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26/03/2010

Contre Stéphane Guillon et le relativisme intellectuel

Ce matin, je me suis levé du pied droit, ce qui est mauvais signe pour un gaucher !

Du coup, j’ai un peu la rage !

J’ai discuté ces derniers jours avec quelques amis à propos de la chronique de Stéphane Guillon sur France Inter, et  c’était un dialogue de sourds.

 

Je pense que les Internautes français ont entendu parler de ce mini incident médiatique (mais, vous allez le constater, ce qu’il révèle n’est pas mince)

Pour les autres, je précise rapidement que Guillon se veut un « humoriste » et tient sur la radio « France Inter » une chronique de 5 minutes, les 3 premiers jours de la semaine, peu avant 8 heures.

 

Il arrive quelques fois à être drôle. Le plus souvent, cependant, Guillon débite des propos faciles, et assez souvent des attaques, des allusions en dessous de la ceinture, ou portant sur le physique des gens.

 (Martine Aubry en a été victime, et ce qui m’a le plus peiné c’est que, vu la popularité du pseudo humoriste, elle s’est crue obliger de prétendre que cela l’avait faite rire).

 

Lundi dernier, Guillon jouait sur du velours : sa tête de Turc était Eric Besson, le Ministre de l’identité nationale.

Et tout y est passé : son lieu de naissance et ses origines, sa vie privée, son physique, mêlé au fait -juste mais qui n’était certes pas une idée originale !- que Besson avait remis en selle le Front National.

Je soutenais à mes amis que cette chronique était nulle et que ce n’est pas parce qu’elle s’en prenait à quelqu’un dont j’exècre la politique que cela changeait la donne.

On me répondait par la litanie « liberté d’expression, liberté d’expression,…. »

 

(L’affaire est un peu compliquée -mais tout dans la vie est compliqué !- parce que le directeur  de France-Inter Hess s’est ensuite excusé auprès du ministre, et là je ne cautionne pas davantage :

La bande à Sarko, elle, est tout à fait pour « l’excès de caricature » dans certains cas, elle ne supporte pas la caricature dans d’autres.

Et que, de toute façon, le système est vicié à la base : c’est Sarko qui nomme les présidents des radio et télé du service public, ce qui est proprement scandaleux pour un pays qui se veut démocratique)

 

Reprenons le propos :

Je rétorquais : « diriez vous « liberté d’expression, liberté d’expression » devant des propos sexistes ou racistes ? »

Et là, on me répondait : « pas de relativisme culturel, pas de relativisme culturel. »

Cela m’a mit un peu en rogne.

Oui je sais, cela vous étonne beaucoup car vous me savez le plus charmant des hommes.

Mais c’est ainsi : je devais être levé du pied droit ce jour là, également !

Et comme, malheureusement, le temps était court, et qu’on en était aux stéréotypes, j’ai mis fin à la discussion en déclarant : « Fleury-Michon »

Fleury-Michon, vous savez c’est cette pub. où un personnage prétend : « Nous n’avons pas les mêmes valeurs ».

 

Quand je vous disais que l’affaire est compliquée : ce matin sur France-Inter, François Morel (comédien et humoriste, qui à la même chronique que Guillon le vendredi, et là c'est beaucoup plus fort, moyennant quoi, on en cause moins ensuite!)

Morel, donc, a indirectement défendu Guillon, avec talent, et cela m’a fait rire.

Guillon avait stigmatisé « les yeux de taupe » de Besson, il l’avait comparé à une fouine.

Morel a défendu vigoureusement ces deux animaux, injustement attaqués car ils n’ont rien fait qui soit susceptible de les comparer à l’action d’Eric Besson.

 

Première Morale de l’histoire :

1-on ne peut certes pas s’abstraire du contenu et tolérer n’importe quel contenu, sous prétexte que la personne attaquée agit de façon non estimable

 

2-surtout que le contenu n’est pas seul en cause : il y a la forme qui informe le contenu. Et par forme, j’entends quelque chose de complexe (encore !) où le talent est à prendre en compte.

(Le talent, la finesse, la malice un tantinet subtile, qui peut être méchante pourvu qu’elle soit bien envoyée, qu’elle vise juste et que ce ne soit pas du n’importe quoi, quand il s’agit d'un propos d’humoriste ou de pamphlétaire ;

La vigueur et la rigueur de pensée, le niveau argumentatif, la cohérence interne, quand il s’agit d’un discours sérieux.

Et dans tous les cas l’originalité, l’inventivité du propos)

 

3-le tout doit être corrélé au cadre dans lequel on parle (écrit, dessine, etc) :

il n’y a naturellement pas à avoir la même exigence pour des brèves de comptoir, des propos de table, et pour ce qui a beaucoup d’influence sociale, modelant les manières de penser, procure beaucoup d’argent et de notoriété à son auteur (ce qui est le cas avec Guillon).

 

Je voudrais revenir sur ce dernier point : faire dans la provoc facile, dire des trucs qui font jaser, induit des réactions outrées (là encore à géométrie variable : je ne prends pas partie contre les uns et pour les autres, j’examine)

Tout cela permet de faire parler de soi, d’acquérir notoriété médiatique… et finance.

 

Encore faut-il que sa provoc soit dans le sens du poil :

Guillon a attaqué Martine Aubry sur son physique, non pas maintenant, quand elle et ses amis ont gagné les élections régionales, mais quand le PS était au trente sixième dessous, quand tout le monde le brocardait.

En résumé : tenir des propos dégueu en hurlant avec les loups, ça peut rapporter gros.

 

Le personnage de Guillon (et ses semblables, il y en a plusieurs qui prospèrent ainsi dans notre belle République) possède un double aspect

Double aspect qui peut être symbolisé par les figures de Panurge et d’Erostrate.

Cette double figure, un sociologue belge, Claude Javeau, en parle fort bien dans un ouvrage intitulé Les paradoxes de la postmodernité (PUF, 2007)

 

Célèbre personnage de Rabelais, Panurge réussit à faire sauter par-dessus bord tous les moutons rassemblés dans un navire.

Panurge n’est pas un mouton, mais Panurge construit « le panurgisme », c'est-à-dire le comportement conformiste, suiviste, mimétique, quasi pavlovien.

Panurge méprise profondément les moutons qu’il manipule, qu’il conduit à se noyer dans la mer de l’insignifiance.

Mais le Panurge de Rabelais ne récoltait pas plein de blé pour sa construction de comportements stéréotypés. Guillon si.

Car telle est la société actuelle qu’elle célèbre les Panurge, les porte au pinacle.

C’est sans doute ce qu’on appelle « le progrès »

Ce que Condorcet croyait être la « perfectibilité » de l’homme

 

 

Citoyen d’Ephèse, au IV siècle avant notre ère, Erostrate incendia le temple d’Artémis pour voir passer son nom à la postérité.

Pour cela, il fut condamné à être brûlé vif et il fut interdit à jamais de mentionner son nom.

Manque de bol : on le trouve dans les dictionnaires ; il serait resté inconnu sans son crime.

Mais il a quand même payé sa célébrité d’un prix fort : sa vie.

Guillon ne sera pas brûlé vif, et (je l’espère !) son nom ne figurera pas dans les dictionnaires dans un siècle ou deux.

Mais il en a que faire, puisque ses bêtises lui procurent une célébrité immédiate.

Et que, contrairement à ce qui s’est passé avec Erostrate, beaucoup sont béats et téléchargent ses propos comme des malades

Et bien sûr c’est cela qui lui importe

Et il se dupe lui-même en se croyant un véritable humoriste.

 

Alors, il faut RESISTER et aux Panurge et aux Erostrate.

On peut rire de tout, si le rire est « intelligent ».

Ah « intelligent », voilà un gros mot lâché.

Les gens supportent mal que ce soit, pour vous, un critère de jugement.

Il vous accuse facilement d’être « méprisant ».

 

Moyennant quoi les Panurge et les Erostrate prospèrent

Alors, sachons que LE RELATIVISME INTELLECTUEL EST AUSSI GRAVE QUE LE RELATIVISME CULTUREL.

Que si Charlie Hebdo prétendait : « C’est dur d’être aimé par des cons » sans que l’on prétende qu’il soit « méprisant, on a encore beaucoup plus de raison d’affirmer : « C’est archi dur de vivre avec des cons…qui prospèrent et sont applaudis par les crédules»

 

Je vous l’avais dit : aujourd’hui, j’ai la rage.