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19/01/2011

Tunisie entre inquiétude et espoir.

Comme beaucoup d'entre vous, je suppose, je suis avec beaucoup d'attention et d'empathie les événements qui se produisent en Tunisie. Je l'ai indiqué à plusieurs reprises: le Blog n'a pas pour mission d'être un commentateur universel, et sur ce sujet je ne suis pas spécialiste. Je lis, et bien sûr, déjà avant les derniers événements, ce que ces spécialistesi peuvent dire et je vous y renvoie. Je me contenterai donc d'un fort bref commentaire.

D'abord pour souligner l'aveu d'Alain Juppé reconnaissant que la politique officielle française a sous estimé (et c'est vraiment un euphémisme!) l'absence de démocratie dans ce pays et la façon dont les habitants en ont souffert. Cela, a-t-il indiqué, parce qu'il y avait une certaine laïcité, une certaine émancipation des femmes, un certain développement  économique. Autrement dit, il est une façon de se référer à ces principes et/ou valeurs CONTRE la démocratie, alors qu'il faut relier, en un même combat, laïcité, droit des femmes, progression du niveau de vie et démocratie. Bien sûr, cela est plus facile à dire qu'à faire. Mais je trouve que dans l'aveu de Juppé, il y a une leçon forte et sur laquelle il n'a pas été assez mis l'accent.

(à ce propos, cher Monsieur Mulot, je n'ai jamais écrit d'ouvrage s'intitulant la République ou la laïcité contre la démocratie, et un tel titre ne me viendrait jamais à l'idée. Je pense que l'ouvrage auquel vous faites référence, mais dont vous semblez n'avoir qu'un souvenir très confus et, à mon avis, très inexact, est celui-ci: L'intégrisme républicain contre la laïcité, paru à l'Aube en 2006: c'est une perspective fort différente: c'est l'instrumentalisation que je critique)

Ensuite, pour dire qu'il serait utile de relire, de regarder ce que pouvaient écrire ou montrer les médias sur la Tunisie AVANT les événements, avant le départ de Ben Ali. C'est comme l'affaire du Médiator: on nous dit maintenant: "On savait depuis des années..." Mais pourquoi alors l'info ne déferle que maintenant? Bien sûr, pour la Tunisie, il y a eu l'indication, en tout cas dans une partie de la presse écrite, d'emprisonnements, de grèves de la faim. Mais le malaise subsiste, chez moi en tout cas. je trouve qu'il a de plus en plus deux sortes d"'infos": celles sur lesquelles on revient en boucle et donc qui restent en mémoire. Les infos-événement en quelque sorte; et... toutes les autres, noyées dans le flux et qui n'engendrent ni la même émotion ni la même mémoire.

Enfin, je viens d'entendre ce matin, que des Agences de notation ont baissé la note de la Tunisie, vu le risque "d'instabilité". Sans commentaire, parce qu'il y aurait trop de commentaires à faire sur ce capitalisme contre l'humain dont on a l'impression qu'il règne sans partage. A cause de cela, et aussi parce qu'il est très difficile de sortir de décennies de dictature, l'inquiétude est là, mais aussi quand même l'espoir.

PS: Je signale (et j'y reviendrai) la parution:

-le 13 janvier, de l'ouvrage que j'ai écris avec Micheline Milot aux éditions du Seuil: Laïcités sans frontières.

-le 18 janvier, de l'ouvrage que j'ai écris avec Raphaël Liogier aux éditions Entrelacs: Sacrée médecine. Histoire et devenir d'un sanctuaire de la Raison.

Bonne lecture.