04/07/2011
DSK, féminisme et laïcité.
Ce n’est pas bien du tout : dès que j’ai appris le retournement de situation, j’ai voulu écrire une note : « DSK story, saison 2 », mais j’étais à un colloque à Aix et entre les very intéressantes communications et le parfum sensuel de l’air de Provence, I had no time…
Alors Libé en a lâchement profité pour me piquer l’idée et titrer « DSK saison 2 » vendredi dernier. No problem, je ne réclamerai pas de droits d’auteurs.
Mais c’est vrai que, comme dans toutes les bonnes séries, la saison 2 commence sur un coup de théâtre. Et, là, il faut le reconnaitre, cela n’a pas été loupé.
Nous nous attendions à une progressive mise en cause de Nafissatou Diallo, la présumée victime (vous avez remarqué que les médias donnent souvent cette précision, alors que pour DSK, le héros principal du feuilleton….) par les méchants avocats…
C’était sans compter avec la capacité imaginative des scénaristes, qui ont trouvé beaucoup plus intéressant.
Pour les séries télé, les Américains sont décidément les meilleurs.
Mais soyons (une fois encore, cette fois à juste titre !) dans la French pride : ils n’auraient pas pu être aussi bons, si nous ne leur avions pas prêté notre French lover number one, et… notre épouse exemplaire (belle, riche, volontaire, aimante,…) hors concours.
Comme quoi les rôles de genre sont scrupuleusement respectés chez nous, non mais!
Toujours à la pointe de l‘info à venir, le Blog se penche sur… la saison 4 de DSK story.
Parce que le scénario actuel n’a prévu que 3 saisons. La saison 2 s’achevant par un non-lieu. Et la saison 3 étant « DSK 3, le retour » (en France).
Ne nous décevez pas, scénaristes talentueux : trouvez de nouveaux rebondissements. Tels que vous êtes partis, vous pouvez tenir 12 saisons, si vous continuez avec la même veine inventive.
Le bon peuple réclame du pain et des jeux. Notamment « la ménagère de moins de 50 ans », cet archétype (sexué) de la consommation qui fait la gloire de notre belle civilisation occidentale, que le monde entier nous envie!
Et comme cette « ménagère » a de moins en moins de pain dans son cadi, que Marie Antoinette n’est plus… pour lui servir de la brioche, vous savez ce qu’il vous reste à faire !
Reste que, coupable ou innocent (on aura sans doute l’occase. d’en reparler) DSK aura rendu un immense service à la cause du féminisme et de la laïcité.
Avant DSK story, c'est-à-dire il y a 3 siècles ou 7 semaines, il existait en France 2 sortes de mecs : les bons athées-judéo-chrétiens, défendant « l’égalité homme-femme »[1], et tout et tout, et puis les méchants musulmans qu’étaient contre cette égalité et qu’il fallait éduquer aux « Valeurs de la République ».
Valeurs que les autres, tous les autres défendaient, bien sûr.
Et c’est ainsi que féminisme et laïcité faisaient bon ménage,… mais uniquement face à l’islam.
Vous ai-je déjà raconté qu’à la fin de la Commission Stasi, des propos très significatifs ont été tenus.
Ils affirmaient que, effectivement, stricto sensu (et tout le bataclan), l’interdiction du foulard à l’école ne pouvait pas complètement être justifiée au nom de la laïcité
(après tout le Conseil d’Etat en 1989 et 1992 avait dit que c’étaient des comportements et pas le signe lui-même qui pouvait le rendre incompatible)
Mais, ajoutait-on, si on envisageait la chose « du point de vue de l’égalité homme femme », alors là, aucune hésitation n’était permise.
J’avais tenté de rétorquer : pas de ça, fillette (décidément,…) car, alors, c’est une commission sur l’égalité des sexes qu’il aurait fallu mettre en place, et il aurait fallu que cette Commission traite TOUS les problèmes liés à l’inégalité des sexes en France.[2]
On opérait un court-cicuit très réducteur , et pour le féminisme et pour la laïcité.
Mais mon propos s’était perdu dans le désert de l’indifférence. Dès lors que les musulmans n’étaient pas concernés, de fait on abandonnait la cause de l’inégalité des sexes.
J’exagère à peine : on relie actuellement (sans approfondir la question) inégalité des sexes et mixité. Dans cette perspective une femme de la Commission Stasi avait, au début de la dite commission, proposé d’interdire les associations unisexes. D’après elle, il en existait chez les musulmans.
Et son propos avait été bien accueilli par certains-certaines.
« Génial, lui ai-je répondu, tu vas ainsi faire interdire la plupart des associations de francs-maçons ! »
Elle a rougi et retiré sa proposition, mais sans analyser ce que cela signifiait.
Cette attitude est loin d’être unique. Rappelez-vous :
« Une jupe, ce n’est qu’un bout de tissu » affirmait l’actrice Isabelle Adjani alors qu’elle recevait en 2010 un prix pour sa prestation dans le film « « La journée de la jupe » de Jean-Paul Lilienfeld.
Un simple bout de tissu mais, poursuivait-elle, « qu’elle soit courte ou qu’elle soit longue, son symbole peut nous aider à gagner une bataille contre l’obscurantisme et contre la haine des femmes (…) Cette jupe, c’est justement l’anti-nicab. Cette jupe, c’est justement l’anti-burqa ».
Certes, je ne nie pas qu’Isabelle Adjani soit une meilleure référence philosophique que BHL. Plus sympathique, en tout cas.
Mais, Isabelle, l’affaire DSK a montré que vous vous êtes faite manipulée dans les grandes largeurs :
La jupe, c’est d’abord l’anti-conseil des ministres, c’est d’abord l’anti-parlement français, etc.
Maintenant la parole a été libérée, maintenant cela a été dit et redit : des femmes ministres ou parlementaires mettent un pantalon pour ne pas se faire embêter grave par leurs collègues masculins.
Pour ne pas subir des propos harceleurs.
Et, de l’affaire Tron à bien d’autres choses, le rideau s’est enfin ouvert sur le vécu de nombreuses femmes.
Elles étaient, elles sont victimes. Mais quand ce n’est pas d’un « musulman », cela n’intéressait presque personne. Il n’y avait pas de « l’actu » pour cela. Et on refusait d’en faire de l’actu : Ce n’était pas « assez sexy ».
Eh oui, pour qu’une info perce le mur impitoyable des médias, il faut qu’elle soit « sexy » : ironie douloureuse dans le cas présent.
Maintenant, la parole a été libérée sur le machisme ordinaire, le machisme franco-français.
« L’esprit gaulois » !
Ou, plus exactement : maintenant celles des féministes qui mettent en cause ce machisme, ne voient plus leurs paroles piétinées, niées, non prises en compte, leurs souffrances ignorées, leurs plaintes bafouées.
Elles ont pu percer le MUR de L’INDIFFERENCE.
Se faire entendre alors que le féminisme dominant s’était embourgeoisé, était devenu conformiste en diable et se réduisait de plus en plus à attaquer un certain islam.
Monde terrifiant où il faut que l’actualité s’y prête pour qu’enfin on aborde la réalité en face.
Monde cynique où l’actualité ne provient plus de la réalité, mais où l’actualité (telle qu’elle est construite et mise en scène) est première, toute puissante et, selon son gré, occulte la réalité ou en montre une part.
MONDE QUI MARCHE SUR LA TÊTE !
Alors, j’espère que certains-certaines n’aurons plus la morgue de nous lancer certains accusations à la tête, comme celle d«’angélisme » à l’égard de l’islam, de musulmans.
Qu’il existe des problèmes d’inégalité des sexes dans la pratique actuelle dominante de l’islam, certes
(Cependant, c’est plus diversifié que l’on ne le dit : dans l’importante confrérie soufie Tiâniyya Naassène le clergé est ouvert aux femmes –j’en sais des choses ! Là, c’est grâce aux travaux de C. Jourde, prof à l’Université d’Ottawa)
Oui, il existe des problèmes, mais, là où il y a intox, c’est que:
- D’une part, il se développe un « féminisme musulman » de femmes sans ou avec foulard qui le combat, et que ces femmes, mal vues par certains musulmans, sont rejetées par certain(e)s féministes.
- D’autre part, ce n’est pas la critique, la mise en cause d’un « machisme musulman » qui fait problème, c’est la façon de le désigner à la vindicte publique en innocentant tous les autres machismes.
Ce sont ces deux attitudes cumuléesqui sont insupportables.
Grace à la saison 1 de DSK story, il y a eu un peu de lucidité dans ce monde de brutes et de paillettes.
Il ne faudrait pas que la saison 2 remette une chape de plomb sur ce pan de réalité dévoilé
Il ne faudrait pas que les cons satisfaits recommencent à nous jeter, quotidiennement, leur morgue à la figure.
Pour cela : une seule solution :
ISABELLE ADJANI, vous avez, maintenant que vous savez à quoi vous en tenir, un devoir impérieux :
tourner un nouveau film : « Une journée de la jupe 2 », film qui se passera dans les coulisses du gouvernement et du Parlement
Film de Jean-Paul Lilienfeld
Film qui recevra un prix
Film dont les médias feront autant la promotion que la Journée de la jupe 1
Faute de cela, il deviendra clair que ce n’est pas l’égalité homme-femme le combat d’Isabelle, de Jean-Paul Lilienfeld, et de toutes les personnes qui se sont mobilisées,
Mais le fait de pouvoir déblatérer sur les jeunes des cités et d’autres
Mais le désir, conscient ou non, de se vautrer dans la discrimination, et d’être des putes soumises à la logique : « selon que vous serez puissant ou misérable ».
PS: la France a été condamnée par la Cour européenne des droits de l'homme pour ateintes aux libertés laïques. Peu de médias en ont parlé. Le Blog va y revenir.
[1] J’ai mis des « » car, bizarre, vous avez dit bizarre, comme c’est bizarre, alors que, normalement, on suit l’ordre alphabétique, ce qui devrait faire parler de l’égalité femme-homme, eh ben, non, pas du tout, là, le masculin prime, comme dans la grammaire et dans le n° de sécurité sociale
[2] Vous trouverez un récit de la Commission Stasi (« L’acteur et le sociologue, la Commission Stasi) dans ma contribution à l’ouvrage dirigé par Delphine Naudier et Maud Simonet : Des sociologues sans qualités ? Pratiques de recherches et engagements, la Découverte 2011.
Très concret, ce livre montre comment des sociologues peuvent analyser la société dont ils sont membres, et donc engagés dedans.
11:58 Publié dans Laïcité française | Lien permanent | Commentaires (39)

