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26/09/2011

Du Sénat et de la laïcité

Donc la gauche a gagné et a conquis le Sénat, ce qu’elle se désespérait de pouvoir faire un jour. Tant mieux et d’abord pour le Sénat lui-même, tant raillé et moqué comme un bastion de conservatisme.

Mais quand on y regarde de plus près, cette Chambre s’est avérée être souvent moins primaire que l’Assemblée nationale. Je ne sais s’il s’agit d’une conséquence quasi automatique du suffrage indirect (moins dépendant de l’image de l’électeur moyen, les sénateurs sont moins enclins à intérioriser les stéréotypes) ou s’il s’agit d’une conséquence plus indirecte, mais le fait est que le Sénat tombe un peu moins dans les pièges grossiers où les députés se vautrent volontiers.

De de Gaulle à Sarkozy, les sénateurs se sont montrés moins godillots que l’Assemblée Nationale. Pour avoir effectué, à plusieurs reprises, ce constat tout ce qu’il y a de plus pragmatique, J’ai eu quelques belles passes d’armes avec des personnalités politiques de gauche, prétendant que le Sénat était forcément  en manque de légitimité. De même, on m’avait reproché « d’avoir choisi le Sénat » pour présenter  la Déclaration internationale sur la Laïcité au XXIe siècle, le 9 décembre 2005. En fait, j’étais bien content que le Sénat ait accepté de me donner gratuitement une salle pendant quelques heures pour permettre à des universitaires venus de différents pays de présenter ce texte!

Que pensent ces personnalités aujourd’hui du Sénat ? Son virage à gauche, lui donne-t-il, par miracle, une légitimité républicaine, qu'il n'aurait pas eu avant? Ceci indiqué, bien sûr que le mode de scrutin du Sénat n’est pas satisfaisant. Il faudra le modifier, mais le principe d’une seconde Chambre élue d’une autre manière que la première, et à des moments différents, me semble précieux, et c’est bien que l’alternance sénatoriale soit réalisée.

Ensuite, ce virage du Sénat place les socialistes face à leur responsabilité : il ne me semble plus possible de nier qu’ils risquent d’être eux-mêmes leurs meilleurs ennemis : la victoire ou la défaite dans la mer de toutes les batailles, la présidentielle, dépend vraiment de leur propre capacité à livrer bataille sans s’autodétruire.

On va d’ailleurs tout de suite avoir une idée puisque mardi le PS doit choisir son candidat ou candidate et qu’Aubristes et Hollandais se regardent déjà en chien de faïence  et que samedi le nouveau président sera élu.

Mais si on regarde un peu plus loin, des choses se préparent également au niveau de la laïcité. La droite est à l’offensive et Marine le Pen en embuscade. Donnons quelques indications qui le montrent, mêmes si elles ne font pas la une de l’actualité.

 Guéant va publier son fameux Code de laïcité. Il en existe déjà un, donnant l’état actuel de la législation et règlementation, rédigé par la Ligue de l’enseignement. Guéant va-t-il faire du copié-collé, en ces temps où on parle beaucoup du plagiat ? (cf. notamment, le dossier de Télérama : beaucoup de plagiat dans les médias et, tendanciellement, c’est un homme connu d’un grand média parisien qui vole le travail d’une jeune journaliste provinciale. Etonnant, non ?) Va-t-il redécouvrir la lune ? Ou va-t-il en profiter pour glisser çà et là quelques durcissements répressifs ?

Affaire à suivre. Le même Guéant met actuellement en place un « conseiller laïcité » auprès des préfets départementaux et des « assemblées départementales de la liberté religieuse ».

 I have a dream : le fiasco du pseudo débat (et vraie débâcle !) de l’UMP aurait rendu un conseiller du Ministre (n’en demandons pas trop !) intelligent, et il s’agirait de régler les incidents qui peuvent se produire en amont, avant qu’ils ne deviennent des affaires médiatiques et que Marine le Pen ne se précipite comme la misère sur le pôvre monde.

Si jamais, c’était cela, je ne bouderais pas mon plaisir ! Mais pourquoi mettre ainsi d’un côté « laïcité » de l’autre « liberté religieuse » ? Rappelons la 1ère leçon d’une « laïcité pour les Nuls » : la liberté de conscience est une finalité de la laïcité, et la liberté de conscience inclut la liberté religieuse. Pourquoi aussi exclure des représentants d’association laïques de ces assemblées ?

La distinction liberté religieuse-laïcité me fait craindre qu’il s’agisse d’une entreprise néo-gallicane. Le gallicanisme qui, pendant des siècles, avant la laïcité, a constitué la politique religieuse de la France, était un mélange de protection et de contrôle de la religion. Aïe, aïe, aïe : peut-être « liberté religieuse » signifie, dans l’esprit de ces bureaucrates, « protection de la religion » et « laïcité », du coup: contrôle de la religion.

La laïcité qui imposait aux religions plus de liberté, est déjà devenue, et deviendrait plus encore, un synonyme de répression face à des manifestations religieuses. Et, de plus en plus, il suffit de prétendre qu’il s’agit de « religion » pour que les partisans de la liberté d’expression baissent les bras.

Face à cela, quelle est l’attitude de la gauche ? Quelle laïcité va-t-elle promouvoir (car il s’agit de promouvoir la laïcité plus que de la « défendre », vision rabougrie !) ? Jusqu'à présent, elle s'est montrée plus divisée qu'inventive.

La gauche va-t-elle savoir dépasser l’alternative de la laïcité répressive umpénisée, et du néo-cléricalisme à la Benoît XVI  (celui-ci a benoîtement  déclaré en Allemagne que l’être humain a une nature intangible –au XIXe siècle avec ce discours, l’Eglise catholique voulait empêcher que la loi autorise le divorce ; et il a appelé à une sainte Alliance des chrétiens contre la « sécularisation »), récupéré par certains comme une racine culturelle et identitaire.

La gauche ferait bien de se préparer : elle n’a plus beaucoup de temps pour clarifier ses idées quant à la laïcité, reprendre l’offensive. Sinon la laïcité, qu’elle croyait être son bien précieux, va être invoquée, brandie contre elle, comme l’étendard de la droite dure et de l’extrême droite.

Une laïcité déformée, falsifiée, naturellement  mais qui bénéficiera de complicités, même à gauche. Car on assiste à les pleurnichements de personnes qui s’affolent des références lepénistes à la laïcité, alors qu’ils ont ouvert un boulevard à Marine le Pen. Il ne reste vraiment plus beaucoup de temps pour être en ordre de marche. Là aussi: affaire à suivre très attentivement.

PS : je rentre de 10 jours de conférences à l’étranger avec un emploi du temps très occupé. J’ai plus d’une centaine de mèls en retard. Patience donc à mes différents correspondants. Merci d’avance.