15/05/2010
Les 3 chantages du projet de loi sur la dite "burqa"
Chers Amis,
Je deviens un vrai politique : une vrai de vrai ! La preuve, je vous promets depuis Mathusalem la suite de mon dialogue sur la croyance,… et je ne réalise pas cette promesse.
Mais, il faut dire que l’actu-burqa me poursuit de ses assiduités, et que moi-même je cours après le temps.
Là, c’est le gouvernement qui a reçu un deuxième avis négatif du Conseil d’Etat et qui persiste à vouloir faire sa loi.
Avec 3 chantages à la clef.
Premier chantage : On veut nous mettre dans la situation : ou vous êtes pour la loi, ou vous êtes pour la dite burqa.
Stupide : croyez-vous que ces M’sieurs-dames du Conseil d’Etat, qui sont on ne peut plus bon-chic, bon-genre, et tous les juristes auditionnés par la Mission Parlementaire, soient favorables au port de la « burqa » ?
Croyez-vous que la Libre-pensée, qui a été l’organisation la plus offensive contre la loi de toutes les organisations auditionnées par la Mission parlementaire soit favorable au port de la burqa ?
Le problème n’est pas la dite burqa, le problème est la défense des libertés publiques et l’extension indue de la notion d’ordre public qui, dans un pays démocratique, doit être soigneusement limité.
Comme l’indique Le Figaro (14 mai), les « Sages » du Conseil d’Etat estiment que « la restriction des libertés au nom du « Vivre ensemble » « serait sans précédent ».
Donc, on nous abreuve de grands mots : « dignité », « égalité homme-femme », etc pour esquiver le vrai débat, celui de l’Etat de droit.
Il faut le dire et le redire sur tous les tons : on n’a pas besoin d’être d’accord avec ce que disent les femmes qui portent une burqa (ou un nicab) pour être contre la loi.
Second chantage : le Conseil Constitutionnel ne pourra pas nous désavouer en pleine campagne électorale.
Les députés socialistes présentent un contre-projet impliquant une interdiction partielle. Il n’est pas fameux, mais c’est un progrès par rapport à la position de départ de beaucoup d’entre eux.
Sauf quelques uns peut-être, très populistes, ils ne devraient pas voter la loi. .. qui passera quand même, puisque la majorité est…. Majoritaire.
Oui, mais le hic, c’est que mon petit doigt (qui est toujours très bien renseigné, il a travaillé pour le KGB, la CIA, les services secrets monégasques, et Monsieur X sur France-Inter, c’est dire) m’a dit à voix basse que les socialistes ne présenteront pas un recours devant le Conseil Constitutionnel.
Ils se contenteront d’admirer les merdouilles qui surgiront lors de l’application de la loi et de dire : « on vous l’avait bien dit ! »
Et de voir si on l’applique de la même manière aux Champs Elysées et dans le XVIIIe
Donc –dixit Le Figaro (décidément, j’utilise des sources très gauchistes)- « les premiers contentieux et une éventuelle question préalable de constitutionnalité » surgiront…. « juste avant les élections présidentielles ».
Or le dit Conseil, c’est 8 sur 9 personnes de droite + Charasse, nommé par Sarko, avec qui il est pote, et qui croit que la laïcité l’oblige à ne jamais entrer dans une église. Bref, un grand libéral !
Donc, le chantage implicite est : vous n’allez pas quand même pas retoquer une loi UMP, non voté par les socialos, en plein campagne électorale ! Rappelez-vous qui vous a fait roi !
Troisième chantage : la Cour européenne des droits de l’homme et la France pays des dits droits.
Alors là, c’est le chantage le plus vicelard !
La patate chaude va arriver, une fois toutes les juridictions internes épuisées, à Strasbourg, siège de la Cour européenne.
Et là, merveilleux chantage implicite, on va mettre la Cour devant un dilemme : ou vous acceptez une loi qui porte atteinte aux libertés publiques, ou vous désavouez la France, merveilleuse patrie éternelle des droits de l’homme et vous donnez une victoire à l’islamisme radical !
(que cela soit vrai ou faux, peu importe, cela se joue au niveau des représentations sociales, sur lesquelles je vous dirai des choses vachement intéressantes, dès que cette chienne de vie me laissera la possibilité de vous faire ma fameuse Note sur les croyances)
CQFD !
Les motifs du projet de loi sont, pour certains, ahurissants. C’est un virage complet dans la conception de l’Etat de droit.
- l’ordre public ne dépend plus des 3 composantes habituelles : tranquillité, sécurité, salubrité, mais de « comportements » (ici une façon de s’habiller et non un comportement qui soit une interaction sociale) « qui iraient indirectement à l’encontre de règles essentielles du contrat social républicain qui fonde notre société »
Admirez le conditionnel et le « indirectement ». Et l’invocation de la République, alors que les défenseurs de la loi nous donne l’exemple des députés belges (qui, eux, ont refusé de consulter leur Conseil d’Etat : énhaurme !!!) et que, jusqu’à plus ample dislocation, la Belgique est une monarchie
(Précisons que le Sénat belge n’a pas encore voter la loi, et pour qu’il la vote, il faut que le pays ne disparaisse pas, ce qui n’est pas gagné : les parlementaires flamands et wallons se tapant sur la figure dés que la burqa n’est plus en jeu.)
- la burqa est interdite comme étant une « réclusion publique ». Eh oui, bien sûr, car sinon les couvents, les délicieuses carmélites, etc. On ne va pas chagriner Benoît XVI, il paraît qu’il a déjà quelques menus soucis actuellement.
- « nos concitoyens », prétend l’exposé des motifs, « y voient, s’agissant du voile intégral porté par des femmes, le revendication ostensible d’un refus de l’égalité entre les hommes et les femmes ».
Génial : d’abord qu’est-ce qui permet d’affirmer cela : existe-t-il une étude un tant soit peu scientifique qui le prouve ?
Et, même si cela était mille fois prouvé, au nom de quoi l’opinion de la majorité sur la minorité fait loi ?
Mon petit doigt m’a également dit que « nos concitoyens », au bistrot du coin, quand ils ont fini de causer sur Habermas, et de déposer leur bulletin de PMU, déclarent péremptoirement, que les députés sont « nuls de chez nul. »
Mon petit doigt prétend qu’en plus, au niveau de la Mission parlementaire, on en a une preuve manifeste :
Le 8 juillet, la Mission a démarré, bille en tête, sur la laïcité : on va faire une loi Stasi II, le retour. Etc. La lecture du compte rendu de séance est éloquente là-dessus.
Et puis, patatra, les grandes associations laïques ont dit : non, pas possible d’interdire le voile intégral au nom de la laïcité. Qu’importe, le rapporteur tronque son rapport, et l’affaire est faite.
Manque de pot, le chœur des juristes auditionnés dit la même chose. Et là, le rapport de force est quand même un peu différent.
Le grand défenseur des libertés publiques, Jacques Myard, déclare que, « sous la menace », les juristes prennent la décision que veut le politique lors de l’audition de Rémy Schwartz, et celui-ci répond (en gros) : chiche (exactement : « je doute que vous puissiez menacer le Conseil constitutionnel et la Cour européenne des droits de l’homme pour obtenir une décision favorable » (c’est page 387 du Rapport : intéressant, non ?)
Brefs les juristes leur disent tous : non surtout pas au nom de la laïcité : vous vous plantez.
Et du coup, les membres de la Mission reculent.
Moralité : Les députés de la Mission d’information ne savaient pas ce qu’est la laïcité quand ils ont commencé leurs travaux.
Bravo, bravissimo !
Mon petit doigt conclut que les députés, vu l’image déplorable qu’ils donnent de la démocratie à « nos concitoyens », vont s’autodissoudre.
Mais, rassurez-vous mon petit doigt va être, lui aussi, interdit : c’est un impertinent, qui ne respecte pas les « exigences fondamentales du « vivre-ensemble » dans la société française et donc (contrevient) à l’ordre public. »
Mon petit doigt ne salue pas les députés, chapeau bas !
Et, enfin, mon petit doigt me souffle : que fait Badinter, Robert pour les dames ?
Là, les libertés publiques ne semblent plus l’intéresser. Il se tait. Il regarde OSTENSIBLEMENT ailleurs.
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