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08/10/2006

LA LIBERTE D'EXPRESSION ET LES CHIENS DE PAVLOV

Article publié par Le Monde, le 6 octobre 2006 (PUBLIE CI APRES AVEC, ENSUITE UN COMMENTAIRE)

NON AUX PROPOS STREREOTYPES

Défendre la libre expression de Robert Redeker n'implique pas de
soutenir la bêtise haineuse

Jean Baubérot
Historien,
spécialiste de l'histoire de la laïcité à l'Ecole pratique des hautes études

Nous cheminons sur une route bordée de deux gouffres profonds. Je
crains que les intellectuels signataires de l'" appel en faveur de
Robert Redeker " (Le Monde du 3 octobre) n'aient vu qu'un seul
précipice et qu'ils reculent horrifiés devant lui au risque de tomber
au fond du ravin qu'ils n'ont pas voulu voir.

Mon accord avec eux est complet en ce qui concerne la défense vigilante
de la liberté d'expression. Je me joins tout à fait à leur appel
solennel " aux pouvoirs publics afin, non seulement, qu'ils continuent
de protéger comme ils le font déjà Robert Redeker et les siens, mais
aussi que, par un geste politique fort, ils s'engagent à maintenir son
statut matériel tant qu'il est en danger ". Je signe des deux mains et
je veux, moi aussi, résister à " une poignée de fanatiques - qui -
agitent de prétendues lois religieuses " pour remettre en question "
nos libertés les plus fondamentales ".

Mais déjà là, je me demande si ces intellectuels mesurent bien
l'ampleur du gouffre. Cette " poignée de fanatiques " n'existe
malheureusement pas dans un vide social. Alors que la fin de la guerre
froide, l'effondrement du mur de Berlin aurait pu augmenter la qualité
du débat démocratique en le rendant moins manichéen, c'est le contraire
qui s'est produit. De divers côtés, on assiste à la multiplication
d'indignations primaires, de propos stéréotypés qui veulent prendre
valeur d'évidence en étant mille fois répétés par le moyen de la
communication de masse. L'évolution globale est inquiétante, et cela
est dû à la fois à la montée d'extrémismes se réclamant de traditions
religieuses (au pluriel) et d'un extrême centre qui veut s'imposer
socialement comme la (non-)pensée unique et rejette tout ce qui ne lui
ressemble pas.

Il faut donc regarder de plusieurs côtés à la fois. On peut, on doit
défendre les droits élémentaires d'une personne sans abandonner tout
esprit critique à son égard. " Quel que soit le contenu de l'article de
Robert Redeker " écrivent les signataires sans autre précision. Je
regrette, là je ne peux plus du tout les suivre. Combattre le gouffre
de l'intolérance n'implique pas de se coucher devant la bêtise
haineuse. Au contraire, les deux combats n'en font qu'un. La Ligue des
droits de l'homme l'a compris, qui défend Robert Redeker tout en
refusant ses " idées nauséabondes ". Son article prône, en effet, une
reprise, contre l'islam dans son ensemble, du discours maccarthyste
contre le communisme. L'Occident est le " monde libre ", paré de toutes
les vertus face à un islam monolithique et diabolisé. Et naturellement,
l'auteur dénonce les " intellectuels qui incarnent l'oeil du Coran,
comme ils incarnaient l'oeil de Moscou, hier " et " ne s'opposent pas à
la construction de mosquées ".

Pour masquer sa propre ignorance, M.Redeker cite des extraits de
l'article " Muhammad " écrit par Maxime Rodinson dans l'Encyclopaedia
Universalis et en conclut : " Exaltation de la violence : chef de
guerre impitoyable, pillard, massacreur de juifs, polygame, tel se
révèle Mahomet à travers le Coran. " Il suffit de se reporter à
l'article du grand savant pour constater à quel point et le ton et le
contenu lui-même sont d'une autre planète. On pourrait, avec plus de
citations encore, tirer de cet article une apologie de Muhammad.
Rodinson écrit par exemple : Muhammad " montra, en bien des cas, de la
clémence et de la longanimité, de la largeur de vues et fut souvent
exigeant envers lui-même. Ses lois furent sages, libérales (notamment
vis-à-vis des femmes), progressives par rapport à son milieu ".

Naturellement je donne cette citation comme un contre-exemple et
seulement pour montrer à quel point M. Redeker effectue un usage
inadmissible, par son caractère tronqué et unilatéral, des dires de M.
Rodinson. Ce dernier n'a écrit ni une dénonciation haineuse ni une
apologie. La lecture de texte qu'opère Redeker est inadmissible
s'agissant d'un professeur de philosophie dont le devoir professionnel
serait d'enseigner l'objectivation, la prise de distance à l'égard de
ses affects, l'analyse critique. Le soutenir doit donc s'accompagner de
la mise en cause du contenu et de la forme de ses propos.

Non, je ne comprends vraiment pas le " quel que soit le contenu de
l'article " et je ressens cela comme une grave menace pour la liberté
de penser elle-même. J'imagine la situation en 1894 ; supposons une
minute qu'ait existé alors un groupe d'extrémistes menaçant Edouard
Drumont ou un autre publiciste antisémite (qui lisaient les textes
exactement de la même manière), pouvons-nous concevoir ceux que
l'affaire Dreyfus allait faire qualifier d'intellectuels écrivant pour
défendre le publiciste attaqué : " quel que soit le contenu des
articles de La Libre Parole - l'organe de Drumont - ... " ? La
recherche historique montre que tous les thèmes antidreyfusards
circulaient avant l'affaire Dreyfus. De tels stéréotypes sont
permanents ; seules changent les minorités qu'ils transforment en boucs
émissaires. La lutte contre l'intolérance ne dispense pas de la lutte
contre la bêtise haineuse.

Quelques commentaires sur l’article du Monde :
 
Donc il y a eu un article de Robert Redeker qui lui a valu des menaces et je soutiens qu’on doit le défendre comme individu, sans cautionner son propos en faisant silence sur son contenu.

Redeker s’était déjà fait remarquer par des articles dénonçant les personnes critiques à l’égard de l’envahissement publicitaire comme étant des ennemis de la « gaîté » et par un autre texte fustigeant toute critique de l’Amérique. OK, ce sont ses idées et il les partage. Mais la moindre des choses est également que l’on garde le droit de critiquer aussi de tels propos à l’emporte pièce. Surtout que, le piège est que des personnes faisant ainsi de l’inflation idéologique ravissent certains médias qui les publient, alors que celles et ceux qui font des analyses plus fines n’arrivent pas à être publiés (où dans des médias confidentiels). Il y a là aussi une sorte d’atteinte à la liberté d’expression.

Quant il s’agit de l’islam, Redeker franchi allègrement un pas supplémentaire. Je ne pouvais pas relever toutes les accusations haineuses contenues dans son article, je n’aurais plus eu le temps d’indiquer mon propre commentaire. Mais, puisque dans mon blog, j’ai un peu plus de place, sachez que l’article commence par affirmer que « l’interdiction du string à Paris-Plage » traduit une « islamisation des esprits », ainsi que la « non-interdiction du port du voile dans la rue » (M. Redeker veut-il mettre un policier derrière chaque femme musulmane pour les obliger à être tête nue ?), que le Coran est un « livre d’inouïe violence », etc, etc.

Bref, comme me l’écrit, une des dizaines de personnes qui m’ont envoyées des messages de soutien : « On se demande pourquoi R. Redeker écrit dans le Figaro alors qu’il pourrait être éditorialiste à Minute ».

A propos de ce qu'il écrit du Coran, je voudrais donner une précision supplémentaire par rapport à mon article du Monde : les pamphlets antisémites de la fin du XIXe siècle et qui ont crée le climat qui a donné l’affaire Dreyfus, attaquaient Le Talmud (qui, pour le judaïsme, complète la Tora dans l’accès à la vérité religieuse), Talmud qu’ils opposaient aussi sommairement à la Bible, que le fait Redeker qui oppose un Jésus douçâtre (n’a-t-il jamais entendu parler de Jésus chassant les vendeurs du temple ?) à un Mahomet « maître de haine ».

Ce précédent historique très important incite à la réflexion : on ne peut pas, aussi sommairement que le font les gens de Charlie Hebdo et d’autres, dire que les attaques contre les religions n’ont jamais rien à voir avec le racisme et qu’en conséquence parler d’islamophobie est une atteinte à la liberté. En fait à chaque cas, il faut savoir distinguer droit à la critique et invective haineuse.

 On a le droit de critiquer les religions, comme le reste. Mais supporterait-on que l'on parle de Condorcet, Jaurès ou de gaulle comme Redeker parle de Muhammad? La critique n'est pas la bêtise haineuse. Dans le cas de Redeker, nous sommes clairement dans le second cas de figure. Et le fait qu'il soit victime d'une intolérance fanatique qu'il faut aussi combattre (et que de nombreux musulmans ont déjà désavouée) ne blanchit pas son article sale.

Redeker s’insurge contre ceux qui « s’élevaient contre  l’inauguration du Parvis  Jean-Paul II et ne s’oppose pas à la construction de mosquées. N’allez pas croire pour autant que Redeker soit catholique. Pas le moins du monde. Il se croit républicain laïque !!! (belle illustration de ce que j’écris dans mon livre sur l’intégrisme républicain°)[1] Il s’inscrit en fait, dans la tradition maurassienne (de Charles Maurras) où, bien qu’agnostique, on prône un catholicisme identitaire. Chez Maurras, c’était le catholicisme, champion des peuples latins contre les trois R : Réforme (protestante), Révolution (française), Romantisme (allemand) et aussi contre les juifs et les francs-maçons. Chez Redeker, c’est le catholicisme (ou le christianisme, peu importe) champion de l’Occident contre l’islam. L’instrumentalisation réactionnaire est la même.

Alors il faut résister à la tentation d’être transformé en chien de Pavlov sous prétexte de défense de la liberté d’expression.

Vous savez, ce chien tellement conditionné qu’il salivait     
 avant même qu’on le nourrisse. Le chien salivait à voir le plat où on mettait la nourriture ou la personne qui la lui donnait. Et donc, la nourriture pouvait être, en fait, de la merde, il salivait quand même.  Et bien, pour certains l’expression « liberté d’expression » fonctionne comme un réflexe conditionné et ils refusent de regarder s’il s’agit de merde intellectuelle.

Non de même que l’on critique des idées sans attaquer les personnes, on doit défendre les personnes sans renoncer à attaquer les idées nauséabondes.

Les inconditionnels de Redeker écriraient-ils, si Faurisson (l’auteur révisionniste) était  menacé par fou : « Quelles que soient ses idées.. .» ? Moi pas.

 

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[1] ° Dans L’intégrisme républicain contre la laïcité (L’Aube, octobre 2006), je note que les intégristes  républicains français  ont une évolution qui ressemble de plus en plus à celle des néo-conservateurs américains.

Commentaires

Conformément aux consignes de modération des Blogs, j'ai enlevé ce commentaire, qui était plus de l'ordre de l'invective (pas contre moi) que du débat.
J. B.

Écrit par : pierre | 08/10/2006

j'ai écrit dans un commentaire du blog de Fath quelques points qui viennent à mon avis compléter votre raisonnement.
http://blogdesebastienfath.hautetfort.com/archive/2006/10/02/pour-la-liberte-d%E2%80%99expression-affaire-redeker.html#comments
En tout cas, je suis d'accord, il devient difficile de ne pas se laisser entraîner par les "adversaires complices" que sont les islamistes et leurs dénonciateurs.

Écrit par : clic | 09/10/2006

Cher Monsieur,

Je vous félicite pour votre lucidité. Dans la débilité environnante, des voix nuancées et intelligentes comme la votre sont essentielles.

J'ai été particulièrement choqué par la bêtise effrayante des gens de Pro-Choix qui vous critiquent sur leur blog.

Encore une fois, félicitations pour ce bel article du Monde. J'ai d'ailleurs écrit au journal pour les inciter à publier plus souvent des voix raisonnées comme la votre.

Écrit par : Christian Martin | 09/10/2006

Cher Monsieur,

Je vous félicite pour votre lucidité. Dans la débilité environnante, des voix nuancées et intelligentes comme la votre sont essentielles.

J'ai été particulièrement choqué par la bêtise effrayante des gens de Pro-Choix qui vous critiquent sur leur blog.

Encore une fois, félicitations pour ce bel article du Monde. J'ai d'ailleurs écrit au journal pour les inciter à publier plus souvent des voix raisonnées comme la votre.

Écrit par : Christian Martin | 09/10/2006

En effet, l'atteinte à la liberté d'expression est insupportable. Mais la bêtise des propos de ce philosophe est elle aussi insupportable. Difficile dès lors de se faire entendre quand on n'a pas de vision binaire des choses...

Écrit par : Achtungseb | 09/10/2006

je condamne les menaces physiques.

Mais si on soutient "...quel que soit le contenu de l'article..." pourquoi les signataires passent leur temps à dénoncer les preches haineux des imams extremistes.

La liberté d'expression s'appliquerait-elle à sens unique?

Écrit par : ahcene | 10/10/2006

Monsieur, vous etes franchement detestable.
La vie de cet homme este en peril, et vous vous demander au fond s'il ne le merite pas un peu?! Ah, les ideologues... combien on vous connais...
M. Fabian
Réponse: bien sûr que non. Mon texte du Monde est très clair la dessus. Tout être humain a droit à la sécurité de sa personne, mais que cette sécurité soit menacée n'enlève pas un autre droit: le libre examen de ses propos et leur dénonciation s'ils véhiculent, comme l'indique la Ligue des droits de l'homme des "idées nauséabondes". Par ailleurs, on a aussi le droit de remarquer qu'il est de mauvaise foi quand il cite un texte de quelqu'un de décéder récemment et qui ne peut plus se défendre. Tous ceuxqui connaîssent peu ou prou M. Rodinson savent bien qu'il aurait été scandalisé que l'on se serve ainsi de son article et qu'il aurait très vivement réagi. Mais R. R. a attendu que celui-ci soit décédé pour tordre ses dires de façon scandaleuse. Le propos de quelqu'un ne devient pas sacré, hors de tout esprit critique dés lors qu'il serait menacé par quelques extrémistes. Sinon, c'est la mort de l'esprit critique lui-même. Est-ce cela que vous recherchez?

Écrit par : M. Fabian | 10/10/2006

Si. Vous dites la phrase: "La vie du type est sacree, mais...", et apres le 'mais' vous retirez en fait ce que vous avez dit dans la premiere partie. Monsieur, je suis de Roumanie. Des ideologues comme vous, chez nous on connais bien et depuis longtemps, tous ces trucs sont vieux et bien simples. Vous pouvais duper la presse d'ici, ou bien vous-meme, mais nous, on s'y connais un peu en totalitarisme de la pensee.

Écrit par : M. Fabian | 11/10/2006

merci - on commence à voir cette position reprise - nous n'avons pas à être instrumentalisés sous couvert de liberté d'expression. En outre la liberté d'expression d'un professeur, s'exprimant en mettant en avant cette qualité, devrait être limitée par le respect de la laïcité, qui s'impose à lui au même titre qu'aux jeunes filles à foulard ou au sicks à turban

Écrit par : brigetoun | 11/10/2006

Le Grand Orient de France s’inquiète des menaces qui pèsent sur la liberté de penser et la liberté d’expression.

Les menaces de mort proférées contre le Pr. de Philosophie Robert Redeker, dont il n’est pas question, ici, de juger du bien-fondé ni de la pertinence des propos, la déprogrammation de l’opéra de Mozart "Idoménée" à Berlin sous la crainte de représailles, car il y était montré les têtes ensanglantées de Jésus, Mahomet, Bouddha et Poséidon, laissent entrevoir une censure qui ne dit pas son nom, mais qui va à l’encontre de l’esprit républicain.

A l’heure où il va tenir un colloque sur la République, dans son attachement à la Liberté, à l’Egalité et à la Fraternité mais aussi à la laïcité, la Grand Orient de France réaffirme qu’il luttera par tous les moyens démocratiques contre une dérive où la liberté absolue de conscience et son corollaire, la liberté de s’exprimer, sont entravées par des considérations religieuses qui tendent à vouloir rétablir le délit de blasphème.

Cette atteinte à un principe fondamental annonce la résurgence de comportements où la liberté de tous sera en danger.

Il est essentiel de le rappeler à l’aube d’échéances électorales où chaque candidat devra se situer sans ambiguïté quant au respect absolu de ces libertés fondamentales.

Écrit par : EDF GODF | 12/10/2006

à M. Fabian : il n'est pourtant pas difficile à comprendre que l'on peut 1/ défendre la liberté d'expression et condamner des menaces de mort ; et 2/ se servir de sa raison et de son esprit critique pour condamner les propos de cette même personne menacée de mort. Ce n'est pas parce que M. Redeker est menacé de mort qu'il faut oublier ce qu'il a écrit. Sinon, sous prétexte de lutter contre un intégrisme, alors on autorise toutes les inepties, bêtises, haines, et ainsi de suite...

Quant au totalitarisme exprimé par l'article de J. Baubérot, en voilà une qui est pas mal.

Écrit par : Achtungseb | 12/10/2006

Il est vrai que le Coran est un livre pas du tout haineux :

(IV,34). Les hommes ont autorité sur les femmes, en raison des faveurs qu’Allah accorde à ceux-là sur celles-ci, et aussi à cause des dépenses qu’ils font de leurs biens. Les femmes vertueuses sont obéissantes (à leurs maris), et protègent ce qui doit être protégé, pendant l’absence de leurs époux, avec la protection d’Allah. Et quant à celles dont vous craignez la désobéissance, exhortez-les, éloignez-vous d’elles dans leurs lits et frappez-les. Si elles arrivent à vous obéir, alors ne cherchez plus de voie contre elles, car Allah est certes, Haut et Grand !"

Bien sûr on citera toujours pour 'contrer' ce verset, celui-ci : “Le plus parfait des croyants est celui qui a la meilleure conduite . Les meilleurs d'entre vous sont ceux qui sont les meilleurs avec leurs femmes.“

C'est se dédouanner à peu de frais...

(IX,29): "Faites la guerre à ceux qui ne croient point en Dieu ni au jour dernier, qui ne regardent point comme défendu ce que Dieu et son apôtre ont défendu, et à ceux d'entre les hommes qui ne professent pas la vraie religion.".
(XLVII, 4): "Quand vous rencontrerez les infidèles, tuez-les jusqu'à en faire un grand carnage, et serrez les entraves des captifs que vous aurez faits."
(LXVI, 9): "O Prophète! fais la guerre aux infidèles et aux hypocrites, sois sévère à leur égard. La géhenne [le feu] sera leur demeure. Quel affreux séjour.".

Oh bien sûr il se trouvera sans doute aussi des versets expliquant combien il faut aussi être bon et charitable pour être musulman, respecter l'autre et tout ça...

Ou comment s'en sortir quand on est en situation d'infériorité dans un pays, mais en sachant bien comment se comporter dès qu'on prend l'avantage...

Alors par où commencer si on veut limiter la liberté d'expression ? Pas sûr que ce soit par Redeker...

Écrit par : test liberté | 12/10/2006

a Achtungseb: Pas du tout. C'est une question de sincronisation et, si vous voulez, de bon-sens. Lisez la cronique de BHL (que je n'admire pas guerre): "Plus tard, peut-être, je dirai ce que je pense, sur le fond, du texte de Robert Redeker... Pour l'heure, le principe est simple et doit être affirmé sans nuance. On ne discute pas avec un homme à terre, on le relève." C'est quand-meme simple...
Mais l'ideologie... Enfin, n'en parlons plus, j'en ai assez, on n'explique pas une evidence.

Écrit par : M. Fabian | 12/10/2006

Vous prenez la critique du texte de Redeker comme une nuance, une atteinte même, à la condamnation de la violence de l'intégrisme. Ce n'est pas le cas. Il n'est pas dit : "oh puisque Redeker a dit n'importe quoi alors allez-y vous pouvez le tuer"...

Écrit par : Achtungseb | 12/10/2006

Jean Calvin avec ses chasses aux sorcières, et toute sa clique actuelle pour le retour du délit de blasphème avec les autres monothéismes ne valent surement pas mieux que le Coran !

Écrit par : prout...estant | 12/10/2006

je n'ai pas lu qu'en France les protestants demandaient le retour du délit de blasphème ...

Écrit par : Françoise | 13/10/2006

Merci pour votre excellent article. Un point me gêne un peu c'est l'expression "extrême centre". Je suppose que vous faites référence à une sorte d'hypernormalité bien pensante.
Mais je ne suis pas sûr que cela corresponde au fond de l'idéologie en question. D'ailleurs ailleurs vous parlez plus justement de néo-conservateurs à la française ce qui me semble bien mieux décrire ce dont il s'agit.

Écrit par : Jacques | 13/10/2006

J’ai découvert récemment sur votre blog, votre article concernant celui de M. Redeker paru dans le Figaro et je respire à nouveau. Dans le concert assourdissant des agités de la pensée unique et de leurs perroquets, votre analyse est un véritable havre de bon sens et de mesure. Je précise d’emblée que c’est en tant que membre ou produit, entre autre, de la civilisation musulmane, que je condamne sans réserve et sans ambiguïté les menaces qui pèsent sur Redeker.

S’agissant de la question lancinante de l’inhérence supposée de la violence à la religion ou à la civilisation musulmane (entre autre parce qu’incarnée par son prophète), la méthode à la mode consiste de plus en plus à réduire le débat en une bagarre à coup de versets coraniques contre citations de la bible pour prétendre, avec un regard totalement anachronique et hors de contexte, déterminer la religion la plus violente. Je propose humblement une autre méthode, certes plus ennuyeuse, moins appréciée par les simplificateurs, et qui s’appelle la comparaison historique (dans le calme). Rapidement. Quel est l’équivalent musulman de l’inquisition ? Quelle agression aussi violente de l’Islam contre la chrétienté est comparable à celle des croisades contres les musulmans et les juifs ? Quel équivalent musulman y à t’il à l’extermination totale de civilisations entières comme celles des Amériques, au nom entre autre de la religion ? (plusieurs dizaines de millions d’être humains ?). Sur le registre des civilisations, les deux seules guerres mondiales de l’humanité ont-elles été déclenchées par des fatwas musulmanes? Le communisme, le nazisme, le fascisme (dont je propose de ne pas faire l’inventaire des crimes ici !) sont-ce des idéologies issues du monde musulman ?

Il ne s’agit en aucune façon pour moi de réfuter les enjeux essentiels auxquels le monde musulman est confronté aujourd’hui, à savoir la violence de l’islamisme, l’adaptation à la modernité, les rapports à la démocratie et l’autocritique. Mais l’idéologie rampante qui consiste à relier les déviances de l’Islam à son essence même est inacceptable.

Concernant la question de la liberté d’expression, certains, comme les signataires de l’appel en faveur de Redeker, tendent à sacraliser cette notion en lui donnant un caractère absolue. Un sacré d’inspiration laïque s’oppose alors au sacré religieux. Or le cadre sacré confère le droit de se dispenser, de refuser même, (comme le sacré religieux) la mise en question du contenu. C’est ce qui se passe pour l’article de Redeker. Cette liberté d’expression absolue va-t-elle alors s’appliquer avec la même intransigeance en toute circonstance ? Demain devra ton défendre la publication de propos homophobes dans un grand quotidien ? Devra t’on soutenir avec la même énergie les auteurs d’articles à tendance antisémite s’ils sont menacés de censure? Etc.…Bien sûr que non. Et pourquoi non ? Parce que précisément nous tenons compte d’autres facteurs (historiques, sociaux), que le seul droit absolu de tout exprimer et de quelque manière que soit (comme la shoah, la lutte longue et difficile des homosexuels pour leur reconnaissance, etc.) ; car précisément, la liberté d’expression ne doit pas prévaloir sur l’atteinte à la dignité. Ce n’est pas l’article de Redeker qui présente un quelconque intérêt mais la raison pour laquelle il a été publié. Dans un éditorial du Point, Franz Olivier Giesberg défend la parution de cet article en précisant qu’il n’aurait pas, lui, tenu ces propos là, mais qu’on ne peut reprocher à Redeker de les avoir tenu il n’est pas un spécialiste de l’Islam ! Quel est donc l’intérêt pour un grand quotidien national (et pour les lecteurs) de publier un article dont les défenseurs même reconnaissent le caractère violent et la vacuité du sens. C’est pour le moins une forme partisane et dirigée de la défense de la liberté d’expression. Se pose alors la question de la responsabilité des medias et de leur pouvoir. Pour qu’un propos puisse s’exprimer il faut, certes, qu’il soit libre en principe, mais il faut aussi qu’il soit entendu. La liberté d’expression n’est-elle pas aussi déterminée par l’aptitude du propos exprimé à être entendu ? Le figaro, en publiant un article clairement haineux et inconsistant, et en refusant nombre d’autres sur le sujet, participe t’il vraiment à la défense de la liberté d’expression ? Ou, est-ce une défense sélective et partiale de celle-ci ?

L’interprétation du texte de Redeker est claire : les musulmans sont adeptes d’une religion dont le prophète, et donc le fondement même, est l’incarnation de la haine. Ils constituent donc une population désignée en tant que telle. Cette étape, comme le rappelle Jean Baubérot dans son texte, est l’étape nécessaire et fondamentale dans le processus de stigmatisation et d’installation d’un climat de méfiance à l’égard d’une partie de notre population, et qui pourra aboutir, comme dans le passé à des affaires telle que l’affaire Dreyfus ou pire. Les musulmans de France et plus largement ceux issus du monde musulman (et ne parlons que de nos concitoyens), sont de plus en plus pris en otage entre ce courrant ostracisant à leur égard et les extrémistes islamistes qui ne font que le renforcer. Je propose qu’ils n’acceptent pas ce chantage ignoble et les rejettent tout deux en affirmant avec fierté leur particularité culturelle, leur attachement aux valeurs de la République, leurs rejet des déviances islamistes, et aussi en acceptant le principe de la critique raisonnée de leur religion.

Écrit par : Akbal AZIZ | 16/10/2006

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