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02/06/2007

VERITES HERETIQUES...CONTRE LA DOUCEUR TOTALITAIRE

Tout d’abord, je voudrais indiquer que mercredi prochain, 6 juin, l’Association française de sciences sociales des religions organise une rencontre autour du (très intéressant) ouvrage de Françoise Champion, chercheuse au CNRS, intitulé :

Les laïcités européennes au miroir du cas britanniqueparu aux Presses Universitaires de Rennes. La rencontre a lieu à l’IRESCO, 59-61 rue Pouchet, 75017 (métro Brochant ou Guy Moquet).

En triant des papiers, en cherchant une référence, je suis tombé sur un dialogue, un peu musclé, que j’ai eu en 1996 avec le philosophe Claude Lefort à l’occasion d’une table ronde organisée pour le 1500ème anniversaire du baptême de Clovis. Eh oui, la France a officiellement fêté cela. Certes ce fut un événement politique autant que religieux, et je vous renvoie à tout ce que j’ai écrit dans mes dernières Notes sur l’identité nationale. Ceci dit, consulté par les organisateurs de ces festivités (et qui étaient conscients de l’ambiguïté de la chose), j’avais proposé un « Parcours commémoratif » allant de la commémoration de ce baptême (1996) à celle du centenaire de la loi de séparation (2005) en passant par le 400ème anniversaire de l’Edit de Nantes (1998). Je rappelais d’ailleurs cela puisqu’on m’avait demandé de conclure cette table ronde finale (cf. page 201 de l’ouvrage que je vais citer bientôt), en indiquant que cela pouvait permettre de rendre visible que « la France s’est constituée par étapes historiques. »

Mais revenons au dialogue avec Claude Lefort. Ce dernier est né en 1924. C’est un philosophe du politique dont les ouvrages font référence à un niveau international. Son œuvre est intéressante pour une étude de la laïcité car il pense la démocratie comme lieu de conflits légitimes, d’intérêts divergents, et même de visions du monde incompatibles.

La démocratie est et doit être cela parce que, contrairement au totalitarisme, elle est un système politique où le pouvoir est un « lieu vide ». Aucune transcendance ne peut servir de clôture. En démocratie, Etat et société civile sont séparés. Dans le totalitarisme, au contraire, l’Etat et la société n’étant pas séparés, la société civile ne peut (normalement) exister. Lefort a aussi lancé des pistes nouvelles, extrêmement suggestives ; ainsi il explique la différence qui existe à ses yeux entre dictature et totalitarisme. La dictature, nous dit-il, aussi brutale soit-elle, peut accepter l’existence de principes transcendants extérieurs à elle, comme ceux véhiculés par les religions, alors qu’un parti totalitaire est religion, une religion politique.

Claude Lefort a donc été un des penseurs qui m’ont aidé à structurer ma propre réflexion et j’étais très content que nous soyons dans la même table ronde. Et puis, patatras, voilà ce qui s’est passé :

Jean Baubérot : « Ce qui me semble peut-être le plus dangereux aujourd’hui, ce serait une sorte de totalitarisme d’extrême centre qui est sans doute plus agréable qu’un totalitarisme d’extrême droite ou d’extrême gauche, mais qui a tendance à réduire la délibération et à vouloir gérer des indignations collectives et sélectives contre des déviants, des bouc émissaires qui se multiplient. On veut à la fois gérer de l’émotionnel et de l’audimat, parvenir à des émotions consensuelles. (…) Et peu à peu se crée de l’indignation obligatoire dans certains domaines et l’indifférence éthique obligatoire dans d’autres. L’individu ordinaire ne peut plus être mis en question et c’est précisément ainsi qu’il se déshumanise, se robotise peu à peu. »

Claude Lefort : « Quand on fait le procès des médias et de ce qui serait la mollesse de la pensée contemporaine, on n’a pas le droit pour autant d’employer le mot de totalitarisme du centre, qui paraît être une telle dégradation du langage qu’il n’a rien à envier au premier que nous entendons sur les ondes »

Jean Baubérot : « C’est passer radicalement à côté de la question que de réduire ce que j’ai dit à « de la mollesse de la pensée ». Il s’agit de l’obligation d’une non-pensée normative d’autant plus insidieuse qu’elle prétend respecter le pluralisme. Si on sous-estime ce problème alors il ne faut pas s’étonner que ses propos intemporels sur la démocratie n’aient plus de prise sur la réalité sociale »

Table ronde finale « La religion à l’âge démocratique » des Actes du Colloque organisé à la Sorbonne La France, l’Eglise quinze siècles déjà  (Commémoration des origines de la Gaule à la France) publiés sous la direction de Marceau Long et François Monnier, Droz, 1997, p. 192-193.

                        ***

Un peu plus de dix ans après, je relis ces lignes. L’estime (intacte) que j’ai pour Lefort et son oeuvre est très forte ; cela m’affole d’autant plus qu’il ait réduit ce que j’avais tenté de dire à un, (bien sûr) beaucoup trop facile, « procès des médias » et à ce qu’il appelle de la « mollesse de la pensée contemporaine ».

Une telle fin de non recevoir m’a donné envie de reprendre la chose et d’en faire une petite Note. Cette fin de non recevoir justifie aussi le terme d’hérétique dans le titre de la présente Note. J’avais d’abord songé à un intitulé un peu différent : « Paroles hérétiques ». Vérités hérétiques me semble meilleur en ceci qu’il ne s’agit nullement d’être hérétique pour se distinguer d’autrui, sembler original, etc.  L’enjeu est bien d’abord de dire que rechercher la vérité est essentiel dans une société qui évacue la référence même à la vérité.

Ensuite, il s’agit de faire un pas de plus et de prétendre que cette recherche de la vérité oblige, aujourd’hui comme sans doute hier, à l’hérésie, à des propos inconvenants, transgressant des tabous sociaux ou groupaux implicites. J’ai participé à des centaines de « tables rondes », et il m’est plusieurs fois arrivé qu’un de mes interlocuteurs me disent ensuite en « of » : « Vous n’aviez pas le droit de dire cela ». Ma réponse a toujours été : « Ah oui, je vais me gêner !  La démocratie ne s’use que si l’on ne s’en sert pas. ».

A chaque fois, la référence implicite à des « convenances » ne cherchait pas seulement à maintenir de la civilité dans le débat, mais à imposer ce que j’appelle un contenu d’extrême centre comme référence non dite à partir de laquelle chacun avait obligation de se situer.

Ce préformatage des débats est précisément un indicateur de ce que j’estime que (malgré toute l’estime que j’ai pour lui) Claude Lefort n’avait pas compris : un indicateur de la différence pernicieuse entre les totalitarismes balisés, reconnus historiquement, les totalitarismes d’extrême droite et d’extrême gauche et ce que je persiste à estimer que j’ai le droit de nommer « totalitarisme d’extrême centre », ne serait-ce que vous provoquer une inquiétude, poser une question,…

Si Claude Lefort n’a pas compris ce que j’ai dit allusivement, j’ai (à l’inverse) très bien compris ce qu’il a dit, lui, tout aussi allusivement. Outre ce que j’ai déjà résumé très sommairement sur la différence entre démocratie et totalitarisme, les totalitarismes nazi ou communistes ont produit Auschwitz, le Goulag,… et il ne faut pas banalisé le terme de totalitarisme, car c’est banaliser ces horreurs. Il y a donc une très grande différence structurelle entre la critique de ces totalitarismes et celle que l’on peut faire de la démocratie.

En démocratie, vous ne risquez pas la prison, à cause de propos déviants. La société civile peut se faire entendre, les groupes contestataires peuvent exister.

A un premier niveau de réflexion, je suis totalement d’accord. Cela est évident. Mais, précisément, je suis fort déçu qu’un philosophe aussi profond que Claude Lefort, qu’un philosophe spécialiste et du totalitarisme et de la démocratie en reste à une telle évidence.

Je l’avais lu mais c’était la première fois que je débattais avec lui. Je m’attendais à une pensée qui perce les évidences et se montre capable d’apercevoir ce qui peut se cacher derrière elles. Car c’est fort intéressant de théoriser la démocratie, mais à quel niveau le fait-on : parle-t-on de la démocratie telle qu’elle ou telle qu’elle doit être ? Un peu des deux. Ce n’est pas impossible, à condition de maîtriser ce va et vient. Si en effet, c’est à partir de réalités existantes que Lefort nous dit ce qu’est une démocratie, est-il sûr, qu’il n’existe pas d’autres réalités masquées, et/ou émergentes ? Des réalités insidieuses qui réduisent à une unicité de forme les différents contenus.

Classiquement  (et Lefort insiste là-dessus), en démocratie le pouvoir est temporaire et il émane du « peuple ».Mais, le peuple, le laos, peut être massifié et alors il n’est pas au pouvoir. Une domination peut exister sans être autoritaire si elle devient mimétique, en fonction du plus petit dénominateur commun… et aussi de l’utilitarisme marchand et de sa dimension unilatérale : le quantitatif. Elle est alors d’autant plus englobante, étouffante.

Le personnage politique peut tenir un discours avec des contenus divergents, certes, mais (et la dernière campagne présidentielle a, encore une fois, montré cette très forte contrainte) il doit avoir un parole non seulement immédiatement compréhensible par des millions d’individus, mais aussi immédiatement répercutée, ce qui signifie qu’elle entre dans le rapport de force de la communication de masse et de ses critères (et de la sélection qui sera opérée). D’où importance fondamentale de la stratégie. Aspect doublement déducteur : ce n’est plus l’individu qui parle car sa parole est doublement aliénée (au sens originel de ce terme = est doublement étrangère à elle-même).

Le message dominant est celui des médias de masse, et la télévision impose son style. Or le pluralisme s’y réduit souvent maintenant à un dualisme dans une forme unique (il faut que cela cogne ; si on argumente, on va s’ennuyer, il faut de l’émotion et non de la raison,…).  Je vais donner un exemple

Lors d’un colloque à Montréal, le philosophe canadien Daniel Weinstock raconta la chose suivante : au moment de « l’affaire des caricatures » contre Mahomet, il fut contacté par un journaliste de télévision qui préparait une émission sur ce sujet. En train de constituer son « plateau », ce journaliste lui demanda ce qu’il pensait de cette affaire. Avait-on le droit de publier de telles caricatures ? Daniel Weinstock répondit qu’il estimait que l’on en avait le droit, mais que dans le contexte actuel, marqué par les tensions au Proche-Orient et la persistance de discriminations, cela ne lui semblait pas très opportun de le faire. Le journaliste lui dit alors qu’il était désolé, mais qu’il ne participerait pas au débat : une telle perspective ne convenait pas ; il fallait des personnes qui répondent « oui » ou « non ».

 

Beaucoup d’ « intellectuels » ont vécu semblable expérience. Pour ce qui me concerne, cela m’est arrivé, à plusieurs reprises, notamment lors des « affaires de foulard ». Souvent, le tour de la conversation téléphonique m’a fait comprendre que je décevais mes interlocuteurs en n’ayant pas l’opinion tranchée  qui aurait correspondu à « l’image » qu’ils avaient de moi. Je me souviens d’un journaliste m’expliquant benoîtement qu’il partageait son plateau en « pour » ou en « contre » et qu’il ne saurait pas  où me placer.

 Cette pratique (demander aux invités potentiels ce qu’il vont dire, et de les choisir en fonction de cela) tend donc à réduire le pluralisme à un dualisme sommaire. Elle s’est peu à peu imposée depuis une vingtaine d’années environ. Cela signifie que l’animateur s’estime compétent sur tous les sujets. Il n’a rien à apprendre, tout est du domaine de « l’opinion », du connu. La démarche de connaissance, l’inventivité, pfff… Et, vu le temps donné à chaque invité, la manière dont l’animateur coupe systématiquement la parole, c’est à chaque fois celui qui répète des idées reçues qui l’emporte.

L’intellectuel, qu’il s’agisse de l’écrivain, du poète, de l’artiste, du scientifique au sens large, était un homme seul dont la parole (au sens large) (et qu’il s’agisse de Verlaine ou de Rimbaud, de Darwin face à la religion ou de Pasteur face à la médecine) est au départ solitaire, pas compréhensible, pas communicable ni acceptable. C’est un hérétique.

Puis peu à peu, mais cela prend du temps, on se rend compte de sa valeur (qui est de l’ordre du qualitatif, mais le quantitatif intervient au niveau de la reconnaissance)  et cela souvent par des sortes de cercles concentriques. Pasteur a été soutenu par des vétérinaires, alors qu’il était contré par les médecins.

Maintenant règnent les intellectuels show biz, ils obéissent aux 2 critères (déjà indiqués) qui forment les contraintes des politiques, du coup ils peuvent avoir une notoriété immédiate, mais ils ne pensent plus et ils tuent toute pensée.

Est-ce que le temps va modifier les ordres de valeur comme cela s’est fait dans le passé, ou est-ce que la capacité d’étouffement du non-conforme, du non immédiatement compréhensible, la diminution de la durée de vie de l’exposition et de la vente des ouvrages va définitivement rejeter dans l’avorté ce qui ne sera pas calibré aux normes ?

Voila le genre de questions qui était derrière mon propos, pour moi c’est une des questions essentielle d’aujourd’hui. Et presque personne ne la pose !

 

Le fonctionnement démocratique dépend, à mon sens, de deux indicateurs.

Le premier est le rapport au savoir : chaque individu pouvait se forger une opinion en raison, parce qu’il avait accès, autant que faire se peut, à un savoir constitué (et vulgarisé ci besoin). Le paradoxe d’une démocratie étant qu’un citoyen doit disposer d’informations sérieuses sur des sujets hors de sa compétence pour pouvoir, de manière raisonnée, participer à l’exercice de la souveraineté. Cette nécessité confère une importance très grande à cet indicateur.

Le second indicateur, aussi essentiel, est le pluralisme, le débat dans le respect mutuel des opinions, permettant la confrontation des points de vue et un choix « éclairé » de l’individu-citoyen. Je crains que ces deux indicateurs soient en grand danger d’étouffement. Vous trouvez les mêmes personnes de plateau en plateau, sortant des stéréotypes éculés et formant une classe de nouveaux clercs contre laquelle, il est devenu urgent de s’insurger.

 

La forme dominante du discours télévisuel s’étend partout, avec un certain décalage et un peu moins d’emprisonnement de la pensée.

Les multiples « tables rondes », organisées par des associations les plus diverses (et l’on sait qu’un dense terreau associatif est une des richesses culturelles de notre pays), imitent les « débats » (faut-il encore utiliser ce terme ?) télévisuels.

D’abord, on supprime la table, qui permettait pourtant de prendre note des propos des autres intervenants et de pouvoir se référer à ce qu’ils avaient dit pour leur répondre. Mais une table n’est pas télégénique et il faut que la scène ressemble à un plateau de télévision pour, suppose-t-on, plaire au public.

Comme à la « télé », le nombre des invités d’une table ronde augmente, ce qui réduit temps de parole donné à chacun. A la formule d’une introduction construite se substitue parfois le découpage en plusieurs questions auxquelles il faut répondre en quelques maigres minutes.

 

Tout cela est lourd de conséquences. Le débat n’a jamais lieu à partir d’un vide social, d’un terrain neutre sur le plan des idées. Il existe toujours, hic et nunc, des idées dominantes dans les têtes, celles là même qui sont qualifiées plus tard d’« idées du temps.

Vous savez quand veut donner des circonstances atténuantes, que ce soit à son arrière grand-père ou à un personnage historique, on dit alors,avec un hochement de tête, qu’il avait « les idées de son temps ». Il s’agit de  préjugés, d’erreurs, d’un  système de valeurs qui paraît, avec « le recul du temps », plutôt un système de contre-valeur.

 

Tenter de faire prendre une distance  analogue à ce « recul du temps » à un public divers nécessite alors… un minimum de temps. Moins on dispose de temps, plus on se trouve obligé de se couler dans les idées dominantes pour se faire comprendre. Surtout que pérore, sur l’estrade, tel ou tel des intellectuels show-biz dont il vient d’être question et que leur propos à l’emporte pièce, leurs phrases slogan, leur répétition de stéréotypes qui traînent dans toutes les poubelles, peuvent se dire en trente secondes.

 

Une évolution identique se constate pour le livre. En un quart de siècle, le seuil de rentabilité des ouvrages a presque triplé et leur durée moyenne d’exposition à la vente a diminué d’autant. Cela induit une très forte difficulté à publier et diffuser des œuvres originales et/ou savantes.

Combien d’excellents travaux, de beaux mémoires, de thèses innovantes  ignorés, promis à l’oubli ou à une édition subventionnée qui évitera tout travail de promotion et de distribution auprès du public ? Pendant ce temps, les devantures des librairies, les rayons des gares et des supermarchés se trouvent envahis par des livres dont la multiplicité quantitative masque la profonde unité mentale, dont la variété apparente des contenus dissimule la standardisation des formes et des styles et l’appauvrissement de la pensée.

Là encore, lors de la campagne électorale vous aviez des dizaines de livres sur Sarkozy,  Ségolène Royal ou Bayrou, vite écrits, vite diffusés puis jetés, qui racontaient tous le même genre de choses.

 

Cette massification uniformisante correspond au développement d’une culture zapping où toute digression réflexive ou méditative devient proprement suicidaire quant à la diffusion et où seule l’accumulation de l’action spectaculaire permet d’éviter le décrochage du lecteur ou du spectateur. Savants, philosophes, poètes, artistes, créateurs de tous ordres risquent de se voir réduits à l’invisibilité sociale, à l’œuvre avortée, parce qu’un formatage réducteur occupera pratiquement l’ensemble de l’espace.

D’ailleurs, merde, Lefort a cru me contester en parlant de « mollesse de la pensée». Mais à tout prendre, qu’une société devienne productrice de pensée molle, n’est-ce pas grave. N’est pas le début de la non pensée totalitaire ?  Et, comme cette pensée molle s’étale, elle occupe aussi le lieu vide.

Décidément, cher Claude Lefort, ne croyez-vous pas qu’il existe des germes de totalitarisme sans camps de la mort ?

Une des raisons de mon propos à cette table ronde, était, à mon souvenir, la remarque que m’avait faite un collègue russe. Dans une conférence  à son université (et c’était avant l’autoritarisme de Poutine), j’avais développé l’idée que la laïcité tend à articuler liberté de conscience et liberté de penser.

Nous pensions, m’a-t-il dit en substance que, libérés du communisme, nous jouirions de cette double liberté. Mais l’arrivée du type occidental de démocratie n’a pas tardé à nous faire déchanter. La dose massive de médiocrité que diffuse à haute dose, et journellement, les moyens de communication de masse est une façon plus subtile que le communisme d’Etat, mais peut être plus efficace encore d’étouffer la conscience et l’acte même de penser.

Attention donc à un totalitarisme d’extrême centre, sans camp de la mort ; attention à une douceur totalitaire. La liberté n’est jamais donnée. Elle est notre responsabilité quotidienne, notre devoir de vigilance.

Commentaires

merci de cet ensemble de notes.
1/Pourriez-vous préciser les raisons pour lesquelles vous concluez par la qualification "d'extrême centre" le risque d'un nouveau totalitarisme?
L'expression me ravit , relève de l'oxymore mais je ne suis pas certaine de l'avoir bien compris et elle risque d'être employée dans des sens bien étrangers à votre réflexion ... Voulez-vous dire que ce consensus, excluant tout esprit critique, anesthésiant conscience et pensée...relève d'une "pensée du centre" ( déniant donc des contradictions à résoudre dialectiquement ; ou se délectant de bouillies mixées à partir de pensées de droite et de gauche...) ? Et que signifie "extrême" car comment concevoir un centre extrême...? Serait-il extrême parce qu'il aiguiserait ses pointes perversement présentées dans des formes rondes, douces, molles ,
2/ Il me semble que vos réflexions rejoignent celles que j'ai beaucoup appréciées: de Eric Hazan: "LQR,la propagande du quotidien (Raisons d'agir) Belle étude de la "Lingua Quintae Respublicae "...inspirée de celle de V.Klemperer portant, elle, sur la LTI (langue du troisième Reich) . On peut certes discuter les analyses mais ce travail sur le langage médiatique incite à ce "devoir de vigilance" que vous rappelez.
3/ A propos de "tables"...Libération s'amuse à analyser l'exception française télévisuelle : les "débatteurs" ( hommes et femmes politiques) sont installés autour de tables...D'où le succés de la formule de S.Royal dans ses débats participatifs...ou du dispositif des "primaires" dans le PS...
Cela ne contredit en rien vos remarques sur les "tables rondes" sans tables...!
Toutes ces mises en scène du débat d'idées ou politique relevant, elles aussi, en x variantes d'une "douceur totalitaire" ...

Écrit par : anne-marie lepagnol | 03/06/2007

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