17/08/2009
Le CATHOLICISME, CRITIQUE et DEFENSE DE la DEMOCRATIE
Deux parties dans la Note d’aujourd’hui : d’abord l’annonce
d’une conférence et d’un concert ;
ensuite une réaction à des commentaires des Notes précédentes.
D’ABORD LA CONFERENCE ET LE CONCERT :
“Les choix du catholicisme actuel : quel passé pour quel avenir ?”
Conférence de Claude Langlois
Claude Langlois va donner le SAMEDI 22 AOÛT A 16 HEURES à la FERME DE VILLEFAVARD (87190, à 15 km de la sortie 23 de la Nationale 20, par la N145, direction Bellac, puis une petite départementale à gauche) une conférence. “Les choix du catholicisme actuel : quel passé pour quel avenir ?” J’introduirai et je modèrerai cette Conférence. Le lendemain, 23 août, à 15heures 30 a lieu le 64ème CONCERT (toujours à la Ferme de Villefavard) avec l’ENSEMBLE VOCAL CANDOR VOCALISE.
Conférence et concert sont à entrée libre (participation aux frais par collecte). Si vous habitez ou passez vos vacances dans le coin, si vous avez l’occasion de prendre la N 20 pour « rentrer » de vacances, n’hésitez pas : le lieu est « magique » et les conférences et concerts que nous organisons sont toujours de grande qualité.
En complément, vous pouvez également visiter, toujours à la Ferme, une excellente exposition (entrée 4 €), ouverte de 15 à 19 h, tous les jours en août et le samedi et le dimanche en septembre:
Utopies et Paternalismes.
PATRIMOINES INDUSTRIEL ET TERRITOIRES SOCIAUX.
Photographies de Georges Fessy.
Claude Langlois est professeur émérite de la chaire « Histoire et sociologie du catholicisme » à l’Ecole Pratique des Hautes Etudes. Il a été le fondateur, avec Régis Debray, de l’Institut Européen en Sciences des Religions (IESR), dont il a été le 1er directeur.
L’IESR forme des enseignants, mais aussi d’autres agents publics à une meilleure connaissance des religions, comme phénomène de société, d’histoire, de culture. CL. Langlois est aussi président d’honneur de la Section des Sciences religieuses de l’EPHE.
Claude Langlois a publié de nombreux ouvrages, dont sa thèse d’Etat sur Le catholicisme au féminin (Cerf). Il a collaboré à la monumentale entreprise dirigée par Pierre Nora sur Les Lieux de Mémoire.
Depuis une dizaine d’années, il s’intéresse également à la figure de Thérèse de Lisieux et aux représentations la concernant. Son dernier livre : Thérèse de Lisieux et Marie-Madeleine. La rivalité amoureuse (Jérôme Million, 2009) est une belle enquête (faite un peu à la manière d’un roman policier, par la découverte progressive d’indices) pour trouver la façon dont Thérèse de Lisieux se représentait le personnage de Marie-Madeleine, et les rapports de cette dernière avec Jésus.
Pour indiquer cela très rapidement, donc trop schématiquement, la figure de Marie-Madeleine permet à Thérèse de passer de la représentation d’un « Dieu justicier » à un « Dieu d’amour » ; et il y a un « affrontement » avec « sainte Madeleine », pour savoir laquelle est la plus aimée.
Présentation de la Conférence :
Le catholicisme, ces derniers mois, s’est trouvé sous le feu de l’actualité, à travers des propos et les décisions de ses responsables, notamment en matière de relation avec les « intégristes ». C’est la rançon de l’exposition médiatique et de la moindre maîtrise du pape actuel, en ce domaine, par rapport à son prédécesseur.
Mais ces péripéties masquent une question de fond, portant sur la lisibilité des choix actuels d’un catholicisme en perte de vitesse et en quête de son identité. Or le projet d’avenir est inséparable du rapport que cette Confession entretient avec son passé. Le catholicisme cherche en fait cet avenir dans la relecture de son passé.
On peut le voir dans l’interprétation du Concile de Vatican II : celui-ci a-t-il constitué une rupture avec ce qui a prévalu jusqu’alors, comme l’indique la vison des acteurs qui l’ont fait aboutir, ou s’inscrit-il dans la continuité de la longue tradition conciliaire de l’Eglise, notamment les Conciles de Trente et de Vatican I comme Benoît XVI voudrait le faire prévaloir ?
Or, dans les années du Concile Vatican II, les théologiens qui ont fait passer les réformes pastorales s’appuyaient sur la relecture des Pères de l’Eglise des premiers siècles de notre ère ; leurs opposants étaient souvent des « néo-thomistes », faisant de Thomas d’Aquin, le maître de la scolastique du Moyen-Age, le théologien de référence.
On pourrait montrer que, dans des domaines aussi variés que le choix du célibat pour les prêtres (et autres choix quant aux moeurs et à la bioéthique), l’appropriation du passé monumental chrétien ou la création de nouveaux modèles de sainteté, etc, le passé impose ses choix, sans que, souvent, on s’en rende compte. Cela, sans compter le passé qui ne passe pas, dont on se débarrasse par la repentance ou par l’oubli.
Dans ce contexte, comment faire face à l’avenir, comment lutter à la fois contre la sécularisation en Europe et la concurrence dans le monde ? Comment réformer, comment proposer, comment évangéliser tout en conservant son identité propre ? Tel est le dilemme…
Conférence et débat promettent d’être passionnants.
Renseignements supplémentaires au 0555765992 ou au 0555765472
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"J'avoue ne pas comprendre les dénonciateurs de la démocratie occidentale ! Voudraient-ils que leur liberté d'expression soit muselée ? Voudraient-ils voir leurs libertés individuelles entravées ? Voudraient-ils se prosterner devant un tyran face contre terre, pouvoir lui dire merci chaque fois qu'il ou l'un de ses représentants lui botteraient l'arrière-train, pour so bon plaisir ? J'avoue que ce genre de contestation me dépasse ! Je n'ai pas l'audace de penser que "la république islamique d'Iran" ou tout autre de ces infects régimes où la charia est peu ou prou appliquée aurait la préférence des détracteurs de la démocratie occidentale. Ou encore un régime coco quelconque. Alors je m'interroge : comment est-ce possible ?"
Voilà ce qu'écrit Gigi III dans son dernier commentaire. En effet, mes Notes ont induit beaucoup de réactions. Il me faudrait faire presque une Note-livre pour pouvoir répondre! Ce n'est pas la formule du Blog (déjà que certains trouvent mes Notes trop longues!). Mais je peux quand même donner une brêve réaction au commentaire que je viens de citer, et ensuite faire 2 propositions.
Ma réaction est la suivante : L’Iran était ces dernières années, un des pays très ambivalent. Il comportait des aspects dictatoriaux, comme l’imposition du foulard aux femmes, en même temps c’était un des pays de « culture musulmane » où la société civile prenait de plus en plus d’importance et où de réels débats commençaient à exister.
Maintenant le pouvoir iranien est en train de dériver vers un système dictatorial et totalitaire : les récents procès sont analogues aux procès staliniens, avec aveux extorqués, etc. Comme quoi, les totalitarismes, qu’ils prétendent être religieux ou athées, se ressemblent.[1]
Sur ce diagnostic, no problemo ! Nous sommes bien d’accord.
Nous sommes également d’accord : la démocratie et la liberté d’expression sont des biens très précieux qu’il faut sauvegarder.
Pouvoir dire ce que l’on pense, exprimer son désaccord, manifester sans risquer de se retrouver en prison ou sous la torture est effectivement inestimable.
Mais ne voyez-vous pas, Gigi III, qu’il existe une énorme contradiction dans vos propos ?
Car, à vous suivre, il faudrait renoncer au droit à la critique, précisément parce que la démocratie permet ce droit, et qu’en la critiquant, on se ferait complice des régimes qui la combattent !
Autrement dit : pas de liberté pour les AMIS de la liberté !
Eh non, ce n’est pas ainsi que la démocratie peut être vivante. Faire vivre la démocratie, c’est, précisément, le contraire : la pratiquer, exercer son droit à la critique, débattre, attaquer les conformismes sociaux qui tentent toujours d’uniformiser la pensée.
Si, en démocratie, il devient impossible de critiquer, sous prétexte que l’on peut le faire sans aller pourrir sous la paille humide des cachots, alors nous dérivons vers ce que j’appelle « la douceur totalitaire »
J’ai même eu un vif débat avec le philosophe Claude Lefort à ce sujet, il y a environ 10 ans. Je ne sais plus si je l’ai déjà reproduit sur le Blog. Si je ne l’ai pas fait, je le ferai, car ce débat me semble très significatif.
La démocratie (et la laïcité) est le roseau de la Fable de La Fontaine : elle ne rompt pas précisément parce qu’elle peut plier, qu’elle peut être ballottée à tous vents d’opinions et de doctrine sans être déracinée pour autant.
Vous voudriez une démocratie chêne, parce que vous croyez que c’est ainsi que l’on peut se défendre face aux pays totalitaires. Non, car alors on entrerait dans un engrenage où l’on finirait par leur ressembler.
Ce sont les Etats totalitaires qui sont des chênes : ils semblent puissants face à la bourrasque, bien plus que les frêles roseaux. Mais un jour ou l’autre, leur manque de flexibilité, fait qu’une tempête les déracine. Ils rompent parce qu’ils sont incapable de plier.
DEFENDRE LA DEMOCRATIE, CONSISTE A LA FAIRE RESSEMBLER A UN ROSEAU, ET NON A UN CHÊNE. Et il en est exactement de même de la laïcité.
Aujourd’hui, je pense que nous nous trouvons face à un triple péril :
- un péril permanent : il y a toujours eu des stéréotypes dominants qui ont cherché à s’imposer sans partage, des idées reçues idéologiquement orientées :
un exemple : au milieu du XIXe siècle, l’idée admise était que l »intelligence humaine avait principalement son siège dans les lobes frontaux du cerveau, plus développés (naturellement !) chez l’homme que chez la femme. On était mal pensant de prétendre le contraire.
Oui mais, certains mal pensants s’obstinèrent et montrèrent, à la fin du XIXe, par leurs recherches, que les lobes frontaux des femmes étaient plus gros que ceux des hommes.
Que croyez vous qui arriva ? Une nouvelle théorie dominante déclara, aussi satisfaite et sûre d’elle-même que l’ancienne, qu’en fait l’intelligence dépendait les lobes pariétaux, naturellement plus importants chez ces Messieurs !!!
ET IL FAUDRAIT ËTRE VRAIMENT NAÏF POUR REFUSER LE FAIT QU’AUJOURD’HUI, IL N’EXISTE PAS DES IDEES RECUES EQUIVALENTES qui paraîtront particulièrement stupides dans un siècle ou deux.
D’où mon injonction de la semaine dernière : Résistez aux Rois des Cons.
Ce péril permanent est maintenant renforcé par 2 autres :
- l’aspect uniformisant du système médiatique de communication de masse : pour obtenir le maximum d’audience, il faut que le maximum de gens aient les mêmes affects, les mêmes réactions, les mêmes stéréotypes qui imprègnent leur cerveau, cela de façon immédiate.
La réflexion personnelle, c’est très mauvais pour l’audimat !
- la volonté de défendre un Occident menacé, ce qui risque induire le processus que je viens de dénoncer (faire comme si la démocratie était parfaite et que la critiquer devenait blasphématoire ; alors que la démocratie « est le plus mauvais régime excepté tous les autres » ; ce sont les régimes totalitaires qui se veulent parfaits, non critiquables.
Maintenant voilà ma double proposition :
La première à Gigi III qui, justement, depuis plusieurs Notes, s’est insérée dans le débat, a fait tellement de remarques, posé tellement de questions qu’il devient difficile de continuer le dialogue uniquement par le Blog.
Donc, je lui propose, si cela l’intéresse, soit d'indiquer ses coordonnées, soit, de façon plus discrète, de m’envoyer un mel à declarationlaicite@hotmail.fr et, en septembre, nous prendrons un pot ensemble, et nous pourrons discuter plus à loisir.
Mais comme elle est loin d’être la seule à faire des commentaires, j’ai une seconde proposition plus générale : est-ce que cela intéresserait les parisiens et assimilés (hélas, le lieu ne peut être que Paris) de participer à une petite rencontre autour du Blog et des débats qu’il tente de promouvoir ?
Seule exigence : que chacun/chacune apporte un truc soit à manger, soit à boire pour que la rencontre se termine de cette façon conviviale.
En 2005, j’en avais fait une pour les étudiants, autour de la loi de séparation. Il y a avait eu pas mal de monde. Il y avait eu 111 personnes selon les syndicats et 32,74 selon la police.
Mais la conjoncture était très favorable.
C’est pourquoi avant d’organiser une telle rencontre (qui pourrait avoir lieu de 17H30 à 19H30 ou de 18h à 20H un jour de septembre) j’ai besoin de savoir s’il y a des gens intéressés. Merci de l’indiquer en commentaire de cette Note ou par mel (à l’adresse déjà indiquée).
[1] Heureusement, des chefs religieux eux-mêmes, ainsi que d’autres, prennent (courageusement, vu le climat actuel) leurs distances avec cette dérive.
12:32 Publié dans ACTUALITE | Lien permanent | Commentaires (4)

