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02/10/2010

DIVERSITE? J'ECRIS TON NOM

Il y a quinze jours, j’écoutais l’émission de Finkielkraut sur France-Culture. Catherine Kintzler a déclaré être « plutôt pour la loi » interdisant le voile intégral. Chacun sait que je suis contre.

Ceci dit, nous ne sommes pas en guerre, et elle a dit des choses fort judicieuses.

Elle a affirmé notamment quelque chose comme (je n’ai plus en tête les termes exacts, mais c’était le sens du propos) : la diversité la plus fondamentale est celle qui existe entre deux êtres humains.

En écoutant cela, je me suis exclamé : « Ouai ! Va-y Catherine, tu es la meilleure (des philosophes républicains/es). »

Et j’ai dansé une samba endiablée, enfin presque, je me vante un peu…

Mais c’est pour dire que je suis totalement d’accord.

 

Chacun sait que dans notre système démocratique (« bureaucratico-légal » dirait Weber), le pouvoir, le poids social ne doit pas provenir de privilèges de naissance (ou autres), mais de l’exercice temporaire de certaines fonctions.

Hormis sa fonction, le détenteur de pouvoir est un être humain comme un autre, idéalement soumis aux mêmes droits, aux mêmes devoirs.

De même la loi, et les règles sociales qui lui sont liées, doivent être égales pour tous, s’appliquer indistinctement à tous.

Pour reprendre le propos de Weber : derrière son guichet, l’employé sert tout le monde également, jeune ou vieux, femme ou homme, de droite ou de gauche, rose-blanc, blanc foncé, noir, jaune,…, non-croyant ou croyant de multiples manières, valides ou handicapés, personnes d’orientation sexuelle différente .

De même pour louer un appart, et plein d’autres actes sociaux, il doit en être ainsi.

Quand des discriminations existent, elles sont choquantes. On doit chercher à les faire disparaître.

 

Voila le schmilblick (comme dirait Coluche Heidegger). N’insistons pas sur les avantages certains d’un tel système, quand on le compare à un autre où telle ou telle discrimination serait structurelle. Je pense que les Internautes qui surfent sur ce blog n’ont pas besoin d’être convaincus.

La grandeur de l’idéal poursuivi est manifeste : chaque être humain est semblable à un autre. Tous ont droit à une égale dignité.

Pourtant, Max Weber a montré que ce mode de pouvoir, qui s’exprime dans des lois et s’incarne dans des bureaux est aussi « la domination de l’impersonnalité la plus formaliste » (c’est dans Economie et société ; je le cite de mémoire. De toute façon, cela vous fera du bien d’aller chercher dans le bouquin qui, maintenant, est en -gros- livre de poche).

 

Bref ce fonctionnement dépersonnalise, il a tendance à rendre les êtres humains interchangeables, à développer leur caractère anonyme

(D’ailleurs les médias clivent les gens en deux catégories : les stars, des médias, du show-biz, du sport, de la politique, des lapsus à la Rachida Dati[1], et… tous les autres, significativement nommés les « anonymes »)

 

Quelques décennies avant Weber, vers le milieu du XIXe siècle, un théologien protestant (eh oui, cela va peut être encore provoquer des réactions style chien de Pavlov, mais j’assume !), Alexandre Vinet (1797-1847), avait déjà perçu ce danger au sein même, écrivait-il, de ce qu’il y a de « bon » dans l’évolution du monde moderne.

On pourrait aussi citer Tocqueville, mais c’est plus connu que Vinet, et le but du blog est, notamment, de vous faire découvrir de jeunes talents méconnus !

 

Bref Vinet écrivait dans ses Essais de philosophie morale (1837)[2] quelques propos qui me semblent, ma brave dame, toujours d’une trooouuublante actoualité (même si le vocabulaire est garanti d’époque, naturlish):

« Dans la société (…) l’individualisme est sur le trône, et l’individualité est proscrite ! L’être réel, vivant, portant un cœur et une conscience est tout prés d’être nié ; (…) Le panthéisme social ne lui laisse pas plus de personnalité que n’en a la goutte de l’Océan ; ce n’est plus un homme, c’est un chiffre, une quantité, une fonction, tout au plus un ingrédient. »

Et donc « il paraît expédient que les qualités trop prononcées s’effacent (…), que chacun ne se cultive que dans le sens de la société, laquelle a besoin de ses talents, de sa fortune, de ses forces et non pas de lui. »

Ainsi les être humains tendent à ressembler « à des exemplaires parfaitement imprimés d’un même écrit »

 

Pour remédier à ce danger, Vinet prône l’individualité, versus l’individualisme. L’individualité est pour lui la « combinaison de qualités humaines qui distinguent un être de tous ses semblables et ne permet pas de la confondre avec aucun d’entre eux ».

Grâce à l’individualité « les noms communs deviennent des noms propres »[3].

Cette combinaison entre l’égalité par l’équivalence et la différenciation par l’individualité est, pour Vinet, celle de la logique amoureuse :

Là un être est postulé différent de ses semblables. Ces derniers ont autant de dignité humaine (et d’ailleurs, on a plutôt tendance à se montrer sympa avec tout le monde quand on est amoureux), de droits, que l’être qui est distingué d’eux.

Pourtant, pour l’amoureux, cet être là est unique, sans ressemblance aucune avec quiconque, sans possibilité d’être interchangeable avec qui que ce soit.

 

Mais, braves gens, amour et système bureaucratico-légal, it isn’t the même chose. "That is the problemo", comme l’affirmait le regretté William.

D'où le problème de la recherche d'identités

(À suivre)

 

PS : Si vous trouvez mes blagues vraiment très très nullos, je vous en supplie, téléphonez à Philippe Val, pour qu’il annonce à tout va qu’il me lourde de France Inter, ainsi je serai très connu et très martyr. Merci d’avance.



[1] Celle là, il fallait bien que je la place quelque part, pour être la copie conforme de la mode du jour !

[2] Je vous livre même confidentiellement (parce que c’est vous, et non un « anonyme » !) la page : 148. En enlevant mes pitreries, vous allez pouvoir la citer, paraître savant et plaire aux gentes dames, si vous êtes (so I am) un sal mec hétéro.

[3] Ca c’est page 141 : eh bien quoi, j’ai b’en l’droit d’lire l’ouvrage à l’envers.