26/07/2009
BIKINI et CONCORDE...SONT LES MAMELLES DU DESTIN;
Petite lettre d'été:
Internautes chéri(e)s, vous êtes de sacrés coquins/coquines :
J’ai signalé (cf Note du 16 juillet) que, selon l’habitude, les vacances avaient fait baisser la fréquentation du Blog a 150 visites par jour.
La lecture du Parisien du 22 juillet, m’a inspiré une variation sur monokini et bikini, et, hop, voilà les visites qui, pendant quelques jours, pointent à plus de 210 par jour, alors qu’il ne faut pas dépasser le 130, et encore sur autoroute.
Et pourtant, c’était du strip à l’envers, ce constat : sur la plage, elles remettent le haut. Que serait-il arrivé si le Blog l’avait proposé…à l’endroit ?
Je n’ose l’imaginer. Secret Story et Bouygues n’auraient eu qu’à aller se rhabiller, les pôvres.
Selon les échos transmis par la CIA et l’ex-KGB, la plupart d’entre vous se sont bien amusés.
Réfléchir avec humour, c’est géant, non ?
Une internaute amie me fait cependant remarquer : « certains combats avaient du goût, du charme et de la légèreté, non? » Certes, mais mon propos ne visaient pas ces combats en tant que tels, seulement leur transformation en sorte de dogmes valables ad aeternam.
Et, contrairement à ce qu’ont lu quelques personnes, je n’ai jamais écrit : « Mesdames, couvrez-vous »
Ce qui me semble intéressant, ce sont notamment 2 choses :
D’une part, le bikini, en son temps, avait été le symbole d’une rupture avec des carcans. Je me rappelle quand j’étais ado, les mères de plusieurs copines les obligeaient à porter un maillot de bain une pièce.
Ces mères de familles trouvaient qu’un bikini soulignait trop le fait que les femmes ont des seins !
Vingt ans plus tard, arrivait, timidement le monokini. Dans la plage que je fréquentais l’été, il y a avait, les premières années seulement 2, 3, 4 très jeunes filles qui osaient.
Il fallait expliquer, notamment aux membres de ma ‘tribu’ qui étaient communistes (c’étaient eux les plus déchaînés !) que cela ne signifiait pas que ces jeunes filles avaient « de mauvaises moeurs » (on parlait encore ainsi à l’époque, il faut dire que c’était le temps antédiluvien où il fallait se lever et appuyer sur le bouton de la télévision pour changer de chaîne. La préhistoire, quoi !)
Il fallait leur dire que, non, tout ne foutait pas le camp.
Maintenant, revoilà le bikini, cette fois non plus comme dévoilement libérateur, mais comme : ‘on peut se libérer et ne pas trop se dévoiler’
Nouvelle rupture contre de nouveaux carcans.
Que le bikini soit, à quelques décennies d’intervalle, le symbole de deux ruptures avec l’idéologie dominante, me semble particulièrement intéressant.
Ensuite, j’ai tendance à rapprocher ce changement d’autres faits sociaux.
A mon sens, on n’a pas assez réfléchi à la signification de l’abandon du Concorde, il y a quelques années.
Ce merveilleux avion vous permettait de partir de Paris à midi et d’arriver à New York à 10 h du matin : il allait plus vite que le décalage horaire.
Il était de symbole de la sentence : « On n’arrête pas le progrès ». Sauf qu’on a arrêté le Concorde !
Il bouffait trop d'énergie, coûtait trop cher, etc
Ce fut la prise de conscience que parfois les aspects contreproductifs du progrès l'emportent; et alors qu'il faut dire: stop!
J’ai vraiment vécu cela comme un signe des temps.
Non un « retour en arrière » : on ne revient jamais en arrière. Mais un tournant dans le rapport à la modernité.
Il faut abandonner une conception linéaire du temps, qui nous met dans le « toujours plus »…
Le temps, c’est plutôt une suite de zigzags : comme une route qui monte en lacets. Il y a des virages, du coup on peut avoir l’impression de revoir un paysage déjà vu.
Mais on n’a pas fait demi tour pour autant. On a continué son chemin.
Eh oui, pour paraphraser Bobby Lapointe :
Bikini et Concorde
Sont les mamelles du destin
Tsouin, tsouin!
22:16 Publié dans POINT DE VUE | Lien permanent | Commentaires (25)
22/07/2009
LE BLASPHEME DU BIKINI
La République est en danger, et la torpeur de l’été fait que l’indignation ne s’enfle pas comme cela devrait être. Pourtant nos valeurs rrrépublicaines les plus chères se trouvent en grave péril.
J’en appelle à un sursaut de la conscience nationale. Sinon, ne vous y trompez pas, le Moyen-Age et son obscurantisme sont de retour.
L’heure est gravissime.
J’avais déjà constaté, les années passées, quelques signes avant-coureurs dans mon Limousin natal. Mais, naïvement, je croyais que cela tenait au fait que ma région, et ses lacs, font partie du plus profond de la France profonde.
Pensez, il faut que je monte dans mon grenier pour pouvoir passer un coup de fil sur mon portable. C’est dire si nous sommes loin de la brillante civilisation des Lumières.
Mais, le mal a gagné jusqu’à la région française lumineuse par excellence, notre Côte d’Azur.
C’est Le Parisien du 22 juillet qui nous l’apprend, avec le gros titre que cela mérite : « Le monokini, c’est fini ! »
Titre accompagné d’un sous-titre qui l’explicite : « Bronzer seins nus n’est plus à la mode. Sur les plages, les jeunes femmes remettent définitivement le haut. Leurs mères ou grands-mères avaient moins de pudeur… »
« Définitivement » Houlà là. C’est plus grave que vous le pensiez, non ?
Et tenez-vous bien, c’est « l’envoyé spécial » du quotidien « sur la Côte d’Azur » qui l’affirme, après une longue et éprouvante enquête.
Le pôvre, il a même l’œil tout sale, n’ayant pu se le rincer depuis plus d’une semaine.
A la plage branchée du Gaou Benat, près de Bormes-les-Mimosas, où, il y a quelques années, « 50% » des femmes étaient « topless », il n’y en a plus que… « 2% ». Et encore, il s’agit surtout de « quadras, quinquas et sexagénaires ». Celle que le journaliste a rencontrée et interviewée avait 79 printemps.
Je ne voudrais pas déroger au politiquement correct, je suis prèt à vous jurer sur la tête de mes doctorants que je crois profondément qu’une femme qui sourit est très belle, cela à tout âge.
Et, vrai de vrai, je le crois.
Cependant, tout à fait entre nous, si vous me promettez de ne le répéter à personne, je mettrais une toute petite nuance : les femmes qui me sourient et que je trouve très belles, en général, sont… habillées.
Oui, je sais, je suis un horrible.
Mais, cessons de parler de moi.
Vous savez ce qu’elles ont déclaré aux journalistes, les petites effrontées de 18, 20 ans, sans même enlever leur maillot de bain deux pièces pour la photo : « Avoir les seins à l’air, ça fait dépassé » ; « il n’y a que les vieilles qui font ça aujourd’hui » ; les seins « c’est une partie du corps qui est intime, je n’ai pas du tout envie de la montrer à tout le monde. »
M’enfin, n’importe quoi. Cette jeunesse ne respecte plus RIEN.
Non, rien de rien.
Elles ne respectent rien
Et même certaines disent :
« Effacé, oublié.
Je me fous du passé »
Plus aucune règle, vous dis-je. Elles n’ont aucune pudeur.
Car c’est bien la peine que, nous, féministes, nous ayons fait voltiger notre soutien-gorge après Mai 68. Que nous nous soyons battues pour nous dénuder. Que nous nous soyons libérées en nous exhibant.
Elles osent maintenant prétendre à ce satané journaleux que, pour être « bien dans leur corps », elles n’ont « pas besoin de le montrer ».
Auraient-elles l’infâme culot de ne pas suivre les chemins que nous avons choisis, que nous avons balisés pour elles ?
Nous nous sommes battues pour qu’elles puissent nager à poil, et les voila qui ne trouvent rien de mieux que de garder leurs maillots ; ah l’impudeur, l'irrespect de la jeunesse, j’vous jure !
Ces péronnelles n’ont pas 30 ans. Et vous savez quoi ? Au lieu de penser comme nous, ELLES PRETENDENT INVENTER UN AUTRE FEMINISME QUE LE NOTRE, LES GARCES.
Elles osent même affirmer que nous sommes devenues des « vieilles » !
Vieilles, nous ? Impossible : nous n’avions pas 25 ans en Mai 68 ! Et nous n’avons pas arrêté d’avoir les mêmes idées depuis lors. Nous n’avons changé en rien.
« Définitivement » qu’il a écrit le Monsieur. C’est bien ce que l’on va voir. On va les calmer, nous, ces excitées. On a des relations. On n’est plus les pétroleuses d’il y a quarante ans.
On va leur apprendre à se libérer. A ne pas rester dans l’esclavage du maillot de bain.
On va les émanciper malgré elles.
Mesdame, Messieurs les députés, vite, je vous en supplie, concoctez nous une de ces belles, de ces sublimes lois dont vous avez le secret.
Pour le respect de la laïcité et du monokini sur les plages de la République.
Yes, you can.
PS: Effectivement, les commentateurs de ma Note du 16 juillet ont eu raison de le souligner, je suis encore plus nul que je ne le croyais en matière d'autopromotion et j'ai oublié de signaler aux fidèles blogueurs, ma participation à l'émission d'A. Finkelkraut du 18 juillet. Ca a été un peu sportif, non? Merci en tout cas à celles et ceux qui ont mis un commentaire sur le blog ou m'ont envoyé des mels à ce sujet. Et j'ai rougi de plaisir en lisant des compliments sous la plume de plusieurs !
2ème PS: Si vous voulez en savoir plus (et sérieusement cette fois) sur l'ambivalence des seins nus à la plage, je vous recommande l'enquête sociologique publiée en 1995 chez Nathan par J.-Cl. Kaufman: Corps de femmes, regard d'hommes. Sociologie des seins nus (en poche : Pocket, 1998).
Ceci dit, qu'on ne s'y méprène pas: la dame de 79 ans a autant le droit de montrer ses "seins qui tombent" (cf Le Parisien) qu'un Monsieur du même âge son ventre enceint de 8 mois. C'est simplement pour dire que les temps changent, que j'en ai un peu par dessus la tête des personnes qui disent: "mais nous, nous avons combattu pour ceci ou cela" et qui voudraient que les nouvelles générations les imitent, soient dans la répétition. Eh bien non, autre temps, autres combats et façons de vivre.
16:58 Publié dans ACTUALITE | Lien permanent | Commentaires (5)

