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24/10/2005

25000 VISITES

Quatre nouvelles importantes pour les amis et les amies du blog.

Le roman. Les 25000 visites. Le 6ème impensé. La Déclaration sur la laïcité.

Première critique du roman : quand on publie un livre qui n’est pas lancé comme une marque de savon ou un détergent, quand on ne fait pas partie du réseau de la gauche ou la droite/caviar, on attend avec impatience, des critiques de votre « œuvre »  (votre chef d’œuvre !!!) dans les médias, car pas de médias et vite le livre part aux oubliettes : il y a tellement de publications ... Si les critiques arrivent au bout de 3 mois, il y a fort à parier que le bouquin est devenu difficile à trouver en librairie.

Bon,  cela c’est le schéma général. Il y a quelques exceptions. Ainsi, comme Laïcité 1905-2005 entre passion et raison s’est bien vendu et qu’il y a la dynamique du centenaire de 1905, on le trouve toujours assez facilement, en tout cas dans certaines librairies parisiennes et de province, malgré le grand nombre de livres sur le sujet. Donc si vous ne l’avez pas encore acheté, réparez vite cet impardonnable oubli (THE big péché contre la laïcité !).

Mais un roman, c’est un autre rayon dans les librairies, et là on ignore le centenaire. D’où l’importance de la critique. Plusieurs sont prévues, mais certains attendent la date anniversaire, ce qui fera bien tard. Donc je me réjouis sans vergogne que Le Figaro Littéraire ait ‘tiré’ le premier et, moins d’une semaine après la sortie de Emile Combes et la princesse carmélite, improbable amour (Aube), ait consacré à « mon » roman un substantiel et élogieux compte rendu, qui, j’espère, va faire école.

Cet article, écrit par la critique Astrid de Larminat,  commence par poser la question : « Qui sait que le ‘petit père Combes’, strict dans ses mœurs aussi bien que dans ses convictions républicaines, a séduit sans le vouloir une jeune princesse carmélite alors qu’il avait près de 70 ans ? ». Elle raconte alors le contexte politique (la lutte contre les congrégations) et les début de « l’idylle » qui « gagnera au fil des mois en profondeur et en intensité ».

Ensuite, elle explique en gros qui je suis et le fait que j’ai écrit ce roman, « cette charmante liaison » à partir d’archives et continue ainsi : « Baubérot campe une période charnière de la République, celle qui prélude à la séparation des Eglises et de l’Etat , quand radicaux et socialistes aspiraient à une époque « où la libre pensée, appuyée sur la doctrine de la raison, pourra suffire à conduire les hommes dans la pratique de la vie » selon les propres termes  de Combes, qui n’était pas un positiviste obtus loin de là. Il se définissait même comme un philosophe spiritualiste. Baubérot cite, malicieux, ses recommandations sur l’attitude à adopter vis-à-vis de l’islam dans les colonies. A découvrir… »

Enfin, A. de Larminat ajoute : « Roman historique précis, nuancé, parsemé d’anecdotes et de propos véridiques –on découvre les positions de Jaurès et de Clemenceau sur ces questions- mais aussi roman discrètement engagé, ce récit des luttes intraitables menées contre le catholicisme, considérées à l’époque comme nécessaires pour défendre la république et la liberté, nous amène bien entendu à méditer sur la place des religions dans la France contemporaine. N’est-ce pas le moins que l’on puisse faire en cette année du centenaire de la loi de 1905 ».

Si après cela, vous n’avez pas envie de lire le livre, c’est vraiment à désespérer des valeurs de la République… Et l’ayant lu, faites votre propre commentaire sur le blog.

Le Blog a 10 mois…et a déjà reçu 25000 visites. Créé fin décembre 2004,  le blog a eu un peu plus de 1000 visites par mois jusqu’à fin mars, à approché les 2000 visites mensuelles en avril et mai, dépassé les 4000 en juin, maintenu le cap pendant les ‘vacances’ avec plus de 5000 visites en juillet-août (il est vrai que chacun de ces mois avait 31 jours !), établi son record en septembre avec 4363 visites, et continué sur sa lancée en octobre : 3686 visites pour les 23 premiers jours du mois, ce qui signifie que le record de septembre a toutes les chances d’être égalé et même battu (il suffit qu’il y ait 100 visites par jour, contre une moyenne de 150 jusqu’alors).

Je m’en réjouis d’autant plus que la création du blog avait reçu un accueil divers parmi mes collègues, profs du supérieurs. Certains ont trouvé qu’il s’agissait d’une très bonne idée, d’autres se montraient plus réticents devant cette porte ouverte hors de l’univers scientifico-universitaire. Moi-même, j’ai commencé par diffuser des textes de fond assez ‘académiques’ (que l’on peut toujours consulter en naviguant sur le blog), et je crois me mettre peu à peu dans l’ambiance plus décontractée et perso des blogs, tout en gardant son ambition de diffuser des choses sérieuses.

Qu’en pensez-vous ? Souhaitez-vous une évolution du blog après la date fatidique des 9-11 décembre  (les jours centenaires de la loi de séparation) ? Laquelle ? Toutes les idées réalisables par un non-doué de l’informatique seront les bienvenues…

En tout cas, merci à toutes celles, tous ceux qui apprécient ce blog, continuez à le faire connaître, parlez en à vos ami(e)s.

Sixième impensé : la laïcité de 1905 se préoccupait déjà de tenues ostensibles mais avait donné une autre réponse à la question. Bien sûr, ce n’est pas « neutre » de ressortir cet aspect bien ignoré de l’élaboration de la loi. Il n’empêche, il est plus ‘objectif’ de l’indiquer que de le cacher. Bien sûr, la situation n’est pas la même qu’aujourd’hui. Bien sûr, c’était la rue et maintenant c’est l’école. Bien sûr, il ne faut pas se servir du passé comme un argument péremptoire d’autorité. OK. Mais quand même, lisez ce 6ème impensé et vous allez être frappé je pense (comme je l’ai été moi-même) par la similitude de certains arguments. Mais je ne vous en dis pas plus, sinon : « bonne lecture ».

La Déclaration internationale sur la laïcité. Vous la trouverez  en cliquant sur la catégorie « Monde et laïcité ». Je rappelle qu’elle est destinée à être signée, d’abord  les universitaires (au sens large), ensuite par les responsables associatifs (également dans un sens large), enfin par tous les êtres humains (ces animaux bizarres qui ne marchent pas à quatre pattes, vous avez du déjà en entendre parler)  . Je suis prêt à parier ma chemise que vous entrez au moins dans une des 3 catégories ! Signez en envoyant un mel à declarationlaicite@hotmail.fr en indiquant vos nom et prénom, votre nationalité,  votre institution ou association de rattachement (même si vous ne l’engagez nullement en signant, c’est juste pour vous situer).

Aller, bisous aux dames et cordiale poignée de main...à ceux qui n'ont pas cette chance!


 

 

 

 
 

 

 
 

09:00 Publié dans ACCUEIL | Lien permanent | Commentaires (1)

1905 ET LES TENUES OSTENSIBLES

 

SIXIEME IMPENSE  DU CENTENAIRE DE LA SEPARATION :

 

Savez-vous que, dans les débats parlementaires de la loi de séparation, s’est posé le problème de ce que l’on appelle aujourd’hui « les tenues religieuses ostensibles » ? Sans doute non, car on se garde bien de l’indiquer. Pourtant, le 26 juin 1905, l’Assemblée Nationale a discuté d’un problème de nouveau d’actualité, celui de la « tenue religieuse », ou plus exactement du  « costume ecclésiastique.

 

Je ne vais pas faire l’inverse de ce que je reproche à la commémoration dominante, c'est-à-dire que j e vais pas ‘plaquer’ sur 2004-2005 ce qui c’est fait alors, en disant c’est pareil et en faisant de l’attitude adoptée alors la norme obligatoire pour l’attitude à adopter aujourd’hui. Mais quand même, entre le rien et le tout, il y a la connaissance. Il me semble important de savoir comment les laïques de 1905, dont on magnifie d’autant plus facilement la loi que l’on garde secret  beaucoup d’aspects de son élaboration, ont abordé, lors de la rédaction de la loi, le problème des tenues religieuses.

 

Je vais donc me borner à vous donner les principaux points du débat parlementaire sur la question. Libre à chacune et à chacun de faire ou non des rapprochements avec l’actualité. Le but de ce blog est de favoriser le débat et non de prôner une orthodoxie quelconque, fut-elle non-conformiste. Vous pouvez d’ailleurs estimer qu’il a de l’analogie entre le problème de la tenue religieuse tel qu’il s’est posé en 1905 et celui des signes et tenues religieuses tel qu’il est posé aujourd’hui (analogie = ressemblances et différences). Pour ma part, position personnelle, je pense que l’analogie est forte. A vous de juger.

 

Le 26 juin 1905 s’engage donc le débat sur le « costume ecclésiastique » suite à un amendement de Charles Chabert, député radical-socialiste de la Drome, ainsi conçu :

« Les ministres des différents cultes ne pourront porter un costume ecclésiastique que pendant l’exercice de leurs fonctions ».

 

Une remarque immédiate s’impose : l’amendement à une portée générale mais en fait c’est une seule religion qui est visée : le catholicisme. Et de fait les débats vont se focaliser sur le port de la soutane. C’est cet habit qui est visé (rappelons aux ami(e)s du blog qui ne le sauraient pas que la soutane est une grande et ample robe noire que les prêtres catholiques portaient alors sur leurs vêtements habituels. Cette robe noire les faisaient d’ailleurs traiter de « corbeaux » par les anticléricaux. Après Vatican II, la plupart des prêtres ont abandonné la soutane ; on ne voit plus guère aujourd’hui en soutane que des prêtres traditionalistes ou intégristes.

 

Seconde remarque : il y avait déjà eu un mouvement de maires (70 à 75 selon les débats de la Chambre) qui avaient tenté d’interdire le port de la soutane dans leur commune. Mais l’arrêté de l’un d’eux avait été cassé au motif qu’il comportait « des appréciations complètement en dehors du droit conféré aux maires » et donc se trouvait entaché « d’excès de pouvoir ». L’affaire n’avait donc pas été tranchée quant au fond. La soutane étant une robe, elle était accusée de contrevenir à la « dignité masculine » et, de plus, de permettre une attitude hypocrite : encore dans les années 1950 un ouvrage à succès s’intitulait : La soutane devant l’amour.

 

Voyons maintenant les principaux arguments développés par Chabert :

 

-         la soutane n’est pas une obligation pour les ecclésiastiques : jusqu’au VIe siècle ceux-ci s’habillaient comme tout le monde et actuellement (=1905) en Suisse, en Angleterre, en Amérique les prêtres ne la portent pas ce qui n’empêche pas la religion catholique de s’exercer librement.

 

-         la soutane est donc une tenue plus cléricale que religieuse : d’ailleurs la Révolution l’avait interdite et la loi qui avait ratifiée le Concordat en avait limité le port. Ce n’est que par excès de tolérance que cette limitation est tombée en désuétude : de napoléon à la monarchie de Juillet, on préférait « l’habit à la française » au « costume ecclésiastique romain ». Le port généralisé de la soutane est lié à la montée de l’ultramontanisme. Commentaire : il faut savoir que ce terme d’ultramontanisme signifie au XIXe siècle, un catholicisme étranger, intolérant, fanatique, obscurantisme, à l’opposé du bon catholicisme « gallican », à la française, bien de chez nous.

 

 

-         la soutane est « une prédication vivante, un acte permanent de prosélytisme ». C’est « une manifestation confessionnelle » permanente dans l’espace public. A ce titre elle porte atteinte à l’ordre public car elle induit des « manifestations diverses » soit « de sentiments religieux parfois même fanatiques » soit de « sentiments absolument contraires ».  Elle porte à faire croire que les prêtre sont « autre chose et plus que des hommes ». C’est pourquoi interdire le port de la soutane en dehors des lieux de culte  loin d’être une manifestation d’intolérance, est « une œuvre de paix, d’union, d’honnêteté, de logique, d’humanité ».

 

-         la soutane rend le prêtre « prisonnier », « prisonnier de sa longue formation cléricale, prisonnier de son milieu étroit, prisonnier de sa propre ignorance ». La « soutane modifie la marche de celui qui la porte, son allure, son attitude et par suite son état d’âme et sa pensée ».

 

 

-         la soutane est un signe de soumission « d’obéissance (…) directement opposée à la dignité humaine ». Pourquoi « les évêques tiennent si fort à ce que leurs prêtres portent la soutane » ? Pour 2 raisons. D’abord « afin que les prêtres ne puissent échapper à la surveillance de leurs supérieurs » ; ensuite « afin de maintenir comme une barrière infranchissable entre eux et la société laïque ». Sans soutane, le prêtre « échappe à son supérieur, s’évade de cette tyrannie monstrueuse de tous les instants. »

 

-         il faut donc interdire la soutane, si on est « soucieux de la liberté et de la dignité humaines ». Si  vous « ôtez sa robe » au prêtre, vous lui permettrez de « respirer, lever la tête, causer avec n’importe qui  (…). C’est ainsi que vous lui ferez faire un pas immense, que vous libérerez son cerveau ». En « l’habillant comme tous le monde » faisons de « cet adversaire de la société moderne, un partisan de nos idées, un serviteur du progrès. De ce serf, de cet esclave, faisons un homme ».

 

-         les prêtres eux-mêmes attendent de l’Etat républicain qu’il les libère de la soutane : « j’ai reçu, affirme Chabert, des confidences intimes » et s’il y a des prêtres qui ne veulent pas quitter leur habit, « un plus grand nombre d’entre eux –et ce sont les plus intelligents, les plus instruits- ATTENDENT AVEC ANXIETE CETTE LOI QUI LES RENDRA LIBRES ». Chabert ajoute qu’il pourrait citer des noms (et même des noms d’évêques). Bref, des « prêtres parmi les plus honorables et les plus convaincus (…) qui se consoleront de voir votée la loi de séparation, si en même temps vous supprimez la robe sous laquelle ils se sentent mal à l’aise ».

 

A différentes reprises, Chabert est  applaudi « sur divers bancs à gauche et à l’extrême gauche » tandis qu’il y a des « exclamations et bruit à droite ».

 

A cette interprétation de la tenue religieuse comme habit de soumission et de ce devoir de l’Etat républicain et laïque d’émanciper, par la loi, les prêtres de la soutane, Briand répond que c’est à la suite « d’une délibération mûrement réfléchie » que la Commission a estimer que ce serait encourir les reproches « d’intolérance » et même de « ridicule » (« applaudissements et rires au centre et à droite ») «que de vouloir, par une loi qui va « instaurer dans le pays un régime de liberté » d’imposer aux prêtre « l’obligation de modifier la coupe de leurs vêtements ». Et il poursuit : « Votre commission, messieurs, a pensé qu’en régime de séparation la question du costume ecclésiastique ne pouvait se poser. CE COSTUME N’EXISTE PLUS POUR  NOUS AVEC SON CARACTERE OFFICIEL. (…) LA SOUTANE DEVIENT, DES LE LENDEMAIN DE LA SEPARATION, UN VETEMENT COMME LES AUTRES, ACCESSIBLE A TOUS LES CITOYENS, PRETRES OU NON ».

 

Résultat des courses : l’amendement Chabert est repoussé par 391 voix contre 184.

 

Prochainement sur le blog : le septième impensé : La Séparation républicaine n’est pas celle de l’Empire (colonial)

En attendant, deux livres récents fort intéressants sur d’anciennes colonies devenues DOM :

-         Prosper Eve, La laïcité en terre réunionnaise, origine et originalité. Océan éditions, 2005.

-         Philippe Delisle : L’anticléricalisme dans la Caraïbe francophone, Un « article importé » ?, Karthala, 2005.