s’avérer fort difficile.

 

Ensuite, je vous recommande, si vous ne l’avez pas encore lu, l’ouvrage de Farhard Khosrokhavar : Avoir vingt ans au pays des ayatollahs (Robert Laffont).

C’est une enquête auprès des jeunes de la « ville sainte » de Qom, donc le lieu où la jeunesse devrait être la plus dans la ligne. Or l’auteur montre remarquablement la diversité de ces jeunes, leurs doutes et perplexités. Le « désir de devenir acteur de sa vie ».

La seule critique que je ferai est qu’il ne distingue pas (comme malheureusement la plupart des sociologues) ‘sécularisation’ et ‘laïcisation’. Lire son propos en effectuant cette distinction le rend encore plus opératoire.

 

Sur la burka maintenant, voici d’abord le communiqué de la Ligue de l’Enseignement :

 

Liberté, égalité, fraternité contre burqas

« Dans un contexte de crise économique et sociale toujours plus grave, la question du port de signes religieux - non plus à l’école cette fois, mais dans les lieux publics - refait une apparition médiatique tonitruante. Nous ne nous laisserons pas distraire des vrais enjeux, mais burqas et niqabs suscitent une indignation justifiée, dans la société française.

« Les principes laïques ne conduisent pas à réglementer les tenues vestimentaires, sauf dans des cas spécifiques relevant de l’ordre public ou de la dignité des personnes. L’importation de coutumes d’Asie centrale excédant les prescriptions coraniques se distancie des pratiques courantes des musulmans de France, qui sont nombreux à s’insurger.

« Elle manifeste une coupure qu’on peut apparenter à une dérive sectaire. Cette dérive qui isole les adeptes du reste de la société ne saurait être condamnée uniquement pour les femmes qui ne doivent pas être les seules victimes des débats idéologiques. La question décisive est bien celle de l’égalité entre les hommes et les femmes.

« Mais, il est évident qu’on ne peut accepter le destin assigné à ces femmes car le port de burqa traduit manifestement une subordination et leur libre choix semble hautement improbable.

« La réponse à ce type de dérive est complexe. Si une enquête en forme d’état des lieux est nécessaire, la France ne manque pas de chercheurs compétents à qui on peut confier une mission au lieu d’envisager une issue législative débouchant sur un interdit frontal inefficace, voire contre productif car enfermant encore plus les femmes dans leur soumission.

« Une loi risque de stigmatiser une population et être attentatoire aux libertés d’autant que des dispositions existent qui peuvent permettre d’apporter une réponse ponctuelle au problème.

« La seule solution est celle qui allie la fermeté sur les principes et la constance dans le travail d’intégration à la société. Ce travail demande une mobilisation de tous les acteurs, élus, enseignants, militants associatifs, travailleurs sociaux

Cette voie est certes longue et difficile, mais c’est la seule efficace. C’est celle que propose - et met en pratique -  la Ligue de l’enseignement. »

Le 23 juin 2009. Le Secrétariat National de la Ligue de l’enseignement

 

Quelques commentaires à partir d’un large accord global :

 

Le terme de « dérive sectaire » : j’étais assez d’accord avec cette expression au tout début de la MIVILUDES. Malheureusement celle-ci, après un changement d’équipe, l’a instrumentaliser et s’en est servi comme d’un cache-sexe.

Ceci dit je suis d’accord pour dire que la burka, comme au Québec le mode de vie des juifs hassidiques par exemple[3], pose un problème difficile aux sociétés démocratiques : les personnes et les groupes qui ont fait le choix d’une manière de vie contre-sociétale.

D’un mode de vie à l’opposé des principes sur lesquels repose la société.

 

Alors que le foulard manifeste souvent une intégration distanciée, la burka entre en opposition frontale avec la société française. Contrairement au foulard, la burka désocialise puisqu’elle rend extrêmement difficile l’aspect non verbal du dialogue, empêche le fac à face.

 

Je pense à la fois, qu’une société peut légitimement émettre des limites, édicter des contraintes liées au vivre-ensemble, à ce qu’on appelle « l’ordre public » d’une société démocratique.

Et, en même temps, il me semble aussi  que ces façons provocantes d’exister posent une question à la société démocratique, que l’on aurait tort d’évacuer sans y réfléchir de sang froid.

Il n’existe pas, à ma connaissance du moins, d’enquête qui cerne globalement le problème de la burqa en France. Mais les éléments d’enquête dont on dispose, semblent indiquer que le port de la burqa est, dans un certain nombre de cas, le choix de converties à un islam radical.[4]

(ce qui,là, ne pas complètement dans le sens du communiqué de la Ligue)

Il s’agit alors, d’un changement total de la façon d’exister en société.

Par quels parcours, quel processus, à la suite de quelles déconvenues, etc, ces personnes ont ainsi totalement rompu avec leur passé, pourquoi un tel besoin de rupture, de désappartenance à la société globale ?

Je voudrais disposer d’un peu de savoir sur ce plan.

 

Je suis fondamentalement un militant des principes démocratiques. Mais pour que ceux-ci soient, précisément, des principes démocratiques et non des « dogmes » de religion civile à la Jean-Jacques Rousseau, je dois me poser des questions et ne pas être ignorant dans ma réflexion.

Ce que j’aime bien dans le communiqué de la Ligue, c’est qu’il articule une fermeté dans les principes, un constat concret (c'est encore sur des femmes que l'on tombe dessus!) et l’idée que l’on n’est pas dans la toute puissance.

Or, dans toute cette affaire, le recours incantatoire à la loi, est une façon naïve de se situer dans la toute puissance.

C’est une attitude religieuse et "contre productive".

 Au total: je dois me méfier des idées toutes faites, des stéréotypes, des pseudo-évidences sociétales, de la tendance toujours présente dans une société à se sacraliser elle-même.

Je dois réfléchir de façon rationnelle.

 

Que va faire la Commission qui se crée actuellement ?

Est-ce qu’elle va continuer les habituelles entourloupes de certaines Commissions : se contenter essentiellement d’auditionner qui bon lui semble, prétendre qu’il s’agit là d’une enquête  et rédiger un rapport à partir de là?

Ce n’est pas sérieux.

Ce n’est pas une démarche de connaissance. Cela confine même à l’obscurantisme.

 

La Commission Bouchard-Taylor au Québec a procédé autrement. Elle a disposé d’un budget qui lui a permis de diligenter des enquêtes menées par des chercheurs. Elle a passé des contrats avec des équipes d’universitaires.

Et les choses ont pu être faites selon les méthodes des sciences humaines. Et les Commissaire disposer d’un savoir d’ordre scientifique AVANT de rédiger leur rapport.

La Commission Bouchard-Taylor, pour cela, s’est donné le temps nécessaire : 14 mois.

Je suis donc inquiet quand j’apprends que, nommée en juillet (c'est-à-dire travaillant effectivement à partir de septembre), la Commission compte rendre son rapport avant la fin de l’année.

 

D’autre part, s’il y a des auditions, seront-elles télévisées ? L’expérience montre que cela favorise les stéréotypes, les propos passionnels, émotionnels, au détriment d’une argumentation raisonnée.

Là encore, lors de l’enquête que j’ai effectuée sur la Commission Bouchard-Taylor, j’ai pu faire le constat suivant : les consultations publiques faites pendant 3 mois par les Commissaires étaient télévisées. Et cela incitait les gens à des propos à l’emporte pièce.

Mais la retransmission par la télé s’arrêtait à une certaine heure, pour que les programmes habituels reprennent. Or souvent, la consultation continuait… dans un climat très différent.

L’absence de la télé permettait des propos plus nuancés, dialectiques, complexes ; une meilleure écoute entre les personnes présentes, etc.

Donc il faut se méfier de l’effet télé.

 

Bon, voilà pour aujourd’hui. On risque fort d’avoir à reparler du problème d’ici la rentrée.

Bonnes vacances[5]…. En maillot de bain, j’espère !

 

PS : Suite d’indications dèjà données : V. Geisser comparaîtra devant la Dite Commission de discipline du CNRS, le 29 juin. Les soutiens s’emplifient : Voici deux soutiens symboliquement forts en provenance des Etats-Unis, à diffuser sans réserves. Il vous suffit pour les découvrir ce cliquer sur les deux liens actifs:

NOUVEAU: deux lettres ouvertes à Mme Catherine Bréchignac, Présidente du CNRS, émanant des milieux universitaires américains: California Scholars for Academic Freedom et 47 universitaires nord-américains - 24 juin

Cf. www.estherbenbassa.net

 

 



[1] Le rendez-vous des civilisations, Seuil, 2007.

[2] Cf. P-J. Luizard, Laïcités autoritaires en terre d’islam, Fayard, 2008.

[3] Sur les juifs hassidiques au Québec et les travaux de la Commission Bouchard-taylor (dont il est question ci après), cf. mon ouvrage : Une laïcité interculturelle, le Québec avenir de la France ? (l’Aube, 2008)

[4] J’ai demandé à un spécialiste de l’islam de m’en dire plus là-dessus. Je vous en ferai part.

[5] En n’oubliant pas votre Blog favori, cependant.

12:08 Publié dans ACTUALITE | Lien permanent | Commentaires (10)

19/06/2009

Projet de Commission sur le port de la burqa

Je vous renvoie à l'interview qui est parue sur le site web de Libération (le 19 juin) qui résume bien l'entretien que j'ai eu avec la journaliste, Laure EQUY. Voici le texte:

Burqa: «On ne libère pas

       les gens malgré

       eux»

INTERVIEW

Alors que le gouvernement s'interroge sur la nécessité de légiférer sur le port de la burqa, le sociologue Jean Bauberot, spécialiste des questions de laïcité, évoque la «croyance un peu jacobine selon laquelle l’Etat saurait ce qui est bon pour les citoyens».

Recueilli par LAURE EQUY

  •  Jean Bauberot, titulaire de la chaire d’histoire et sociologie de la laïcité à l’Ecole pratique des hautes études (EPHE), est auteur de plusieurs ouvrages dont les Laïcités dans le monde (PUF, 2007). Alors qu'une soixantaine de députés de toutes tendances ont déposé, le 8 juin, une proposition de résolution pour créer une commission d’enquête parlementaire sur le port de la burqa ou du niqab, il estime qu'il est moins question de la laïcité que de problèmes d'«ordre public», comme «la reconnaissance de l’identité de la personne que l’on a en face de soi».

 

 

Le port de la burqa dans la rue représente-t-il une atteinte à la laïcité?
L’exigence de laïcité n’est pas du tout la même à l’école ou dans la rue. Plus que de laïcité, il serait question d’ordre public dans un pays démocratique, lorsque la burqa ne permet pas de reconnaître la personne qui la porte. Elle peut alors rendre difficile l’acte social.

Mais il y a, aujourd’hui, une confusion sur la laïcité. Ses principes fondateurs, actés sous la IIIe République sont la liberté de conscience, l’égalité des citoyens devant la loi, la séparation du religieux et de l’espace public. Il s’agissait d’empêcher la domination du religieux, non son expression. On peut, bien sûr, regretter que des femmes portent la burqa mais on ne libère pas les gens malgré eux.

Les députés, derrière André Gerin (PCF), proposent d'abord la création d’une commission avant, éventuellement, de légiférer. Ne trouvez-vous pas cette démarche raisonnable?
Contrairement au voile, on ne dispose pas d’enquête sur le port de la burqa. Un débat serein, rationnel, suppose effectivement de la connaissance. Mais, depuis quelques jours, plusieurs personnes semblent trouver avant même d’avoir cherché! Evitons les déclarations à l’emporte pièce.

Une piste plausible est la co-existence de deux manières de porter la burqa: l’une subie, l’autre revendiquée. Or, je ne sais pas si le fait de voir plus de femmes en burqa dans la rue - à supposer que cette impression soit juste -, n’est pas lié au fait que celles-ci sortent davantage. C’est pourquoi, il faut être extrêment attentif et avoir toutes les données du problème: s’il y a une loi, ces femmes ne risquent-elles pas de rester recluses?

Pour l’une et l’autre de ces démarches, subie ou revendiquée, faut-il passer par une loi?
Dans le cas où le port de la burqa est subi, un dispositif d’aide sociale pour accompagner vers l’autonomie paraît peut-être plus approprié. Il s’agirait plutôt, a priori, d’un travail d’antenne.

Pour les femmes qui revendiquent le port de la burqa, je crois que c'est l’évolution du rapport actuel entre démocratie et islam qui peut modifier les choses. C’est moins un problème de laïcité que de sécularisation. Les changements internes à une religion sont liés à une dynamique sociale, à un climat général, pas à une approche autoritaire.

Si la burqa est une manière de retourner le «stigmate» (lire l’interview de Mohamed-Cherif Ferjani qui évoquait «un contexte» où certaines musulmanes «ont l’impression, à tort ou à raison, que l’islam est rejeté, diabolisé», ndlr), la façon la plus efficace est d’agir sur ce stigmate même, en accentuant par exemple la lutte contre les discriminations. Il faut, en tous cas, veiller à ne pas aggaver ce stigmate.

Cinq ans après la loi interdisant les signes ostensibles d’appartenance religieuse à l’école, la question du port du voile intégral - niqab ou burqa - est aujourd’hui posée. Quels points communs entre ces deux débats?
Le débat n’est pas exactement le même: avec la loi de 2004, il portait essentiellement sur la signification du voile. Pour la burqa, peuvent aussi se poser des problèmes pratiques de reconnaissance de l’identité de la personne que l’on a en face de soi. Le point similaire est sans doute cette idée que l’Etat peut émanciper les individus malgré eux. Une croyance un peu jacobine selon laquelle l’Etat saurait ce qui est bon pour les citoyens.

Deux infos:

Sur le site de Laurent Bloch, un compte-rendu du livre de Todd Shepard « 1962 — Comment l’indépendance algérienne
a transformé la France » qui complète bien celui qui a été donné par  ce Blog :
http://laurent.bloch.1.free.fr/spip.php?article124
 De récentes atteintes aux libertés publiques ("affaire Vincent Geisser")lui ont inspiré une petite
mise au point :
 http://laurent.bloch.1.free.fr/spip.php?article123
 
D'autre part, de façon constante, vous pouvez trouver beaucoup d'infos sur la laïcité sur le site: www.laicite-laligue.org

16:22 Publié dans ACTUALITE | Lien permanent | Commentaires (2)

15/06/2009

UNE BELLE LECON DE REPUBLIQUE : LETTRE A MARTINE AUBRY

Chère Martine,

Veuillez excuser cette appellation un peu familière, alors que je ne vous connais pas personnellement. Mais un long compagnonnage critique me lie au PS et, d’autre part, j’ai un peu de peine à adopter le « Bonjour », maintenant hégémonique, au début des lettres

Vous m’avez inclus dans le « think tank » du PS, permettez donc que je ne me limite pas à participer à ce travail collectif, que je m’autorise à vous donner un petit conseil.

A vous, aux autres responsables du PS, à celles et ceux qui veulent dépoussiérer la culture politique française.

Si ce n’est pas déjà fait, profitez de l’été qui arrive, et des loisirs qu’il donnera, pour lire très attentivement, et ruminer longuement, le dernier livre de Mona Ozouf, Composition française.

(Gallimard)

Vous y trouverez, en effet, une très belle leçon républicaine, apte à sortir de ce que l’auteure ne crains pas d’appeler « l’intégrisme républicain »[1], sans pour autant larguer le bébé avec l’eau du bain.

 

Trois raisons me poussent à vous inciter à une telle lecture.

 

D’abord, je ne saurais être soupçonné de « prêcher pour ma paroisse » : à la fin du livre, quand Mona Ozouf indique ses positions récentes, elles sont inverses des miennes.

Elle est (relativement) contre la loi sur la parité, que j’estime bonne comme « mesure transitoire » ; elle est (relativement) pour la loi de mars 2004 comme « mesure provisoire », alors que je pense que les aspects négatifs de cette loi l’emportent[2].

Mais le problème de la culture politique française en général, et de celle du PS en particulier, est beaucoup plus fondamental que des prises de position sur des contenus (matière à débat démocratique).

Il est dans l’ignorance structurelle, dans le refus d’avoir une démarche de « savoir » au sens strict du terme quant à la République.

Il est dans un obscurantisme profond, inconscient parce qu’idéologiquement si confortable, et dans la répétition (depuis au moins 20 ans) de stéréotypes dogmatiques qui font que le PS devient un repoussoir.

 

Chère Martine, il existe un minimum syndical, condition préalable pour sortir le PS de son ornière :

que l’on n’entende jamais plus les discours roublards, ressortant les clichés caressant les vieux militants dans le sens du poil, dont nous abreuvait François Hollande, en conclusion de journées de réflexion sur la laïcité et/ou la République, auxquelles il s’était bien gardé d’assister.

Je vous en supplie, Martine, plus jamais ça. Plus jamais. Sans doute, spontanément, vous pouvez mieux faire. Mais, après avoir lu Mona Ozouf, vous saurez comment faire infiniment mieux, sans pour autant braquer les militants traditionnels.

Je n’ignore pas les contraintes du politique, qui sont différentes de celles de l’intellectuel.

 

Car, seconde raison, Mona Ozouf est une Grande Dame, par la finesse de son intelligence, la façon dont elle allie trois qualités : fermeté et rigueur, nuances et prises en compte de la complexité, et, surtout dans ce livre destiné à un large public, clarté limpide du propos.

Vous lirez l’ouvrage comme un roman. Vous en ressortirez en ayant appris l’essentiel sur l’historicité qui est le fondement actuel et actif de la République française.

Les Français qui se sont intéressés à l’histoire de la Révolution ont suivi le match Michel Vovelle – François Furet, gagné haut la main par ce dernier lors du moment décisif du bicentenaire, en 1989.

Mais Mona Ozouf est bien meilleure que l’un et l’autre : sa « compréhension » -au sens de l’histoire comme science humaine- de la Révolution et de la République va beaucoup plus profond, et sa prise de distance avec des historiographies idéologiques est bien plus grande. Ce livre en est une nouvelle preuve.

 

Car, troisième raison, son beaucoup trop modeste sous titre est trompeur : « Retour sur une enfance bretonne » indique-t-il. Je serais l’éditeur, j’ajouterais une bande rouge avec écrit : « Une magistrale leçon de République ».

Certes, l’auteure nous compte son enfance, avec un style littéraire simple et magnifique qui rend la lecture passionnante. La première originalité de ce récit est son caractère objectif et subjectif.

Mona Ozouf en livrera la clef dans le dernier paragraphe du livre.

Elle a pris de la distance à l’égard d’elle-même pour devenir historienne (démarche d’objectivation), elle a suivi la prescription académique : il faut sortir de sa propre histoire pour pouvoir écrire l’histoire.

Et, après des décennies de travaux distanciés, objectivés, elle a « transgressé » la prescription, elle a fait retour sur son histoire personnelle.

Et ce retour lui permet d’écrire une histoire singulière, personnelle avec tout l’acquis de la distance historienne, avoir une mémoire imprégnée d’histoire.

 

Or, il se trouve que son histoire personnelle est exemplaire, car elle se situe au cœur de l’impensé républicain : la richesse de la multiappartenance, la construction d’un individu autonome à partir d’appartenances plurielles, en proximité et distance avec elles.

Trois appartenances, ont été pour elle, trois écoles de la vie[3] :

 

En premier : l’école de la Bretagne : son père était militant autonomiste breton.

Disparu alors qu’elle était petite fille, il a cependant beaucoup compté, aussi bien par la fidélité de la mère de Mona à l’idéal de son mari, que par la bibliothèque familiale qui mettait à disposition les instruments culturels de  l’itinéraire paternel.

Mona a lu Les Perses en breton et elle nous affirme : « Quand j’entends aujourd’hui les pamphlets anticommunautaristes moquer lourdement les cultures minoritaires (…), je ne peux me retenir de comparer les deux bibliothèques de mon enfance[4]. La plus universaliste n’était pas celle qu’on aurait cru. »

Car, de manière plus générale, l’école de la Bretagne, c’est aussi ce qu’elle appelle « la maison » (on pourrait dire : l’école de la maison) : tout ce qui lui a été transmis, non seulement indirectement mais fortement, par son père, mais aussi par les deux fortes personnalités féminines contrastées de sa grand-mère et de sa mère.

Sa grand-mère, belle figure paysanne, très représentatives des personnalités générées par ce qu’il possible d’appeler globalement la ‘société traditionnelle’. Ainsi « si les rôles (sexués) étaient pour elle clairement répartis, elle en inversait la hiérarchie coutumière.»…, croyait fermement à la supériorité morale des femmes et agissait en conséquence.

C’est d’ailleurs pourquoi elle était fort pieuse et, à sa manière, implicitement anticléricale : les curés n’étaient, après tout, que des hommes. Ils étaient pourvu d’une double faiblesse : celle de l’être humain redoublée par celle propre à l’être masculin.

Cet anticléricalisme religieux, l’historien le rencontre souvent, à plusieurs époques et dans plusieurs cultures. On a tendance à ne pas le percevoir aujourd’hui.

Par sa personnalité forte, cette grand mère a appris à Mona que « les livres ne sont pas la seule fenêtre de la vie ».

 

Mona Ozouf montre une France contrastée : beaucoup moins insensible à la diversité des terroirs qu’on ne l’a prétendu mais en même temps crispée sur une revendication culturelle majeure : la langue.

Ainsi, comprenant que ces rêves n’étaient pas prêts de se réaliser, le père de Mona les a minimalisé dans une revendication que la République aurait pu facilement satisfaire : enseigner le breton le jeudi (jour laissé vacant pour faciliter le catéchisme), en dehors des programmes officiels.

Sa demande n’a pas rencontré d’écho favorable. Ce refus est typique d’une république qui se sent perpétuellement menacée, et qui s’appauvrit elle-même par son obsession de la menace.

La conséquence de cela, c’est que la seule diversité qui a finalement été admise, est la diversité religieuse. Je vais y revenir.

 

Ensuite, « l’école de la France ».

Mona Ozouf reprend ici le titre d’un ouvrage important qu’elle a consacré à l’école républicaine.

L’école enseigne une certaine vision de la France : celle d’une « marche continue au progrès ». Elle était présentée comme une personne qui « traversait des épreuves, (…) crises de croissance, porteuses d’un développement ultérieur, et finalement résolues dans l’accès à plus d’équité et de bonheur. »

La France « n’en finissait pas de progresser vers la justice et l’humanité, en séquences bien ordonnées, comme les écolières elles-mêmes étaient censées le faire au long de l’année scolaire. »

Une croyance donc à la conjonction des progrès (du progrès scientifique et technique, au progrès social et moral, qui projetait dans l’avenir, donnait de l’espoir.

On est aux antipodes de la France « valorisant ses racines » à la Sarkozy.

Jusqu’à la guerre 14-18, cette croyance en la conjonction des progrès, ce continuum entre progrès personnel et progrès social national était tout à fait raisonnable, pouvait s’appuyer sur de nombreux indices empiriques.

Là, juste avant la guerre 39-45 (Mona entre en 6ème en 1941), cela commence à devenir répétitif, moins crédible : les horreurs de la première guerre mondiale ont montré aux adultes l’ambivalence du progrès.

Mais l’école exonère la France de toute responsabilité morale dans cette guerre.

 

Cependant, la période où la conjonction des progrès existait empiriquement reste proche. Mona Ozouf nous montre, à travers les récits qu’elle a reçus de sa famille, et même ses expériences de fillette, comment l’arrivée de la modernité dans les campagnes a transformé la vie des gens.

Savoir lire et écrire signifie accéder à une vie privée, à une existence personnelle hors du regard surveillant d’autrui.

Ainsi la correspondance avec les fils partis au Front pendant la 1ère guerre mondiale peut être privée si l’on a ce savoir, mais reste soumise au regard surveillant d’autrui si on ne l’a pas.

La religion est devenue progressivement « affaire privée », choix personnel (pour Mona la mutation, restée partielle, s’est faite entre la génération de sa grand-mère et celle de sa mère), au moment même où, la possibilité d’une sphère privée se démocratisait et signifiait espace de liberté.

Parler (comme certains) de « réduction de la religion à la sphère privée » est donc une terminologie elle-même très…réductrice.

 

L’école enseignait l’universel. La citation de M. Ozouf sur la bibliothèque de son père (et bien d’autres passages) montre les limites et les impensés d’une telle prétention.

« L’école, au nom de l’universel, ignorait et en un sens humiliait la particularité. Et la maison, au nom des richesses du particulier, contestait l’universel de l’école qu’elle soupçonnait d’être menteur », d’être « une particularité aussi, la française, qu’elle enveloppait ou dissimulait, dans le manteau de l’universel

L’école enseignait la France, elle exaltait des héros qui, comme Du Guesclin était la figure même du « traître » pour « l’école de la Bretagne ».

 

Mais M. Ozouf indique aussi tout ce qu’elle a reçu de cet enseignement : pour cette très bonne élève, l’école a été le lieu d’une « bienheureuse abstraction ».

Y règne un « credo central, celui de l’égalité des êtres », concrétisé par un système de classement méritocratique qui semble « le véritable instrument de l’égalité ».

Les dires de Mona Ozouf illustrent très bien les analyses de François Dubet[5] sur ce qu’était « l’école républicaine » est ses paradoxes, avant sa transformation en « école démocratique de masse ».

Et, après l’école primaire, le collège. Les grands textes littéraires : « grâce à eux, nous savions ce qu’étaient la passion, la jalousie, la ruse, la cruauté, la séparation ; nous pouvions vivre à l’avance ce qui ‘n’était pas de notre âge’, et sans nous faire mal. »

Dernière remarque : l’école (laïque) n’est bien sûr pas mixte : elle ne le sera qu’à partir des années 1960.

Et maintenant, on veut nous faire croire d’une consubstantialité entre laïcité et mixité.

 

Enfin, l’école de l’église. La commune où vit la jeune Mona «  a deux côtés, inscrits dans la topographie. (…) Ce « côté » vous dit quel médecin choisir, quel boulanger et ce n’est pas pour la qualité de son beurre qu’on élit son épicier. »

Autrement dit, il s’agit d’une commune coupée en deux communautés, symbolisée par les deux écoles : la catholique et la laïque, mais aussi par deux espaces sociaux différents.

On ne choisit pas son médecin en fonction de sa compétence supposée, mais de son appartenance à sa propre communauté.

Et dans des départements comme le Gard, la Drome ou l’Ardèche,  la communauté protestante présentait des caractéristiques sociales semblables de quant à soi, même si elle fréquentait l’école laïque. On trouvait là, trois communautés : deux laïques (la protestante et la libre penseuse) et une catholique.

Les fréquentations, la vie sociale, est marquée par cette communautarisation de l’espace social, même s’il ne s’agit pas de la seule division de cet espace.

A la division de deux cultures religieuses, s’ajoute celle qui provient de classes sociales. Mona Ozouf en parle aussi.

Et 1905 n’a rien changé à cela[6] : ce n’est pas la laïcité qui a uniformisé socio-culturellement l’espace social de la France, à un niveau local, c’est la sécularisation des Trente Glorieuses.

Prétendre que la laïcité a fait refluer la religion dans la « sphère privée » est une escroquerie intellectuelle.

C’est confondre choix privé et sphère privée.

Par ailleurs, contrairement à ce que je lis tout le temps, l’école n’est pas en France « gratuite, laïque et obligatoire » : c’est l’instruction qui est obligatoire et l’école publique qui est laïque (et gratuite).

La laïcité scolaire comporte la liberté de l’enseignement.

 

En revanche, ce qui est exact et complique l’affaire, c’est que (du coup) coexistent deux niveaux de laïcité :

-         la laïcité comme règle générale, comme fonctionnement social : le tout.

-         la laïcité comme référence identitaire d’une partie de la population : la partie (là, la « Bretagne bleue » minoritaire) ; en général d’une identité de gauche.

Mais ce n’est pas le seul clivage : dans la commune de Mona, les enfant de fonctionnaires vont à l’école laïque, les petits notables et les commerçants qui veulent élargir leur clientèle mettent parfois leurs garçons à l’école laïque et leurs filles à l’école des Sœurs.

 

Chez Mona, on est Breton face à l’école de la France et Bleu face à la Bretagne traditionnellement d’identité catholique.

Mais Mona fréquente le catéchisme, comme d’autres enfants de l’école laïque, et elle raconte les petites vexations qui lui sont infligées à cause de cette appartenance à « la laïque ».

Plus fondamentalement, les « certitudes religieuses » de « la maison » et celles de l’Eglise ne sont pas les mêmes.

Par exemple :

-         selon la maison, au Paradis, on retrouve tous les êtres qui vous sont chers et ont eu une « bonne vie » (donc Mona y retrouvera son père). C’est même grâce à ces retrouvailles qu’il s’agit bien du Paradis !

-         selon l’Eglise, hors d’elle, pas de salut, pas de Paradis (donc Mona n’y retrouvera pas son père, mort en refusant les « derniers sacrements).

La Grand-mère va « à confesse comme on va chez le dentiste » : cela fait partie de « l’hygiène » et sa « fidélité (est) plus paroissiale que cléricale »

On tend souvent à confondre croyances religieuses et croyances cléricales. En fait, l’autonomie religieuse personnelle est moins nouvelle que ne le croient les sociologues, même si l’individualisation de la religion s’est accentuée ces dernières décennies.

 

La profondeur du livre de Mona Ozouf, c’est qu’elle analyse ce que transmettent la maison, l’école et l’église comme des « croyances » :

« la foi chrétiennes de nos ancêtres, la foi bretonne de la maison, la foi de l’école en la raison républicaine

Ce  sont ces trois croyances qui ont formé ce qu’elle appelle sa « tradition ».

La tradition, « un déjà là nécessaire » qui germe en nous à notre insu au point de devenir « presque nôtre ».

Car s’il laisse « un peu de jeu à notre liberté » c’est parce qu’il « dépend de nous, jusqu’à un certain point de lui accorder ou de lui refuser (…) notre assentiment. »

La liberté de l’individu se construit à travers du déjà-là, des traditions. Par une dialectique de la proximité et de la distance envers ces traditions. Non pas par l’arrachement du particulier, pour accéder à un universel abstrait.

 

En fait, ce qui est passionnant chez Mona Ozouf, c’est que l’universel abstrait de l’école est très précieux, mais à condition qu’il soit une particularité parmi d’autres.

Là est le très riche paradoxe de son récit.

Elle s’est construite comme sujet autonome à travers le « persistant inconfort » de « croyances désaccordées » : celles de la maison, de l’école et de l’église.

Croyances chacune totalisante mais que la pluralité a empêché d’être totalitaire.

Les « codes multiples » ont été formateurs. C’est l’enfermement dans un seul code qui aurait été étouffant.

Aujourd’hui, en France, c’est l’uniformisation médiatique des codes qui représente le grand danger, la véritable menace pour la liberté de l’individu.

 

Mona Ozouf nous fait ensuite insensiblement passer, via l’école secondaire et l’Ecole Normale supérieure, de son histoire personnelle, déjà exemplaire de bien des aspects de l’histoire de la république française, à une limpide synthèse de ses découvertes de chercheuse sur l’histoire de la Révolution (comme fondation républicaine) et de la République.

(à suivre)

 

PS: Pour prendre connaissance des activités du Collectif pour la sauvegarde de la liberté intellectuelle, formé à la suite de " l'affaire Vincent Geissr", et dont je suis membre fondateur cf:  http://petition.liberteintellectuelle.net


[1] Tiens, tiens, cela me rappelle quelque chose : c’est d’autant plus probant que M O ne semble pas avoir eu connaissance de mon ouvrage : L’intégrisme républicain contre la laïcité (L’Aube, 2006).

[2] Mais précisément, le crétinisme intellectuel guette tout un chacun, dés que l’on se met à n’apprécier que les personnes qui partagent votre position. Il est bien plus passionnant de lire des ouvrages avec lesquels on peut avoir certains désaccords, et de comprendre où, quand et pourquoi ces désaccords se produisent.

[3] Le livre part des souvenirs (articulés avec un savoir historien) de M. Ozouf pour, peu à peu, passer à une brillante synthèse vulgarisée de ses recherches. Tout en suivant la dominante du plan, mes indications sur la 1ère partie tiennent aussi compte de la seconde.

[4] Celle de ce qu’elle appelle « la maison » et celle de l’école laïque.

[5] Je ne sais si elle l’a lu, elle ne s’y réfère pas en tout cas.

[6] Au niveau de la France, et de la Bretagne en général (voir l’ouvrage d’Yves Lambert : Dieu change en Bretagne, où 1905 ne présente pas de rupture) ; Pour la commune de Mona, en 1906, il y a « la laïcisation de l’école communale toujours tenue (jusque là) par les congréganistes du Saint-Esprit ».

Et oui, on l’oublie : il y a eu des instituteurs/institutrices congréganistes dans les écoles laïques, et ils sont partis progressivement, même si le principe de leur départ a été acté en 1886 (4 ans après la laïcisation de l’école publique)

08/06/2009

OBAMA. LA DEBACLE, une CHANCE pour le PS ?

Deux brèves réactions à deux événements d’actualité.

 

D’abord j’étais à un important colloque international sur « Modes of Secularism » à Vienne quand Obama a prononcé son discours au Caire.

« Secularism » c’est ainsi que les documents internationaux traduisent « laïcité », et j’ai indiqué la relation étroite entre les 2 termes dans mon « Que sais-je ? » sur Les laïcités dans le monde.

Quand on me déclare "M'enfin le secularism n'est pas la laïcité française." Je réponds: "effectivement, dans la définition du secularism, il y a la séparation, mais pas le Concordat en Alsace-Moselle!"... et on pourrait continuer la liste, bien sûr/

Le Monde m’a contacté pour que je réagisse sur les propos d'Obama concernant le voile. Mais comme je ne savais pas ce qu’il avait dit exactement, j’ai préféré m’abstenir de répondre.

Maintenant, de retour, je peux rapidement indiquer deux impensés français :

 

D’abord, une fois encore, j’ai pu me rendre compte, à Vienne, que la vision de la France, très majoritairement partagée par des spécialistes internationaux (sociologues, philosophes, politologues, anthropologues, etc) du "secularism", était celle d’une laïcité sectaire, perçue à travers notamment la loi du 15 mars 2004.

La façon dont cette loi a terni la réputation internationale de la France est un des impensés de notre pays : on ne veut pas le savoir !

Et de façon plus générale, le récit laïco-jacobin dominant ne passe pas. Certains savent bien que cela ne correspond pas à la réalité empirique. D'autres s'y laissent un peu prendre.

 

Un des orateurs du colloque s’est demandé si la France ne confondait pas les fins du secularism/laicity (liberté de conscience et égalité des citoyens) et les moyens (séparation, neutralité de l’Etat), prenant ces moyens pour des fins.

C’est une très bonne question.

 

Ensuite, revenu en France, j’ai lu que certains trouvaient que le discours d’Obama comportait trop de références religieuses pour les oreilles laïques françaises.

Le discours d’Obama doit être compris comme la poursuite d’un élargissement de la religion civile américaine, d’un « Judeo-Christian secularism » (selon l’expression d’Elizabeth Sharkman Hurd[1]) à une religion civile plus inclusive.

Cela dans le cadre d'une stratégie internationale, tournant le dos à celle de G-W. Bush.

 

La cérémonie d’investiture d’Obama allait déjà dans ce sens.

Y participaient notamment, a côté d’un pasteur évangélique, d’un évêque épiscopalien gay, d’une femme pasteur, et de quelques autres personnalités religieuses, Ingrid Mattson, présidente de «The Islamic Society of North America », qui a prononcé une prière.

La religion civile américaine n’est certes pas ma cup of tea, loin s’en faut. Mais c’est dans cette logique d’élargissement et cette stratégie que l’on doit analyser la politique religieuse d’Obama.

 

 

Et surtout, cela m’a fait sourire, de lire que le discours du Caire pouvait être choquant pour des oreilles habituées à la laïcité française, cela juste après la messe dite cérémonie oecuménico-politico-machin chose de Notre Dame. Y participaient Sarko, Bayrou, Martine Aubry, etc.

On se trouvait en pleine religion civile catho-républicaine!

(avec la Fédération Protestante, acceptant d'être prise en otage. Au moins juifs et musulmans ont fait leur cérémonie à part, et sans le zinzin politique officiel)

Certains Français sont vraiment impayables dans leur aveuglement pour ce qui les concerne !

 

Enfin, si voir la laïcité française uniquement à travers la loi de 2004 est réducteur, c'est la réponse du berger à la bergère, car, les Français aussi voient souvent la situation de pays étrangers à travers des stéréotypes (parfois encore plus) réducteurs.

Témoin le pseudo "communautarisme anglo-saxon" à l'existence duquel des super naïfs croient avec une crédulité qui serait désarmante si elle n'était pas très bête et méchante.

 

 

 Autre événement : les résultats des élections européennes. La débacle du PS est, pour lui, l’occasion de la dernière chance.

Il aurait fait 19 ou 20%, il aurait pu croire avoir sauvé les meubles,  à plus de 20% être à peu près sur la bonne voie rénovante. A 16,5%, il est obligé d’affronter lucidement la situation.

S’il ne veut pas suivre la même voie que le PCF ces dernières décennies : devenir un parti de gestionnaires locaux, sans possibilité d’ambition nationale, il faut qu’il cesse de croire suffisant quelques réformes internes.

Il  lui faut arrêter d’être dans des discours stéréotypés et répétitifs.

Même le PC d’ailleurs change, témoin la nouveauté du Front de gauche.

 

Pour ce qui concerne les sujets qui préoccupent ce Blog, il faut que le PS examine soigneusement pourquoi, quand Jospin était 1er Ministre, il a réussi la parité mais complètement raté la lutte contre les discriminations et pour la diversité.

Quels sont ses blocages culturels et idéologiques;

Quelles sont les raisons de son inintelligence profonde à ce sujet.

L'échec d'Harlem Désir à Paris est ,à ce niveau, très significatif.

En quoi le mollètisme (de Guy Mollet, marxiste et colonialiste ; grand responsable de la guerre d’Algérie) habite toujours le PS d’une certaine manière.

Et quelle révolution il doit effectuer, quant à son outillage mental, pour devenir un parti socialiste du XXIe siècle…. Et non du XIXe !

 

La bonne nouvelle, c’est que ce soit Europe écologie et non le Modem qui le talonne. Les combines à la mords-moi-le-nœud qu’Hollande nous mijotait sont heureusement à l’eau.

Que des gens du Modem puissent constituer une force d’appoint en 2010, dans certaines régions, soit.

Mais, heureusement, la posture moraliste à la Bayrou, l’imprécation littéraire, a montré ses limites, et aussi la mauvaise foi qu’elle pouvait avoir.

Car diaboliser Sarko en s’alliant avec Villepin, faut quand même le faire. Sans parler des ses attaques contre Daniel Cohn Bendit.

 

L’écologie politique n’a pas toujours trouvé les bonnes réponses -personne ne les a- mais au moins elle affronte les problèmes du XXIe siècle.

Il lui faut maintenant transformer l’essai. Et que les Verts ne retournent pas à leurs sempiternelles querelles internes.

Il y a encore beaucoup de travail à faire pour relier écologie-économie-culture. Du moins la campagne d’Europe écologie a déjà montré un véritable élargissement de la perspective habituelle. Il ne fait pas s’arrêter en si bon chemin

Quant au PS, ou il va enfin comprendre certaines choses, ou …, même si une hirondelle ne fait pas (encore) le printemps, Europe-écologie peut devenir la grande formation de gauche qui corresponde aux problèmes d’aujourd’hui.

 

 



[1] The Politics of Secularism in International Relations, Princeton University Press, 2008. A noter qu’elle analyse l’opposition à l’entrée de la Turquie dans l’UE comme une autre manifestation de ce « Judeo-Christian Secularism”

13:08 Publié dans ACTUALITE | Lien permanent | Commentaires (5)