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30/07/2011

Norvège : Les médias contre la démocratie.

J’espère que beaucoup d’Internautes qui surfent sur ce blog ont lu l’entretien de Fabian Stang, maire d’Oslo, paru dans Le Monde du 28 juillet.

Significativement, cet entretien n’a fait la Une d’aucun journal télévisé, il ne me semble même pas qu’il ait été cité par l’un d’entre eux. Il n’a pas fait, non plus la Une d’aucun quotidien. Pourquoi ?

La réponse est très simple : imaginez que le maire d’Oslo ait lancé un appel à la haine, ait déclaré qu’il fallait punir toute la famille d’Ans Behring Breivik, que le sang appelait le sang, ou qu’il fallait que la Norvège vire à 180 degrés pour entreprendre la chasse aux terroristes virtuels…

Alors là, la photo de Fabian Stang aurait fait le tour du monde, ses propos auraient été repris en boucle par tous les médias. On vous en aurait abreuvé jusqu’à plus soif, personne n’aurait pu les ignorer. Tout le monde serait allé de son commentaire.

Or ce qu’a déclaré le maire conservateur d’Oslo, à l’unisson avec le Premier Ministre travailliste de Norvège, est tout le contraire d’un appel à la vengeance, ou à la radicalisation contre le terrorisme, à la construction de murailles.

Il remarque que « la colère et le ressentiment n’ont jamais émergé. Le respect des victimes l’a immédiatement emporté sur tout le reste. (…) Aucun cri de haine, aucun appel au lynchage, aucun dérapage. Les gens ont transformé la douleur en pouvoir, la colère en volonté de ne pas laisser un tueur détruire leur société. »

Et il conclut : « En regardant cette foule tranquille (…) j’ai compris que le tueur avait perdu : on le punira en réagissant avec plus de tolérance et de démocratie ».

Puisse Fabian Stang avoir raison dans le long terme et la Norvège rester une terre culturellement démocratique (ce qui n’empêche pas de se poser la question : comment mieux organiser la police, pour qu’elle puisse être plus réactive ?).

En tout cas, voilà des propos qui ouvrent un chemin d’avenir, qui indiquent quelle doit être la riposte démocratique aux atteintes qu’elle subit.

J’ai déjà, dans ce blog, cité la belle phrase de Briand réclamant à ses amis parlementaires de construire une laïcité de sang-froid, au début des débats sur la future loi de 1905, et d’ainsi contribuer à pacifier la République.

La Norvège, et le maire d’Oslo Fabian Stang en particulier, nous donne l’exemple d’une démocratie de sang-froid, d’une démocratie qui sait comment le terrorisme peut être vaincu, surtout pas en devenant son double, son frère ennemi.

Ces propos sont donc extrêmement importants pour tous les gens sensés, pour toutes celles et tous ceux qui sont attachés à la démocratie, qui souhaitent la défendre, la promouvoir.

Je ne ferai pas l’injure aux journalistes de penser que, quelques exceptions mis à part, en tant qu’êtres humains et citoyens ils ne font pas partie de ces personnes.

Et pourtant,… Pourtant, ils font exactement le contraire de cette défense et de cette promotion de la démocratie en ne mettant pas à leur juste valeur les propos de Fabian Stang, en ne nous les passant pas en boucle, en ne diffusant pas cette déclaration comme elle mériterait de l’être, en négligeant son importance et son rôle historique.

Ils ont signalé, en passant, la bonne tenue démocratique de la Norvège, mais sans la construire comme un événement médiatique, sans en faire une nouvelle capitale à diffuser à haute dose, comme ils le font chaque jour pour d’autres nouvelles qu’ils choisissent de mettre en avant.

Le propos de Fabian Stang est extrêmement rassurant: Fabian Stang est un faiseur de calme. Fabian Stang construit de la paix.

Eh bien  le propos de Fabian Stang n’est pas médiatique parce qu’il ne fait pas peur !

Le système de la communication de masse est tellement étouffant, tellement totalitaire, tellement antidémocratique qu’il n’y a pratiquement pas de place pour un Fabian Stang dans l’hôtellerie médiatique ! 

Si la démocratie tient bon, c’est malgré ce système.

Et encore une fois cela, quelle que soit la valeur personnelle des journalistes et leur opinion de citoyen. Le problème n’est pas ce qu’ils sont comme individus, le problème c’est la logique diabolique qu’ils acceptent bon gré malgré.

Ils font d’ailleurs plus que l’accepter, ils l’intériorisent.

Car je suis à peu près sûr que la plupart d’entre eux n’ont même pas soufferts de ne pas pouvoir donner aux propos de Fabian Stang leur véritable importance.

 Ils ont tellement intégrer les grossiers critères de l’information spectacle qu’ils ne se rendent même plus comptent à quel point la façon dont ils opèrent une sélection, une hiérarchisation dans l’information qu’ils diffusent,  est totalement pernicieuse

A quel point ils ont des réflexes conditionnés qui font le jeu des extrémismes qu’ils dénoncent sentencieusement  (cf. ma dernière note) et naïvement.

Alors il faut vraiment consacrer du temps et de l’énergie à se désintoxiquer  d’un tel système. A ne pas être dans la crédulité médiatique.

A se rappeler à chaque instant que la hiérarchie faite dans l’information est dangereuse pour la démocratie, et qu’elle sert, malgré toutes  les « bonnes intentions » possibles, d’instrument de haine et de peurs.

A quel point le système de communication de masse joue à nous faire peur et est incapable de nous transmettre les choses importantes.

Il faut apprendre sans cesse à  savoir trier dans ce système, puisque c’est quand même en lisant un quotidien que j’ai pu prendre connaissance des propos de Fabian Stang

 A déconstruire la hiérarchie implicitement faite chaque jour dans les « nouvelles » colportées, et à construire une autre hiérarchisation où on accorde plus d’importance à des informations de 3 lignes, ou à d’autres que l’on peut apprendre par d’autres sources quand c’est possible, qu’à ce qui fait les gros titres, qu’à ce qui passe en boucle, qu’à ce que l’on veut nous forcer à retenir.

Bref apprendre à ne pas hurler avec les loups

Apprendre à ne pas bêler avec les moutons de Panurge

A ne pas cacher notre tête dans le sable, comme les autruches

A ne pas être bêtes comme les ânes

A ne pas verser des larmes de crocodiles

 Et je présente toutes mes plus plates excuses à tous ces animaux, qui ne méritent pas d’être attaqués ainsi, au contraire des humains qui abandonnent leur humanité pour la grégarité, pour le confort de la répétition de stéréotypes plus sales que des mouchoirs usagés.

 

***

 

Allez, ce n’est pas tout ça, Bonne Vacances quand même, et que mes nécessaires élucubrations ne vous empêchent pas de danser sur les tubes délirants de Lady Gaga, la sublime.

La sublime… dans son genre d’idole complètement fabriquée par le système que je viens de tenter de décrypter.

 

Mais vive la dialectique, camarades peut-être pas syndiqués, et rappelez-vous ce que disait l’ami Sartre (lequel a dit des trucsgéniaux et des bêtises plus grosses que lui, mais c’est pour cela que c’était un humain vivant).

 

Donc Sartre disait (contre une analyse de classe unilatérale) : Flaubert un bourgeois, mais tout bourgeois n’est pas Flaubert.

 

Eh bien de même, le camarade Baubérot vous l’affirme (contre une interprétation de ses propos qui conduiraient à ne pas mordre dans la vie à pleines dents, sous prétexte que la vie est piégée) :

Lady Gaga est un produit fabriqué, mais tout produit fabriqué n’arrive pas à être Lady Gaga.

Et j’ai choisi qu’elle me plaise.

 

Ce n’est pas parce que la vie est chienne, qu’il faut refuser d’y goûter.

Tout est permis, si tout n’est pas utile.

L’important est de se faire plaisir sans « perdre son âme ».

Et « perdre son âme » serait de, sérieusement, hurler avec les loups, bêler avec… (au refrain ci dessus).

 

Bref, je vous souhaite de très belles journées et de folles nuits.

 

Cependant, même dans vos soirées débridées, ou quand vous êtes totalement épanoui(e), goûtant un bain de bonheur, lové(e) contre votre chéri(e), qui (j’en suis sûr) a un grain de peau magnifique, n’oubliez pas tout à fait que viendra des moments où il vous faudra, pour rester vraiment humain, assumer le courage d’être lucide, et donc peut-être solitaire.

 

 

PS: autre approche '(complémentaire), celle d'Henri Goldman: Norvège: qui est responsable du massacre?