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19/08/2010

Les dits "souchiens" et la France aux mille visages

Sarkozy a de la suite dans les idées : il  a été un admirateur de Bush junior, du temps où celui-ci était président, et il est en train de faire en sorte que son quinquennat soit aussi calamiteux pour le France que celui de son homologue l’a été pour les USA !

Mais point n’est besoin, pour le Blog, de s’appesantir sur le sujet, beaucoup de medias, nombre de personnalités politiques, même à droite le signalent.

C’est qu’en plus d’être éthiquement très dangereux, son positionnement est assez suicidaire politiquement pour son camp : l’électorat centriste est dérouté, voire dégoutté, et comme, par rapport au discours inflationniste les résultats obtenus seront forcément « décevants », le Front National jubile.

C’est d’ailleurs, ce qu’il y a de moins compréhensible dans cette affaire : ne pas avoir compris que la manière dont le débat sur l’identité nationale a été conduit et le ‘bon’ score du FN aux régionales étaient liés.

Ou alors, il faut, pour en être réduit à de telles extrémités, que le péril dans la demeure soit encore plus grave qu’on ne le suppose, et qu’aussi bien la campagne électorale de Balladur de 1995 que celle de 2007 cachent des secrets encore plus lourds que ceux révélés par Médiapart et quelques autres.

 

Mais plus encore que les événements actuels, c’est leur sous-sol qui m’intéresse. Car des Pays-Bas à l’Italie, pour s’en tenir à l’Europe occidental, sourde cette inquiétude de ceux que Gigi 3 appelle les « Souchiens ».

Empiriquement, les dits souchiens n’existent pas, mais symboliquement ils sont en train de se construire comme catégorie socio-culturelle dans nombre de pays.

Et je pense qu’il faut dépasser la réaction morale, qui rend leurs propos détestables, pour les écouter, les comprendre, et pouvoir leur parler, même si ce n’est vraiment pas facile.

Il faut aussi dépasser cette réaction morale pour ne pas laisser une catégorie de la population au bord de la route, l’abandonnant aux sirènes fallacieuses de toutes sortes.

 

Cette écoute est un peu moins difficile d’une part quand on est sociologue, et donc habitué à retenir ses jugements de valeur dans l’exercice de son métier, ensuite quand il s’agit de personnes d’un autre pays, et donc que l’on est moins directement impliqué, même si les problèmes sont très semblables.

C’est pourquoi je souhaiterais que les personnes qui seraient étonnées, scandalisées ou intéressées par mes propos, lisent le chapitre que j’ai consacré, dans mon ouvrage Une laïcité interculturelle. Le Québec avenir de la France (L’Aube, 2008), aux habitants d’Hérouville.

(« Hérouville : discours « anti », identité rebelle », c’est pages 57-78 du dit livre ; en 20 pages on peut aussi davantage décrypter les choses).

Hérouville, avec son refus des « accommodements raisonnables », est l’exemple type de « souchiens ».

Mais on retrouve une mentalité analogue ailleurs.

 

Pour nous en tenir à la France, celle-ci a vécu, en un demi siècle un changement considérable. Les manuels scolaires de géographie de la fin des années 1950 la décrivent encore comme le second empire colonial du monde, après le Royaume Uni. Et les mappemondes mettent en violet tous les territoires « français ».

D’autre part, dés l’école primaire, on enseignait que les « blancs » habitent en Europe, les « jaunes » en Asie, les « noirs » en Afrique… noire, etc

(entre parenthèse les dits manuels qualifient de « blancs » tous les habitants de l’Afrique du Nord, les subdivisant ensuite entre « Européens » et « musulmans »)

 

Cinquante ans après, ces deux certitudes se sont effondrées : la France est devenue un pays de 550000 Km2 et une nation qui n’est plus que « blanche » et doit consentir à des « abandon de souveraineté », dans le cadre d’une Union européenne aux contours flous et au fonctionnement peu démocratique, pour pouvoir continuer à exister dans un « monde globalisé ».

Monde où les nouvelles puissances s’appellent Brésil, Chine, Inde, etc

 

Croire que des mutations aussi importantes, dans un laps de temps historiquement aussi court, peuvent s’accomplir sans un profond désarroi d’une partie de la population serait faire preuve de naïveté.

Le raidissement actuel face à la « diversité » (mot, nous allons en reparler bientôt dont l’usage est très ambiguë) me fait penser à la panique qui a saisi les bons Républicains à la fin du XIXe siècle et au début du XXe, quand les femmes ont commencé à investir quelques lieux d’autorité, sinon de pouvoir.

C’est pourquoi je vous propose, pour la rentrée une série de Notes sur le dit problème des dits « souchiens ».

 

PS : Parmi les commentaires de la Note du 11 août, celui signé « Belles de Jour » me demande, mi sérieusement mi avec humour, de préciser « la manière dont (je) considère les femmes ». Patience, ce sera fait !