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08/06/2009

OBAMA. LA DEBACLE, une CHANCE pour le PS ?

Deux brèves réactions à deux événements d’actualité.

 

D’abord j’étais à un important colloque international sur « Modes of Secularism » à Vienne quand Obama a prononcé son discours au Caire.

« Secularism » c’est ainsi que les documents internationaux traduisent « laïcité », et j’ai indiqué la relation étroite entre les 2 termes dans mon « Que sais-je ? » sur Les laïcités dans le monde.

Quand on me déclare "M'enfin le secularism n'est pas la laïcité française." Je réponds: "effectivement, dans la définition du secularism, il y a la séparation, mais pas le Concordat en Alsace-Moselle!"... et on pourrait continuer la liste, bien sûr/

Le Monde m’a contacté pour que je réagisse sur les propos d'Obama concernant le voile. Mais comme je ne savais pas ce qu’il avait dit exactement, j’ai préféré m’abstenir de répondre.

Maintenant, de retour, je peux rapidement indiquer deux impensés français :

 

D’abord, une fois encore, j’ai pu me rendre compte, à Vienne, que la vision de la France, très majoritairement partagée par des spécialistes internationaux (sociologues, philosophes, politologues, anthropologues, etc) du "secularism", était celle d’une laïcité sectaire, perçue à travers notamment la loi du 15 mars 2004.

La façon dont cette loi a terni la réputation internationale de la France est un des impensés de notre pays : on ne veut pas le savoir !

Et de façon plus générale, le récit laïco-jacobin dominant ne passe pas. Certains savent bien que cela ne correspond pas à la réalité empirique. D'autres s'y laissent un peu prendre.

 

Un des orateurs du colloque s’est demandé si la France ne confondait pas les fins du secularism/laicity (liberté de conscience et égalité des citoyens) et les moyens (séparation, neutralité de l’Etat), prenant ces moyens pour des fins.

C’est une très bonne question.

 

Ensuite, revenu en France, j’ai lu que certains trouvaient que le discours d’Obama comportait trop de références religieuses pour les oreilles laïques françaises.

Le discours d’Obama doit être compris comme la poursuite d’un élargissement de la religion civile américaine, d’un « Judeo-Christian secularism » (selon l’expression d’Elizabeth Sharkman Hurd[1]) à une religion civile plus inclusive.

Cela dans le cadre d'une stratégie internationale, tournant le dos à celle de G-W. Bush.

 

La cérémonie d’investiture d’Obama allait déjà dans ce sens.

Y participaient notamment, a côté d’un pasteur évangélique, d’un évêque épiscopalien gay, d’une femme pasteur, et de quelques autres personnalités religieuses, Ingrid Mattson, présidente de «The Islamic Society of North America », qui a prononcé une prière.

La religion civile américaine n’est certes pas ma cup of tea, loin s’en faut. Mais c’est dans cette logique d’élargissement et cette stratégie que l’on doit analyser la politique religieuse d’Obama.

 

 

Et surtout, cela m’a fait sourire, de lire que le discours du Caire pouvait être choquant pour des oreilles habituées à la laïcité française, cela juste après la messe dite cérémonie oecuménico-politico-machin chose de Notre Dame. Y participaient Sarko, Bayrou, Martine Aubry, etc.

On se trouvait en pleine religion civile catho-républicaine!

(avec la Fédération Protestante, acceptant d'être prise en otage. Au moins juifs et musulmans ont fait leur cérémonie à part, et sans le zinzin politique officiel)

Certains Français sont vraiment impayables dans leur aveuglement pour ce qui les concerne !

 

Enfin, si voir la laïcité française uniquement à travers la loi de 2004 est réducteur, c'est la réponse du berger à la bergère, car, les Français aussi voient souvent la situation de pays étrangers à travers des stéréotypes (parfois encore plus) réducteurs.

Témoin le pseudo "communautarisme anglo-saxon" à l'existence duquel des super naïfs croient avec une crédulité qui serait désarmante si elle n'était pas très bête et méchante.

 

 

 Autre événement : les résultats des élections européennes. La débacle du PS est, pour lui, l’occasion de la dernière chance.

Il aurait fait 19 ou 20%, il aurait pu croire avoir sauvé les meubles,  à plus de 20% être à peu près sur la bonne voie rénovante. A 16,5%, il est obligé d’affronter lucidement la situation.

S’il ne veut pas suivre la même voie que le PCF ces dernières décennies : devenir un parti de gestionnaires locaux, sans possibilité d’ambition nationale, il faut qu’il cesse de croire suffisant quelques réformes internes.

Il  lui faut arrêter d’être dans des discours stéréotypés et répétitifs.

Même le PC d’ailleurs change, témoin la nouveauté du Front de gauche.

 

Pour ce qui concerne les sujets qui préoccupent ce Blog, il faut que le PS examine soigneusement pourquoi, quand Jospin était 1er Ministre, il a réussi la parité mais complètement raté la lutte contre les discriminations et pour la diversité.

Quels sont ses blocages culturels et idéologiques;

Quelles sont les raisons de son inintelligence profonde à ce sujet.

L'échec d'Harlem Désir à Paris est ,à ce niveau, très significatif.

En quoi le mollètisme (de Guy Mollet, marxiste et colonialiste ; grand responsable de la guerre d’Algérie) habite toujours le PS d’une certaine manière.

Et quelle révolution il doit effectuer, quant à son outillage mental, pour devenir un parti socialiste du XXIe siècle…. Et non du XIXe !

 

La bonne nouvelle, c’est que ce soit Europe écologie et non le Modem qui le talonne. Les combines à la mords-moi-le-nœud qu’Hollande nous mijotait sont heureusement à l’eau.

Que des gens du Modem puissent constituer une force d’appoint en 2010, dans certaines régions, soit.

Mais, heureusement, la posture moraliste à la Bayrou, l’imprécation littéraire, a montré ses limites, et aussi la mauvaise foi qu’elle pouvait avoir.

Car diaboliser Sarko en s’alliant avec Villepin, faut quand même le faire. Sans parler des ses attaques contre Daniel Cohn Bendit.

 

L’écologie politique n’a pas toujours trouvé les bonnes réponses -personne ne les a- mais au moins elle affronte les problèmes du XXIe siècle.

Il lui faut maintenant transformer l’essai. Et que les Verts ne retournent pas à leurs sempiternelles querelles internes.

Il y a encore beaucoup de travail à faire pour relier écologie-économie-culture. Du moins la campagne d’Europe écologie a déjà montré un véritable élargissement de la perspective habituelle. Il ne fait pas s’arrêter en si bon chemin

Quant au PS, ou il va enfin comprendre certaines choses, ou …, même si une hirondelle ne fait pas (encore) le printemps, Europe-écologie peut devenir la grande formation de gauche qui corresponde aux problèmes d’aujourd’hui.

 

 



[1] The Politics of Secularism in International Relations, Princeton University Press, 2008. A noter qu’elle analyse l’opposition à l’entrée de la Turquie dans l’UE comme une autre manifestation de ce « Judeo-Christian Secularism”

13:08 Publié dans ACTUALITE | Lien permanent | Commentaires (5)