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02/06/2011

La "laïcité toute nue" impuissante devant la laïcité xénophobe.

Comme un brave petit soldat, je continue ma réaction à des commentaires de l’avant-avant dernière Note de mon blog (28 mai).

El l’un d’eux a écrit : « Sur la laicité répressive [de l’UMP, dénoncée par moi J.B.], une pause. Il n'est jamais bon d'ajouter un adjectif au mot laicité : c'est forcément restrictif. »

 

Je ne comprends pas bien : je croyais que la dénonciation de la qualification de la laïcité par un adjectif s’effectuait quand cette qualification était faite de façon positive.

Exemple, certains parleront de «  laïcité ouverte » pour louer ce qui leur semble la caractéristique d’ouverture d’une laïcité qui ne combat pas les croyances religieuses.

Et d’autres répliqueront que la laïcité en elle-même ne combat pas les religions, et donc qu’il n’y a pas besoin de parler de « laïcité ouverte »

(Ce en quoi je serais d’accord ; au niveau des principes laïques)

 

Et ces autres ajouteront que les personnes qui utilisent cette expression « ont fait beaucoup de mal au modèle laïque républicain, en insinuant que la laïcité française serait un modèle fermé sur lui-même qu’il serait nécessaire d’assouplir, d’ouvrir aux différentes religions, aux diverses cultures, pour lutter contre les discriminations dont sont l’objet de nombreux groupes ethniques »

(Jean-Michel Quillardet in Dictionnaire de la laïcité, Armand Colin, article préliminaire p. 13 : « Qui menace la laïcité ? »)

 

C’est là que lo problémo commence, camarade laïque.

Car, comme dirait mon ami normand, c’est « p’être b’en qu’ oui, p’être b’en qu’non »

 

Peut-être que oui : effectivement il ne saurait être exclu que des gens utilisent l’expression « laïcité ouverte » pour hypertrophier un élément d’un aspect de la laïcité :

Soit la « liberté religieuse », élément de la liberté de conscience.

Et hypertrophier cet aspect au détriment d’autres, comme la séparation et la neutralité(cf.  la Note d’hier et celle du 14 mai: "Pour en finir avec la laÏcité ouverte").

 

Peut-être que non, car Quillardet lui-même vient, tout de suite avant dans son texte, de dénoncer « Riposte laïque » et ceux qui « utilisent essentiellement cette notion [la laïcité] pour lutter contre l’Islam et la soi-disant islamisation des sociétés européennes contemporaines. »

Autrement dit : comme dirait le Général, il ne suffit pas de crier « laïcité , laïcité » en sautant comme des cabris !

Quelqu’un qui se réclame de la laïcité peut très bien être xénophobe, etc.

 

Et même quand il s’agit de laïques qui ne versent nullement dans la xénophobie, on peut très bien estimer qu’ils hypertrophient la séparation, donnent une extension trop grande à la neutralité, ils sous estiment l’importance de la liberté de religion au sein de la liberté de conscience,

Bref qu'ils prônent une laïcité un peu fermée, non efficace (et même contre-productive) dans la lutte contre les discriminations.

 

C’est d’ailleurs ce que je pense de la représentation que Quillardet  se fait de la laïcité.

Et, naturellement, je ne l’accuse en rien d’être si peu que ce soit raciste pour autant.

Je suis même persuadé que le racisme lui fait autant horreur qu'à moi-même

Je suis dans le débat au sein de la laïcité.

Et pour pouvoir adresser ma critique, j’ai parfaitement le droit d’utiliser tous les qualificatifs que je veux.

 

Quelques pages plus loin,

(et toujours dans la première partie du Dictionnaire où, avant de vous donner des notices alphabétiques, on

 veut formater votre pensée et vous éviter les mauvaises pensées laïques, tout  comme certains catéchismes veulent vous éviter le doute et les pensées peu morales)

Quelques pages plus loin donc, deux autres auteures (Martine Cerf et Catherine Kintzler) écrivent :

« Jean Baubérot parle d’ « inclusive » [cad de «laïcité inclusive »], ce qui laisse croire que la laïcité pourrait exclure »

Oh le traître ; et dire que j’ai failli me laisser avoir par un aussi sinistre personnage !

Et nos deux auteures concluent : «  Quels que soient les qualificatifs accolés au mot laïcité et ils sont nombreux, on voit bien qu’ils déforment la réalité. » (p. 21)

 

Court-circuit commode entre

- principes laïques et

-laïcité empirique qu’elle soit dans l’histoire ou aujourd’hui.

Ainsi quand la laïcité dominante en 1901-1904 a contraint à l’exil « plus de 30000 membres du clergé régulier » non, non,  bien sûr, la laïcité n’excluait en rien !

(la précision sur l'exil congréganiste se trouve dans le Dictionnaire, p. 38 dans la bonne synthèse de P. Tournemire sur la séparation de 1905).

 

 Il est vrai que la présence de Tournemire parmi les auteurs doit être due à une distraction très facheuse:

n’est-il pas Vice-président de la Ligue de l’enseignement, à laquelle il est reproché et p. 17 et p. 21 d’avoir utilisé l’expression de « laïcité plurielle »

Tournemire est donc parmi les « tenants » d’une laïcité avec adjectif qui « menace la laïcité » (p. 17)

Et il ne peut alors que « déformer la réalité » !

Mais  rassurez-vous, la notice « Congrégation », rédigée certainement par une tenante de la laïcité sans adjectif, Jeanne Pagiusco, vous donne, elle, «  la réalité non déformée », puisqu’elle ne  dit pas un mot de cet exil.

Pour que la laïcité n'exclut jamais, il suffit de rayer de l'Histoire les exclusions qu'elle a faite.

C'est très simple, non?

 

Voila pour le passé.

Et aujourd’hui, n’existerait-il pas une laïcité quelque peu excluante ?

Certes non, puisqu’il ne faut pas « CROIRE que la laïcité pourrait exclure » !

C’est pourquoi d’ailleurs « le concept d’intégrisme laïque est impossible » (p. 11, Cerf et Kintzler).

Me voilà complètement rassuré, et devenu totalement croyant de la laïcité non qualifiée, celle qui, par définition, est parfaite.

 

Mais, patatras, voilà t’y pas, qu’alors que je ne demande qu’à avoir la foi du charbonnier laïque, les tenants les plus excellentissimes de la laïcité qui ne peut être qualifiée sans se trouver transformée en son contraire parlent de :

-          « la laïcité républicaine à la française » (p. 17)

-          « la vraie laïcité » (p. 21)

-          « la laïcité toute nue ou minimaliste » (p. 21)

 

Alors même qu’ils viennent de m’enseigner que :

«  Quels que soient les QUALIFICATIFS accolés au mot laïcité et ils sont nombreux, on voit bien qu’ils déforment la réalité. » (p. 21)

C’était bien la peine que j’apprenne cette phrase par cœur, que je me la récite, à la place de la prière du soir d’il y a un siècle, tous les jours en allant au lit.

Que je chasse les mauvaises pensées laïques.

 

Car voyez-vous, à cause de l’utilisation de qualificatifs par celles et ceux qui me défendent d’en user, les mauvaises pensées me reviennent en force.

En quoi la « laïcité inclusive » serait-elle à clouer au pilori et la « laïcité minimaliste » serait-elle magnifique ?

Sans compter qu’elles pourraient bien se ressembler quelque part !

 (en effet la laïcité minimaliste est celle de la puissance publique et pas la laïcité imposée au citoyen, cf. p. 19)

 

Pourquoi donc 2poids, 2 mesures alors que la laïcité minimaliste peut être inclusive et que la laïcité inclusive est forcément minimaliste, au sens où l'entend KIntzler.

Pourquoi donc Kintzler peut qualifier la laïcté et pas moi (hormis le fait que je suis affreux, sale et méchant!)?

Ne serions nous pas dans une méga contradiction?

 

Car, oyez braves gens, tout de suite après m’avoir enseigné que « le concept d’intégrisme laïque est impossible », mes deux auteures favorites continuent imperturbablement :

« L’expression est cependant utilisée pour QUALIFIER la position qui entend étendre le principe d’abstention [= une obligation de neutralité religieuse] à toute la société civile, alors qu’il ne concerne que l’autorité publique. » (le tout p. 11).

 

« Ces choses-là sont rudes

Il faut pour les comprendre avoir fait des études »

Déclarait déjà en son temps le père Hugo.

Manifestement, je n’en ai pas fait assez ! Car après m’avoir dit que tous les qualificatifs devaient être évités comme la peste, on m’en met plusieurs sous le nez

(Et, constatez le, votre Baubérot favori a glorieusement résisté à toute plaisanterie facile et de fort mauvais gout sur la « laïcité toute nue »  alors qu’il avait 349 vannes prêtes à surgir dans sa tête: n’est-il pas en progrès très net ?)

 

Comme moi, mes auteures  favorites sont en désaccord avec la position qui étend l’obligation de neutralité à toute la société civile

(et effectivement Catherine Kintzler n’a pas été favorable à l’extension de l’interdiction du foulard par exemple)

Mais dire que qualifier cette laïcité là par le « concept » (bien grand mot, mais bon !) « d’intégrisme laïque » serait  impossible, cela parce que  la laïcité  « n’est pas un courant de pensée »... !!!

(OK, elle n’est pas un courant de pensée, mais elle n’existe pas en dehors d’êtres humains qui en ont diverses représentations, qui font une herméneutique des principes laïques aussi spontanément et naïvement que le sieur Jourdain faisait de la prose).

 

 

Donc , il y a des gens qui se servent de la laïcité à des fins xénophobes, mais chut, comme il n’existe que « la laïcité » on ne peut pas qualifier leur laïcité, on ne peut parler d’ « intégrisme laïque », et puis comme c’est embêtant il y a quand même (gargarismes) « la laïcité républicaine à la française », la « vraie laïcité », « la laïcité toute nue et minimaliste », mais attention, attention, toute qualification de la laïcité est scandaleuse car déforme la réalité.

C’est limpide, non !

 

 

Houlà là, camarades, vous êtes mal barrés pour pouvoir contrer la laïcité (qu’on ne peut qualifier)  de la Droite populaire, de Riposte laïque et du Front National, ces nouveaux champions de la laïcité.

D’ailleurs, vous nous donnez un petit méchant dictionnaire en ceci que les notices des partisans de la laïcité sans qualificatif sont, en majorité, malheureusement, mauvaises avec des erreurs, des imprécisions, des oublis très significatifs

Comme quoi, il n’y a pas que les adjectifs qualificatifs qui vous manquent !

(Je n’ai plus la place de le démontrer maintenant, mais ce n’est partie remise : mon armoire à poison est pleine !)

 

Que s’est-il passé ?

Vous avez passé votre temps à taper sur la Ligue de l’enseignement, les tenants ou pseudos tenants de la prétendue « laïcité ouverte », etc.

C’était une façon d’empêcher tout débat argumenté : refuser les qualificatifs était une façon de DIS-CALIFIER celles et celles et ceux qui n’avaient exactement la même représentation de la laïcité que vous .

C’ETAIT UNE FACON  DE FAIRE COÏNCIDER LA LAÏCITE ET VOTRE MANIERE DE VOUS REPRESENTER ET DE VIVRE LA LAÏCITE .

De sacraliser votre personne comme étant la « vraie laïcité » incarnée !

C’ETAIT UNE FACON D’IMPOSER VOTRE ORTHODOXIE LAÏQUE. DE LA RENDRE (littéralement) INDISCUTABLE. D’EMPECHER TOUTE DISCUSSION UN TANT SOIT PEU RATIONNELLE

 

La « vraie laïcité », c’était uniquement la vôtre et en dehors d’elle POINT DE SALUT LAÏQUE !!!

Mais la « laïcité toute nue » n’existe pas

La laïcité n’existe qu’interprétée, discutée, réinterprétée.

Chacun l’habille de ses capacités et de ses incapacités, de sa raison et de peurs, de son inconscient et de sa culture propre.

 

Vous avez aussi parfois pratiqué des amalgames honteux :

encore dans le Dictionnaire : la « laïcité plurielle »

(Prônée en 1990, et  ni avant ni après, mais vous détemporalisez, vous éternisez la chose, comme pour les polémistes  antisémites  une personne juive, ministre pendant 6 mois, était ministre à vie : je regrette d’avoir à vous dire cela, mais c’est malheureusement le même schème mental :

jusqu’à la fin des temps vous allez poursuivre la Ligue de l’enseignement de votre hargne parce qu’en 1990 elle a parlé de « laïcité plurielle » ! Et pendant ce temps Marine le Pen…)

 

Donc la « laïcité plurielle »  rendue intemporelle est rendu responsable de la « laïcité positive » sarkoziste (cf. le bas de la p. 17, heureusement p. 21 il en est parlé relativement autrement, mais quand même, revenir sans cesse là-dessus c’est craignos !).

Bien sûr, comme chacun sait : la Ligue de l’enseignement est un chantre des « racines chrétiennes de la France » !

D’ailleurs, à la Ligue, ils sont tous morts de jalousie en apprenant que c’est Sarko qui était fait chanoine !

 

Bref, en proie à vos éternelles obsessions, ressassant, vous pour le coup, les mêmes rengaines depuis 20 ans, vous n’avez rien vu venir.

Et maintenant vous vous trouvez empêtrés dans vos contradictions face à la lepénisation de la laïcité.

FAITES UN PEU UN RETOUR SUR VOUS-MÊMES.

C’EST LA CONDITION POUR ÊTRE UN BRIN EFFICACE FACE A LA LAÏCITE XENOPHOBE EN TRAIN DE DEVENIR DOMINANTE .

RENONCEZ A ETRE DES LAÏQUES ORTHOXOXES.

RENONCEZ A CROIRE QUE VOUS AVEZ RAISON A VOUS TOUS SEULS.

 

ACCEPTEZ LE DEBAT ENTRE LAÏQUES QUE DIABLE !

ASSUMEZ LA PARTIALITE DE VOTRE POSITION.

Vous connaissez l’histoire du cube du FAMEUX philosophe que Sarko nomme « Hursell » (sic !) : personne ne voit toutes les facettes du cube.

Et donc la laïcité signifie la pluralité de points de vue, y compris sur la laïcité elle-même !

 

SINON VOUS ALLEZ ÊTRE DE PLUS EN PLUS DANS LA NAZE INTELLECTUELLE

ET ASSISTER, IMPUISSANTS, A LA L’EXTREME DROITISATION DE LA LAÏCITE

A SA XENOPHOBISATION QUI AVANCE A GRAND PAS.

 

La cigale ayant chanté

Tout l’été

Que la laïcité

Ne pouvait être qualifiée

Se trouva fort dépourvue

Avec sa « laïcité toute nue »

Quand l’hiver de la xénophobie fut venu.