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21/03/2005

EDITO PRINTANIER

Trois nouveautés pour le printemps :

D’abord un texte en anglais, réclamé par plusieurs personnes.
Ainsi vous allez pouvoir le télécharger et l’envoyer pour expliquer la laïcité à celles et ceux qui ne parlent pas notre belle langue.
Ensuite la suite de la rubrique Emile Combes ; aujourd’hui le discours d’Auxerre ou, pour la première fois, il prend position pour la séparation des Eglises et de l’Etat.
Enfin une première : avec toutes les informations nécessaires sur l’ouvrage AVEC OU SANS DIEU, VINGT ETUDIANTS EN EUROPE : RELIGION ET LAICITE (4eme de couverture, préface), la possibilité de dialoguer avec l’auteur, grâce au Blog

A propos de dialogue, merci à celles et ceux qui ont mis des commentaires. Trois remarques à leur propos :

-On me demande un profil du « converti ». A ma connaissance il n’y a pas d’étude là-dessus. Je ne pense pas d’ailleurs qu’il y ait un profil unique, il faudrait faire une série de portraits robots. Pour les Eglises évangéliques dont le culte a été interrompu par J.-P. Brard, elles ont des « fidèles » haïtiens et africains. Aurait-il fait de même s’il s’était agi de bons bourgeois, style XVIe arrondissement ?

-Vous avez été nombreux à réagir face à cette atteinte à la liberté religieuse (cf la rubrique : Le grand bêtisier). Fort bien. Battons nous pour dire que la laïcité implique le respect de toutes les libertés dans le cadre de l’ordre public d’un pays démocratique (ordre public qui organise la compatibilité des différentes libertés) et c’est notamment ainsi que la laïcité assure la paix civile.

-Une question est posée à propos des droits de l’homme. Ils n’étaient pas du tout en cause dans cas puisque le prétexte a été l’hygiène et la sécurité, comme si cela ne devait pas être vérifié EN DEHORS des heures des offices.

PLUS QUE QUELQUES JOURS POUR VOUS INSCRIRE A L’UNIVERSITE DE PRINTEMPS (voire la Note)
Et rendez-vous au SALON DU LIVRE (voire la Note Forum Laïcité)

A très bientôt.


19:35 Publié dans EDITORIAL | Lien permanent | Commentaires (0)

AVEC OU SANS DIEU

Grace au Blog, vous allez pouvoir dialoguer avec l’écrivain
JEAN-PIERRE BRASSAC

Auteur de l’ouvrage
AVEC OU SANS DIEU
Vingt étudiants en Europe : religions et laïcité

Editions Autrement, 2005

Voici une proposition sympa. Je vous présente, grâce, à ce Blog, l’ouvrage de J.-P. Brassac
-en vous donnant la 4eme de couverture
-en vous donnant également ma préface
Si, comme je l’espère, cela vous intéresse, achetez le livre et, après l’avoir lu, faites des commentaires sur le Blog. L’ami Jean-Pierre les lira et m’enverra ses réponses qui seront publiées sur le Blog.
OK ?
Alors on commence par la 4eme de couverture :

Vingt jeunes Européens, vingt étudiants enthousiastes et curieux de tout, veulent savoir où en est leur continent de ses héritages spirituels, de ses pratiques religieuses, de la séparation des Églises et de l’État. « Quand nous employons les termes athée, agnostique, croyance, identité, sacré, laïcité, à quoi nous référons-nous dans chacun de nos pays ? Définissons les mots, dépoussiérons les notions accordons nos lexiques ! » propose l’un des personnages de cette aventure épistolaire, à la fois métaphysique et fraternelle.
Quelle est la véritable nature des liens entre les individus, les religions et l’État dans les pays de l’Union européenne ? Comment les croyances agissent-elles sur les sociétés, orientent leur évolution, cohabitent avec les démocraties ? Quelle est l’influence des cultes sur la vie culturelle, l’économie, la politique ? Comment, aujourd’hui en Europe, met-on en pratique la laïcité ?

Au fil d’une correspondance documentée, et à la faveur de rencontres internationales,
ils s’appliquent à définir et cartographier ce que l’on nomme aujourd’hui le fait religieux.
La diversité de leurs convictions, qu’elles soient « @vec ou sans Dieu », alimente tout au long de leurs échanges une réflexion de fond, tant sur la liberté de conscience que sur la situation des spiritualités et de la libre-pensée dans les démocraties d’Europe.

Rien n’est acquis d’avance : le chemin de la valorisation des différences et de l’humanisme est semé d’embûches.

Pierre-Jean Brassac est journaliste, romancier et essayiste. Il est passionné d’ethnologie et d’histoire de l’art. Il a publié Le royaume qui porte l’eau à la mer aux éditions Autrement en 2003.

On continue par la Préface


Un petit déjeuner dans les (alors nouveaux) locaux d’Autrement, en février 2003. Quelques personnes de la rédaction m’ont invité. Nous discutons. Moment agréable pour commencer une journée qui, comme les autres, va être bien remplie. C’est à cet instant précis qu’est née l’idée de ce livre, en réponse à la question : comment célébrer…autrement…le centenaire de la séparation des Eglises et de l’Etat ? Comment trouver une manière originale d’en parler, dans la forme comme dans le contenu ? Ne pas doubler ce qui va être fait, et parfois bien fait, ailleurs.
Avec comme règle du jeu que l’abstention prévaudra si une réponse satisfaisante n’est pas trouvée à ces questions. Autrement ne publie pas pour publier. C’est une des caractéristiques de la maison que j’apprécie fort.

Cela fait longtemps que je connais Autrement, et son directeur Henry Dougier. Les premiers contacts datent de l’après Mai 68. Il s’agissait alors d’une très jeune revue thématique. Sans tomber dans la nostalgie, comment ne pas garder un souvenir ému d’une période où ne régnait certes pas le « politiquement correct » ? Où les idées nouvelles, utopiques ou non, fusaient dans tous les sens. « Ce que nous voulons : tout », proclamaient mes amis de ce temps là. Certes, certains sombraient dans le dogmatisme, mais nous leur lancions alors : « Les prochinois en pro-Chine » !

Partie prenante de cette belle effervescence, Autrement possédait une place à part dans cet univers contestataire, privilégiant les analyses plurielles, propageant le souci d’inventivité, de création d’une nouvelle intelligibilité pour mieux analyser un monde que nous voulions remettre à neuf. Autrement constituait donc un instrument essentiel pour confronter et expliciter les idées qui surgissaient, approfondir la réflexion, accompagner l’action. Contrairement à Marx, ses lecteurs pensaient qu’interpréter le monde et le transformer allaient de pair
Nous étions de jeunes adultes qui désavouaient la génération précédente, celle des guerres coloniales, des institutions trop sures d’elles-mêmes, d’un universalisme occidentalo-centré. Nous voulions construire un monde plus ouvert, plus apte au partage, à l’égalité entre les sexes, les couleurs de peau et les croyances. Un monde où il serait possible d’être semblables et différents. Autrement nous a aidé à respirer le grand air du large.

Les années dix neuf cent soixante dix finirent. Le « vieux monde » avait, certes, changé mais pas autant que nous l’espérions, et il était loin d’être toujours allé dans le sens que nous souhaitions. Se posa alors, le problème de l’intégration, pas celle des immigrés, mais la notre ! Fallait-il refuser de jouer le jeu, au risque de devenir des « soixante-huitards » attardés et vieillissants, anciens combattants ressassant sans cesse d’antiques luttes ? Fallait-il abandonner toute contestation et devenir, chacun dans sa sphère, des décideurs dynamiques et fonctionnels, quitte à passer du compromis aux compromissions ?
Mais toute réussite sociale est-elle mauvaise ? Mais la marginalité constitue-t-elle une valeur en soi ? Ces questions nous ont taraudé, des années durant, alors que la contestation sociale se muait en, et se réduisait à l’alternance politique. Nous regardions, inquiets, autour de nous, ce qui arrivait à nos divers compagnons de route.
Pour certains l’aventure se terminait tragiquement en impasse, le suicide était au bout de la route. D’autres devenaient des citoyens, des pères et des mères de famille « poids moyens », menant une vie, en apparence du moins, sans grande saveur. Ils avaient, disaient-ils « jeté par-dessus bord leurs illusions de jeunesse ». D’autres, par contre, possédaient de longues dents et surenchérissaient dans les gages donnés à la société établie, comme pour mieux désavouer leur passé gauchiste. Entre ces extrêmes, une voie étroite… où l’on trie sans renoncer à ses fidélités de jeunesse.

Cette voie étroite, Autrement a su l’emprunter et la suivre. L’entreprise a réussi à grandir, se développer, se diversifier en gardant l’essentiel de son état d’esprit originel, de sa volonté tenace de promouvoir et de propager des idées et des œuvres originales. Elle a évolué sans se renier, sachant articuler changement et continuité. Dans une économie de marché aux contraintes lourdes, Autrement, aux yeux de l’observateur extérieur que je suis en tout cas, a conjugué l’inventivité de la pensée et le nécessaire réalisme d’une gestion rigoureuse et efficace.
Le passage de générations semble s’être bien effectué et, dans l’œil d’Henri Dougier, on constate toujours un brillant, une lueur qui montre l’envie de poursuivre des routes non balisées. Les diverses publications de la maison sont de qualité et abordent les problèmes… autrement… que l’idéologie implicite d’extrême centre qui domine la vie sociale. C’est pourquoi, si ma collaboration demeure occasionnelle (j’ai suivi mon propre chemin et il est bien rempli), elle s’effectue toujours avec plaisir.

Revenons à ce matin de février 2003. Les idées fusent, sont impitoyablement critiquées au plan intellectuel comme à celui de leur faisabilité, cela dans un climat joyeux. L’une d’elles résiste à cet examen aussi exigeant que convivial. Elle reste encore assez informelle, et je l’expose à peu prés ainsi : le grand livre de la morale laïque, a été Le tour de la France par deux enfants, par deux écoliers. Cet ouvrage a suscité de nombreux épigones, moins bien réussis car ils se sont contentés d’actualiser le concept.
En fait, il serait possible de le reprendre, de façon totalement différente. Non plus des écoliers, mais des étudiants, non plus un tour de la France, mais un tour de l’Europe. Non plus l’éducation à la morale laïque mais la confrontation des religions et des laïcités. J’explique à la petite équipe le fonctionnement d’Erasmus, qui permet à des étudiants et à des professeurs (je suis moi-même en partance pour Rome dans ce cadre) de cheminer dans la quête du savoir…et aussi de l’aventure, à travers différents pays européens.

L’idée lancée, l’ouvrage reste à écrire. Je suis en train d’en rédiger un, comparant la passion et la raison laïques en 1905 et en 2005, d’en diriger un autre, confrontant religions et libertés de par le monde. Je ne veux pas trop charger ma barque. Mais, sans doute, on pourrait trouver dans les écrivains de la collection Passion complice… Surgit alors le nom de Pierre-Jean Brassac. On me demande si j’ai lu, Le Royaume qui porte l’eau à la mer. Non, mais je ne demande qu’à réparer cette erreur.
Quand nous nous séparons, j’emporte un exemplaire du livre. Je le dévore, et partage l’enthousiasme de l’équipe pour le récit et l’écriture. Brassac aime les Pays-Bas de façon contagieuse. Il sait donner une saveur forte au quotidien, rendre au familier son épaisseur pleine d’inconnu, nous entraîner à sa suite dans des routes aux mille découvertes, inclure les informations de l’essai dans une forme littéraire romanesque. Or, l’idée est précisément cela. Pourvu qu’il accepte…

Un second petit déjeuner avec l’auteur pressenti. L’affinité est immédiate. C’est un peu comme si nous nous connaissions de longue date. Pierre-Jean Brassac rentre si bien dans le projet, qu’il le transforme immédiatement. Non, les étudiants ne se déplaceront pas physiquement, tant pis pour Erasmus ! Aujourd’hui, les voyages s’effectuent souvent sur le Web. Après s’être rencontrés, ou même avant, on échange par email.
Cette vue des choses me plait bien. Je connais des étudiants de différents pays, de différents continents même, qui se sont connus et, pour certains, ont formé un couple grâce à internet. Comme si, dans cette société qui a aboli les obstacles à la rencontre et notamment à la rencontre sexuelle entre jeunes (à mon époque, les jeunes filles devaient commander diaphragmes et stérilet en Grande Bretagne, subir souvent le regard désapprobateur du médecin prescripteur…), il fallait réinventer de la distance, permettre aux « âmes » de se mettre progressivement à nu avant que les corps ne le fassent.

Nous échangeons donc mille idées. Nous percevons presque physiquement une ébauche de livre prendre forme dans l’esprit de Pierre-Jean. Manifestement, le projet correspond à ses envies et il le fait très facilement sien. Imprudemment, je l’assure qu’il pourra toujours me demander des informations sur tel ou tel aspect, tel ou tel pays. Je veux bien jouer un rôle officieux de ‘conseiller scientifique’.
Débordé par mille sollicitations, s’ajoutant à la vie personnelle et au travail professionnel, embarqué dans la « Commission Stasi » et ses suites, non prévues à l’agenda, je me contenterai, en fait, de donner des indications bibliographiques.

Du reste, la lecture des premiers chapitres du futur ouvrage me convainc que mon nouvel ami se débrouille très bien tout seul et n’a nul besoin d’un quelconque mentor. Il effectue avec une grande aisance un beau parcours dans l’Europe des religions et ses personnages échangent, de façon heureuse, convictions, informations, interprétations et sentiments.

Le projet d’aborder, d’une manière originale, le fond commun laïque européen, qui -comme l’a bien montré Edgar Morin - est la confrontation permanente entre foi et raison, spirituel et temporel, religion et monde séculier, traditions religieuses et critiques de la religion, se concrétisait donc de façon heureuse. S’y ajoutait la restitution, à travers d’attachants personnages, de l’histoire tourmentée et complexe des différents pays d’Europe, de leur (souvent) brûlante actualité, des richesses de leurs arts et de leurs cultures, de la diversité de leurs mœurs, sans parler des itinéraires propres, des aventures personnelles des jeunes gens mis en scène.
Le jeu de l’aller et retour entre les lettres mels et les fichiers attachés échangés par les différents correspondants permet de diversifier la forme elle-même et de conjuguer ensemble plusieurs niveaux d’écriture et de contenu. Si bien qu’au fur et à mesure qu’elle se bâtissait, l’œuvre en donnait bien davantage que ne l’indique son titre et son sous-titre.

Le livre est maintenant fini et proposé au public. On peut parier que chaque lecteur va avoir ses étudiants préférés, ceux avec lesquels il se sentira en proche affinité. J’ai les miens, et je laisse ceux qui me connaissent deviner de qui il s’agit.
Ces prédilections n’empêcheront d’ailleurs personne d’apprécier chacun des vingt héros de l’histoire et de se laisser entraîner par leur itinéraire propre. Ils me semblent bien typiques de la jeunesse européenne, de préoccupations étudiantes d’aujourd’hui, même si, comme tout écrivain digne de ce nom, Pierre-Jean Brassac a imaginé leur personnalité et leur vécu en créateur, n’a voulu nullement construire des portraits-robots d’échantillon représentatifs, ce qui leur donne véritablement épaisseur humaine.

On peut parier également que chaque lecteur ne va pas tarder à réagir, à s’insérer dans la dialogique qui circule d’un bout à l’autre de l’ouvrage ; à se trouver en accord profond avec telle assertion ou description de situation ; au contraire à contester ce qu’écrivent d’autres personnages ; à considérer qu’un tel ou une telle exagère, qu’il n’est pas possible que… Comment le lecteur pourrait approuver la totalité ce qui est dit, les étudiants mis en scène eux-mêmes n’étant pas forcément d’accord entre eux ?
Mais justement, Pierre-Jean Brassac ne prône ni doctrine, ni croyance, idéologie. Il ne défend aucune dogmatique, religieuse ou séculière, même si, en filigrane, une certaine vision d’ensemble des rapports du religieux et du laïque se dégage peu à peu, même si son amour de la beauté des choses se trouve présent du début à la fin et si l’ouvrage est sous tendu par une éthique de la relation entre êtres égaux et différents, autonomes et solidaires.

Un des buts même de Avec ou sans Dieu consiste à promouvoir l’idée d’un nécessaire débat sur les question de sens de la vie et de spiritualité (au sens le plus large possible du terme), et à montrer que ce débat s’effectue de manière nouvelle, à distance des institutions qui ont, historiquement, imposé des normes et du sens d’abord, en traversant allègrement les frontières nationales ensuite, en mêlant des références différenciées enfin.
Cette novation ne fait nullement du passé table rase. Les traditions religieuses, culturelles, les contextes nationaux, régionaux et locaux, les ordres de discours enfin sont présents de façon constante ; personne ne peut en faire fi. Mais ces éléments divers sont perpétuellement travaillés, décomposés et recomposés par les individus eux-mêmes, dans l’autonomie de leur jugement et l’épaisseur propre de leur vie personnelle. C’est pourquoi, les connaissances et les savoirs de nos étudiants sont perpétuellement filtrés à travers leur ressenti, leur vécu.
Des lors des impressions propres, des événements singuliers, des itinéraires spécifiques balisent la route. Il ne servirait à rien au théologien de trouver étrange, voire paradoxale telle affirmation eut égard à ce que serait la « véritable » religion, ou au sociologue d’insister sur la particularité de telle situation et l’impossibilité de généraliser.
Le propos est autre : une œuvre littéraire donne vie à des possibles, elle ne prétend pas délivrer des paroles orthodoxes ni effectuer une mise en perspective globalisante. L’important pour elle, consiste à le faire avec talent, et le talent ici ne manque pas, si l’abondance et la richesse des pistes tracées.

Cependant, je l’ai indiqué, une certaine vision d’ensemble des rapports entre religion et laïcité émerge, et ceci constituait bien un enjeu de départ. Cette vision me semble en affinité avec la laïcité européenne telle que la définit Jean-Paul Willaime, directeur du Groupe de sociologie des religions et de la laïcité (CNRS-EPHE) :

- la double neutralité, c'est-à-dire d’une part, la neutralité confessionnelle de l’Etat et de la puissance publique, ce qui implique son autonomie, ainsi que celle des pouvoirs publics par rapports à tous les pouvoirs religieux et, d’autre part, le respect par l’Etat, dans les limites de l’ordre public et des lois, de l’autonomie des religions ;

- la reconnaissance de la liberté de conviction, ce qui implique non seulement la liberté religieuse et la liberté de non-religion, mais aussi la reconnaissance de l’autonomie de la conscience individuelle. Cette reconnaissance comporte la liberté personnelle de l’homme et de la femme par rapport à tous les pouvoirs religieux et philosophiques ; la réflexivité critique appliquée à tous les domaines (religion, politique, science, etc.), le libre-examen et le débat contradictoire ;

- le principe de non discrimination, c'est-à-dire l’égalité de traitement des personnes quelles que soient leurs convictions, la dissociation de leurs droits, en particulier de citoyens, et de leur appartenance ou de leur non-appartenance à une religion ou à une philosophie. »

Notre univers public est envahi par le spectaculaire médiatique, la réification publicitaire, le fonctionnel bureaucratique et le politiquement correct. Nous sommes cernés par ce totalitarisme d’extrême centre sans camps de la mort ni barbelés mais qui nous incite à, voire parfois nous impose de penser en rond.
Dans ce contexte réducteur, dévoreur d’humanité, je me réjouis souvent de la fraîcheur intelligente de nombreux étudiants qui m’enrichissent par leurs expérimentations et leurs tâtonnements, par leur pensée en devenir, par les risques qu’ils prennent pour oser vivre. J’ai même parfois l’espoir, illusoire ou réel peu importe, qu’ils me transmettent une part de leur jeunesse et de leur ardeur. Que leur contact me facilite remise en cause et constructions de projets.
Etudiantes et étudiants ont compris quelque chose d’essentiel : ce qui est censé appartenir à la sphère privée n’a pas à être réduit au silence. Sphère privée signifie seulement que rien, dans ce domaine, ne peut, ne doit être socialement obligatoire, que les divergences ne présentent rien de troublant ou de grave et qu’aucun consensus n’a à être recherché. Par contre, confronter les itinéraires et les routes s’avère essentiel à l’humanisation de tous et c’est ainsi que chacun apprend lui-même et aide l’autre à vivre.

Par la richesse propre de son univers personnel, par ses qualité d’écrivain, Pierre-Jean Brassac nous ouvre ce monde d’artistes du sens. Qu’il en soit ici chaleureusement remercié.

Jean Baubérot
Président d’honneur de l’Ecole Pratique des Hautes Etudes
Chaire « Histoire et sociologie de la laïcité »






COMBES: le discour d'Auxerre

DISCOURS D’EMILE COMBES A AUXERRE
4 SEPTEMBRE 1904
« Quelque éloigné que je sois par habitude et par goût de rechercher les occasions de me produire en public, je ne peux que m’applaudir aujourd’hui d’avoir cédé aux instance de mon excellent ami M. Bienvenu Martin, et de vos autres représentants, et d’avoir accepté la présidence de cette fête locale. L’accueil si cordial qui m’était réservé, l’universelle et manifeste allégresse de la foule, la spontanéité des ovations vraiment enthousiastes dont je suis l’objet, toutes ces marques de la communauté de sentiments qui m’unit à vos populations si ardemment, si profondément républicaines, sont bien propres à échauffer l’âme la plus froide et à laisser dans l’imagination la moins impressionnable d’ineffaçables souvenirs.

(…) Messieurs, (…) la République de 1870 a débarrassé la France de la dernière forme de la Monarchie. Le Ministère actuel entend que la République de nos jours l’affranchisse absolument de toute dépendance, quelle qu’elle soit à l’égard du pouvoir religieux.
(…) Depuis un siècle, l’Etat français et l’Eglise catholique vivent sous un régime concordataire qui n’a jamais produit ses effets naturels et légaux. Ce régime a été présenté au monde comme un instrument de pacification sociale et religieuse. (…) En réalité il n’a jamais été qu’un instrument de lutte et de domination.
Sous les gouvernements autoritaires, comme le premier Empire, l’Etat s’en est servi pour contraindre le clergé catholique à la soumission la plus humiliante, aux adulations les plus basses, même à un rôle répugnant de policier, en usant contre les ministres du culte récalcitrants de moyens coercitifs, violents.
Sous les gouvernements faibles et timorés, qui se piquaient de pratiquer l’alliance du trône et de l’autel, c’est l’Eglise qui s’est prévalue du Concordat pour assurer sa prépondérance, en supprimant de fait toutes les clauses des articles organiques qui gênaient son dogmatisme intolérant.
La République, n’ayant pour elle ni la crainte résultant des habitudes violentes du pouvoir personnel, ni les bénéfices corrélatifs d’une pieuse docilité, s’est débattue depuis plus de trente ans dans des difficultés inextricables pour régler, conformément au pacte concordataire les rapports de l’autorité civile et de l’autorité religieuse. Toutes ses tentatives sont demeurées infructueuses.
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(…) Messieurs, aucun homme réfléchi n’a pu se méprendre sur la situation nouvelle qui est née, tant des réponses évasives de la Curie romaine que de la résolution prise par le Gouvernement. Le pouvoir religieux a déchiré ostensiblement le Concordat. En ce qui me concerne personnellement, il n’entre pas dans mes indentions de le rapiécer. (…) il est évident que la seule voie restée libre aux deux pouvoirs en conflit, c’est la voie ouverte aux époux mal assortis, le divorce et de préférence le divorce par consentement mutuel.
(…) Messieurs, je crois sincèrement que le parti républicain (…) acceptera sans répugnance la pensée du divorce, et je crois aussi, disons mieux, je suis sûr qu’il l’acceptera, non dans un sentiment d’hostilité contre les consciences chrétiennes, mais dans un sentiment de paix sociale et de liberté religieuse. (…)

Il importe que les républicains fassent preuve dans ce débat d’une largueur d’idées et d’une bienveillance envers les personnes qui désarment les défiances et rendent acceptable le passage de l’ordre de choses actuel à l’ordre de choses à venir.
Qu’il s’agisse des édifices affectés au culte ou des pensions à allouer aux titulaires actuels des services concordataires, il n’est pas de concession raisonnable, pas de sacrifice conforme à la justice que je ne sois disposé pour ma part à conseiller, afin que la séparation des Eglises et de l’Etat inaugure une ère nouvelle et durable de concorde sociale en garantissant aux communions religieuses une liberté réelle sous la souveraineté incontestée de l’Etat.
(…) Messieurs, je lève mon verre à la ville d’Auxerre qui me reçoit avec un entrain si cordial et si chaleureux (…). Je garderai de la visite que je fais un souvenir ému. Je bois aussi à la démocratie de l’Yonne, aux vaillants vignerons du département, qui s’est distingué de tout temps par l’indépendance du caractère et l’ardent amour de la liberté. »

Autant Combes a été combatif envers les congrégations, autant il a été prudent et en retrait sur la séparation des Eglises et de l’Etat. Deux explications peuvent être données de cette attitude.
L’explication généralement retenue par les historiens (et notamment Maurice Larkin, auteur du seul livre d’ensemble relativement récent sur le processus de séparation publié en 1974 et qui vient seulement d’être traduit en français : L’Eglise et l’Etat en France. 1905, la crise de la séparation, Toulouse, Privat, 2004, qui pousse cette thèse à l’extrême) est que Combes est partisan du Concordat (appliqué rigoureusement) et ne va à la séparation qu’en reculant, poussé par Clemenceau et Jaurès.
Par contre Combes, dans ses Mémoires, écrites en 1907 donc après coup, insiste sur le fait qu’il souhaitait la séparation mais que, dans la position de responsabilité gouvernementale où il se trouvait, toute accélération du processus aurait été contre productive : une partie de son gouvernement était hostile à la séparation et s’il se produisait une rupture au sein de son Cabinet (cas de figure fréquent alors : on était en régime parlementaire où des gouvernements de tendance proche se succédaient) le Président de la république Emile Loubet ne ferait certainement pas appel à lui pour former un nouveau Cabinet. Et comme Loubet était lui-même fort hostile à la séparation…

Sans nier que Combes souhaitait un contrôle de l’Eglise catholique (mais ce contrôle pouvait s’exercer soit par le Concordat appliqué rigoureusement soit par une séparation où l’Etat garde de fort moyens de contrôle, ce qui sera le cas dans le projet de loi que Combes déposera en novembre 1904), je pense que l’argument de Combes mérite d’être pris en considération. Le cœur de Combes devait pencher pour la séparation, mais pas n’importe laquelle et en avançant avec prudence pour éviter de prendre des mesures boomerang. De toute façon, si certains contemporains piaffaient d’impatience, le processus de séparation s’effectue dans un temps assez court et s’emboîte sur le combat anti-congréganiste.

Quelques dates permettent d’en donner une vue synthétique :

Juin 1902 : arrivée de Combes au pouvoir, sa Déclaration ministérielle ne dit rien de la séparation
Octobre 1902 : décision de principe de nomination d’une Commission à partir d’une proposition du député radical de Charente Inférieure (le département de Combes) Eugène Réveillaud (dont le fils Jean est dans le Cabinet de Combes). Il est difficile d’imaginer que Combes et Réveillaud ait été en complet désaccord !
Juin 1903 : Election de ladite Commission (33 membres, 17 favorables à la séparation, 16 contre) : Buisson président, Briand rapporteur
Avril 1904 : Voyage a Rome du Président Loubet, protestation du pape Pie X contre ce voyage car Rome est l’ancienne capitale des Etats pontificaux et le pape veut défendre aux chefs d’Etat de « nations catholiques » toute visite à Rome (quitte, lui, à se rapprocher du pouvoir italien si besoin pour négocier une solution concernant le Vatican). Or le rapprochement avec l’Italie était une nécessité vitale pour la politique extérieure française pour ne pas avoir à ouvrir un front sur les Alpes en cas de guerre avec l’Allemagne.
17 Mai 1904 : Jaurès publie dans l’Humanité la Note de protestation du pape, telle qu’elle a été envoyée aux autres chefs d’Etat « catholiques », cette Note (que lui a remise le prince de Monaco) comporte une phrase qui ne figurait pas dans la version remise au gouvernement français et qui pouvait être considérée par la France comme insultante.
Rappel de l’Ambassadeur français auprès du Saint-Siège.
6 Juillet 1904 : La Commission Buisson-Briand remet une proposition de loi sur la séparation des Eglises et de l’Etat (ce fait est éclipsé par la loi du 7 juillet interdisant l’enseignement aux congrégations)
30 Juillet 1904 : Rupture des relations diplomatiques avec le Saint Siège à la suite de l’affaire Gay-Le Nordez, 2 évêques convoqués par le Vatican à l’insu du gouvernement français alors que selon le régime concordataire cette démarche devait impliquer l’aval du gouvernement.
4 septembre 1904 : Combes se déclare officiellement favorable à la séparation dans le discours qu’il prononce au banquet républicain d’Auxerre (Yonne) après s’être assuré (selon lui) pendant l’été de l’accord de ses ministres.

On peut constater
-qu’en moins de 2 ans le processus a pris forme
-que le pape n’a rien fait (c’est une litote) pour le contrecarrer.
On peut même se demander s’il ne souhaitait pas une séparation qui apparaisse « persécutrice » et ‘réveille’ le catholicisme français. La version catholique prétend qu’il y a eu rupture « unilatérale du Concordat ». Combes à Auxerre affirme que le pouvoir religieux a déchiré le Concordat. Il est classique et de « bonne » stratégie de rejeter la « faute » sur l’autre. Chacun sans doute trouvait son compte dans la rupture, à condition de pouvoir affirmer qu’elle ne provenait pas de lui.
(à suivre)
PS/ Vous avez noté le "Messieurs"! Il y avait 4 femmes sur des milliers de convives. Dommage pour Combes qui aimait bien leur faire la bise (il affirmera qu'il a été le président du Coseil qui a embrassé le plus de femmes); encore plus dommage pour les femmes elles-mêmes exclues de la participation à la vie politique et du droit de vote.

Laicism and laicization

LAÏCISM AND LAÏCIZATION




The French Constitution defines France as a ‘République laïque’, a lay republic, and the French generally deem that laicism is a ‘French exception’. This aspect of singularity has recently been reinforced with the passing of a law in March 2004 banning ostentatious religious signs in public schools. But it is impossible to simplify laicism in terms of this particular law. Laicism is also a possible means for relationships between the State, religion, society and every human being. Such a relationship can function only if there is flexibility and adaptability to all situations present in society.
Classically, sociologists dealt with the notion of secularization as being the decline of the influence religion has on modern society. For example, according to Peter Berger, secularization is “the process by which the sectors of society and culture are freed from the authority of religious institutions and symbols”. Nowadays, not only can one notice that the decline is not complete (for Berger himself, the turning point of the 20th and 21st centuries was “furiously religious”), but one can also criticize such a notion of secularization as being too broad. For a better understanding, a distinction can be made between two long-term socio-historic processes, a cultural process of secularization and a political process of laicization.
When the cultural process of secularization is predominant compared with the political process of laicization, the relative decline of a religion’s influence takes place in the form of cultural mutations, with no major tensions between religious and political or other social forces. Certainly, religious changes, as well as economic and political changes, may produce internal tensions. But triumphant forces participate in the same cultural and social dynamic. Therefore, there is no important clash between the changes within the religious sphere and other social changes. This is the reason that Scandinavian countries are seen as exemplary of a secular state. The switch to Lutheran Protestantism, particularly linked to the Bible’s translation, has favored the development of a national culture. Theological arguments have allowed the autonomy of the Nation-state towards religion not to provoke important conflicts. Moreover, a joint and progressive democratization of State and Church has taken place.
In Scandinavian countries, and in other countries, like the United Kingdom, religion contributed in various ways to secularization and, particularly to the development of democratic sociability. In certain cases, the development of secularization which occurred in the 18th and 19th centuries is described with the paradoxical term “religious secularization”. It is feasible then that a national Church can continue to be the symbol of the identity of nations that have been culturally secularized.
Laicization is a process in which there is a double movement at the end of a political “theocracy”, a movement of institutional differentiation between the political and the religious sphere, a movement of emancipation of the Nation-state, and the institutions towards religion. When the political process of laicization is predominant compared with the cultural process of secularization, the tensions between various social forces generally take on the aspect of an open conflict where religion becomes a politico-cultural stake. For example, the symbolization of the national culture is controversial. Either the State imposes religion on society (clericalism) or refuses that religion could continue to be the symbol of national identity (laicization). The French case is the main example of such a process.
In 1789, religion pervaded French society. From the Revocation of the Edict of Nantes (1685), the monolithic Roman Catholic faith was made compulsory for the French. Communion at Easter and confession were imposed on the people. The clergy was the first of the three “Orders” of the kingdom. The monarchy possessed religious justification given the theory of the divine right of kings. The king possessed politico-religious power and one of his basic duties was to defend Catholicism and gradually the monarchy also established widespread autonomous political and administrative power. A Gallican movement appeared developing the idea of a French Catholic Church autonomous from the Pope and protected, but also partly controlled by, the monarchy. An anticlerical dimension appears in the French philosophy of Enlightenment that had permeated a part of the nobility and bourgeoisie. This spirit differed from the English Enlightenment or the German Aufklärung. The latter appeared as a confrontation within a diversified Protestantism wanting “enlightened religion”, the former directly attacked the Roman Catholic Church.
The Revolution took away the privileges of the clergy and confiscated the Church’s large property holdings. Revolutionists worked to “emancipate” civil and political society from the influence of the Church, particularly in social matters relating to marriage, divorce and education. The Declaration of Human Rights of 1789 proclaimed the principle of religious freedom. In 1791, the Constitution divested the monarchy of its religious features, and implemented the year after. The Republic was established, although rather conflictually. However, it was not clear that the founding of the Republic was considered as the first day of the new era (as is the birth of Christ for the Gregorian calendar). In 1793, the institutions of revolutionary cults (“Eternal Reason”, “Saint Liberty”, or the more conciliating “Cult of the Supreme Being”) struggled violently against all revealed religions. The significance of the new forms of religion was represented by ritualized gatherings of the community around common values that were socially fundamental and regarded as sacred (cf. Emile Durkheim). It was a conflictual and, eventually, impossible, laicization.
Napoleon Bonaparte inherited a chaotic situation. In 1801 he signed a concordat with the Pope: the Roman Catholic Church was proclaimed “religion of the great majority of the French”, but without the status of a state religion. In 1802, the plurality of religions became official: Lutheran and Reformed Churches and, later, Judaism were recognized. In 1804, the Civil Code made no reference to religion.
It is possible to evaluate the situation, using the abstract notion of the first threshold of laicization (constructed on the basis of Weber’s ideal type). It is marked by three characteristics :
- institutional fragmentation : Roman Catholicism was no longer an inclusive institution. The clergy had to confine itself in its religious activities which were clearly distinguished from profane activities. Educational and health needs assumed gradual autonomy, related to religious needs, and were provided for by specific institutions which were going to develop progressively;
- recognition of legitimacy. The French Revolution did not destroy religious needs which continued to exist objectively and within the general society. Religion was a public service and the State paid ministers of recognized religions. Religions were politically recognized as a foundation of social morality;
- religious pluralism. The State recognized several but not all religions; it protected and controlled them for they could satisfy the religious needs of their followers and develop moral values. Other religions were more or less tolerated. Relative freedom was even given to those who decided to do without the “help of religion”.
This profile delineates a logic that dominated for a century. But the situation was not static or rigid. This was due, especially, to the fact that, for a long period, a number of aspects of the first threshold of laicization were not entirely evident; other institutions were not sufficiently developed to become totally autonomous. Then, there was growing conflict between those who regarded France mainly as a Roman Catholic nation and the partisans of liberal values of 1789. Similar conflicts also rose, during the 19th century, in other countries where Catholicism continues to predominate today, among them are Belgium, Spain, Italy and Mexico; whilst in the 1870s a few countries, such as Germany with the Kulturkampf movement, held firm against Catholicism. But, at present, there is not necessarily any conflict between predominantly Catholic countries. Catholicism can represent a national sentiment (for example, as in Ireland under British rule, or in Poland).


Conflict grew in the 19th century between ‘clericalism’, that is, a religion’s political dominion over a country, and ‘anticlericalism’ which actively fought this claim. Rooted in scientific ideology, radical forms of anticlericalism perceived religion as an outdated explanation of the world that offered only a backwards orientation, irrelevant to the context of modern democracies.
In France, the founding of laicism was rooted in the political victory of the anticlerical movement. The impression prevailed that the Republic (established again in 1870) was threatened by a risk of clericalism. A 1901 law excluded religious congregations from the right to free associations. A new law passed in 1904 (and in effect until 1914) prohibited members of religious orders from teaching. But, essentially, the combative anticlerical movement gave birth to a progressive pacifist form of laicism. It is as if a revolutionary socialist party, assuming power by democratic process, ultimately gave birth to a social-democratic system.
During the 1880ss, the Republicans introduced a religiously neutral educational system, which included a “laic moral”. This moral borrows its elements from a number of origins: Classical Antiquity, Christianity, the Enlightenment (from Voltaire to Kant) and, occasionally, from Confucius. Different traditions are interpreted from two notions: dignity of the human person (which creates rights and duties) and social solidarity. Further, the Republicans hoped that the structure of the lay school would engender morality. As a place for learning tolerance, it enabled all French children, irrespective of social class or religion, to come to know and accept one another. Through school, the Republic itself was the bearer of values. This moral was a compromise, and, because of the conflict, an important part of the anti-clericals asserted that religion was dangerous for the Republic and its ideals.
In 1904 – 1905, after the crisis that arose from the Dreyfus affair, the separation of Church and State became inevitable in a climate of confrontation. Two models were possible. One model was combative. Such was the bill of Emile Combes (Prime Minister). However, it was rejected, especially by Jean Jaures, the celebrated socialist leader, hoping to achieve a law that would bring peace and make it possible to fight social inequalities. A liberal model prevailed and ensuring freedom of conscience, guaranteeing the freedom to exercise religion, and respecting the self-organization of each religion (art. 1 and 4), even though it neither ‘recognized' nor paid subsidies to any religion (art. 2).
Even in liberal dominance, this model of separation completed a religiously neutral educational system and found a new logic. This can be seen as the second threshold of laicization. As for the first, there are three characteristics:
- institutional dissociation: religion was entirely optional because it was no longer considered an institutional structure of society but rather as a mode of free association;
- social neutrality regarding religious legitimacy: that is, where religious needs became a private matter and social morality officially lay. The question as to the usefulness of religion for society was no longer publicly relevant. But, within the framework of freedom of expression and of association, religions could participate in public debates on social questions and the meaning of life;
- freedom of religion and conviction : various religious societies belonged to the public sphere. The State guaranteed each citizen freedom of conscience and allowed each one to meet with religious societies or associations.
A twofold aspect marked a separation in 1905: the victory of the lay camp in the conflict of a divided France; an implicit covenant with opponents whose ultimate aim was to attain peace rather than to have victory in the short term. The conflict vanished progressively because religion ceased to be a political problem, except in the field of education. So, by 1945 the bishops held that there could be a positive meaning to the term laicism and the following year laicism was officially proclaimed and recognized by the Constitution.
Other countries also underwent the process of laicization. Belgium was not situated in a similar logic to the French’s second threshold of laicization but integrated laicism in its system of recognized religions: non-confessional moral in school, lay advisers in hospitals or prisons, etc. The Spanish and Italian systems tend to resemble a laicism that corresponds little more to the first threshold of laicization, with more liberty and more pluralism.
The American situation is characterized by the separation between the Church and State (the First Amendment of the Constitution, 1791) and this is linked to the central function of religion. Stephen Warner indicates the main differences :
- religion is constitutive for some American subcultures;
- religion in America has historically promoted the formation of associations among mobile people;
- religion in America serves as a refuge of free association and autonomous identity; a “free social space”;
- the second generation of immigrants often transmutes ethnicity into religion because it allows immigrants to assimilate and conserve their identity.
The American situation is heavily influenced by civil religion. There is an ambivalence of civil religion and laicization. Civil religion historically favors dissociation between social links and a religion’s hegemony, but civil religion renders the political values of the collectivity sacred.
Is the French situation, the most laic? No, for example, the separation between State and Church in Mexico, in the period from 1917 and 1992, created a time of austerity for religion. The 1917 Constitution forbade monastic orders, ensuring that religious ceremonies could only take place in churches, which would “always be under the authority’s supervision”, and according to the Constitution, religious ministers of all cults were denied the right to vote. Since the 1990s though there have been more flexibility and such rigidity is not as common. Turkish laicism is also historically harsher than French laicism. It expanded, after the First World War, questioning the logic of Islam, which was considered to be the principal cause of social decline. This position explains why the reason for the armed force’s heavy role in religion. A moderate Islamic movement tried to render it more liberal. The international situation does not favor such an evolution because a new form of conflict that might be characterized by a new anticlericalism has arisen between fundamentalist religious groups and laicized or/and secularized societies. Examples are evident in several Islamic countries, in Israel (orthodox Jews) and in the United States (fundamentalist Christians). The wearing or not of headscarves, a talking passionate point for many French people, is a typical example of these new tensions. Several problems intermingled, not only the best strategy to be adopted in the face of fundamentalism, but also the best strategy to prevent social exclusion, the various conceptions of school, and different conceptions of plurality compatible with national identity.
But, the conception of the Universal has changed within the last 50 years. Today, the Universal is no longer considered as the imposition of Nation-state values upon the civil society, no more the imposition of Western values upon the rest of the World. It is the result of the building up of positive comparisons between values provided by different cultures, religions, philosophies and civilizations. We are in the age of globalization. This represents a considerable change for laicism, which is linked with the development of the Nation-state.
Another issue worthy of attention is that, historically, the process of laicization and the process of secularization were two different processes of modernization. Now, changing from a process to a movement, modernization is a hegemonic but disillusioned reality. In the 19th century, morality was based on science. Now, science and morality tend to be dissociated in many problems. Science was increasingly seen as a techno-science, the functional efficiency of which was undeniable but, which, far from helping to resolve moral questions, created new ones, more difficult to resolve because of their intrinsic power. Is all possible progress also desirable? This is now an important topical question in the bio-medical field, but not only: consider all that contributes to environmental degradation. This new disillusionment changes the relationship to temporality. Ephemeral effects thus are becoming more important than investments in long-term projects. Mass communication favors sensationalism over analysis in the news, emphasizing its entertainment value. This entertainment broadcasts heroism, intrigue, sex, and wealth in large doses. It can lead to resentment because of the sizable gap between the imaginary notions conveyed and the nature of daily life, with all its banality, difficulty and routine. In addition, it is necessary to be self-sufficient, each person has to assume responsibility. Such disillusionment leads to other problems and there are various identity constructions that try to improve and whose representation is to support the construction of an individual towards the necessities of self-accomplishment. Once again, the new cultural and religious demands have to be understood within the context. Indirect discrimination and reasonable accommodation are becoming new important problems.
The current crisis may be one of transmission of laicism or a crisis in the creation of the new form of laicism. One can also wonder if laicism is a dialectic movement focusing on and also respecting religion, in that new context, what should be given to religious canalization in the respect of religion.

SEE ALSO: Secularization.

REFERENCES AND SUGGESTED READINGS:
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