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12/12/2009

Lettre de Mouloud Baubérot à Nicolas Sarkozy

Cher Nicolas, Mon cher compatriote,

 

Tu as écrit une tribune dans Le Monde (9 décembre) qui a retenu toute mon attention. En effet, tu t’adresse à tes « compatriotes musulmans », et c’est mon cas, moi Mouloud Baubérot, frère siamois de celui qui tient ce blog.

Comme une lettre ne doit pas rester sans réponse, alors j’ai décidé, à mon tour de t’écrire. Après tout, toi aussi tu es mon « compatriote ». Et puis, comme je suis professeur d’histoire en terminale, j’ai l’habitude de corriger des copies.

 

Nous allons le voir, il y a plein de belles idées dans ta lettre, et je vais pouvoir te citer souvent.

Mais tu t’as commis une légère erreur de perspective, qui gâche un peu ton propos. Et comme cela vous concerne en particulier ton frère siamois et toi, permets moi de la rectifier.

 

Avant, par politesse, il faut que je me présente très brièvement. Ma famille provient d'Alger, ville française depuis 1834 et chef lieu d’un département français depuis 1848. Nous sommes donc d’anciens Français.

D’autres nous ont rejoint peu de temps après et sont devenus Français, en 1870, tel les Niçois et les Savoyards.° Nous avons intégré volontiers ces "nouveaux arrivants" et avons ajouté la pizza à nos coutumes alimentaires.

 

Et au siècle suivant, d’autres sont encore venus. Certains de l’Europe centrale, bien différente de notre civilisation méditerranéenne. Mais, comme tu l’écris très bien, nous sommes très « accueillants », nous autres.

Alors nous avons donc accueilli parmi eux, un certain Paul Sarkozy de Nagy-Bosca, qui fuyait l’avancée de l’Armée Rouge en 1944.

Nous sommes tellement « accueillants » que nous avons fait de son fils, ton frère siamois, immigré de la seconde génération, un Président de notre belle République.

Comment être plus accueillants ?

 

Mais faudrait quand même pas tout confondre : entre lui et moi vois-tu, c’est moi qui accueille, et lui qui est accueilli. Ne l’oublie pas.

 

Ceci précisé, je suis tout à fait d’accord avec ce que tu écris :

Moi, Mouloud, l’accueillant, j’offre à ton frère siamois et à toi-même, « la reconnaissance de ce que l’autre peut lui apporter ». Mais je demande, à « celui qui arrive,  le respect de ce qui était là avant vous »

Et, je vais y revenir, quand les Sarkozy sont devenus Français, le ciel de Paris s’ornait d’une Grande Mosquée, avec un beau minaret.

 

Je suis d’accord, moi Mouloud qui t’accueille, je dois te faire « l’offre de partager (mon) héritage, (mon) histoire [y compris en classe de terminale], (ma) civilisation), (mon) art de vivre. »

Tiens, je t’invite volontiers à venir manger un couscous avec moi.

 

Mais, naturellement, toi « qui arrive », ou toi dont c’est juste le père qui est arrivé, je te demande, comme tu l’écris toi-même, d’avoir « la volonté de (t)’inscrire sans brutalité, comme naturellement, dans cette société que (tu vas) contribuer à transformer, dans cette histoire que (tu vas) désormais contribuer à écrire. »

 

« Sans brutalité » : tu as bien raison, c’est important ça.

Nous, anciens Français, nous ne jouons pas au matamore, aux « tu causes tu causes, c’est tout ce que tu sais faire » ; nous n’aimons pas trop tout ce qui est « bling-bling ».

Nous aimons, tu le soulignes, « l’humble discrétion » et nous comptons sur toi pour être exemplaire dans ce domaine.

Nous comptons sur toi, pour, comme tu l’affirmes que cela doit être le cas des « nouveaux arrivants », de te « garder de toute ostentation et de toute provocation ».

 Car, toi dont le père a fui le totalitarisme, tu dois être bien « conscient de la chance que (tu as) de vivre sur une terre de liberté ».

Et cela te donne le devoir de n'en supprimer aucune.

 

Contrairement à moi, puisque tu n’es en France que depuis une seule génération, tu as encore beaucoup de choses à apprendre quant aux « valeurs de la République (qui) sont partie intégrante de notre identité nationale ».

Vu ta fonction, il faut que tu l’apprennes vite car « tout ce qui pourrait apparaître comme un défi lancé à cet héritage et à ces valeurs condamnerait à l’échec. »

Mais, je ne suis pas inquiet : tu es très doué

Donc, il suffit que je te précise un peu les choses, notamment sur la laïcité dont je parle souvent à mes élèves dans mes cours de terminale, et tu obtiendras une brillante note.

 

D’abord, la laïcité, ce n’est nullement « la séparation du temporel et du spirituel » comme tu l’écris.  

Cette expression, elle fleure le Moyen Age, la société de chrétienté, bref l’exact contraire de la société laïque.

Comme tu as publié ta tribune le 9 décembre, jour anniversaire de la « séparation des Eglises et de l’Etat », ta formule est particulièrement malheureuse.

Le « spirituel » et le « temporel », ce sont des notions théologiques, et cela connotait des pouvoirs.

La lutte de l’Empereur et du Pape, c’était la lutte du « pouvoir temporel » pour s’imposer face au « pouvoir spirituel ». Deux souverainetés.

En laïcité, seul « le peuple » est souverain, et donc le seul « pouvoir » est le pouvoir politique qui émane de lui. Le pouvoir, écrit Max Weber, a « le monopole de la violence légitime » : il peut réprimer par la loi.

La religion n’est pas sur le même plan. Et peut avoir, elle, autorité, si l'on est convaincu de sa validité.

Mais elle ne doit pas disposer de pouvoir.

 

Bon, la première leçon étant apprise, passons à la seconde.

Elle concerne aussi la laïcité.

Tu fais preuve d'une curieuse obsession des minarets et tu sembles assez ignorant à ce sujet.

Pour être concret, je vais te raconter l’histoire de France en la reliant à ma propre histoire d’ancien Français, du temps où toi, tu ne l’étais pas encore.

Pendant la guerre 1914-1918, mon arrière grand-père est mort au front, comme, malheureusement, beaucoup de Français, de diverses régions : Algérie, Savoie, ou Limousin, « petite patrie » de mon frère siamois.

Mais si je te raconte cela, ce n’est pas pour me cantonner dans la petite histoire, celle de ma famille, c’est pour rappeler l’Histoire tout court.

Car nous avons été environ 100000, oui cent mille, musulmans a mourir au combat pour la France.

Nous étions déjà tellement « arrivés » en France, que nous y sommes morts !

 

Ces combats avaient lieu dans cette partie de la France appelée « métropole ». Ma famille y était venue, à cette occasion, et elle y est restée. A Paris, précisément.

Comme nous commencions à être assez nombreux, et provenant, outre la France, de différents pays, la République laïque a eu une très bonne idée : construire une mosquée, avec un beau minaret bien sûr.

Elle avait décidé, en 1905, de « garantir le libre exercice du culte » (Article I de la loi de séparation).

« Garantir », c’est plus que respecter. C’est prendre les dispositions nécessaires pour assurer son bon fonctionnement.

 

Pourquoi passes-tu tant de temps, dans ton texte, à nous parler des minarets ?

Cela n’a vraiment pas été un problème. Bien au contraire.

Et pourtant, ils étaient très laïques, tu sais, plus laïques que toi, mon cher chanoine, les rad’soc (radicaux-socialistes), les Edouard Herriot, ou Léon Bourgeois (un des « pères » de la morale laïque) qui ont pris la décision de consacrer des fonds publics à la construction de cette mosquée, de ce minaret.

 

Tu sais, j’aime bien fréquenter les bibliothèques. J’y ai trouvé un ouvrage d’un historien qui retrace l’histoire de cette construction. Et c’est fort intéressant.

« Il est a remarquer, écrit son auteur, Alain Boyer, que personne n’a soulevé à l’époque le problème de la compatibilité de cette subvention avec l’article 2 de la loi de 1905, concernant la séparation des Eglises et de l’Etat qui dispose la République ne reconnaît ni ne subventionne aucun culte ; il aurait pu d’ailleurs être répondu que l’Etat ne finançait que la partie culturelle, l’institut, et non pas la mosquée proprement dite, c'est-à-dire le lieu de culte. »[1]

 

« Il aurait pu être répondu» :

Donc c’est sans doute plus tard que l’on a justifié ainsi les subventions de l’Etat et de la ville de Paris. Sur le moment, on s’est contenté de trouver cette construction nullement incompatible avec la loi de séparation.

C’est ce que l’on appelle une rationalisation a posteriori.

 

Vois-tu, comme moi aussi je suis historien, je me permets une autre interprétation, qui me semble fort plausible.

On a (aussi) raisonné par analogie : en effet la conséquence de l’article 1 de la loi de 1905, de sa garantie du libre exercice des cultes avait été double :

-         d’une part la mise à disposition gracieuse (donc manque à gagner par absence de loyer!) des édifices du culte existants en 1905 et propriété publique (des milliers et des milliers !), mise à dispostion aux religions correspondantes à ces édifices (et on y a ajouté presque tout de suite le droit de faire des réparations sur fonds publics) ;

-         d’autre part, la possibilité (prévue dans l’article 2 lui-même) de payer des aumôniers pour garantir le libre exercice du culte dans les lieux clos : hôpitaux, prisons, armée, internats des lycées,…

 

On s’est dit : étant donné tout ce que l’on consent financièrement pour garantir l’exercice des cultes catholique, juif, protestant, c’est bien le moins de donner des subventions publiques pour une Grande mosquée et son minaret.

D’ailleurs le père de la loi de 1905 Aristide Briand avait dit à son propos : « En cas de silence des textes ou de doute sur leur portée, c’est la solution libérale qui sera la plus conforme à la pensée du législateur. »

 

 

De plus, et je vais t’étonner Nicolas, les laïques, ils aimaient bien les minarets.

Quand on a posé la 1ère pierre de la mosquée, le maréchal Lyautey a fait un très beau discours. Il a déclaré :

« Quand s’érigera le minaret que vous allez construire, il montera vers le beau ciel de l’Ile de  France qu’une prière de plus dont les tours catholiques de Notre-Dame ne seront point jalouses. »

Et tous les dirigeants et militants laïques présents l’ont chaleureusement applaudi.

 

Ils étaient comme cela les laïques : ils assumaient, mais ne voulaient pas « valoriser » les « racines chrétiennes de la France ».

Ils estimaient, au contraire, que le pluralisme religieux faisait partie de son histoire, de son identité nationale laïque.

Et plus il y avait de prières différentes, plus ils étaient contents.

 

J’ai plein d’autres choses à t’écrire à propos de ton discours. Mais la bonne pédagogie veut que l’on ne cherche pas à en dire trop en une seule fois.

Pour le moment, assimile bien ces deux premières leçons.

Ecris nous vite une seconde tribune qui rectifie le tir.

Et on reviendra ensuite sur le « communautarisme » notamment, car la (en un seul mot ?) il y a aussi quelques petites choses à reprendre.

 

Ton cher compatriote

Mouloud Baubérot

 

°Effectivement, comme 2 commentateurs l'ont fait remarquer: c'est en 1860 et non en 1870 que Nice et la Savoie sont devenus français. "Pan sur le bec", comme l'écrirait le Canard Enchainé

Mais il est exact aussi que cela ne change pas la démonstration et que, "citoyens" pour quelques uns ou "sujets" pour la plupart, les habitants des colonies étaient français.

Et sur cette dualité sujet-citoyen, le Blog en a déjà parlé à plusieurs reprises, notamment dans les Notes consacrées au livre de T. Shepard sur l'Algérie. Cette Note ne pouvait pas reprendre tous les problèmes. Vu les réactions (sur et hors du Blog), il semble qu'elle ait atteint son but.

  

 

 

 

 

 



[1] A. Boyer, L’Institut musulman de la Mosquée de Paris, Paris, CREAM, 1992, p. 26.

12:04 Publié dans ACTUALITE | Lien permanent | Commentaires (31)

11/12/2009

Le petit Nicolas ne perd rien pour attendre!

Vous êtes gentils, mais un tantinet pressants...

"Quand est-ce que tu vas réagir à l'article du mari de Carla Bruni sur l'id'nat ?" me demandez-vous.

Comme je suis fort occupé, j'ai chargé mon FRERE SIAMOIS: Mouloud Baubérot de lui envoyer une lettre.

Mais aujourd'hui il est pris toute la sainte journée

Donc, vous l'aurez demain.

M'est avis que le petit Nicolas S. ne perd rien pour attendre! 

08/12/2009

Identité Nationale : ne refusons pas le débat

 Manifestations à Paris les 9 et 10 décembre et à Bruxelles le 11.

 

Eh oui, vous savez quoi ?

Non je le perçois bien, vous n’êtes pas au courant.

Alors votre Blog favori va vous livrer un scoop :

Actuellement la droite et au pouvoir en France

C’est fou, non !

 

Et pas la droite mollassonne, limite radicale-socialiste à la Chirac.

Chirac qui, à part un dérapage (« le bruit et l’odeur »)

Avait toujours refusé de flirter avec l’extrême droite

Non, une droite dure

Avec -autre scoop- le dernier marxiste au cœur du gouvernement : Eric Besson soi-même

 

Marxiste Besson ? Ben oui

La preuve : il veut absolument nous montrer que l’idéologie dominante, cela existe !

Et effectivement, avec son questionnaire

(dont nous reparlerons très prochainement)

Il administre une piqûre de rappel, à toutes celles et tous ceux qui avaient jeté l’eau avec le bébé du bain

(Oui, je sais c’est le contraire que l’on écrit normalement ; mais que voulez-vous : un rien m’amuse

Et ce n’est pas à mon âge - pas tout à fait canonique quand même, certaines belles vous le diront-

Que l’on changera votre très humble et honoré serviteur)

CELLES ET CEUX QUI AVAIENT SUPPRIME L’EXPRESSION « IDEOLOGIE DOMINANTE » DE LEUR VOCABULAIRE

Grâce à notre Besson national, maintenant ils savent à quoi s’en tenir !

 

Bref, le débat est pipé, je suis bien d’accord.

Ceci dit, je suis CONTRE LA PETITION DE MEDIAPART

Et je prétends qu’il ne faut pas refuser ce débat, même pipé.

 

La raison en est simple : les débats sociaux sont toujours pipés

Jamais ils ne s’engagent clairement et librement

Même pas quand la (merveilleuse) gauche (que le monde entier nous envie) est au pouvoir, c’est dire !

Il y aura toujours des biais hénaûrmes !

 

Et le PS participe à la Mission Parlementaire sur le voile intégral

(Elle ne serait pas particulièrement pipée celle là ?)

Il n’a même pas pris en compte ma proposition, plusieurs fois répétée, de transformer cette Commission en Commission sur la « diversité » (et les discriminations)

Ce qui aurait été une façon offensive de s’insérer dans le débat.

 

Alors, mauvais esprit comme pas deux je me demande si on ne refuse pas le débat, par incapacité d’y introduire quelques paroles fortes, allant dans un tout autre sens.

 

D’ailleurs, ma grand-mère, cette sociologue villageoise émérite

Avait coutume de dire, avec la sagesse populaire :

« Les absents ont toujours tort »

 

Que voulez-vous ni vous vous, ni moi ne sommes hégémoniques.

Nous sommes dans la résistance à cette idéologie dominante,

Dans le combat pour l’empêcher d’occuper seule le terrain

D’être la pensée unique

 

C’est ce que va faire le Blog en décembre et janvier

(Et vous pouvez y contribuer par vos commentaires)

Par des Notes plus courtes que d’hab

Ce qui permettra d’en faire un plus grand nombre

 

Mais le Blog, c’est une goutte d’eau dans le bain.

C’est partout qu’il faut se saisir de ce débat piégé et…

CONTRATTAQUER.

En profiter pour dire comment on voit la France de l’avenir

Car c’est cela la véritable identité nationale :

La France que nous allons construire ensemble

« Sans distinction de race, de religion ni de croyance »

Comme le proclame le Préambule de notre Constitution.

 

PS : On me fait remarquer que je n’ai pas annoncé la :

Journée de la laïcité le 9 décembre, à la mairie du XXe

Arrondissement de Paris

6, place Gambetta

Des stands installés par la Mairie sur ses parvis seront actifs à partir de 14 heures.

Un orchestre de jazz débutera sa prestation à la même heure pour une durée de 3 heures.

Un colloque sera organisé à 17h30 dans la salle des fêtes de la Mairie

 

Cinq personnes interviendront :

 Jean-Pierre WEISSELBERG, en tant que responsable de la Laïcité au G.O.D.F.,

Patrice BILLAUD, 1er Grand Maître Adjoint du G.O.D.F.,

Frédérique CALANDRA, Maire du 20ème arrondissement de Paris,

David ASSOULINE, Sénateur de Paris

Catherine KINTZLER, philosophe.

 Au terme de ces interventions, qui  le débat débutera avec le public.

Le colloque sera clôturé par un cocktail

 

Voilà, c’est fait.

Ceci dit, je n’annonce pas systématiquement, les manifs (d’autant plus qu’elles sont parisiennes et que l’on surfe sur le Blog du Pôle Sud au Pôle Nord et inversement) 

Mais, tant qu’à faire, je signale aussi le lendemain 10 décembre à 20H30

 

Sur LA LAÏCITE, CIMENT D’UNE EUROPE EN CONSTRUCTION

Au Musée Social, 5, rue Las Cases, Paris VII

Avec :

Fr. Becker, prof. des Universités et animateur groupe Droits de l’homme et religion du Conseil de l’Europe

Ad. Dorpmund, SPD Allemagne

A. Garnero, SPD Italie

Et moi-même, votre très humble et honoré serviteur

C’est organisé par Désir d’Avenir.

Et, tant que j’y suis : à BRUXELLES le 11 décembre 2009 (après midi)

on parlera des

Accommodements raisonnables  avec :

J. Baubérot/P. Bosset/E.Bribosia/H.Goldman

Organisé par :

Bruxelles Laïque et le Centre Bruxellois d’Action Interculturelle

dans les locaux de Bruxelles laïque

av. de Stalingrad 18-20

1000 Bruxelles.

 

 

 

 

11:16 Publié dans ACTUALITE | Lien permanent | Commentaires (2)