02/04/2011
Mouloud Baubérot: Laïcité: Ne pas stigmatiser, même pour de bonnes raisons!
Moi, Mouloud Baubérot, à l’évidence, et comme tous les laïques authentiques, je me réjouis profondément que, grâce à notre admirable superprésident, et au génial secrétaire général du Parti, la laïcité soit actuellement aussi vigoureusement défendue contre les gravissimes menaces qui pèsent sur elle.
Ce n’est pas parce qu’ils sont de droite et moi de gauche que je vais cracher dans la soupe 5 étoiles qui se prépare en cuisine pour le Grand Banquet Républicain du 5 avril. Au contraire, face au malaise et aux divergences de la gauche et du centre sur la question, je ne peux que chaleureusement applaudir.
La laïcité est un principe fondamental de la République. Comme l’a si bien déclaré notre très cher Eric Besson, la « loi de 1905 est sacrée ». Il faut donc élaborer des Chartes, des Lois, des Circulaires, des Déclarations parlementaires, des Poèmes pour les écoles,… pour la sauvegarder et refuser impitoyablement toute atteinte sacrilège à cette loi. C’est la première raison.
Le « droit à la différence » ne doit surtout pas aboutir à la « différence de droits », ce principe est consubstantiel à la République. En dehors de lui il n’y a que communautarisme qui se met hors du pacte républicain. Il faut sauver la République du danger communautariste. Il y va de notre salut commun. C’est la seconde raison.
Il est donc insupportable que des gens puissent prétendre être citoyens français et ne pas respecter les règles élémentaires de la République qui viennent d’être énoncées. Je partage totalement l’impression de notre grand Ministre Claude Guéant : parfois, les Français ne se sentent plus chez eux en France. C’est une situation intolérable qui doit cesser. Troisième raison.
C’est donc à bon droit que mardi prochain l’UMP va solennellement réaffirmer les principes laïques, et nous seront tous en communion avec elle. Est-il possible, cependant, de faire respectueusement part aux participants de cette belle journée de mon léger malaise : le risque de stigmatisation n’est pas exclu.
Où, pas un seul ou deux mais les quarante-quatre Articles de la loi sacrée de de 1905 ne sont pas appliqués ? En Alsace-Moselle.
Où existe-t-il une différence de droits, précisément sur la laïcité qui relève pourtant de la définition même de la République (et pas seulement la loi de 1905, mais l’autre pilier laïque, la loi Ferry laïcisant l’école publique)? En Alsace-Moselle.
Où des citoyens français vivent en dehors de ces lois républicaines fondamentales ? Encore en Alsace-Moselle bien sûr. A tel point qu’après avoir donné des sous pour la construction de ma mosquée, et avoir envoyé mes enfants à l’école laïque, j’ai voulu admirer les cigognes et je suis allé dans un village (charmant au demeurant) où j’ai découvert que le curé, le pasteur et le rabbin sont payés sur mes impôts et que des cours confessionnels de religion sont donnés à l’école publique. Là, je l’avoue, j’ai eu une réaction un peu primaire : je me suis dit : « Mais suis-je toujours en France ? »
Alors, j’appelle chacun à la vigilance :
LE DEBAT SUR L’IDENTITE NATIONALE A ABOUTI A LA STIGMATISATION DES AUVERGNATS
LE DEBAT SUR LA LAÏCITE VA, LOGIQUEMENT, ABOUTIR A LA STIGMATISATION DES ALSACIENS MOSELLANS
PLUS AUCUNE PROVINCE FRANCAISE N’EST DONC A L’ABRI.
Certes, moi Mouloud, je ne risque rien, puisqu’en Alsace Moselle les musulmans sont séparés de l’Etat, n’ont pas de cours confessionnels à l’école et vivent donc conformément aux lois de la République. Mais sait-on jamais : à force de stigmatiser hier les Auvergnats, aujourd’hui les Alsaciens Mosellans, demain les Limousins, après demains les Franciliens, etc., dans vingt, trente ans on risquerait même d’aboutir à stigmatiser l’islam.
Alors, afin que le débat sur la laïcité n’aboutisse pas à la stigmatisation, je vous propose que nous portions tous une petite cigogne sur notre veste, notre pull ou notre corsage le 5 avril prochain.
C’est la première mesure d’urgence.
Ensuite, comme il faut quand même régler les graves atteintes à la laïcité qui menacent notre si égalitaire lien social, je propose de charger le Haut Conseil à l’Intégration d’élaborer une Charte sur le « respect de la laïcité en Alsace Moselle »…. Et pas seulement dans les services publics.
L’application de cette Charte sera d’autant plus aisée que la région Alsace est la seule où l’UMP ait triomphé aux dernières élections régionales. Etant à majorité UMP, la population est donc très laïque et sera absolument ravie que l’on abolisse le « droit local » différentiel pour établir enfin les lois laïques. Pour la même raison, la collaboration du Conseil régional est entièrement acquise. Enfin, si un problème demeure, Monsieur Copé est tellement compétent en matière de laïcité, qu’il se fera un plaisir d’aller leur expliquer les choses sous les acclamations générales.
Ainsi, sans stigmatiser personne, la République ne sera plus en danger, la Laïcité sera sauvée et tout ira pour le mieux dans la meilleure des France.
Franchement, en attendant Copé qui (malheureusement) ne sera candidat qu’en 2017, ne verriez- vous pas votre ami Mouloud comme président de la République en 2012, lui qui sait si bien résoudre les problèmes et réconcilier les Français ?
Votre très humble, très dévoué serviteur (dans le civil, à moitié Limousin et à moitié Alsacien).
03:01 Publié dans Laïcité française | Lien permanent | Commentaires (17)
31/03/2011
Le débat sur la laïcite: "INTELLEC-TUEL"!
« CE DEBAT EST UN DEBAT INTELLECTUEL »
Jean-François Copé
Voilà, je suis de retour… avec plein de travail sur les bras. Je vous rédige une Note samedi 2, avant le « débat » de l’UMP (l’Union pour un mouvement populiste !) qui semble se réduire comme une peau de chagrin au fur et à mesure qu’il suscite moult réactions
Pour vous faire patienter, et aussi pour ne pas (trop) avoir à me répéter, voici les textes de 2 articles, publiés l’un dans le Nouvel Observateur (N° 2420 du 24 au 30 mars), l’autre dans Libération (N°9291 du 29 mars). Le contenu de ces 2 textes (où il y a quelques redites, mais : « cent fois sur le métier, remettez votre ouvrage », comme le disait Madonna à Lady G.) sera donc supposé acquis (mais, rassurez-vous, il n’y aura pas d’interro écrite !) et nous pourrons approfondir à partir de là.
1er article :
UNE LAÏCITE ETHNICISEE
En se focalisant sur l’islam et en appliquant à lui seul le terme de laïcité, on tourne le dos à l’esprit de la loi de 1905, qui était une loi de pacification
Le Nouvel Observateur.– Le mot « laïcité » est devenu une espèce de mantra. Tout le monde aujourd’hui s’en réclame, même ceux qui l’ont jadis combattue. Comment expliquer cette conversion ?
Jean Baubérot.– Quand il y a un usage inflationniste du terme laïcité, c’est toujours pour masquer autre chose. A la fin du 19e et au début du 20e siècle, c’étaient les partisans d’Emile combes qui s’en servaient pour combattre le catholicisme et pourchasser les congrégationnistes… De même aujourd’hui, ceux qui veulent renouer avec cette laïcité de combat utilisent le mot comme un terme politiquement correct pour habiller leur agressivité envers l’islam. Dans la bouche d’une Marine Le Pen, laïcité veut clairement dire : aucune visibilité de l’islam. Position qui n’est pas tenable si on respecte l’égalité entre les religions. On n’a jamais interdit aux catholiques les JMJ… La loi de 1905 a même libéralisé les processions dans l’espace public. C’est donc trahir l’esprit qui avait prédominé en 1905 et qui était un esprit de pacification. 1905, c’est la loi de Briand et de Jaurès, qui reconnait la liberté de conscience, et non la loi de Combes.
N.O. – Quel était le contexte de sa naissance ?
J. Baubérot.– On allait vers un conflit extrêmement violent entre les deux Frances. Deux visions s’opposaient alors : d’un côté, la France « fille aînée de l’Eglise », avec le baptême de Clovis et toute une conception catholico-centrée d’un héritage identitaire de la nation ; et de l’autre côté, la conception laïque, plus universaliste, qui pensait la nation comme une projection commune vers l’avenir. Ce qui me frappe aujourd’hui, c’est que dans les discours de Nicolas Sarkozy, même quand il essaie d’intégrer un relatif pluralisme et de donner un strapontin aux racines juives ou à celles des Lumières, fondamentalement, il renoue avec la conception de la France catholique du 19e siècle, en faisant comme s’il y avait une identité essentiellement héréditaire, immuable durant les siècles. Surtout, il lui enlève toute dimension conflictuelle. Quand, au Puy-en-Velay, il mentionne les racines juives à côté des racines chrétiennes, il omet de dire qu’il y a eu les pogroms du Moyen-Age, l’exclusion des juifs au 14e siècle… Autrement dit, sa vision du passé est une vision idyllique, sans conflits ni discriminations. Si bien qu’à l’écouter, on finirait par se demander pourquoi il a fallu inventer la laïcité ! C’est pourtant bien parce que l’identité de la France était éminemment conflictuelle qu’il a fallu trouver les moyens de rassembler tous les Français. A savoir la séparation des Eglises et de l’Etat ainsi que la neutralité de cet Etat. Ce que j’appellerais une « neutralité arbitrale », qui n’est pas une ignorance des religions, mais qui vise au contraire à faire respecter la liberté de conscience.
N.O. – Pensez-vous que la pratique et le discours actuels du pouvoir rompent avec cette tradition de neutralité ?
J. Baubérot.– On peut s’interroger, en effet, dans la mesure où une France laïque doit aller de pair avec une conception dynamique de l’identité, rassembleuse de la diversité des Français. Avec Nicolas Sarkozy, on est plutôt dans la « chrétienté positive », ou la « catho-laïcité ». Mais il y a une autre dérive que je constate depuis plusieurs années et qui biaise forcément le débat. En confiant en 2007 au Haut Conseil à l’intégration le soin de faire des propositions sur la laïcité, on a tout d’un coup réduit la laïcité à une condition d’intégration pour les immigrés, notamment non-européens, musulmans... On l’a ainsi ethnicisée. Si l’on voulait sincèrement restaurer la laïcité, il faudrait au contraire retrouver son sens global. L’euthanasie, par exemple, est un problème de laïcité, de même que l’était la loi Veil sur l’avortement. On touche à la question de la séparation entre la norme juridique et les normes morales de certaines religions. Mais en se focalisant sur l’islam et en appliquant à lui seul le terme de laïcité, on oublie complètement son ampleur, de sorte que les musulmans se sentent à bon droit stigmatisés.
N.O. – Plus d’un siècle après sa création, faut-il modifier la loi de 1905, comme certains le suggèrent?
J. Baubérot.– Qu’entend-on par-là ? Stricto sensu, il faudrait parler des lois de séparation, puisqu’il y a eu trois lois complémentaires, en 1907 et 1908, ainsi qu’un certain nombre d’amendements. Parfois on se demande si les politiques ont les ont lus en totalité … Le problème, c’est que leurs propos sont investis d’idéologie. Il faut en tout cas se prémunir de deux dangers : l’un qui consisterait à faire de la loi de 1905 un dogme intangible, quelque chose de « sacré », comme l’a dit Eric Besson ; l’autre qui viserait à modifier le texte pour redistiller de l’officialité religieuse dans la République. Au fond, le meilleur service à rendre à la laïcité, ce serait d’abord de la délivrer des contingences électorales !
Propos recueillis par Marie LEMONNIER
Entracte : Je participe lundi 4 (veille du dit débat) à 18 heures, à une table ronde sur « Faire vivre la laïcité aujourd’hui » au siège du PCF, 2 place du Colonel Fabien, 75019 Paris.
2ème ARTICLE
LA GAUCHE DOIT REFUSER LA LAÏCITE IDENTITAIRE DE SARKOZY….
Jean Baubérot
Le débat actuel sur la laïcité, impulsé par Sarkozy et Copé constitue une nouvelle version du débat sur l'identité nationale. Initiative habile, jusqu'à l'intrusion de Marin Le Pen, car les partis de gauche ont du mal à se démarquer dès que la laïcité se trouve invoquée.
Longtemps, en effet, elle a été un marqueur essentiel de la gauche. Puis elle a semblé consensuelle. Maintenant c'est la droite et l'extrême droite qui se veulent ses meilleurs « défenseurs ». On ne peut s'en tenir à une dénonciation morale de la "laïcité lepénisée". Il faut décrypter l'usage dominant du mot "laïcité" et construire un discours de gauche cohérent, capable de contre-attaquer.
Qu'est-il arrivé? En mai 2003, le Rapport Baroin, « Pour une nouvelle laïcité », prenait acte de la fin du conflit des deux France et prônait déjà un déplacement vers une laïcité « culturelle et identitaire ». La laïcité devait devenir une « valeur de droite ». On sait qu'ensuite une seule des propositions de la Commission Stasi a été retenue.
Depuis 2007, c'est le Haut Conseil à l'Intégration qui fait despropositions sur la laïcité. Cette dernière se réduit ainsi à être le passeport que de 'nouveaux Français' devraient acquérir pour revêtir l'identité française. Les questions qui concernent l'ensemble des Français sont exfiltrées de la laïcité.
Sarkozy radicalise la perspective: de la basilique du Latran à la cathédrale du Puy-en-Velay, que ce soit seulement l’ « héritage culturel de la chrétienté » qui soit magnifié ou qu'il soit aussi fait allusion à d’autres « racines », en fait c’est la même antienne.
Le passé de la France, vu par son président, est idyllique. Inquisition, pogroms, croisades, guerres de religion, révocation de l’Edit de Nantes, sujétion des musulmans dans l’Empire colonial : de tout cela il n’est jamais question. Ironie involontaire, Sarkozy précise qu’ « il est dangereux d’amputer sa mémoire ». Sous la « laïcité positive » se cache la chrétienté positive !
A son insu peut-être, Sarkozy délivre un message subliminal : comme on vivait bien en France avant que l’islam n’en devienne la seconde religion!
Pour « conserver » cet héritage », la laïcité qui doit s’imposer à l’islam est donc bien plus que le respect des lois et la tolérance civile, c’est l’assimilation à une identité patrimoniale non conflictuelle imaginaire. Tâche impossible : les musulmans apparaîtront toujours en déficit de laïcité.
Pour « réenchanter la gauche » et reprendre l’initiative il nous faut clairement refuser cette « nouvelle laïcité culturelle et identitaire » pour, de nouveau, recentrer la laïcité sur ses fondamentaux et sur l’Etat laïque.
La laïcité a comme finalité la liberté de conscience et la non-discrimination pour raisons religieuses. Les moyens qui visent ces finalités sont la séparation des religions et de l’Etat et la neutralité arbitrale de ce dernier. La laïcité est un principe politique, non une donnée identitaire passéiste.
Elle organise un vivre ensemble qui nous projette vers un avenir commun. Elle a une toute autre ampleur que son sens actuel dominant où dès que l’on dit « laïcité » on pense, en fait, « islam » !
De nouvelles libertés doivent être explicitement rattachées au combat laïque, séparant la loi civile de normes religieuses et morales particulières.
Au XIXe siècle, celui-ci a notamment signifié le droit de mourir sans enterrement religieux si cela était contraire à ses convictions. Aujourd’hui, c’est, analogiquement, droit de mourir dans la dignité par la possibilité de l’euthanasie si on estime que la souffrance extrême ne fait partie de son sens de la vie.
Au XIXe siècle, le combat laïque a permis de rétablir le divorce, aujourd’hui il s’incarne dans le droit au mariage entre personnes de même sexe,…
Ces nouvelles libertés ne contraindront personne : comme pour la loi Veil, on peut prévoir une clause de conscience. Elles dérangeront peut-être certains, dans un premier temps du moins.
Mais la laïcité signifie aussi qu’il n’existe pas d’ordre symbolique intangible ; chaque époque doit construire sa propre vision des limites, sinon le pantalon resterait toujours interdit aux Françaises !
De même, il faut reprendre le combat pour l’égalité entre les différentes religions et autres convictions, à l’encontre d’une laïcité à géométrie variable, pratiquant de plus en plus le grand écart.
Quelques engagements clairs doivent être pris en cas de victoire en 2012 : retirer au Haut Conseil à l’Intégration le dossier de la laïcité car c’est implicitement discriminatoire, refonder la HALDE et relier laïcité et lutte contre les discriminations,...
Sinon le pire va bientôt venir : une situation où Marine Le Pen paraîtra plus laïque que la Ligue des droits de l’homme ! On pourra toujours s’en scandaliser. En fait, l’impuissance de la gauche en sera autant responsable que les dérives de la droite.
06:12 Publié dans Laïcité et crise de l'identité française | Lien permanent | Commentaires (6)

