09/11/2010

Commentaire sur le Manifeste anglais du Secularism/laïcité

Très peu de temps, malheureusement, à consacrer au Blog cette semaine. Beaucoup de travaux se court-circuitent, et notamment la préparation de mes exposés à deux colloques, que je vous recommande par ailleurs :

L’un Les Entretiens d’Auxerre, organisé par le Cercle Condorcet, sur La ville (11-13 novembre) au Théâtre d’Auxerre

L’autre, organisé par la Mairie de Belfort, au Centre de congrès ATRA : La République sort ses griffes (12-13 novembre).

Je serai à Auxerre pour la première moitié du premier colloque et à Belfort pour la seconde moitié du second.

Et vous savez quoi : Auxerre – Belfort en train, dans notre Douce France, c’est l’aventure des temps moderne : c’est presque aussi long que Paris-New-York !

 

Donc, je laisse au chaud pour le moment les 2 Notes choses-promises-choses-dues, et je vous donne un petit complément sur le Manifeste anglais sur le secularism/laïcité, à partir de vos questions.

 

Première question : les raisons de l’interdiction du mariage de membres de la famille royale avec des catholiques.

C’est bien sûr complètement obsolète (tout comme le reste de « l’établissement » britannique). C’est une nouvelle preuve du poids de l’histoire sur le présent.

Car historiquement, contrairement à ce que l’on pourrait croire, ce n’est pas du confessionnalisme J’aurais presque envie d’écrire : « au contraire ».

Pour aller vite, et vous prouver que je suis le nouveau Diderot, je me cite honteusement, et vous livre un extrait de mon « Que sais-je ? » sur Les laïcités dans le monde :

 

« Laudateurs des « despotes éclairés », les philosophes [des Lumières] admiraient pourtant le système anglais, issu de la Glorieuse Révolution de 1689. Deux textes importants sont promulgués.

Un Bill of Rights (qui n’est pas une déclaration des droits au sens moderne) établit une monarchie constitutionnelle, déplaçant le centre du pouvoir du roi au Parlement.

Un Tolerance Act confirme l’existence d’Églises protestantes non conformistes. Mais leurs membres devront communier une fois par an dans cette Église pour obtenir des charges publiques ( « conformité occasionnelle » ).

Et le serment du Test (contrairement à Locke) exige pour ces charges non seulement le refus de la fidélité au pape, mais encore une déclaration de rejet de la transsubstantiation.

 

Le Bill of Rights impose au roi l’appartenance au protestantisme pour assurer « la sûreté et le bien-être du royaume », ce qui renvoie à la dimension politique du catholicisme romain.

« Papisme » et « pouvoir arbitraire » sont liés et les termes « religion », « droit » et « libertés » se trouvent accolés :

 « Paradoxalement [dans l’optique des Lumières], c’est en ce point où paraît se nouer étroitement religion et politique qu’on peut déceler une certaine affirmation de l’autonomie humaine. »[1]

D’ailleurs ce n’est pas le roi qui impose sa religion, c’est la nation, représentée par le Parlement, qui impose à tout prétendant d’adopter la religion qui constitue l’identité nationale. La souveraineté se trouve donc là (autre paradoxe !) en partie laïcisée par l’obligation faite au roi d’une appartenance confessionnelle.

Confirmé en 1701, cela entraînera un changement de dynastie en 1714 où les Stuarts seront remplacés par les Hanovre. »

 

Sur la seconde question qui est double :

1)      Qu’est-il entendu par « Organisations et systèmes de croyances non religieuses » ?

2)      Qu’en est-il des « croyances dénigrées sous l’appellation secte »

 

La réponse est assez simple : l’humanisme séculier, les gens qui se regroupent parce qu’ils croient en une certaine idée de l’Homme et que, à côté des religions, ils affirment des convictions philosophiques, un rapport au symbolique qui ne présuppose pas la croyance en Dieu.

Comme je l’ai indiqué, l’auteur du manifeste, E. Hassis, est engagé dans 2 associations britanniques humanistes. Mais il distingue bien l’humanisme secular (au sens de conviction non religieuse) du secularism (au sens de principe politique donnant liberté et visant à l’égalité de toutes les croyances).

Ceci dit, le fait que le même terme soit utilisé dans les 2 cas prête à confusion. C’est pourquoi on a intérêt à distinguer

-         le séculier, la sécularisation

-         la laïcité, la laïcisation.

La laïcité est une façon de permettre la coexistence pacifique de personnes et de groupes ayant des rapports différents à la sécularisation.

 

Revenons au mouvement humaniste. Ces organisations existent dans de nombreux pays. Et l’Union Européenne les reconnaît au même titre que les religions.

En Belgique, il existe des conseillers humanistes, à côté des aumôniers, dans les hôpitaux, les prisons, etc pour les personnes qui veulent réfléchir au sens de la vie en dehors de traditions religieuses.

Cela me semble aller tout à fait dans le sens de la laïcité/

 

Donc, le propos de l’auteur ne vise pas les dites sectes en parlant des « organisations et systèmes de croyances non religieuses ».

Des dites sectes il ne dit rien, ce qui montre que s’il peut y avoir tel ou tel problème, il n’y a pas en Angleterre de focalisation médiatico-politique sur les dites sectes.

En fait, le problème peut venir de groupes contre sociétaux, qui se séparent de la vie sociale, et dont les membres s’isolent de la société et ont des pratiques très différentes de celles considérées comme « normales ».

Problème au niveau des familles notamment.

 

Mais quand il n’y a pas de délits avérés (et s’il y a délit, qu’il s’agisse de religion -cf. les affaires de pédophilie !-, de groupes humanistes ou de dites sectes, bien sûr, c’est différent), les Anglais préfèrent la médiation à la stigmatisation.

Et cela donne de meilleurs résultats, pour tout le monde.

La médiation est assurée avec l’aide d’universitaires. Celles et ceux que cela intéresse en sauront plus en lisant la présentation d’INFORM dans l’ouvrage de M. Cohen et Fr Champion, Sectes et démocratie, Le Seuil.

 

Voilà, c'est tout pour aujourd'hui. Je me remets vite à mon travail, après avoir fait la bise aux gentes dames qui surfent sur mon Blog. Pour les hommes, je délègue....



[1] F. Champion, 2006, p. 56.

Commentaires

Merci pour cet éclairage.
Au sujet du mouvment humaniste, est-ce des associations comme la Ligue des Droits de l'homme ? ou cela se réfère-t-il au parti humaniste ? ou c'est ce dernier qui s'y réfère. Je n'arrive pas à comprendre si c'est un terme fourre-tout où plein de groupes peuvent se référer, ou bien un mouvement de croyance très précis et homologué ?

Bons colloques et trains,

Écrit par : Marianne | 09/11/2010

Bonjour.
Une confusion s'installe. En moi ? Oui. En vous ?. Je ne m'autorise pas cette impertinence. Les conseillers humanistes en Belgique apparaissent davantage comme la figure sécularisée du conseil plutôt que comme la représentation laïque du conseil. C'est une question ? Car pour moi la laïcité s'applique en tant que structure du politique (loi 1905).
Bon voyage en Pays françois.
Des actes de ces colloques sont ils prévus ?

Écrit par : Lièvre | 10/11/2010

La laicité est avant tout un basée sur un principe de tolérance.

Écrit par : chelsea fc | 22/11/2010

Merci pour l'article!!! Très intéressante astuce!

Écrit par : cuban cigars | 17/02/2012

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