03/07/2010
Pour les libertés publiques. Contre le projet de loi sur le voile intégral
Liberté, liberté chérie….
La messe est dite, avant même que le rituel ait commencé !. Le président du groupe socialiste à l’Assemblée Nationale, J.-M. Ayrault, l’a confirmé dans une interview à La Croix (2 juillet 2010) : « Je ne ferai pas obstacle au vote d’une loi interdisant le voile intégral » titre le journal.
Autrement dit, les socialistes ne sont plus arc-boutés sur leur contre proposition d’une interdiction relative.
Ayrault précise :
« Le gouvernement veut une loi qui s’étende à l’espace public en général. J’ai considéré qu’il fallait (…) avoir une attitude responsable. Je ferai en sorte de ne pas faire obstacle au vote d’une loi, sinon les Français ne comprendraient pas notre position. »
Et il ajoute qu’il ne sait pas encore s’il va s’abstenir ou voter pour.
Propos étranges : le fait qu’il envisage de s’abstenir, qu’il parle de « ne pas faire obstacle », etc montre bien qu’il n’est pas véritablement partisan de la loi. Il s’y rallie pour ne pas susciter (selon lui) l’incompréhension des Français.
Mais… comment les Français ne pourraient-ils pas comprendre si on ne leur explique pas le pourquoi de ces réserves ?
(Précisons qu’en Commission les députés PS se sont abstenus)
Il me semble d’ailleurs que les dits Français sont beaucoup préoccupés par bien d’autres problèmes. Bien sûr quand on médiatise le port du nicab, que l’on parle de « burqa », que l’on on met en scène, de façon démesurée, l’histoire de la conductrice en voile intégral, la majorité est, je dirai, passivement favorable à la loi.
Passivement, car dés que les médias n’en parlent plus, ils ne s’intéressent guère à ce problème marginal. Il n’y aurait pas eu, finalement, de dépôt d’un projet de loi et discussion de ce projet la semaine qui vient, aucun mouvement d’opinion ne les auraient réclamés.
Et si on avait autant médiatisé (c’est dire si on avait fait un feuilleton télévisuel, comme celui de la conductrice en nicab et de son mari) les oppositions des juristes, celle du Conseil d’Etat,…. Cette opinion passive serait différente.
Mais quand le projet est passé en Commission, les médias n’ont plus parlé de cela. Et ils se sont focalisés sur le contenu de l’interdiction, pas les attendus du projet.
Or c’est sur les attendus que le PS devrait se battre, parce qu’ils sont très révélateurs… et inquiétants.
La notion « d’ordre public » est changée ; elle dépend maintenant, dixit l’exposé des motifs, publiés par Le Figaro (14 mai 2010)[1] de la manière, subjective, arbitraire, dont on comprend les « exigences fondamentales du ‘vivre ensemble’ ».
Il est explicitement dit que l’on élargit la notion de l’ordre public, qu’on ne la limite plus à des éléments mesurables ayant trait à la « tranquillité ou à la sécurité » (et le texte oublie le troisième motif : la salubrité publique !)
L’ordre public désormais permettra de « prohiber des comportements qui IRAIENT INDIRECTEMENT à l’encontre du contrat social républicain »
Le conditionnel, qui montre qu’on peut se dispenser de preuves avérées ; le « indirectement » qui permet une interprétation très large , tout cela dépasse de loin le problème du nicab.
De même, on fait référence à « nos concitoyens » qui « voient » dans le nicab un refus de l’égalité homme-femme et une renonciation à (pour celles qui le portent) à « une part de leur dignité » de femme.
On peut être d’accord avec cette appréciation (même si, à mon sens, le problème est beaucoup plus complexe) et refuser que ce qu’est supposé « voir » « nos concitoyens » soit source de loi.
Car là encore, c’est un raisonnement qui va très loin, et à un enjeu beaucoup plus général que le seul problème du nicab.
Autrement dit, ce projet de loi est TOUT A FAIT CONGRUENT AVEC D’AUTRES PROJETS OU MESURES PREVUES OU ADOPTEES DEPUIS TROIS ANS ;
Le Sens général est UN DEPLACEMENT CONSIDERABLE DU CURSEUR QUI SEPARE CE QUE L’ON ACCORDE AUX LIBERTES PUBLIQUES ET CE QUE L’ON ACCORDE A L’ORDRE PUBLIC.
En outre, il faut rappeler que le projet de loi n'invoque pas la laïcité: autrement dit même le gouvernement reconnaît qu'il est impossible d'interdire le nicab dans l'espace public, au nom de la laïcité: à dire et à redire, à chanter sur tous les tons car je rencontre chaque jour des personnes qui sont persuadées que c'est en raison de la "défense de la laïcité" que ce projet de loi est déposé..
Enfin, ce projet de loi est anti-musulman : il comporte des expressions comme « réclusion publique » (et non « réclusion »), et « coupé des autres tout en vivant au milieu d’eux » (et non pas simplement « coupé des autres ») pour ne pas viser les religieux et religieuses catholiques[2] ou d’autres confessions.
Autrement dit : vous avez le droit à un engagement religieux radical, mais pas dans n’importe quelle religion
Autrement dit : vous avez le droit à la réclusion, à vous coupé des autres, mais alors vous devez le faire totalement : cela montre que l’invocation des principes du « vivre ensemble » est, en fait, un prétexte.
Je suis persuadé que si des femmes et des hommes politiques avaient martelé cela depuis que ce projet est connu, une bonne part de l’opinion l’aurait compris.
Plusieurs personnalités politiques m’ont dites qu’elles étaient réservés (ou hostiles) à la loi, mais que c’était une position « incompréhensible » pour les Français.
Je pense qu’ils se trompent.
Affirmer haut et fort
-que, sous prétexte de nicab, ce gouvernement nous entube pour diminuer une fois de plus les libertés publiques
-que ce gouvernement montre par ailleurs (et notamment –mais pas seulement- par le projet de loi sur le mode d’élection des collectivités territoriales : j’ai été très surpris de constater à quel point cela était peu connu) fort peu soucieux de l’égalité femmes-hommes
-que la laïcité ne peut pas être invoquée
-qu’il y a une entourloupe et qu’en parlant de « réclusion publique », le gouvernement ne respecte pas l’égalité entre religions,
Bref qu’on est en train de nous faire prendre des vessies pour des lanternes
Un tel propos n’est pas si incompréhensible que cela.
Et c’est un pente dangereuse, d’être ainsi obnubilé par ce qui serait incompréhensible ou pas.
Je salue donc les quelques députés et sénateurs (6, dont un ancien Ministre et un Vice-président du Sénat) qui ont eu le courage de signer la pétition que j’ai témérairement lancée
(suppression de la Halde, projet de loi sur le voile intégral ET projet de loi sur le mode d’élection des collectivités territoriales)
Je salue tous les autres CITOYENS (et non pas « anonymes » comme les médias veulent nous le faire croire) qui se sont associés à cette initiative :
Nous avons atteint les 300 signatures le 30 juin, et nous en sommes, ce matin du 3 juillet à 315.
Je publie ci-dessous la troisième liste de 100 signataires.
Bien sûr, et certains me le font remarquer, il y a bien d’autres choses, à dénoncer… Mais, bon, je ne pouvais pas faire un inventaire à la Prévert.
Et lisez ou relisez le texte, il a sa cohérence interne. Et il appuie là où cela fait mal.
Il n’est pas trop tard pour se mobiliser
Il n’est pas trop tard pour signer la pétition (en mettant, s’il vous plait, au moins une caractéristique qui peut préciser qui vous êtes et non votre seul prénom et nom) et la diffuser
(soit signature en ligne
http://www.petitionenligne.fr/petition/la-france-que-nous-aimons-vous-la-quittez/96
soit par le blog:
http://jeanbauberotlaicite.blogspirit.com
ou par mel à declarationlaicite@hotmail.fr)
TROISIEME LISTE PETITION (au 30 juin 2010) :
Nadia Achehboun,
Ellen Adam
Céline Aimon
Valérie Amiraux, Professeure d’Université
Nessrine Ayala
Aanan Aziz, Etudiant en histoire, Université de Dijon
Laury Bacro, Doctorante en Philosophie
Diane Barraud, Pasteur, Mission populaire, Paris
Jean Bart, Historien du droit, Dijon
Noemie Baroux, Responsable associative, 77
Renaud Beauval
Anne-Marie Bayle, EHESS
Mohamed Bechari, Président de la Fédération Nationale des Musulmans de France
Karima Bilal
Alain Blondelle, Commission Laïcité, LDH
Laurent Bloch, Informaticien
Marie Bonnet, Psychanalyste, Docteure en anthropologie
Michel Boissard, Historien
Monique Branstein
Jean-Pierre Brassac, Ecrivain
Guy Bruit, Professeur, Militant associatif
B. Bouchard, Militante FASE
Jérome Bouchereau, Enseignant Education Civique
Pierre Bülher, Docteur honoris causa de la Faculté libre de théologie protestante de Montpellier
Gabrielle Cadier, Présidente d’une association protestante, Paris
Barbara Cassin
Michel Cauzid
Jacques Celet, Président de la section de Nanterre de la LDH
Evelyne Charmeux, Professeur honoraire IUFM, Toulouse
Alain Clary
Marie-Agnès Combesque
Michel Cornillon, Ecrivain, Leugny (89)
Lahcen Daaif
Dominique Dedet, Professeur retraitée de langues anciennes
Agnès de Féo, Sociologue, Réalisatrice
Christian Delorme, Ancien Membre du Haut Conseil à l’Intégration, Prêtre du diocèse de Lyon
Pierre Desbruyeres
Di Diné
D. Djerrah
Françoise Duthu, Universitaire, Ancienne Députée au Parlement européen
Anouarnourdine Eirida
Eric Favey, Ligue de l’Enseignement
Sylvette Fayet, Conseillère municipale, Nîmes
Francis Foliguet, Paris
Christine Fourastié
Vincent Fransioli
Anne Fraudais, Conseillère Municipale de Bougival, Militante associative, politique et syndicale
Benjamin Gaubert
Fanny Gondran, Retraitée fonction publique, Poète
Odile Grange, SGEN-CFDT
Michel Guerin Von Eickern, Libraire
Coralie Guillot
Claude Henaff-Mutzig
Jeannine Hermann
Marc Hubaut, Ingénieur conseil en informatique, Monteux (84)
Annpôl Kassis, Ecrivain, Paris, Membre de l’ARPD, Secrétaire association FDFA
Farhad Khosrokhavar, Directeur d’Etudes à l’EHESS
Hadrien Lalanne
Anne-Sophie Lamine, Professeure de sociologie, Université de Strasbourg
Jeremy Landor, Conférencier
Maud Lasseur, Enseignante agrégée, docteur en géographie
Jean-François Launay, Principal de Collège honoraire, Militant associatif, Luçon, 85
Marie-France Launay, Retraitée de l’Education nationale, Lucon, 85
Max Lejbowicz, Ingénieur d’Etudes, Paris
Michel Lemée, Doctorant EHESS
Solweig Le Moal, Chargé d’études association
Jean-Loïc Le Quellec, Directeur de Recherches au CNRS
Olivier Maes
Karim Mahmoud-Vintam, Doctorant, Paris
Camille Majerus
Michele Martin,
Christian Masson
Gilbert Meynier, Professeur d’Université
Joël Minois, Ingénieur Retraité
Nora Missaoui, Responsable associative
Jacques Monteil, Responsable associatif
Marcel Moutoucomrapoule
Laurent Mucchielli, Sociologue, Directeur de Recherches au CNRS
Jean-Christophe Muller, Pasteur
René Neveu
Thomas Osmond, Docteur en Anthropologie, Assistant Professeur Addis Ababa University
Marina Pajoni
France Parada
Jean-Louis Paul, Instituteur public, Ploër sur Rancve (22)
Antoine Pitchaya
Michel Piquet
R. Retrif
François Ribac, Compositeur
Bernadette Ripp-Hergott
Marc Rozenblum
Arnaud Sérandour, Maitre de Conférences EPHE
Alain Tailleur, Syndicaliste Renault
Philippe Terroire
Mathieu Torres, Musicien
Pierre Tournemire, Vice-Président de la Ligue de l’Enseignement
Farida Verhaege
Daniel Weinstock, Citoyen français, Professeur de Philosophie et Directeur du CREUM, Université de Montréal.
Marie-Claude Willard, Professeur retraitée, Boulogne
Négar Zoka, Réalisatrice, Paris
Jean-François Zorn, Professeur d’Histoire du Christianisme contemporain, IPT, Montpellier
[1] Je n’ai pas trouvé une version plus récente. A priori, il n’y a pas eu de changements. Mais si un internaute a des infos…, comme d’hab. je suis preneur, bien sûr.
[2] De la Révolution française à 1904, au contraire, les républicains ont souvent affirmé que la réclusion conventuelle était contraire aux dites valeurs de la République, et des lois ont été votées pour fermer les couvents.
Or de telles mesures apparaissent aujourd’hui comme intolérantes et leurs promoteurs comme « sectaires ».
Donc dans 100 ans….
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