19/01/2010
Allo Grand-mère, y’a plus de religion !
Ma grand-mère, sainte femme née à la fin du XIXe siècle, et solide campagnarde d’un village du Nord du Limousin, avait coutume de dire, quand quelque chose la choquait : « Y’a plus d’religion ! »
Il faut dire que notre belle campagne, lors des Trente Glorieuses, a vu venir de plus en plus, chaque été, des estrangers, habitants d’une lointaine contrée, d’au-delà du fleuve (La Loire), qu’elle désignait, avec un air méprisant comme : « Les Parisiens ».
Ces migrants (temporaires) piétinaient allègrement toutes nos valeurs, les belles valeurs qui, des siècles durant, avaient façonné la vie du village, forgé une mentalité aussi robuste que le granit.
Gamin, j’avais droit à de merveilleux œufs pondus du jour, que je gobais à même la coquille.
Quand les œufs devenaient un peu vieux, ils ne fallait plus des manger :
ils étaient alors « bons pour les Parisiens » !
Ma grand-mère, qui avait les idées très larges, admettait que les femmes se baignent dans des maillots qui laissaient voir leurs épaules et leurs cuisses.
Mais, comme il y a quand même des limites au laxisme, elle faisait la guerre à mes sœurs qui prétendaient, les coquines, se baigner en bikini, sous l’influence nocive de ces fichus Parisiens.
Pour ma grand-mère un maillot deux pièces soulignait le fait que les femmes (même les bonnes chrétiennes, paraît-il) ont des seins.
Et quand une pièce de tissus spéciale soulignait l’existence d’une poitrine, c’était que « y’a plus d’religion, ma brave dame. »
J’ai repensé dernièrement à ma grand-mère et, comme on n’arrête pas le progrès, je lui ai téléphoné via Internet, au Paradis, où elle se trouve depuis longtemps.
« Allo, grand-mère, lui ai-je dit. Cette fois c’est arrivé : effectivement, en l’an 2010, y’a plus d’religion du tout. »
« Comment ça, me répond-elle. C’est impossible. »
Car même si elle déplorait périodiquement que la religion dépérisse, ma grand-mère a toujours été intimement convaincue que la religion était éternelle.
Qu’elle nous enterrerait tous
Alors je lui ai expliqué.
Les clochers, ce n’est pas religieux, c’est patrimonial. C’est un député UMP qui vient de me l’apprendre
Les crucifix dans les écoles italiennes, c’est patrimonial itou.
Et je suis allé, il y a quelques semaines, du Québec, où des Maires m’ont soutenu que la prière au début des séances du Conseil municipal, cela n’avait rien, mais alors vraiment rien de religieux.
Patrimoine vous dis-je, patrimoine, comme Diafoirus, immortalisé par Molière, affirmait : « Le poumon ! »
EN REVANCHE
Porter un foulard, ce n’est pas religieux, c’est politique peuchère !
Et les Suisse nous l’ont clairement fait comprendre : les minarets, ce n’est pas religieux, c’est politique itou.
Et en France, dernièrement, v’la t’y pas que le tribunal administratif de Bordeaux aurait dit, com’ça, qu’le caté(chisme), cela n’a rien de religieux !
Alors là, ma grand-mère, elle a été stupéfaite. Elle était venue une fois à Paris dans ces vieux jours (y’pasd’raison que les Parisiens viennent envahir le Limousin, et que les Limousins n’aillent pas à Paris !)
Elle avait vu le beau minaret de 35 mètres, de la Grande Mosquée de Paris et dans sa candeur paysannière, elle avait cru que c’était religieux.
Aussi religieux que Notre-Dame et ses deux tours !
« C’est ben triste tout ça » constate-t-elle.
Peut-être, répliquais-je, mais réjouis toi grand-mère, cela facilite quand même beaucoup les choses :
Si tout est soit patrimoine, soit politique, alors on ne va pas continuer à s’em..der à devoir respecter la laïcité et une de ses libertés fondamentales, la liberté de conscience, la liberté de religion !
Aux oubliettes, l’Article 18 de la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme
Aux chiottes, l’Article 9 de la Convention européenne des Droits de l’homme et des Libertés fondamentales,
A la poubelle, l’Article 1 et 2 de la loi (française) de séparation des Eglises et de l’Etat
Désormais, ce sera extrêmement simple
On fera un tri écologique, dans ce qui était jusqu’alors considéré comme religieux.
Si c’est du religieux bien d’chez nous, alors c’est du patrimoine et on peut y mettre plein de fric, le valoriser à tout va, voire le réintroduire dans la sphère publique.
Si c’est du religieux qui sent l’ailleurs, ça ne serait pas politique, des fois ? Si, bien sûr.
Aller ouste, du balai…
Il y a eu comme un silence
J’entendais ma grand-mère réfléchir
Fouiner dans son bon sens granitique
Et tout à coup elle a repris la conversation et m’a demandé :
« Dis, mon p’tit Jean, mais, au moins, existe-t-il encore de la démocratie ? »
***
09:12 Publié dans LES NOUVEAUX IMPENSES DE L'APRES CENTENAIRE | Lien permanent | Commentaires (401)

