21/10/2006

LES CARENCES DU RAPPORT OBIN

J’aimerais parler de choses plus agréables. J’aimerais pouvoir faire mon travail d’historien et de sociologue de la laïcité dans la sérénité. C’est impossible car il faudrait ignorer ce qui occupe le devant de la scène médiatique. Entre autres, le « rapport choc » (sic, la couverture) dit « Rapport Obin » concernant « les signes et manifestations d’appartenance religieuse dans les établissements scolaires » (titre officiel), publié sous le titre significatif « L’école face à l’obscurantisme religieux ». Pas besoin de vous faire un dessin je suppose….

 

Ce Rapport est le résultat  d’une « enquête » (on le verra, le terme n’est pas vraiment approprié) menée d’octobre 2003 à mai 2004 par 9 inspecteurs généraux ou chargés de mission de l’Education Nationale.

Me taire est d’autant plus impossible que je suis mis en cause, mis en scène dans ce livre d’une façon vraiment significative du type de manipulations opéré ; cela m’autorise à dire que ce qui est « inquiétant » (qualificatif  de la 4ème de couverture) c’est d’abord le rapport obscurantiste au savoir qui se manifeste à diverses reprises, avec une parfaite bonne conscience.

 

L’ouvrage est construit de façon très significative : on vous livre ce que pensent « vingt personnalités » du Rapport AVANT le Rapport lui-même, afin que vous sachiez ce qu’il faut en penser, afin de vous  imprégner d’une interprétation alarmiste. Bref, la cause est entendue avant les propos relativement prudents donnés au début du Rapport lui-même.

 

Comparons : Jean-Pierre Obin écrit au début de son Rapport : « Le panel d’établissements visités ne constitue en aucun cas un échantillon représentatif des établissements français, ni sur le plan de l’étude ni d’ailleurs sur aucun autre ». Et un peu plus loin : « Cette étude ne peut prêter à généralisation et à dramatisation excessive : les phénomènes observés l’ont été dans un petit nombre d’établissements.»  

Cette citation…. pages 299-300 du livre après les 20 commentaires (dont la grande majorité penche, devinez où…) ; le premier, du à Alain Seksig, coordinateur de l’ouvrage, commence ainsi : « Ces dernières années, au nom de la ‘liberté religieuse’, on a assisté, au sein même des établissements scolaires, à une véritable surenchère de passages à l’acte et de revendications » et suit une accumulation d’exemples (je vais revenir sur cette ‘méthode’) qui ont pour but, précisément, de générer généralisation et dramatisation. Véritable opération de transsubstantiation  (opération religieuse s’il en est…et qui devrait être absolument interdite à un inspecteur de l’éducation nationale) !

 

 Nous nous trouvons donc avec une fusée à deux étages.

Premier étage : le Rapport Obin lui-même, avec ses carences, son rapport parfois obscurantiste au savoir, rapport « inquiétant » en ceci que, déjà, à la lecture, on se dit que si des inspecteurs généraux de l’éducation nationale en sont là, l’école en France ne pourra jamais s’en sortir. Cela est vraiment déprimant !

Second étage : l’ouvrage qui publie le Rapport et qui, selon l’astuce mille fois utilisée prétend défendre une école dispensant du savoir, une école refusant d’être le reflet de la société, tout en se moulant dans les procédés médiatiques de dramatisation émotionnelle, de mise en spectacle, de combat des bons contre les méchants,… en n’effectuant pas une démarche de savoir. C'est encore plus "inquiétant"!

 

Bref, l’arroseur prétend être arrosé. Et, naturellement, certains médias, reconnaissant là leurs frères et sœurs en société du spectacle, frétillent d’aise, en rajoutent encore une louche : à une émission de télévision, les anecdotes devenaient de l'inflation idéologique. J’ai du imposer presque physiquement mon propos à l’animateur (qui voulait tout le temps m’interrompre) pour pouvoir indiquer quelques éléments basiques. La situation médiatique est telle, qu’on se demande toujours s’il faut aller ou pas dans ce genre d’émissions : ne pas y aller signifie laisser prospérer la pensée unique ; y aller implique souvent de faire face à des traquenards.

Voyons d’un peu plus prés les choses. Pour ne pas sombrer dans la dépression, je vais faire preuve d’un peu d’humour (avant de redevenir sérieux, vous me connaissez quand même !). Il faut dire que l’on me tend (involontairement) la perche : les inspecteurs généraux du Rapport ont, selon son auteur, suivi une démarche « ethnologique » p. 305). Ont-ils reçu une formation d’ethnologues ? Que nenni. Mais si aujourd’hui, on ne s’improvise pas ethnologue, on reçoit des années durant une formation appropriée, il n’en était pas de même au XIXe siècle, lors des débuts de l’ethnologie quand de courageux explorateurs allaient, à leurs risques et périls, dans des contrées lointaines peuplées d’être humains inconnus et étranges.

 

Reprenant cette démarche, nos courageux inspecteurs, ont visité des établissements, qui (à défaut d’être représentatif de l’ensemble) « constituent, sans doute, un panel assez représentatif (…. de ceux) des quartiers dont  la ‘ghettoïsation’ est largement entamée, voire achevée » (p. 300). Comme les premiers ethnologues, ils ne sont guère entrés directement en contact avec la population qu’ils voulaient ethnologiser (trop dangereux peut-être) mais ont choisi des informateurs, et en premier lieu des « chefs d’établissement » dont, précise une note, la connaissance en matière de géographie religieuse du quartier provient « le plus souvent » des « renseignements généraux » (pour les internautes canadiens, belges, japonais[2] et autres qui n’ont pas la chance de vivre en République, et doivent se contenter d’une piteuse démocratie, voila comment l’Encyclopaedia Universalis, ouvrage très subversif je le reconnais, commence son paragraphe sur les RG : « Très curieusement la police politique, après avoir été clouée au pilori sous le règne de son théoricien, Napoléon III s’exerce aujourd’hui au grand jour, sans que la plupart des Français s’en aperçoivent vraiment. »[3] ).

 

Après un long processus, l’Etat a mis en place un Conseil national et des Conseils Régionaux du Culte Musulman qui, contrairement à l'encadrement de certains autres cultes, sont issus d’élections. L’idée est de pouvoir plus facilement se concerter. Comme la majorité des cas visés par le Rapport sont référés à l’islam, il eut été peut-être plus utile de s’adresser à des représentants élus qu’à des membres de la police politique. Qu’en pensez-vous chers internautes ? Je ne fais que suggérer timidement : devant d’aussi distingués ethnologues, on est forcément très prudent….

 

J’aurais pu bien sur pousser le bouchon de ma comparaison plus loin et dire, en clair, que cela manifeste une mentalité néo-coloniale inconsciente. Je n’irai pas jusque là, ce serait tourner au procès d’intention.

Pour moi, se manifeste surtout une naïveté épistémologique (excusez le gros mot) que l’on retrouve dans d’autres passages. Si les inspecteurs se sont prétendus ethnologues et non sociologues c’est peut-être parce qu’ils sont au courant que des études sociologiques concernent d’assez prés leur sujet ( ne pouvant  tout citer je donnerai quelques noms : Nacira Guérif-Souilamas, Farhard Khosrokhavar, Françoise Lorcerie, Bérengère Massignon -exactement sur le même sujet ![4]- Nancy Venel, etc ; pour ne pas parler des sociologues de la religion[5])… et que ces Messieurs-dames ne voulaient pas en tenir compte. Or, la première chose à faire quand on veut traiter une question sérieusement consiste à dresser un « état des lieux »: ce qui a été déjà fait et sur lequel on peut s’appuyer. Or le Rapport se contente au tout début (p. 296) de citer quelques ouvrages très généraux (un seul sur la laïcité) sans en tirer d’analyses[6].

Ensuite, quand il s’agit de traiter des « évolutions religieuses », le Rapport a une fâcheuse tendance à confondre journalistes de Charlie-Hebdo et directeurs de recherche au CNRS (cf. p. 312). Sans doute veulent-ils participer à cette « culture jeune » qu’ils dénoncent par ailleurs (p. 341)! En fait, les références à la sociologie ne sont pas complètement évitées (cf. p. 310, où les politiques publiques sont critiquées), elles restent très marginales et se cantonnent au contexte socio-économique.

 

Car le principal défaut du Rapport consiste à énoncer des faits déjà connus (ils « ne m’ont rien appris de nouveau » écrit B. Lefebvre p. 65), avec toujours la même erreur de méthode (présente en pire dès le 1er commentaire d’A. Seksig) : outre qu’on juxtapose des faits rares et d’autres qui le sont moins, outre que l’on ne hiérarchise pas la gravité de ces faits (on ne distingue pas les formes « licites » des formes « illicites » ! p. 304), on n’effectue pas d’analyse, de mise en perspective qui permettrait de comprendre et de saisir à partir de quelles interactions ces faits prennent sens. Je nuance tout de suite mon propos : ce qui distingue quand même le Rapport du texte de Seksig et de la littérature de dénonciation dont on nous abreuve, c’est une attention à la ghettoïsation socio-économique (« quartiers de souffrance et en souffrance » et les propos des pages 308-310), des notations qui ne manquent pas d’intérêt (on va y revenir) et un ton relativement serein.

 

Donc acte. Mais je suis très loin d’être satisfait pour autant. Cela pour deux raisons. D’abord parce qu’à des problèmes de l’ordre du symbolique, il est totalement insuffisant de se contenter d’une mise en perspective socio-économique. Il faut donner des pistes d’analyse de  ce qui se passe actuellement au niveau du symbolique. Et là,… pratiquement rien à se mettre sous la dent. Ensuite, les notations intéressantes sont oubliées quand le Rapport passe aux propositions. Là apparaît un choix idéologique conscient, puisque le Rapport énonce une sorte de déclaration de guerre au savoir.

 

Première raison : l’absence de mise en perspective du symbolique, de l’expression par le symbolique, l’absence de décryptage de ces fameux « faits » qu’on nous répète à satiété. Pour faire vite, un seul exemple mais caractéristique : les « prescriptions rigoureuses » que, pour le Rapport (ce n’est pas faux, mais il faudrait complexifier : c’est parfois aussi un choix des jeunes filles elles même et, là, c’est plus perturbant), les « frères » imposent aux élèves filles : « comme le maquillage, la jupe et la robe sont interdites, le pantalon est sombre, ample style « jogging », la tunique doit descendre suffisamment bas pour masquer toute rondeur » (p. 315). Et le Rapport complète ceci par une remarque plus générale : « l’obsession de la pureté est sans limite » (p. 318).

Franchement, peut-on faire comme si cela se passait dans un vide socio-symbolique ? Comme s’il ne s’agissait pas d’une imprégnation, d’une dépendance et d’une réaction (extrême) à une société d’exposition marchande des corps, une société de construction médiatique d’une ‘culture porno’, et plus largement d’une sexualité marchande. Je renvoie, notamment, aux ouvrages de Michèle Marzano (du CNRS et non de Charlie Hebdo, elle, il est vrai)[7] qui montre comment s’impose socialement un imaginaire pornographique. On peut compléter cela par l’ouvrage d’Anne Steiger, La vie sexuelle des magazines (Michalon, 2006) qui montre de façon très précise comment se construit socialement une libido formatée, pour le plus grand profit (dans tous les sens du terme !) de certains. Ne serait-il pas possible de se poser ne serait-ce qu’une fois la question : et si la société dominante avait la contestation qu’elle mérite ?

Car, naturellement, ceux qui n’ont pas vécu avant le développement social de cet imaginaire, ceux qui ont comme culture dominante les input d’un univers médiatisé sont d’autant plus imprégnés, dépendants, et parfois réactifs (et bien sûr les 3 peuvent être liées). Ne pas replacer les faits cités dans les transformations de l’intimité, des représentations sociales de la sexualité, de l’amour et de l’érotisme dans les sociétés de la modernité tardive, c’est je l’écris tout net, extrêmement inquiétant. Arrêtons de faire comme si la sexualité était « libre » dans notre société et que seulement « l’islam » (ou les religions) avait des problèmes de ce côté-là. C’est franchement débile !

Puisque le Rapport tire des constats du « simple fait de déambuler aux abords d’une école ou d’un collège » (p. 314), les inspecteurs généraux pourraient faire un pas de plus : feuilleter chez les marchands de journaux  Choc, Entrevue, GutsNewlook (qui vise de + en + une clientèle d’ados), etc, etc. Ils ne parleraient plus alors de « culture jeune » mais d’une culture médiatiquement imposée. A lire cette presse, à regarder et écouter des émissions de radios et de télé, ils s’étonneraient moins de la banalisation de la grossièreté et des injures dans les établissements scolaires et ils poseraient peut-être des questions à la société globale. En fait, dans le Rapport, « les médias » constituent une référence (plus que le CNRS !) et sont considérées comme un « écho » de la réalité (p. 341), et non comme un paramètre important de la construction sociale de cette réalité. La démarche des sciences sociales n’est pas prise en compte.

Et je pourrais continuer longtemps en prenant d’autres exemples. Mais, vous l’avez compris, mon propos c’est en substance : « arrêtez de nous abreuver de faits bruts et chercher à comprendre, à analyser, occupez-vous de la signification de vos pseudos ‘constats’ »

 

Seconde raison : plus ou moins allusivement, le Rapport est parsemé de notations qui pourraient, si elles étaient structurées, décrire une partie du contexte. Par exemple :

-         l’existence pour le catholicisme d’aumôneries et d’écoles privées (p. 303),

-         la moyenne d’ancienneté des professeurs inférieure à 3 ans dans des collèges particulièrement difficiles (p. 319), les « jeunes professeurs » y sont nombreux (p. 353), « mal préparés à affronter ces situations, laissés sans directive ni soutien » (p. 362)

-         le calendrier scolaire « qui intègre les principales fêtes catholiques et ne laisse aucune place aux fêtes et jours fériés d’autres religions » (c’est «le 1er objet de contestation »)  (p. 333),

-         les chapelles catholiques « sises le plus souvent à l’intérieur de lycées prestigieux, et où se dit régulièrement la messe » (p. 335),

-         Ben Laden comme « figure emblématique d’un Islam conquérant, assurant la revanche symbolique des laissés-pour-compte du développement » (p. 345). Ben Laden = nouveau Staline : s’il avait été jusque là, le Rapport aurait du se poser d’épineuses questions : une partie du corps enseignant a été plus ou moins stalinienne, et la France n’en est pas morte !

-         Les chefs d’établissements, recteurs, inspecteurs d’académie sont « mal » ou « très inégalement informés» de ce qui se passe dans les classes (p. 363)

Etc.

 

Pourtant ces diverses observations ne conduisent pas à des « propositions » qui remettraient si peu que ce soit en cause l’inégalité entre les cultes (que B. Massignon montre encore plus clairement dans son article) – bien au contraire[8]. Elles ne conduisent pas davantage à réformer cette école dite républicaine, en fait largement encore napoléonienne, sa hiérarchie figée, le système désastreux qui conduit à mettre de jeunes nouveaux profs dans les endroits les plus difficiles, système pourtant largement responsable des difficultés actuelles. Non, les propositions faites ne sont en rien une prise en compte de la situation globale et de ses interactions, elles visent à « régénérer chez ces jeunes le sentiment d’une appartenance à un ensemble politique capable de transcender leurs autres appartenances » (p. 366). L’emploi de 2 termes très religieux (« régénérer » et « transcender ») est-il conscient ? En tout cas, il ne doit rien au hasard : le Rapport prétend « défendre la laïcité », en fait il prône une religion civile républicaine, comme cela se fait depuis 16 ans avec le succès que l’on sait.

Et cette religion civile ne fait pas bon ménage avec une démarche de connaissance. Il y a, à la fin du Rapport, une déclaration de guerre au savoir. (A SUIVRE)

 PS :Pour les internautes que cela intéresserait, on peut lire dans Le Point paru jeudi 19 octobre (n° 1779), pages 74-76, un débat entre J-P. Brighelli et moi, où je réfute ses thèses sur l'école et la laïcité.

[1] A. Seksig, instituteur puis directeur d’école à Paris 20e, fut conseiller du Ministre Jack Lang (2000-2002) et est maintenant inspecteur de l’Education Nationale.

[2] Si, si, il y en a et je les salue.

[3] Encyclopaedia Universalis, Police et société, par M. Le Clère, tome 18, p. 539, édit de 1992 (si vous vouliez une édition plus récente, chers internautes, il fallait me l’offrir !)

[4] B. Massignon, « Laïcité et gestion de la diversité religieuse à l’école publique en France », Social Compass, n° 47/3, 2000, p. 353-366 ; cet article se fonde sur un DEA plus développé : Laïcité  et gestion de la diversité religieuse : la prise en compte des demandes d’expressions des appartenances religieuses dans les établissements secondaires publics, EPHE, 1999 (bien sûr, personne ne sait tout… mais l’auteur du Rapport me connaît et il aurait suffit qu’il me demande ce qui existait sur le sujet). B. Massignon a également fait, fin 2003, (cad au moment même du début de l’enquête) un rapport pour le Ministère des affaires étrangères donnant une comparaison internationale sur le port des signes religieux dans les écoles publiques.

[5] J’y reviens presque tout de suite

[6] Ainsi le rapport cite L’Islam mondialisé d’O. Roy (Le Seuil) sans s’en servir ensuite.

[7] Penser le corps (PUF, 2002), La pornographie ou l’épuisement du désir (Buchet Chastel, 2003), Malaise dans la sexualité (JC Lattès, 2006)

[8] Comme le Rapport propose de durcir la laïcité à l’égard d’adeptes de religions minoritaires sans corriger en rien les inégalités signalées au passage (ainsi la proposition de la Commission Stasi sur la modulation des jours fériés n’est pas reprise alors même qu’il est dit que le calendrier scolaire est le 1er problème), en fait adopter ces propositions aboutirait à aggraver les injustices : comme on le constate, il s’agit donc de solutions morales et réalistes !

Commentaires

merci pour ce premier volet de votre travail.

Il n'est pas anodin que ce rapport ressorte actuellement avec toute une auréole: ce "rapport " prétendu "secret "nous est enfin dévoilé; sus aux tartuffes. Avec moins de risques, ça oui, que ceux pris par Molière et pas ses talents de comédien honni par l'Eglise...

C'est d'autant plus aberrant que depuis 2004 les réalités sociales ont changé...et à quoi rime de commenter des commentaires ,"anachroniques", "indébattables"
Il est là l'obscurantisme de nos intégristes, de ces "sophistes" qui prétendent nous éclairer.

Il me semble que( je l'ai lu tel quel, sans les commentaires autres que ceux de x républicains faisant l' éloge des derniers livres à lire, en x "positions" de pouvoirs) toutes les lacunes et partis-pris de ce rapport relèvent d'un choix "idéologique "( gros mot archaïque) :
Un inspecteur général a tous les moyens, comme l'attestent d'autres productions de son corps, d'accéder à toutes sortes de données "quantitatives" et "qualitatives": celles de divers services de l'E.N., d'autres ministères, d'études d'organismes de recherches, celles aussi de notre république décentralisée ( collectivités locales)et des rencontres -enquêtes sérieuses sur les terrains. C'est une des missions de l'inspection générale.

Le choix de son "panel" relève de partis-pris qui seraient ceux d'un (mauvais) chercheur en biologie, médecine qui ( aussi mauvais ethnologue, effectivement) ,sur des "informations" ,partirait courageusement à la recherche d'un virus, d'une épidémie, d'une pandémie dans des "ghettos", indigènes, très atteints. La référence revendiquée à des notions des USA, plutôt qu'à celles de notre Education Nationale, à notre république ( ZEP,ZUS...)
permet, entre autres, de faire comme si, dans des "ghettos" comparables à ceux qu'il a pris comme terrains d'enquête..., n'existaient pas des chercheurs, des "toubib(e)s "( personnels de l'EN travaillant avec toutes sortes de partenaires , associatifs, culturels, sociaux).Eux et elles préférent les analyses des situations,la "prévention" , les vaccins, les projets-actions, les démarches soumises à évaluations.. à des croisades faisant feu de tout.
Mais cela aurait supposé qu'il reconnaisse d'abord d'autres conceptions de la laïcité, de la pédagogie , de la culture que celles qui font le succés des fronts uniques républicains. Trente ans que l'on nous matraque sur ces réformes qui massacrent les enfants et sur la "république en danger" .
Les problèmes compliqués exigent des analyses sérieuses, des propositions courageuses et non la démagogie de recettes des plus éculées, relevant de slogans ou de fantasmes d'âges d'or de la république.Et la mettent en péril ainsi que la démocratie.

Le rapport ne donne aucun moyen de discuter sur des "faits" vérifiés, recoupés et encore moins des façons de lutter contre des misères et désespérances.
Aucun "état des lieux", aucune analyse précise des raisons pour lesquelles on en est arrivé là, dans tout un éventail nuancé de situations plus du tout, un peu , beaucoup "régulées" ,fort laîquement.

Des condescendances, aussi, pour les personnels qui se débrouillent comme le peuvent mais pas de propositions qui les encourageraient, les aideraient durablement.

Aucune perspective, non plus, un tout petit peu historique sur l'inventaire des symptômes de révoltes socio-culturelles plus que religieuses... Le déni des diversités a mené à des dénis, de fait, dans x détails sensibles à des jeunes à qui on apprend toutes les vertus de notre république, de leurs héritages, de leurs recherches de mémoires, d'identités...Le rapport ne fait aucun bilan précis de tout ce qui relève de compromis avec d'autres cultures, religions ou traditions reconnues comme "françaises".
Quelles victoires paradoxales pour les "républicains" "fous d'intolérances" si on en arrivait à préférer des "écoles à caractère propre" de toutes les confessions mais ils hurlent face à des projets quand ce sont des écoles "islamistes".
Trop de "détails" de ce rapport malgré des précautions stylistiques ou méthodiques me semblent expliquer que l'on ait préféré, dans diverses instances politiques et de l'EN, le laisser dans un placard.
Retour à la case départ: pourquoi le ressortir aujourd'hui.
La parole d'un Inspecteur général aurait-elle tant d'autorité qu'on ait besoin de sa caution pour x campagnes?

Écrit par : anne-marie lepagnol | 22/10/2006

Très bien, très bien...mais quand on se permet de produire une "déclation internationale sur la laïcité" qui se termine par une "laïcité" qui "exige" (sic) de ne pas être une "idéologie anticléricale" (resic), ce serait à hurler de rire devant un superbe numéro de clown, si ce n'était pas particulièrement grave. Signée avant tout par des universitaires, une telle "déclaration internationnale sur la laïcité" pourrait tout autant s'intituler "les clercs au moyen-âge aujourd'hui".
Le monde n'est qu'un vaste monastère où faire la leçon au bas peuple sans titre de noblesse universitaire, peut-être même "Au nom du tiers état" pour reprendre le titre de l'excéllent dernier livre de François Bayrou.
Mais ne l'oublions pas : les clercs sont obscurs...

Écrit par : Clerc obscur | 23/10/2006

Le rapport "Obin" in-extenso est disponible depuis longtemps sur le site du Ministère de l'Éducation Nationale.


http://www.education.gouv.fr/syst/igen/rapports.htm#2004


On peut d'ores et déjà se poser le problème déontologique de la publication d'un rapport de l'IGEN dans un ouvrage très clairement orienté.


La contribution d'un IEN, fonctionnaire d'autorité, est-elle compatible avec le devoir de réserve?

Pour faire le lien avec votre billet précédent sa publication me semble être une manoeuvre bassement politicenne.


Si l'on fait l'historique de "l'Islamophobie*, on constate trois étapes:

1- La doxa néo-fasciste qui a sevi à structurer idéologiquement le Front National


http://www.univ-perp.fr/lsh/rch/crhism/domitia01/doxa.htm


2-La doxa néo-conservatrice américaine de Daniel Pipes diffusée essentiellement par les signataires de l'Appel de Soutien à Robert Redeker.


3-La doxa anti-obscurantiste dévellopée par Caroline Fourest et dont Charle-Hebdo est devenue le Porte-Parole.



Cette union sacrée qui va de L'Extrême-droite à la Gauche caviar est bien entendu purement poliiticienne.


Il est donc urgent d'allumer des Contre-feux dans les médias. Votre échange avec Brighelli est il accessible sur Internet?



*J'emploie ce terme faute de mieux. il s'agit plutôt de xénophobie.

Écrit par : Philinte | 23/10/2006

J.Baubérot expliquera beaucoup mieux que moi à "clerc obscur" pourquoi la laïcité exclut "l'idéologie anticléricale " .
j'ai le plus grand respect pour les "clowns", dans toutes les traditions et moyens d'expression de toutes les cultures; en tout cas ceux et celles qui connaissent leur métier, travaillent beaucoup leurs numéros, nous permettent de rire et de faire des "catharsis" sur tout ce qui nuit à de bonnes relations humaines et sociales. Libre à "clerc-obscur" de croire démolir avec ce terme qui ne pense pas comme lui, de façon anonyme.
Je viens de lire le dialogue Brighelli-Bauberot dans le Point.
Je n'ai pas du tout, du tout ri.
Je me suis dit ( lisant et relisant, un peu atterrée): cette "idéologie ", ces mots, ces formules, (choc), du psittacisme républicain relèvent d'une ignorance radicale de l'histoire de l'école et de la laïcité , des savoirs qu'on transmet encore dans notre école laïque ( en toute indépendance par rapport à tous les "croisés" des croyances dominantes de notre pays).
Je cite :
"l'école doit rester un sanctuaire" ( vocabulaire religieux!).De quelle idéologie anticléricale, quel "sacré "républicain? Avec quels "prêtres"ou "moines"?

" je me fiche des origines. Les élèves sont français, point barre" ( et final ) ou " "la laîcité a toujours été la volonté d'ignorer les différences"
tiens c'est justement ce qu'apprennent nos meilleurs chercheurs en biologie, en histoire, en sciences humaines et sociales et tous nos arts, notre littérature, nos langues...: l'humain, l'humanisme exigent la reconnaissance des diversités , différences de chaque personne en x histoires génétiques et socio-culturelles..

Je me permets de conseiller un livre qui vient de paraître:
L'histoire de l'islam et des musulmans en france du moyen-âge à nos jours.Albin Michel . Clerc-obscur y trouvera de quoi vérifier le bien ou mal fondé de son anathème contre les "clercs du moyen-âge" .

j'avoue n'avoir pas bien compris les humours sur le monastère, le Tiers-etat, Bayrou. Dois-je rappeler à Clerc-obscur une grosse erreur qu'a faite Bayrou, ministre de lEN, qui a jeté dans la rue , pêle-mêle, tous les laïques, failli redéclencher la guerre scolaire; cela dit Bayrou a très vite rectifié le tir, en a tiré des leçons... Mais ce n'est pas l'objet de ce blog que de participer à la campagne des présidentielles même s'il semble bien que l'Ecole, la laïcité ...sont des thèmes des plus "accrocheurs" dans des stratégies politico-médiatiques faisant fort peu appel à l'esprit critique citoyen...
Que peuvent hélas en retenir les élèves de nos écoles: je crains fort que cela ne relève pour eux et elles de la culture dominante-médiatique-consumériste et non de la "politique" au meilleur sens du mot...Et les enfoncent dans leurs réactions ( hélas ça parait recommencer )de "barbares","indigènes","sauvages", "tribales"...
On n'a pas le droit , quand on est de x cléricatures se disant laïques et républicaines de "trahir" les titres et les héritages universels et divers que l'on revendique avec des mots aussi connotés . Mais les "clercs" semblent adorer répéter des rôles assez sinistres. Les boucs émissaires changent, c'est tout...
Pour clore sur une notation marseillaise actuelle:hier, fin du ramadan. L'épicier "arabe" qui vend de tout, y compris du cochon et de l'alcool, ouvre le dimanche... ferme son magasin plus tôt que d'habitude, et met mot sur son volet, manuscrit, sans une faute, même d'accent:
"Fermé. Fin du carême" ( sic; j'en sourirai avec lui quand il aura fêté son Aid , sa fin de "carême")
Et aux ethnologues qui prétendent qu'il suffit de se promener autour des ghettos, collèges: qu'ils aillent sur les plages, certes populaires, mixtes, gratuites marseillaises : les jeunes filles, avec leurs copains, sont à la dernière mode d'été : bikinis, pantalons ou robes amples ou non, voiles rivalisant de coquetteries. Prénoms, teints de toutes les couleurs. Religion???j'ignore sauf celle de plaisirs des vacances méditerranéennes, de "flirts" fort "mixtes", de pique-niques des plus "mixtes"!Quant aux petits de maternelle et primaire: un croisé très actif mène campagne pour interdire à des mamans ( d'écoles mosaîques de x immigrations et misères) d'accompagner la maîtresse dans des sorties pédagogiques ( bibliothèques,musées, cinés, théâtres, terrain de sports...) si elles osent mettre leurs plus beaux habits ( africains, chinois, méditerranéens... ou jeans) , avoir sur la tête de quoi protéger du mistral ou du soleil. En clair: les maîtres(ses) ont l'alternative: soit vous ne sortez pas ( vu x "sécurités " à assurer, dans les trajets, vu x circulaires et dangers de la rue), faute d'encadrement soit vous priez ces femmes d'aller se rhabiller. C'est (sic) l'image de l'école laïque qui est en jeu. J'avais le tort, moi, de trouver ces ribambelles ravies de quitter leur "sanctuaire" avec maîtresse et mamans leur donnant la main un merveilleux pari pour une "éducation du peuple" et très touchant que ces femmes aillent dans des "lieux culturels"
Quant aux cantines, au ramadan imposé des inspecteurs, professeurs devraient savoir que le grand problème dans ces écoles des ghettos c'est d'abord de pouvoir payer la cantine même avec x aides ( en cours de réductions drastiques) et que ça fait plutôt mal, toute l'année de voir des collégien(ne)s bouffer, dehors, ce que maman a pu mettre dans le sac ( maman travaille, trop heureuse si elle a du boulot), plus ou moins "diététique"...
On ne voit que ce qu'on a envie de voir. Qui sont les tartuffes de 2006
Des infos récentes ( de vilains pédagogues-syndicalistes) citent deux audits d''inspecteurs ( de l'En et des finances, je crois) sur les coûts à réduire dans le budget E.N. bref: à la trappe x horaires d'enseignement des élèves, y compris dans les "savoirs fondamentaux", obligatoires et des "décharges" des personnels, et ces organismes totalement inutiles du mammouth. On attend belles campagnes très médiatiques mais surtout les textes de ces audits à analyser, débattre avant de partir en x guerres...Les mêmes hussards sont fort capables de refaire le coup d'envoyer dans la rue x troupes, dont des ados, pour défendre des causes fort confuses...emmêlant tout, récupérant ce qui leur convient, condamnant les "barbares" et ne prenant aucun risque.

Écrit par : anne-marie lepagnol | 24/10/2006

Félicitations pour ce démontage du rapport Obin ; Alain Seksig se présente comme celui qui a enfin osé publié le texte dont le ministère n'avait pas prévu d'édition papier ; la difficulté reste d'éviter les analyses qui réduisent ou simplifient, ce qui aujourd'hui devient périlleux ; merci.

Écrit par : Alain Bondeelle | 25/10/2006

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